Pape Benoît XII (Benedictus XII), de son nom de baptême Jacques Fournier, moine cistercien né à Saverdun vers 1285 et mort à Avignon le 25 avril 1342, est le troisième des papes d'Avignon. Élu le 20 décembre 1334 pour succéder à Jean XXII, il règne un peu plus de sept ans et marque la papauté avignonnaise par une réputation d'austérité, de rigueur doctrinale et de réforme.[1][2]
Son nom reste attaché à un acte de premier ordre : la constitution Benedictus Deus du 29 janvier 1336, qui définit comme vérité de foi que les âmes pleinement purifiées voient l'essence divine immédiatement après la mort, sans attendre la résurrection des corps ni le Jugement dernier. Cette définition clôt la controverse délicate qu'avait ouverte son prédécesseur Jean XXII, lequel avait soutenu, comme opinion personnelle, que cette vision serait différée — opinion que le cardinal Fournier avait précisément combattue par écrit avant d'être pape, dans son traité De statu animarum ante generale iudicium (voir ci-dessous).[3][4]
Réformateur méthodique, ancien moine devenu pape, Benoît XII réorganise par trois grandes constitutions les cisterciens, les bénédictins et les franciscains, et s'attaque sans relâche aux abus de la curie. Refusant le népotisme et le faste, il lance à partir de 1335 la construction du Palais des Papes (le Palais Vieux) : en pratique, cette construction en dur ancre durablement la papauté à Avignon, loin de Rome.[5][6]
Sa fermeté lui valut des inimitiés tenaces. Les satires de Pétrarque et la malveillance de ses adversaires politiques ont longtemps déformé sa mémoire ; l'histoire, pourtant, rend hommage à sa piété, à sa justice et à son intégrité.[7]
Pourquoi Benoît XII est-il un pape majeur ?
Trois raisons font de ce pontificat un moment décisif du XIVᵉ siècle. D'abord doctrinale : avec Benedictus Deus, Benoît XII fixe pour toujours la foi de l'Église sur le sort de l'âme après la mort, un point que les maîtres en théologie des écoles médiévales — ce que l'on appelle la scolastique — débattaient depuis des décennies et que son prédécesseur avait dangereusement troublé.[8] Ensuite institutionnelle : il est le grand réformateur monastique de son siècle, le pape qui tente de rendre aux ordres religieux la ferveur de leurs origines.[9] Enfin historique : c'est sous lui que la papauté s'installe matériellement à Avignon, par la pierre du Palais Vieux, scellant pour des décennies l'éloignement de Rome.[10]
Le cas Benoît XII éclaire aussi une question apologétique sensible. Son prédécesseur Jean XXII avait professé, dans des sermons, une opinion erronée sur la vision béatifique ; Benoît XII, son ancien contradicteur devenu pape, la corrige solennellement. La succession Jean XXII → Benoît XII offre ainsi un exemple historique précieux : l'opinion privée d'un pape, même publiquement exprimée, n'engage pas l'infaillibilité, tandis que la définition solennelle d'un successeur fixe le dogme.[11][12]
Jacques Fournier, du comté de Foix au Sacré Collège
Un moine cistercien, docteur de Paris
Jacques Fournier naît vers 1285 à Saverdun, dans le comté de Foix, au sein d'une famille modeste du Languedoc.[13][14] Jeune, il entre chez les cisterciens au monastère de Boulbonne, puis passe à l'abbaye de Fontfroide, près de Narbonne.[15] Il est envoyé étudier à l'université de Paris, au collège des Bernardins, où il obtient le doctorat en théologie — formation rare et exigeante qui fera de lui l'un des papes les plus savants de son temps.[16][17]
En 1311, il succède à son oncle Arnaud Nouvel (Arnaldus Novelli), créé cardinal en 1310, comme abbé de Fontfroide.[18] Cette filiation cistercienne marquera tout son pontificat : devenu pape, il ne cessera de vouloir ramener les moines à l'esprit de leurs fondateurs.
L'évêque inquisiteur de Pamiers et le registre de Montaillou
Le 19 mars 1317, il est élu évêque de Pamiers, son diocèse natal.[19] C'est là que Jacques Fournier mène, de 1318 à 1325, une enquête inquisitoriale d'une minutie exceptionnelle contre les derniers cathares des Pyrénées ariégeoises, notamment au village de Montaillou.[20][21]
Son registre d'interrogatoires, conservé à la Bibliothèque vaticane, est devenu l'une des sources les plus extraordinaires de l'histoire médiévale : l'historien Emmanuel Le Roy Ladurie en a tiré son classique Montaillou, village occitan (1975), qui ressuscite la vie quotidienne, les croyances et les amours d'un village languedocien grâce à la précision des dépositions recueillies par Fournier.[22] L'évêque s'y montre tenace, scrupuleux dans la procédure, soucieux d'établir les faits — un trait de caractère que l'on retrouvera dans le pape théologien et réformateur.
Par sa richesse et son foisonnement de détails concrets, ce registre constitue une source incomparable sur la vie de tout un village, de ses bergers, de ses femmes et de ses hérétiques, saisie à travers la rigueur d'un juge d'Église : c'est ce document qu'Emmanuel Le Roy Ladurie a exploité pour restituer Montaillou dans son classique de 1975.[23]
Le 2 mars 1326, il est transféré au siège voisin de Mirepoix.[24][25]
Le « cardinal blanc »
Le 18 décembre 1327, Jean XXII le crée cardinal-prêtre.[26][27] Resté moine dans l'âme, Jacques Fournier continue de porter l'habit blanc cistercien sous la pourpre : on le surnomme le « cardinal blanc ».[28] À la curie d'Avignon, il se distingue comme théologien rigoureux — et c'est en cette qualité qu'il va se trouver mêlé à la plus grave controverse doctrinale du pontificat de Jean XXII.
Une élection inattendue (décembre 1334)
À la mort de Jean XXII, le 4 décembre 1334, le conclave réuni à Avignon est divisé. Selon une tradition rapportée par les chroniqueurs, de nombreux électeurs portent leur voix sur le cardinal Fournier, candidat improbable, comme pour sonder l'état du conclave — et il obtient, à la surprise générale, la majorité des deux tiers dès le 20 décembre 1334.[29]
Il est intronisé le 8 janvier 1335 sous le nom de Benoît XII.[30] D'emblée, le ton change : l'ancien moine entend gouverner en réformateur, refusant le luxe et le clientélisme qui avaient marqué la cour avignonnaise.
Benedictus Deus : la définition de la vision béatifique (1336)
La controverse héritée de Jean XXII
En 1331-1332, Jean XXII avait soutenu en chaire, comme opinion personnelle, une thèse troublante : les âmes des justes ne jouiraient pas immédiatement de la vision de Dieu après leur mort, mais devraient attendre la résurrection des corps et le Jugement dernier pour contempler l'essence divine.[31][32] Cette opinion, contraire au sentiment commun des fidèles et de nombreux théologiens, suscita une vive résistance, notamment à l'université de Paris.[33]
La veille de sa mort, le 3 décembre 1334, Jean XXII s'était rétracté par la déclaration Ne super his, confessant la foi de l'Église — mais sans la définir solennellement.[34][35] Le soin de trancher revenait à son successeur.
Le traité du cardinal Fournier contre l'erreur
Avant même son élection, le cardinal Jacques Fournier avait combattu l'opinion de Jean XXII par un traité théologique, le De statu animarum ante generale iudicium (« De l'état des âmes avant le jugement général »), défendant la vision béatifique immédiate.[36][37] Le pape qui allait définir le dogme était donc, par compétence et par conviction, l'homme le mieux préparé à le faire. Il n'agit pas en arbitre improvisé, mais en théologien qui avait déjà pesé la question.
Le contenu de la définition
Le 29 janvier 1336, Benoît XII promulgue la constitution apostolique Benedictus Deus. En vertu de l'autorité apostolique, elle définit que les âmes des saints et des justes pleinement purifiées voient Dieu immédiatement après la mort, dès avant la reprise de leurs corps et avant le Jugement général.[38]
« Nous définissons que [...] les âmes [...] aussitôt après leur mort et la purification [...], avant même de reprendre leurs corps et avant même le jugement [...], ont vu et voient l'essence divine d'une vision intuitive et même face à face, sans la médiation d'aucune créature ; au contraire l'essence divine se manifeste à elles immédiatement, à nu, clairement et à découvert ; et [...] par cette vision elles jouissent de cette même essence divine. » — Benoît XII, constitution Benedictus Deus, 29 janvier 1336[39]
La définition précise encore que cette vision fait disparaître les actes de foi et d'espérance, devenues sans objet pour qui voit Dieu face à face, et qu'elle se poursuit sans interruption ni amoindrissement, sans fin, jusqu'au Jugement dernier et au-delà, pour toujours.[40] La béatitude des saints n'est donc pas une attente, mais une possession actuelle et éternelle de Dieu.
Enfer et jugement dernier
Par symétrie, Benedictus Deus définit aussi le sort des damnés : les âmes qui meurent en état de péché mortel descendent aussitôt après la mort en enfer, où elles subissent les peines éternelles.[41] La constitution rappelle enfin que, au jour du Jugement, tous les hommes comparaîtront avec leurs corps devant le tribunal du Christ, « afin que chacun reçoive le salaire de ce qu'il aura fait pendant qu'il était dans son corps, soit en bien, soit en mal » (2 Co 5, 10).[42] Le jugement particulier, immédiat, et le jugement général, à la fin des temps, sont ainsi tous deux affirmés sans contradiction.
Portée doctrinale et infaillibilité
Benedictus Deus est l'un des textes fondateurs de l'eschatologie catholique : il sera repris par le concile de Florence dans le décret d'union Laetentur caeli (6 juillet 1439, DS 1305-1306) et structure aujourd'hui encore l'enseignement du Catéchisme de l'Église catholique sur le ciel, le purgatoire, l'enfer et le jugement.[43][44][45]
L'épisode est aussi un cas d'école apologétique. Jean XXII avait exprimé une opinion fausse comme docteur privé, sans engager la suprême autorité ; Benoît XII définit la vérité comme pape, ex cathedra. La distinction, formalisée bien plus tard par le concile du Vatican (1870), est ici illustrée par l'histoire elle-même : ce n'est pas l'homme-pape qui est dit infaillible en tout propos, mais la fonction lorsqu'elle définit solennellement la foi de toute l'Église.[46][47]
Le grand réformateur des ordres religieux
Ancien abbé, Benoît XII fait de la réforme monastique le cœur de son action. En trois constitutions majeures, il entreprend de ramener les grands ordres à la discipline de leurs origines.[48]
Les cisterciens : Fulgens sicut stella (1335)
Dès le 12 juillet 1335, par la bulle Fulgens sicut stella matutina promulguée à Sorgues, il réforme son propre ordre, les cisterciens.[49] Le texte prescrit quatre mesures : l'assainissement économique des couvents endettés, l'obligation d'assister au chapitre général avec versement des contributions, le resserrement de la discipline intérieure, et la réorganisation des études de théologie pour les moines.[50] Le moine devenu pape connaît les maux de l'intérieur — il légifère en praticien.
Les bénédictins : la « Benedictina » (1336)
Le 20 juin 1336, la bulle Summi magistri dignatio, dite la Benedictina, réforme les bénédictins (moines noirs).[51] Son principe est de regrouper les abbayes en provinces, soumises à une discipline commune, à des chapitres réguliers et à des visites, afin de briser l'isolement qui favorisait le relâchement.[52] Ce cadre provincial pèsera durablement sur l'organisation du monachisme occidental.
Les franciscains : Redemptor noster (1336)
Le 28 novembre 1336, la bulle Redemptor noster réforme les franciscains : elle condamne les fraticelles dissidents, impose l'uniformité de l'habit et l'assiduité aux offices divins.[53] Après la déchirante querelle de la pauvreté qui avait agité le pontificat de Jean XXII, Benoît XII cherche à pacifier et à discipliner l'ordre de saint François.[54] Il étendra ensuite son effort réformateur aux chanoines réguliers par la constitution Ad decorem Ecclesiae (1339).[55]
La réforme de la curie et la lutte contre les abus
Benoît XII porte la même rigueur à la réforme de la curie romaine d'Avignon. Selon la Catholic Encyclopedia, « la réforme des abus fut la préoccupation première de Benoît ».[56] Il renvoie les clercs résider dans leurs bénéfices, révoque les « expectatives » (promesses anticipées de bénéfices vacants), interdit le cumul des bénéfices (in commendam et pluralités), et abolit la pratique du contreseing des demandes de faveurs pontificales.[57] Ennemi du népotisme, il refuse d'enrichir sa parenté — contraste saisissant avec les usages de son temps.[58]
L'austère bâtisseur d'Avignon
Le renoncement au retour à Rome
Comme ses prédécesseurs avignonnais, Benoît XII envisage le retour à Rome, alors livrée aux factions et à l'anarchie. Mais la pression de la couronne de France, sous Philippe VI, et l'instabilité italienne l'en dissuadent.[59][60] En décidant de bâtir en dur à Avignon, il acte, peut-être malgré lui, l'enracinement de la papauté loin de la Ville éternelle.
Le Palais des Papes
À partir de 1335, Benoît XII fait édifier le Palais des Papes — le Palais Vieux —, confié à l'architecte Pierre Poisson de Mirepoix.[61][62] Forteresse autant que résidence, austère et massive, ce palais à l'image de son commanditaire devient le siège matériel de la chrétienté avignonnaise. Son successeur Clément VI lui adjoindra le fastueux Palais Neuf, mais l'ossature voulue par le moine cistercien demeure le noyau de l'ensemble.[63]
Un pape dans la tourmente politique
Si Benoît XII réussit dans l'ordre doctrinal et disciplinaire, il échoue largement sur le terrain politique, héritant de conflits inextricables.[64]
Louis IV de Bavière et l'Empire
Le grand contentieux est celui de l'empereur Louis IV de Bavière, excommunié par Jean XXII et soutien de l'antipape Nicolas V durant la décennie précédente. Benoît XII cherche sincèrement la réconciliation, mais la pression française et l'intransigeance des deux camps la rendent impossible : le 11 avril 1337, le pape constate qu'il ne peut absoudre l'empereur.[65] En 1338, les princes-électeurs allemands proclament, par la déclaration de Rhense, que l'élection impériale ne dépend pas de la confirmation pontificale — étape majeure de l'émancipation de l'Empire vis-à-vis de la papauté.[66]
Les débuts de la guerre de Cent Ans
Le pontificat coïncide avec l'ouverture de la guerre de Cent Ans entre la France et l'Angleterre (1337). Benoît XII tente de s'interposer et de maintenir la paix, mais sa marge de manœuvre est étroite : trop lié à la France aux yeux des Anglais, il ne parvient pas à jouer pleinement l'arbitre.[67][68]
Les Arméniens et l'Orient chrétien
Théologien vigilant, Benoît XII examine aussi les doctrines des Églises d'Orient. En août 1341, l'écrit Cum dudum adressé aux Arméniens recense une longue liste d'erreurs attribuées à leur Église, témoignant du souci du pape de préserver l'intégrité de la foi au-delà des frontières latines.[69] Il s'intéresse de même à l'union avec les Grecs, sans aboutir.[70]
Mort, calomnies et postérité
Benoît XII meurt à Avignon le 25 avril 1342.[71] Il est inhumé à la cathédrale Notre-Dame des Doms, où son tombeau — saccagé sous la Révolution — a été partiellement reconstitué sur place.[72] Le conclave élit, le 7 mai 1342, un homme tout opposé : le brillant et fastueux Clément VI, qui inaugurera l'époque la plus somptueuse — et la plus critiquée — de la papauté d'Avignon.[73]
La calomnie et les satires de Pétrarque
La fermeté de Benoît XII lui fit de nombreux ennemis. Pétrarque, pourtant honoré et protégé par le pape, lui garda rancune de son refus de revenir à Rome et le poursuivit de ses satires acerbes, qui nourrirent durablement la légende noire d'Avignon, « la Babylone de l'Occident ».[74] Sa corpulence naturelle prêta le flanc à la caricature et à des accusations injustes, reprises par la plupart des appréciations hostiles à l'Église.[75] Il faut ici distinguer la critique réelle — l'échec politique, l'enracinement à Avignon — de la caricature et des accusations injustes, que le jugement de l'histoire a réfutées.
Le jugement de l'histoire
Loin de la caricature, le bilan historique est tout autre. La Catholic Encyclopedia offre une réhabilitation nette :
« Bien qu'il n'ait pas réussi à surmonter les difficultés politiques dont il avait hérité, sa piété, sa vertu et son esprit pacifique, sa justice, sa droiture et sa fermeté dans le gouvernement, son zèle pour la réforme doctrinale et morale, et son intégrité de caractère étaient au-dessus de tout reproche. » — The Catholic Encyclopedia, article « Benedict XII », 1907[76]
L'historiographie moderne, de Guillaume Mollat à Bernard Guillemain, confirme cette image d'un pape austère, savant et réformateur, dont l'œuvre doctrinale a survécu à toutes les médisances.[77][78]
Ce que révèle ce pontificat
Le pontificat de Benoît XII illustre une vérité souvent oubliée : la sainteté de la fonction n'efface pas les limites de l'homme, mais Dieu s'en sert pour le bien de l'Église. Pape austère dans une cour réputée mondaine, théologien rigoureux après un prédécesseur qui s'était égaré, réformateur tenace dans un siècle de relâchement, Benoît XII montre que la continuité de la foi se maintient à travers les personnes, par-delà leurs faiblesses.
Son acte le plus durable, Benedictus Deus, répond à une question qui touche chaque croyant : que devient l'âme à l'instant de la mort ? La réponse de l'Église, fixée par ce moine devenu pape, est lumineuse — les justes voient Dieu face à face, aussitôt, pour toujours. Le ciel n'est pas une promesse différée, mais la rencontre immédiate de l'âme purifiée avec son Créateur.
Chronologie
- vers 1285Naissance à Saverdun
Jacques Fournier naît dans le comté de Foix, d'une famille modeste du Languedoc.
- 1311Abbé de Fontfroide
Moine cistercien, docteur en théologie de Paris, il succède à son oncle Arnaud Nouvel.
- 1318-1325Inquisiteur à Pamiers
Évêque de Pamiers depuis le 19 mars 1317, il mène l'enquête contre les cathares de Montaillou ; son registre deviendra une source historique majeure.
- 18 décembre 1327Cardinal
Jean XXII le crée cardinal ; resté en habit cistercien, on le surnomme le « cardinal blanc ».
- 20 décembre 1334Élection au souverain pontificat
À la surprise du conclave, le cardinal Fournier obtient la majorité des deux tiers.
- 8 janvier 1335Couronnement sous le nom de Benoît XII
Le moine devenu pape entend gouverner en réformateur, loin du faste curial.
- 12 juillet 1335Fulgens sicut stella
Réforme des cisterciens : finances, chapitre général, discipline, études.
- 29 janvier 1336Benedictus Deus
Définition dogmatique de la vision béatifique immédiate des âmes justes après la mort.
- 20 juin 1336La Benedictina
Réforme des bénédictins, regroupés en provinces sous une discipline commune.
- 28 novembre 1336Redemptor noster
Réforme des franciscains, condamnation des fraticelles, uniformité de l'habit.
- 11 avril 1337Échec de la réconciliation impériale
Benoît XII constate qu'il ne peut absoudre Louis IV de Bavière.
- à partir de 1335Construction du Palais des Papes
L'architecte Pierre Poisson élève le Palais Vieux, forteresse austère d'Avignon.
- 25 avril 1342Mort à Avignon
Le pape s'éteint ; lui succède Clément VI, à l'opposé de son austérité.
Pour aller plus loin
- Pape Jean XXII (1316-1334) — le prédécesseur, dont Benoît XII corrige l'opinion personnelle sur la vision béatifique.
- Pape Clément VI (1342-1352) — le successeur, bâtisseur du Palais Neuf et figure du faste avignonnais.
- Pape Clément V (1305-1314) — le premier pape d'Avignon, à l'origine de l'installation en terre rhodanienne.
- La papauté d'Avignon (1309-1377) — le contexte d'ensemble des sept papes d'Avignon.
- Le purgatoire — sur la purification des âmes, présupposée par la définition de Benedictus Deus.
- L'infaillibilité pontificale — pour comprendre pourquoi l'erreur privée de Jean XXII n'atteint pas la définition de son successeur.
- L'Inquisition et la légende noire — sur le cadre de l'enquête menée par Jacques Fournier à Montaillou.
Article Ignispedia — catégorie Histoire de l'Église, série « Les papes ». Sourcing : Saint-Siège, The Catholic Encyclopedia (New Advent), Catholic Answers, Wikipedia, Denzinger (Enchiridion symbolorum), G. Mollat, B. Guillemain, C. Trottmann, E. Le Roy Ladurie, concile du Vatican (Pastor aeternus), Catéchisme de l'Église catholique.
Notes et références
Saint-Siège, liste officielle des souverains pontifes, notice « Benedictus XII (Jacques Fournier) » : moine cistercien, troisième pape d'Avignon, élu en 1334, mort en 1342. Vatican.va.
1The Catholic Encyclopedia, vol. 2, Robert Appleton Company, New York, 1907, article « Pope Benedict XII », repris par New Advent : naissance à Saverdun (province de Toulouse), moine cistercien à Boulbonne puis Fontfroide, doctorat de théologie à Paris, abbé de Fontfroide à la suite de son oncle Arnaud Nouvel (cardinal en 1310), évêque de Pamiers puis de Mirepoix, cardinal (18 décembre 1327), élection le 20 décembre 1334, intronisation le 8 janvier 1335, Benedictus Deus (29 janvier 1336), réforme des abus (révocation des expectatives, interdiction des bénéfices in commendam et des pluralités, suppression du contreseing des suppliques), construction du palais d'Avignon, échec de la réconciliation avec Louis de Bavière (11 avril 1337), mort le 24-25 avril 1342, satires de Pétrarque, réhabilitation de son caractère. Dates d'épiscopat : le corps et l'Infobox retiennent S. Miranda, The Cardinals of the Holy Roman Church (FIU, http://cardinals.fiu.edu/bios1327.htm) — élu évêque de Pamiers le 19 mars 1317, transféré à Mirepoix le 2 mars 1326 ; l'article de 1907 ne donne que des approximations (décembre 1317 ; 26 janvier 1327), et l'Oxford Dictionary of the Christian Church (cité par Wikipedia EN « Diocese of Pamiers ») imprime le 3 mars 1326 pour Mirepoix — variance d'un jour entre répertoires modernes, sans conséquence sur le récit. URL : https://www.newadvent.org/cathen/02430a.htm. Texte original (caractère) : « though he failed to cope successfully with the political difficulties to which he fell heir, his piety, virtue, and pacific spirit, his justice, rectitude, and firmness in ruling, his zeal for doctrinal and moral reform, and his integrity of character were above reproach. »
2 7 13 15 16 18 19 24 26 29 30 56 57 59 64 65 67 71 74 75 76Heinrich Denzinger, Enchiridion symbolorum, definitionum et declarationum de rebus fidei et morum (Symboles et définitions de la foi catholique), édition française, constitution Benedictus Deus de Benoît XII, 29 janvier 1336 (DS 1000-1002) : définition que les âmes pleinement purifiées, aussitôt après leur mort, avant la reprise de leurs corps et avant le jugement, voient l'essence divine d'une vision intuitive et faciale, immédiate, sans médiation d'aucune créature, et en jouissent ; que cette vision fait disparaître les actes de foi et d'espérance ; qu'elle est continue et sans fin ; et que les âmes mortes en péché mortel descendent aussitôt en enfer, tous devant comparaître avec leurs corps au jugement dernier (2 Co 5, 10). Incipit latin : « Benedictus Deus in donis suis... ».
3 8 34 38 39 40 41 42 43Christian Trottmann, La vision béatifique. Des disputes scolastiques à sa définition par Benoît XII, coll. Bibliothèque des Écoles françaises d'Athènes et de Rome, École française de Rome, 1995 : étude de référence sur la controverse — sermons de Jean XXII (1331-1332), opposition des théologiens et de la Faculté de Paris, traité du cardinal Jacques Fournier De statu animarum, déclaration Ne super his du 3 décembre 1334 et définition de Benedictus Deus (1336).
4 11 31 33 35 37 47Guillaume Mollat, Les papes d'Avignon (1305-1378), 10ᵉ éd., Letouzey et Ané, Paris, 1965 : synthèse classique sur la papauté avignonnaise — réforme des ordres religieux par Benoît XII, lutte contre les abus et le népotisme, politique impériale et française, querelle franciscaine, contexte de la cour d'Avignon.
5 9 48 54 58 68 70 73 77Bernard Guillemain, La cour pontificale d'Avignon (1309-1376) : étude d'une société, coll. Bibliothèque des Écoles françaises d'Athènes et de Rome, De Boccard, Paris, 1962 : étude de référence sur l'organisation, les finances et la société de la cour d'Avignon, l'installation matérielle de la papauté et la construction du Palais des Papes.
6 10 60 62 63 78Concile œcuménique du Vatican (Vatican I), constitution dogmatique Pastor aeternus, 18 juillet 1870, ch. 4 (DS 3074) : définition des conditions de l'infaillibilité pontificale — le pape est infaillible lorsqu'il définit ex cathedra, en vertu de sa suprême autorité apostolique, une doctrine sur la foi ou les mœurs à tenir par toute l'Église ; cadre permettant de distinguer l'opinion privée de Jean XXII de la définition de Benoît XII.
12 46Wikipedia (anglais), article « Pope Benedict XII » : Jacques Fournier né vers 1285 à Saverdun (comté de Foix), cistercien formé au collège des Bernardins de Paris, abbé de Fontfroide (1311), évêque de Pamiers (1317), inquisiteur contre les cathares de Montaillou (registre Fournier), cardinal (18 décembre 1327) surnommé le « cardinal blanc », traité De statu animarum ante generale iudicium contre l'opinion de Jean XXII, élu pape le 20 décembre 1334, intronisé le 8 janvier 1335, Benedictus Deus (29 janvier 1336), constitutions de réforme Fulgens sicut stella (1335), Summi magistri / Benedictina (1336), Redemptor noster (1336), Ad decorem Ecclesiae (1339), Palais des Papes par l'architecte Pierre Poisson, déclaration de Rhense (1338), mort le 25 avril 1342, successeur Clément VI.
14 17 20 25 27 28 32 36 55 61 66Emmanuel Le Roy Ladurie, Montaillou, village occitan de 1294 à 1324, Gallimard, Paris, 1975 : microhistoire fondée sur le registre d'inquisition de Jacques Fournier, évêque de Pamiers, conservé à la Bibliothèque vaticane (ms. Vat. lat. 4030) ; restitution de la vie quotidienne, des croyances et du catharisme tardif d'un village ariégeois à partir des dépositions recueillies par le futur Benoît XII.
21 22 23Concile de Florence (XVIIᵉ œcuménique), décret d'union avec les Grecs Laetentur caeli, 6 juillet 1439 : DS 1305 — les âmes pleinement purifiées sont aussitôt reçues au ciel et « voient clairement Dieu lui-même, un et trine, tel qu'il est » (in caelum mox recipi et intueri clare ipsum Deum trinum et unum, sicuti est, avec des degrés selon les mérites) ; DS 1306 — les âmes mortes en état de péché mortel ou avec le seul péché originel descendent aussitôt en enfer, avec des peines inégales. Texte latin vérifié dans H. Denzinger, Enchiridion symbolorum (nouvelle numérotation).
44Catéchisme de l'Église catholique, n° 1021-1023 (jugement particulier et entrée immédiate des âmes justes dans la béatitude du ciel), citant la constitution Benedictus Deus de Benoît XII (1336).
45Benoît XII, bulle Fulgens sicut stella matutina, Sorgues, 12 juillet 1335 : réforme de l'ordre cistercien — assainissement économique des couvents endettés, obligation d'assister au chapitre général et de verser les contributions, resserrement de la discipline monastique, réorganisation des études théologiques. Texte latin dans J. Paris et H. Séjalon (éd.), Nomasticon Cisterciense, Solesmes, 1892, pp. 473-476 ; cf. L. Lekai, The Cistercians: Ideals and Reality, Kent State UP, 1977, p. 72. Date et lieu concordants sur Wikipedia FR (« Benoît XII ») et EN (« Fulgens sicut stella matutina »).
49 50Benoît XII, constitution Summi magistri dignatio (dite Benedictina), 20 juin 1336 : réforme des bénédictins (moines noirs) par regroupement des abbayes en provinces soumises à une discipline, des chapitres et des visites communes. Année 1336 confirmée par la Catholic Encyclopedia (art. « Benedictine Order »), la Britannica 1911 (art. « Benedictines ») et les historiens (B. Thompson ; Religions 14/7, 2023, citant Pantin) ; jour du 20 juin concordant sur Wikipedia FR (« Benoît XII ») et EN (« Pope Benedict XII »).
51 52Benoît XII, bulle Redemptor noster, Avignon, 28 novembre 1336 : réforme des franciscains — condamnation des fraticelles, uniformité de l'habit, assiduité aux offices divins. Texte dans le Bullarium Franciscanum, t. VI, n° 51, pp. 25-42, via D. Douie, The Nature and the Effect of the Heresy of the Fraticelli, Manchester UP, 1932 (« Avignon, November 28, 1336 »). Date concordante sur Wikipedia FR (« Benoît XII ») et EN (« Pope Benedict XII »).
53Heinrich Denzinger, Enchiridion symbolorum, libelle Cum dudum de Benoît XII aux Arméniens, 1341 (août 1341), DS 1006 et suiv. (ancienne numérotation 532 et suiv.) : recension des erreurs reprochées à l'Église arménienne, témoignant de la vigilance doctrinale du pape envers les Églises d'Orient. Numérotation vérifiée sur le texte latin (rubrique « Benoît XII, Libellus “Cum dudum” aux Arméniens, 1341 »).
69Sépulture de Benoît XII : inhumé selon son vœu à Notre-Dame des Doms d'Avignon, dans un tombeau (sculpteur Jean Lavenier, 1342-1345) presque entièrement détruit par l'abandon puis la profanation révolutionnaire, et reconstitué en grande partie à partir d'éléments d'un autre mausolée — cf. Avignon-et-Provence, page « Pope Benedict XII ». Le tombeau demeure dans la cathédrale ; seuls des fragments de l'original relèvent des collections de la Fondation Calvet — cf. Wikipedia (anglais), « List of extant papal tombs », entrée Benedict XII. Il n'y a donc pas de transfert du gisant au musée du Petit Palais.
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