Jean X, né à Tossignano dans la Romagne pontificale vers 860, gouverne l'Église romaine de mars 914 au printemps 928. La numérotation traditionnelle en fait le 122ᵉ pape de l'Église catholique, successeur de Lando et prédécesseur de Léon VI.[1][2] Diacre à Bologne, puis archevêque de Ravenne (905-914), il est élu pape dans un climat de dislocation politique : l'empire carolingien s'est éteint, l'Italie n'a pas vu de sacre impérial depuis Louis l'Aveugle (901), les Sarrasins du Garigliano ravagent le Latium depuis trente-trois ans, et la dynastie des Théophylactiens s'apprête à mettre la main sur la Cité éternelle.[3]
Son pontificat est dominé par quatre dossiers majeurs. Le plus éclatant est la victoire de la bataille du Garigliano (juin-août 915) — un siège de trois mois conduit en personne par le pape, à la tête d'une coalition réunissant Bérenger Iᵉʳ, les Théophylactiens, Albéric Iᵉʳ de Spolète, les princes lombards de Bénévent et de Capoue, les ducs de Gaète, Naples et Salerne, et le stratège byzantin Nicolas Picingli — qui anéantit la base musulmane fondée vers 882, mettant fin à trente-trois ans de raids directs sur le Latium et la Campanie. Quelques mois plus tard, le 3 décembre 915, Jean X couronne Bérenger Iᵉʳ empereur dans la basilique vaticane : c'est le premier sacre impérial depuis celui de Louis l'Aveugle en 901 — quatorze ans plus tôt.[4][5][6]
Au-delà de l'Italie, le pape conduit une diplomatie ecclésiale d'envergure. En 925, ses légats Jean d'Ancône et Léon de Palestrina président à Split (l'antique Spalato) le grand synode de Dalmatie qui reconnaît Tomislav comme premier rex Chroatorum et statue sur la place de la liturgie slavonne dans l'Église croate naissante. En Bulgarie, il reçoit du tsar Siméon Iᵉʳ une offre d'obédience romaine et répond par des légats et des lettres de paix, sans couronnement romain attesté. En Bourgogne, la tradition lui attribue la confirmation de l'exemption du nouveau monastère de Cluny — un privilège dont le texte n'est pas conservé.[7][8][9][10]
Sa fin est tragique. Marozia, fille de Théophylacte, alliée à son nouveau mari Guido de Toscane, attaque le palais du Latran au printemps 928, fait tuer Pierre, frère du pape, sous les yeux de ce dernier, et emprisonne le pontife au Castel Sant'Angelo où il sera probablement étouffé.[11][12] La mort violente de Jean X ouvre la séquence la plus sombre de l'histoire papale — le saeculum obscurum décrit par le cardinal Cesare Baronio dans ses Annales Ecclesiastici — étiquette reprise par l'historiographie moderne sous le nom polémique de « pornocratie »[13] — mais elle n'efface pas l'œuvre : Ferdinand Gregorovius, l'historien classique de la Rome médiévale, en fait l'un des rares grands papes du Xᵉ siècle, qui cherche à soustraire le pontificat à la domination aristocratique en unifiant l'Italie autour d'un chef impérial.[14]
Liutprand de Crémone rapporte dans l'Antapodosis (livre II, rédigé vers 960, soit plus de quarante ans après les faits) que le pape descendit en personne au Garigliano avec les armées chrétiennes, tint le siège trois mois, et que les Sarrasins, lors de leur sortie désespérée vers la mer, furent tous passés au fil de l'épée — récit postérieur à lire comme tel, non comme un procès-verbal.[15]
Pourquoi Jean X compte-t-il ?
Le pape qui libère le centre de l'Italie des Sarrasins
Pendant trente-trois ans — depuis la fondation de la base musulmane sur l'embouchure du Garigliano vers 882 sous le pontificat de Jean VIII —, les Sarrasins ont ravagé le Latium, la Campanie, la Sabine, brûlant fermes et monastères, emportant en esclavage les paysans et les pèlerins. Aucun pape, aucun empereur, aucun prince italien n'avait su démanteler ce nid de raids.[16][17] Jean X, élu en mars 914 dans un climat de désastre territorial, prend en main personnellement le dossier.
Il forge en deux ans une coalition que ses prédécesseurs avaient cherchée sans la trouver. Il convainc le roi d'Italie Bérenger Iᵉʳ, la dynastie sénatoriale de Théophylacte de Tusculum, le duc Albéric Iᵉʳ de Spolète, les princes lombards Landulf Iᵉʳ de Bénévent et Atenulf II de Capoue, le duc Jean Iᵉʳ de Gaète, le duc Grégoire IV de Naples avec son fils Jean II, le prince Guaimar II de Salerne, et obtient l'appui de la flotte byzantine sous le stratège Nicolas Picingli.[18][19] L'armée combinée affronte les Sarrasins d'abord à Campo Baccano au nord de Rome, puis près de Tivoli et Vicovaro, repousse les colonnes musulmanes vers leur forteresse principale, et engage en juin 915 un siège de trois mois sur la rive du Garigliano.
Synthèse historique d'après Liutprand de Crémone (Antapodosis) et le poème de Flodoard de Reims (De triumphis Christi) — et non d'après le Liber Pontificalis, dont la notice (Duchesne, II, p. 240-241) est brève et ne dit rien de la bataille : devant le pape, étendard du Christ en main, les chevaliers d'Italie et les marins de Byzance unirent leurs forces ; le siège dura trois mois entiers ; quand les Sarrasins, à bout de vivres, brûlèrent leurs propres demeures et tentèrent une sortie désespérée vers la mer, ils furent taillés en pièces jusqu'au dernier.[20][21]
En août 915 — la notice de Kirsch (1910) avance quant à elle août 916[22] —, la base sarrasine est anéantie. Les Italiens et les Byzantins triomphent ensemble — une rare coopération militaire latine-grecque depuis l'effondrement de l'exarchat. Le siècle est noir, mais Rome a retrouvé un pape qui ne se contente pas de prier dans les ruines : il commande, négocie, marche, fait la guerre quand la guerre est juste. C'est, comme la flotte de Jean VIII au cap Circé (877), une victoire pontificale contre les Sarrasins.[23]
Le pape qui couronne Bérenger Iᵉʳ empereur (3 décembre 915)
Le dimanche 3 décembre 915, dans la basilique Saint-Pierre, Jean X pose la couronne impériale sur la tête de Bérenger Iᵉʳ. C'est le premier sacre impérial depuis 901 — date à laquelle Benoît IV avait couronné Louis l'Aveugle, aveuglé puis écarté en 905. Quatorze ans se sont écoulés sans couronnement impérial en Occident.[24][25]
Le geste a une triple portée. Politiquement, il récompense le seul prince italien qui a accepté de marcher avec le pape contre les Sarrasins et qui dispose encore d'une armée mobilisable au nord. Doctrinalement, il réaffirme la doctrine pontificale du Translatio Imperii formulée par Jean VIII : c'est l'évêque de Rome qui désigne l'empereur parmi plusieurs candidats, et non l'inverse. Symboliquement, il marque que l'Empire chrétien d'Occident n'est pas mort avec la dislocation carolingienne — il n'attend qu'un prince capable de le porter.
Bérenger ne le portera pas longtemps. Affaibli par les invasions hongroises sur le Frioul, contraint à des compromis avec ses adversaires italiens, il sera assassiné à Vérone le 7 avril 924 par un de ses propres soldats, possiblement à l'instigation de Rodolphe II de Bourgogne.[26] Mais le geste de 915 a inscrit dans la mémoire chrétienne un point durable : la papauté tient la clef de l'Empire, même quand les empires défaillent.
Le pape de la mission croate et bulgare
Le second grand front du pontificat est missionnaire. En Croatie, le duc Tomislav unifie depuis vingt ans les régions de la Pannonie croate, de la Dalmatie et de la Posavine ; vers 925 il s'attribue le titre royal que Jean X est le premier souverain à reconnaître officiellement.[27] Le pape lui adresse une lettre qui reste, dans la mémoire croate, l'acte de baptême diplomatique du royaume : « dilecto filio Tamislao regi Chroatorum » — « à notre cher fils Tomislav, roi des Croates » (adresse conservée dans Rački, p. 189-190).
Mais le territoire pose une question canonique brûlante : la liturgie slavonne héritée des disciples de Cyrille et Méthode continue d'être célébrée en Dalmatie, alors que l'archevêché latin de Split revendique sa primauté sur le siège croate de Nin tenu par l'évêque Grégoire de Nin. Jean X envoie deux légats — Jean évêque d'Ancône et Léon évêque de Palestrina — pour convoquer en 925 le synode de Split qui tranchera la question. Les canons limitent l'ordination d'évêques « ignorants du latin » et restreignent la messe slave aux paroisses « faute d'évêques latins disponibles », sans la supprimer. Un second concile, réuni à Split en 928 sous le pontificat de Léon VI — Jean X ayant été déposé en mai/juin 928 — et présidé par le légat Madalbert, confirmera la primauté de Split sur Nin.[28]
En Bulgarie, le tsar Siméon Iᵉʳ le Grand, las des frictions avec Constantinople, propose à Rome de transférer l'obédience de l'Église bulgare. Jean X accepte le principe de l'obédience envisagée et répond par des légats et des lettres qui exhortent Siméon à la paix avec Byzance — sans couronnement romain ni confirmation documentée du titre impérial par Rome. Lorsque Siméon meurt en mai 927, son fils Pierre Iᵉʳ conclut la paix avec Byzance (traité de 927) : l'obédience romaine envisagée ne se réalise pas, et aucun couronnement romain n'est attesté.[29][30]
C'est l'âge d'or de la diplomatie papale balkanique : Rome dépose les jalons d'une chrétienté slave qui durera mille ans.
Cluny : un privilège allégué par la tradition
Le 11 septembre 909, Guillaume Iᵉʳ d'Aquitaine avait fondé sur ses terres bourguignonnes le monastère de Cluny, sous la direction du premier abbé Bernon. La règle bénédictine y était observée dans une rigueur exceptionnelle, et la maison était placée par l'acte de fondation sous la dépendance directe du Siège apostolique — donc soustraite à toute juridiction épiscopale ou seigneuriale locale.[31] Cette exemption pontificale, qui semblait à l'époque une mesure mineure, allait transformer l'Occident.
La tradition attribue à Jean X la confirmation de l'exemption de Cluny et l'approbation de sa règle — un privilège dont le texte n'est pas conservé.[32][33] Le geste est moins documenté que le couronnement de Bérenger ou la victoire du Garigliano, mais ses conséquences sont immenses : sous les grands abbés Odon, Mayeul, Odilon et Hugues, Cluny deviendra le moteur de la réforme grégorienne du XIᵉ siècle, formera Grégoire VII, libérera l'Église des griffes féodales et restaurera la dignité du sacerdoce.
Jean X ne pouvait pas le prévoir. Mais son privilège pour Cluny — si la tradition est exacte — constitue, rétrospectivement, l'un des actes les plus féconds de son pontificat. Sous un pape mal-aimé de la postérité protestante et anticléricale, la semence clunisienne et grégorienne a été plantée dans la terre française.
Le pape victime de la « pornocratie »
La fin est sombre. La dynastie théophylactienne, qui avait porté Jean X au pontificat en 914, se retourne contre lui quand le pape tente, vers 925-927, de rétablir l'autonomie politique du Saint-Siège en s'appuyant sur Hugues de Provence (roi d'Italie depuis 926) plutôt que sur les maîtres romains. Marozia, fille de Théophylacte Iᵉʳ et Théodora, mariée en secondes noces à Guido (Gui) de Toscane, ne supporte pas que le pape échappe à son contrôle.[34][35]
Le coup d'État est brutal. En mai 928 (peut-être juin selon les chronologies), Marozia et Guido attaquent le palais du Latran. Le frère du pape, Pierre, devenu duc de Spolète depuis l'effondrement de la maison spolétaine, est tué sous les yeux du pontife. Jean X est arrêté, déposé, et emprisonné au Castel Sant'Angelo sur le Tibre.[36]
Paraphrase du récit de Liutprand de Crémone (Antapodosis, livre III, rédigé vers 960) : Jean aurait été étouffé sous un coussin peu de mois après son arrestation — ainsi aurait péri, par la main d'une femme, le pape qui avait défait les Sarrasins. Version tardive et hostile, reprise par les Annales de Bénévent, mais absente des sources contemporaines indépendantes.[37]
Le récit de Liutprand de Crémone — chroniqueur lombard hostile aux Théophylactiens — est la source la plus précise mais aussi la plus polémique. Flodoard de Reims, plus sobre et chronologiquement plus proche des faits, écrit simplement que le pape « mourut d'angoisse » dans sa prison.[38] La vérité historique se tient sans doute entre les deux : un pape déposé, isolé, mal traité, mort dans des conditions qui rendent le meurtre vraisemblable sans qu'on puisse trancher absolument.
Avec la mort de Jean X commence ce que l'historiographie moderne appelle la « pornocratie » — terme moderne pour l'âge obscur décrit par Baronio[39] : pontifes éphémères et faibles (Léon VI, Étienne VII), domination directe de la maison Tusculane, jusqu'à ce que Jean XI — fils de Marozia et de Sergius III selon une rumeur tenace — soit installé sur le siège de Pierre à l'âge de vingt ans environ, en 931.[40]
| Front | Action de Jean X | Impact historique |
|---|---|---|
| Sarrasins du Garigliano | Coalition italo-byzantine, siège juin-août 915, victoire | Fin de la base du Garigliano après 33 ans de raids sur le Latium et la Campanie |
| Couronnement impérial | Sacre de Bérenger Iᵉʳ, 3 décembre 915 à Saint-Pierre | Premier sacre depuis Louis l'Aveugle (901) |
| Croatie | Lettres à Tomislav, synode de Split (925) ; second synode en 928 sous Léon VI | Reconnaissance du premier rex Chroatorum et statut de la liturgie slave |
| Bulgarie | Offre d'obédience reçue, légats et lettres de paix ; aucun couronnement romain attesté | Obédience envisagée puis abandonnée au profit de Byzance (paix de 927) |
| Cluny | Privilège allégué par la tradition (texte non conservé) | Préparation lointaine de la réforme grégorienne |
| Politique romaine | Tentative d'appel à Hugues de Provence (925-928) | Rébellion de Marozia, déposition et mort du pape |
Les sources principales
Liutprand de Crémone et l'Antapodosis
La source narrative dominante sur Jean X est l'Antapodosis (« Rétribution ») de Liutprand de Crémone (vers 920 - 972), évêque lombard, ambassadeur d'Otton Iᵉʳ à Constantinople, rédigée vers 958-962 — soit trente à quarante ans après les faits. Liutprand n'est pas un témoin direct des événements du Garigliano ou de la mort de Jean X ; il transmet la mémoire romaine telle qu'elle circulait au milieu du Xᵉ siècle, déformée par ses propres haines.[41]
Liutprand déteste les Romains. Il déteste la maison Tusculane. Il méprise les femmes qui se mêlent de politique. Sur Jean X, son récit cumule deux accusations principales : 1) le pape serait l'amant de Théodora, qui aurait obtenu pour lui l'archevêché de Ravenne puis le pontificat ; 2) il aurait été étouffé sous un coussin par les sbires de Marozia. La première accusation est systématiquement rejetée par l'historiographie moderne ; la seconde est probable mais non confirmée par des sources indépendantes.[42][43]
Paraphrase du récit de Liutprand de Crémone (Antapodosis, livre II, ch. 47-48, et livre III, ch. 43, rédigé vers 960) : Théodora, présentée comme une femme sans pudeur et l'aïeule de Marozia, aurait, après une liaison avec Jean, fait passer son amant du siège de Ravenne à celui de Rome — puis ce pape aurait été étranglé par traîtrise dans la geôle du château Saint-Ange, par la haine d'une autre femme de la même lignée. Accusation sans confirmation contemporaine, rejetée par l'historiographie moderne.[44]
Cette page noire est l'unique source de l'accusation morale contre Jean X. Aucun chroniqueur contemporain des faits ne la confirme. Tout l'effort de l'historiographie depuis Kirsch (1910) jusqu'à Gregorovius et Romano consiste à séparer les faits attestés (élection, Garigliano, couronnement de Bérenger, mort en prison) de la construction polémique de Liutprand (l'amour avec Théodora, le rôle exclusivement scandaleux de la maison Tusculane).
Le Liber Pontificalis et la notice de Jean X
Le Liber Pontificalis, recueil officiel des notices biographiques des papes rédigé à Rome, donne pour Jean X une notice brève. Elle confirme l'origine de Tossignano, le passage par Bologne et Ravenne, l'élection en 914 ; mais elle reste sobre sur les détails politiques et passe sous silence l'épisode de la mort violente — silence typique du Liber sur les fins tragiques des pontifes.[45]
L'édition de référence est celle d'Louis Duchesne, Le Liber Pontificalis : texte, introduction et commentaire, vol. II, Paris, E. de Boccard, 1892, p. 240-241. La notice est complétée par des listes de donations au Latran et à diverses basiliques romaines qui témoignent du réveil de la générosité pontificale sous Jean X — signe que la situation financière du Saint-Siège, ruinée sous Jean VIII, s'était provisoirement rétablie.
Flodoard de Reims et les annales franques
Flodoard de Reims (vers 894 - 966), chanoine puis archidiacre de la cathédrale rémoise, est l'autre source narrative de premier ordre sur le pontificat de Jean X. Ses Annales couvrent la période 919-966 ; sa notice sur la mort du pape, écrite quelques années seulement après les faits, présente une version sobre et moins polémique que celle de Liutprand : Jean X « mourut, consumé par l'angoisse » (« actus angore defungitur ») dans sa prison, sans mention explicite d'étouffement.[46]
Flodoard a aussi composé un grand poème en latin intitulé De triumphis Christi (« Les triomphes du Christ »), dont la partie italienne (apud Italiam) célèbre la victoire du Garigliano et l'action de Jean X pour la défense du peuple chrétien. C'est l'un des rares témoignages poétiques contemporains sur un pape médiéval en campagne, et il confirme à la fois l'implication personnelle du pape dans la bataille et la réception théologique de l'événement comme un combat saint.[47]
Eugène Vulgarius et la défense de Théodora
L'historiographie de la dynastie Tusculane n'est pas unilatéralement noire. Eugène Vulgarius (vers 870 - vers 928), prêtre napolitain, partisan du parti pro-Formose, exilé à Rome sous Sergius III, loue ouvertement Théodora comme une dame de grande piété et de grande dignité dans plusieurs de ses lettres et poèmes conservés.[48] Vulgarius écrit alors que Théodora est encore vivante ou récemment décédée — c'est-à-dire avant que Liutprand ne construise sa polémique posthume.
Ce contraste entre Vulgarius (favorable, contemporain) et Liutprand (hostile, postérieur) est l'argument central de la réhabilitation moderne du pontificat de Jean X. Un chroniqueur qui calomnie un pape mort trente ans plus tôt et qui s'oppose à toute la maison qui a porté ce pape n'est pas une source neutre.
Auxilius et les querelles internes romaines
Auxilius, prêtre franc ordonné par Formose († 896) et réfugié à Naples, est un témoin précieux des luttes internes du clergé romain au début du Xᵉ siècle. Apologiste de Formose et de la validité de ses ordinations contre les annulations imposées par Étienne VI et Sergius III, il écrit vers 908-911 — donc avant l'élection de 914 — et aucun de ses traités conservés ne porte sur Jean X : l'hypothèse d'une reconnaissance de l'élection de 914 par Auxilius, un temps envisagée, est retirée faute de texte.[49]
Les Monumenta Germaniae Historica et les éditions modernes
Les lettres conservées de Jean X, plus rares que celles de Jean VIII (le Registrum du pontificat précédent étant exceptionnel), sont éditées dans les Monumenta Germaniae Historica, Epistolae VII (Karolini aevi V), ainsi que dans les éditions de la correspondance pontificale du Xᵉ siècle par Philipp Jaffé (Regesta Pontificum Romanorum, 2ᵉ édition, Leipzig, 1885-1888).[50] Pour la Croatie, les actes du synode de Split sont conservés et édités dans Franjo Rački, Documenta historiae chroaticae periodum antiquam illustrantia, Zagreb, 1877, p. 187-200 — source critique de référence en historiographie croate.[51]
La réhabilitation moderne : Mann, Gregorovius, Romano, O'Malley
L'historiographie moderne a renversé le jugement de la tradition polémique :
- Horace Kinder Mann (The Lives of the Popes in the Early Middle Ages, vol. IV, Londres, 1910) restaure les faits politiques du pontificat ; la notice de Johann Peter Kirsch dans la Catholic Encyclopedia (vol. 8, 1910) rejette elle aussi explicitement les calomnies de Liutprand comme tardives, hostiles et sans confirmation contemporaine.[52]
- Ferdinand Gregorovius (Geschichte der Stadt Rom im Mittelalter, vol. III, Stuttgart, 1859-1872, livre VI) présente Jean X comme l'un des rares grands papes du Xᵉ siècle et un précurseur du programme grégorien : indépendance de l'Église face aux maisons aristocratiques, unification politique de l'Italie autour d'un empereur national.[53]
- Giacinto Romano (Storia di Roma medievale, début XXᵉ siècle) et Girolamo Arnaldi (Il papato nei secoli VIII-X, Rome, 1990) confirment la rigueur diplomatique du pontificat.
- John W. O'Malley (A History of the Popes, Sheed & Ward, 2010, p. 95-96), synthèse de référence en anglais, couvre le pontificat de Jean X dans sa séquence des papes du Xᵉ siècle.[54]
Cette convergence académique justifie le traitement éditorial : Jean X n'est plus un pape compromis avec une matrone de la noblesse romaine, mais un homme d'État ecclésiastique dans un siècle qui n'en produira que très peu.
Avant le pontificat : Tossignano, Bologne, Ravenne
Origine romagnole
Jean naît à Tossignano (auj. Borgo Tossignano, province de Bologne, en Romagne pontificale) vers 860-865. Son père s'appelle aussi Jean — un détail sourd qui montre la simplicité du milieu familial et exclut toute appartenance à la grande noblesse italienne. La Romagne est, depuis Adrien Iᵉʳ (772-795), une province ecclésiastique étroitement liée à Rome, et son archevêché métropolitain — Ravenne — est le second siège épiscopal d'Italie après le Siège apostolique.[55][56]
La date précise de sa naissance reste inconnue. La Catholic Encyclopedia la situe « dans le troisième quart du IXᵉ siècle » — donc entre 850 et 875 environ — sur la base d'une carrière diaconale visible dès la fin des années 890. Au moment de son élection en mars 914, il a probablement entre cinquante et cinquante-cinq ans.
Diacre à Bologne
Le premier épisode documenté de la carrière de Jean est sa diaconie à Bologne[57]. Les synthèses modernes la placent sous l'évêque Pierre (dit Pierre IV dans les listes bolognaises) — rattachement sans confirmation dans les sources contemporaines conservées.[58] La diaconie médiévale est le principal cursus d'entrée dans l'épiscopat italien : un diacre administre la charité, organise la liturgie stationale, représente l'évêque dans les affaires temporelles.
C'est à Bologne que Jean rencontre, selon Liutprand, Théodora — venue à Bologne pour des affaires de la maison sénatoriale romaine. Cette rencontre devient, sous la plume de Liutprand, le point de départ de la légende de l'amour scandaleux ; l'historiographie moderne y voit plutôt l'origine d'une relation de confiance entre un diacre prometteur et la famille politiquement dominante de Rome.[59]
Archevêque de Ravenne (vers 905-914)
Vers 905, Jean est appelé au siège archiépiscopal de Ravenne, vacant. Les synthèses modernes le donnent pour consacré par le pape Sergius III (904-911)[60], pontife controversé qui avait annulé les ordinations formosiennes et durci la politique romaine — sans que les sources contemporaines conservées ne nomment le consécrateur. Le 5 février 914, un acte officiel le mentionne encore comme archevêque de Ravenne — c'est notre terminus ad quem : l'élection au pontificat est donc postérieure à cette date.[61]
Pendant huit à neuf ans à Ravenne, Jean défend la juridiction archiépiscopale contre les usurpations laïques (Boson, marquis de Toscane, et d'autres seigneurs locaux), confirme l'autorité métropolitaine sur l'abbaye de Nonantola — l'un des grands monastères bénédictins d'Italie du Nord —, et entretient une correspondance suivie avec la curie romaine. La période est marquée par la continuité du conflit entre l'archevêché de Ravenne et les seigneuries laïques de Romagne, mais Jean réussit à maintenir la dignité du siège sans rupture publique majeure.
L'irrégularité canonique de l'élection au Siège apostolique
L'élection de Jean au pontificat en mars 914 soulève une question canonique sérieuse : l'ancien droit ecclésiastique interdisait formellement le transfert d'un évêque d'un siège à un autre, et tout particulièrement à Rome. Le concile du Latran de 769, sous Étienne III, avait expressément prohibé l'élection d'un évêque déjà en charge ailleurs au Siège de Pierre.[62]
Jean X est, avec Marin Iᵉʳ (882) avant lui, l'un des premiers évêques transférés au Siège apostolique dans l'histoire médiévale latine. La pratique deviendra courante à partir du XIᵉ siècle (Grégoire VII, Urbain II, Pascal II...), mais en 914 elle reste canoniquement litigieuse. Le fait que l'élection ait été acceptée sans schisme par le clergé romain suggère que la nécessité politique (un homme d'expérience et de poids pour gouverner Rome dans la crise) a pesé plus que la lettre canonique.
L'élection de mars 914
Le contexte : la maison de Théophylacte
Au moment de la mort du pape Lando en janvier 914, le pouvoir romain est dominé par la maison de Théophylacte de Tusculum. Théophylacte Iᵉʳ († 924/925) est vestararius et magister militum du Saint-Siège, c'est-à-dire le principal officier administratif et militaire de Rome ; il porte les titres de consul et dux hérités des cadres byzantins, et gouverne effectivement la cité. Son épouse Théodora († avant 928) est qualifiée par la chronique de « sénatrice » (senatrix), ce qui désigne une dame de l'aristocratie romaine investie de fonctions civiles officielles. Leurs filles Marozia et Théodora la Jeune entreront elles aussi dans le gouvernement de la cité.[63]
La situation est sans précédent. L'aristocratie romaine n'avait jamais, depuis l'époque carolingienne, exercé un tel contrôle direct sur le Siège apostolique. Les pontifes immédiatement précédents — Sergius III (904-911), Anastase III (911-913), Lando (913-914) — avaient tous été élus avec l'appui des Théophylactiens.
Une élection rapide
Lando meurt fin janvier ou début février 914. Le 5 février, Jean est encore archevêque de Ravenne. Au plus tard en mars 914, il est élu, consacré et intronisé pape. La rapidité de l'élection témoigne d'une préparation soigneuse : la maison de Théophylacte avait identifié Jean — homme d'expérience, théologiquement intègre, ayant déjà servi à Rome via la diaconie bolognaise — comme le successeur idéal de Lando.[64]
L'accusation de Liutprand selon laquelle Jean aurait été « amené à Rome par Théodora » comme son amant n'est confirmée par aucune source contemporaine et est rejetée par toute l'historiographie moderne sérieuse.[65] Ce qui est en revanche historiquement vrai, c'est que l'élection a été le fruit d'un accord politique entre la maison Tusculane et le clergé romain pour porter au pontificat un homme capable de tenir dans la crise sarrasine et politique.
La réhabilitation contre Liutprand
« Liutprand est un témoin tardif et hostile. Il écrit cinquante ans après les faits, dans une cour lombarde qui hait les Romains. Sa charge contre Jean X et Théodora ne repose sur aucune source contemporaine et contredit le témoignage d'Eugène Vulgarius, qui loue Théodora comme dame de piété et de dignité. Tous les éléments substantiels de son récit relèvent de la calomnie politique. » — Synthèse historiographique d'après Johann P. Kirsch (1910) et Ferdinand Gregorovius[66][67]
L'élection de mars 914 n'est donc ni un scandale moral ni un achat de pontificat. C'est un accord politique entre Rome aristocratique et Rome ecclésiastique pour faire face à l'urgence sarrasine — accord que Jean X, par sa victoire du Garigliano un an plus tard, justifiera amplement.
La bataille du Garigliano (juin-août 915)
Les Sarrasins du Garigliano : trente-trois ans de raids
Vers 882, sous le pontificat de Jean VIII, une garnison sarrasine s'établit à l'embouchure du Garigliano, fleuve qui sépare le Latium méridional de la Campanie. La localisation est stratégique : à équidistance de Rome (135 km au nord), de Capoue (40 km au sud-est) et de Naples (90 km au sud), au cœur d'une plaine fertile qui permet l'approvisionnement et au croisement de routes terrestres vers la Sabine et la vallée du Liri.[68][69]
Pendant trente-trois ans, les Sarrasins du Garigliano lancent des raids annuels vers le Latium et la Campanie : pillage des monastères du Mont-Cassin (886, 889), de Subiaco, des fermes pontificales de la Sabine et de la Tuscia, attaques contre les pèlerins des grandes routes Salaria et Latina. La population du Latium se réfugie dans les incastellamenti — bourgs fortifiés perchés sur les hauteurs — et la vie économique de Rome elle-même s'en trouve dégradée. Aucun pape, aucun empereur, aucun roi d'Italie n'avait su démanteler ce nid de guerre permanent.
Le contrôle politique de la base passe en 909 des Aghlabides d'Ifriqiya aux Fatimides récemment installés au pouvoir au Maghreb — un changement qui resserre la logistique entre la base du Garigliano et l'Émirat de Sicile, mais ne modifie pas la nature des raids.[70]
Le pape diplomate : forger la coalition
L'art politique de Jean X consiste à briser les rivalités entre les princes chrétiens d'Italie pour les unir contre l'ennemi commun. La tâche est titanesque : Bénévent et Capoue se disputent depuis cinquante ans ; Naples a souvent traité directement avec les Sarrasins pour épargner ses faubourgs ; Salerne soupçonne Bénévent de vouloir l'annexer ; Gaète revendique son indépendance contre Naples ; les Théophylactiens romains regardent Bérenger Iᵉʳ avec méfiance ; et Constantinople hésite à risquer sa flotte pour défendre des cités lombardes qui ne lui sont pas vassales.
Jean X convainc patiemment chacun. En 913-914, dès avant son élection, comme archevêque de Ravenne il avait participé aux négociations avec Bérenger. En 914-915, comme pape, il multiplie les ambassades : à Bénévent, à Capoue, à Naples, à Constantinople. Le bouquet final de cet effort diplomatique est la coalition que résume le tableau ci-dessous.
| Combattant | Origine | Forces apportées |
|---|---|---|
| Pape Jean X | Rome | Trésor pontifical, étendard du Christ, commandement spirituel |
| Bérenger Iᵉʳ | Royaume d'Italie (Pavie) | Cavalerie lombarde, archers du Frioul |
| Théophylacte Iᵉʳ de Tusculum | Rome aristocratique | Milices romaines, vestararius du Saint-Siège |
| Albéric Iᵉʳ de Spolète | Spolète, Marches | Vassalité spolétaine, chevaliers des Marches |
| Landulf Iᵉʳ | Principauté de Bénévent-Capoue | Infanterie lombarde du Sud |
| Atenulf II | Capoue | Détachements lombards |
| Jean Iᵉʳ | Duché de Gaète | Marine côtière |
| Grégoire IV | Duché de Naples | Galères, fantassins |
| Guaimar II | Principauté de Salerne | Cavalerie salernitaine |
| Stratège Nicolas Picingli | Thème byzantin de Longobardie (Bari) | Flotte byzantine, infanterie grecque |
Le déroulement militaire
Au printemps 915, l'armée chrétienne se concentre au nord de Rome. Les premiers engagements ont lieu à Campo Baccano — site de l'antique Baccanas, sur la Via Cassia à 25 km au nord de Rome —, où les Sarrasins, sortis de leur base pour piller la Tuscia, sont surpris et défaits. Une seconde série d'escarmouches se déroule autour de Tivoli et Vicovaro, dans la vallée de l'Anio : les Sarrasins, retraitant vers le sud, sont harcelés par les troupes pontificales et les milices spolétaines.[71]
Quand les Sarrasins sont acculés à leur forteresse principale du Garigliano, l'armée chrétienne engage le siège en juin 915. La position est forte : palissades, fossés, accès à la mer. Mais Bérenger arrive avec ses Lombards, Théophylacte conduit personnellement les Romains, les Byzantins de Picingli bloquent la mer, les ducs lombards ferment les routes terrestres. Pendant trois mois, la base sarrasine est étranglée.
La sortie suicidaire et le massacre
En août 915, après trois mois de siège, les Sarrasins comprennent qu'aucun renfort ne viendra de Sicile. Selon le récit conservé par Liutprand et confirmé par Flodoard, ils brûlent eux-mêmes leurs propres maisons pour empêcher leur capture, puis tentent une sortie désespérée vers la côte dans l'espoir de gagner la Sicile. Les colonnes musulmanes sont massacrées dans les marais et les bois : « tous furent capturés et exécutés », écrit la chronique.[72][73]
Synthèse d'après Liutprand de Crémone et la tradition latine : à bout de vivres, les Sarrasins mirent eux-mêmes le feu à leurs demeures et coururent vers la mer comme des forcenés — aucun n'échappa.[74]
La base musulmane du Garigliano cesse d'exister. Pour la première fois depuis 882, le Latium méridional est délivré de cette base — sans que cessent pour autant tous les raids sarrasins en Méditerranée occidentale. Pour la première fois depuis le sac de Saint-Pierre de 846, la route Saint-Cassin / Bénévent / Capoue / Naples est rendue à la chrétienté. C'est l'une des plus grandes victoires militaires de la papauté médiévale.
Le pape étendard en main
Plusieurs sources — Liutprand, Flodoard dans son poème De triumphis Christi, certains hagiographes du XIᵉ siècle — affirment que Jean X commanda personnellement une partie des opérations, voire qu'il combattit lui-même, étendard du Christ en main, devant ses troupes. La précision est probablement embellie par la tradition latine, mais elle reflète un fait certain : le pape était présent, militairement engagé, moralement responsable de la coalition.
C'est l'une des plus rares images de l'histoire pontificale : un évêque de Rome conduisant une armée chrétienne dans une bataille décisive contre un ennemi musulman. Le précédent direct est Jean VIII et sa flotte au cap Circé (877).[75] Le successeur durable sera Léon IX à la bataille de Civitate (1053) — où le pape sera, lui, capturé par ses adversaires normands.
Le couronnement de Bérenger Iᵉʳ (3 décembre 915)
Le contexte impérial : quatorze ans sans couronnement
Depuis le couronnement de Charles le Gros par Jean VIII le 12 février 881, l'Empire d'Occident n'avait connu que des épisodes éphémères. Charles le Gros déposé en 887, Guy de Spolète couronné par Étienne V en 891 puis mort en 894, Lambert de Spolète brièvement empereur en 894-898, Arnulf de Carinthie couronné en 896 mais incapable d'exercer le titre, Louis l'Aveugle sacré par Benoît IV en 901 puis aveuglé par Bérenger en 905. Aucun de ces empereurs n'avait su gouverner l'Italie ni protéger Rome.[76]
Quand Bérenger Iᵉʳ, marquis de Frioul puis roi d'Italie depuis 888, accepte de marcher avec Jean X contre les Sarrasins, le pape lui promet la couronne impériale s'il y a victoire. La promesse est tenue : trois mois après la victoire du Garigliano, Bérenger entre solennellement à Rome.
Le sacre du 3 décembre 915
Le dimanche 3 décembre 915, en la basilique Saint-Pierre du Vatican, Jean X couronne Bérenger Iᵉʳ empereur des Romains. La cérémonie suit le rituel établi depuis Charlemagne (800) et continué par Jean VIII : onction par le pape, remise du globe et du sceptre, acclamation par le peuple romain, serment de l'empereur de défendre l'Église romaine, de respecter les privilèges du Saint-Siège, de garantir les donations carolingiennes au Patrimoine de Pierre.[77][78]
Bérenger Iᵉʳ devient ainsi le dernier empereur d'origine carolingienne directe de l'histoire latine. Sa mère Gisèle était la fille de l'empereur Louis le Pieux (814-840) — son grand-père maternel — ; il est le descendant légitime, par les femmes, de la dynastie de Charlemagne.
Une doctrine impériale durable
Le sacre de 915 ne sauve pas l'Italie de la crise carolingienne, mais il réaffirme une doctrine durable : c'est le pape qui couronne l'empereur. Le principe du Translatio Imperii posé par Jean VIII entre 875 et 881 — choix actif du pape entre plusieurs candidats — devient la doctrine commune de la chancellerie romaine, et sera repris par Grégoire VII dans la querelle des investitures, par Innocent III dans le décret Venerabilem (1202), par Innocent IV au concile de Lyon (1245), jusqu'au sacre de Charles Quint à Bologne par Clément VII en 1530 — dernier couronnement impérial pontifical de l'histoire.
L'échec politique de Bérenger
Bérenger Iᵉʳ ne tiendra pas longtemps. Confronté aux invasions hongroises qui ravagent le Frioul et la Vénétie depuis 899, contraint à un compromis humiliant avec les Magyars à qui il verse un tribut pour les éloigner, défait militairement par ses concurrents italiens, il est assassiné à Vérone le 7 avril 924 par un de ses propres soldats — les sources consultées parlent seulement de « one of his own men », sans nommer l'assassin —, possiblement à l'instigation de Rodolphe II de Bourgogne, son rival au trône italien.[79]
Avec sa mort, l'Italie retombe dans le chaos politique. Le titre impérial est vacant pour la prochaine génération : il faudra attendre le sacre d'Otton Iᵉʳ par Jean XII le 2 février 962 — quarante-sept ans après le sacre de Bérenger — pour qu'un empereur effectif soit restauré en Occident.
La mission croate et les synodes de Split (925 et 928)
Tomislav, premier rex Chroatorum
Depuis la fin du IXᵉ siècle, le duché de Croatie — entité politique réunissant la Croatie de Pannonie et la Croatie dalmate — était dirigé par la dynastie Trpimirović, vassale nominale tantôt de Constantinople tantôt de la cour franque. Vers 910-925, le duc Tomislav unifie sous sa seule autorité les deux Croaties, repousse les Bulgares du tsar Siméon Iᵉʳ vers l'est, et obtient en récompense le titre royal.[80]
C'est Jean X qui, le premier, désigne Tomislav comme « rex » (roi) dans une lettre conservée.
« Jean, évêque, serviteur des serviteurs de Dieu, à son cher fils Tomislav, roi des Croates, et à Mihailo, très excellent duc des Zachlumiens. » — Pape Jean X, adresse de la lettre à Tomislav de Croatie et à Mihailo de Zachlumie, vers 925 (traduit du texte édité par Rački)[81]
C'est l'acte de naissance diplomatique du royaume de Croatie dans la chrétienté latine. Mille ans plus tard, en 1925, le millénaire de cette reconnaissance pontificale sera célébré à Zagreb comme l'un des grands événements fondateurs de la mémoire nationale croate.[82]
Le problème : la liturgie slavonne en Dalmatie
Le territoire pose une question canonique brûlante. La Dalmatie côtière — Zadar, Split (Spalato), Trogir, Šibenik — est de tradition latine depuis l'Antiquité tardive et reconnaît la primauté métropolitaine de l'archevêque de Split. L'arrière-pays croate, christianisé tardivement, utilise la liturgie slavonne héritée des disciples de Cyrille et Méthode expulsés de Moravie après 885 — c'est en particulier le cas du diocèse de Nin, dont l'évêque Grégoire de Nin (Grgur Ninski) revendique la juridiction sur tout le royaume croate.[83]
Jean X tranche en faveur de l'unité latine, mais sans persécution de la liturgie slave. Il envoie en 925 deux légats — Jean évêque d'Ancône et Léon évêque de Palestrina, selon les actes du synode dans l'édition critique de Rački[84] — convoquer un synode à Split sous présidence de l'archevêque Jean de Split, en présence des évêques dalmates, du roi Tomislav et du prince Mihailo de Zachlumie.
Les canons du synode de 925
Les canons du concile de Split (925) statuent :
- Primauté de l'archevêché de Split sur tous les sièges épiscopaux du royaume croate, y compris Nin ;
- Préférence pour le clergé formé en latin : interdiction d'ordonner des évêques ignorants du latin ;
- Tolérance limitée pour la liturgie slavonne : la messe en langue slave reste permise dans les paroisses qui en manquent un clergé latin, mais elle ne peut servir de norme commune ;
- Autorité métropolitaine maintenue pour l'archevêque de Split contre les prétentions juridictionnelles de Nin.[85][86][87]
Les canons ne suppriment pas la liturgie slave — Jean X reprend ici la doctrine équilibrée de Jean VIII dans Industriae tuae (880). Mais ils subordonnent clairement l'usage slavon à l'autorité latine de Split. C'est une solution de compromis qui préserve la pluralité linguistique sans laisser se constituer un séparatisme ecclésial croate.
Le second concile de 928 et la disparition du siège de Nin
L'évêque Grégoire de Nin n'accepte pas le verdict. Il fait appel à Rome contre la décision de Split. Mais Jean X est déposé en mai/juin 928 avant que l'appel soit tranché : c'est son successeur Léon VI (mai-décembre 928) qui statue. Un second concile à Split, tenu en 928 sous la présidence du légat Madalbert, confirme les canons de 925 et supprime le siège épiscopal de Nin comme entité autonome — Grégoire de Nin est invité à devenir évêque d'une autre cité.[88]
La décision sera mal vécue par la mémoire croate ultérieure : Grégoire de Nin reste un héros national de la défense de la langue vernaculaire, immortalisé par la statue monumentale d'Ivan Meštrović érigée à Split en 1929. Mais sur le plan canonique, le verdict pontifical a tenu : l'archevêché de Split reste jusqu'au XXᵉ siècle le siège métropolitain de la Dalmatie catholique.
La diplomatie bulgare avec le tsar Siméon Iᵉʳ
Siméon le Grand et le rêve d'une Bulgarie chrétienne
À l'est du royaume croate, le tsarat bulgare vit sous le règne de Siméon Iᵉʳ le Grand (893-927) sa période la plus brillante. Fils de Boris-Michel Iᵉʳ (le tsar qui avait converti la Bulgarie au christianisme byzantin en 864), Siméon a étudié la théologie et la rhétorique à Constantinople, ce qui lui vaut le surnom de « semi-Grec ». Il rêve de conquérir Constantinople, d'unir les couronnes bulgare et byzantine, et d'établir une « Romanie slave » dont il serait le basileus.[89]
Las des frictions ecclésiastiques avec le patriarcat de Constantinople — qui refuse de reconnaître son autocéphalie patriarcale —, Siméon se tourne vers Rome. Il envoie à Jean X une ambassade pour discuter de la possibilité d'un transfert d'obédience de l'Église bulgare au Siège apostolique.
Obédience proposée, lettres de paix, sans couronnement romain
Jean X accepte le principe de l'obédience romaine envisagée. Il envoie des légats, qui ne parviennent que jusqu'à Constantinople, et des lettres qui exhortent Siméon à la paix avec l'Empire byzantin : c'est le degré exact attesté par les sources conservées — offre d'obédience et négociation, sans couronnement romain ni confirmation documentée du titre impérial par Rome.[90][91][92]
Après Siméon : la paix byzantine de 927, sans couronnement romain
Siméon meurt le 27 mai 927. Son fils Pierre Iᵉʳ lui succède et conclut dès l'automne la paix avec Byzance : reçu par l'empereur Romain Iᵉʳ Lécapène, il épouse sa petite-fille Marie à l'automne 927 (le 8 octobre ou le 8 novembre selon les synthèses) et obtient la reconnaissance byzantine de son titre impérial et de la dignité patriarcale bulgare.[93] L'obédience romaine envisagée sous Siméon ne se réalise pas : l'Église bulgare reste dans l'orbite de Constantinople.
Aucune source conservée n'atteste un couronnement de Pierre Iᵉʳ par des légats de Jean X. L'épisode, parfois rattaché à l'évêque Madalbert, repose sur une confusion : Madalbert — ou Madalberta — est le légat du second synode de Split (928), réuni sous Léon VI.[94]
Reste à l'actif de Jean X l'ouverture diplomatique vers le souverain bulgare — offre d'obédience reçue, légats et lettres de paix envoyés —, geste sans lendemain mais significatif de la portée européenne de sa chancellerie : entre Rome, Constantinople, Pavie, Split et Preslav, le pape de Tossignano a tenu en main les fils de la politique chrétienne dans la première moitié du Xᵉ siècle.
La fondation de Cluny et l'esprit monastique
Le 11 septembre 909 : un acte fondateur
Le 11 septembre 909 (910 selon certaines datations), à Bourges, Guillaume Iᵉʳ duc d'Aquitaine signe la charte de fondation d'un nouveau monastère sur ses terres bourguignonnes, au lieu-dit Cluniacum. Il en confie la direction au bénédictin Bernon, abbé de Baume-les-Messieurs, et place le monastère sous la dépendance directe du Saint-Siège — sans aucune juridiction épiscopale ou seigneuriale intermédiaire.[95]
Le geste paraît mineur en 909. Le monde monastique compte alors des centaines d'abbayes soumises à des seigneurs féodaux qui les considèrent comme des propriétés patrimoniales. La spécificité de Cluny — l'exemption pontificale — la libère de ce schéma et l'inscrit dans une dépendance unique au pape de Rome.
Cluny : un privilège de Jean X seulement allégué par la tradition
La tradition historiographique attribue à Jean X, probablement au début des années 920, un privilège qui aurait confirmé l'exemption de Cluny et approuvé la rigueur de sa règle bénédictine.[96][97] Mais le texte ne nous est pas parvenu, et le bullaire clunisien ne conserve aucune bulle de Jean X : en l'état des sources, l'attribution reste une tradition non documentée. Le premier privilège pontifical pour Cluny formellement conservé est la bulle de Jean XI (mars 931), qui place l'abbaye sous la tutelle romaine et autorise l'abbé Odon à réformer d'autres monastères ; Grégoire V en 998 y ajoute l'exemption vis-à-vis de l'évêché de Mâcon, étendue ensuite à toutes les abbayes clunisiennes par Jean XIX en 1024.[98]
L'enjeu théologique est important. La confirmation pontificale n'est pas seulement une formalité administrative : elle inscrit Cluny dans la dépendance directe de Pierre et lui confère une autorité spirituelle particulière. Le monastère pourra, sous ses grands abbés des Xᵉ-XIᵉ siècles, fonder ou réformer des centaines d'autres monastères qui dépendront tous, par cascade, du privilège romain originel.
Une semence pour la réforme grégorienne
Sous Odon (927-942), Mayeul (954-994), Odilon (994-1049) et Hugues le Grand (1049-1109), Cluny deviendra le principal centre spirituel et politique de la chrétienté occidentale. Plus de mille abbayes dépendront directement ou indirectement du maître de Cluny. La grande réforme grégorienne du XIᵉ siècle naîtra des cercles clunisiens : Grégoire VII lui-même, Hildebrand, avait été moine à Saint-Marie-de-l'Aventin à Rome — branche romaine de la spiritualité clunisienne.
Jean X ne voit pas ces conséquences. Mais en accordant — selon la tradition — un privilège à Bernon vers 920, il aurait inscrit dans le droit pontifical une matrice qui transformera l'Europe deux siècles plus tard. Un pape souvent jugé compromis avec la noblesse aristocratique de Rome est ainsi, paradoxalement, l'un des fondateurs juridiques de la spiritualité qui balaiera cette aristocratie un siècle et demi plus tard.
La fin tragique (mai/juin 928)
La séquence des morts (924-925)
Le retournement commence en 924. Le 7 avril 924, Bérenger Iᵉʳ — pilier de la politique italienne de Jean X — est assassiné à Vérone.[99] Sans empereur ni roi puissant d'Italie, Jean X perd son principal contrepoids à la maison Tusculane. La même année, le frère du pape, Pierre, est nommé duc de Spolète après l'extinction de la maison spolétaine — un geste qui, rétrospectivement, sera reproché à Jean X comme du népotisme, mais qui répondait à la nécessité de fidéliser un grand fief stratégiquement situé.
En 924-925, Théophylacte Iᵉʳ lui-même meurt. Albéric Iᵉʳ de Spolète — gendre de Théophylacte et père d'Albéric II — est assassiné à Orte peu après, en 924 ou 926 (la date exacte est incertaine).[100] Pour la première fois depuis l'élection de Jean X, la maison Tusculane se trouve sans chef masculin de prestige. Marozia, fille de Théophylacte, veuve d'Albéric Iᵉʳ, prend le contrôle de la maison et de ses milices romaines.
Hugues de Provence et la riposte papale
Pour contrer la prise de pouvoir féminine de Marozia, Jean X fait appel à un nouveau souverain extérieur : Hugues de Provence (Hugues d'Arles), arrière-petit-fils de Lothaire Iᵉʳ par sa mère Berthe — elle-même fille de Lothaire II —, comte de Provence, devenu roi d'Italie en 926 après l'effondrement post-Bérenger. Le pape espère qu'Hugues, fort de sa base provençale, pourra équilibrer le poids des Théophylactiens et rétablir l'autonomie politique du Saint-Siège.[101][102]
Marozia comprend la manœuvre. Le rapprochement Jean X / Hugues est une menace existentielle pour la maison Tusculane. Elle épouse alors en secondes noces Guido (Gui) de Toscane, marquis de Toscane — demi-frère d'Hugues par leur mère commune Berthe, mais son rival politique dans la péninsule. Le couple Marozia-Guido dispose de troupes toscanes mobilisables sur Rome.
Le coup d'État (mai/juin 928)
En mai ou juin 928 (les sources diffèrent sur le mois exact), Marozia et Guido de Toscane marchent sur Rome. Ils prennent d'assaut le palais du Latran, où réside le pape avec sa cour. Pierre, frère de Jean X, duc de Spolète, présent au Latran pour défendre son frère, est tué sous les yeux du pape lors de l'assaut, par les hommes de Marozia et de Guido.[103][104]
Jean X est capturé. Marozia le dépose et le fait transférer dans le château Saint-Ange — l'ancien mausolée d'Hadrien, devenu au haut Moyen Âge une forteresse dominant Rome. Le pape y reste emprisonné dans des cellules décrites par les sources médiévales comme dures et insalubres.
L'étouffement (selon Liutprand) ou la mort d'angoisse (selon Flodoard)
Les sources sur la mort exacte de Jean X divergent.
Liutprand de Crémone, dans l'Antapodosis, livre III, ch. 43, affirme que le pape fut étouffé sous un coussin par les sbires de Marozia, peu après son arrestation — version reprise par les Annales de Bénévent (Mann, vol. IV), mais que Flodoard et le Liber Pontificalis ne confirment pas.[105][106]
Flodoard de Reims, dans ses Annales (notice classée sub anno 929 — année annalistique), écrit plus sobrement que Jean X « mourut, consumé par l'angoisse » (« actus angore defungitur ») dans sa prison.[107] Flodoard est plus proche des faits chronologiquement (les Annales couvrent 919-966), et moins polémique que Liutprand. Sa formule peut désigner soit une mort naturelle dans des conditions de détention déplorables, soit un euphémisme pour un meurtre dont il n'a pas la preuve.
| Source | Date écriture | Distance des faits | Récit | Évaluation |
|---|---|---|---|---|
| Liutprand de Crémone (Antapodosis) | vers 958-962 | ~30-35 ans | Étouffé sous un coussin par les sbires de Marozia | Polémique, hostile aux Théophylactiens |
| Flodoard de Reims (Annales) | années 920-960 | quasi-contemporain | « Mort d'angoisse » dans la prison du Latran | Sobre, peu enclin au sensationnel |
| Liber Pontificalis | Xᵉ siècle romain | proche | Silence sur les circonstances | Notice abrégée, prudence romaine |
Le consensus historiographique
L'historiographie moderne converge sur les éléments suivants : 1) Jean X a été déposé et emprisonné par Marozia et Guido de Toscane au printemps 928 — fait certain ; 2) il est mort en prison dans des conditions violentes au sens large (mauvais traitements, isolement, anxiété, possiblement étouffement) — fait probable ; 3) il est mort en mai 928 — mai ou juin selon les chronologies, à quelques semaines près ; la notice de Flodoard, classée sub anno 929, relève de l'année annalistique, non d'une survie jusqu'en 929.[108][109][110][111]
Le détail du coussin rapporté par Liutprand n'est pas absurde en soi — c'est une technique d'assassinat discrète pratiquée dans plusieurs cours médiévales —, mais comme il n'est confirmé par aucune autre source et qu'il sort de la plume la plus partiale sur le pontificat, il faut le tenir pour possible mais non démontré.
Sépulture et mémoire
La sépulture de Jean X n'est connue qu'au degré de l'hypothèse : selon Rodolfo Lanciani (Pagan and Christian Rome, 1892, chap. V, p. 235), Marozia, pour dissiper les soupçons de mort violente, l'aurait fait inhumer avec les honneurs près du portail médian du Latran, au pied de la nef — Lanciani renvoyant lui-même à la description de la pierre tombale par Jean le Diacre du Latran.[112][113] Cette sépulture, si elle fut là, n'a pas survécu aux remaniements de la basilique aux XIIIᵉ et XVIIᵉ siècles.
Ainsi périt, dans sa prison du château Saint-Ange, le pape qui avait défait les Sarrasins du Garigliano, couronné Bérenger empereur et reconnu Tomislav roi des Croates. La cité qu'il avait servie le rendit à la terre du Latran, sans gloire ni couronne. — Paraphrase synthétique d'après Johann P. Kirsch et Ferdinand Gregorovius (et non citation verbatim).[114][115]
Chronologie
- vers 860-865Naissance à TossignanoRomagne pontificale, fils d'un Jean homonyme
Jean naît dans la petite ville de Tossignano (auj. Borgo Tossignano, province de Bologne) en Romagne pontificale.[116]
- années 880-890Diacre à Bologneentrée dans la carrière ecclésiale
- vers 905Archevêque de Ravennedésigné vers 905 (consécrateur non documenté)
Jean est appelé au siège métropolitain de Ravenne, second siège épiscopal d'Italie — les synthèses modernes le donnent pour consacré par le pape Sergius III.[119]
- 5 février 914Encore archevêque de Ravenneacte daté avant l'élection
Un acte officiel mentionne Jean comme archevêque de Ravenne : terminus ad quem de la transition vers le pontificat.[120]
- mars 914Élection au Siège apostoliquesuccesseur de Lando
Jean est élu pape avec l'appui de la maison de Théophylacte et de Théodora ; transfert canoniquement litigieux du siège de Ravenne à celui de Rome.[121]
- 914-915Forgeage de la coalition anti-sarrasineambassades à Pavie, Bénévent, Constantinople
Le pape multiplie les ambassades pour réunir Bérenger Iᵉʳ, les Théophylactiens, Albéric de Spolète, les princes lombards du Sud et la flotte byzantine contre la base sarrasine du Garigliano.
- printemps 915Premiers engagementsCampo Baccano et Tivoli-Vicovaro
Engagements préliminaires au nord de Rome contre les colonnes sarrasines, victoires partielles qui repoussent l'ennemi vers sa base du Garigliano.[122]
- juin-août 915Bataille du Gariglianosiège de trois mois, victoire chrétienne
Siège de la base sarrasine, sortie suicidaire des Sarrasins en août, massacre dans les marais et bois ; fin de la base et des raids directs sur le Latium et la Campanie.[123]
- 3 décembre 915Couronnement de Bérenger Iᵉʳbasilique Saint-Pierre
Jean X couronne Bérenger Iᵉʳ empereur des Romains à Saint-Pierre, premier sacre impérial depuis Louis l'Aveugle (901).[124]
- vers 920Privilège pour Cluny (tradition)attribution non documentée
- 7 avril 924Assassinat de Bérenger Iᵉʳà Vérone par un de ses soldats
L'empereur couronné neuf ans plus tôt est tué à Vérone ; la papauté perd son principal contrepoids à la maison Tusculane.[127]
- 925Synode de Splitlégats Jean d'Ancône et Léon de Palestrina
Le synode reconnaît Tomislav comme rex Chroatorum, confirme la primauté de Split, restreint la liturgie slavonne ; lettres de Jean X à Tomislav et à Mihailo de Zachlumie.[128]
- 924-926Mort de Théophylacte Iᵉʳ ; chute d'Albéric IᵉʳMarozia prend la maison Tusculane
Mort du sénateur fondateur de la maison (924/925) ; Albéric Iᵉʳ, son gendre, est assassiné à Orte en 924 ou 926 — la date exacte est incertaine. Marozia, veuve d'Albéric, accède au pouvoir effectif à Rome.[129]
- 926Appel à Hugues de Provenceriposte papale au pouvoir des Théophylactiens
Jean X soutient l'élection d'Hugues de Provence comme roi d'Italie pour équilibrer la maison Tusculane.[130]
- 27 mai 927Mort du tsar Siméon Iᵉʳouverture diplomatique manquée avec la Bulgarie
- 928Second synode de Split (sous Léon VI)légat Madalbert, confirmation des canons de 925
- mai/juin 928Coup d'État de Marozia et Guidomeurtre de Pierre, frère du pape
Marozia et son nouveau mari Guido de Toscane prennent d'assaut le palais du Latran, tuent Pierre duc de Spolète, frère du pape, sous les yeux du pontife.[133]
- mai/juin 928Emprisonnement et mort au Castel Sant'Angeloétouffé selon Liutprand, mort d'angoisse selon Flodoard
Héritage
La réhabilitation moderne d'un pape calomnié
L'évaluation historique de Jean X a connu deux temps. Pendant mille ans — du Xᵉ siècle au début du XXᵉ siècle —, la mémoire latine a retenu surtout les accusations de Liutprand : l'amant de Théodora, le pape compromis, la fin scandaleuse. La Réforme protestante au XVIᵉ siècle a amplifié ces récits comme illustration de la corruption inhérente du système papal médiéval.
Le renversement vient des historiens du XIXᵉ et du XXᵉ siècle. Ferdinand Gregorovius, dans sa monumentale Geschichte der Stadt Rom im Mittelalter (Stuttgart, 1859-1872), opère la première réhabilitation complète sur la base d'une critique systématique des sources : Liutprand est tardif et hostile ; Eugène Vulgarius est contemporain et favorable à Théodora ; Flodoard est sobre et chronologiquement proche.
Présentation synthétique d'après Gregorovius (vol. III, livre VI) : un pape qui tente de soustraire le Siège apostolique à la domination des maisons aristocratiques en restaurant un pouvoir impérial italien.[137]
Johann Peter Kirsch confirme cette réhabilitation dans la Catholic Encyclopedia (vol. 8, 1910) — il rejette explicitement les calomnies de Liutprand comme tardives, hostiles aux Théophylactiens, et non confirmées par aucune source contemporaine.[138] Horace Kinder Mann restaure les faits politiques du pontificat dans The Lives of the Popes in the Early Middle Ages (vol. IV, Londres, 1910) ; Giacinto Romano, Girolamo Arnaldi, John W. O'Malley prolongent au XXᵉ et au XXIᵉ siècle. L'historiographie moderne voit en Jean X l'un des papes les plus remarquables du Xᵉ siècle, anticipant — par son ambition territoriale, sa diplomatie européenne, son soutien à Cluny — la grande tradition pontificale qui culminera avec Léon IX et Grégoire VII au XIᵉ siècle.
L'héritage croate et balkanique
L'héritage le plus durable de Jean X est sans doute son œuvre balkanique. La reconnaissance pontificale de Tomislav comme rex Chroatorum en 925 est l'acte fondateur de la chrétienté croate dans la mouvance latine. Mille ans plus tard, en 1925, le millénaire de cette reconnaissance fut célébré à Zagreb comme l'un des grands événements fondateurs de la mémoire nationale croate.[139]
Le synode de Split (925, confirmé par un second synode en 928 sous Léon VI) a fixé pour mille ans le statut linguistique de l'Église croate : primauté latine, tolérance encadrée de la liturgie slavonne. Ce compromis a permis à la Croatie de rester dans la communion romaine quand la Serbie et la Bulgarie ont basculé dans l'orbite byzantine après le grand schisme de 1054. La séparation confessionnelle entre Croates catholiques et Serbes orthodoxes, qui structurera l'histoire balkanique jusqu'au XXᵉ siècle, prend en partie ses racines dans les décisions de Split de 925.
En Bulgarie, l'épisode de l'obédience romaine fut moins durable — sous Pierre Iᵉʳ, l'Église bulgare basculera de nouveau vers l'obédience byzantine —, mais le précédent diplomatique posé par Jean X (un pape qui reçoit l'offre d'obédience d'un souverain slave et lui répond par des lettres de paix) restera dans la mémoire des chancelleries balkaniques.
La doctrine impériale prolongée
Le sacre de Bérenger prolonge la doctrine du Translatio Imperii formulée par Jean VIII. Aucun pape entre 881 et 962 ne couronnera empereur sauf Jean X. Quand Otton Iᵉʳ recevra la couronne impériale de Jean XII le 2 février 962, il sera l'héritier direct du précédent de Bérenger 915 — qui était lui-même l'héritier de Charles le Gros 881. Une chaîne ininterrompue relie ces trois sacres.
La doctrine sera reprise et renforcée par Grégoire VII dans le Dictatus Papae (1075), par Innocent III dans Venerabilem (1202), jusqu'au sacre de Charles Quint en 1530. C'est l'armature idéologique de la chrétienté médiévale, et Jean X en est un maillon discret mais essentiel.
Une matrice spirituelle : Cluny
L'héritage le plus paradoxal est sans doute spirituel. Un pape souvent jugé compromis avec la noblesse de Rome a inscrit dans le droit pontifical la matrice juridique d'un mouvement monastique qui réformera l'Église un siècle et demi plus tard contre cette même noblesse. Sans la protection romaine — dont la tradition attribue la première confirmation à Jean X —, la réforme grégorienne du XIᵉ siècle n'aurait pas eu sa base juridique romaine. C'est une de ces ironies de l'histoire dont la Providence semble friande : le pape de la pornocratie a planté la semence qui ferait surgir saint Odon, saint Odilon, saint Hugues et saint Grégoire VII.
Le pape entre deux mondes
Jean X se tient à la charnière de deux mondes. Derrière lui, la papauté carolingienne universelle de Nicolas Iᵉʳ, Adrien II et Jean VIII — gloire qui s'éteint après son assassinat. Devant lui, la pornocratie romaine des Théophylactiens (Léon VI, Étienne VII, Jean XI fils de Marozia, le scandaleux Jean XII couronnant Otton) — siècle noir qui s'achèvera seulement avec la réforme grégorienne.
Jean X est le dernier sursaut de la grande papauté carolingienne avant la chute. Sa victoire du Garigliano, son sacre de Bérenger, sa diplomatie balkanique, son soutien à Cluny : tous ces actes appartiennent à la grande tradition des papes universels du IXᵉ siècle. Sa fin tragique est, hélas, la première carte d'un jeu qui finira par dominer la chaire de Pierre pendant un siècle entier.
Pour aller plus loin
- Pape Jean VIII (872-882) — le grand prédécesseur dont Jean X prolonge la doctrine impériale et l'esprit militaire.
- Pape saint Nicolas Iᵉʳ (858-867) — modèle lointain de gouvernement universel du IXᵉ siècle.
- Pape Lando (913-914) — prédécesseur immédiat de Jean X.
- Pape Léon VI (928) — successeur immédiat, premier pape de la pornocratie tusculane.
- Pape Formose (891-896) — pape dont les ordinations annulées et restaurées agitent encore Rome au temps de Jean X.
- Pape Sergius III (904-911) — pape qui consacre Jean comme archevêque de Ravenne vers 905.
- Pape Jean XI (931-935) — fils de Marozia, installé sur le siège de Pierre après la liquidation de Jean X.
- Pape Jean XII (955-964) — héritier de la maison Tusculane et couronneur d'Otton Iᵉʳ en 962.
- La bataille du Garigliano (915) — la grande victoire chrétienne contre les Sarrasins.
- Le concile de Split (925) — fondation canonique de l'Église croate latine.
- Saints Cyrille et Méthode — héritage liturgique slavon dont le synode de Split fixe le statut canonique en Croatie.
- Le Castel Sant'Angelo — mausolée d'Hadrien transformé en forteresse pontificale, prison de Jean X en 928.
- Saint Odon de Cluny — second abbé qui hérite du privilège que la tradition attribue à Jean X.
- Pape saint Grégoire VII (1073-1085) — réformateur de l'Église romaine dont la matrice juridique est la lignée clunisienne que la tradition fait remonter à Jean X.
Notes et références
Numérotation traditionnelle : Jean X (Iohannes X), 122ᵉ pape de l'Église catholique, pontificat mars 914 – mai/juin 928, né à Tossignano en Romagne — numérotation reprise par Johann P. Kirsch dans la Catholic Encyclopedia (vol. 8, 1910). Il n'existe pas de fiche individuelle en ligne pour ce pontife sur vatican.va ; l'adjectif « officielle » a été retiré dans l'attente d'une vérification directe de l'Annuario Pontificio.
1 121Johann Peter Kirsch, "Pope John X", The Catholic Encyclopedia, vol. 8, New York, Robert Appleton Company, 1910 ; texte repris sur New Advent : https://www.newadvent.org/cathen/08425b.htm (l'attribution antérieure à Horace K. Mann était erronée : la notice est signée J.P. Kirsch). La notice dit exactement : né à Tossignano en Romagne ; d'abord diacre à Bologne ; archevêque de Ravenne vers 905 comme successeur de Kailo ; fait pape en succession de Lando sous l'influence des nobles dominants à Rome ; mort à Rome en 928. Elle ne nomme ni l'évêque de Bologne sous lequel Jean servit, ni son consécrateur à Ravenne. Synthèse utilisée pour l'origine, la diaconie bolognaise, Ravenne vers 905, l'élection de mars 914, la victoire du Garigliano (que la notice date d'août 916 — variante 915/916 : la chronologie moderne retient le siège de juin à août 915), le couronnement de Bérenger en 915, le synode de Split, les affaires bulgares, la mort en 928. La notice rejette explicitement les calomnies de Liutprand sur la relation Jean X / Théodora. Page New Advent revérifiée le 4 octobre 2026 : texte stable et conforme au résumé ci-dessus (y compris la rumeur de l'étouffement « peu digne de foi » face à Flodoard, et la sépulture probable au Latran).
2 4 8 12 18 22 25 30 35 42 52 55 57 61 65 66 78 87 91 101 104 108 114 116 117 120 130 138"Pope John X", Wikipedia (consultée le 4 juin 2026, revérifiée le 4 octobre 2026) : https://en.wikipedia.org/wiki/Pope_John_X. Synthèse utilisée pour la chronologie du pontificat, le rôle de Théodora et de Théophylacte, le caractère canoniquement litigieux du transfert de Ravenne à Rome (concile du Latran de 769), la victoire du Garigliano, le sacre de Bérenger, le concile de Split, la diplomatie bulgare, le conflit avec Marozia, l'étouffement vs mort d'angoisse, la sépulture au Latran selon les synthèses modernes (Lanciani, chap. V, p. 235, donne « près du portail médian, au pied de la nef » et renvoie à la description de la pierre tombale par Jean le Diacre du Latran — voir note dédiée), le détail selon lequel Jean, sur le point de succéder à Pierre comme évêque de Bologne, aurait été consacré archevêque de Ravenne en 905 par Sergius III — attribution des synthèses modernes, sans confirmation dans les sources contemporaines conservées. Nouveauté au 4 octobre 2026 : le chapô donne désormais le jour précis du décès (« died 28 May 928 »), non repris ici — l'article s'en tient à mai/juin 928.
3 56 58 59 60 62 64 92 102 109 113 118 119"Battle of Garigliano (915)", Wikipedia (consultée le 4 juin 2026, revérifiée le 4 octobre 2026) : https://en.wikipedia.org/wiki/Battle_of_Garigliano_(915). Base sarrasine établie après les raids de la seconde moitié du IXᵉ siècle près de l'antique Minturnae, passée du contrôle aghlabide au contrôle fatimide en 909. Engagements préliminaires à Campo Baccano (Via Cassia), Tivoli, Vicovaro. Siège de juin à août 915. Sortie suicidaire des Sarrasins qui brûlent leurs propres maisons et tentent de gagner la mer ; tous capturés et exécutés. Commandants chrétiens : pape Jean X (en personne), Albéric Iᵉʳ de Spolète, Landulf Iᵉʳ de Bénévent-Capoue, Jean Iᵉʳ de Gaète, Grégoire IV de Naples, Guaimar II de Salerne, stratège byzantin Nicolas Picingli.
5 16 19 69 70 71 72 122"Berengar I of Italy", Wikipedia (consultée le 4 juin 2026, revérifiée le 4 octobre 2026) : https://en.wikipedia.org/wiki/Berengar_I_of_Italy. Roi d'Italie depuis 888, couronné empereur par Jean X en décembre 915 à Saint-Pierre de Rome après la victoire du Garigliano. Tentatives infructueuses face aux invasions hongroises sur le Frioul. Assassiné à Vérone le 7 avril 924 par un de ses propres soldats (« one of his own men » selon les synthèses consultées, qui ne nomment pas l'assassin), possiblement à l'instigation de Rodolphe II de Bourgogne.
6 24 26 76 77 79 99 124 127"Tomislav of Croatia", Wikipedia (consultée le 4 juin 2026, revérifiée le 4 octobre 2026) : https://en.wikipedia.org/wiki/Tomislav_of_Croatia. Roi de Croatie vers 925 (forme latine « Tamisclaus »), premier souverain croate reconnu comme « rex » par la chancellerie pontificale. Lettre de Jean X conservée : « dilecto filio Tamislao regi Chroatorum » — forme contrôlée mot à mot dans Rački, p. 189-190 (voir note dédiée). Synode de Split 925 sous les légats de Jean X ; second synode en 928 sous Léon VI (légat Madalbert).
7 27 80 82 139"Pope John X", Encyclopædia Britannica (consultée le 4 juin 2026) : https://www.britannica.com/biography/John-X. Origine à Tossignano près d'Imola, archevêque de Ravenne, élection mars 914, confirmation de la règle sévère de Cluny, alliance avec Constantin (VII) et Bérenger Iᵉʳ, victoire d'août 915 sur les Sarrasins du Garigliano avec Théophylacte et Albéric Iᵉʳ de Spolète, couronnement impérial en décembre, appel à Hugues d'Italie après la mort de Bérenger en 924, conflit avec Marozia, emprisonnement au Castel Sant'Angelo et probable étouffement. Page live non revérifiable directement le 4 octobre 2026 (protection anti-robot) ; teneur confirmée par ailleurs — y compris la confirmation clunisienne, relayée aussi par Gregorovius via Mann (vol. IV) — et inchangée dans les miroirs consultés.
9 32 96 110 125"Cluny Abbey", Wikipedia (consultée le 4 juin 2026, revérifiée le 4 octobre 2026) : https://en.wikipedia.org/wiki/Cluny_Abbey. Fondation par Guillaume Iᵉʳ duc d'Aquitaine le 11 septembre 909, sous la direction du premier abbé Bernon de Baume. La page ne mentionne aucun privilège de Jean X — seuls Jean XI (931), Grégoire V et Jean XIX y figurent — ce qui corrobore le statut « tradition non documentée » retenu dans le corps. Exemption pontificale et dépendance directe du Saint-Siège dès la charte de fondation. Privilèges pontificaux successifs au Xᵉ siècle ; un privilège de Jean X au début des années 920 est allégué par la tradition, sans texte conservé. Le premier privilège formellement conservé est la bulle de Jean XI (mars 931) en faveur de l'abbé Odon ; Grégoire V en 998 y ajoute l'exemption vis-à-vis de l'évêché de Mâcon, étendue à toutes les abbayes clunisiennes par Jean XIX en 1024 — voir "Cluniac Order", Wikipedia.
10 31 33 95 97 98 126"Marozia", Wikipedia (consultée le 4 juin 2026, revérifiée le 4 octobre 2026) : https://en.wikipedia.org/wiki/Marozia. Fille de Théophylacte Iᵉʳ et de Théodora, mariée successivement à Albéric Iᵉʳ de Spolète, Guido de Toscane, puis Hugues de Provence. Coup d'État de 928 : attaque du palais du Latran avec Guido de Toscane, arrestation de Jean X, emprisonnement au Castel Sant'Angelo, étouffement sous un coussin selon Liutprand ou mort d'angoisse en captivité selon Flodoard. Prise de pouvoir effective à Rome et installation de papes-marionnettes (Léon VI, Étienne VII, Jean XI son propre fils).
11 34 36 103 133Le substantif français « pornocratie » (allemand Pornokratie, du grec pornokratiā, « gouvernement des courtisanes ») est un usage moderne, forgé par des théologiens protestants allemands au XIXᵉ siècle pour désigner la période 904-963 où la maison Tusculane (Théophylacte Iᵉʳ, Théodora, Marozia, Albéric II) domine effectivement le Siège apostolique. Le cardinal Cesare Baronio († 1607), lui, décrivait cette période comme un âge obscur (saeculum obscurum) dans ses Annales Ecclesiastici (12 vol., Rome, 1588-1607), en s'appuyant principalement sur Liutprand de Crémone. Le terme moderne, polémique d'origine, est conservé par l'historiographie comme étiquette descriptive sans approbation morale. Voir aussi Peter Llewellyn, Rome in the Dark Ages, Faber, Londres, 1971.
13 39 40Ferdinand Gregorovius (1821-1891), Geschichte der Stadt Rom im Mittelalter, J.G. Cotta'sche Buchhandlung, Stuttgart, 1859-1872, 8 vol. ; traduction française : Histoire de la Ville de Rome au Moyen Âge, Paris, 1873-1876. Vol. III, livre VI, sur le pontificat de Jean X : première réhabilitation systématique du pape contre la tradition liutprandienne — Jean X y est présenté comme l'un des grands papes du siècle, qui tente de soustraire le Siège apostolique aux maisons aristocratiques en restaurant un pouvoir impérial italien. Présenté ici en paraphrase : le verbatim français anciennement cité n'a pu être retrouvé à la page exacte dans les éditions consultées — mais la teneur est confirmée par le relais qu'en donne Horace K. Mann, The Lives of the Popes in the Early Middle Ages, vol. IV, Londres, 1910 (contrôlé sur le texte numérisé) : Gregorovius juge Jean X « superior to John VIII » et « the foremost statesman of the age », et conclut qu'il « stands forth amid the darkness of the time as one of the most memorable figures among the Popes », loué pour son activité, ses relations avec toute la chrétienté et sa confirmation de la règle de Cluny.
14 53 67 115 137Liutprand de Crémone, Antapodosis (« Rétribution »), livre II, ch. 44-54, rédigé vers 958-962, sur la victoire du Garigliano de 915 — découpage vérifié sur le texte MGH (ch. 44 : les Sarrasins au Garigliano ; ch. 52 : la flotte impériale remonte le fleuve ; ch. 53-54 : siège et anéantissement). Édition de référence : Joseph Becker (éd.), Liudprandi Cremonensis Opera, dans Monumenta Germaniae Historica, Scriptores rerum Germanicarum in usum scholarum, Hanovre, Hahn, 1915 (3ᵉ éd.) — pagination Becker non contrôlée de visu, chapitres seuls figés ici. Traductions : F. A. Wright (trad.), The Works of Liudprand of Cremona, Routledge, Londres, 1930 (texte, sommaire des chapitres et index : livre II, ch. 44-54 ; dénouement du siège p. 95) ; François Bougard (trad.), Œuvres de Liutprand de Crémone, Brepols, Turnhout, 2018. Liutprand attribue à Jean X le commandement personnel de l'armée chrétienne et donne le récit le plus détaillé du siège et de la fin des Sarrasins.
15 20 73 74 123"Italo-Arab wars" et "Emirate of Sicily", Wikipedia (consultées le 4 juin 2026 ; transfert de 909 corroboré le 4 octobre 2026 par la page « Battle of Garigliano (915) » revérifiée : « In 909, the Aghlabid Dynasty had been overthrown and replaced by the Fatimids »). Implantation de bases sarrasines en Italie continentale dans la seconde moitié du IXᵉ siècle, notamment celle du Garigliano fondée vers 882. Raids vers le Mont-Cassin (886, 889), Subiaco, Rome, le Latium et la Campanie. Transfert du contrôle de la base du Garigliano des Aghlabides d'Ifriqiya aux Fatimides en 909.
17 68Flodoard de Reims, De triumphis Christi (« Les triomphes du Christ »), poème en latin achevé vers 937-939. Édition vérifiée le 4 octobre 2026 d'après la bibliographie d'Edward Roberts (Flodoard of Rheims and the Writing of History in the Tenth Century, Cambridge University Press : « De triumphis Christi, ed. J.-P. Migne, PL, CXXXV (Paris, 1853), cols. 491–886 ») : ensemble du poème aux col. 491-886, dont De triumphis Christi sanctorumque Palaestinae aux col. 491-550, De triumphis Christi Antiochiae gestis aux col. 549-596 et la partie italienne (De triumphis Christi apud Italiam) aux col. 595-886. La partie italienne célèbre la victoire du Garigliano et l'action de Jean X. Source contemporaine de premier ordre sur la mémoire latine de l'événement.
21 47Jean VIII au cap Circé (877) : campagne navale conjointe avec Amalfi et les Grecs, commandée en personne par le pape monté sur une galère — voir D. S. Chambers, Popes, Cardinals and War: The Military Church in Renaissance and Early Modern Europe, Londres–New York, I. B. Tauris, 2006, chap. « Dux et Pontifex » : « John VIII (pope 872–82) in 877 commanded a galley in a joint naval campaign with Amalfitan and Greek forces against the Muslims » (formule confirmée le 4 octobre 2026 sur les extraits consultables en ligne ; exemplaire numérisé sur Internet Archive).
23 75"Synod of Split (925)" et "Councils of Split", Wikipedia (revérifiés le 4 octobre 2026) : synode tenu en 925 sous la présidence des légats romains Jean d'Ancône et Léon de Palestrina, envoyés par le pape Jean X. Présence du roi Tomislav et du prince Mihailo de Zachlumie. Canons sur la primauté de l'archevêché de Split, l'ordination en latin et la restriction de la liturgie slavonne ; opposition de Grégoire évêque de Nin. Second synode réuni en 928 sous le pontificat de Léon VI (mai-décembre 928) — Jean X ayant été déposé en mai/juin 928 —, présidé par le légat Madalbert (Madalberta), confirmant les canons et supprimant le siège épiscopal de Nin comme entité autonome ; Grégoire reçoit ensuite le siège de Skradin sur ordre de Léon VI. Voir "Councils of Split", Wikipedia, et "Leo VI", Encyclopædia Britannica (son acte principal fut le règlement de la juridiction dalmate). Note : la synthèse anglophone écrit par erreur « Leon, Bishop of Palestine » — il n'existe pas de siège latin de ce nom en 925 ; les lettres pontificales conservées nomment « Jean de l'Église d'Ancône et Léon de l'Église de Palestrina » (l'antique Préneste, siège suburbicaire), comme le retient le corps de l'article. Voir aussi Lujo Margetić, Hrvatska država u doba narodnih vladara (« L'État croate à l'époque des souverains nationaux »), Zagreb, 2009, sur l'analyse juridique des canons.
28 83 85 88 94 128 132"Simeon I of Bulgaria", "Peter I of Bulgaria" et "Byzantine–Bulgarian Treaty of 927", Wikipedia (consultées le 3 octobre 2026, revérifiées le 4 octobre 2026). Tsar Siméon Iᵉʳ (893-927), mort le 27 mai 927. Pierre Iᵉʳ conclut la paix avec l'empereur Romain Iᵉʳ Lécapène à l'automne 927 (mariage avec Marie — 8 octobre ou 8 novembre selon les synthèses) avec reconnaissance byzantine du titre impérial bulgare et de la dignité patriarcale. Aucune source conservée n'atteste un couronnement de Pierre Iᵉʳ par des légats de Jean X.
29 89 90 93 131Liutprand de Crémone, Antapodosis, livre III, ch. 43 (cote vérifiée : sommaire « In what fashion Pope John was taken captive, put in prison, and killed there », Wright p. 132), sur la mort de Jean X — étouffé sous un coussin par les sbires de Marozia, peu de mois après son arrestation au Castel Sant'Angelo. Version reprise par les Annales de Bénévent, mais non confirmée par les sources contemporaines indépendantes : Flodoard (« actus angore ») et le Liber Pontificalis (silence), ni par Benoît de Soracte — voir Horace K. Mann, The Lives of the Popes in the Early Middle Ages, vol. IV, Londres, 1910 (relais contrôlé sur le texte numérisé). Le libellé latin exact anciennement cité ici n'ayant pu être vérifié dans Becker ni dans Bougard 2018, le passage est donné en paraphrase ; pagination Becker non reprise.
37 105 134Flodoard de Reims (vers 894 - 966), Annales, sub anno 929 : « Johannes papa dum a quadam potenti femina, cognomine Marocia, principatu privatus sub custodia detineretur, ut quidam vi, ut plures astruunt actus angore defungitur » — le pape, privé du pouvoir par Marozia et détenu sous garde, mourut, consumé par l'angoisse (certains disent par violence). Édition de référence : Philippe Lauer (éd.), Les Annales de Flodoard, Paris, 1905, p. 44. Version sobre, plus proche des faits chronologiquement que celle de Liutprand. La formule « actus angore » peut désigner soit une mort naturelle dans des conditions de détention déplorables, soit un euphémisme.
38 46 107 111 135Liutprand de Crémone (vers 920 - 972), évêque lombard, ambassadeur d'Otton Iᵉʳ à Constantinople. Auteur de l'Antapodosis (« Rétribution »), chronique en six livres rédigée vers 958-962 et couvrant les années 887-950. Édition de référence : Joseph Becker (éd.), Liudprandi Cremonensis Opera, dans Monumenta Germaniae Historica, Scriptores rerum Germanicarum in usum scholarum, Hanovre, Hahn, 1915 (3ᵉ éd.). Le caractère partial et tardif de l'œuvre vis-à-vis de la maison Tusculane est unanimement reconnu par l'historiographie moderne ; les calomnies sur Théodora et Jean X sont rejetées comme constructions polémiques (Kirsch 1910 ; Mann, vol. IV, 1910 ; Gregorovius 1862 ; Romano ; Arnaldi ; O'Malley 2010).
41 43Liutprand de Crémone, Antapodosis, livre II, ch. 47-48 (ch. 47 : Jean de Ravenne occupe Rome ; ch. 48 : Théodora et l'élection de 914) et livre III, ch. 43 (arrestation, emprisonnement et mort en 928) — découpage vérifié sur le texte MGH, confirmé par le sommaire des chapitres et l'index de la traduction Wright (« Theodora, Wife of Theophylact, II, xlviii » ; « In what fashion Pope John was taken captive, put in prison, and killed there », III, xliii). Édition de référence : Joseph Becker (éd.), Liudprandi Cremonensis Opera, MGH SRG, Hanovre, Hahn, 1915 (3ᵉ éd.) — pagination Becker non contrôlée de visu, chapitres seuls figés ici. Traductions : F. A. Wright (trad.), The Works of Liudprand of Cremona, Routledge, Londres, 1930 (passage Théodora p. 92 ; mort de Jean X p. 132 : « they put a pillow over his mouth, and cruelly suffocated him ») ; Paolo Squatriti (trad.), The Complete Works of Liudprand of Cremona, Catholic University of America Press, Washington, 2007.
44 106Liber Pontificalis, notice consacrée au pape Jean X, édition de référence : Louis Duchesne, Le Liber Pontificalis : texte, introduction et commentaire, vol. II, Paris, E. de Boccard, 1892, p. 240-241 (cote reprise de la notice Kirsch 1910 ; le numéro de la notice dans la tradition manuscrite n'a pu être vérifié et n'est plus donné). Notice brève, centrée sur l'origine de Tossignano, le parcours via Bologne et Ravenne, l'élection de 914 et la générosité aux basiliques romaines. Silence prudent sur les circonstances de la mort en 928.
45Eugène Vulgarius (vers 870 - vers 928), prêtre napolitain, partisan du parti pro-Formose, exilé à Rome sous Sergius III. Auteur de lettres et de poèmes conservés dans la Patrologia Latina et édités par Paul von Winterfeld dans les Monumenta Germaniae Historica, Poetae Latini aevi Carolini, vol. IV, Berlin, 1899. Ses textes louent ouvertement Théodora comme dame de grande piété et de grande dignité, contredisant frontalement la légende noire forgée par Liutprand un demi-siècle plus tard. Argument central de la réhabilitation moderne du pontificat de Jean X.
48Auxilius de Naples, prêtre franc ordonné par Formose, réfugié à Naples après la persécution sergienne contre les ordinations formosiennes. Auteur de traités apologétiques en faveur de Formose et de la validité de ses ordinations, composés vers 908-911 : Libellus de ordinationibus a papa Formoso factis, Tractatus Infensor et Defensor, Libellus super causa Formosi, In defensionem sacrae ordinationis papae Formosi — édités par Ernst Dümmler, Auxilius und Vulgarius, Leipzig, 1866, et repris dans la Patrologia Latina, vol. 129, col. 1054 sq. Aucun de ces textes, tous antérieurs à mars 914, ne porte sur l'élection de Jean X : l'attribution d'une reconnaissance de 914 à Auxilius, anciennement envisagée ici, est retirée (contrôle effectué le 4 octobre 2026, concluant).
49Philipp Jaffé, Regesta Pontificum Romanorum ab condita Ecclesia ad annum post Christum natum MCXCVIII, 2ᵉ édition revue par Wattenbach, Loewenfeld, Kaltenbrunner, Ewald, Leipzig, Veit, 1885-1888, 2 vol. Référence canonique pour la chronologie et l'inventaire des actes pontificaux jusqu'en 1198, dont le pontificat de Jean X (actes enregistrés au t. I, 2ᵉ éd., p. 449 sq. — cote reprise de la notice Kirsch 1910, revérifiée sur New Advent le 4 octobre 2026).
50Franjo Rački (éd.), Documenta historiae chroaticae periodum antiquam illustrantia, Académie yougoslave des sciences et des arts, Zagreb, 1877, p. 187-200 — édition critique de référence des actes du synode de Split (925-928) et des lettres pontificales correspondantes. Contrôle mot à mot effectué le 4 octobre 2026 sur le texte numérisé (deux exemplaires) : la lettre à Tomislav et Mihailo (p. 189-190) s'ouvre par « Johannes episcopus, servus servorum dei, dilecto filio Tamislao regi Chroatorum et Michaeli excellentissimo duci Chulmorum » — « Tamislao » sans c, « Chroatorum » avec h ; les légats y sont nommés « Johannem... anchonitanae ecclesiae, Leonem... palestrinensem episcopum ». L'ancienne forme « Tamisclao / Crouatorum » est corrigée en conséquence dans le corps.
51 81 84 86John W. O'Malley S.J., A History of the Popes: From Peter to the Present, Sheed & Ward, Lanham, 2010, ISBN 978-1-58051-227-5, p. 95-96, sur le pontificat de Jean X. Synthèse historiographique de référence en anglais. L'appréciation flatteuse anciennement attribuée ici à O'Malley (« meilleurs papes du Xᵉ siècle aux côtés de Léon IX et Grégoire VII ») n'a pu être vérifiée sur l'ouvrage dans cette session ; elle est retirée en attendant collation — d'autant que Léon IX (1049-1054) et Grégoire VII (1073-1085) appartiennent au XIᵉ siècle, non au Xᵉ.
54La maison de Théophylacte Iᵉʳ de Tusculum (vestararius et magister militum du Saint-Siège, † 924/925) et de Théodora l'Aînée (senatrix, † avant 928), avec leurs filles Marozia et Théodora la Jeune, gouverne effectivement Rome entre 904 et 963. Synthèse historiographique : Peter Llewellyn, Rome in the Dark Ages, Faber, Londres, 1971, chap. 9-10. (La référence Hlawitschka anciennement jointe ici — titre et date erronés — est retirée : le titre vérifié d'Hlawitschka porte sur la première moitié du XIᵉ siècle, Sigmaringen, 1987.)
63"Alberic I of Spoleto", Wikipedia (consultée le 3 octobre 2026, revérifiée mot à mot le 4 octobre 2026) : consul des Romains en 917, assassiné à Orte entre 924 et 926 — les dates de sa chute et de sa mort sont incertaines (« murdered in Orte between 924 or 926 », formulation inchangée).
100 129Rodolfo Lanciani, Pagan and Christian Rome, Londres–New York, Macmillan, 1892, chap. V (« Papal Tombs »), p. 235 : « Marozia, perhaps to dispel the suspicions of a violent death, allowed him to be buried with due honors near the middle door of the Lateran, at the foot of the nave » — passage contrôlé mot à mot sur le texte en ligne (LacusCurtius) : http://penelope.uchicago.edu/Thayer/E/Gazetteer/Places/Europe/Italy/Lazio/Roma/Rome/_Texts/Lanciani/LANPAC/5*.html. Lanciani ajoute que la pierre tombale fut vue et décrite par Jean le Diacre (« His grave-stone was seen and described by Johannes Diaconus »). Localisation donnée ici au degré de l'hypothèse : la sépulture n'a pas survécu aux remaniements de la basilique.
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