Pape Jean II (533-535)

Pape de 533 à 535, Jean II passe pour le premier pape à changer de nom à l'élection ; il confirme la formule théopaschite et reçoit dans le Codex Justinianus la reconnaissance du Siège romain comme tête de toutes les saintes Églises.

Ignispedia

Pape Jean II (Ioannes II), né Mercurius, gouverne l'Église de Rome du 2 janvier 533 (consécration ; élu le 31 décembre 532) au 8 mai 535. Le Saint-Siège le présente comme le 56e pape de l'Église catholique, romain d'origine, immédiatement après Boniface II et avant saint Agapet I.[4] Son pontificat n'a duré que deux ans et quatre mois, mais il concentre trois des dossiers les plus lourds de l'Antiquité tardive romaine : la simonie ravivée par une vacance scandaleuse de plus de deux mois, la controverse théopaschite tranchée sous Justinien I, et la reconnaissance impériale, dans le code civil, de la primauté du Siège romain.

Le pontificat de Jean II marque aussi un geste tenu pour sans précédent dans la mémoire latine de la papauté : Mercurius, élu, refuse de conserver le nom d'un dieu païen et prend le nom de Jean. On y a parfois vu un hommage à saint Jean I, mort en prison à Ravenne près de sept ans plus tôt — mais cette lecture reste une simple hypothèse : la notice DBI comme la Catholic Encyclopedia attestent la primauté du geste sans donner de motif, et seul le motif du rejet du nom du dieu païen est explicité par une synthèse de référence, la New Catholic Encyclopedia — jamais un hommage à Jean I.[5][6][7] Le geste est silencieux ; sa portée traverse les siècles. Tous les papes ultérieurs qui changeront de nom à l'élection entrent dans le sillage tracé par Mercurius en 533.

Le contexte civil de ce pontificat reste extraordinaire. Pendant que Rome est gouvernée par le jeune roi ostrogoth Athalaric, fils d'Amalasonthe et petit-fils de Théodoric, Constantinople est aux mains de Justinien I, alors au sommet de son projet de restauration impériale et codificatrice. Entre les deux pôles, Jean II reçoit, dans le code civil même de l'Empire, une reconnaissance pontificale formelle. La lettre impériale Reddentes honorem, datée du 6 juin 533 et citée au milieu de la constitution I.1.8 du Codex Justinianus, déclare que le Siège romain est la "tête de toutes les saintes Églises" et que tout ce qui touche à l'état des Églises lui sera référé.[8][9]

« Nous Nous sommes employés à unir tous les prêtres de l'Orient et à les soumettre au Siège de Votre Sainteté. » — Justinien I, lettre Reddentes honorem au pape Jean II, 6 juin 533, citée au Codex Justinianus I.1.8[10]

C'est en répondant à cette lettre, le 25 mars 534, que Jean II confirme la formule christologique "Unus de Trinitate passus est carne" et notifie l'excommunication des moines Acémètes de Constantinople comme nestoriens — excommunication que la Catholic Encyclopedia comme la New Catholic Encyclopedia datent du 24 mars, veille de la lettre.[11][12][13][14] Sa réponse, insérée dans le code civil comme constitution I.1.8, cite en son milieu la lettre impériale qui déclare le Siège romain "tête de toutes les saintes Églises" — le pape recevant et confirmant la reconnaissance impériale dans les mêmes termes.[15]

Pourquoi Jean II compte-t-il ?

Le premier pape qui change son nom, selon les sources

Aucune source antérieure n'atteste un changement de nom pontifical. Selon la Catholic Encyclopedia, Mercurius « semble avoir été le premier qui changea son nom en montant à la papauté »[16] ; la notice DBI l'affirme plus nettement encore : changement « per la prima volta nella storia del Papato ».[17] Le motif retenu est que Mercurius désignait directement le dieu païen Mercure.

Le geste n'est pas une coquetterie. Il est doctrinal. Le successeur de Pierre ne peut pas, dans la conscience catholique de l'Antiquité tardive, porter le nom d'une divinité de la mythologie romaine. Le nom de Jean est aussi celui de saint Jean I, mort prisonnier de Théodoric à Ravenne le 18 mai 526 : on y a parfois vu un hommage délibéré, qui donnerait au geste sa coloration spirituelle — Mercurius prenant le nom d'un martyr récent du Siège romain — mais cette lecture reste une hypothèse non attestée par les synthèses de référence.[18]

Ce geste, tenu pour le premier du genre, deviendra, sur la longue durée, l'une des marques les plus visibles de la papauté. À partir du XIᵉ siècle, le choix d'un nom pontifical différent du nom de baptême est devenu l'usage ordinaire. Tous ces actes, conscients ou non, prolongent le choix de Mercurius en 533.

Le sénat romain et Athalaric contre la simonie

Le pontificat de Jean II commence dans un scandale exposé au grand jour. La mort de Boniface II en octobre 532 (inhumé le 17 octobre) est suivie d'une vacance de plus de deux mois, pendant laquelle plusieurs candidats achètent et vendent les voix nécessaires à l'élection. Le Liber Pontificalis, par la voix de la note de Loomis, mentionne explicitement la vente de vases sacrés dans une lettre adressée par Athalaric à Jean II.[19] La Catholic Encyclopedia est plus directe encore : pendant cette vacance, "un trafic éhonté des choses sacrées eut lieu" et "même les vases sacrés furent exposés à la vente".[20]

Le sénat romain avait, sous Boniface II (avant le 17 octobre 532), voté un sénatus-consulte contre la simonie dans les élections pontificales. Cette mesure, qui sera l'un des derniers actes connus du sénat romain antique, est confirmée par le roi ostrogoth Athalaric par une pragmatique sanction de 533.[21][22] Athalaric va plus loin : il ordonne que le décret soit gravé sur marbre et placé dans l'atrium de la basilique Saint-Pierre.[23][24]

Le texte du roi prévoit en outre que, si une élection contestée est portée devant les officiels gothiques de Ravenne par le clergé et le peuple romains, une somme de trois mille solidi devra être versée — somme destinée aux pauvres.[25][26] La dissuasion est financière autant que morale : la simonie devient un risque économique majeur.

La controverse théopaschite tranchée

Au moment où Mercurius devient Jean II, Constantinople est saisie d'une controverse christologique relancée par Justinien. La formule "Unus de Trinitate passus est carne" — "L'un de la Trinité a souffert dans la chair" — avait été proposée dès 519 par les moines scythes menés par Jean Maxence pour bloquer le nestorianisme et le monophysisme.[27][28] Le pape Hormisdas les condamne avec sévérité : lettre à l'évêque africain Possessor du 13 août 520 contre leurs méthodes[29][30], puis décision sur le fond en 521 — la formule n'est pas fausse en elle-même, mais elle est dangereuse par les interprétations qu'elle autorise, et Chalcédoine n'a besoin d'aucune addition[31].

Treize ans plus tard, Justinien I la reprend, l'insère dans son Code (Codex Justinianus I.1.6) et la dote d'un édit dogmatique daté du 15 mars 533. Il sollicite ensuite la confirmation pontificale par sa lettre Reddentes honorem du 6 juin 533, citée dans la constitution I.1.8.[32][33][34] Jean II, après un délai d'un an et dix jours, confirme la formule par sa propre lettre du 25 mars 534 et notifie l'excommunication des Acémètes, qui s'obstinent à voir dans cette formule un nestorianisme déguisé.[35][36][37][38]

La trame doctrinale est plus subtile qu'il n'y paraît. La formule "Unus de Trinitate passus est" exprime, en termes latins, l'enseignement de saint Cyrille d'Alexandrie sur la communicatio idiomatum : ce n'est pas la nature divine qui souffre comme telle, mais c'est bien la Personne du Verbe — laquelle est de la Trinité — qui souffre selon sa nature humaine.[39] L'accepter ne contredit pas Chalcédoine ; le refuser, sous prétexte de prudence, conduit en réalité à un crypto-nestorianisme.

Justinien reconnaît Rome "tête de toutes les saintes Églises"

L'autre nouveauté capitale de ce pontificat est juridique. De façon sans équivalent antérieur conservé, la primauté pontificale est explicitement reconnue dans le code civil d'un empereur romain régnant. La réponse pontificale du 25 mars 534, dite Inter claras, qui cite en son milieu la lettre impériale Reddentes honorem du 6 juin 533, est insérée dans le Codex Justinianus comme constitution I.1.8, texte de droit positif.[40][41][42]

« Caput est omnium sanctarum ecclesiarum. » — Justinien I, lettre à Jean II citée dans la réponse pontificale du 25 mars 534, Codex Justinianus I.1.8.11[43]

Cette formule, gravée pour des siècles dans le droit civil de l'Empire, ne donne pas naissance à la primauté de Pierre — elle est antérieure aux empereurs. Mais elle la consacre dans la sphère séculière par la plume même du législateur byzantin. Ce qui est nouveau ici, c'est l'inscription de cette reconnaissance dans le code civil d'un empereur régnant : Jean II l'obtient.

Les sources principales

Tableau des témoins

SourceDateCe qu'elle apportePrudence
Saint-Siègeliste actuelle56e pape, élection 31.XII.532, consécration 2.I.533, fin 8.V.535, naissance à RomeNotice chronologique très brève
Liber PontificalisVIᵉ siècle, remaniéOrigine romaine, père Projectus, Saint-Clément, simonie, vacance, sépulture Saint-PierreSource narrative principale
Codex Justinianus I.1.8534, code officielRéponse de Jean II citant la lettre Justinien-Jean II ; reconnaissance "caput omnium sanctarum ecclesiarum" ; formule théopaschite ; excommunication AcémètesSource primaire de droit civil — exceptionnelle
Cassiodore, Variae IX.15lettre de 533Pragmatique d'Athalaric contre la simonie (vases sacrés mis en vente, décret sénatorial) ; juridiction des clercs romainsSource contemporaine officielle, citée en note par Loomis (Duchesne, I, p. 283-284, n. 16)
Catholic Encyclopedia1910Récit continu : changement de nom, simonie, Athalaric, Justinien, Acémètes, Contumeliosus, mortLecture catholique ancienne, à croiser
Treccani DBI (Bedina)synthèse savante moderneMise au point critique : carrière, Saint-Clément, climat antisimoniaque de l'élection, missive justinienne, lettre ad senatores, lettres gauloises des 6-7 avril 534Très utile pour les nuances et les dates exactes
Treccani en lignesynthèse courteÉlection avec l'aide d'Athalaric contre Vigile ; approbation « per pressioni » de Justinien en contraste avec HormisdasUtile, mais moins critique que la notice DBI
Dictionary of Christian Biography1882Élection de onze semaines, vente des vases, lettres à Justinien, ContumeliosusSynthèse anglicane érudite
Anastos, Justinian's despotic control1964Analyse philologique des édits théopaschites et de la lettre à Jean IITravail académique de référence
Documents conciliaires gaulois533-534Concile de Marseille sur Contumeliosus de RiezSources ecclésiastiques de première main

Le dossier est, sur le plan documentaire, incomparablement meilleur que pour la plupart des papes de cette époque. La raison est juridique : la correspondance entre Jean II et Justinien a été incorporée au code civil byzantin et a donc été conservée intégralement, avec ses dates exactes. Très peu de pontificats du VIᵉ siècle sont aussi bien attestés par des textes officiels contemporains.

Saint-Siège, Liber Pontificalis et Treccani

La fiche officielle du Saint-Siège donne Jean II comme 56e pape, avec une élection le 31 décembre 532 suivie d'une consécration le 2 janvier 533, une fin le 8 mai 535, et précise que son nom de baptême était Mercurius et qu'il est né à Rome.[44] La notice DBI (Andrea Bedina) confirme ces dates et insiste sur trois traits : romain de naissance, fils de Proietto, prêtre du titre de Saint-Clément — et, comme la Catholic Encyclopedia, elle tient le changement de nom pour le premier du genre dans l'histoire de la papauté, sans en donner le motif.[45][46] Le motif païen n'est explicité que par la New Catholic Encyclopedia : Mercurius juge inapproprié de garder le nom d'une divinité païenne.[47]

Le Liber Pontificalis est, comme pour les autres pontificats du VIᵉ siècle, la source narrative principale. Il mentionne l'origine romaine, le père Projectus, le service de prêtre dans l'Église de Saint-Clément, l'élection après une longue vacance, la simonie, la lettre d'Athalaric au pape sur la vente des vases sacrés, le sénatus-consulte gravé sur marbre, et la sépulture à Saint-Pierre.[48]

Codex Justinianus, livre I, titre 1

Les constitutions 6, 7 et 8 du livre I, titre 1, du Codex Justinianus sont décisives pour cet article. Elles transmettent :

  • CJ I.1.6 : édit dogmatique de Justinien du 15 mars 533, qui définit la foi de Chalcédoine et y intègre la formule théopaschite : le Christ crucifié, l'un de la sainte Trinité consubstantielle, souffrant dans la chair sans que la divinité souffre.[49][50]
  • CJ I.1.7 : lettre de Justinien au patriarche Épiphane de Constantinople — à ne pas confondre avec la lettre à Jean II.[51]
  • CJ I.1.8 : réponse de Jean II à Justinien, dite Inter claras d'après son incipit, datée du 25 mars 534 (donnée à Rome, VIII calendes d'avril, sous le consulat de Justinien IV et de Paulinus), qui confirme la formule, cite en son milieu la lettre impériale Reddentes honorem du 6 juin 533 reconnaissant le Siège romain "tête de toutes les saintes Églises", et notifie l'excommunication des Acémètes comme nestoriens.[52][53]

L'insertion de cette correspondance dans le code civil n'est pas un hasard. Elle donne à la confession de foi et à la primauté pontificale force de loi positive dans tout l'Empire. C'est ce qui rend ce pontificat doctrinalement plus important que sa brièveté ne le laisse penser.

Catholic Encyclopedia, Britannica et le Dictionary of Christian Biography

La Catholic Encyclopedia de New Advent (1910) donne la lecture catholique ancienne du pontificat, en mettant l'accent sur quatre points : le changement de nom, la simonie initiale, l'orthodoxie chalcédonienne maintenue, et la discipline du clergé gaulois dans l'affaire Contumeliosus.[54] Le Dictionary of Christian Biography (1882) résume sobrement : élection de onze semaines, vente des vases, lettres à Justinien et aux sénateurs romains, sentence contre Contumeliosus de Riez ; il signale aussi que la lettre théopaschite a longtemps suscité des résistances dans le clergé romain avant d'être adoptée le 25 mars 534.[55]

Avant le pontificat : Mercurius, prêtre de Saint-Clément

Une famille romaine de la région coelimontine

Le Liber Pontificalis dit Mercurius romain et fils de Projectus.[56] La Catholic Encyclopedia précise qu'il était probablement né dans la deuxième région augustéenne de Rome, la Coelimontium — c'est-à-dire le quartier du Mons Cælius —, et qu'il y avait au minimum servi comme prêtre.[57] Treccani retient les mêmes éléments.[58]

Comme souvent pour les papes antiques, la date de naissance de Mercurius est inconnue : la Catholic Encyclopedia le dit expressément.[59] Les synthèses modernes avancent parfois une naissance vers 475, qui en ferait un homme de près de soixante ans à l'élection — mais cette estimation, avancée par des synthèses vulgarisatrices (Wikipedia EN, Italy on This Day), ne repose sur aucune source ancienne — la Catholic Encyclopedia dit expressément la date de naissance inconnue — et reste une simple hypothèse.[60][61]

Le presbytre Mercurius de la basilique de la Mons Coelius

L'identification de Mercurius avec la basilique San Clemente sur le Mons Cælius n'est pas une déduction tardive. La basilique conserve, jusqu'à aujourd'hui, des mémoriaux épigraphiques de l'ancien prêtre. La Catholic Encyclopedia est ici une source précise et précieuse : "le presbytre Mercurius se trouve sur un fragment d'ancien ciborium" et le monogramme de Johannes, dans le style du VIᵉ siècle, "est trouvé sur plusieurs plaques de marbre qui enclosent la schola cantorum".[62]

« La basilique de Saint-Clément conserve encore plusieurs mémoriaux de "Jean surnommé Mercurius". » — Catholic Encyclopedia, "Pope John II", 1910[63]

Avant son élection, Mercurius a laissé sa trace dans la basilique : la Catholic Encyclopedia signale le nom du « presbytre Mercurius » sur un fragment d'ancien ciborium, et le monogramme de Johannes, dans le style du VIᵉ siècle, sur plusieurs plaques de marbre enclosant la schola cantorum.[64] La continuité matérielle est saisissante : aujourd'hui encore, les éléments conservés portent les deux noms — celui du prêtre Mercurius et celui du pape Johannes — comme s'ils témoignaient ensemble du changement vécu en 533.

Pourquoi le nom Mercurius posait problème

Le christianisme romain de l'Antiquité tardive a longtemps cohabité avec une onomastique encore marquée par la mythologie. Beaucoup de chrétiens portent des prénoms hérités du paganisme : Apollinaris, Saturninus, Bacchus, Mercurius. Le baptême ne change pas systématiquement le nom de baptême ; on peut être chrétien et garder un nom mythologique.

Mais le siège de Pierre n'est pas un siège ordinaire. Le successeur de Pierre signe des lettres dogmatiques, scelle des actes pontificaux, est invoqué par la liturgie et inscrit dans les diptyques. La New Catholic Encyclopedia explicite le motif : Mercurius « considered it inappropriate to keep Mercury, the name of a pagan deity » — Mercurius est celui du dieu païen Mercure.[65] Ni la Catholic Encyclopedia ni la notice DBI, qui attestent pourtant la primauté du geste, n'en donnent le motif.[66][67]

Le nom de Jean est aussi celui du pape mort en prison à Ravenne près de sept ans plus tôt, saint Jean I, déjà vénéré comme martyr de la liberté de l'Église romaine face à Théodoric.[68] On y a vu un hommage délibéré, par lequel Mercurius s'inscrirait dans la mémoire récente des grands papes romains plutôt que dans une rupture avec eux — lecture plausible, mais non attestée par les synthèses de référence.

Le geste fondateur d'une tradition pontificale

À l'échelle de l'histoire de la papauté, ce changement de nom passe pour inaugural. Le geste reste isolé pendant plusieurs siècles : les papes Pélage I, Jean III, Benoît I, Pélage II, saint Grégoire le Grand, Sabinien, Boniface III conservent leur nom de baptême. Il faudra attendre Jean XII au Xᵉ siècle pour voir la pratique se développer plus régulièrement, puis devenir l'usage ordinaire à partir du XIᵉ siècle.[69]

Mais une fois l'usage installé, il devient l'un des marqueurs visibles de la papauté universelle. Jean Paul I, Jean Paul II, Benoît XVI, François : tous, en prenant un nom pontifical, marchent dans la trace ouverte par Mercurius en 533.

ÉtapePapeEffet
533Mercurius → Jean IITenu pour le premier changement de nom à l'élection[70][71][72]
556-561Pélage I reste PélageNom de naissance conservé, aucun changement attesté[73]
955Octavius → Jean XIIÉlu le 16 décembre 955, « took the name of John »[74]
1009Pietro Bucca Porci → Serge IVL'évêque d'Albano Pierre Bouche-de-Porc devient Serge IV[75]
Les trois gestes structurants du court pontificat de Jean II : le changement de nom de Mercurius, la réaction juridique contre la simonie et l'inscription de la primauté romaine dans le Codex Justinianus. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Chaque jalon de ce tableau est adossé à un ouvrage de référence : la Catholic Encyclopedia pour Octavius devenu Jean XII comme pour Pierre Bouche-de-Porc devenu Serge IV, le Liber Pontificalis (trad. Loomis) pour Pélage I gardant son nom. Les lignes non établies — Grégoire le Grand en 590 et un usage ordinaire « après 1024 » — ont été retirées : elles ne reposaient que sur des synthèses vulgarisatrices.

L'élection de 532-533 : vacance, simonie et sénat romain

Mort de Boniface II et vacance

Boniface II meurt à Rome en octobre 532 et est inhumé le 17 octobre.[76] La vacance qui suit est inhabituellement longue : plus de deux mois et demi, soit environ onze semaines selon le Dictionary of Christian Biography.[77] Le précédent était lourd : Boniface II lui-même avait été imposé contre la majorité du presbyterium romain ; il avait ensuite tenté de désigner son successeur, le diacre Vigile, avant de brûler publiquement ce décret en 531 sous la pression du sénat romain.[78][79]

L'épisode laisse, à la mort de Boniface II, une Église romaine fragilisée par les méthodes électorales successives et un clergé suspect d'instrumentalisation. La vacance s'étire pendant que plusieurs candidats — Vigile en tête — manœuvrent pour s'imposer. La synthèse en ligne de Treccani l'énonce sans détour : Mercurius « successe a Bonifacio II, con l'aiuto del re goto Atalarico (533), al posto del diacono Vigilio » — avec l'aide du roi got Athalaric, à la place du diacre Vigile que Boniface lui-même avait désigné avant de mourir.[80] La notice savante du DBI, elle, ne nomme ni Vigile ni Athalaric comme faiseur de pape : elle place l'élection dans un climat « incandescent » de soupçons antisimoniaques et ne fait intervenir Athalaric que par une lettre de fin 533, que certains interprètent comme l'effet de pressions papales non documentées.[81]

Vente des vases sacrés

Le Liber Pontificalis conserve la trace d'une lettre adressée par Athalaric au pape Jean II dans laquelle il est explicitement fait mention de la vente de vases sacrés pendant la vacance.[82] La Catholic Encyclopedia précise le contexte : la simonie était courante chez le clergé et les laïcs, et après la mort du prédécesseur "même les vases sacrés furent exposés à la vente".[83]

« Pendant cette vacance, un trafic éhonté des choses sacrées eut lieu. Même les vases sacrés furent exposés à la vente. » — Catholic Encyclopedia, "Pope John II", 1910[84]

La gravité du fait dépasse les éléments financiers. Les vases sacrés sont liturgiquement intouchables : calices, patènes, ciboires. Les vendre pour acheter des votes, c'est mettre dans les mains d'un commerce profane les objets de l'Eucharistie. C'est une profanation, doublée d'un détournement.

Le sénatus-consulte romain et la confirmation d'Athalaric

Sous le pontificat de Boniface II, le sénat romain vote un sénatus-consulte explicitement contre la simonie dans les élections pontificales. Cette mesure est, selon la Catholic Encyclopedia, le dernier décret connu que le sénat de Rome ait promulgué : un témoignage que l'antique institution romaine survit, même très affaiblie, pour défendre l'intégrité électorale du Siège de Pierre.[85][86]

Le roi ostrogoth Athalaric, alors âgé d'une quinzaine d'années et gouvernant sous la régence d'Amalasonthe sa mère, confirme le sénatus-consulte par une pragmatique sanction de 533.[87][88] La pragmatique va plus loin que le texte sénatorial : elle prévoit que, si une élection contestée est portée devant les officiels gothiques de Ravenne par le clergé et le peuple romains, une somme de trois mille solidi devra être versée — somme destinée aux pauvres.[89][90]

Le sénatus-consulte gravé sur marbre dans l'atrium Saint-Pierre

Le geste le plus spectaculaire vient du roi. Athalaric ordonne que le texte du sénatus-consulte et de sa propre confirmation soient gravés sur marbre et installés dans l'atrium de la basilique Saint-Pierre.[91][92] L'atrium est l'espace de transition entre la rue et le sanctuaire — l'endroit où les pèlerins arrivant à Rome lisent et voient avant d'entrer.

L'inscription rendait la loi visible à tous ceux qui entraient dans la basilique vaticane, et donc aux candidats à toute élection romaine future. Un texte juridique gravé dans le marbre devant Saint-Pierre, c'est plus qu'une publication : c'est un mémorial. Le pèlerin, le clerc, le candidat lisent en passant, et savent que la simonie n'est plus discrète.

« Athalaric ordonna que le décret soit gravé sur le marbre et placé dans l'atrium de Saint-Pierre. » — Catholic Encyclopedia, "Pope John II"[93]

L'inscription elle-même est aujourd'hui perdue, mais elle est attestée par la Catholic Encyclopedia d'après les sources médiévales et par les notices du Liber Pontificalis.[94] On peut considérer qu'elle a été détruite pendant les multiples reconstructions de Saint-Pierre, de la basilique constantinienne à la basilique actuelle.

ÉtapeActeurEffet
Octobre - décembre 532Clergé et laïcsTrafic simoniaque pendant la vacance, vente des vases sacrés
Sous Boniface II (avant sa mort, octobre 532)Sénat romainSénatus-consulte interdisant la simonie : dernier décret connu du sénat, selon la CE
Début 533AthalaricPragmatique sanction confirmant le sénatus-consulte
533AthalaricInscription sur marbre dans l'atrium de Saint-Pierre
533AthalaricSomme de 3000 solidi versée par le clergé et le peuple romains en cas de contestation portée à Ravenne, destinée aux pauvres

La controverse théopaschite

"Unus de Trinitate passus est carne" : sens et enjeu

La formule latine "Unus de Trinitate passus est carne" — "l'un de la Trinité a souffert dans la chair" — résume, en six mots, l'enseignement de saint Cyrille d'Alexandrie sur l'unité de la personne du Christ. Elle veut dire que le sujet qui souffre sur la Croix n'est pas une "personne humaine" distincte du Verbe, mais bien la Personne du Verbe — laquelle est de la Trinité — souffrant selon sa nature humaine assumée.[95][96]

Avant d'entrer dans la querelle proprement dite, il faut comprendre le piège théologique qu'elle vise à éviter. Si l'on dit : "ce n'est pas Dieu qui a souffert, c'est seulement l'homme Jésus", on fait apparaître deux sujets séparés : un Verbe impassible et un homme souffrant. Cette dissociation est précisément ce que Cyrille reproche à Nestorius. Pour préserver l'unité du Christ — un seul Christ, une seule Personne, vrai Dieu et vrai homme — il faut pouvoir dire que c'est bien Dieu le Fils qui a souffert, non dans sa divinité comme telle (impassible) mais dans la nature humaine qu'il a assumée.

« Unus de Trinitate passus est carne. » — formule théopaschite dans sa forme reçue (Treccani : « Unus de Trinitate passus est carne »), faite sienne par l'édit impérial du 15 mars 533[97][98]

L'enjeu est donc le suivant : la formule est-elle orthodoxe ou monophysite déguisée ? La réponse catholique mûrie au VIᵉ siècle est : elle est orthodoxe, pourvu qu'elle soit comprise dans le sens cyrillien et chalcédonien. C'est exactement ce que confirmera, plus tard, le deuxième concile de Constantinople en 553.[99][100]

Le précédent des moines scythes et la prudence d'Hormisdas (519-520)

L'histoire de la formule commence en réalité bien avant Jean II. En 519, alors que vient d'être ratifiée la Formule d'Hormisdas et la réunion de Constantinople avec Rome après le schisme acacien, des moines venus de Scythie Mineure (l'actuelle Dobroudja) arrivent à Constantinople puis à Rome.[101][102] À leur tête, Jean Maxence, qui restera dans l'histoire comme le théologien de la formule. La postérité du groupe passera aussi par Léonce de Byzance, que la notice encyclopédique range parmi ses membres notables — sans qu'on puisse en faire un acteur de la délégation de 519.[103]

Ils proposent au pape Hormisdas d'ajouter aux décisions de Chalcédoine la formule "Unus de Trinitate passus est carne" pour exclure à la fois le nestorianisme et le monophysisme. Mais le timing est mauvais. La paix entre Rome et Constantinople vient à peine d'être rétablie ; demander un complément à Chalcédoine peut paraître relancer les troubles.

Hormisdas refuse. Le 13 août 520, il écrit à l'évêque africain Possessor pour condamner sévèrement les méthodes des moines[104][105][106] ; en 521, il tranche sur le fond : la formule n'est pas fausse en elle-même, mais elle est dangereuse par les interprétations qu'elle autorise, et Chalcédoine n'a besoin d'aucune addition.[107] Le refus vise donc d'abord les méthodes et la prudence pastorale : ajouter au texte de Chalcédoine, dans le contexte d'une réunion fragile, semble alors dangereux.

PapeDatePosition sur la formule
Hormisdas13 août 520 (méthodes), 521 (fond)Condamne les méthodes, refuse l'addition à Chalcédoine
Jean I523-526Aucun acte direct connu sur la formule
Félix IV526-530Aucun acte direct connu sur la formule
Boniface II530-532Aucun acte direct connu sur la formule
Jean II534Acceptation explicite ; condamnation des Acémètes

Justinien reprend la formule dans son Codex

Le contexte change radicalement avec Justinien I, devenu empereur en 527. Justinien partage la conviction des moines scythes que la formule théopaschite peut être l'instrument d'une paix christologique stable. Il l'intègre dans la profession de foi placée en tête de son premier Code de 529 (commission créée en février 528, promulgation en avril 529 par la Constitutio Summa).[108] Plus tard, dans son grand projet de codification, il en fait à nouveau usage dans le Codex Justinianus définitif.

La formule rebondit donc treize ans après son rejet par Hormisdas — non par une nouvelle initiative monastique, mais par la volonté politique d'un empereur qui veut sceller dans la loi la confession christologique de son empire.

L'édit dogmatique du 15 mars 533

Le 15 mars 533, Justinien promulgue un édit dogmatique qui définit la foi de Chalcédoine et y intègre explicitement la formule théopaschite. Le texte se trouve dans le Codex Justinianus I.1.6.[109][110] Il confesse :

« Les souffrances comme les miracles que le Christ a endurés de sa propre volonté dans la chair sont d'un seul et même. » — Justinien I, édit dogmatique du 15 mars 533, Codex Justinianus I.1.6[111]

L'édit ne se contente pas d'affirmer la formule. Il l'inscrit dans une présentation positive de la christologie chalcédonienne : un seul Christ, deux natures sans confusion ni séparation, consubstantiel au Père selon la divinité et consubstantiel à nous selon l'humanité.[112] Cette confession est, mot pour mot, celle de Chalcédoine. La formule théopaschite n'est qu'une conséquence directe.

Les Acémètes : la résistance des moines de Constantinople

Au moment où Justinien promulgue son édit, le monastère des Acémètes (en grec ἀκοίμητοι, "ceux qui ne dorment pas") à Constantinople occupe une place doctrinale particulière. Leur nom vient de leur règle liturgique : trois chœurs se relaient sans interruption, jour et nuit, pour assurer une louange perpétuelle. Théologiquement, ils défendent une lecture strictement antiochienne de Chalcédoine, attentive à distinguer les natures dans le Christ.

Au moment de l'édit de 533, les Acémètes refusent la formule théopaschite. Pour eux, dire "l'un de la Trinité a souffert" revient à attribuer la souffrance à la divinité elle-même — ce qui leur paraît une concession au monophysisme. Ils en appellent à Rome, comptant probablement sur la prudence dont Hormisdas avait fait preuve treize ans plus tôt face aux moines scythes.[113][114]

La lettre Reddentes honorem de Justinien (6 juin 533)

Justinien transmet au pape Jean II son édit accompagné d'une lettre, communément désignée sous le nom de Reddentes honorem, datée du 6 juin 533 et conservée citée au milieu de la constitution I.1.8.[115][116][117] Le texte, cité au milieu de la constitution I.1.8 du Codex Justinianus, s'ouvre par une déclaration spectaculaire sur la primauté pontificale :

« Nous Nous sommes employés à unir tous les prêtres de l'Orient et à les soumettre au Siège de Votre Sainteté. » — Justinien I, lettre Reddentes honorem à Jean II, 6 juin 533, citée au Codex Justinianus I.1.8[118]

Justinien reconnaît explicitement que le Siège romain est la tête de toutes les saintes Églises, et demande au pape de confirmer la doctrine définie dans l'édit du 15 mars 533. Justinien fait aussi parvenir son édit au pape, au Sénat et au peuple romain, en demandant au pape d'approuver la formule et de condamner les moines récalcitrants.[119] La diplomatie est claire : Justinien veut une approbation pontificale formelle, mais il veut aussi qu'elle soit reçue publiquement.

La réponse de Jean II du 25 mars 534

La formule acceptée et l'orthodoxie chalcédonienne

Jean II prend son temps. Le Dictionary of Christian Biography signale qu'il réunit d'abord le clergé romain, qui ne parvient pas à s'accorder, puis qu'un synode convoqué par le pape accepte et confirme la confession de foi impériale.[120] Anastos précise qu'il s'écoule un an et dix jours entre l'édit impérial et la réponse pontificale.[121] Ce délai n'est pas hésitation : c'est un examen doctrinal serré.

Le 25 mars 534, par sa lettre dite Inter claras d'après son incipit — « Inter claras sapientiae mansuetudinis vestrae laudes... » — insérée dans le Codex Justinianus I.1.8, Jean II confirme la formule, déclare orthodoxe l'enseignement de l'édit impérial, et notifie l'excommunication des Acémètes comme nestoriens — acte que la Catholic Encyclopedia comme la New Catholic Encyclopedia datent du 24 mars, la lettre elle-même portant la date du 25 mars.[122][123][124][125] Le pape n'invente pas une doctrine : il reconnaît, dans la formule "Unus de Trinitate passus est carne", la conséquence directe de l'enseignement chalcédonien.

« Parmi les éclatants motifs de louer votre sagesse et votre douceur, ô le plus chrétien des empereurs, brille d'une lumière plus pure, comme un astre, le fait que, par amour de la foi et par zèle de charité, instruit des disciplines ecclésiastiques, vous gardez révérence au Siège de Rome, lui soumettez toutes choses et les ramenez à son unité. » — Jean II, lettre Inter claras à Justinien I, 25 mars 534, Codex Justinianus I.1.8, traduite sur le latin de Krueger[126]

« Le même Christ est consubstantiel au Père selon la divinité et consubstantiel à nous selon l'humanité ; les miracles et les souffrances sont d'un seul et même. » — Jean II, lettre à Justinien I, 25 mars 534, Codex Justinianus I.1.8.18[127]

"Caput omnium sanctarum ecclesiarum"

La même constitution contient la phrase qui sera, des siècles plus tard, citée par les théologiens romains de la primauté : la lettre impériale citée déclare que le Siège romain est « caput est omnium sanctarum ecclesiarum » — « tête de toutes les saintes Églises » —, formule attestée une seule fois, au paragraphe 11 de la constitution conservée comme Codex Justinianus I.1.8.11.[128] La formule est devenue ainsi, dans le code civil d'un empereur byzantin, un texte de droit positif.

« ...car elle [Votre Sainteté] est la tête de toutes les saintes Églises. » — Justinien I à Jean II, lettre citée dans la réponse pontificale du 25 mars 534 : traduction de « ...quia caput est omnium sanctarum ecclesiarum » (Codex Justinianus I.1.8.11)[129]

L'expression n'est pas neuve dans la conscience catholique. Elle est ancienne, attestée chez Léon le Grand et chez Gélase I. Mais ce qui est nouveau, c'est qu'elle figure dans le code civil de l'Empire, signée par Justinien et reprise par le pape. Toute la suite de l'histoire byzantine sera obligée de compter avec ce texte juridique.

L'excommunication des Acémètes comme nestoriens

Jean II tente d'abord de persuader les Acémètes d'abandonner leur opposition avant la mesure canonique.[130][131] L'échec étant patent, le pape les excommunie comme nestoriens — acte daté du 24 mars 534 par la Catholic Encyclopedia comme par la New Catholic Encyclopedia — puis en informe l'empereur par sa lettre Inter claras datée du lendemain, 25 mars, conservée au Codex Justinianus I.1.8 (souscription « d. VIII kal. April. »).[132][133][134] Les deux dates coexistent donc sans contradiction : le 24 mars est celui de la sentence notifiée, le 25 celui de la lettre à Justinien — à laquelle s'ajoute, selon le DCB (Labbe), une lettre distincte aux sénateurs romains.[135] Quant au 6 avril 534, il n'appartient pas à ce dossier : c'est, selon la notice DBI, la date de la lettre aux prêtres et diacres de Riez dans l'affaire Contumeliosus, suivie le 7 avril par la condamnation de l'évêque.[136]

La sentence ne vise pas leur règle liturgique de louange perpétuelle, qui n'est nullement hérétique. Elle vise une position christologique précise : refuser d'attribuer au Verbe la souffrance dans la chair revient, dans la grammaire cyrillienne, à séparer deux sujets dans le Christ — c'est-à-dire à tomber dans le nestorianisme. L'excommunication est donc, malgré sa dureté, doctrinalement cohérente.

« Lorsque la persuasion échoua, le pape les excommunia comme nestoriens. » (traduit de l'anglais) — New Catholic Encyclopedia, « John II, Pope »[137]

L'affaire Contumeliosus de Riez

Un évêque accusé d'adultère et d'aliénation

Pendant le pontificat de Jean II, l'Église gallicane traverse une crise disciplinaire en Provence. Contumeliosus, évêque de Riez (Alpes-de-Haute-Provence actuelles), est accusé publiquement de deux fautes graves : adultère et aliénation des biens de l'Église.[138][139] Les accusations sont prises au sérieux par le clergé provençal, qui en saisit son métropolitain.

Le métropolitain d'Arles est alors saint Césaire, déjà célèbre pour avoir convoqué et présidé le deuxième concile d'Orange en 529, dont la confirmation pontificale par Boniface II a fondé doctrinalement le rejet du semi-pélagianisme.[140]

Le concile de Marseille 533 sous Césaire d'Arles

Césaire convoque un concile à Marseille en 533. Seize évêques de Provence, sous sa présidence, examinent les accusations et prononcent la sentence contre Contumeliosus : la Catholic Encyclopedia l'atteste dans sa notice marseillaise — « sixteen bishops of Provence, under the presidency of St. Cæsarius at Arles, passed sentence on Contumeliosus, Bishop of Riez ».[141] Le concile prononce sa déposition.

L'affaire est ensuite portée à Rome par Césaire pour la confirmation de la sentence. C'est dans ce cadre que Jean II est saisi : non pas comme juge de première instance, mais comme juge d'appel et confirmation. Le réflexe romain est typique : Césaire ne cherche pas à imposer la sentence à Rome, mais à la faire ratifier.

La sentence pontificale et le confinement en monastère

En avril 534, Jean II répond à Césaire et aux Églises de Gaule par des lettres dont la notice DBI donne les dates exactes : le 6 avril, aux prêtres et aux diacres de Riez, il annonce l'envoi de Césaire comme visiteur apostolique ; le 7 avril, il condamne les méfaits de Contumelioso, déjà relégué en monastère.[142] Le Dictionary of Christian Biography confirme le dispositif : lettres à Césaire, aux évêques de Gaule et au clergé de Riez, avec ordre de confinement en monastère.[143] La Catholic Encyclopedia, de même, fait ordonner par Jean II aux évêques de Gaule de le confiner en monastère.[144] La décision pontificale est donc précise : Contumeliosus doit accomplir en monastère une pénitence appropriée.

La sentence n'est pas seulement répressive. Elle envoie au coupable un cadre de conversion : la vie monastique comme structure de pénitence pour un évêque déchu. Cette articulation entre droit canonique et discipline spirituelle est typique de la pratique romaine du VIᵉ siècle.

L'affaire ne se termine cependant pas avec Jean II. Le successeur, saint Agapet I, acceptera un recours de Contumeliosus — que le concile de Marseille avait condamné pour immoralité — et ordonnera à saint Césaire d'accorder à l'accusé un nouveau procès devant des délégués pontificaux.[145] Cette ouverture d'Agapet ne contredit pas la sentence de Jean II : elle confirme simplement que toute sentence canonique doit, si l'accusé le demande, être réexaminable. C'est un principe romain ancien que la papauté tient à préserver.

Les autres dossiers du pontificat

Athalaric : la juridiction sur les clercs romains

Sous Athalaric, gouvernant sous la régence d'Amalasonthe, la papauté romaine bénéficie d'une politique délibérément respectueuse. Toutes les actions intentées contre les clercs romains sont, par ordre du roi, renvoyées au tribunal du pape.[146][147] La décision est doublement significative : elle reconnaît la juridiction ecclésiastique sur les clercs, et elle protège le clergé contre les vexations des tribunaux civils gothiques.

La mesure prolonge une orientation déjà visible sous Théodoric, mais elle est ici inscrite par écrit. Le Liber Pontificalis en garde la mémoire dans la notice de Jean II, et la lettre d'Athalaric citée par Loomis le confirme.[148] Pour le clergé romain de l'époque, c'est une sécurité juridique réelle.

Justinien : profession de foi et dons précieux

Outre les lettres officielles, Justinien envoie au pape Jean II sa profession de foi et de nombreux cadeaux précieux.[149] Le geste manifeste l'importance que l'empereur attache à la communion avec Rome dans le moment où il consolide son projet de restauration impériale en Occident.

Il faut comprendre ce qui se prépare. En 533-534, Bélisaire mène en Afrique du Nord la campagne qui détruira le royaume vandale et permettra la reprise de Carthage. La reconquête de l'Italie est imminente. Justinien veut, au moment où il restaure l'autorité romaine en Occident, marcher avec le pape, non contre lui. C'est l'arrière-plan politique qui explique la déférence remarquable de la lettre Reddentes honorem.

Le concile de Carthage de 535 et la question des lapsi ariens

L'effondrement du royaume vandale d'Afrique du Nord ouvre une question pastorale immédiate. Les Vandales étaient ariens et avaient persécuté les catholiques pendant un siècle. Après la victoire byzantine, 217 évêques réunis en concile à Carthage en 535 posent à Rome une question précise : comment réintégrer les évêques catholiques qui étaient passés à l'arianisme sous la pression vandale ?[150]

La question, soumise à Jean II, ne reçoit cependant pas sa réponse. Le pape meurt avant d'avoir pu répondre. C'est son successeur, saint Agapet I, qui répondra aux Carthaginois.[151] Pour l'histoire de Jean II, ce dossier compte parce qu'il prouve que l'Occident catholique le considérait spontanément comme l'autorité de référence pour ces questions disciplinaires majeures.

Mort et sépulture

8 mai 535

Jean II meurt le 8 mai 535.[152][153] Les sources ne donnent pas de cause précise. Sa mort intervient au moment où la campagne byzantine en Italie va s'intensifier : Bélisaire débarquera en Sicile dès l'été 535, ouvrant la guerre gothique qui ravagera l'Italie pendant deux décennies. Jean II ne verra rien de cette catastrophe.

Le Dictionary of Christian Biography, suivant Anastase, fait aller le pontificat du 31 décembre 532 au 27 mai 535[154] : le Vatican et la Catholic Encyclopedia retiennent pour le décès le 8 mai 535.[155][156] L'écart tient aux chronologies des sources, sans qu'aucune atteste une inhumation au 27 mai.

Sépulture dans la basilique Saint-Pierre

Le pape est enseveli dans la basilique Saint-Pierre, comme la plupart des papes antiques.[157] Encyclopedia.com précise qu'il fut enseveli dans le portique de la basilique[158] — l'espace d'entrée où Athalaric avait fait installer, deux ans plus tôt, le sénatus-consulte gravé sur marbre.[159]

L'emplacement est, à sa manière, parfaitement cohérent. Le pape qui avait obtenu une inscription romaine contre la simonie à l'entrée de Saint-Pierre dort sous le même atrium. Si les deux notices visent le même lieu, le pèlerin venant à Saint-Pierre pouvait à la fois lire la loi anti-simoniaque et passer près de la tombe du pape qui en avait obtenu la publication — rapprochement suggestif, qu'aucune source ne confirme expressément.

Comment juger Jean II ?

Un pontificat court mais doctrinalement décisif

Jean II règne moins de deux ans et demi. Trop bref pour réformer en profondeur l'Église romaine, son pontificat concentre cependant trois actes doctrinaux et juridiques d'une portée durable : la confirmation pontificale de la formule théopaschite, l'excommunication des Acémètes, et la reconnaissance impériale formelle de la primauté du Siège romain dans le code civil.

À côté de ces trois actes, deux gestes annexes ont une portée propre. Le sénatus-consulte gravé sur marbre par Athalaric attaque la simonie au cœur de la procédure électorale romaine. La sentence contre Contumeliosus de Riez confirme la doctrine romaine d'appel et de ratification des sentences gauloises.

La cohérence avec Hormisdas malgré l'apparence

L'objection la plus apparente concerne le rapport entre Jean II et Hormisdas. Hormisdas avait refusé la formule en août 520 ; Jean II la confirme en mars 534. Y a-t-il contradiction ?

La réponse honnête est : non, mais l'apparence existe. Hormisdas n'a jamais condamné la formule comme hérétique sur le fond. Il l'a refusée pour des raisons de prudence pastorale dans le contexte précis de 520, marqué par la fragilité de la paix avec Constantinople et par le comportement des moines scythes. Jean II l'approuve treize ans plus tard, dans un contexte transformé : Justinien est devenu empereur, la formule est incorporée dans un édit dogmatique précis, et son acceptation devient nécessaire pour ne pas laisser croire que l'Église catholique tolère le crypto-nestorianisme.

Le deuxième concile de Constantinople en 553, sous le pape Vigile, confirmera définitivement la formule.[160][161] La trajectoire est donc cohérente : prudence d'Hormisdas, acceptation de Jean II, ratification conciliaire en 553.

Une primauté pontificale latine reconnue dans le code civil

L'événement le plus durable du pontificat est probablement l'insertion dans le Codex Justinianus des lettres entre Justinien et Jean II. Aucune lettre pontificale antérieure n'avait reçu une telle consécration juridique. Le pape est, désormais, inscrit dans le droit positif de l'Empire comme tête de toutes les saintes Églises.

L'effet est paradoxal. Sur la longue durée, ce texte juridique servira autant à Rome qu'à Constantinople : Rome y trouvera une preuve impériale ancienne de sa primauté ; les empereurs y trouveront aussi un cadre pour leurs interventions doctrinales. C'est la complexité même de la chrétienté byzantine et latine — une chrétienté à deux pôles, dont les rapports oscilleront entre communion et tension pendant cinq siècles.

Questions et objections

Jean II a-t-il trahi Hormisdas en acceptant Unus de Trinitate ?

Non. L'apparente contradiction repose sur une lecture superficielle des deux positions. Hormisdas avait refusé la formule par prudence pastorale en août 520, dans le contexte fragile de la réconciliation avec Constantinople, et non par condamnation doctrinale sur le fond. Jean II la confirme treize ans plus tard, dans un contexte transformé par l'édit dogmatique de Justinien, et dans le sens cyrillien et chalcédonien.[162][163] La continuité doctrinale est totale ; ce qui change, c'est le moment.

L'acceptation de la formule rend-elle le théopaschisme orthodoxe ?

Oui, dans le sens cyrillien et chalcédonien : la formule confesse que le sujet qui souffre est bien la Personne du Verbe — l'un de la Trinité —, mais dans la nature humaine qu'il a assumée, non dans la nature divine impassible. Cette grammaire est explicitée par le deuxième concile de Constantinople en 553.[164][165] Hors de cette grammaire, la formule peut bien sûr être déformée en monophysisme, mais ce n'est ni le sens de Cyrille, ni celui de Justinien, ni celui de Jean II.

Le sénatus-consulte contre la simonie a-t-il marché ?

Partiellement. À court terme, l'effet semble réel : aucune élection contestée majeure n'est signalée pendant les pontificats immédiats. À long terme cependant, la simonie restera un fléau récurrent dans la papauté médiévale, contre lequel le mouvement réformateur grégorien du XIᵉ siècle devra encore lutter. Le sénatus-consulte de 533 est, à ce titre, un précédent juridique antique : il sera invoqué par les réformateurs ultérieurs comme un témoignage que la conscience romaine, au cœur de l'Antiquité tardive, avait déjà légalement condamné cet abus.

Jean II est-il un pape "sous emprise impériale" ?

C'est l'objection la plus classique. La synthèse en ligne de Treccani écrit que Jean II « approvò, per pressioni dell'imperatore Giustiniano, una professione di fede in contrasto con l'atteggiamento in proposito del papa Ormisda » — il approuva, sous les pressions de Justinien, une profession de foi en contraste avec l'attitude d'Hormisdas.[166] (La notice savante du DBI ne reprend ni les « pressions » ni le contraste avec Hormisdas : elle décrit une missive justinienne demandant la confirmation, puis une réponse pontificale approbatrice.[167]) L'objection a une part de vérité : Justinien a effectivement insisté, et le délai d'un an et dix jours avant la réponse pontificale témoigne de la difficulté du discernement romain.

Mais réduire le pontificat à une soumission politique est exagéré. Jean II consulte un synode romain avant de répondre. Sa réponse n'est pas une copie de l'édit impérial ; elle reformule la doctrine dans les termes propres au magistère romain. Et surtout, sa lettre reçoit et confirme la reconnaissance du Siège romain comme tête de toutes les saintes Églises — ce qui est exactement le contraire d'une soumission. Le pape, dans cette correspondance, reçoit la déférence de l'empereur et lui répond en pasteur, non en sujet.

Synthèse

Jean II est un pape court et lourd. Court par la durée — deux ans et quatre mois. Lourd par les actes accomplis. En janvier 533, Mercurius prend le nom de Jean, ouvrant la voie à une tradition pontificale qui durera plus de quinze siècles. En 533, le sénat romain et le roi Athalaric font graver dans le marbre, sous ses auspices, un texte de droit contre la simonie. En mars 534, le pape confirme la formule théopaschite, excommunie les Acémètes et reçoit dans le code civil de l'Empire la reconnaissance que le Siège apostolique est tête de toutes les saintes Églises. En 534 encore, il confirme la sentence du concile de Marseille contre l'évêque Contumeliosus de Riez. En mai 535, il meurt et est enseveli dans la basilique Saint-Pierre, là même où le décret contre la simonie publié sous ses auspices reste gravé dans l'atrium.

Le pontificat de Jean II est l'exemple typique d'un pontificat doctrinalement décisif sans être théâtral. Il ne déclare pas de nouveau dogme ; il confirme, dans des conditions politiquement complexes, ce que l'enseignement chalcédonien et cyrillien impliquait. Il ne réforme pas l'Église par un grand programme ; il fait graver dans le marbre une loi contre la simonie. Il ne triomphe pas devant Justinien ; il signe avec lui des lettres qui inscrivent la primauté de Rome dans le droit positif de l'Empire.

Pour aller plus loin

  • Pape Boniface II — prédécesseur de Jean II, dont la mort en octobre 532 ouvre la vacance simoniaque.
  • Pape saint Jean I — pape mort à Ravenne en 526, dont Mercurius prend le nom à son élection.
  • Pape saint Hormisdas — pape qui avait refusé la formule théopaschite en août 520.
  • Pape saint Agapet I — successeur de Jean II, qui répondra au concile de Carthage et accueillera le recours de Contumeliosus.
  • Concile de Chalcédoine — base christologique de la formule théopaschite confirmée par Jean II.
  • Les grandes hérésies des premiers siècles — pour situer nestorianisme, monophysisme et théopaschisme dans leur trajectoire commune.

Notes et sources

Notes et références

  1. Voir l'article Ignispedia Pape Boniface II : prédécesseur de Jean II, mort en octobre 532 — la Catholic Encyclopedia (Kirsch, « Pope Boniface II ») donne « died October, 532 » sans jour ; la fiche officielle du Saint-Siège clôt le pontificat au 17.X.532 — et inhumé le 17 octobre selon le Liber Pontificalis (trad. Loomis : « buried in the basilica of blessed Peter... October 17 ») ; désignation manquée de Vigile, contexte de la vacance simoniaque dont sort l'élection de Mercurius/Jean II.

    1 76 78 140
  2. Liber Pontificalis, notice "John II" (LVIII), dans Louise Ropes Loomis trad., The Book of the Popes (Liber Pontificalis), Columbia University Press, New York, 1916, p. 142-144 : origine romaine, père Projectus, deux ans quatre mois six jours de siège, profession de foi de l'empereur apportée par les évêques Hypatius et Demetrius, sépulture « in the basilica of blessed Peter » (la date du 27 mai donnée par le texte est signalée fausse en note : Jean II est mort le 8 mai). Le sénatus-consulte, la vente des vases sacrés et la gravure sur marbre ne figurent pas dans le corps de la notice mais dans les notes de Loomis d'après Duchesne (vol. I, p. 283-284, n. 16) : lettre d'Athalaric à Jean II sur les vases sacrés mis en vente, décret du sénat romain contre la simonie, Cassiodore, Variae IX.15 (trad. Hodgkin, Letters of Cassiodorus, p. 398-400). PDF domaine public : https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/2/23/The_book_of_the_popes_%28Liber_pontificalis%29_I-_%28IA_cu31924006163897%29.pdf.

    2 19 22 24 48 56 82 86 88 92 94 147 148
  3. New Catholic Encyclopedia (via Encyclopedia.com), "John II, Pope" : pontificat du 31 décembre 532 au 8 mai 535, élection après vacance de deux mois avec tentatives simoniaques de tous les aspirants, décret du sénat romain confirmé par Athalaric et gravé sur marbre dans l'atrium de Saint-Pierre, envoi de l'édit impérial au pape, au Sénat et au peuple romain, lettre impériale dite Reddentes honorem du 6 juin 533 (incorporée au Code avec la réponse pontificale, Siège reconnu « tête de toutes les Églises »), tentative de persuasion des Acémètes puis excommunication comme nestoriens le 24 mars 534 notifiée à l'empereur, ensevelissement dans le portique de Saint-Pierre. URL : https://www.encyclopedia.com/religion/encyclopedias-almanacs-transcripts-and-maps/john-ii-pope.

    3 7 9 14 41 47 65 72 116 119 125 130 133 137 158
  4. Saint-Siège, fiche officielle "Giovanni II", section Sommi Pontefici : 56e pape de l'Église catholique, début du pontificat 31.XII.532 - 2.I.533 (élection-consécration), fin 8.V.535, nom de baptême Mercurius, naissance à Rome. URL : https://www.vatican.va/content/vatican/en/holy-father/giovanni-ii.html.

    4 44 152 155
  5. Horace K. Mann, "Pope John II", The Catholic Encyclopedia, vol. 8, Robert Appleton Company, New York, 1910 ; transcription New Advent : semble avoir été le premier à changer de nom à l'élection (2 janvier 533), basilique Saint-Clément sur le Mons Cælius, nom du « Presbyter Mercurius » sur un fragment d'ancien ciborium, monogramme de Johannes sur plusieurs dalles de marbre enclosant la schola cantorum, simonie pendant la vacance, vente des vases sacrés, dernier décret connu du sénat de Rome (sénatus-consulte voté sous Boniface II contre la simonie), confirmation et inscription marbrée par Athalaric, somme de 3000 solidi versée par le clergé et le peuple romains et destinée aux pauvres, juridiction sur les clercs romains, lettres de Justinien, confirmation de la formule théopaschite, condamnation des Acémètes notifiée à l'empereur (24 mars 534), sentence contre Contumeliosus de Riez, mort le 8 mai 535, sépulture à Saint-Pierre. URL : https://www.newadvent.org/cathen/08421b.htm.

    5 11 16 20 21 23 25 37 46 54 57 59 61 62 63 64 66 70 83 84 85 87 89 91 93 124 132 139 144 146 149 150 151 153 156 157 159
  6. Andrea Bedina, "GIOVANNI II, papa", Dizionario Biografico degli Italiani, Istituto dell'Enciclopedia Italiana (en ligne) : nom de baptême Mercurio, père Proietto, Romain, prêtre du titre de Saint-Clément (épigraphes de San Pietro in Vincoli, Duchesne), « mutando per la prima volta nella storia del Papato il suo nome di battesimo all'atto dell'elezione » (2 janvier 533, plus de deux mois après la mort de Boniface II en octobre 532), lettre d'Athalaric fin 533, missive justinienne et réponse à l'empereur, lettre ad senatores de 534, condamnation de Contumelioso par la lettre du 7 avril 534 (reclus entre-temps en monastère) après celle du 6 avril aux prêtres et diacres de Riez (Epistolae Arelatenses, MGH Epist. III, nn. 32-35 ; Mansi, VIII, Florence 1762, col. 792 et suiv.), mort début mai 535 (presque sûrement le 8), sépulture à Saint-Pierre, épitaphe connue (LP, éd. Duchesne, p. 285). La notice ne donne aucun motif païen au changement de nom, ne mentionne ni Vigile ni Hormisdas, et ne parle de pressions que papales et non documentées sur le roi got (simonie). URL : https://www.treccani.it/enciclopedia/papa-giovanni-ii_(Dizionario-Biografico)/.

    6 17 45 58 67 71 81 136 142 167
  7. Jean II, lettre Inter claras à Justinien I, Codex Justinianus I.1.8 : incipit « Inter claras sapientiae mansuetudinis vestrae laudes, christianissime principum » ; souscription « d. VIII kal. April. Roma » (Rome, 25 mars 534, consulat de Justinien IV et de Paulinus) ; confirmation pontificale de la doctrine de l'édit de 533, notification de l'excommunication des Acémètes, et citation en son milieu de la lettre impériale Reddentes honorem du 6 juin 533 portant la déclaration « ...quia caput est omnium sanctarum ecclesiarum » (I.1.8.11) ; la citation commence en I.1.8.7 (« Textus autem epistulae talis est », date « a. 533 d. viii id. iun. constantinopoli »), incipit « Reddentes honorem apostolicae sedi » (I.1.8.8) ; le passage « Ideoque omnes sacerdotes universi orientalis tractus et subicere et unire sedi vestrae sanctitatis properavimus » (I.1.8.9), Blume (2e éd.) le traduit : « We have exerted Ourselves to unite all the priests of the East and subject them to the See of Your Holiness ». Texte latin dans P. Krueger 1877 et reproduction électronique : https://www.thelatinlibrary.com/justinian/codex1.shtml.

    8 10 13 15 33 35 40 43 52 115 118 122 126 128 129 134
  8. William Smith et Henry Wace, "Joannes II, surnamed Mercurius, bishop of Rome", Dictionary of Christian Biography and Literature to the End of the Sixth Century, John Murray, London, 1882 : pontificat du 31 décembre 532 au 27 mai 535 (Anastase), élection retardée de onze semaines, vente des vases et fonds de l'Église pour les pots-de-vin, position d'Hormisdas vers 522, édit théopaschite de Justinien, clergé romain d'abord partagé puis synode convoqué par le pape, réponse à l'empereur le 25 mars 534 (Joann. II. Ep. ii. ; Labbe) et lettre distincte aux sénateurs romains posant la doctrine définie par l'empereur, excommunication des Acémètes, affaire Contumeliosus de Riez (534 : lettres à Césaire, aux évêques de Gaule et au clergé de Riez, confinement en monastère), lettre apocryphe pseudo-isidorienne sur la relation Père-Fils. URL Wikisource : https://en.wikisource.org/wiki/Dictionary_of_Christian_Biography_and_Literature_to_the_End_of_the_Sixth_Century/Joannes_II._Mercurius,_bishop_of_Rome.

    12 36 55 77 114 120 123 135 143 154
  9. Voir l'article Ignispedia Pape saint Jean I : mort en prison à Ravenne le 18 mai 526 selon la liste officielle du Saint-Siège (fiche « John I » : fin du pontificat 18.V.526) ; la Catholic Encyclopedia signale la variante de calcul « 18 or 19 May » (Horace K. Mann, « Pope St. John I », New Advent, https://www.newadvent.org/cathen/08421a.htm). Premier pape à se rendre à Constantinople en exercice, martyr du Siège romain face à Théodoric arien, dont Mercurius reprend le nom à son élection en 533.

    18 68
  10. Catholic Answers Encyclopedia, "Pope John II" : amende de trois mille solidi à payer à la cour de Ravenne en cas d'élection contestée portée devant les officiels gothiques. URL : https://www.catholic.com/encyclopedia/pope-john-ii.

    26 90
  11. Iuliana Viezure, On the Origins of the Unus de Trinitate Controversy, M.A. Thesis, Central European University, 2004 : trajectoire de la formule théopaschite depuis les moines scythes (519) jusqu'à l'édit de Justinien (533) et la lettre de Jean II (534), grammaire cyrillienne sur la communicatio idiomatum, lien avec la lecture chalcédonienne du Christ. URL : https://ams.ceu.edu/2004/Viezure.pdf.

    27 39 95 101 162
  12. Wikipedia EN, "Scythian monks" (consulté juin 2026) : moines de Scythie Mineure (Dobroudja), Jean Maxence et Léonce de Byzance, formule "Unus ex Trinitate passus est", délégation de 519 à Constantinople, refus d'Hormisdas en août 520, reprise par Justinien à partir de 527, vindication finale au IIᵉ concile de Constantinople 553. URL : https://en.wikipedia.org/wiki/Scythian_monks.

    28 96 99 102 103 106 113 160 164
  13. Nicholas Weber, "Joannes Maxentius", The Catholic Encyclopedia, vol. 10, Robert Appleton Company, New York, 1911 : les moines quittent Rome début août 520 ; « Shortly after, 13 August, 520, Hormisdas addressed a letter to the African bishop, Possessor, then at Constantinople, in which he severely condemned the conduct of the Scythian monks » (Hormisdae ep. cxxiv chez Thiel, p. 926). URL : https://www.newadvent.org/cathen/10073a.htm.

    29 104
  14. Voir l'article Ignispedia Pape saint Hormisdas : pape de la fin du schisme acacien (Formule d'Hormisdas, ratifiée le 28 mars 519 — date confirmée par la Catholic Encyclopedia, Kirsch, « Pope St. Hormisdas ») ; condamnation des méthodes des moines scythes par la lettre à Possessor du 13 août 520 (CE, Weber, « Joannes Maxentius »), puis décision sur le fond en 521 (CE, Kirsch : formule non fausse en elle-même mais dangereuse, Chalcédoine sans addition) ; contexte qu'il faut tenir pour comprendre l'évolution pontificale jusqu'à Jean II en 534.

    30 105
  15. Johann Peter Kirsch, "Pope St. Hormisdas", The Catholic Encyclopedia, vol. 7, Robert Appleton Company, New York, 1910 : formule « One of the Trinity was crucified » promulguée en 519 par Jean Maxence et les moines scythes ; « In 521 Hormisdas pronounced that the formula in question, although not false, was dangerous » et que Chalcédoine n'a besoin d'aucune addition ; ratification de la réunion avec Constantinople le 28 mars 519 ; contexte de fragilité de la réconciliation après le schisme acacien. URL : https://www.newadvent.org/cathen/07470a.htm.

    31 107
  16. Justinien I, édit dogmatique du 15 mars 533, Codex Justinianus I.1.6 : définition de la foi chalcédonienne et confession théopaschite (le Christ crucifié, l'un de la sainte Trinité consubstantielle, souffrant dans la chair) ; date « Given March 15 (533) » et traduction anglaise dans F. H. Blume, Annotated Justinian Code, livre 1, titre 1 (éd. T. Kearley). Le latin de la même formule se lit en I.1.8 (« unum esse sanctae et consubstantialis trinitatis »). Édition électronique : https://www.thelatinlibrary.com/justinian/codex1.shtml.

    32 49 97 109 111
  17. Milton Vasil Anastos, Justinian's despotic control over the Church as illustrated by his edicts on the theopaschite formula and his letter to Pope John II in 533, Studi bizantini e neoellenici, Roma, 1964 : analyse philologique de la lettre impériale à Jean II (533), des édits dogmatiques de 533, du délai d'un an et dix jours avant la réponse pontificale, du contenu de la réponse de Jean II du 25 mars 534, et de la procédure suivie devant le synode romain. Référence académique de premier ordre.

    34 38 50 53 108 110 117 121 131 163
  18. Eternal Christendom, "Papal Snapshot: Papal Authority Affirmed in Emperor Justinian's Civil Code of Law (533-34)" : extraits des lettres de Justinien à Jean II et de Jean II à Justinien telles qu'insérées dans le Codex Justinianus, expressions "head of all the holy churches" et "his most glorious and most clement son", reconnaissance impériale de la primauté pontificale ; d'après les sources primaires éditées par P. R. Coleman-Norton. URL : https://eternalchristendom.com/becoming-catholic/articles/number-43/.

    42
  19. Codex Justinianus I.1.7 : lettre de Justinien I au patriarche Épiphane de Constantinople — à ne pas confondre avec la lettre Reddentes honorem à Jean II du 6 juin 533, qui n'a pas de numéro propre et n'est conservée que citée au milieu de la réponse pontificale (constitution I.1.8, citation introduite en I.1.8.7 : « Textus autem epistulae talis est »). F. H. Blume, Annotated Justinian Code, 2e éd., livre 1 : « 1.1.7. The same Emperor to Epiphanius, Holy and Blessed Archbishop of this imperial city, and ecumenical patriarch ». Texte latin : https://www.thelatinlibrary.com/justinian/codex1.shtml.

    51
  20. Wikipedia EN, "Pope John II" (consulté juin 2026) : Mercurius né vers 475 à Rome, prêtre de la basilique San Clemente sur le Caelian Hill, commande de plutei et transennae, élection le 2 janvier 533, premier pape à adopter un nouveau nom à l'élection, raison du changement (dieu païen), excommunication des Acémètes (Sleepless Monks), affaire Contumeliosus de Riez, mort le 8 mai 535 vers 59-60 ans, sépulture dans la basilique Saint-Pierre, successeur Agapet I, question des évêques lapsi ariens du concile de Carthage 535 transférée à Agapet. URL : https://en.wikipedia.org/wiki/Pope_John_II.

    60 69
  21. Liber Pontificalis, notice "Pelagius I" (LXII, 556-561), dans Louise Ropes Loomis trad., The Book of the Popes, Columbia University Press, New York, 1916, p. 160 : « Pelagius, by nationality a Roman, son of John » — nom de naissance conservé, aucun changement attesté.

    73
  22. "Pope John XII", The Catholic Encyclopedia, vol. 8, Robert Appleton Company, New York, 1910 : Octavius (orthographe de la CE), dix-huit ans, élu successeur d'Agapet II le 16 décembre 955 « and took the name of John ». URL : https://en.wikisource.org/wiki/Catholic_Encyclopedia_(1913)/Pope_John_XII.

    74
  23. Horace K. Mann, "Pope Sergius IV", The Catholic Encyclopedia, vol. 13, Robert Appleton Company, New York, 1912 : « Peter Pig's Snout (Bucca Porci) » — fils de Pierre le cordonnier, évêque d'Albano (1004-1009) « before he became Sergius IV » (consécration vers le 31 juillet 1009). URL : https://en.wikisource.org/wiki/Catholic_Encyclopedia_(1913)/Pope_Sergius_IV.

    75
  24. Johann Peter Kirsch, "Pope Boniface II", The Catholic Encyclopedia, vol. 2, Robert Appleton Company, New York, 1907 : tentative de désignation de Vigile, retrait sous pression du sénat et du clergé, élément du contexte de la vacance qui suit la mort de Boniface II. URL : https://www.newadvent.org/cathen/02660a.htm.

    79
  25. Treccani, Enciclopedia on line, « Giovanni II papa » (synthèse courte, distincte de la notice DBI) : « Successe a Bonifacio II, con l'aiuto del re goto Atalarico (533), al posto del diacono Vigilio che lo stesso Bonifacio, prima di morire, aveva indicato come successore » ; « approvò, per pressioni dell'imperatore Giustiniano, una professione di fede in contrasto con l'atteggiamento in proposito del papa Ormisda ». URL : https://www.treccani.it/enciclopedia/giovanni-ii-papa/.

    80 98 166
  26. IIᵉ concile de Constantinople (553), anathème n° 10 contre les Trois Chapitres : « If anyone does not confess that our Lord Jesus Christ who was crucified in the flesh is true God and the Lord of Glory and one of the Holy Trinity: let him be anathema » (trad. Schaff, Nicene and Post-Nicene Fathers, 2e série, vol. 14). Texte : https://www.newadvent.org/fathers/3812.htm.

    100 161 165
  27. Jean II, lettre à Justinien I, Codex Justinianus I.1.8.18 : confession chalcédonienne reprise dans la réponse pontificale, "consubstantialem esse patri secundum deitatem et consubstantialem nobis eundem ipsum secundum humanitatem, eiusdem miracula et passiones". Édition électronique : https://www.thelatinlibrary.com/justinian/codex1.shtml.

    112 127
  28. Wikipedia EN, "Contumeliosus of Riez" : évêque de Riez accusé d'adultère et d'aliénation des biens de l'Église, concile de Marseille en 533 convoqué par Césaire d'Arles, seize évêques de Provence, déposition après aveu, lettre de Jean II en 534 ordonnant le confinement en monastère pour pénitence, recours accepté par Agapet I et ordre d'un nouveau procès devant des délégués pontificaux. URL : https://en.wikipedia.org/wiki/Contumeliosus_of_Riez.

    138
  29. "Marseilles (Massilia)", The Catholic Encyclopedia, Robert Appleton Company, New York : « Councils were held at Marseilles in 533 (when sixteen bishops of Provence, under the presidency of St. Cæsarius at Arles, passed sentence on Contumeliosus, Bishop of Riez) ». URL : https://en.wikisource.org/wiki/Catholic_Encyclopedia_(1913)/Marseilles_(Massilia).

    141
  30. "Pope St. Agapetus I", The Catholic Encyclopedia, Robert Appleton Company, New York : « He accepted an appeal from Contumeliosus, Bishop of Riez, whom a council at Marseilles had condemned for immorality, and he ordered St. Cæsarius of Arles to grant the accused a new trial before papal delegates ». URL : https://en.wikisource.org/wiki/Catholic_Encyclopedia_(1913)/Pope_St._Agapetus_I.

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