Pape Clément V (Clemens V), de son nom de baptême Bertrand de Got, est élu pape le 5 juin 1305 et meurt le 20 avril 1314. Archevêque de Bordeaux au moment de son élection, ce Gascon est l'une des figures les plus controversées de l'histoire de la papauté médiévale : il est à la fois le premier des papes d'Avignon, l'homme qui supprime l'ordre des Templiers, et le pontife réputé soumis au roi de France Philippe IV le Bel.[1][2]
Son pontificat ouvre ce que l'on appellera plus tard, par une formule polémique, la « captivité de Babylone » de la papauté : à partir de 1309, Clément V fixe sa cour à Avignon — alors terre d'Empire sous seigneurie angevine, voisine du Comtat Venaissin pontifical, et non terre du royaume de France — et plus aucun pape ne réside durablement à Rome avant 1377.[3][4] Cette absence de Rome, jointe à un népotisme au profit de ses proches gascons — vingt-quatre cardinaux créés, en majorité français et apparentés — et à une fiscalité alourdie, lui a valu une légende noire tenace, nourrie par l'allusion prophétique du chant XIX de l'Enfer de Dante — le « pasteur sans loi » venu du couchant.[5][6][7]
L'acte qui scelle sa réputation est la destruction du Temple. Sous la pression de Philippe le Bel, qui fait arrêter tous les Templiers de France le vendredi 13 octobre 1307, Clément V finit par supprimer l'ordre au concile de Vienne, par la bulle Vox in excelso du 22 mars 1312.[8][9] Mais — point décisif et longtemps masqué par la légende — il le fait « non par sentence définitive » de condamnation pour hérésie, et il avait secrètement absous les chefs de l'ordre à Chinon en août 1308.[10][11]
C'est tout le paradoxe de ce pontificat : un juriste habile mais malade, qui cède au roi sur la forme et sur les biens, mais sauve — selon cette lecture — l'essentiel sur le fond : il ne définit aucun dogme erroné, ne condamne pas le Temple comme hérétique par jugement, et refuse de condamner la mémoire de son prédécesseur Boniface VIII comme hérétique. La distinction entre la fonction, préservée par l'assistance divine promise à Pierre, et l'homme, faillible, n'a jamais été aussi visible que sous son pontificat.[12][13]
Pourquoi Clément V est-il un pape décisif ?
Le pape qui déplace la papauté
Avant Clément V, le pape est l'évêque de Rome qui réside à Rome. Après lui, et pour près de soixante-dix ans, le pape gouverne l'Église depuis le Rhône. Clément V n'a jamais formellement renoncé à Rome, et il n'a pas davantage « vendu » la papauté à la France ; mais en s'installant à Avignon en 1309, il inaugure un déplacement de fait du centre de gravité de la chrétienté.[14][15] Les conséquences sont immenses : centralisation administrative et fiscale, francisation du Sacré Collège, et, à terme, la crise du Grand Schisme d'Occident (1378-1417), où deux puis trois prétendants se disputent le Siège apostolique. Beaucoup de ces effets sont involontaires : Clément V croyait son séjour provençal provisoire.[16]
Le pape qui supprime le Temple
L'ordre du Temple, fondé en 1119, est en 1307 l'une des institutions les plus riches et les plus prestigieuses de la chrétienté. En sept ans, il est anéanti. Clément V n'a pas voulu cette destruction : il a tergiversé, protesté, suspendu les procédures, tenté de sauver l'ordre. Mais il a fini par le supprimer pour éviter, selon ses propres mots, un mal pire — le scandale d'un affrontement ouvert avec la couronne de France et le risque d'un schisme.[17][18] L'affaire des Templiers est le cas d'école de la pression d'un pouvoir séculier sur le pouvoir spirituel, et de la manière dont un pontife sous pression peut néanmoins préserver un point de droit fondamental.
L'homme et la fonction
La leçon théologique du pontificat est là. Les faits reprochés sont documentés : concessions répétées au roi de France entre 1306 et 1312, vingt-quatre créations cardinalices favorables aux Gascons et aux proches, développement de la fiscalité pontificale, et une santé ruinée par une maladie chronique.[19][20][21] Pourtant, aucune définition doctrinale erronée ne sort de son pontificat. C'est précisément le type de cas que les apologistes opposent à l'objection selon laquelle l'indignité d'un pape ruinerait l'autorité de l'Église : l'Esprit Saint préserve la fonction, non la vertu de l'homme.[22] Comme le définira le concile Vatican I (constitution Pastor Aeternus, 18 juillet 1870), le pontife romain, lorsqu'il définit ex cathedra une doctrine sur la foi ou les mœurs, possède l'infaillibilité promise à l'Église — ce qui n'exige ni l'habileté ni la vertu personnelle du pape.[23]
Bertrand de Got avant la tiare
Une famille de la noblesse gasconne
Bertrand de Got naît vers 1264 à Villandraut, dans le sud de l'actuelle Gironde, au cœur d'une Gascogne alors rattachée au duché d'Aquitaine, possession du roi d'Angleterre.[24][25] La fiche retient vers 1264, date donnée par la Catholic Encyclopedia ; l'encadré de Britannica porte quant à lui vers 1260.[26] La famille de Got est une famille de petite noblesse particulièrement féconde en prélats : son frère Bérard de Got devient archevêque de Lyon (1289-1294) puis cardinal-évêque d'Albano, créé par Célestin V le 18 septembre 1294, et plusieurs neveux feront carrière dans l'Église — une ascension familiale qui annonce déjà le futur népotisme du pontificat.[27][28][29]
Le droit avant la théologie
Bertrand étudie les arts à Toulouse, puis le droit canonique et civil à Orléans et à Bologne, les deux grandes facultés de droit de l'époque.[30] C'est un détail capital : Clément V n'est pas un théologien ni un moine, mais un juriste. Toute sa carrière, et toute sa gestion de l'affaire des Templiers, portent la marque de cette formation : il raisonne en termes de procédure, de compétence, de droit — ce qui explique à la fois ses lenteurs calculées et son souci de ne jamais condamner sans forme régulière.[31]
Évêque de Comminges, puis archevêque de Bordeaux
Sa carrière est rapide. Chapelain du pape, il est nommé évêque de Comminges en 1295, puis archevêque de Bordeaux — élu dès 1297, préconisé le 23 décembre 1299 — par Boniface VIII.[32][33][34] Comme métropolitain de Bordeaux, il administre une province ecclésiastique stratégique, à la charnière des intérêts du roi d'Angleterre Édouard Ier — son suzerain féodal en Aquitaine — et du roi de France Philippe le Bel. Cette position d'homme entre deux couronnes, habitué à louvoyer, prépare le pape conciliateur qu'il sera.
Entre Plantagenêt et Capétien
L'idée, répandue par les chroniqueurs, que Bertrand de Got aurait été un homme lige de Philippe le Bel dès avant son élection est largement fausse. Archevêque dans une terre anglaise, il devait autant à Édouard Ier qu'au roi de France.[35] La célèbre entrevue secrète de Saint-Jean-d'Angély — où Philippe aurait, dans une forêt, arraché à Bertrand six promesses en échange de la tiare — est une légende rapportée par le chroniqueur florentin Giovanni Villani, que les historiens modernes tiennent pour invraisemblable : elle relève de la propagande hostile aux papes d'Avignon, non du fait établi.[36][37]
Le conclave de Pérouse et l'élection de 1305
Onze mois de blocage
À la mort de Benoît XI, le 7 juillet 1304, le conclave se réunit à Pérouse et se trouve paralysé pendant près d'un an. Les cardinaux se divisent en deux camps irréconciliables : un parti « bonifacien », fidèle à la mémoire de Boniface VIII et hostile à la France, et un parti français, favorable à un rapprochement avec Philippe le Bel.[38][39] Aucun des deux ne peut réunir la majorité des deux tiers requise. Le blocage dure onze mois.
L'élection du 5 juin 1305
La sortie de crise est un compromis : on choisit un homme hors du Sacré Collège, n'appartenant à aucune des deux factions romaines — l'archevêque de Bordeaux. Bertrand de Got est élu le 5 juin 1305 et prend le nom de Clément V le 24 juillet.[40][41] Le choix d'un Gascon extérieur aux clans romains apparaît alors comme une solution d'apaisement ; il sera lourd de conséquences, car ce pape ne se rendra jamais en Italie.
Un pape qui ne va pas à Rome
Détail révélateur : au lieu de gagner Rome pour son couronnement, Clément V convoque les cardinaux à venir le rejoindre en France.[42] La papauté commence ainsi son pontificat de l'autre côté des Alpes. Ce qui devait être une étape devient un mode de gouvernement.
Le couronnement de Lyon (14 novembre 1305)
Un sacre hors de Rome
Clément V est couronné le 14 novembre 1305 à Lyon, dans la basilique Saint-Just, en présence de Philippe le Bel et d'une foule de princes.[43][44] C'est la première fois depuis longtemps qu'un pape est sacré hors de Rome, et le symbole est fort : le nouveau pontife inscrit d'emblée son règne dans l'orbite française.
L'effondrement du mur
L'événement reste marqué par un accident sinistre, lu par les contemporains comme un présage funeste. Pendant la procession du couronnement, un mur surchargé de spectateurs s'effondre : le pape est jeté à terre, sa tiare roule et l'escarboucle qui l'ornait est perdue ; plusieurs personnes sont tuées, dont le duc de Bretagne Jean II.[45][46] Les chroniqueurs y verront le signe d'un pontificat sous mauvaise étoile.
Les premières concessions au roi
Dès le début de 1306, Clément V multiplie les gestes envers Philippe le Bel. Il désamorce la bulle Clericis laicos de Boniface VIII — qui interdisait au roi de taxer le clergé sans accord pontifical — en l'interprétant comme ne visant pas le roi de France ; et il atténue la portée d'Unam sanctam, la bulle qui affirmait la supériorité du pouvoir spirituel sur le temporel, en déclarant qu'elle ne créait au royaume de France aucun préjudice nouveau.[47][48] Ce recul, capital, marque le renversement de la politique pontificale d'affrontement menée par Boniface VIII.
Pourquoi la papauté s'installe-t-elle à Avignon ?
Une cour itinérante (1305-1309)
Pendant les quatre premières années de son règne, Clément V n'a pas de capitale. Sa cour est itinérante entre Bordeaux, Poitiers, Toulouse et la Gascogne, au gré de sa santé, des négociations avec le roi et de l'affaire des Templiers.[49][50] Cette instabilité épuise l'administration pontificale et nourrit le désordre.
L'arrivée à Avignon le 9 mars 1309
C'est seulement le 9 mars 1309 que Clément V s'installe à Avignon, d'abord dans le couvent des Dominicains.[51][52] Le choix n'est pas anodin : Avignon est proche de la France sans en faire partie, bien située sur le Rhône, et permet au pape de suivre de près le procès des Templiers et le concile à venir. Là encore, l'installation est conçue comme temporaire : ni Clément V ni ses contemporains n'imaginent qu'elle durera près de soixante-dix ans.
Avignon, terre d'Église, pas terre de France
Un point souvent déformé doit être rétabli. Au début du XIVe siècle, Avignon n'appartient pas au royaume de France : la ville relève du comté de Provence, fief de la maison angevine de Naples, vassale de l'Empire ; et le Comtat Venaissin voisin est déjà possession pontificale.[53][54] La papauté ne s'installe donc pas « en France », mais sur une terre où elle est chez elle. Le pape suivant achètera d'ailleurs Avignon en pleine propriété en 1348. Présenter Avignon comme une soumission territoriale au roi de France est une simplification que l'histoire dément.
« Captivité de Babylone » : une formule à nuancer
L'expression « captivité de Babylone de l'Église » vient de Pétrarque, adversaire passionné de la cour d'Avignon, qui comparait l'exil des papes loin de Rome à l'exil du peuple juif à Babylone.[55] La formule a fait fortune, mais elle est polémique : les papes d'Avignon ne furent ni prisonniers ni captifs, et la période vit une réorganisation administrative considérable de l'Église.[56] Reste que l'absence de Rome, ville de saint Pierre, fut une blessure réelle dont la chrétienté souffrit, et que les saints — sainte Catherine de Sienne au premier rang — supplièrent plus tard le pape de revenir.
L'affaire des Templiers
Le coup de force du 13 octobre 1307
À l'aube du vendredi 13 octobre 1307, sur ordre secret de Philippe le Bel, tous les Templiers du royaume de France sont arrêtés simultanément et leurs biens saisis.[57][58] L'opération, montée par les juristes royaux, vise officiellement l'hérésie, l'idolâtrie et des rites infamants ; elle vise en réalité aussi les richesses de l'ordre et le prestige de la couronne. Les aveux, obtenus sous la torture, affluent : le grand maître Jacques de Molay lui-même reconnaît des fautes.
La protestation puis la reprise en main
Clément V est mis devant le fait accompli. Furieux d'avoir été contourné — l'ordre du Temple ne relevait que du pape —, il proteste contre l'usurpation royale le 27 octobre 1307.[59][60] Mais ne pouvant ignorer l'ampleur des aveux, il reprend la main : par la bulle Pastoralis praeeminentiae du 22 novembre 1307, il ordonne à tous les souverains de la chrétienté d'arrêter les Templiers et de placer leurs biens sous séquestre, au nom de l'Église et non du roi. Manière de récupérer juridiquement une affaire que Philippe avait lancée seul.
Chinon : l'absolution secrète des dignitaires (août 1308)
C'est l'épisode le plus révélateur, et le plus longtemps ignoré. En août 1308, à Chinon, trois cardinaux envoyés par Clément V interrogent les principaux dignitaires de l'ordre, dont Jacques de Molay. Après les avoir entendus reconnaître leurs fautes et demander pardon, ils leur accordent au nom du pape l'absolution et les réconcilient avec l'Église.[61][62]
« Nous leur avons rendu la grâce de l'absolution... et nous les avons réintégrés dans la communion de l'Église et restitués à la participation des sacrements. » — Parchemin de Chinon, 17-20 août 1308 (traduction française Ignispedia d'après le latin édité par Frale)[63]
Ce document, le « parchemin de Chinon », fut redécouvert et publié par l'historienne Barbara Frale à partir des Archives secrètes du Vatican, où il avait été mal classé pendant des siècles.[64][65] Sa portée est considérable : il prouve que Clément V, après examen, ne tenait pas les chefs de l'ordre pour des hérétiques impénitents, mais pour des pécheurs repentis qu'il a réconciliés. Le pape a donc travaillé, dans la mesure de ses moyens, à sauver les hommes du Temple.
Faciens misericordiam et la double enquête
Pour reprendre le contrôle de la procédure, Clément V met en place un double dispositif d'enquête : des commissions diocésaines contre les Templiers individuels, et une commission pontificale chargée de juger l'ordre en tant que tel ; par la bulle Faciens misericordiam du 12 août 1308, il convoque en outre un concile général à Vienne pour trancher.[66][67] La distinction est juridiquement essentielle : les hommes peuvent avoir fauté, mais la culpabilité de l'ordre comme institution reste à prouver — et elle ne le sera jamais de façon concluante.
Le bûcher de Jacques de Molay (18 mars 1314)
Le dénouement est tragique. Le 18 mars 1314, le grand maître Jacques de Molay et le précepteur de Normandie Geoffroy de Charnay, qui s'étaient d'abord avoués coupables, se rétractent publiquement et proclament l'innocence de l'ordre. Aussitôt livrés au bras séculier comme relaps, ils sont brûlés vifs le soir même sur un îlot de la Seine, à Paris.[68][69] La légende rapporte que Molay, du milieu des flammes, aurait cité pape et roi à comparaître devant le tribunal de Dieu — Clément V mourra cinq semaines plus tard, Philippe le Bel avant la fin de l'année.
Le concile de Vienne (1311-1312)
Convocation et ouverture
Le concile de Vienne, XVe concile œcuménique, s'ouvre le 16 octobre 1311 dans la cité dauphinoise de Vienne, sur le Rhône.[70][71] Il réunit une vingtaine de cardinaux, plus de cent évêques et de nombreux abbés. Trois grands dossiers sont à l'ordre du jour : le sort de l'ordre du Temple, la réforme de l'Église et un projet de croisade.
La suppression du Temple : Vox in excelso
Sur les Templiers, l'assemblée est d'abord réticente. La majorité des Pères conciliaires estiment que les preuves d'hérésie sont insuffisantes et que l'ordre devrait pouvoir se défendre.[72][73] C'est l'arrivée de Philippe le Bel en personne, à la tête d'une armée, en mars 1312, qui emporte la décision. Par la bulle Vox in excelso, datée du 22 mars 1312 et lue en concile, Clément V supprime l'ordre du Temple.
« Non par sentence définitive » : ce que Clément V n'a pas fait
Le point juridique et théologique est capital, et il innocente le pape de l'accusation d'avoir condamné le Temple comme hérétique. Clément V ne supprime pas l'ordre par un jugement déclarant sa culpabilité, mais par voie de provision et d'ordonnance apostolique — une décision administrative fondée sur le scandale et le bien général de l'Église, non sur une sentence d'hérésie.[74][75]
« Non sans amertume et douleur du cœur, non par voie de sentence définitive, mais par voie de provision et d'ordonnance apostolique, nous supprimons l'ordre du Temple. » — Bulle Vox in excelso, 22 mars 1312 (traduction)[76]
La nuance n'est pas un artifice : elle signifie que, après examen, l'Église n'a pas déclaré les Templiers hérétiques. Le pape sacrifie l'institution pour éviter un schisme, mais il sauve le principe : le Temple n'est pas condamné pour la foi, il est dissous par décision de gouvernement. C'est exactement le point que masquait la légende noire d'un pape complice d'une condamnation pour hérésie.
Ad providam : le transfert aux Hospitaliers
Restait la question des immenses biens de l'ordre. Philippe le Bel les convoitait. Clément V refuse de les laisser à la couronne : par la bulle Ad providam du 2 mai 1312, il transfère l'essentiel des biens du Temple à l'autre grand ordre militaire, les Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, afin qu'ils restent au service de la Terre sainte.[77][78] La bulle Considerantes dudum (6 mai 1312) règle enfin le sort des Templiers individuels, renvoyés au jugement des conciles provinciaux. Là encore, le pape arrache au roi un point décisif.
Les chaires de langues orientales
Le concile de Vienne ne fut pas seulement le concile des Templiers. Il prit une décision d'une remarquable hauteur de vue missionnaire : la création de chaires d'enseignement de l'hébreu, du grec, de l'arabe et du « chaldéen » (araméen) dans les grandes universités de la chrétienté — Paris, Oxford, Bologne, Salamanque et à la curie pontificale.[79][80] L'objectif était de former des clercs capables de lire les sources dans leur langue et de dialoguer avec les juifs et les musulmans. C'est l'un des actes fondateurs des études orientales chrétiennes, et il porte la signature d'un pape par ailleurs si critiqué.
La condamnation des erreurs spirituelles
Le concile traite enfin de plusieurs questions doctrinales. Il tranche la querelle de la pauvreté chez les franciscains par la constitution Exivi de paradiso, et il condamne les erreurs attribuées aux béguards et béguines de la secte du « Libre-Esprit », qui prétendaient atteindre un état d'union à Dieu dispensant des commandements et des sacrements.[81][82] Sur le terrain de la foi, le pontificat de Clément V reste donc fidèle : il condamne l'illuminisme antinomien, non l'authentique vie mystique.
Le procès posthume de Boniface VIII
La vengeance de Philippe le Bel
Philippe le Bel n'avait pas pardonné à Boniface VIII l'humiliation de l'attentat d'Anagni (1303). Il exigea de Clément V un procès posthume du pape défunt, accusé d'hérésie, de simonie et d'immoralité, afin de faire exhumer et brûler ses ossements — ce qui aurait jeté l'opprobre sur toute la papauté et justifié rétrospectivement l'agression royale.[83][84] Le procès, ouvert à Avignon, s'enlisa volontairement pendant des années.
Clément V sauve la mémoire d'un pape
C'est l'un des dossiers où Clément V, malgré ses concessions au roi, fit preuve de ténacité. Plutôt que de condamner son prédécesseur, il temporisa jusqu'à obtenir un compromis au concile de Vienne : la mémoire de Boniface VIII ne fut pas condamnée. En échange, le pape déclara que Philippe le Bel avait agi par un zèle de bonne foi, sans intention mauvaise — une formule qui sauvait l'honneur du roi sans flétrir celui du pape mort.[85][86] Sur ce point essentiel — l'intégrité de la fonction pontificale —, Clément V tint bon.
Le geste pour Célestin V
Dans le même registre, Philippe poussait à la canonisation de Célestin V, le pape ermite qui avait abdiqué en 1294 et dont Boniface VIII était le successeur : le canoniser revenait indirectement à atteindre Boniface. Clément V canonisa bien l'ermite des Abruzzes en 1313, mais en le proclamant saint sous son nom de religieux, Pierre du Morrone, et non sous son titre pontifical — manière subtile de reconnaître la sainteté de l'homme sans donner au roi la victoire symbolique qu'il cherchait.[87]
Un pontificat sous la coupe du roi ?
Le népotisme gascon
Le reproche le plus fondé contre Clément V est son népotisme. Au cours de son règne, il crée vingt-quatre cardinaux, dont une forte majorité de Gascons et de proches parents : neveux, cousins, fidèles de son pays.[88][89] Cette francisation et « gasconnisation » du Sacré Collège pèsera lourd : elle garantit que ses successeurs seront français et resteront à Avignon, et prépare les divisions du futur schisme. Le pape enrichit aussi largement sa famille — un travers que les contemporains lui reprochèrent sans ménagement.
La fiscalité et les critiques
Le maintien d'une cour itinérante puis d'une administration avignonnaise coûtait cher. Clément V développa la fiscalité pontificale — réserves de bénéfices, taxes, annates — qui nourrit le grief, repris par les réformateurs, d'une Église avide d'argent.[90] Ces critiques, parfois exagérées, contiennent une part de vérité : la cour d'Avignon fut riche, mondaine, et son train de vie scandalisa les âmes les plus exigeantes.
Ce que Clément V a refusé
Il serait pourtant injuste de réduire Clément V à un instrument du roi. Le bilan montre une série de refus décisifs opposés à Philippe le Bel : il n'a pas condamné le Temple comme hérétique par jugement ; il n'a pas livré ses biens à la couronne, les transférant aux Hospitaliers ; il n'a pas condamné la mémoire de Boniface VIII ; il n'a pas canonisé Célestin V comme pape pour servir la vengeance royale.[91][92] Sur chacun de ces points, Clément V a su préserver l'essentiel de l'autorité spirituelle.
L'œuvre canonique : les Clémentines
Juriste de formation, Clément V laisse une œuvre de droit canonique durable. Il fait réunir ses propres décrétales et les canons du concile de Vienne en une collection officielle, les Constitutiones Clementinae — les « Clémentines ».[93][94] Achevée à la fin de son règne, la collection sera promulguée et envoyée aux universités par son successeur Jean XXII en 1317. Elle constitue l'une des grandes parties du Corpus iuris canonici, le droit de l'Église qui restera en vigueur jusqu'au Code de 1917. Par là, l'héritage de Clément V dépasse de loin l'affaire des Templiers.
Mort, sépulture et mémoire
La mort de Roquemaure (20 avril 1314)
Miné depuis des années par une maladie chronique — la tradition parle d'un cancer des intestins —, Clément V meurt le 20 avril 1314 à Roquemaure, sur le Rhône, alors qu'il tentait de regagner sa Gascogne natale.[95][96] Il s'éteint cinq semaines après le bûcher de Jacques de Molay et quelques mois avant Philippe le Bel : la coïncidence frappa les contemporains, qui y virent l'accomplissement de la « malédiction des Templiers ».
Le tombeau profané d'Uzeste
Conformément à ses dernières volontés, son corps est inhumé dans la collégiale Notre-Dame d'Uzeste, en Gironde, qu'il avait fait richement doter.[97][98] Le tombeau connut un destin malheureux : pillé et profané, son gisant fut endommagé, et les guerres de Religion achevèrent la dévastation. Il subsiste néanmoins, à Uzeste, le souvenir monumental du seul pape d'Avignon enseveli dans son pays d'origine.
Dante, la légende noire et l'histoire
Aucune plume n'a plus durablement noirci Clément V que celle de Dante Alighieri. Dans le chant XIX de l'Enfer — la fosse des simoniaques —, le poète met en scène le pape Nicolas III qui, le prenant pour Boniface VIII, annonce la damnation prochaine de Boniface, puis celle d'un « pasteur sans loi » venu du couchant : Clément V (v. 82-84).[99]
« Après lui, pour une œuvre plus laide encore, viendra du couchant un pasteur sans loi, tel qu'il couvrira et lui et moi. » — Dante, L'Enfer, chant XIX, v. 82-84 (traduction)[100]
Cette condamnation poétique a forgé la légende noire d'un pape vénal et soumis. L'histoire critique, sans rien cacher de ses concessions, nuance fortement le portrait : Clément V fut un homme malade, prisonnier d'un rapport de forces écrasant avec le plus puissant roi de la chrétienté, mais aussi un juriste habile qui, sur les points décisifs, sut préserver le droit et la foi là où un pape moins retors aurait tout cédé.[101]
Ce que révèle ce pontificat
Le pontificat de Clément V est un cas limite : celui d'un pape soumis à une pression politique extrême, et dont le règne ouvre une longue crise. Il offre pourtant trois enseignements.
D'abord, la distinction entre l'homme et la fonction. Les reproches documentés visent l'homme ; pourtant, le dépôt de la foi traverse son règne intact. L'Église n'a jamais enseigné que ses pasteurs seraient impeccables, mais que le Siège de Pierre serait préservé de définir l'erreur — et ce pontificat en est une vérification éclatante.[102][103]
Ensuite, la résistance dans la faiblesse. Là où la légende voit un instrument docile, l'histoire montre un homme qui, sur le Temple, sur les biens, sur Boniface VIII, oppose au roi des refus juridiques décisifs. Sa position de faiblesse face au roi n'a pas entraîné la trahison de la fonction.
Enfin, le coût d'avoir quitté Rome. L'installation à Avignon, conçue comme provisoire, ouvre une blessure de soixante-dix ans et prépare le Grand Schisme. Les saints l'ont senti, et c'est une femme, Catherine de Sienne, qui obtiendra plus tard le retour du pape dans la ville de saint Pierre. Clément V est le pape par qui l'exil commence — et son histoire rappelle que le centre de la chrétienté n'est pas indifférent.
Chronologie
- vers 1264Naissance de Bertrand de Got
Naissance à Villandraut, en Gascogne, dans une famille de la noblesse riche en prélats.
- 1297 / 23 décembre 1299Archevêque de Bordeaux
Élu à Bordeaux en 1297 puis préconisé le 23 décembre 1299, Bertrand de Got devient métropolitain à la charnière des intérêts anglais et français.
- 5 juin 1305Élection à Pérouse
Élu pape après onze mois de blocage entre cardinaux français et italiens ; il prend le nom de Clément V.
- 14 novembre 1305Couronnement de Lyon
Sacré hors de Rome, en présence de Philippe le Bel ; un mur s'effondre durant la procession, tuant le duc de Bretagne.
- 13 octobre 1307Arrestation des Templiers
Sur ordre de Philippe le Bel, tous les Templiers de France sont arrêtés ; le pape proteste contre l'usurpation royale.
- août 1308Absolution de Chinon
Trois cardinaux envoyés par le pape absolvent et réconcilient secrètement les dignitaires du Temple, repentis.
- 9 mars 1309Installation à Avignon
Le pape fixe sa cour à Avignon, terre d'Empire sous seigneurie angevine et non de France ; le séjour, voulu provisoire, durera près de 70 ans.
- 16 octobre 1311Ouverture du concile de Vienne
XVe concile œcuménique : Templiers, réforme de l'Église, croisade, chaires de langues orientales.
- 22 mars 1312Vox in excelso
Suppression de l'ordre du Temple, non par sentence d'hérésie mais par voie de provision apostolique.
- 2 mai 1312Ad providam
Les biens du Temple sont transférés aux Hospitaliers, et non à la couronne de France.
- 18 mars 1314Bûcher de Jacques de Molay
Le grand maître se rétracte, proclame l'innocence de l'ordre et meurt sur le bûcher à Paris.
- 20 avril 1314Mort de Clément V
Le pape s'éteint à Roquemaure ; il est inhumé à Uzeste, en Gironde.
Pour aller plus loin
- Pape Boniface VIII (1294-1303) — le pape de l'affrontement avec Philippe le Bel, dont Clément V refusa de condamner la mémoire.
- Pape Benoît XI (1303-1304) — le prédécesseur immédiat, dont la mort ouvrit le long conclave de Pérouse.
- Pape Clément VI — le pape d'Avignon qui acheta la ville en pleine propriété en 1348.
- Pape Célestin V — l'ermite qui abdiqua, canonisé par Clément V en 1313.
Article Ignispedia — catégorie Histoire de l'Église, série « Les papes ». Sourcing : Saint-Siège, Catholic Encyclopedia, Treccani (Enciclopedia dei Papi), Sophia Menache (Cambridge, 1998), Malcolm Barber (Cambridge, 2006), Barbara Frale (parchemin de Chinon), G. Mollat, N. Tanner, J. Lecler.
Notes et références
Saint-Siège, liste officielle des souverains pontifes, notice « Clemens V (Bertrand de Got) » : archevêque de Bordeaux élu en 1305, premier pape résidant à Avignon, mort en 1314. Vatican.va.
1 32 40Encyclopædia Britannica, article « Clement V (pope) » : Bertrand de Got né vers 1260 (« born c. 1260, Bordelais region ») dans le Bordelais, évêque de Comminges (1295), archevêque de Bordeaux (1299), élu en 1305, couronné à Lyon, installé à Avignon en 1309, pontificat dominé par Philippe IV, suppression des Templiers, mort le 20 avril 1314 à Roquemaure, censuré par Dante. URL : https://www.britannica.com/biography/Clement-V.
2 21 26 43 47 95Guillaume Mollat, Les papes d'Avignon (1305-1378), 10ᵉ éd., Letouzey et Ané, Paris, 1965 : synthèse classique sur la papauté avignonnaise — cour itinérante puis installation à Avignon, statut non français d'Avignon et du Comtat Venaissin, fiscalité et népotisme de Clément V, conclave de Pérouse, sépulture d'Uzeste.
3 5 14 19 29 38 46 48 49 53 84 86 88 90 98Agostino Paravicini Bagliani, « Clemente V », in Enciclopedia dei Papi, dir. M. Bray, Istituto della Enciclopedia Italiana (Treccani), Rome, 2000 : notice biographique de référence sur le premier pape d'Avignon, le conclave de Pérouse, le népotisme gascon, le concile de Vienne, les Clémentines et la formule pétrarquienne de « captivité de Babylone ». La notice atteste aussi la nuance onomastique de la canonisation de l'ermite : « canonizzando Pietro del Morrone (e non Celestino V) ». URL vérifiée le 4 octobre 2026 (page 200, titre « Clemente v - Enciclopedia - Treccani », canonique confirmé) : https://www.treccani.it/enciclopedia/clemente-v_(Enciclopedia-dei-Papi)/. L'ancienne URL courte https://www.treccani.it/enciclopedia/clemente-v/ redirige vers l'accueil (308) et est abandonnée.
4 6 15 39 52 54 55 87 89 94Dante Alighieri, La Divine Comédie, L'Enfer, chant XIX (fosse des simoniaques), v. 82-84 : c'est le pape Nicolas III — lui-même damné pour simonie — qui, prenant Dante pour Boniface VIII, annonce la damnation prochaine de Boniface puis celle de Clément V. Texte original italien : « ché dopo lui verrà di più laida opra, / di ver' ponente, un pastor sanza legge, / tal che convien che lui e me ricuopra. » (éd. Digital Dante, Columbia University : https://digitaldante.columbia.edu/dante/divine-comedy/inferno/inferno-19/). La citation française de l'article est une traduction Ignispedia.
7 99 100Malcolm Barber, The Trial of the Templars, 2ᵉ éd., Cambridge University Press, 2006 : étude de référence sur le procès des Templiers — arrestation du 13 octobre 1307, bulle Pastoralis praeeminentiae, commissions d'enquête, Faciens misericordiam, réticence du concile de Vienne, suppression par Vox in excelso « per modum provisionis », transfert des biens aux Hospitaliers, bûcher de Molay le 18 mars 1314.
8 17 57 59 66 68 72 74 78 92Norman P. Tanner (éd.), Decrees of the Ecumenical Councils, vol. 1, Sheed & Ward / Georgetown University Press, 1990 : texte critique des décrets du concile de Vienne (1311-1312) — bulle Vox in excelso (suppression « non per modum diffinitivae sententiae, sed per viam provisionis seu ordinationis apostolicae »), Ad providam (transfert aux Hospitaliers), décret sur les chaires de langues hébraïque, grecque, arabe et chaldéenne, condamnation des erreurs du Libre-Esprit.
9 18 67 70 75 76 77 79 81Barbara Frale, « The Chinon chart : Papal absolution to the last Templar, Master Jacques de Molay », Journal of Medieval History, vol. 30, n° 2, 2004, p. 109-134 : édition et analyse du parchemin de Chinon (août 1308) par lequel les cardinaux envoyés par Clément V absolvent et réconcilient à l'Église les dignitaires du Temple repentis. Texte latin de l'absolution sacramentelle.
10 61 63 64Barbara Frale (éd.), Processus contra Templarios, édition en fac-similé du parchemin de Chinon par l'Archivio Segreto Vaticano (Scrinium / Libreria Editrice Vaticana), 2007 : publication officielle du Vatican montrant que Clément V ne tenait pas les chefs de l'ordre pour des hérétiques impénitents.
11 62 65Sophia Menache, Clement V, coll. Cambridge Studies in Medieval Life and Thought, Cambridge University Press, 1998 : biographie académique de référence. Démontre le caractère légendaire de l'entrevue de Saint-Jean-d'Angély, l'indépendance relative de Bertrand de Got avant 1305, la stratégie juridique du pape dans l'affaire du Temple, et ses refus opposés à Philippe le Bel (mémoire de Boniface VIII, biens du Temple).
12 16 20 22 31 35 37 50 60 83 85 91 101 102Concile Vatican I, constitution dogmatique Pastor Aeternus, ch. 4, 18 juillet 1870 (DS 3074) : le pontife romain, lorsqu'il parle ex cathedra — c'est-à-dire quand, dans l'exercice de sa charge de pasteur et docteur de tous les chrétiens, il définit, en vertu de sa suprême autorité apostolique, qu'une doctrine sur la foi ou les mœurs doit être tenue par toute l'Église — possède, par l'assistance divine promise à Pierre, l'infaillibilité dont le divin Rédempteur a voulu que son Église soit pourvue dans la définition de la doctrine sur la foi ou les mœurs.
13 23 103The Catholic Encyclopedia, vol. 4, Robert Appleton Company, New York, 1908, article « Pope Clement V », repris par New Advent : naissance à Villandraut (Gascogne) en 1264, études de droit à Orléans et Bologne, évêché de Comminges, archevêché de Bordeaux, élection de 1305, couronnement de Lyon, recul sur Clericis laicos et Unam sanctam, procès des Templiers, concile de Vienne, Constitutiones Clementinae promulguées par Jean XXII en 1317. URL : https://www.newadvent.org/cathen/04020a.htm.
24 30 42 93Wikipédia (français), article « Clément V » : naissance à Villandraut vers 1264, carrière épiscopale, conclave de Pérouse, couronnement en la basilique Saint-Just de Lyon le dimanche 14 novembre 1305 et effondrement du mur au retour de Saint-Just (mort du duc de Bretagne Jean II), arrivée à Avignon le 9 mars 1309, consistoires de création de cardinaux, dates des bulles sur les Templiers, mort à Roquemaure le 20 avril 1314, sépulture profanée d'Uzeste, châteaux clémentins de Gironde.
25 28 34 41 44 45 51 58 69 96 97Bérard de Got : archevêque de Lyon de 1289 à 1294, créé cardinal-évêque d'Albano par Célestin V au consistoire du 18 septembre 1294 (décès le 27 juin 1297) ; frère aîné de Bertrand de Got, dont il fut le protecteur (Bertrand fut son vicaire général). Sources croisées : Encyclopaedia Britannica 1911, article « Clement V », et liste des cardinaux créés par Célestin V.
27Oxford Reference, article « Clement V » (d'après The Oxford Dictionary of the Christian Church) : Bertrand de Got nommé évêque de Comminges en 1295 et archevêque de Bordeaux en « 1297/9 » — double datation qui distingue l'élection (1297) de la provision pontificale (23 décembre 1299, attestée par Eubel, Hierarchia catholica, I).
33Giovanni Villani, Nuova Cronica (chronique florentine, première moitié du XIVe siècle), livres VIII-IX : source narrative rapportant la prétendue entrevue secrète de Saint-Jean-d'Angély et les six promesses arrachées à Bertrand de Got par Philippe le Bel — récit tenu pour légendaire par l'historiographie moderne.
36Étienne Baluze, Vitae paparum Avenionensium, Paris, 1693, nouvelle éd. par Guillaume Mollat, 4 vol., Letouzey et Ané, Paris, 1914-1927 : recueil fondateur des sources sur les papes d'Avignon, base documentaire de toute l'historiographie ultérieure.
56Joseph Lecler, Vienne, coll. Histoire des conciles œcuméniques 8, Éditions de l'Orante, Paris, 1964 : monographie sur le concile de Vienne — réticence des Pères conciliaires sur les Templiers, pression de Philippe le Bel, décrets de réforme, chaires de langues orientales, condamnation des béguards.
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