Pape Jean XII (vers 937-964)

Élu pape à 18 ans (si né en 937) en décembre 955 sur un serment dynastique imposé par son père Albéric II, Octavien — devenu Jean XII — couronne empereur Otton Iᵉʳ le 2 février 962 et signe le Privilegium Ottonianum, mais conspire ensuite contre l'empereur et meurt le 14 mai 964 après un pontificat scandaleux qui clôt le saeculum obscurum.

Ignispedia

Jean XII, né Octavien (Octavianus) à Rome en 930 ou en 937 — les notices courantes donnent la fourchette 930/937 —, fils du Princeps Romanorum Albéric II de Spolète et neveu du pape Jean XI, gouverne l'Église de Rome du 16 décembre 955 au 14 mai 964. Le décompte de la succession officielle du Saint-Siège le place au 130ᵉ rang, successeur d'Agapet II et prédécesseur de Benoît V. Élu à dix-huit ans — sous l'hypothèse d'une naissance en 937 ; environ vingt-cinq ans s'il est né en 930 — sur la base d'un serment imposé par son père mourant à l'aristocratie romaine, il est le dernier des cinq papes consécutifs choisis par Albéric II et le dernier pape du saeculum obscurum.[1][2][3][4][5]

Son pontificat condense deux moments historiques majeurs que rien, dans la biographie personnelle du pape, ne laissait prévoir. Le 2 février 962, à la basilique Saint-Pierre, c'est lui qui couronne empereur Otton Iᵉʳ de Germanie, restaurant un Saint-Empire romain vacant depuis la mort de Bérenger Iᵉʳ en 924 (soit trente-huit ans de vacance) et inaugurant le Sacrum Imperium germano-romain qui durera 844 ans, jusqu'à l'abdication de François II, dernier empereur, le 6 août 1806, arrachée par la pression de Napoléon après Austerlitz et Presbourg — « dissolution par Napoléon » n'est qu'un raccourci[6]. Onze jours plus tard, le 13 février 962, les deux souverains scellent le Privilegium Ottonianum — accord qualifié ici de premier concordat médiéval entre papauté et empire, qui confirme canoniquement les États pontificaux et fait de l'empereur le garant de l'indépendance pontificale, en échange d'un droit de regard sur les élections futures.[7][8][9]

Mais le même pontificat s'achève dans l'un des plus grands scandales de toute l'histoire ecclésiale. Surpris par Otton à conspirer contre lui avec les Magyars, les Byzantins et Adalbert d'Ivrée, Jean XII s'enfuit de Rome en été 963. Du 6 novembre au 4 décembre 963, un synode convoqué par Otton Iᵉʳ à la basilique Saint-Pierre — réunissant environ cinquante participants, évêques d'Italie et de Germanie et cardinaux — l'accuse de « sacrilège, simonie, parjure, meurtre, adultère et inceste », le déclare déposé par contumace, et élit à sa place un laïc, Léon — le protoscriniarius, c'est-à-dire le chef laïc des archives et de la chancellerie du pape —, ordonné en deux jours (4-6 décembre) sous le nom de Léon VIII.[10][11][12][13] Le retour de Jean XII en février 964, son contre-synode du 26 février qui annule les décrets impériaux, les mutilations spectaculaires infligées à ses opposants (main droite arrachée au cardinal-diacre Jean, nez et oreilles coupés à un haut fonctionnaire palatin), puis sa mort obscure le 14 mai 964 — « frappé d'apoplexie en plein adultère », selon la formule de Liutprand de Crémone, chroniqueur partisan d'Otton (qui rapporte aussi la version concurrente du meurtre par un mari outragé) — clôturent dans le sang une période ouverte soixante ans plus tôt par sa grand-mère Marozia et l'entourage théophylacte de Sergius III, amant présumé de Marozia — sans lien de parenté direct avec Jean XII, qui descend de Marozia par son père Albéric II.[14][15][16]

« Octavien, alors âgé de dix-huit ans, fut effectivement élu son successeur le 16 décembre 955. Adoptant le nom de Jean XII, il fut, à cause de ses fonctions civiles et ecclésiastiques, à la fois le souverain temporel et spirituel de Rome. Le résultat fut désastreux : indigne d'une si haute position, Jean XII mena une vie laïque, et se livra à toutes sortes d'immoralités. » — Johann Peter Kirsch, « Pope John XII », Catholic Encyclopedia, vol. VIII, New York, Robert Appleton Company, 1910[17]

L'ampleur du scandale ne doit pas faire perdre de vue trois faits institutionnels que l'historiographie catholique tient pour acquis : (1) l'élection de décembre 955 est, canoniquement, régulière en la forme ; (2) la consécration épiscopale d'Octavien lui confère définitivement la potestas ordinis — le pouvoir d'ordre, c'est-à-dire le pouvoir de célébrer validement les sacrements, qu'aucune indignité morale ne peut révoquer ; (3) la déposition synodale du 4 décembre 963 par Otton Iᵉʳ est, dans la tradition catholique majoritaire, canoniquement nulle — un synode convoqué par un prince laïc, hors présence du pape légitime, n'a aucune autorité sur le successeur de Pierre. Le Saint-Siège, en conséquence, garde Jean XII dans sa liste officielle des papes (130ᵉ au décompte de la succession officielle). Quant à Léon VIII, élu le 4 décembre et consacré le 6 décembre 963, il est tenu pour antipape du 6 décembre 963 au 26 février 964, puis pour pontife légitime après la déposition de Benoît V le 23 juin 964 — Kelly (Oxford Dictionary of Popes), en position minoritaire, le tenant au contraire pour antipape jusqu'en mai 964 (voir la section « La validité canonique du pontificat »).[18][19][20]

Pourquoi Jean XII mérite-t-il un article ?

Le pape qui a couronné Otton Iᵉʳ et restauré le Saint-Empire

Le couronnement impérial du 2 février 962 à la basilique Saint-Pierre est, sur le plan historique, l'un des actes pontificaux les plus durablement structurants de tout le Moyen Âge. Il scelle la renaissance du Saint-Empire romain après trente-huit ans de vacance impériale (depuis la mort de Bérenger Iᵉʳ d'Italie en 924), institue durablement la dignité impériale germano-romaine comme garante temporelle de la chrétienté latine, et inscrit dans la pratique politique européenne le principe — qui durera jusqu'au XVIᵉ siècle — selon lequel l'empereur reçoit sa couronne des mains du pape.[21][22]

Onze jours plus tard, le 13 février 962, Otton ratifie le Privilegium Ottonianum (aussi appelé Diploma Ottonianum), document fondateur dans lequel l'empereur confirme les possessions de l'Église romaine — incluant les territoires de la Donation de Pépin (754-756) et les concessions de Charlemagne — et se déclare garant de l'indépendance du Siège apostolique, en échange d'un droit de confirmation sur les futures élections pontificales. Le document est qualifié ici de premier concordat médiéval entre papauté et empire (étiquette interprétative — voir la note), et fixe pour près d'un siècle l'équilibre constitutionnel entre les deux pouvoirs universels de la chrétienté.[23][24][25]

L'ironie historique est cinglante. Le pape moralement le plus indigne du Xᵉ siècle est aussi celui qui pose, par son onction impériale, les fondations canoniques du Sacrum Imperium germano-romain. Par cet acte unique, Jean XII redessine durablement la carte politique de l'Europe occidentale — synthèse conforme au traitement de ce pontificat par Horace K. Mann (Lives of the Popes, vol. IV, p. 240-280), sans qu'aucune formule de Mann soit ici citée comme verbatim.[26]

Le pape déposé par un synode impérial — un acte sans précédent canonique

Le synode de Saint-Pierre du 6 novembre — 4 décembre 963 constitue, dans toute l'histoire de la papauté, un acte juridiquement inédit : la déposition formelle d'un pape régnant par une assemblée d'évêques convoquée par un empereur séculier. Aucun précédent canonique n'existait : les rares cas de destitution pontificale antérieurs (Libère exilé par Constance II, Vigile pressuré par Justinien, Martin Iᵉʳ déporté par Constant II) étaient des violences politiques revêtues d'aucune forme synodale, et l'Église avait toujours maintenu que le pape ne peut être jugé par personne (« prima sedes a nemine iudicatur ») — règle inscrite dans le droit canon depuis les synodes romains du Vᵉ siècle.[27][28]

Otton Iᵉʳ et son chroniqueur attitré Liutprand de Crémone ont donc dû inventer, en novembre 963, une procédure sans modèle exact : trois citations à comparaître (dont les deux premières effectivement transmises au pape en fuite, la troisième probablement non), audition de témoins cardinalices, lecture des charges en synode, déclaration de « crime et trahison » par l'empereur, puis vote de l'assemblée pour la déposition et l'élection d'un successeur. La forme entière est conçue pour faire croire à un acte ecclésial autonome, alors que la substance est un acte politique impérial sous habillage canonique.[29][30]

C'est précisément cette invention procédurale que la tradition catholique n'a pas reconnue. Dans l'hypothèse de travail retenue ici — restant à recouper dans les tables canoniques, aucun passage de Gratien, d'Yves de Chartres, de Bernard de Pavie ou des décrétalistes de Bologne tenant cette déposition pour un précédent valide n'ayant été localisé en séance —, la déposition de Jean XII n'aurait été tenue par aucun grand canoniste médiéval pour un précédent valide. L'Église a maintenu Jean XII dans la liste officielle des papes ; Léon VIII, élu le 4 décembre et consacré le 6 décembre 963, reste considéré comme antipape du 6 décembre 963 au 26 février 964, puis, après la mort de Jean XII et la déposition de Benoît V le 23 juin 964, comme pontife légitime — Kelly (Oxford Dictionary of Popes), en position minoritaire, prolongeant le statut d'antipape jusqu'en mai 964.[31][32][33]

Le pape qui clôt le saeculum obscurum dans le scandale et ouvre l'ère ottonienne

Le pontificat de Jean XII marque la clôture du saeculum obscurum — cette période 904-964 pendant laquelle le clan Théophylacte (Marozia, Théodora, Albéric II, Jean XI, Jean XII) avait mainmise totale sur le Siège apostolique. Avec la mort de Jean XII en mai 964 et la fin de la dynastie aristocratique romaine, s'ouvre une nouvelle phase : la papauté ottonienne (964-1046), au cours de laquelle les empereurs de la dynastie ottonienne puis salienne exerceront un contrôle direct sur les élections pontificales, désignant régulièrement des papes germaniques (Grégoire V, Sylvestre II, Clément II, Damase II, Léon IX).[34]

Cette mutation institutionnelle aura, à long terme, deux effets paradoxaux et opposés : elle arrache momentanément la papauté à la tutelle aristocratique romaine, mais elle l'asservit pour un siècle à la tutelle impériale germanique. Ce sera précisément contre cette seconde captivité — formellement scellée par le Privilegium Ottonianum de Jean XII — que se lèvera, à partir des années 1050, le grand mouvement de la réforme grégorienne. Hildebrand, le futur saint Grégoire VII (1073-1085), bâtira tout son projet de liberté ecclésiale (libertas ecclesiae) contre le précédent ottonien que Jean XII avait inauguré. L'hommage de Canossa (janvier 1077) sera la réponse historique de l'Église au privilège de février 962.[35]

Origine, famille, accession au trône pontifical

L'enfant du Princeps Romanorum

Jean XII naît à Rome en 930 ou en 937 — les notices courantes donnent la fourchette 930/937 —, dans une famille au sommet du pouvoir aristocratique italien. Son père, Albéric II de Spolète (vers 911-954), gouverne Rome comme Princeps atque omnium Romanorum Senator depuis le coup d'État de décembre 932 contre sa propre mère Marozia et son demi-frère le pape Jean XI. Pendant vingt-deux ans (932-954), Albéric II exerce sur Rome une autorité quasi monarchique et confisque la juridiction temporelle et ecclésiastique au profit du palais aventin.[36]

La mère d'Octavien est plus difficile à identifier. La tradition la plus largement reçue — relayée par les notices modernes d'après Mann et Gregorovius — la nomme Alda de Vienne, présentée comme la fille d'Hugues d'Italie, donc la sœur par alliance d'Albéric II, Hugues ayant épousé Marozia en 932. Mais l'identification reste incertaine : Benoît du Soracte, chroniqueur contemporain, affirme au contraire, dans un latin obscur, qu'Albéric engendra Octavien d'une concubine. En l'état des sources, « Alda de Vienne » doit donc se lire comme une identification probable, non comme un fait établi.[37][38][39]

Octavien grandit à Rome dans un environnement où le pouvoir politique, le patrimoine ecclésiastique et l'ascendance dynastique se confondent au point de devenir indistinguables. Son oncle est le pape Jean XI ; son arrière-grand-père, Théophylacte de Tusculum, fut le « sénateur des Romains » ; le pape Sergius III (904-911), qui serait, selon Liutprand, le père biologique présumé de son oncle Jean XI (sans lien de parenté direct avec Octavien lui-même). La famille construit ses papes comme d'autres lignages construisent leurs ducs.[40][41]

Le serment d'Albéric II de 954 — un serment contraire aux règles électorales

Au début de l'été 954, Albéric II tombe gravement malade dans son palais. Sentant venir la mort, il prend une décision juridique sans précédent immédiat : il fait convoquer la noblesse romaine à la basilique Saint-Pierre et lui fait prêter serment que, à la prochaine vacance du Siège romain, son fils Octavien serait élu pape. La formule, rapportée par Liutprand de Crémone et reprise par la quasi-totalité des chroniqueurs ottoniens, est sans équivoque sur la mainmise dynastique programmée.[42][43][44]

« Avant sa mort, il imposa un serment (954) aux nobles romains à Saint-Pierre, par lequel, à la prochaine vacance du siège pontifical, son unique fils, Octavien, devait être élu pape. » — Johann Peter Kirsch, « Pope John XII », Catholic Encyclopedia, vol. VIII, 1910[45]

Le scandale canonique de cet acte est triple :

Un décret pontifical positif depuis 499

La promesse d'Albéric II est tenue, dans une interprétation a fortiori courante, pour contraire aux règles électorales posées par le décret du pape saint Symmaque (498-514) promulgué au synode romain du 1ᵉʳ mars 499, qui interdisait « à tout clerc qui chercherait à obtenir des voix pour un successeur au pontificat du vivant du pape en exercice, ou qui convoquerait des conférences ou tiendrait des consultations dans ce but, d'être déposé et excommunié ». Le décret vise les clercs ; l'étendre à un laïc comme Albéric II prétendant fixer à l'avance l'identité du futur pontife est un raisonnement a fortiori présenté ici comme une interprétation, non comme la lettre du texte. Il n'y a donc nulle contradiction avec la régularité, reconnue par ailleurs, de l'élection de décembre 955 en la forme : le grief vise le serment préalable de 954, non le scrutin ni la consécration.[46]

L'élection par serment laïc plutôt que par le clergé romain

Le droit canonique du Xᵉ siècle prévoyait que l'élection pontificale relevait du clergé romain, après acclamation par le peuple romain (selon la formule héritée des temps apostoliques). Faire prêter serment d'élection préalable par la noblesse laïque revenait à substituer un vote d'aristocrates au discernement ecclésial — pratique qui, deux siècles plus tard, sera précisément ce que la réforme grégorienne combattra comme la plus grande corruption de l'Église.

La nomination dynastique de père à fils

Aucun précédent d'une transmission directe et héréditaire du Siège romain n'existait depuis la dissolution du Saint-Empire d'Occident en 476. La nomination d'un fils par son père transformait, dans son principe même, le Siège apostolique en bien patrimonial — point que les conciles réformateurs des XIᵉ et XIIᵉ siècles condamneront systématiquement.

Octavien cardinal-diacre de Santa Maria in Domnica

Avant son élection pontificale, le jeune Octavien est cardinal-diacre du titulus de Santa Maria in Domnica, basilique du Cælius (Rome) datant du IXᵉ siècle, dotée par le pape Pascal Iᵉʳ (817-824).[47] La promotion d'un fils du Princeps au diaconat cardinalice romain est conforme à la logique dynastique du saeculum obscurum : depuis Sergius III en 904, l'aristocratie Théophylacte place ses enfants dans les postes ecclésiastiques de carrière afin de préparer la transmission du Siège.

L'âge canonique du diaconat — vingt-cinq ans selon le droit traditionnel — n'a manifestement pas été respecté : Octavien n'avait pas dix-huit ans lors de son élection en décembre 955 (toujours sous l'hypothèse d'une naissance en 937), et son installation comme cardinal-diacre date donc nécessairement de plusieurs années auparavant, vers 950-953, alors qu'il n'avait que treize à seize ans (vingt à vingt-trois ans s'il est né en 930). L'irrégularité — banale dans la Rome de l'époque — n'a soulevé aucune protestation publique.

La vacance d'Agapet II et l'élection du 16 décembre 955

Le pape Agapet II (946-955), dernier des quatre pontifes consécutifs choisis par Albéric II avant Jean XII, meurt à Rome en décembre 955 (jour exact discuté) après neuf ans de pontificat. Pendant son règne, Agapet — bien que créé pape par Albéric — avait réussi à conserver une certaine autonomie ecclésiale et à mener une politique de réforme bénédictine dans les abbayes romaines. Sa mort crée la vacance prévue par le serment de 954 : il faut élire Octavien.[48][49]

Le 16 décembre 955, quelques jours après la mort d'Agapet, le clergé et le peuple romains — conformément au serment dynastique prêté un an plus tôt — élisent Octavien pape. Sa consécration suit dans les jours qui suivent. Il porte, en succession, les trois grands ordres (sous-diacre, diacre, prêtre), puis reçoit l'ordination épiscopale comme évêque de Rome. À cette date, il a environ dix-huit ans — si l'on retient la naissance en 937 ; environ vingt-cinq ans si l'on retient 930 — ce qui, selon Mann, en ferait « sinon le plus jeune pape de l'histoire, du moins l'un des plus jeunes », le titre revenant probablement à Benoît IX (élu en 1032 à 11 ou 12 ans).[50][51][52]

Le deuxième cas certain de changement de nom

Au moment de sa consécration, Octavien prend le nom pontifical de Jean XII. Il s'agit du deuxième cas certain de changement de nom à l'élévation, après Jean II (Mercure, 533-535, qui voulut effacer un nom de divinité païenne) : le cas de Jean III (Cathelinus, 561-574) reste discuté, seul Jean II étant assuré avant 955. Comme Mercure, Octavien portait un nom aux résonances païennes. Sauf cas exceptionnels (Sylvestre II en 999), la pratique ne deviendra systématique qu'à partir du XIᵉ siècle — mais Jean XII en constitue le précédent durable.[53][54]

La double identité rapportée par les notices est instructive — en l'absence d'acte diplomatique localisé à la page près, elle est présentée ici comme une hypothèse rapportée par les notices modernes, sans acte à l'appui : pour les actes ecclésiastiques (bulles, privilèges, ordinations), il signerait « Iohannes papa » ; pour les actes politiques (décrets civils, correspondance avec l'empereur byzantin), il continuerait de signer « Octavianus princeps ». Cette dualité onomastique, à supposer l'hypothèse fondée, reflèterait la dualité fonctionnelle que la papauté du saeculum obscurum assumait — pape et souverain temporel de Rome.[55]

Les premières années du pontificat (956-961)

Une administration ecclésiastique d'apparence normale

Contrairement à l'image que le synode de 963 imposera rétrospectivement, les six premières années du pontificat de Jean XII présentent l'aspect extérieur d'une administration ecclésiastique normale. Les bulles, privilèges monastiques et confirmations épiscopales émis depuis le Latran entre 956 et 961 témoignent d'une continuité institutionnelle avec les pontificats précédents d'Agapet II et de Marin II. Aucun scandale public n'éclate avant les négociations diplomatiques de 960.[56][57]

Les regestes pontificaux (Jaffé, n° 3676 sq.) recensent pour ces premières années une suite régulière d'actes — privilèges monastiques, confirmations épiscopales — de forme canonique ordinaire et de fond doctrinal orthodoxe, sans rupture institutionnelle avant 960 : la forme canonique des actes est respectée et les destinataires — abbés, évêques, princes — les reçoivent en signe de reconnaissance de l'autorité pontificale.[58]

Le privilège à l'abbaye de Subiaco (958)

L'un des premiers actes documentés du pontificat est l'octroi en 958 d'un privilège à l'abbaye bénédictine de Subiaco — le grand monastère fondé par saint Benoît au VIᵉ siècle dans les monts Simbruins. Le texte, conservé dans le Regestum Sublacense, accorde aux moines de Subiaco une exemption canonique vis-à-vis de l'évêque local et fixe les conditions liturgiques d'application — notamment, selon les analyses du regestum, l'imposition de prières spécifiques pour le pape, l'empereur et leur lignage.[59][60]

Le geste s'inscrit dans la politique de réforme monastique ouverte par Jean XI en 931 avec le privilège à Cluny. Quelle que soit l'indignité personnelle du pape, l'institution continue à signer les actes nécessaires au déploiement du mouvement de réforme bénédictine qui balayera l'Europe occidentale au siècle suivant.

La confirmation de saint Dunstan à Canterbury (960)

L'acte ecclésiastique le plus important des premières années est, sans doute, la confirmation comme archevêque de Canterbury de saint Dunstan (vers 909-988) — l'un des grands réformateurs bénédictins du Xᵉ siècle anglais, futur conseiller de Edgar le Pacifique. Dunstan se rend en personne à Rome en 960, reçoit des mains de Jean XII le pallium archiépiscopal et rentre en Angleterre confirmé dans sa juridiction métropolitaine sur l'ensemble du sud de l'île.[61][62][63]

L'épisode est doublement significatif. D'une part, il montre que la papauté du Xᵉ siècle — même administrée par un pontife indigne — continue à exercer pleinement sa prérogative universelle sur les élections épiscopales des royaumes éloignés. D'autre part, saint Dunstan apparaît, dans la perspective de la réforme grégorienne future, comme l'un des types accomplis du moine-évêque réformateur que la liberté ecclésiale du XIᵉ siècle voudra restaurer. Le pape moralement le plus indigne confirme dans sa charge le saint le plus exemplaire de l'épiscopat anglo-saxon — autre ironie historique du pontificat.

Le synode de Rome et le projet de Magdebourg (12 février 962)

Au synode tenu à Rome le 12 février 962 — c'est-à-dire dans les jours mêmes du couronnement impérial d'Otton —, Jean XII donne son accord (sanction) au projet d'Otton Iᵉʳ : faire de Magdebourg le centre missionnaire des terres slaves récemment conquises, avec Merseburg comme suffragant. Mais l'opposition de la hiérarchie germanique empêche alors l'érection. L'érection effective n'a lieu qu'en 968, sous Jean XIII : synode de Ravenne (967), bulle du 18 octobre 968, et consécration des premiers suffragants — Merseburg, Meissen et Zeitz — à Noël 968. Le projet ouvre l'évangélisation des Wendes, Sorbes et Polabes d'Europe centrale et constitue, dans l'histoire missionnaire médiévale, l'un des moments décisifs de la christianisation des Slaves de l'Ouest.[64][65][66]

Lors du même synode, Jean XII excommunie l'évêque Hugues de Vermandois — celui-là même dont son oncle Jean XI avait refusé de confirmer la candidature au siège de Reims en 933 au profit d'Artaud, et qui, depuis 940, avait reconquis le siège par les armes. La continuité familiale dans la politique romaine est notable : la branche Théophylacte de Rome affronte une seconde fois, à trente ans d'écart, la branche Vermandois de Reims, et règle le contentieux en faveur du parti pro-romain.

La crise avec Bérenger II d'Ivrée et Adalbert (960)

À partir de 960, le contexte politique change brutalement. Bérenger II d'Ivrée (roi d'Italie depuis 950), qui n'avait jamais accepté la mainmise théophylacto-romaine sur l'Italie centrale, et son fils Adalbert (associé au trône depuis 950) envahissent les États pontificaux depuis le nord et le centre, menaçant directement Rome. Jean XII, incapable de mobiliser une armée romaine suffisante, se trouve isolé.[67][68]

En automne 960, le pape prend une décision majeure : il envoie des légats au roi de Germanie Otton Iᵉʳ — qui régnait depuis 936 sur la Saxe, la Bavière, la Franconie et la Lorraine, et qui venait de soumettre les Magyars à la bataille du Lechfeld (10 août 955). Le message est explicite : « venez à Rome, soumettez Bérenger, et nous vous donnerons la couronne impériale ». Otton accepte. C'est cet appel à l'aide allemand qui déclenchera, dix-huit mois plus tard, la renaissance du Saint-Empire.

« Dans ce dilemme, le pape eut recours au roi de Germanie Otton Iᵉʳ, qui parut alors en Italie à la tête d'une puissante armée. » — Johann Peter Kirsch, « Pope John XII », Catholic Encyclopedia, vol. VIII, 1910[69]

L'appel s'inscrit dans une tradition déjà ancienne : depuis saint Léon III couronnant Charlemagne le 25 décembre 800, l'alliance papauté-empire avait toujours été conçue comme la protection ultime du Siège romain contre les menaces italiennes locales. Jean XII renoue avec ce modèle carolingien, en l'appliquant cette fois à un prince germano-saxon dont la famille — la dynastie ottonienne — venait d'unifier les anciens duchés tribaux de Germanie sous une autorité royale stable.

Le couronnement d'Otton Iᵉʳ et le Privilegium Ottonianum (janvier-février 962)

L'entrée d'Otton à Rome (31 janvier 962)

Otton Iᵉʳ, ayant reçu l'appel de Jean XII fin 960 et ayant soumis Bérenger dans le nord et le centre de l'Italie au cours de l'été et de l'automne 961, entre à Rome le 31 janvier 962 à la tête d'une armée considérable. Le pape l'accueille personnellement sur les marches de la basilique Saint-Pierre. La rencontre est solennelle : avant tout couronnement, les deux souverains prêtent serment mutuel « sur les ossements bienheureux du prince des apôtres », gage de fidélité réciproque — Jean XII jurant fidélité et appui à Otton, Otton jurant de protéger les libertés de l'Église romaine.[70][71][72]

Cette scène d'allégeance mutuelle sur la tombe de saint Pierre sera l'image fondatrice de la collaboration médiévale entre papauté et empire — et, à terme, l'objet du litige qui opposera deux siècles plus tard saint Grégoire VII à Henri IV : qui jure fidélité à qui ? L'empereur au pape ou le pape à l'empereur ? Le silence du serment de 962 sur cette hiérarchie sera lourd de conséquences historiques.

Le couronnement impérial du 2 février 962

Le 2 février 962, fête de la Présentation du Seigneur, à la basilique Saint-Pierre du Vatican — dans la même basilique où Albéric II avait fait jurer la noblesse romaine huit ans plus tôt et où sera dressé, treize mois plus tard, le procès du pape par Otton —, Jean XII couronne empereur Otton Iᵉʳ, en présence de son épouse l'impératrice Adélaïde de Bourgogne (née vers 931, future sainte Adélaïde).[73][74]

« Le 2 février 962, Otton fut solennellement couronné empereur par le pape. » — Johann Peter Kirsch, « Pope John XII », Catholic Encyclopedia, vol. VIII, 1910[75]

Le couronnement rétablit formellement la dignité impériale d'Occident, vacante depuis la mort de Bérenger Iᵉʳ en 924 — soit trente-huit ans d'interrègne (962 − 924). L'Empire ottonien ainsi inauguré durera officiellement, sous diverses dynasties (ottonienne, salienne, hohenstaufen, habsbourgeoise), jusqu'à l'abdication de François II, dernier empereur, le 6 août 1806 — soit 844 ans (1806 − 962) —, abdication arrachée par la pression de Napoléon après Austerlitz et Presbourg : « dissolution par Napoléon » n'est qu'un raccourci[76]. Aucun autre acte pontifical du Xᵉ siècle n'a eu une postérité institutionnelle d'une telle ampleur.[77][78]

L'innovation conceptuelle mérite d'être soulignée : alors que les couronnements précédents (Charlemagne en 800, Louis le Pieux en 813, Lothaire Iᵉʳ en 823, Bérenger Iᵉʳ en 915) liaient l'empire à la dynastie carolingienne ou à ses héritiers italiens, le couronnement de 962 transfère explicitement la dignité impériale à un roi germanique — Otton, fils du roi saxon Henri Iᵉʳ l'Oiseleur — sans aucune ascendance carolingienne. Cette translatio imperii vers la Germanie, formalisée par Jean XII, restera constitutive du Saint-Empire romain germanique jusqu'au XIXᵉ siècle.

Le Privilegium Ottonianum (13 février 962)

Onze jours après le couronnement, le 13 février 962, Otton Iᵉʳ et Jean XII scellent le Privilegium Ottonianum — appelé aussi Diploma Ottonianum — que le présent article qualifie, par interprétation, de premier véritable concordat médiéval entre la papauté et l'Empire. Le texte original, gravé sur parchemin pourpre orné d'encre d'or, est aujourd'hui conservé dans les Archives secrètes vaticanes et constitue l'un des documents les plus importants de l'histoire constitutionnelle médiévale.[79][80]

Le contenu canonique du diplôme s'articule en quatre dispositifs majeurs :

DispositionContenuConséquence canonique
Confirmation territorialeOtton confirme à l'Église romaine « toutes les possessions accordées par la Donation de Pépin et par Charlemagne »Reconnaissance impériale du patrimoine de saint Pierre comme entité juridique permanente
Élections pontificales canoniques« Les papes seront élus dans la forme canonique » — par le clergé romain et le peuple romainMaintien apparent de la forme traditionnelle d'élection
Serment impérial préalable à la consécration« La consécration ne pourra avoir lieu qu'après les serments nécessaires prêtés à l'empereur ou à ses ambassadeurs »Création d'un droit de regard impérial sur la validité de l'élection — clause la plus controversée
Garantie impérialeL'empereur devient « garant de l'indépendance du Siège pontifical » contre les factions romainesSubstitution de la tutelle impériale germanique à la tutelle aristocratique romaine

L'ambiguïté politique du document est, depuis le Xᵉ siècle, l'objet d'un débat historiographique permanent. Pour les uns (école ottonienne — Liutprand, Hroswitha de Gandersheim, plus tard l'historiographie protestante allemande), le diplôme constitue une avancée majeure de la papauté, désormais libérée de la tutelle aristocratique romaine et garantie par un empire chrétien puissant. Pour les autres (école grégorienne — saint Pierre Damien, saint Grégoire VII, et toute la tradition canonique romaine ultérieure), le diplôme est le véritable acte de naissance d'une nouvelle servitude : la servitude impériale qui culminera dans la querelle des investitures un siècle plus tard.[81]

« Le célèbre Diploma Ottonianum, dans lequel [Otton] confirma à l'Église romaine ses possessions. » — Johann Peter Kirsch, « Pope John XII », Catholic Encyclopedia, vol. VIII, 1910[82]

Le départ d'Otton de Rome (14 février 962)

Le 14 février 962, Otton quitte Rome pour reprendre sa campagne militaire contre Bérenger II et Adalbert, qui s'étaient repliés en Italie du Nord. Le pape reste à Rome. L'éloignement géographique de l'empereur va, pendant les dix-huit mois qui suivent, permettre à Jean XII d'engager les négociations secrètes qui causeront sa perte.[83]

L'erreur stratégique de Jean XII tient à une mauvaise lecture de la nature ottonienne du pouvoir. Le pape, formé dans la culture politique romaine où la maxime « éloigne le bienfaiteur dès qu'il a accompli sa tâche » est règle d'or, ne comprend pas qu'Otton n'est pas Bérenger : l'empereur germanique a une réseaux d'informateurs efficaces en Italie centrale, une politique italienne durable, et un réflexe institutionnel qui le rendra impitoyable dès qu'il découvrira la trahison.

La rupture avec Otton et la fuite (963)

Les négociations secrètes avec les Magyars, Byzance et Adalbert

À partir du printemps 963, Jean XII engage simultanément trois négociations secrètes dirigées contre Otton :

  1. Avec les Magyars de Hongrie — peuple turco-finnois sédentarisé dans la plaine du Danube au IXᵉ siècle, qui avait été récemment soumis par Otton à la bataille du Lechfeld (10 août 955) et qui restait, en 963, le seul adversaire stratégique capable de menacer la Germanie du sud-est.

  2. Avec l'Empire byzantin — alors sous le règne de Nicéphore II Phocas (963-969), empereur militaire récemment couronné, dont les revendications historiques sur l'Italie du Sud (Pouilles, Calabre, Bénévent) étaient en conflit ouvert avec les ambitions ottoniennes en Italie.

  3. Avec Adalbert d'Ivrée — fils de Bérenger II, vaincu par Otton et réfugié dans les Apennins centraux, qui restait le prétendant légitimiste italien à la couronne d'Italie et au titre de roi d'Italie usurpé par Otton.[84][85]

L'objectif diplomatique est clair : forger une coalition anti-ottonienne capable d'expulser Otton d'Italie et de libérer la papauté de la tutelle impériale qu'elle venait elle-même d'accepter par le Privilegium Ottonianum. Stratégiquement, le plan n'était pas absurde : la coalition magyare-byzantine-adalbertine disposait, sur le papier, de forces militaires comparables à celles d'Otton.

Tactiquement, en revanche, l'exécution est désastreuse. Jean XII ne dispose ni des codes de chiffrement de la chancellerie carolingienne, ni d'un réseau de couriers fiables, ni d'une expérience diplomatique de longue distance. Ses légats sont interceptés par les agents d'Otton en Italie du Nord. La trahison est rapidement découverte.

L'interception des ambassadeurs et le retour d'Otton

Quand Otton apprend, à l'été 963, que ses ambassadeurs sont interceptés par le pape et que Adalbert a été autorisé à entrer dans Rome pour des négociations avec Jean XII, sa réaction est immédiate. Il lève le siège qu'il faisait à un château résistant dans le nord de l'Italie et marche sur Rome à la tête de son armée principale.[86]

À l'approche de Rome, Adalbert s'enfuit. Mais Jean XII, qui pensait pouvoir tenir la Cité Léonine (la zone fortifiée autour du Vatican), constate vite que la noblesse romaine — pourtant naturellement hostile aux Germains — préfère se rallier à Otton plutôt que de partager le sort d'un pape moralement discrédité. Selon une chronique citée par Wikipédia, « les partisans de l'empereur s'étaient retranchés dans Joannispolis [la Cité Léonine devenue impériale], tandis que Jean et ses partisans gardaient l'ancienne ville ». La position devient intenable.

La fuite à Tibur, puis en Campanie

Plutôt que d'affronter Otton dans Rome, Jean XII prend la fuite dans la première quinzaine d'août 963. Il emporte avec lui le trésor pontifical — détail rapporté à la fois par Liutprand et par les Annales allemandes — et se réfugie d'abord à Tibur (Tivoli, à 30 km à l'est de Rome), puis dans les régions montagneuses de Campanie, sous la protection des chefs locaux lombards alliés à Adalbert.[87][88][89]

L'emport du trésor pontifical — ornements liturgiques, reliques, vases sacrés, monnaies, archives — est un acte canoniquement grave mais politiquement compréhensible : le pape sait qu'Otton va convoquer un synode pour le déposer, et il conserve les moyens matériels de maintenir sa juridiction pendant son absence forcée. Les documents emportés permettront, en février 964, à la fois le contre-synode et la continuité administrative du pontificat pendant son retour.

Le synode de Saint-Pierre (6 novembre — 4 décembre 963)

Convocation impériale et structure du synode

Otton Iᵉʳ, entré à Rome à la mi-octobre 963, convoque alors un grand synode à la basilique Saint-Pierre du Vatican — la même basilique où, vingt mois plus tôt, il avait reçu de Jean XII la couronne impériale. Le synode s'ouvre le 6 novembre 963 et tient ses dernières sessions le 4 décembre 963 — soit vingt-huit jours de procédure.[90][91][92]

L'assemblée est exceptionnellement nombreuse pour l'époque : selon les listes synodales, environ trente évêques et archevêques d'Italie, trois prélats de Germanie et de Francie occidentale, treize cardinaux-prêtres et plusieurs cardinaux-diacres, soit un total estimé à environ cinquante participants ecclésiastiques, encadrés par l'empereur et sa suite militaire.[93][94] Le rapporteur principal des débats est Liutprand de Crémone, alors évêque de Crémone (depuis 961) et chroniqueur partisan d'Otton — source essentielle mais engagée —, qui rédigera dans les mois qui suivent son Historia Ottonis (De rebus gestis Ottonis) — seul récit suivi des événements qui nous est parvenu.[95][96]

L'acte d'accusation — un catalogue sans précédent

Les charges portées contre Jean XII sont lues en synode à partir d'un dossier préparé par les partisans romains d'Otton. Selon le texte transmis par Liutprand de Crémone et confirmé par toutes les sources médiévales ultérieures, l'acte d'accusation comprend les chefs suivants :

CatégorieCharges détaillées
Sacrilèges liturgiquesOrdination d'un diacre dans une étable ; célébration de messe sans communion ; consécration d'un enfant de dix ans comme évêque de Todi ; conversion du palais du Latran en bordel
SimonieVente d'ordinations épiscopales contre paiement ; trafic systématique des charges ecclésiastiques
Crimes de sangAveuglement de son confesseur Benoît (lequel en serait mort) ; assassinat du cardinal sous-diacre Jean après castration ; mutilations injustes d'opposants politiques
Vie laïque scandaleuseChasse publique en armes ; port de cuirasse et casque ; entraînement à la guerre ; incendies volontaires
Adultères et incesteFornication avec la veuve de Rainier, avec Stéphanie concubine de son père, avec la veuve Anna, et avec sa propre nièce
Sacrilèges païensToast au Diable avec du vin lors des jeux ; invocation de Jupiter, Vénus et autres démons lors des dés ; négligence des Matines aux heures canoniques ; refus de faire le signe de croix

« Jean fut accusé de sacrilège, simonie, parjure, meurtre, adultère et inceste. » — Johann Peter Kirsch, « Pope John XII », Catholic Encyclopedia, vol. VIII, 1910[97]

L'acte d'accusation est, dans l'histoire des procès ecclésiastiques médiévaux, sans équivalent. Aucun autre pape, aucun autre évêque n'a jamais été visé par un catalogue de cette ampleur. Les historiens modernes — Mann, Kelly, Brook — soulignent unanimement deux points :

  1. L'ampleur même du catalogue suggère que les rédacteurs ont systématiquement compilé toutes les rumeurs disponibles, sans tri critique — ce qui jette une suspicion globale sur la véridicité historique du procès.

  2. Mais plusieurs charges sont trop circonstanciées pour avoir été inventées de toutes pièces : la consécration de l'enfant-évêque de Todi, l'aveuglement du confesseur Benoît, l'ordination dans l'étable sont attestées par des témoins nommément cités et corroborées par d'autres sources contemporaines.[98]

Les témoins cardinalices

Plusieurs cardinaux romains apparaissent comme témoins de première main lors du synode :

  • Jean évêque de Narni (Narnia), témoin principal, déclare avoir personnellement vu Jean XII « ordonner un diacre dans une étable ».[99]
  • Un cardinal-prêtre non nommé (parfois identifié à un certain Pierre) témoigne avoir vu Jean XII « célébrer la messe sans communier ».[100]
  • Plusieurs cardinaux-diacres corroborent les charges de simonie et confirment avoir assisté aux séances de jeux où le pape invoquait les dieux païens.

Le témoignage cardinalice — venant des collaborateurs immédiats du pape, et non de chroniqueurs hostiles — constitue, du point de vue procédural, l'élément le plus probant du dossier. Si toutes les charges littéraires de Liutprand peuvent être suspectées de parti pris politique, les dépositions des cardinaux jurés sont, canoniquement, les éléments les plus difficiles à écarter.

La sommation refusée et la menace d'excommunication

Conformément à un simulacre de procédure canonique, le synode somme Jean XII de comparaître pour répondre aux accusations. Deux convocations sont effectivement adressées au pape en fuite (au moins selon les acta synodaux) : la première au début du synode (autour du 6-10 novembre), la seconde le 22 novembre 963. Le pape, alors réfugié dans les montagnes de Campanie où il chassait selon les sources, refuse de répondre.[101][102]

Dans une réponse écrite — transmise au synode mais dont le texte exact n'a pas été conservé —, Jean XII menace d'excommunier « quiconque tenterait de l'élever un nouveau pape de son vivant ». La menace canonique est, formellement, fondée : un pape légitime régnant a le pouvoir d'excommunier, et l'élection d'un anti-pape de son vivant est, à toute époque, un acte schismatique.[103]

La déposition formelle du 4 décembre 963

Le 4 décembre 963, après quatre semaines de procédure, l'empereur Otton clôt formellement le synode par la formule rapportée par Liutprand : « Que le saint Synode prononce maintenant ce qu'il décide en cette affaire. » Le synode répond, selon les acta : « Nous supplions donc Votre Majesté Impériale de chasser de la Sainte Église Romaine ce monstre, irrécupérable dans ses vices. »[104][105]

Jean XII est alors déclaré déposé par contumace pour « crime et trahison ». Le synode procède immédiatement à l'élection d'un successeur : il s'agit de Léon, jusque-là protoscriniarius de la chancellerie pontificale — c'est-à-dire un haut fonctionnaire laïc de la curie, qui n'a reçu aucun ordre sacré. Élu le 4 décembre, Léon reçoit en deux jours, à un rythme vertigineusement accéléré, tous les ordres mineurs et majeurs (acolyte, sous-diacre, diacre, prêtre), puis la consécration épiscopale comme évêque de Rome le 6 décembre 963 des mains de Sicon, évêque d'Ostie, et prend le nom de Léon VIII.[106][107][108]

« Le synode déposa Jean le 4 décembre, et élut pour le remplacer le protoscriniarius Léon, encore laïc. » — Johann Peter Kirsch, « Pope John XII », Catholic Encyclopedia, vol. VIII, 1910[109]

L'élévation de Léon VIII souffre de trois défauts canoniques simultanés et flagrants :

  1. Elle a lieu du vivant du pape légitime, en violation du décret de Symmaque de 499.
  2. Le candidat est un laïc ordonné en deux jours (4-6 décembre), violation des canons sur les interstitia (les délais obligatoires que l'Église impose entre chaque ordination reçue l'une après l'autre) déjà fixés par les conciles antérieurs.[110][111]
  3. Le synode qui l'élit est convoqué par un prince laïc sans précédent canonique.

Selon l'hypothèse de travail retenue ici — la tradition catholique, de Gratien (XIIᵉ siècle) aux canonistes du Concile de Trente, n'aurait pas reconnu la validité de cette élection, sans que les passages aient été localisés à la page près en séance —, et dans la lecture de Kelly, l'élection de Léon VIII par un synode convoqué sans le pape est tenue pour nulle : Léon VIII est tenu pour antipape du 6 décembre 963 au 26 février 964, puis pour pontife légitime après la déposition de Benoît V le 23 juin 964 — Kelly, en position minoritaire, prolongeant le statut d'antipape jusqu'en mai 964 (voir la section « La validité canonique du pontificat »).[112][113][114]

Le retour, le contre-synode et la vengeance (février 964)

La fuite de Léon VIII et le retour de Jean XII

Le 23 décembre 963, Otton Iᵉʳ quitte Rome pour reprendre ses campagnes militaires en Italie du Nord, laissant Léon VIII seul dans la Ville Éternelle, sans soutien militaire suffisant. Dès le 3 janvier 964, une émeute populaire romaine, fomentée par les partisans du pape exilé, tente d'expulser Léon VIII — qui s'en sort de justesse par l'intervention des troupes ottoniennes restantes.[115][116]

Apprenant la fragilité de la position de son rival, Jean XII regagne Rome en février 964, à la tête d'une importante troupe de partisans et de mercenaires lombards. Léon VIII, incapable de résister, s'enfuit auprès d'Otton Iᵉʳ en Italie du Nord pour y chercher refuge. Jean XII rentre dans son palais du Latran et reprend possession de toutes les basiliques romaines.

Le contre-synode du 26 février 964

Une semaine après son retour, Jean XII convoque son propre synode à la basilique Saint-Pierre — la troisième assemblée à se tenir en quatorze mois dans cette basilique sur le même problème —, et le réunit le 26 février 964. Le synode, composé exclusivement des partisans romains du pape, annule formellement tous les décrets du synode impérial du 6 novembre — 4 décembre 963.[117][118]

Les actes du contre-synode sont sans ambiguïté :

  • Déclaration de nullité du synode de 963 — motivée par le défaut de convocation pontificale, la convocation par un prince laïc, et l'absence du pape légitime.
  • Annulation de la déposition formelle du 4 décembre 963.
  • Annulation de l'élection de Léon VIII comme antipape.
  • Excommunication de Léon VIII et de tous les participants au synode du 6 novembre 963.
  • Réaffirmation de la pleine juridiction de Jean XII sur le Siège apostolique et sur la chrétienté universelle.

Du point de vue canonique strict, le contre-synode du 26 février 964 est plus régulier que le synode impérial de novembre 963 : il est convoqué par le pape légitime, en session normale à Saint-Pierre, et son objet — annulation d'un acte canoniquement irrégulier — relève des prérogatives ordinaires du pontife romain. La tradition catholique majoritaire considère donc les décrets du contre-synode comme valides, ce qui confirme la nullité rétrospective de la déposition de novembre 963.[119]

Les mutilations spectaculaires

Au-delà des actes purement juridiques, le contre-synode est l'occasion de vengeances spectaculaires, dans la tradition de la politique italienne du Xᵉ siècle où les mutilations rituelles servaient à marquer publiquement la honte des vaincus. Le détail suit ici le récit de Kirsch (voir la note exacte ci-dessous) ; les traditions narratives divergent sur les victimes et les supplices — ainsi le Cambridge Medieval History rapporte la mutilation des légats Jean et Azo pour faux présumé — et la matière reste à recouper entre sources[120] :

  • Le cardinal-diacre Jean — qui avait été parmi les témoins à charge au synode de novembre — voit sa main droite tranchée ;
  • L'évêque Otgar de Spire — partisan ottonien — est publiquement flagellé ;
  • Un haut fonctionnaire du Palais du Latran — accusé de collaboration avec Léon VIII — voit son nez et ses oreilles coupés.[121]

Les châtiments — empruntés au droit pénal byzantin alors en vigueur dans l'Italie du Sud — sont canoniquement aberrants : un pape, ministre du sacrement de réconciliation, n'a aucune compétence pour ordonner des mutilations corporelles, et les lois ecclésiastiques de toutes les époques condamnent ces pratiques. Sur ce point précis, les chroniques d'Otton sont confirmées par les sources romaines elles-mêmes : Jean XII a bien, en février 964, fait mutiler plusieurs personnes — acte sacrilège en soi pour un évêque romain, et scandale public qui ne pouvait que renforcer la position d'Otton dès qu'il reviendrait à Rome.

Une situation canoniquement inédite

Le printemps 964 voit donc Rome dans une situation institutionnellement aberrante : deux papes revendiquant simultanément la juridiction sur le Siège romain, chacun ayant excommunié l'autre, chacun appuyé sur un synode déclaré canonique par ses partisans. Pour la chrétienté latine dans son ensemble, la question de savoir qui est le vrai pape devient brûlante.

La majorité des évêques d'Europe occidentale — Italie, Germanie, Francie — continue à reconnaître Jean XII, faute d'alternative claire et par respect pour le siège romain. Le roi de France Lothaire (954-986), l'impératrice byzantine régente Théophano (épouse de Romain II, en attendant la majorité de Basile II), et l'Église anglo-saxonne (sous saint Dunstan) maintiennent leur communion avec Jean XII. Léon VIII, sans soutien autre qu'Otton, demeure à leurs yeux un antipape du parti impérial (statut débattu, voir la section « La validité canonique du pontificat »).

La mort scandaleuse (14 mai 964)

Les deux versions de Liutprand

Onze semaines après son retour triomphal, le 14 mai 964, Jean XII meurt brutalement au Latran, à environ vingt-sept ans — sous l'hypothèse d'une naissance en 937 ; trente-trois à trente-quatre ans s'il est né en 930. Les circonstances sont restées célèbres dans toute la littérature anticatholique depuis le Xᵉ siècle, car Liutprand de Crémone — seule source primaire, mais chroniqueur partisan d'Otton écrivant pour justifier la déposition de 963 — propose deux versions parallèles, toutes deux scandaleuses, sans privilégier explicitement l'une d'elles :[122][123][124]

« Jean mourut le 14 mai 964, huit jours après avoir été, selon la rumeur, frappé d'apoplexie en plein adultère. » — Johann Peter Kirsch, « Pope John XII », Catholic Encyclopedia, vol. VIII, 1910[125]

Version 1 : Apoplexie (accident vasculaire cérébral) survenue alors que le pape se livrait à un adultère dans une maison de Rome.

Version 2 : Assassinat par un mari outragé — le mari de la femme avec laquelle Jean XII se trouvait, l'ayant surpris en flagrant délit, l'aurait frappé à mort (selon une gravure satirique allemande postérieure, « le mari outragé défenestre Jean après que celui-ci eut couché avec sa femme » ; Liutprand évoque pour sa part un coup porté à la tempe, attribué au diable dans son récit).

Aucune des deux versions n'est historiquement vérifiable. Toutes deux reposent sur l'unique témoignage de Liutprand de Crémone, partisan déclaré d'Otton et destiné à justifier rétrospectivement la déposition de novembre 963. Mais aucune autre source contemporaine — ni les Annales allemandes, ni Flodoard de Reims, ni les chroniques byzantines — ne conteste la version du scandale moral. L'historiographie moderne admet en général que Jean XII est mort dans un contexte de débauche, sans pouvoir préciser laquelle des deux variantes est exacte.

La sépulture au Latran

Selon la tradition romaine majoritaire, Jean XII est enseveli dans la basilique du Latran — son palais de captivité de novembre 963 et de vengeance de février 964. La brièveté des sources sur la cérémonie funéraire reflète la désorganisation de la curie : aucun éloge funèbre officiel ne nous est parvenu, aucune inscription tombale n'a été conservée, et l'emplacement exact de la sépulture n'est plus identifiable aujourd'hui dans la basilique reconstruite à plusieurs reprises depuis.

La succession contestée : Benoît V (mai-juin 964)

Le 22 mai 964, huit jours après la mort de Jean XII, le clergé et le peuple romains élisent un nouveau pape : Benoît V, cardinal-diacre romain, homme de vie irréprochable dont les chroniques unanimes vantent la culture et la piété. L'élection est, canoniquement, parfaitement régulière — Jean XII est mort, le siège est vacant, le clergé romain procède selon la forme traditionnelle. Léon VIII, retiré chez Otton, n'est plus reconnu par personne à Rome.[126][127]

Mais Otton Iᵉʳ refuse de reconnaître Benoît V. Le 23 juin 964 — quatre semaines après son élection — l'empereur rentre à Rome, dépose Benoît V par un nouveau synode arrangé, et rétablit Léon VIII sur le siège. Benoît V est exilé à Hambourg, en Saxe, où il mourra deux ans plus tard (4 juillet 966) sans avoir jamais renoncé à sa qualité pontificale. Kelly (Oxford Dictionary of Popes), en position minoritaire, tient Benoît V pour pape légitime de mai à juin 964 et prolonge le statut d'antipape de Léon VIII jusqu'à la mort de Jean XII ; les listes officielles (Annuario Pontificio) retiennent au contraire Léon VIII comme pontife légitime après la déposition de Benoît V le 23 juin 964 (voir la section « La validité canonique du pontificat »).[128][129]

La validité canonique du pontificat — une question débattue

La position officielle du Saint-Siège

Malgré l'indignité morale patente du pontife et malgré la violence des accusations portées contre lui en 963, le Saint-Siège, dans ses listes officielles des successeurs de Pierre — telles qu'elles figurent dans l'Annuario Pontificio et sur le site vatican.va —, maintient Jean XII comme pape légitime de l'Église catholique (130ᵉ au décompte de la succession officielle), régnant de décembre 955 à mai 964 sans interruption.[130] La conséquence canonique est triple :

  1. Son élection du 16 décembre 955 est reconnue valide, malgré le serment dynastique de 954.
  2. Sa consécration épiscopale est reconnue valide, lui conférant définitivement la potestas ordinis.
  3. La déposition synodale du 4 décembre 963 est considérée nulle ; Léon VIII, élu le 4 décembre et consacré le 6 décembre 963, est tenu pour antipape du 6 décembre 963 au 26 février 964 (contre-synode de Jean XII annulant les actes du synode impérial), puis, après la mort de Jean XII (14 mai 964), l'élection de Benoît V (22 mai 964) et la déposition de Benoît V le 23 juin 964, pour pontife légitime.[131][132]

Le statut respectif de Léon VIII et de Benoît V doit être daté avec prudence : les listes officielles en ligne signalent l'incertitude de cette période — incertitude qui a conduit à ne plus attribuer de numérotation suivie — et envisagent Benoît V comme antipape dans l'hypothèse où Léon VIII aurait été pape légitime.[133] Kelly (Oxford Dictionary of Popes), en position minoritaire, tient au contraire Léon VIII pour antipape jusqu'en mai 964 et reconnaît Benoît V comme pape légitime de mai à juin 964.[134] Les qualifications d'« antipape » et de « pape légitime » employées dans cet article pour la période 963-964 suivent donc les listes officielles, la lecture de Kelly étant signalée comme minoritaire.

Cette position n'a jamais été formellement contestée par aucun magistère pontifical ultérieur, alors qu'il aurait été ecclésiastiquement plus commode de désavouer rétroactivement Jean XII et de transférer la légitimité à Léon VIII dès décembre 963. Le maintien de Jean XII témoigne, dans l'historiographie catholique, du principe fondamental selon lequel la succession apostolique ne peut être réécrite par les générations postérieures, et selon lequel l'indignité morale d'un pontife — quelle que soit son ampleur — n'affecte ni la validité de son élection régulièrement conduite, ni la validité de ses actes sacramentaires.

Le principe sacramentaire augustinien

Le fondement théologique de cette position est le principe sacramentaire augustinien — élaboré par saint Augustin dans son De baptismo contra donatistas au début du Vᵉ siècle contre les donatistes : la validité du sacrement ne dépend pas de la dignité personnelle du ministre (paraphrase de la doctrine, non citation littérale).[135]

Ce principe — formulé contre les donatistes africains qui exigeaient la réordination des clercs traditeurs — fournit la clé théologique pour comprendre comment l'Église a pu survivre au pontificat de Jean XII. La validité des ordinations, des consécrations épiscopales et des actes magistériels signés par Jean XII pendant ses huit ans de pontificat ne dépend pas de la vertu personnelle du pape, mais de la réalité institutionnelle de l'Église qui agit à travers lui, par le Christ même, qui est le véritable ministre de tous les sacrements.

Sans ce principe, l'Église entière s'effondrerait sous la contagion rétroactive : si les actes de Jean XII étaient nuls, alors les évêques qu'il a ordonnés seraient invalides, et toute la succession apostolique européenne du XIᵉ siècle qui en a découlé serait compromise. Le principe augustinien sauvegarde la stabilité sacramentaire de l'Église contre les catastrophes morales que l'histoire impose à son sommet.

Le principe ecclésiologique : « prima sedes a nemine iudicatur »

Du côté de la discipline ecclésiale, le principe correspondant est celui de l'immunité juridictionnelle du Siège romain : « prima sedes a nemine iudicatur » — le premier siège n'est jugé par personne. Maxime ancienne, rattachée par les historiens au milieu des apocryphes symmachiens du début du VIᵉ siècle, passée dans le droit canonique médiéval puis reprise au canon 1556 du Codex Iuris Canonici de 1917 et au canon 1404 du Codex Iuris Canonici de 1983 (« Prima Sedes a nemine iudicatur »). Elle interdit à toute autorité humaine — concile particulier, synode national, prince temporel — de juger le pape régnant.[136]

L'application à Jean XII est immédiate : le synode impérial convoqué par Otton Iᵉʳ en novembre 963 a, par sa nature même (assemblée convoquée par un prince laïc, hors présence du pape, en l'absence d'un consentement pontifical au jugement) violé la règle canonique fondamentale. Sa sentence est, en conséquence, canoniquement nulle, indépendamment du fond des accusations.

La tradition catholique a, depuis lors, rigoureusement maintenu ce principe — y compris dans des cas où l'utilité ecclésiale aurait paru commander une déposition synodale. Lors du grand schisme d'Occident (1378-1417), le concile de Constance (1414-1418) mit fin à la crise autrement que par un jugement unilatéral simple : il déposa Jean XXIII après sa fuite de Constance, reçut la résignation de Grégoire XII par l'entremise de son procureur, puis déposa Benoît XIII déclaré contumace, avant de faire élire Martin V.

Réinterprétations historiographiques

Liutprand de Crémone : un témoin engagé

Liutprand de Crémone (vers 920-972), seule source narrative continue sur le pontificat de Jean XII et sur le synode de 963, est tout sauf un chroniqueur neutre. Évêque de Crémone à partir de 961 par nomination personnelle d'Otton Iᵉʳ, il est l'un des principaux propagandistes politiques de l'empereur, l'auteur officieux de la légitimation impériale de la dynastie ottonienne, et le rapporteur engagé du synode de novembre 963 — auquel il a personnellement assisté.[137][138]

Son Historia Ottonis sive De rebus gestis Ottonis — composée immédiatement après le synode pour en justifier la procédure — est explicitement présentée par lui comme « un éloge de mon souverain Otton, couvrant uniquement les années 960 à 964, écrit comme partisan de l'empereur ». Aucune prétention à la neutralité n'est revendiquée par l'auteur lui-même. Tout le dispositif rhétorique de l'œuvre vise à noircir la mémoire de Jean XII pour glorifier l'intervention d'Otton.

L'historiographie catholique moderne — depuis Mann (1910) jusqu'aux synthèses contemporaines (Kelly, Brook) — admet de plus en plus que plusieurs charges portées par Liutprand sont probablement exagérées, voire inventées : la conversion du Latran en bordel, les invocations de Jupiter aux dés, le toast au diable relèvent de la rhétorique anti-papale classique du Xᵉ siècle germanique — où caricaturer le pape comme un païen scandaleux justifiait l'intervention impériale dans la chrétienté latine.

« Les écrits de Liutprand sont une source historique très importante pour le Xᵉ siècle ; il est toujours un partisan déterminé et est fréquemment injuste envers ses adversaires. » — « Liudprand of Cremona », Wikipedia, synthèse des biographes modernes[139]

Le scandale réel : ce qui résiste à la critique

Pour autant, la critique sourcée de Liutprand ne réduit pas l'ensemble du dossier à un pur produit de la propagande ottonienne. Plusieurs éléments résistent à l'examen historique et constituent le noyau dur des reproches canoniquement fondés que la tradition catholique a, depuis le Xᵉ siècle, reconnu comme factuellement avérés :

  1. La désorganisation administrative du Latran sous Jean XII — que suggèrent les récits contemporains, sans qu'aucune anomalie de formulaire à cote page-exacte vérifiée soit alléguée ici.
  2. La consécration d'un enfant de dix ans comme évêque de Todi — fait trop circonstancié pour être inventé et probablement véridique.
  3. Les mutilations ordonnées au contre-synode du 26 février 964 — attestées par des sources non liutprandiennes, notamment dans la chronique de Benoît du Soracte et dans les Annales allemandes.
  4. La désinvolture liturgique générale — au moins certaines négligences habituelles (Matines, signe de croix) sont plausiblement avérées par les témoignages cardinalices.
  5. La vie laïque générale — chasse en armes, port de la cuirasse, train de souverain temporel — qui est conforme à la culture politique du Princeps Romanorum dont Jean XII était issu et qu'il avait conservée intacte après son élévation.

Sur ces points, la critique historique moderne converge avec la tradition catholique : Jean XII fut effectivement un pape moralement indigne, dans une mesure considérable mais peut-être exagérée par Liutprand pour les besoins de la cause impériale.

Le scandale et la résilience institutionnelle

L'historien des papes Horace K. Mann, dans ses Lives of the Popes in the Early Middle Ages (vol. IV, 1910) — paraphrasé ici, la page exacte du passage dans l'édition Kegan Paul n'ayant pu être établie en séance —, porte sur Jean XII un jugement moral sans appel : il fut, moralement, tout l'inverse de ce qu'un pape doit être, sans que la légitimité canonique du pontificat soit contestée.[140]

L'historien Ferdinand Gregorovius, dans son Histoire de la ville de Rome au Moyen Âge (vol. III) — paraphrasé ici, la page exacte dans l'édition allemande (Stuttgart, J. G. Cotta, 1869) et la source de la traduction française n'ayant pu être établies en séance —, se montre plus indulgent : il y voit le conflit inégal entre les deux natures d'Octavien et de Jean XII, un jeune homme élevé trop tôt à une charge qui l'a dépassé.[141]

Mais ce que toute l'historiographie catholique retient également, c'est la résilience institutionnelle de l'Église. Pendant les huit années du pontificat scandaleux :

  • Aucune doctrine fausse n'est promulguée par Jean XII.
  • Aucun acte sacramentaire invalide n'est imposé à la chrétienté.
  • Aucune bulle dogmatique n'engage la foi catholique sur un terrain hérétique.
  • L'administration courante — privilèges monastiques, confirmations épiscopales, pallia archiépiscopaux — continue à fonctionner canoniquement.
  • La succession apostolique n'est jamais interrompue, et les évêques ordonnés par Jean XII transmettent valablement la succession épiscopale aux générations suivantes.

C'est cette dissociation structurelle entre l'indignité personnelle du pontife et la validité institutionnelle des actes ecclésiaux qui constitue, pour la tradition catholique, la preuve la plus forte que l'Église est, en dernière analyse, bâtie sur le Christ et non sur la vertu humaine de ses ministres.

Une chronologie du pontificat

  1. 930 ou 937
    Naissance d'Octavien
    Rome

    Octavien naît à Rome, fils d'Albéric II de Spolète, Princeps Romanorum, et peut-être d'Alda de Vienne (identification incertaine). Petit-fils de Marozia, neveu du pape Jean XI.

  2. Vers 950-953
    Cardinal-diacre de Santa Maria in Domnica
    Carrière ecclésiastique romaine

    Octavien, vers 13-16 ans, est promu cardinal-diacre du titulus de Santa Maria in Domnica sur le Cælius, en violation manifeste de l'âge canonique.

  3. Été 954
    Serment d'Albéric II à Saint-Pierre
    Désignation dynastique de l'héritier

    Mourant, Albéric II fait jurer à la noblesse romaine d'élire son fils Octavien à la prochaine vacance — serment contraire aux règles électorales (interprétation a fortiori du décret de Symmaque de 499, qui vise les clercs).

  4. Été 954
    Mort d'Albéric II
    Octavien devient prince temporel de Rome

    Albéric II meurt à l'été 954 (le jour précis du 31 août donné par certaines notices n'a pu être rattaché à une source primaire) ; Octavien hérite, à 17 ans environ (si né en 937), du titre de Princeps Romanorum et de l'autorité civile sur la ville.

  5. Décembre 955 (jour discuté)
    Mort du pape Agapet II
    Vacance du Siège romain

    Le pape Agapet II, dernier des quatre pontifes choisis par Albéric II avant Octavien, meurt à Rome en décembre 955 (jour exact discuté) après neuf ans de pontificat.

  6. 16 décembre 955
    Élection de Jean XII
    Octavien pape à 18 ans (si né en 937)

    Octavien est élu pape selon les termes du serment dynastique de 954 ; il prend le nom de Jean XII, deuxième cas certain de changement de nom à l'élévation.

  7. 958
    Privilège à l'abbaye de Subiaco
    Continuité bénédictine

    Jean XII confirme l'exemption canonique de Subiaco, l'un des plus anciens monastères d'Italie, dans la lignée des privilèges monastiques romains.

  8. 960
    Confirmation de saint Dunstan à Canterbury
    Pallium archiépiscopal

    Saint Dunstan, futur réformateur bénédictin anglais, reçoit personnellement le pallium des mains de Jean XII à Rome.

  9. Automne 960
    Appel à Otton Iᵉʳ de Germanie
    Face à la menace de Bérenger II

    Bérenger II d'Ivrée et son fils Adalbert envahissent les États pontificaux ; Jean XII envoie des légats en Saxe demander aide à Otton.

  10. 31 janvier 962
    Otton Iᵉʳ entre à Rome
    Serment mutuel sur la tombe de saint Pierre

    Les deux souverains se prêtent serment de fidélité réciproque devant le tombeau du prince des apôtres.

  11. 2 février 962
    Couronnement impérial d'Otton Iᵉʳ
    Restauration du Saint-Empire

    Jean XII couronne empereur Otton Iᵉʳ à Saint-Pierre, restaurant la dignité impériale d'Occident vacante depuis 924.

  12. 12 février 962
    Synode de Rome : accord pour Magdebourg
    Évangélisation des Slaves

    Jean XII sanctionne le projet ottonien de Magdebourg ; l'érection effective n'aura lieu qu'en 968 sous Jean XIII (synode de Ravenne, suffragants consacrés à Noël 968).

  13. 13 février 962
    *Privilegium Ottonianum*
    Qualifié ici de premier concordat médiéval

    Confirmation impériale des États pontificaux, droit de regard impérial sur les futures élections pontificales.

  14. 14 février 962
    Otton quitte Rome
    Retour aux campagnes lombardes

    L'empereur s'éloigne ; Jean XII commence ses négociations secrètes anti-ottoniennes.

  15. Printemps-été 963
    Conspirations avec Magyars, Byzance, Adalbert
    Coalition anti-ottonienne

    Le pape envoie des légats secrets aux Magyars, à Constantinople, et négocie le retour d'Adalbert d'Ivrée.

  16. Été-automne 963
    Otton intercepte les légats
    Découverte de la trahison

    L'empereur capture les ambassadeurs pontificaux, lit les correspondances, et marche sur Rome.

  17. Première quinzaine d'août 963
    Fuite de Jean XII de Rome
    Tibur puis Campanie

    Le pape s'enfuit avec le trésor pontifical vers Tivoli puis vers les montagnes de Campanie sous protection lombarde.

  18. 6 novembre 963
    Ouverture du synode impérial de Saint-Pierre
    ~50 participants convoqués par Otton

    Le synode impérial s'ouvre à la basilique Saint-Pierre, rapporté par Liutprand de Crémone, témoin direct et chroniqueur d'Otton.

  19. 22 novembre 963
    Deuxième sommation refusée
    Jean XII menace d'excommunication

    Le pape, en Campanie, refuse de comparaître et menace d'excommunier quiconque tenterait son remplacement.

  20. 4 décembre 963
    Déposition formelle de Jean XII
    Élection de Léon VIII, laïc

    Le synode prononce la déposition par contumace et élit le protoscriniarius Léon, ordonné en deux jours (4-6 décembre).

  21. 23 décembre 963
    Otton quitte Rome
    Léon VIII seul

    L'empereur retourne à ses campagnes militaires, laissant l'antipape Léon VIII sans soutien militaire suffisant.

  22. 3 janvier 964
    Émeute populaire pro-Jean XII
    Léon VIII en difficulté

    Une émeute romaine tente d'expulser Léon VIII ; il survit grâce aux troupes ottoniennes restantes.

  23. Février 964
    Retour triomphal de Jean XII
    Léon VIII s'enfuit

    Le pape légitime regagne Rome ; l'antipape s'enfuit vers Otton en Italie du Nord.

  24. 26 février 964
    Contre-synode de Saint-Pierre
    Annulation des décrets impériaux

    Jean XII tient son propre synode et annule la déposition de novembre 963, excommunie Léon VIII et ses partisans.

  25. Printemps 964
    Mutilations spectaculaires
    Vengeance sur les opposants

    Le cardinal-diacre Jean est amputé de la main droite, l'évêque Otgar de Spire flagellé, un haut fonctionnaire perd nez et oreilles.

  26. 14 mai 964
    Mort scandaleuse de Jean XII
    Latran, environ 27 ans (si né en 937)

    Liutprand, chroniqueur partisan d'Otton, donne deux versions : apoplexie en plein adultère, ou meurtre par un mari outragé.

  27. 22 mai 964
    Élection de Benoît V
    Pape régulier non reconnu par Otton

    Le clergé et le peuple romains élisent canoniquement Benoît V ; Léon VIII reste auprès d'Otton.

  28. 23 juin 964
    Otton dépose Benoît V
    Léon VIII rétabli, Benoît V exilé à Hambourg

    L'empereur revient à Rome, dépose Benoît V, rétablit Léon VIII. Benoît V meurt en exil le 4 juillet 966.

Le clan Théophylacte au sommet et son effondrement

Pour mesurer la fin de l'emprise dynastique que le clan Théophylacte avait exercée sur le Siège apostolique pendant soixante ans, le tableau suivant retient les seuls liens documentés dans cet article (Sergius III, Marozia, Jean XI, Albéric II, Jean XII) ; les rattachements des pontifes intermédiaires (Jean X, Léon VI, Étienne VII, Léon VII, Étienne VIII, Marin II, Agapet II) ne sont pas établis à la page près dans cet article et sont regroupés comme synthèse à recouper[142] :

PapePontificatLien avec le clan ThéophylacteMode d'accession
Sergius III904 – 911Amant présumé de Marozia, père présumé de Jean XI (selon Liutprand)Élection sous protection théophylacte
Jean XImars 931 – janvier 936Fils de Marozia, demi-frère d'Albéric IIÉlu sous l'autorité de Marozia
Jean XIIdécembre 955 – mai 964Fils d'Albéric II et neveu de Jean XIÉlu sur serment dynastique imposé par Albéric II
Pontifes intermédiaires (Jean X, Léon VI, Étienne VII, Léon VII, Étienne VIII, Marin II, Agapet II)914 – 955Emprise théophylacte alléguée par les notices, rattachement individuel non établi à la page près iciSynthèse à recouper
Benoît Vmai-juin 964Aucun lien clanique ; élu par le clergé romain après la mort de Jean XIIÉlection cléricale (la qualification de « première élection libre depuis 904 » est retirée faute de cote vérifiée)

La mort de Jean XII clôt soixante ans d'emprise quasi continue du clan Théophylacte sur le Siège apostolique. Sont retenus ici comme établis les liens directs : la filiation de Jean XI et de Jean XII, et l'union de Sergius III avec Marozia selon Liutprand ; l'extension chiffrée de l'emprise aux autres pontifes de la période reste une synthèse à recouper.

Aucune autre dynastie aristocratique de l'histoire romaine n'a, pendant une durée comparable, exercé une telle mainmise sur le Siège de Pierre. L'élection cléricale de Benoît V en mai 964 marque, juridiquement, la fin de cette ère — même si la réimposition de Léon VIII par Otton en juin 964 inaugure, dans la foulée, une nouvelle servitude : la servitude impériale germanique qui durera jusqu'à la réforme grégorienne du XIᵉ siècle.

L'héritage durable : trois millénaires d'écho

La doctrine de la dignité impériale médiévale

Le couronnement d'Otton Iᵉʳ par Jean XII le 2 février 962, suivi du Privilegium Ottonianum du 13 février, fonde dans la doctrine politique médiévale le principe constitutionnel selon lequel l'empereur reçoit sa couronne du pape. Ce principe sera maintenu, débattu, contesté, mais jamais explicitement renversé jusqu'à la réforme protestante du XVIᵉ siècle.

Tous les couronnements impériaux ultérieurs — Otton II en 967, Otton III en 996, Henri II en 1014, Conrad II en 1027, et ainsi de suite jusqu'à Charles Quint en 1530 — reprendront la procédure inaugurée par Jean XII : onction, remise du sceptre, acclamation par les évêques romains, serment sur la tombe de saint Pierre. La liturgie impériale se construit sur le précédent de 962.

Le précédent canonique douloureux : la déposition synodale

Le synode de 963 crée également un précédent canonique dont l'Église se passera difficilement : un synode de prince peut, dans certaines circonstances exceptionnelles, prétendre déposer un pape. Bien que la doctrine majoritaire refuse de reconnaître la validité de cette déposition, le précédent factuel servira, pendant six siècles, d'argument à tous les conciliaristes, gallicans et fébroniens désirant soumettre le pape à un tribunal ecclésiastique.

C'est ce précédent que le concile de Constance (1414-1418) réactive — avec succès partiel — pour résoudre le Grand Schisme d'Occident ; c'est lui que les gallicans français invoquent en 1682 et que les vieux-catholiques ressuscitent après Vatican I en 1870.[143]

La préparation paradoxale de la réforme grégorienne

Comme l'observe Mann avec une lucidité d'historien, le pontificat scandaleux de Jean XII provoque rapidement chez les esprits catholiques sérieux la conviction qu'il faut réformer en profondeur le mode de désignation pontificale et le rapport entre papauté et pouvoirs temporels. Le scandale lui-même devient un catalyseur de la réforme :

  1. Le scandale moral appelle à une réforme du clergé : c'est le mouvement clunisien qui se renforce.
  2. La manipulation aristocratique appelle à une liberté électorale : c'est le décret pontifical de Nicolas II (1059) qui transférera l'élection aux seuls cardinaux.
  3. La servitude impériale appelle à une libération de l'Église : c'est la réforme grégorienne sous saint Grégoire VII (1073-1085) qui renversera le Privilegium Ottonianum.

Cent quinze ans après la mort de Jean XII, l'hommage de Canossa (janvier 1077) — où l'empereur Henri IV s'agenouille dans la neige devant le pape Grégoire VII pour obtenir le pardon de l'excommunication — est, dans une perspective de longue durée, la réponse définitive au Privilegium Ottonianum que Jean XII avait signé en février 962. Le scandale du Xᵉ siècle prépare la libération du XIᵉ.

Sources et bibliographie principales

La documentation contemporaine sur Jean XII est plus abondante que pour les papes précédents du saeculum obscurum, en raison du rôle politique de premier plan que jouent Otton Iᵉʳ et son chroniqueur Liutprand de Crémone. Les sources primaires s'organisent en cinq corpus principaux :

  • Sources narratives contemporaines : Liutprand de Crémone, Historia Ottonis sive De rebus gestis Ottonis (vers 964-966), seule narration suivie du synode de novembre 963 et de la mort de Jean XII. Édition critique : Joseph Becker (éd.), Liudprandi Cremonensis Opera, Monumenta Germaniae Historica, Scriptores rerum Germanicarum in usum scholarum, vol. 41, Hanovre, Hahn, 1915 ; traduction anglaise : F. A. Wright, The Works of Liudprand of Cremona, Londres, Routledge, 1930[144]. Antapodosis du même Liutprand (vers 958-962), pour le contexte familial et le règne d'Albéric II. Annales Sangallenses Maiores et Annales Fuldenses, pour les répercussions germaniques. Hroswitha de Gandersheim, Gesta Ottonis (vers 967), poème épique en latin offert à Otton Iᵉʳ et célébrant son intervention romaine.

  • Liber Pontificalis : Liber Pontificalis, notice CXXX (Jean XII), édition critique Louis Duchesne, Le Liber Pontificalis : texte, introduction et commentaire, vol. II, Paris, Ernest Thorin, 1892, p. 246-247[145] ; notice très abrégée comme pour tous les papes du Xᵉ siècle, mais qui confirme la titulature, le pontificat, la sépulture au Latran et la durée précise du règne.

  • Regestes pontificaux : Philipp Jaffé, Regesta Pontificum Romanorum ab condita Ecclesia ad annum post Christum natum MCXCVIII, 2ᵉ éd. F. Kaltenbrunner, P. Ewald, S. Loewenfeld & W. Wattenbach, vol. I, Leipzig, Veit, 1885, n° 3676 sq. pour le pontificat de Jean XII — recensant le privilège à Subiaco (958), la confirmation de Dunstan (960), le synode de Magdebourg (12 février 962), le Privilegium Ottonianum (13 février 962), et les actes du contre-synode du 26 février 964[146].

  • Synthèses historiographiques classiques : Horace K. Mann, Lives of the Popes in the Early Middle Ages, vol. IV (The Popes in the Days of Feudal Anarchy, 891-999), Londres, Kegan Paul, 1910, p. 240-280 pour Jean XII[147] ; Ferdinand Gregorovius, Geschichte der Stadt Rom im Mittelalter, vol. III, Stuttgart, J. G. Cotta, 1869, p. 303-340[148] ; Erich Caspar, Geschichte des Papsttums von den Anfängen bis zur Höhe der Weltherrschaft, vol. II, Tübingen, J.C.B. Mohr, 1933 ; Johannes Haller, Das Papsttum : Idee und Wirklichkeit, vol. II, Stuttgart, 1939.

  • Synthèses contemporaines : J. N. D. Kelly et Michael J. Walsh, Oxford Dictionary of Popes, 2ᵉ éd., Oxford University Press, 2010, entrée « John XII »[149] ; Peter Llewellyn, Rome in the Dark Ages, Londres, Faber & Faber, 1971 ; Peter Partner, The Lands of St Peter, Berkeley, University of California Press, 1972.

  • Articles encyclopédiques de référence : Johann Peter Kirsch, « Pope John XII », Catholic Encyclopedia, vol. VIII, New York, Robert Appleton Company, 1910, en ligne sur New Advent[150] ; « John XII », Encyclopædia Britannica, 11ᵉ éd., Cambridge University Press, 1911 ; « Pope John XII », Wikipedia (version anglaise consultée le 4 juin 2026)[151] ; « Jean XII », Wikipedia (version française)[152].

Pour aller plus loin

  • Pape Jean XI (vers 910-936) — L'oncle de Jean XII, fils de Marozia, signataire du privilège fondateur de Cluny en 931 puis emprisonné par Albéric II en 932.
  • Albéric II de Spolète, Princeps Romanorum (vers 911-954) — Le père de Jean XII, geôlier de Jean XI et architecte de la dynastie pornocratique romaine.
  • Marozia, Senatrix et Patricia de Rome (vers 890-vers 937) — La grand-mère de Jean XII, figure centrale du clan Théophylacte au début du Xᵉ siècle.
  • Pape Sergius III (904-911) — Le premier des papes Théophylacti, possible père biologique de Jean XI selon Liutprand.
  • Pape Jean X (914-928) — Le pape déposé et assassiné par Marozia, oncle marital de Jean XII.
  • Pape Agapet II (946-955) — Le prédécesseur immédiat de Jean XII, dernier des quatre papes choisis par Albéric II avant son fils.
  • Pape Léon VIII (963-965) — L'élu du synode impérial de 963, antipape du 6 décembre 963 au 26 février 964 puis pontife légitime après la déposition de Benoît V le 23 juin 964 (Kelly, en position minoritaire, le tient pour antipape jusqu'en mai 964).
  • Pape Benoît V (mai-juin 964) — Élu à Rome après la mort de Jean XII, déposé par Otton Iᵉʳ le 23 juin 964 et exilé à Hambourg (statut débattu : voir la section « La validité canonique du pontificat »).
  • Le Privilegium Ottonianum (13 février 962) — L'accord du 13 février 962 entre Jean XII et Otton Iᵉʳ, qualifié dans le corps de premier concordat médiéval.
  • Le saeculum obscurum (904-964) — La période d'emprise aristocratique romaine sur la papauté dont Jean XII est le dernier représentant.
  • La réforme grégorienne (XIᵉ siècle) — Le grand mouvement de libération du Siège apostolique qui répondra historiquement au scandale de Jean XII et au précédent ottonien.
  • Pape saint Grégoire VII (1073-1085) — Le grand pape réformateur qui obtiendra l'hommage de Canossa contre l'héritier d'Otton Iᵉʳ.

Notes et références

  1. Liste officielle des papes, Saint-Siège (vatican.va), page « Jean XII » : https://www.vatican.va/content/vatican/fr/holy-father/giovanni-xii.html (consultée le 4 octobre 2026) — début du pontificat 16.XII.955, fin 14.V.964. Le Saint-Siège le maintient ainsi dans la succession officielle ; le rang de 130ᵉ résulte du décompte ordonné de cette succession (la page affiche les dates sans numéro d'ordre, et les listes secondaires divergent entre 130 et 131 selon le traitement des cas limites). Aucun désaveu n'a été émis par les magistères postérieurs sur la légitimité de cette élection.

    1 18 32 113 130 131
  2. Johann Peter Kirsch, « Pope John XII », Catholic Encyclopedia, vol. VIII, New York, Robert Appleton Company, 1910, en ligne sur New Advent : https://www.newadvent.org/cathen/08426b.htm (consulté le 4 juin 2026). Article de référence pour la chronologie complète du pontificat. Kirsch suit étroitement Liutprand et Mann ; reconnaît le scandale moral tout en maintenant la légitimité canonique. Largement repris dans toutes les notices encyclopédiques catholiques ultérieures jusqu'à la New Catholic Encyclopedia (1967, rééd. 2003).

    2 8 12 25 28 35 43 49 68 71 77 85 88 116 118 127
  3. Johann Peter Kirsch, « Pope John XII », Catholic Encyclopedia, vol. VIII, Robert Appleton Company, 1910. Textes originaux cités : « Octavius, then eighteen years of age, was actually chosen his successor on 16 December, 955. » / « Adopting the name John XII, he was, owing to his civil and ecclesiastical functions, both the temporal and spiritual ruler of Rome. The result was disastrous : unworthy of so exalted a position, John XII led a worldly life, and was given over to all kinds of immoralities. » / « Before his death he administered an oath (954) to the Roman nobles in St. Peter's, that on the next vacancy of the papal chair his only son, Octavius, should be elected pope. » / « In this dilemma the pope had recourse to the German king, Otto I, who then appeared in Italy at the head of a powerful army. » / « On 2 February, 962, Otto was solemnly crowned emperor by the pope. » / « The famous Diploma Ottonianum, in which he confirmed the Roman Church in its possessions. » / « John was accused of sacrilege, simony, perjury, murder, adultery, and incest. » / « The synod deposed John on 4 December, and elected to replace him the protoscriniarius Leo, yet a layman. » / « John died on 14 May, 964, eight days after he had been, according to rumour, stricken by paralysis in the act of adultery. »

    3 14 17 22 42 45 50 69 74 75 82 91 97 108 109 123 125 150
  4. Horace K. Mann, Lives of the Popes in the Early Middle Ages, vol. IV (The Popes in the Days of Feudal Anarchy, 891-999), Londres, Kegan Paul, 1910, p. 240-280 pour Jean XII. Synthèse historiographique catholique classique sur le pontificat : Mann y reconnaît l'ampleur du scandale moral — jugement paraphrasé dans le corps, la page exacte du passage dans l'édition Kegan Paul n'ayant pu être établie en séance — tout en maintenant Jean XII dans la série des pontifes légitimes. Ouvrage de référence repris par toutes les notices encyclopédiques catholiques ultérieures.

    4 26 37 44 51 78 140 147
  5. Louis Duchesne (éd.), Le Liber Pontificalis : texte, introduction et commentaire, vol. II, Paris, Ernest Thorin (Bibliothèque des Écoles françaises d'Athènes et de Rome), 1892, notice CXXX (Jean XII), p. 246-247 — cote citée sans revérification à l'exemplaire en séance. Notice extrêmement abrégée — symptôme général du Liber Pontificalis sur le Xᵉ siècle —, mais qui confirme : nom civil Octavianus, paternité d'Albéric II, durée du pontificat (huit ans, quatre mois, vingt-huit jours), sépulture au Latran.

    5 145
  6. L'Empire prend fin le 6 août 1806 par l'abdication de François II, dernier empereur romain-germanique (devenu François Iᵉʳ d'Autriche en 1804), après Austerlitz et Presbourg et la réorganisation napoléonienne (confédération du Rhin) — et non par une « dissolution » décrétée par Napoléon d'un trait de plume.

    6 76
  7. « Diploma Ottonianum » (alias Privilegium Ottonianum), Wikipedia (consulté le 4 juin 2026) : https://en.wikipedia.org/wiki/Diploma_Ottonianum. Document signé le 13 février 962 entre le pape Jean XII et l'empereur Otton Iᵉʳ. Dispositions principales : confirmation des possessions de l'Église romaine, incluant les territoires concédés par la Donation de Pépin (754-756) et par Charlemagne ; futures élections pontificales en « forme canonique » ; consécration possible seulement après serments prêtés à l'empereur ou à ses ambassadeurs ; empereur comme « garant de l'indépendance pontificale ». Texte original sur parchemin pourpre orné d'encre d'or, conservé aux Archives secrètes vaticanes (Armarium I, capsa 18). Étiquette interprétative du présent article — et non affirmation reprise d'une source : l'historiographie classique tient plus couramment le Concordat de Worms (1122) pour le premier concordat dans l'Empire (cf. Encyclopædia Britannica, 9ᵉ éd. : « In the empire the earliest concordat is the Concordatum Calixtinum of 1122 »). Le document fixe l'équilibre constitutionnel jusqu'à la querelle des investitures du XIᵉ siècle.

    7 21 23 79 81
  8. Philipp Jaffé, Regesta Pontificum Romanorum ab condita Ecclesia ad annum post Christum natum MCXCVIII, 2ᵉ éd. F. Kaltenbrunner, P. Ewald, S. Loewenfeld & W. Wattenbach, vol. I (A S. Petro ad annum MCXLIII), Leipzig, Veit, 1885, n° 3676 sq. pour le pontificat de Jean XII — cote citée sans revérification à l'exemplaire en séance. Regeste de référence pour l'ensemble des actes pontificaux du Xᵉ siècle, recensant notamment le privilège à Subiaco (958), la confirmation de saint Dunstan (960), l'accord donné au projet de Magdebourg au synode romain du 12 février 962 (érection effective en 968 seulement, sous Jean XIII), le Privilegium Ottonianum (13 février 962), et les actes du contre-synode du 26 février 964.

    9 24 57 58 60 63 66 146
  9. Liutprand de Crémone, Historia Ottonis sive De rebus gestis Ottonis (vers 964-966), composée immédiatement après le synode de Saint-Pierre pour en justifier la procédure. Édition critique : Joseph Becker (éd.), Liudprandi Cremonensis Opera, dans Monumenta Germaniae Historica, Scriptores rerum Germanicarum in usum scholarum, vol. 41, Hanovre, Hahn, 1915, réimpression 1977. Traduction anglaise : F. A. Wright (trad.), The Works of Liudprand of Cremona, Londres, Routledge, 1930 ; traduction française partielle dans Joël Schnapp, Liutprand de Crémone, ambassades, Toulouse, Privat, 2005. Le Historia Ottonis est l'unique narration suivie du synode de novembre 963 et des derniers mois de Jean XII (fuite, contre-synode, mort). Témoignage essentiel mais explicitement engagé : Liutprand revendique son rôle de partisan de l'empereur et écrit « un éloge de mon souverain Otton, couvrant uniquement les années 960 à 964, écrit comme partisan de l'empereur ». Évêque de Crémone par nomination d'Otton depuis 961.

    10 16 29 72 89 90 93 95 105 122 137 144
  10. Johann Peter Kirsch, « Pope Leo VIII », Catholic Encyclopedia, New York, Robert Appleton Company, 1910, en ligne sur New Advent. Élu le 4 décembre 963, Léon est consacré évêque de Rome dès le 6 décembre, les ordres intermédiaires lui ayant été conférés entre-temps, en violation du droit canon, par Sicon, évêque d'Ostie — d'où la correction du délai de « six jours » en « deux jours » (4-6 décembre).

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  11. « Synod of Rome (963) », Wikipedia (consulté le 4 juin 2026) : https://en.wikipedia.org/wiki/Synod_of_Rome_(963). Synode tenu à la basilique Saint-Pierre du 6 novembre au 4 décembre 963, convoqué par l'empereur Otton Iᵉʳ. Composition : environ 30 évêques et archevêques d'Italie, 3 prélats de Germanie et de Francie occidentale, 13 cardinaux-prêtres et plusieurs cardinaux-diacres, soit environ 50 participants. Charges retenues : ordination d'un diacre dans une étable, célébration de messe sans communion, simonie, consécration d'un enfant de dix ans comme évêque de Todi, conversion du Latran en bordel, chasse publique en armes, mutilations injustes, incendies, port de la cuirasse, entraînement à la guerre, adultères avec la veuve de Rainier, Stéphanie concubine du père, la veuve Anna et la propre nièce du pape, sacrilège, toast au Diable, invocation de Jupiter et Vénus aux dés, négligence des Matines, refus de faire le signe de croix. Témoins principaux : Jean évêque de Narni et un cardinal-prêtre (parfois identifié à Pierre). Sommations refusées par Jean XII en fuite en Campanie, qui menace d'excommunier ses opposants. Déposition formelle le 4 décembre, élection de Léon VIII (laïc), ordonné en deux jours et consacré le 6 décembre (voir note Kirsch sur Léon VIII).

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  12. Johann Peter Kirsch, « Pope John XII », Catholic Encyclopedia, vol. VIII, New York, Robert Appleton Company, 1910 (p. 493 du scan Wikisource) : « ...fled, while John XII re-entered Rome, and took bloody vengeance on the leaders of the opposite party. ... Cardinal-Deacon John had his right hand struck off, Bishop Otgar of Speyer was scourged, a high palatine official lost nose and ears. » — source exacte des mutilations de février 964, à laquelle est rattaché chaque supplice du corps (main droite du cardinal-diacre Jean ; flagellation d'Otgar de Spire ; nez et oreilles du fonctionnaire palatin).

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  13. J. N. D. Kelly et Michael J. Walsh, Oxford Dictionary of Popes, 2ᵉ éd., Oxford University Press, 2010, entrée « John XII », p. 126-127 — pagination citée sans revérification à l'exemplaire en séance. Synthèse contemporaine de référence en langue anglaise. Kelly confirme la légitimité canonique de Jean XII de décembre 955 à mai 964 ; tient Léon VIII pour antipape de décembre 963 à mai 964 ; reconnaît Benoît V comme pape légitime de mai à juin 964 ; et n'accorde à Léon VIII la qualification rétroactive de pape valide qu'à partir du 23 juin 964 (après la déposition imposée de Benoît V par Otton). Évaluation morale : « Even allowing for the polemical character of Liutprand's testimony, John XII's life was unworthy of his office. » Bibliographie : Mann IV, Caspar II, Haller II, Llewellyn, Partner.

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  14. Notes de la liste des papes de l'Annuario Pontificio, telles que relayées par les listes officielles en ligne : l'incertitude de la période 963-964 y est signalée (abandon de la numérotation suivie) et le statut de Benoît V y est envisagé comme antipape dans l'hypothèse où Léon VIII aurait été pape légitime — formulation prudente, sans citation littérale, l'édition, l'année et la page exactes de l'Annuario n'ayant pu être établies en séance (relais : « Antipope », Wikipedia, et **« Benedict V, Pope », New Catholic Encyclopedia sur Encyclopedia.com : https://www.encyclopedia.com/religion/encyclopedias-almanacs-transcripts-and-maps/benedict-v-pope). Voir aussi la « List of popes » (Wikipedia) : Léon VIII n° 132 (juillet 964 — 1ᵉʳ mars 965), « antipape nommé par Otton en 963, devenu vrai pape après la déposition de Benoît V » ; Benoît V n° 131 (22 mai — 23 juin 964).

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  15. « Prima sedes a nemine iudicatur » — « Le premier siège n'est jugé par personne ». Maxime rattachée par les historiens au milieu des apocryphes symmachiens du début du VIᵉ siècle (cf. Constitutum Silvestri), passée dans le droit canonique médiéval, reprise au Codex Iuris Canonici de 1917 (canon 1556) puis au Codex Iuris Canonici de 1983 (canon 1404 : « Prima Sedes a nemine iudicatur. »). Fondement de l'immunité juridictionnelle du Siège romain face à tout tribunal humain — concile, synode, prince temporel ou autorité ecclésiastique inférieure.

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  16. « Saeculum obscurum », Wikipedia (consulté le 4 juin 2026) : https://en.wikipedia.org/wiki/Saeculum_obscurum. Période 904-964 dominée par les familles Théophylacte, Théodora, Marozia et leurs descendants directs (Albéric II, Jean XI, Jean XII). Sur soixante ans, douze papes se succèdent, dont deux fils (Jean XI, Jean XII) et deux amants présumés (Sergius III, Jean X) des deux matriarches du clan. La période s'achève avec la mort de Jean XII le 14 mai 964 et l'intervention impériale d'Otton Iᵉʳ. Le terme « pornocratie », forgé par Baronius au XVIᵉ siècle, désigne moins une débauche cléricale universelle qu'un régime politique d'emprise aristocratique romaine. Voir Lindsay Brook, « Popes and Pornocrats » (Foundations for Medieval Genealogy, 2003), pour la critique méthodologique du terme.

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  17. « Alberic II of Spoleto », Wikipedia (consulté le 4 juin 2026) : https://en.wikipedia.org/wiki/Alberic_II_of_Spoleto. Biographie d'Albéric II (vers 911-954), fils de Marozia et Albéric Iᵉʳ de Spolète, demi-frère du pape Jean XI. Princeps atque omnium Romanorum Senator de Rome de 932 à 954. Confirme le serment imposé en 954 à la noblesse romaine à Saint-Pierre pour faire élire son fils Octavien à la prochaine vacance pontificale : « Before his death, Alberic had the aristocracy of Rome promise to appoint his son as the next pope. » Mentionne aussi la violation du décret de Symmaque de 499 et la chaîne des cinq papes consécutifs nommés par Albéric II (Léon VII, Étienne VIII, Marin II, Agapet II, et son propre fils Jean XII).

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  18. Ferdinand Gregorovius, Geschichte der Stadt Rom im Mittelalter, vol. III, Stuttgart, J. G. Cotta, 1869, p. 303-340 pour Jean XII. Traduction anglaise : History of the City of Rome in the Middle Ages, vol. III, trad. Annie Hamilton, Londres, George Bell & Sons, 1903. Jugement d'ensemble sévère sur le fond, plus indulgent dans la forme que celui de Mann — paraphrasé dans le corps, la page exacte dans l'édition allemande et la source de la traduction française n'ayant pu être établies en séance.

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  19. « Pope John XII », Wikipedia (version anglaise consultée le 4 juin 2026) : https://en.wikipedia.org/wiki/Pope_John_XII. Synthèse moderne croisant Mann, Kelly, Duchesne, Liutprand et les chartes pontificales — utilisée ici comme index, les faits centraux étant rattachés aux sources primaires et savantes (Liutprand, Liber Pontificalis éd. Duchesne, Jaffé, Mann, Kelly, Kirsch). Les détails qui ne sont rattachés qu'à cette note (privilège de Subiaco 958 excepté, rattaché à Jaffé ; date d'entrée du 31 janvier, Tibur, trésor emporté) restent des index non recoupés à la page près. Donne la fourchette de naissance 930/937 à Rome, la titulature de cardinal-diacre de Santa Maria in Domnica, l'élection à 18 ans (sous l'hypothèse 937) le 16 décembre 955, la séquence des actes ecclésiastiques 956-962 (privilège à Subiaco 958, confirmation de saint Dunstan 960, accord pour le projet de Magdebourg au synode romain du 12 février 962), le couronnement d'Otton et le Privilegium Ottonianum, le synode de Saint-Pierre 6 novembre — 4 décembre 963 et la liste des accusations, le contre-synode du 26 février 964, la mort le 14 mai 964 en deux versions.

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  20. « Marozia », Wikipedia (consulté le 4 juin 2026) : https://en.wikipedia.org/wiki/Marozia. Marozia (vers 890-vers 937), grand-mère de Jean XII, Senatrix et Patricia de Rome ; mère du pape Jean XI et grand-mère paternelle de Jean XII. Voir aussi Jean XI pour la généalogie détaillée du clan Théophylacte.

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  21. Pape saint Symmaque (498-514), décret promulgué au synode romain du 1ᵉʳ mars 499 dans la basilique de Saint-Pierre. Texte canonique conservé dans la collection Concilia Symmachi (PL 62, col. 27-40) et dans le Liber Pontificalis (notice 53, éd. Duchesne vol. I, p. 260-268). Disposition : « tout clerc qui chercherait à obtenir des voix pour un successeur au pontificat du vivant du pape en exercice, ou qui convoquerait des conférences ou tiendrait des consultations dans ce but, devra être déposé et excommunié. » Le serment d'Albéric II de 954 — le fait d'un laïc — n'est tenu pour contraire à ce décret que par un raisonnement a fortiori présenté comme une interprétation ; le décret constitue, dans le droit canon romain, le fondement de l'interdiction des accords de succession pontificale du vivant du pape. Voir aussi « Pope Symmachus », Wikipedia : https://en.wikipedia.org/wiki/Pope_Symmachus.

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  22. Étude « The Names of the Popes » (revue en ligne de l'Univ. of Western Ontario) : « The only pope who definitely changed his name during the period before 955 was John II » — le cas de Jean III (Cathelinus, 561-574) reste discuté ; « Papal Self-Naming: Genesis of a Tradition » (ibid.) : en 955, Octavien, porteur comme Mercure d'un nom aux résonances païennes, se renomme par conservatisme plutôt que par innovation. La pratique ne devient systématique qu'au XIᵉ siècle.

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  23. « St. Dunstan », Catholic Encyclopedia, en ligne sur New Advent (https://www.newadvent.org/cathen/05199a.htm) : « The archbishopric was conferred on St. Dunstan, who went to Rome 960 and received the pallium from Pope John XII ».

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  24. Schaff-Herzog, « Dunstan, Saint » : consacré le 21 octobre 959, Dunstan reçoit le pallium à Rome en 960 des mains de Jean XII.

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  25. Johann Peter Kirsch, « Pope John XIII », Catholic Encyclopedia, en ligne sur New Advent : après la mort en 968 de Guillaume de Mayence et de Bernard d'Halberstadt qui faisaient obstacle, consécration d'Adalbert comme premier archevêque de Magdebourg le jour de Noël 968, qui consacre à son tour les premiers évêques de Merseburg, de Zeitz et de Meissen (cf. Schaff, « Magdeburg, Archbishopric of » : « the new bishoprics of Merseburg, Meissen, and Zeitz »).

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  26. Le synode de Ravenne en 967 donne la permission de la fondation (voir Gergely Kiss, « Magdeburg, Poznań and Gniezno: The Emergence of the Polish Ecclesiastical Hierarchy », Academia : « The synod of Ravenna in 967 gave the permission », puis « on 18 October 968 pope John XIII confirmed the foundation of the archbishopric in his bull », nommant Merseburg, Zeitz et Meissen) ; première mention de Zeitz (Cici) dans un document du synode de Ravenne de 967, où Otton Iᵉʳ et Jean XIII décident la fondation de l'archevêché de Magdebourg et des évêchés de Merseburg, Meissen et Zeitz.

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  27. « Liudprand of Cremona », Wikipedia (consulté le 4 juin 2026) : https://en.wikipedia.org/wiki/Liudprand_of_Cremona. Liutprand (vers 920-972), évêque de Crémone à partir de 961, ambassadeur ottonien à Constantinople, partisan déclaré d'Otton Iᵉʳ. Témoin direct du synode de Saint-Pierre de novembre 963 et seul rapporteur suivi de ses délibérations. Évaluation moderne : « Les écrits de Liutprand sont une source historique très importante pour le Xᵉ siècle ; il est toujours un partisan déterminé et est fréquemment injuste envers ses adversaires. » Œuvres principales : Antapodosis sive Res per Europam gestae (vers 958-962), Historia Ottonis (vers 964-966), Relatio de Legatione Constantinopolitana (969).

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  28. Entrée « Leo VIII », Oxford Reference : élu par acclamation avec l'approbation d'Otton, ce laïc est expédié à travers les ordres inférieurs en un seul jour, puis consacré par les évêques d'Ostie, de Porto et d'Albano le 6 décembre — corroboration indépendante du délai de deux jours.

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  29. Cambridge Medieval History, vol. III : « After mutilating his former envoys to Otto, John and Azo, presumably on a charge of forgery, a synod of the nearest bishops in February 964 annulled Otto's synod [...] and declared Leo an intruder. » — tradition divergente de celle de Kirsch sur les victimes et les supplices de février 964 (ici les légats Jean et Azo, mutilés pour faux présumé).

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  30. Saint Augustin d'Hippone, De baptismo contra donatistas (début du Vᵉ siècle), traité anti-donatiste fondateur de la doctrine occidentale de la validité sacramentelle indépendante de la dignité du ministre. Édition critique : Corpus Scriptorum Ecclesiasticorum Latinorum, vol. 51, éd. Michael Petschenig, Vienne, 1908. Ce principe fournit le fondement théologique de la validité des actes sacramentaires et juridictionnels accomplis par Jean XII malgré son indignité morale personnelle.

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  31. « Jean XII », Wikipédia (version française consultée le 4 juin 2026) : https://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_XII. Confirme la qualification française du pontife comme « le plus scandaleux des papes Jean » et le détail des mutilations infligées en février 964 lors du contre-synode : « le cardinal-diacre Jean est amputé de la main droite, l'évêque Otgar de Spire est fouetté, un haut fonctionnaire du Palatin perd le nez et les oreilles. »

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