Le pape peut-il se tromper ?

Oui, le pape peut se tromper : dans sa vie, ses opinions, la science ou son gouvernement, comme le montrent Honorius, Jean XXII ou l'affaire Galilée. Il n'est préservé de l'erreur que dans l'acte solennel et rarissime où il définit la foi de toute l'Église.

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Oui, le pape peut se tromper — et l'Église catholique l'a toujours su. Un pape peut pécher, soutenir une mauvaise opinion scientifique, gouverner maladroitement, se contredire dans une interview, défendre à titre privé une thèse théologique fausse. L'histoire de la papauté en donne plusieurs exemples célèbres, et la foi catholique ne s'en trouve nullement ébranlée : elle n'a jamais prétendu le contraire.

La confusion vient d'un mot mal compris : infaillibilité. Beaucoup croient qu'il signifie « le pape a toujours raison » ou « le pape ne pèche jamais ». C'est faux. L'infaillibilité ne couvre qu'un cas extrêmement étroit — la définition solennelle d'une vérité de foi ou de morale, posée comme pasteur suprême pour toute l'Église. Hors de ce cadre rarissime, le pape reste un homme faillible, comme l'a expressément reconnu le concile qui a défini le dogme.

Cet article prend la question par le côté qui inquiète : jusqu'où, concrètement, un pape peut-il errer ? On y répond par les faits — la vie morale, les opinions, la science, le gouvernement, le magistère ordinaire — puis par les quatre grands cas historiques que les adversaires de l'Église brandissent depuis des siècles. On verra enfin pourquoi ces erreurs, loin de ruiner la foi catholique, en confirment l'équilibre, et comment un catholique doit réagir lorsque le pape lui paraît dans l'erreur, sans tomber ni dans la papolâtrie, ni dans le sédévacantisme. Pour la mécanique précise du dogme d'infaillibilité, on renverra à l'article Qu'est-ce que l'infaillibilité pontificale ? et au dossier complet L'infaillibilité pontificale (1870).

Oui : la faillibilité du pape est une vérité catholique

Avant tout cas particulier, il faut poser le principe : la faillibilité du pape n'est pas une concession arrachée à l'Église par ses ennemis, c'est une donnée que l'Église enseigne elle-même. Le Catéchisme, en définissant l'infaillibilité, en trace aussitôt les limites : le charisme ne joue que « lorsque [le pape] proclame par un acte définitif un point de doctrine touchant la foi ou les mœurs »[1]. Tout le reste — l'immense majorité de ce qu'un pape dit et fait — n'est pas couvert.

Ce que la foi catholique n'a jamais prétendu

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Trois confusions reviennent sans cesse. Les écarter suffit à dissiper le faux scandale.

D'abord, l'infaillibilité n'est pas l'impeccabilité. Ce sont deux mots voisins mais sans rapport : l'impeccabilité concerne la sainteté de la vie, l'infaillibilité la vérité de l'enseignement. Un pape peut être un piètre chrétien sans que le dépôt de la foi qu'il transmet soit atteint. Vatican I le savait parfaitement en proclamant le dogme : l'histoire comptait déjà des papes saints et des papes scandaleux.

Ensuite, l'infaillibilité n'est pas une inspiration. Le pape n'est pas un prophète : il ne reçoit pas de révélations, ne complète pas l'Évangile, n'ajoute rien à la Révélation close à la mort du dernier apôtre. Pastor Aeternus le dit explicitement — l'Esprit n'a pas été promis aux successeurs de Pierre « pour qu'ils fassent connaître une doctrine nouvelle », mais pour qu'ils « gardent saintement et exposent fidèlement » le dépôt reçu[2].

Enfin, l'infaillibilité n'est pas l'omniscience. Sur l'économie, le climat, l'histoire, la médecine ou la politique, l'avis d'un pape ne vaut que ce que valent ses compétences réelles — et il peut se tromper comme n'importe quel homme cultivé. Le charisme ne porte que sur « la foi et les mœurs »[3], c'est-à-dire sur ce que Dieu a révélé pour notre salut.

« Le Pontife romain […] jouit de cette infaillibilité […] lorsque, comme pasteur et docteur suprême de tous les fidèles, il proclame par un acte définitif un point de doctrine touchant la foi ou les mœurs. » — Concile Vatican II, Lumen Gentium, n° 25 (1964)[4]

La formule est restrictive par construction : elle dit quand le pape est protégé par ce charisme personnel — et donc, en creux, que hors de ce cas il demeure faillible. Avec une réserve capitale : le pape participe aussi à l'infaillibilité du magistère ordinaire et universel lorsque, en union avec les évêques du monde entier, il propose définitivement une vérité à tenir (voir plus bas), et il enseigne une doctrine infaillible chaque fois qu'il réaffirme une vérité déjà définie, sans poser de définition nouvelle.

La preuve donnée par l'Évangile lui-même : Pierre repris par Paul

Le plus bel argument en faveur de la faillibilité du pape ne vient pas des ennemis de l'Église, mais de l'Écriture sainte. Le premier pape, saint Pierre, a été publiquement repris par saint Paul à Antioche. Par crainte des judéo-chrétiens venus de Jérusalem, Pierre avait cessé de partager la table des convertis d'origine païenne, donnant ainsi un exemple de duplicité contraire à la vérité de l'Évangile. Paul ne se tait pas :

« Mais quand Céphas vint à Antioche, je lui résistai en face, parce qu'il était dans son tort. […] Quand je vis qu'ils ne marchaient pas droit selon la vérité de l'Évangile, je dis à Céphas, devant tout le monde : "Si toi qui es Juif, tu vis comme les païens et non comme les Juifs, comment peux-tu contraindre les païens à judaïser ?" » — Saint Paul, Épître aux Galates 2, 11-14[5]

Saint Augustin, contre saint Jérôme qui voulait atténuer la scène, soutient qu'il faut la prendre au pied de la lettre : Pierre s'est réellement trompé dans sa conduite, et Paul l'a réellement corrigé[6]. Pierre lui-même, loin de se rebeller, donne l'exemple de l'humilité en acceptant la réprimande — ce que la tradition retient comme un sommet de sa sainteté. La leçon est limpide : dès le premier pape, l'Église sait que le successeur de Pierre peut faillir dans sa conduite et même dans son jugement pratique, sans que cela ôte rien à la charge reçue du Christ de « confirmer ses frères » dans la foi (Lc 22, 32). L'épisode de Pierre qui renie trois fois le Christ la nuit de la Passion (Mt 26, 69-75) dit la même chose, plus fort encore.

Où s'arrête exactement la protection ?

Pour mesurer l'étendue de la faillibilité, il faut d'abord cerner le noyau protégé — minuscule — puis constater que tout l'espace alentour reste exposé à l'erreur.

Le noyau protégé : l'acte « ex cathedra »

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L'infaillibilité ne s'attache pas à la personne qui parle, mais à un acte précis posé dans des conditions précises. Pastor Aeternus exige quatre conditions réunies en même temps : que le pape parle comme pasteur suprême de toute l'Église, sur une question de foi ou de mœurs, par un acte définitif (ex cathedra), pour obliger toute l'Église. Qu'une seule manque, et l'on n'est plus devant un acte infaillible. Le détail de ces conditions est traité dans l'article Qu'est-ce que l'infaillibilité pontificale ? ; il suffit ici de retenir leur effet : ce verrou est si strict que, depuis le XIXᵉ siècle, on ne compte que deux définitions de ce type faisant l'unanimité — l'Immaculée Conception (1854) et l'Assomption (1950), toutes deux mariales[7].

Le Code de droit canonique ajoute une garantie supplémentaire, dans le sens de la prudence : « Aucune doctrine n'est tenue pour infailliblement définie que si cela est manifestement établi. »[8] Autrement dit, dans le doute, on présume qu'un texte n'engage pas l'infaillibilité. Loin de planer sur chaque parole du pape, le charisme est l'exception rarissime, jamais la règle.

Tout le reste est faillible

Hors de ce noyau, le pape peut errer dans des registres très différents. Le tableau ci-dessous oppose les domaines exposés à l'erreur au seul cas protégé.

Registre de la parole ou de l'acte papalLe pape peut-il se tromper ?Pourquoi
Sa vie morale et personnelleOuiL'infaillibilité n'est pas l'impeccabilité
Ses opinions privées, ses livres de théologienOuiIl parle comme docteur particulier, non comme pasteur suprême
Les questions scientifiques, historiques, techniquesOuiHors du champ « foi et mœurs »
Le gouvernement, la diplomatie, les nominations, la prudence pastoraleOuiDécisions prudentielles, non doctrinales
Interviews, homélies quotidiennes, conférences de presseOuiAucun acte définitif engageant toute l'Église
Le magistère ordinaire non définitif (encycliques, exhortations)Oui, en principeAutorité réelle mais perfectible, non irréformable
Une définition ex cathedra (les quatre conditions réunies)NonEt seulement là

Une précision s'impose pour ne pas tomber dans l'excès inverse : « non infaillible » ne veut pas dire « sans valeur » ni « facultatif ». Le magistère ordinaire du pape — encycliques, catéchèses, exhortations — appelle un « religieux respect de la volonté et de l'intelligence », même lorsqu'il ne définit pas un dogme[9]. Et lorsque le magistère ordinaire et universel — le pape avec les évêques dispersés dans le monde — propose une doctrine « à tenir définitivement », elle devient elle aussi irréformable[10] : « faillible » ne vaut que pour l'enseignement authentique non définitif. Faillible signifie ici non définitif, donc en principe perfectible ; cela n'autorise pas à traiter par-dessus la jambe l'enseignement courant du pape. La distinction fine entre ces degrés — dogme, doctrine définitive, enseignement authentique non définitif, opinion — est l'objet de l'article Doctrine, dogme et opinion théologique.

Les domaines où un pape peut errer

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Reprenons un par un, avec des exemples, les terrains sur lesquels un pape a pu et peut encore se tromper.

Dans sa vie morale : l'impeccabilité n'existe pas

Aucun pape n'a jamais été tenu pour incapable de pécher. Le cas le plus spectaculaire est celui des papes de la Renaissance : Alexandre VI Borgia (élu en 1492), père de plusieurs enfants illégitimes — Juan, César, Lucrèce, Joffré — cumulant népotisme, simonie et scandales publics, demeure le symbole de la papauté charnelle de la fin du XVᵉ siècle[11]. Et pourtant, aucun théologien catholique sérieux ne tire de la vie d'Alexandre VI une objection contre l'infaillibilité, pour une raison simple : la sainteté de l'homme et la vérité de la fonction sont deux choses distinctes. Un pape immoral reste capable de transmettre intact le dépôt de la foi, exactement comme un mauvais prêtre célèbre une messe valide. La crise morale de la papauté, traitée en détail dans l'article La crise des abus dans l'Église, n'a jamais été une crise du dogme.

« L'infaillibilité ne rend pas le pape incapable de pécher. » — Principe constant de la théologie catholique, déjà supposé par Vatican I

Dans ses opinions privées et la science : l'affaire Galilée

Lorsqu'un pape se prononce sur une question scientifique, il parle comme un homme de son temps, faillible. L'affaire Galilée en est l'exemple le plus connu. En 1633, le savant florentin est condamné comme « véhémentement suspect d'hérésie » pour avoir soutenu le mouvement de la Terre. Mais cette condamnation est l'œuvre du Saint-Office (la congrégation romaine de l'Inquisition), non un acte pontifical ex cathedra : une décision d'un tribunal romain, fût-elle approuvée par le pape, ne remplit pas les conditions de l'acte ex cathedra (ni définition solennelle du pasteur suprême, ni objet de foi révélée, ni adresse engageant l'Église universelle)[12]. Urbain VIII, qui avait d'abord protégé Galilée, n'a jamais défini solennellement, comme pasteur suprême de toute l'Église, que le soleil tourne autour de la Terre. La sentence relève de la discipline et de l'appréciation scientifique, deux domaines explicitement hors du champ « foi et mœurs ».

Joseph-Nicolas Robert-Fleury, Galilée devant le Saint-Office (1847). La condamnation émane d'une congrégation romaine, jamais d'une définition pontificale ex cathedra. Source : Wikimedia Commons, domaine public.

Saint Jean-Paul II a reconnu en 1992, au terme d'une commission d'étude, que les juges de Galilée avaient erré en transposant indûment une question de cosmologie sur le terrain de la foi[13]. Cet aveu, loin de fragiliser le dogme, en illustre la portée : l'Église peut reconnaître qu'un de ses tribunaux s'est trompé, précisément parce que l'infaillibilité n'a jamais couvert ce genre de décision.

Dans son gouvernement et sa prudence

Le gouvernement de l'Église est affaire de prudence, non de dogme — et la prudence peut faillir. Choix de collaborateurs malheureux, nominations contestables, décisions diplomatiques erronées, lenteurs ou précipitations : l'histoire des pontificats en est pleine. Aucune de ces décisions ne relève de l'infaillibilité, qui ne porte jamais sur la conduite des affaires, mais seulement sur l'enseignement définitif de la foi. Un pape peut transférer le siège pontifical à Avignon au XIVᵉ siècle au prix d'un affaiblissement durable de l'Église[14], sans qu'aucune vérité de foi soit pour autant définie de travers. C'est d'ailleurs sur ce terrain — le gouvernement — que les saints ont parfois adressé au pape les reproches les plus vifs (voir plus bas, sainte Catherine de Sienne).

Dans son magistère ordinaire non définitif

Reste le cas le plus délicat : le magistère ordinaire, c'est-à-dire l'enseignement courant du pape (encycliques, exhortations, catéchèses) lorsqu'il ne pose pas un acte définitif. Cet enseignement jouit d'une autorité réelle et appelle l'assentiment religieux du fidèle[15] ; mais, n'étant pas une définition irréformable, il demeure en droit perfectible. L'Église a ainsi pu, au fil des siècles, préciser, compléter ou développer des points de doctrine non définitive — par exemple en matière de tolérance religieuse, de prêt à intérêt ou de peine de mort — sans jamais contredire le noyau dogmatique défini. Distinguer ce magistère ordinaire de l'acte ex cathedra est exactement ce qui permet de comprendre comment un pape peut « se tromper » dans un enseignement non définitif sans que l'Église soit jamais engagée dans l'erreur de façon irréformable.

Les grands cas historiques d'erreur pontificale

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Les adversaires de l'infaillibilité, depuis Vatican I, ne cessent de brandir une poignée de cas historiques. Loin de les cacher, l'Église les a examinés de près — et chaque fois, ils confirment la règle au lieu de la briser : aucun pape n'a jamais défini une erreur ex cathedra. Voici les quatre dossiers les plus cités, par ordre chronologique.

Le pape Libère (352-366) et la formule de Sirmium

Premier cas classique. Pendant la crise arienne, le pape Libère est exilé par l'empereur Constance II, favorable aux ariens. Après environ deux ans d'isolement à Bérée, en Thrace, et sous la menace, il aurait, vers 357, signé une des formules de Sirmium — un texte ambigu qui omettait le mot décisif de Nicée (homoousios, « consubstantiel ») et condamnait saint Athanase, champion de l'orthodoxie[16].

Mais l'examen détruit l'objection. D'abord, le fait même de la signature est historiquement disputé : nos sources principales (Athanase, Hilaire de Poitiers) sont tardives, hostiles, et certains documents pourraient être des faux ariens. Ensuite — et c'est le point décisif —, à supposer que Libère ait signé, il l'a fait sous la contrainte, brisé par l'exil et la peur, dans une lettre privée arrachée par la force : exactement le contraire d'une définition libre et solennelle engageant toute l'Église. Un acte extorqué par la violence n'est ni libre, ni magistériel, ni ex cathedra. Loin de réfuter l'infaillibilité, le cas Libère en montre les conditions par défaut.

Le pape Vigile (537-555) et la querelle des Trois Chapitres

Au VIᵉ siècle, l'empereur Justinien veut faire condamner les « Trois Chapitres » (des écrits de trois théologiens soupçonnés de nestorianisme) pour rallier les monophysites. Le pape Vigile vacille spectaculairement : il refuse d'abord, puis cède par son Iudicatum (548), se rétracte sous la pression des évêques d'Occident, est traîné de force à Constantinople, condamne, se dédit encore, puis finit par approuver le deuxième concile de Constantinople (553)[17].

Ce ballet d'hésitations est un cas d'école de faiblesse de gouvernement — mais nullement une erreur définie. Vigile s'est contredit dans des actes successifs, prudentiels et politiques, jamais dans une définition dogmatique solennelle et constante. Au contraire : l'orthodoxie finit par triompher par le concile lui-même, reconnu comme œcuménique. Le cas illustre qu'un pape peut tergiverser, plier sous la pression impériale, manquer de courage — sans que la vérité de la foi soit jamais fixée à l'envers.

Le pape Honorius Iᵉʳ (625-638) : condamné après sa mort

C'est l'objection la plus sérieuse, celle que les adversaires de l'infaillibilité ont le plus exploitée à Vatican I. Le pape Honorius Iᵉʳ, sollicité par le patriarche Sergius de Constantinople sur la question des volontés du Christ, répond dans deux lettres par une formule imprudente qui semble favoriser le monothélisme (l'hérésie d'une seule volonté en Christ) : « Nous confessons une seule volonté de notre Seigneur Jésus-Christ. » Près de quarante ans après sa mort, le troisième concile de Constantinople (681) anathématise Honorius par son nom, « qui a suivi [les monothélites] en tout », et le pape Léon II confirme la sentence[18].

Honorius Iᵉʳ, portrait rétrospectif publié dans The Lives and Times of the Popes, Artaud de Montor (1911 ; première publication en 1842). Wikimedia Commons, domaine public.

L'affaire paraît dévastatrice ; elle ne l'est pas, pour trois raisons précises. Premièrement, les lettres d'Honorius sont une correspondance privée avec un patriarche, non une définition ex cathedra engageant toute l'Église : aucune des quatre conditions n'est remplie. Deuxièmement, lue dans son contexte, la formule d'Honorius vise à écarter l'idée d'un conflit entre la volonté humaine du Christ et la volonté divine — une intention orthodoxe, maladroitement exprimée, et non l'affirmation hérétique d'une volonté unique au sens monothélite. Troisièmement, et c'est décisif, Léon II précise expressément le motif de la condamnation : Honorius est blâmé non pour avoir enseigné l'hérésie, mais pour avoir, par sa négligence, « permis que la foi immaculée soit souillée »[19].

« [Honorius], qui n'a pas illustré ce Siège apostolique par la doctrine de la tradition apostolique, mais a tenté, par une trahison sacrilège, de renverser la foi immaculée. » — Pape Léon II, lettre confirmant le concile de 681[20]

La nuance est capitale : on reproche à Honorius un silence coupable, une faute de gouvernement et de vigilance, pas une définition erronée de la foi. Le cas, loin de renverser l'infaillibilité, en dessine exactement la frontière — un pape peut faillir gravement par négligence, sans jamais engager le charisme qui ne joue que dans l'acte définitif.

Le pape Jean XXII (1316-1334) et la vision béatifique

Cas le plus net de tous, parce qu'il touche directement une question de foi. Entre novembre 1331 et mars 1332, le pape Jean XXII prêche, dans une série de sermons à Avignon, une thèse erronée : selon lui, les âmes des justes ne jouiraient pas de la vision de Dieu immédiatement après leur mort, mais seulement après le Jugement dernier[21]. La thèse contredit la croyance commune de l'Église. L'université de Paris la condamne ; la plupart des théologiens consultés s'y opposent ; une vive résistance s'élève dans toute la chrétienté.

Giuseppe Franchi, Portrait de Jean XXII (1613), Pinacothèque Ambrosienne. Wikimedia Commons, domaine public.

Et c'est ici que le cas devient une démonstration de l'infaillibilité plutôt qu'une réfutation. Jean XXII n'a jamais imposé sa thèse comme une définition : il l'a soutenue comme une opinion personnelle de prédicateur, en consultant, en débattant — et, la veille de sa mort (il meurt le 4 décembre 1334), il s'est rétracté, reconnaissant que les âmes purifiées voient bien Dieu face à face[22]. Deux ans plus tard, son successeur Benoît XII tranche solennellement la question dans la constitution Benedictus Deus (29 janvier 1336) — cela, c'est un acte du magistère définitif :

« Nous définissons que […] les âmes [des justes pleinement purifiées] ont vu et voient l'essence divine d'une vision intuitive et même face à face, sans la médiation d'aucune créature […] et continueront ainsi sans interruption jusqu'au jugement dernier, et depuis lors pour l'éternité. » — Benoît XII, constitution Benedictus Deus, 29 janvier 1336[23]

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Le contraste est saisissant : un pape soutient privément une erreur, ne la définit jamais, se rétracte — et c'est précisément la non-intervention de l'infaillibilité qui a laissé la place au débat, à la résistance et à la correction. Si Jean XXII avait pu définir l'erreur ex cathedra, il l'aurait fait : il ne l'a pas fait. La protection a joué exactement comme le dogme l'annonce — non pas en rendant le pape omniscient, mais en l'empêchant d'enchaîner l'Église à une fausseté.

Pourquoi ces erreurs ne ruinent pas la foi catholique

Quatre papes, quatre faiblesses réelles — et pourtant le dogme tient. Pourquoi ? Parce que chacun de ces cas, examiné de près, tombe hors du champ étroit de l'infaillibilité.

La distinction décisive : la personne et la fonction

Tout repose sur une distinction simple : ce qui est protégé, ce n'est pas la personne du pape, mais la fonction qu'il exerce dans un acte déterminé. La personne — l'homme Honorius, l'homme Jean XXII, l'homme Borgia — peut pécher, se tromper, hésiter, prêcher des opinions fausses. La fonction de définiteur suprême de la foi, elle, n'est protégée que dans l'instant précis et rare où il l'exerce pleinement. L'image juste n'est pas celle d'un oracle, mais celle d'un garde-fou : Dieu n'inspire pas au pape ce qu'il doit penser ; il l'empêche seulement de verrouiller solennellement une fausseté au nom de toute l'Église.

Aucune erreur n'a jamais été définie « ex cathedra »

C'est le fait massif que vingt siècles d'histoire confirment : jamais un pape n'a défini ex cathedra une doctrine ensuite reconnue fausse. Libère a signé sous la contrainte une lettre privée ; Vigile s'est contredit dans des actes politiques ; Honorius a péché par négligence dans une correspondance ; Jean XXII a prêché une opinion personnelle qu'il a rétractée. Pas une seule de ces erreurs n'a pris la forme d'une définition solennelle, libre, sur la foi, pour toute l'Église. Le bilan est sans exception sur deux mille ans — ce qui, pour une institution gouvernée par plus de deux cent soixante hommes dont certains furent médiocres ou pervers[24], constitue en soi un fait remarquable.

Le roc tient malgré les fissures

La promesse du Christ ne portait pas sur la perfection des hommes, mais sur l'indéfectibilité de l'Église :

« Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église, et les portes de l'Enfer ne tiendront pas contre elle. » — Évangile selon saint Matthieu 16, 18[25]

Cette parole n'a jamais promis que Pierre serait sans péché ni sans erreur : elle a promis que l'Église ne sombrerait pas. Les fissures dans la pierre — papes faibles, papes pécheurs, papes errant dans leurs opinions — n'ont jamais fait s'effondrer l'édifice. Pour le théologien, c'est même un argument : si l'Église avait dépendu de la vertu et de la science de chaque pape, elle aurait disparu vingt fois. Qu'elle ait traversé Borgia, Avignon et Jean XXII sans définir une seule hérésie est, en creux, le signe d'une assistance qui ne vient pas des hommes.

Que faire quand le pape semble se tromper ?

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Reste la question pratique, et souvent angoissée : comment réagir, en fidèle, lorsque le pape paraît dans l'erreur ? La tradition catholique trace une voie étroite entre deux falaises.

Distinguer les niveaux d'autorité

Le premier réflexe n'est pas de juger, mais de discerner le registre. Le pape vient-il de poser une définition ex cathedra (cas rarissime, et alors l'assentiment de foi est dû), ou d'exprimer une opinion dans une interview, une orientation pastorale, une décision de gouvernement ? L'immense majorité du temps, on est dans le second cas — et un avis non définitif peut être discuté, nuancé, voire respectueusement contesté sur le plan théologique. Confondre les deux registres, c'est se condamner à l'angoisse : on traite une parole d'avion comme un dogme, puis on s'effondre quand le pape suivant dit autre chose. La grille de lecture est donnée par l'article Doctrine, dogme et opinion théologique.

Le droit et le devoir d'une critique respectueuse

L'histoire des saints le montre : aimer le pape n'interdit pas de lui adresser, le cas échéant, une correction filiale. Saint Paul a repris Pierre en face (Ga 2, 11). Sainte Catherine de Sienne, qui appelait le pape « doux Christ sur la terre » et lui devait une obéissance totale, n'en a pas moins tancé Grégoire XI avec une liberté stupéfiante, le pressant de quitter Avignon, de réformer l'Église et de cesser d'avoir peur :

« Soyez un homme viril pour moi, et non craintif. […] Puisque Dieu vous a donné l'autorité et que vous l'avez acceptée, usez de votre vertu et de votre pouvoir. » — Sainte Catherine de Sienne, Lettre à Grégoire XI (1376)[26]

Saint Thomas d'Aquin théorise cette possibilité : il existe, écrit-il, une « correction fraternelle » qui peut s'adresser même aux supérieurs, et un inférieur peut résister publiquement à un prélat « là où il y aurait un danger imminent pour la foi », à l'exemple de Paul reprenant Pierre[27]. Cette correction se fait toujours dans le respect, l'amour et la prière — jamais dans le mépris ni la révolte. Elle vise à servir le pape, non à le détrôner.

Éviter les deux pièges : papolâtrie et sédévacantisme

Deux excès symétriques guettent le fidèle troublé.

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Le premier est la papolâtrie : faire du pape un oracle dont chaque parole tomberait du Ciel, au point de transformer la moindre interview en dogme. C'est précisément la caricature que les quatre conditions de l'infaillibilité interdisent. Un fidèle qui croit que « le pape a toujours raison sur tout » se prépare des crises de foi inutiles : il suffira d'une phrase malheureuse pour ébranler tout son édifice.

Le second, opposé, est le sédévacantisme (et plus largement le rigorisme schismatique) : conclure, du fait qu'un pape se trompe ou pèche, qu'il n'est pas vraiment pape, que le siège est « vacant », et se constituer juge de l'Église à sa place. C'est la pente inverse, et tout aussi fausse : elle confond l'erreur faillible (qui n'a jamais cessé d'exister) avec une rupture de la succession (qui, elle, détruirait la promesse du Christ). Aucun des grands cas historiques — Honorius condamné, Jean XXII rétracté — n'a jamais conduit l'Église à déclarer le siège vacant : on a corrigé l'erreur dans l'Église, en restant uni au successeur de Pierre.

La voie catholique tient les deux bouts : un réalisme lucide qui sait que le pape peut faillir, et une confiance surnaturelle qui sait que l'Église, elle, ne faillira pas. C'est exactement l'équilibre du dogme : modeste sur l'homme, ferme sur la promesse. Pour le sens positif du ministère pétrinien — pourquoi ce successeur de Pierre est nécessaire malgré tout —, voir l'article Pourquoi le pape est-il nécessaire ?.

En résumé

À la question « le pape peut-il se tromper ? », la réponse catholique est double et sans détour. Oui, sur presque tout : sa vie, ses opinions, la science, le gouvernement, son enseignement non définitif — et l'histoire le prouve par Libère, Vigile, Honorius et Jean XXII. Non, dans le seul acte solennel et rarissime où il définit, comme pasteur suprême, une vérité de foi pour toute l'Église — et l'histoire le prouve aussi, puisque jamais, en deux mille ans, un tel acte n'a fixé une erreur.

Cette réponse n'a rien d'un repli embarrassé : c'est la doctrine que l'Église enseigne elle-même, depuis l'Évangile où Paul reprend Pierre jusqu'au Catéchisme qui borne soigneusement le charisme. Elle libère le fidèle de deux servitudes : celle qui ferait du pape un dieu, et celle qui, devant ses faiblesses, ferait douter de l'Église. Le pape est un homme faillible au service d'une promesse qui ne faillit pas.

Pour aller plus loin

Notes et références

  1. Catéchisme de l'Église catholique, n° 891, Mame/Plon, 1992 (texte officiel français sur vatican.va). Précise le sujet, l'objet et l'étendue de l'infaillibilité : le Pontife romain l'exerce « lorsque […] il proclame par un acte définitif un point de doctrine touchant la foi ou les mœurs » ; et ce charisme « s'étend aussi loin que le dépôt de la Révélation divine », pas au-delà.

    1 3
  2. Concile Vatican I, constitution dogmatique Pastor Aeternus, ch. 4, 18 juillet 1870 (Denzinger-Hünermann n° 3070 et 3074). La définition de l'infaillibilité y est immédiatement précédée de la phrase qui en limite la nature : « Neque enim Petri successoribus Spiritus Sanctus promissus est, ut eo revelante novam doctrinam patefacerent, sed ut eo assistente traditam per Apostolos revelationem seu fidei depositum sancte custodirent et fideliter exponerent » (« Car l'Esprit Saint n'a pas été promis aux successeurs de Pierre pour qu'ils fassent connaître, par sa révélation, une doctrine nouvelle, mais pour que, avec son assistance, ils gardent saintement et exposent fidèlement la Révélation transmise par les Apôtres »).

    2
  3. Concile Vatican II, constitution dogmatique Lumen Gentium, n° 25, 21 novembre 1964. Reprend et confirme la doctrine de Vatican I sur l'infaillibilité du pape parlant ex cathedra et du collège des évêques uni à lui, notamment en concile œcuménique.

    4
  4. Saint Paul, Épître aux Galates 2, 11-14 (trad. liturgique / TOB). L'« incident d'Antioche » : Paul reprend publiquement Pierre (Céphas) pour avoir, par crainte des judaïsants, cessé de partager la table des chrétiens d'origine païenne — une « hypocrisie » contraire à « la vérité de l'Évangile ». Texte fondateur de la distinction entre la charge de Pierre (intacte) et sa conduite personnelle (faillible).

    5
  5. Controverse Augustin–Jérôme sur Galates 2, 11-14 (correspondance, v. 394-405 ; PL 33, lettres 28, 40, 75, 82). Saint Jérôme tendait à voir dans la scène une réprimande convenue d'avance entre les deux apôtres ; saint Augustin soutient, contre lui, qu'il faut prendre le texte au pied de la lettre : Pierre s'est réellement trompé dans sa conduite, et Paul l'a réellement corrigé — sans quoi l'Écriture mentirait. La position d'Augustin a prévalu dans la tradition latine.

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  6. Pie IX, constitution apostolique Ineffabilis Deus, 8 décembre 1854 (Denzinger-Hünermann n° 2803) : définition de l'Immaculée Conception ; Pie XII, constitution apostolique Munificentissimus Deus, 1ᵉʳ novembre 1950 (Denzinger-Hünermann n° 3903) : définition de l'Assomption. L'Immaculée Conception (1854) précède la définition du charisme d'infaillibilité (1870) mais est unanimement tenue pour un acte ex cathedra.

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  7. Code de droit canonique (1983), canon 749, § 3 : « Infallibiliter definita nulla intellegitur doctrina, nisi id manifeste constiterit » (« Aucune doctrine n'est tenue pour infailliblement définie que si cela est manifestement établi »). Règle de prudence : dans le doute, présomption de non-infaillibilité.

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  8. Catéchisme de l'Église catholique, n° 892. Définit l'« assentiment religieux » dû au magistère ordinaire authentique du pape et des évêques, même lorsqu'il ne propose pas une doctrine de façon définitive — assentiment distinct de l'assentiment de foi dû aux seules définitions infaillibles.

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  9. Code de droit canonique (1983), canon 750, §§ 1-2 : doivent être crues de foi divine et catholique les vérités proposées comme divinement révélées (§ 1), et fermement reçues les vérités proposées définitivement (§ 2), que ce soit par un jugement solennel ou par le magistère ordinaire et universel. Cf. Vatican II, Lumen Gentium, n° 25 : le corps épiscopal, uni au pape, est lui aussi infaillible quand il propose définitivement une doctrine sur la foi et les mœurs.

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  10. Sur Alexandre VI (Rodrigo Borgia, pape de 1492 à 1503) et la papauté de la Renaissance : voir l'article Ignispedia La crise des abus dans l'Église et, pour la synthèse historique, Yves Chiron, Histoire des papes, Tallandier. Le cas d'Alexandre VI est l'exemple canonique de la dissociation entre l'indignité morale de la personne (impeccabilité) et l'intégrité de la charge doctrinale (infaillibilité) : aucun théologien n'en tire une objection contre le dogme.

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  11. Procès de Galilée, sentence du Saint-Office (Congrégation romaine de l'Inquisition), 22 juin 1633, sous Urbain VIII. Galilée est déclaré « véhémentement suspect d'hérésie » pour avoir tenu le mouvement de la Terre. Décision d'un tribunal disciplinaire approuvée par le pape, mais ne remplissant aucune des quatre conditions de l'acte ex cathedra (ni définition solennelle, ni objet de foi révélée, ni adresse à l'Église universelle). Texte de la sentence : archives du procès, Le opere di Galileo Galilei, éd. nationale (A. Favaro), vol. XIX.

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  12. Jean-Paul II, discours à l'Académie pontificale des sciences, 31 octobre 1992, clôturant les travaux de la commission d'étude (1981-1992) sur l'affaire Galilée. Le pape reconnaît l'erreur des juges, qui avaient indûment transposé une question de cosmologie sur le terrain de la doctrine de la foi (L'Osservatore Romano, 1ᵉʳ novembre 1992).

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  13. Installation de la papauté à Avignon sous Clément V (1309), près de soixante-dix ans d'exil hors de Rome, retour sous Grégoire XI (1377). Cf. Yves Chiron, Histoire des papes, Tallandier.

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  14. Pape Libère (pape de 352 à 366), crise arienne. Exilé par l'empereur Constance II pour avoir refusé de condamner saint Athanase, il aurait, vers 357, sous la contrainte et après deux ans d'exil à Bérée (Thrace), souscrit à une formule de Sirmium omettant l'homoousios de Nicée. Le fait est disputé : les sources (Athanase, Historia Arianorum ; Hilaire de Poitiers, Fragmenta historica) sont tardives, polémiques, et certaines pièces pourraient être des falsifications ariennes. À supposer la signature réelle, il s'agit d'un acte privé extorqué par la violence, non d'une définition libre et solennelle. Cf. Catholic Encyclopedia (1910), art. « Pope Liberius ».

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  15. Pape Vigile (pape de 537 à 555) et la querelle des Trois Chapitres. Sous la pression de l'empereur Justinien Iᵉʳ, Vigile passe par des positions successives et contradictoires (Iudicatum de 548, rétractation, Constitutum de 553), avant d'approuver finalement le deuxième concile de Constantinople (553, Vᵉ concile œcuménique). Cas de faiblesse de gouvernement et de vacillation prudentielle sous contrainte impériale, jamais une définition dogmatique erronée et constante. Cf. Hefele-Leclercq, Histoire des conciles, t. III.

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  16. Pape Honorius Iᵉʳ (pape de 625 à 638) et la crise monothélite. Dans deux lettres au patriarche Sergius de Constantinople (634), il emploie la formule imprudente « nous confessons une seule volonté (unam voluntatem) de notre Seigneur Jésus-Christ ». Le troisième concile de Constantinople (681, VIᵉ concile œcuménique), session XIII (28 mars 681), anathématise les monothélites « et avec eux Honorius, qui fut évêque de Rome, comme les ayant suivis en tout ». Lettres et actes conciliaires : Denzinger-Hünermann n° 487-488 (lettres de Sergius/Honorius) et n° 550-552 (définition du concile).

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  17. Pape Léon II (pape de 682 à 683), lettres confirmant le troisième concile de Constantinople (683). Léon II ratifie la condamnation mais en précise le motif : Honorius est blâmé non pour avoir enseigné l'hérésie, mais pour n'avoir pas éclairé le Siège apostolique et avoir tenté de renverser la foi (latin : « qui hanc apostolicam sedem non apostolicae traditionis doctrina lustravit, sed profana proditione immaculatam fidem subvertere conatus est »). Cette précision — faute de négligence, non définition hérétique — est au cœur de la réfutation catholique de l'objection. Cf. Catholic Answers, « The Truth about Pope Honorius ».

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  18. Pape Jean XXII (pape de 1316 à 1334), controverse sur la vision béatifique. Dans une série de sermons à Avignon (novembre 1331 – mars 1332), il soutient que les âmes des justes ne verraient Dieu « face à face » qu'après le Jugement dernier, et non immédiatement après leur mort purifiée. Thèse condamnée par l'université de Paris (1333) et combattue par la majorité des théologiens. Il l'a toujours soutenue comme opinion privée de prédicateur, jamais comme définition pontificale. Cf. Catholic Encyclopedia (1910), art. « Pope John XXII ».

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  19. Rétractation de Jean XXII, 3 décembre 1334, la veille de sa mort (survenue le 4 décembre 1334 à Avignon). Dans la bulle Ne super his, il reconnaît que les âmes pleinement purifiées voient l'essence divine « face à face, aussi clairement que leur condition le permet ». La controverse est définitivement close par son successeur Benoît XII (cf. Benedictus Deus).

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  20. Benoît XII, constitution apostolique Benedictus Deus, 29 janvier 1336 (Denzinger-Hünermann n° 1000-1002). Définition solennelle : les âmes des justes pleinement purifiées « ont vu et voient l'essence divine d'une vision intuitive et même face à face (visione intuitiva et etiam faciali), sans la médiation d'aucune créature », immédiatement (mox) après leur mort ou leur purification. Acte du magistère définitif qui corrige et clôt l'opinion erronée de Jean XXII. Texte sur papalencyclicals.net.

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  21. De saint Pierre à Léon XIV, l'Église compte plus de 260 pontifes (liste officielle des successeurs de Pierre, Annuario Pontificio).

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  22. Évangile selon saint Matthieu 16, 18 : « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église, et les portes de l'Enfer ne tiendront pas contre elle. » Promesse d'indéfectibilité faite à l'Église — non promesse d'impeccabilité ni d'omniscience faite à la personne de Pierre.

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  23. Sainte Catherine de Sienne (1347-1380), Lettre à Grégoire XI (n° 74 dans l'édition Tommaseo ; été 1376), exhortant le pape à quitter Avignon, à réformer l'Église et à agir avec courage : « Soyez un homme viril […] et non craintif. » Docteur de l'Église, modèle d'une obéissance filiale au pape qui n'exclut pas la correction la plus franche. Édition de référence : Le lettere di S. Caterina da Siena, éd. Niccolò Tommaseo / Piero Misciattelli, Siena, 1913-1922.

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  24. Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, IIa-IIae, q. 33, a. 4, ad 2 : à propos de la correction fraternelle, il enseigne qu'un inférieur peut, « là où il y aurait un danger imminent pour la foi », reprendre publiquement son supérieur — citant précisément l'exemple de saint Paul reprenant saint Pierre (Ga 2). La correction doit rester respectueuse et charitable, jamais séditieuse.

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