Innocent IV (en latin Innocentius IV), né Sinibaldo Fieschi (Sinibaldo de' Fieschi) à Gênes ou à Lavagna au plus tard en 1190, gouverne l'Église de Rome du 25 juin 1243 — jour de son élection à Anagni — au 7 décembre 1254.[1][2] Il succède à Célestin IV, dont le pontificat de seize jours avait été suivi d'une vacance de plus de dix-neuf mois (10 novembre 1241 – 25 juin 1243), et précède Alexandre IV.
Issu de la puissante maison des comtes de Lavagna, l'un des grands lignages de la côte ligure, Sinibaldo Fieschi fut d'abord l'un des plus grands juristes de son temps : professeur de droit canonique à Bologne, auteur de l'Apparatus in quinque libros decretalium, longtemps tenu pour le meilleur commentaire des Décrétales.[3][4] Son nom reste pourtant attaché à un acte politique sans précédent : la déposition de l'empereur Frédéric II prononcée au premier concile de Lyon, le 17 juillet 1245.[5][6]
Pape juriste et pape de combat, Innocent IV incarne le sommet — et la tension — de la papauté théocratique du Moyen Âge central. Sa doctrine de la plénitude du pouvoir (plenitudo potestatis) entend soumettre l'Empire lui-même au jugement du successeur de Pierre ; son génie de canoniste pose les bases du droit des personnes morales et de la première réflexion occidentale sur les droits des peuples non-chrétiens.[7][8] Mais son règne fut aussi celui de la guerre permanente contre la maison de Hohenstaufen, des faveurs accordées à sa famille génoise, et de la grave bulle Ad extirpanda, qui autorisa sous conditions strictes un usage limité de la torture dans la procédure inquisitoriale (15 mai 1252, sans mutilation ni danger de mort, une seule fois), confirmée en 1259 et 1265.[9][10]
« Il négligea les affaires intérieures de l'Église et toléra bien des abus, pourvu qu'ils servissent à renforcer sa position contre les Hohenstaufen. » — Catholic Encyclopedia, notice "Pope Innocent IV" (traduction française ; texte original anglais en note)[11]
Pourquoi Innocent IV compte-t-il ?
Le pape juriste qui déposa un empereur
Aucun pape avant lui n'avait déposé un empereur dans un concile œcuménique — Grégoire VII avait bien déposé Henri IV en 1076, mais en synode romain, non en concile œcuménique.[12] La querelle qui couvait depuis Grégoire VII entre le sacerdoce et l'empire atteint sous Innocent IV son point de rupture le plus spectaculaire. Au concile de Lyon, en 1245, le pape déclare Frédéric II Hohenstaufen déchu de l'Empire et de tous ses royaumes, et délie ses sujets de leur serment de fidélité.[13][14]
Ce geste, dont l'audace stupéfia la chrétienté, n'était pas une foucade : il s'appuyait sur toute une théologie du pouvoir que le canoniste Sinibaldo Fieschi avait élaborée. Pour lui, le pape, vicaire du Christ, détient une juridiction qui s'étend au temporel quand le salut ou la justice l'exigent. La déposition de 1245 est l'application la plus extrême de cette doctrine — et l'une des expressions les plus fortes de la pensée théocratique médiévale.[15][16]
L'un des plus grands canonistes montés sur le trône de Pierre
Avant d'être pape, Sinibaldo Fieschi fut un maître du droit. Son Apparatus in quinque libros decretalium — commentaire des Décrétales promulguées par Grégoire IX en 1234 — fut, pendant des siècles, l'ouvrage de référence pour tout juriste d'Église.[17][18] Les historiens du droit lui attribuent des avancées décisives : la première théorie aboutie de la personne morale (persona ficta), qui permet de penser une corporation, un chapitre ou une cité comme un sujet de droit distinct de ses membres ; et la première grande réflexion canonique sur la légitimité du pouvoir des infidèles.[19]
Cette dernière question, traitée dans son commentaire de la décrétale Quod super his, fera de lui une autorité citée jusque dans les débats du XVIe siècle sur les droits des peuples du Nouveau Monde.[20] Rares sont les papes dont l'œuvre intellectuelle a pesé aussi longtemps que l'œuvre politique.
Le pape qui ouvrit l'Occident sur l'Asie mongole
Au moment même où il combattait l'Empire, Innocent IV faisait face à une menace nouvelle : l'irruption des Mongols en Europe orientale, après les ravages de 1241-1242. Plutôt que la seule croisade défensive, le pape choisit une voie inédite — l'ambassade. En 1245, il envoie le franciscain Jean de Plan Carpin — en même temps que le dominicain Ascelin de Lombardie, chargé d'une seconde ambassade vers les Mongols de Perse[21] — porter ses lettres jusqu'au cœur de l'Asie, au campement du Grand Khan.[22][23]
Cette mission, l'une des premières prises de contact diplomatique entre la chrétienté latine et l'empire mongol, rapporta le premier grand récit occidental sur les Mongols et une réponse cinglante du khan Güyük, qui exigeait la soumission du pape et des rois d'Europe.[24] Innocent IV fut ainsi, malgré l'échec apparent, l'initiateur de l'ouverture missionnaire et diplomatique de l'Église vers l'Extrême-Orient.
Les sources principales
Tableau des témoins
| Source | Date | Ce qu'elle apporte | Prudence |
|---|---|---|---|
| Catholic Encyclopedia (New Advent) | 1910 | Biographie complète : famille, droit, élection, Lyon I, guerre, mort | Source ancienne mais catholique et détaillée |
| Enciclopedia dei Papi (Treccani) | 2000 | Synthèse savante italienne : Fieschi, canoniste, doctrine du pouvoir | Référence académique de premier plan |
| Encyclopaedia Britannica | notice moderne | Synthèse anglophone du pontificat et du bilan | Notice courte |
| Canons du premier concile de Lyon | 1245 | Sentence de déposition de Frédéric II et constitutions | Source primaire conciliaire |
| Bulle Ad extirpanda | 15 mai 1252 | Procédure inquisitoriale, autorisation de la torture | Source primaire pontificale grave |
| Apparatus in quinque libros decretalium | av. 1245 | Doctrine canonique de Sinibaldo Fieschi | Source primaire juridique |
| Récit de Jean de Plan Carpin | 1247 | Première ambassade latine chez les Mongols | Témoignage de première main |
Catholic Encyclopedia, Treccani et les notices modernes
Le dossier biographique de référence reste l'article "Pope Innocent IV" de la Catholic Encyclopedia (1910), qui retrace la carrière de Sinibaldo Fieschi depuis l'école de droit de Bologne jusqu'à sa mort à Naples.[25] L'Enciclopedia dei Papi de la Treccani en donne une lecture savante, attentive à la formation juridique du pape, à sa doctrine de la plenitudo potestatis et au réseau familial des Fieschi.[26] La Britannica en fournit une synthèse anglophone centrée sur le duel impérial.[27] Ces notices ne remplacent pas les sources primaires : pour la déposition, c'est le texte des canons de Lyon qui fait foi ; pour l'Inquisition, la bulle Ad extirpanda ; pour la pensée du pape, son Apparatus.[28][29][30]
Les sources primaires : Lyon I, Ad extirpanda, l'Apparatus, Carpin
Quatre documents structurent le pontificat. D'abord les canons du premier concile de Lyon (1245), dont la sentence Ad apostolicae dignitatis apicem qui dépose Frédéric II.[31] Ensuite la bulle Ad extirpanda du 15 mai 1252, qui réglemente la lutte contre l'hérésie et y introduit la torture judiciaire.[32] Puis l'Apparatus in quinque libros decretalium, somme canonique où Sinibaldo Fieschi expose sa doctrine du pouvoir, de la personne morale et du droit des infidèles.[33] Enfin l'Ystoria Mongalorum de Jean de Plan Carpin, rapport de l'ambassade de 1245-1247, première description occidentale détaillée des Mongols.[34]
Avant le pontificat : Sinibaldo Fieschi, prince génois et canoniste
Une naissance dans la haute aristocratie ligure
Sinibaldo Fieschi naît au plus tard en 1190, à Gênes ou dans le fief familial de Lavagna, sur la côte orientale de la Ligurie.[35][36] Il appartient à la maison des comtes de Lavagna, l'un des lignages les plus puissants de la région, qui contrôlait les passages de l'Apennin entre la mer et la plaine du Pô.[37] Son père est Ugo (Ugone) Fieschi ; sa jeunesse se passe en partie à Parme, auprès de son oncle Opizone Fieschi, évêque de la ville.[38][39]
Cette origine n'est pas un simple ornement : la famille Fieschi pèsera lourdement sous tout le pontificat. Pendant un demi-siècle, elle restera présente sans interruption auprès de la Curie ; elle donnera même un second pape, Adrien V, neveu d'Innocent IV.[40]
Le juriste de Bologne et l'Apparatus
Le jeune Sinibaldo étudie le droit à Bologne, capitale européenne de la science juridique, sans doute entre 1213 et 1223.[41] Il y acquiert le titre de magister et, selon une tradition bien établie, y enseigne lui-même le droit canonique avant son entrée dans l'administration pontificale.[42][43]
Son chef-d'œuvre est l'Apparatus in quinque libros decretalium, commentaire systématique des Décrétales de Grégoire IX (le Liber Extra, promulgué en 1234). La Catholic Encyclopedia le dit sans détour : c'est « le meilleur commentaire des Décrétales de Grégoire IX », imprimé pour la première fois à Strasbourg en 1477 et réédité jusqu'à l'époque moderne.[44] On lui attribue aussi un recueil de ses propres décrétales, les Novellae.[45] Le futur pape était donc, au sens propre, un savant : non un théologien spéculatif, mais un maître du droit de l'Église, formé à raisonner sur la juridiction, la preuve, la procédure et la légitimité du pouvoir.
Cardinal, vice-chancelier, évêque
La carrière curiale de Sinibaldo Fieschi est rapide. Chanoine de Parme vers 1226, auditeur à la Curie romaine, il est créé cardinal-prêtre de Saint-Laurent-in-Lucina en 1227 par Grégoire IX.[46][47] (La date exacte varie selon les sources entre le 18 et le 23 septembre 1227.)[48][49] Il devient vice-chancelier de l'Église romaine, charge clé de la chancellerie pontificale, puis évêque d'Albenga en 1235 et légat dans l'Italie du Nord.[50]
Vers 1234-1235, Grégoire IX lui confie le gouvernement de la Marche d'Ancône, une province stratégique des États pontificaux, qu'il administre jusque vers 1240.[51][52] Quand il monte sur le trône de Pierre, Sinibaldo Fieschi connaît donc l'Église par tous ses rouages : la science du droit, la chancellerie, l'épiscopat, le gouvernement temporel. Aucun apprentissage ne pouvait mieux préparer le pape-juriste qu'il allait être.
L'élection de 1243 : un pape après un long interrègne
La mort de Célestin IV et la vacance
À la mort de Grégoire IX en 1241, l'Église traverse une crise de gouvernement. Son successeur Célestin IV meurt après seulement seize jours de pontificat.[53][54] S'ouvre alors une vacance du Saint-Siège d'un an, sept mois et quinze jours — soit plus de dix-neuf mois, de la mort de Célestin IV (10 novembre 1241) à l'élection du 25 juin 1243.[55]
La cause en est l'empereur Frédéric II. Excommunié, en guerre ouverte contre la papauté, il retient prisonniers plusieurs cardinaux capturés en 1241 et fait pression sur le Sacré Collège. Tant que dure la menace, l'élection est impossible : les cardinaux ne peuvent ni se réunir librement ni élire en paix.[56][57]
L'élection à Anagni et le choix du nom
Pour échapper à cette emprise, les cardinaux se réfugient à Anagni, dans le Latium. C'est là qu'ils élisent, le 25 juin 1243, le cardinal Sinibaldo Fieschi.[58][59] Le choix peut surprendre : Sinibaldo passait pour un ami personnel de Frédéric II, qui aurait accueilli la nouvelle avec satisfaction.[60] La suite démentira radicalement ces espoirs.
Le nouvel élu prend le nom d'Innocent IV, dans le sillage du grand Innocent III (1198-1216), théoricien de la suprématie pontificale. Le choix du nom annonce le programme : un pape résolu à faire prévaloir, jusqu'au bout, l'autorité du Siège apostolique sur les princes de ce monde. Il entre à Rome le 20 octobre 1243.[61]
Le duel avec Frédéric II
La paix manquée de 1244
D'abord, Innocent IV négocie. Frédéric II souhaite la levée de son excommunication ; le pape veut la restitution des terres de l'Église et des garanties. Un accord est conclu le 31 mars 1244.[62][63] Mais le pape se défie de la parole impériale : tout accord, juge-t-il, restera illusoire tant que l'empereur gardera le pouvoir de le rompre à son gré. Les engagements de Frédéric lui paraissent insincères, et l'empereur n'a, selon lui, aucune intention de les tenir.[64][65]
Convaincu qu'il ne pourra ni vivre ni gouverner librement tant que Frédéric tiendra l'Italie, Innocent IV prend une décision spectaculaire : quitter l'Italie pour gagner un lieu hors d'atteinte de l'Empire, et de là frapper l'empereur de tout le poids d'un concile.[66][67]
La fuite vers Lyon
L'évasion est digne d'un roman. En juin 1244, le pape s'échappe de Rome déguisé, gagne la côte, et embarque à Civitavecchia sur une flotte génoise venue le chercher dans la nuit.[68][69] Malade, il fait halte à Gênes, sa patrie, durant l'été et l'automne 1244, puis franchit les Alpes.[70]
Il atteint Lyon à la fin de novembre ou au début de décembre 1244.[71][72] La ville, alors aux confins du royaume de France et de l'Empire mais hors de la portée effective de Frédéric, sera la capitale de l'Église pendant près de sept ans. De ce refuge, le pape va convoquer le concile qui changera la face du conflit.
Une guerre sans merci
La rupture est totale. Le pape mobilise contre Frédéric toutes les armes de la papauté : excommunication, prédication, diplomatie, soutien aux villes rebelles et aux candidats rivaux à l'Empire. Dès le 13 avril 1245, depuis Lyon, il renouvelle solennellement l'excommunication de l'empereur et de son fils Enzo.[73] La guerre, désormais, ne cessera qu'avec la mort de l'un des deux adversaires.
Innocent IV soutient l'élection d'anti-rois en Germanie — Henri Raspe (1246), puis Guillaume de Hollande (1247) — pour priver Frédéric de sa base impériale.[74][75] En Italie, il encourage la révolte des cités guelfes ; la défection de Parme en 1247, puis la destruction de la ville-camp de Vittoria que Frédéric avait bâtie pour l'assiéger (1248), marquent un tournant décisif contre l'empereur.[76]
Le premier concile de Lyon (1245)
Un concile œcuménique en exil
Pour donner à sa lutte la solennité d'une décision de l'Église universelle, Innocent IV convoque, dès le 27 décembre 1244, un concile général à Lyon pour la Saint-Jean de l'année suivante.[77][78] C'est le treizième concile œcuménique et le premier des deux conciles de Lyon. L'assemblée se réunit en trois sessions publiques, les 28 juin, 5 juillet et 17 juillet 1245, en présence d'environ cent cinquante prélats, surtout français et espagnols — beaucoup d'évêques d'Empire, retenus ou empêchés par Frédéric, étant absents.[79][80]
Le concile fixe trois grands objectifs : le secours de la Terre sainte, la défense contre les Mongols (les "Tartares"), et surtout l'affaire de l'empereur.[81][82] C'est ce dernier point qui fera l'histoire.
La déposition de Frédéric II
Le 17 juillet 1245, Innocent IV prononce contre Frédéric II la sentence Ad apostolicae dignitatis apicem : l'empereur est déclaré déchu de l'Empire et de tous ses royaumes, et ses sujets sont déliés de leur serment de fidélité.[83][84] C'est la première fois qu'un empereur est déposé par un concile œcuménique (Grégoire VII avait déposé Henri IV en 1076 en synode romain[85]).
« Nous l'en privons par notre sentence. Nous délions à jamais de leur serment tous ceux qui lui sont liés par un serment de fidélité, défendant fermement, par notre autorité apostolique, que quiconque désormais lui obéisse ou le tienne pour empereur ou pour roi. » — sentence de déposition Ad apostolicae dignitatis apicem, premier concile de Lyon, 17 juillet 1245[86]
La sentence énumère quatre chefs d'accusation : le parjure (violation répétée des serments prêtés à l'Église), la rupture de la paix, le sacrilège (la capture et la mort de prélats qui se rendaient au concile de 1241), et le soupçon d'hérésie (mépris des censures, liens trop étroits avec les musulmans, mœurs scandaleuses).[87][88] Frédéric, à Turin, accueillit la nouvelle avec fureur, mais refusa de se soumettre : la guerre continua.
Le chapeau rouge et les autres décisions
Le concile ne se borne pas à l'affaire impériale. Il promulgue vingt-deux constitutions (la collection authentique, toute juridique, envoyée aux universités le 25 août 1245 ; le chiffre de trente-huit avancé par l'historiographie ancienne compte le total des chapitres transmis sous le nom du concile)[89] réformant la procédure judiciaire, la gestion des dettes des églises et la discipline du clergé ; il organise un secours pour Constantinople latine, ordonne la prédication de la croisade et la taxation du clergé, et appelle à fortifier les défenses chrétiennes contre l'invasion mongole.[90][91]
C'est aussi à Lyon, en 1245, qu'Innocent IV aurait accordé aux cardinaux le chapeau rouge (galero), insigne destiné à rappeler qu'ils doivent être prêts à verser leur sang pour la foi.[92] Le pape fonde encore un studium (école supérieure) à Lyon, signe que son exil ne fut pas une simple parenthèse mais un véritable transfert du gouvernement de l'Église.[93]
L'ouverture vers les Mongols
Carpin et les lettres au Grand Khan
L'irruption des Mongols en Pologne et en Hongrie (1241-1242) avait terrifié l'Occident. Plutôt que la seule riposte militaire, Innocent IV tente une démarche inédite : envoyer des ambassadeurs porteurs de lettres jusqu'au souverain mongol. Le jour de Pâques, le 16 avril 1245, le franciscain Jean de Plan Carpin quitte Lyon, accompagné de Benoît le Polonais.[94][95]
Il porte deux lettres pontificales : Dei patris immensi, qui expose la foi chrétienne et invite à la conversion, et Cum non solum, qui proteste contre les massacres des chrétiens et demande au khan ses intentions.[96] Après un voyage épuisant à travers la Russie et l'Asie centrale, Carpin atteint le camp impérial mongol et assiste, le 24 août 1246, à l'intronisation du Grand Khan Güyük.[97]
La réponse de Güyük
La réponse du khan, conservée dans les archives du Vatican, ne laisse place à aucune illusion : loin de se convertir, Güyük somme le pape et les rois d'Occident de venir lui prêter hommage.[98] Le khan se présente comme l'instrument du jugement divin : si les Mongols ont vaincu, c'est que le Ciel l'a voulu ; au pape de se soumettre.
De retour en 1247, Carpin rédige l'Ystoria Mongalorum, première grande description occidentale de l'empire mongol — sa géographie, ses mœurs, sa religion et surtout son art de la guerre.[99] L'ambassade échoua sur le plan diplomatique, mais elle inaugura les relations entre la papauté et l'Asie, et nourrit les missions franciscaines et dominicaines des décennies suivantes.
Le pape canoniste : pouvoir, personne morale et droit des infidèles
La plénitude du pouvoir (plenitudo potestatis)
Toute la politique d'Innocent IV repose sur une doctrine : la plenitudo potestatis, la plénitude du pouvoir attribuée au pape comme vicaire du Christ. Le texte connu sous le nom d'Eger cui lenia (1245-1246, conservé dans le recueil de lettres pontificales compilé à Lyon et longtemps attribué à Innocent IV) affirme que cette autorité « embrasse l'univers entier », de sorte que « rien ne s'y soustrait ».[100] Le pouvoir impérial lui-même, selon cette vision, est subordonné au jugement spirituel du Siège apostolique, qui peut en sanctionner l'abus.
Cette conception, héritée d'Innocent III et poussée à son terme, fonde juridiquement la déposition de 1245.[101][102] Elle marque l'un des points les plus hauts de la doctrine de la suprématie pontificale : rarement l'affirmation du droit du pape à juger les princes fut formulée avec autant de force. Les siècles suivants — et le développement de l'État moderne — la feront reculer ; mais au XIIIe siècle, elle est l'arme intellectuelle d'un pape décidé à ne céder devant aucun empereur.
L'Apparatus et la personne morale (persona ficta)
Le génie juridique de Sinibaldo Fieschi ne se réduit pas à la politique. Dans son Apparatus, il élabore, selon les historiens du droit canonique, la première théorie cohérente de la personne morale : une corporation — chapitre, université, cité, ordre religieux — peut être tenue pour une persona ficta, une « personne fictive », sujet de droits et d'obligations distinct des individus qui la composent.[103] Cette notion, héritée du droit romain mais systématisée par Innocent IV, est regardée par ces historiens comme l'ancêtre de la personnalité juridique des sociétés et institutions modernes.
Il en tire des conséquences précises : une corporation peut posséder, contracter, être représentée en justice ; mais, n'ayant ni âme ni corps propre, elle ne peut être excommuniée comme telle ni commettre de péché au sens strict. Ces distinctions, qui paraissent abstraites, ont irrigué tout le droit occidental des personnes morales.
Les infidèles peuvent-ils gouverner légitimement ?
La question la plus féconde qu'Innocent IV ait traitée concerne le pouvoir des non-chrétiens. Dans son commentaire de la décrétale Quod super his d'Innocent III (Liber Extra, X 3.34.8, au titre De voto et voti redemptione), il pose franchement le problème : est-il licite d'envahir une terre que possèdent des infidèles ?[104]
Sa réponse est nuancée et, pour l'époque, modérée :
Selon l'analyse qu'en donne James Muldoon, Innocent IV y soutient que Dieu a donné à tous les hommes — croyants comme infidèles — la capacité légitime de posséder terres et biens et de se choisir des chefs : c'est une paraphrase de sa doctrine, non une citation littérale, la source exacte de la formule française n'ayant pu être établie.[105]
Innocent IV reconnaît donc aux peuples non-chrétiens une souveraineté et une propriété véritables : la simple incroyance ne prive personne de ses droits naturels. Mais il maintient une réserve hiérocratique : le pape, responsable du salut de tous, a le devoir d'envoyer des missionnaires ; si ceux-ci sont empêchés de prêcher, une intervention armée peut, selon lui, être justifiée pour ouvrir la voie à l'Évangile.[106] Selon James Muldoon, ce dossier est devenu l'une des bases de la réflexion canonique ultérieure sur les droits des peuples, reprise jusque dans les débats de l'École de Salamanque sur le Nouveau Monde.
Ad extirpanda (1252) : la torture dans la procédure inquisitoriale
Ce que dit la bulle
Il faut nommer sans détour l'acte le plus lourd du pontificat. Le 15 mai 1252, par la bulle Ad extirpanda, Innocent IV organise la répression de l'hérésie dans les cités d'Italie et y autorise l'emploi de la torture pour obtenir l'aveu des hérétiques présumés et la dénonciation de leurs complices.[107][108] La torture devait s'exercer « sans mettre en danger la vie ni mutiler » — restriction qui ne diminue en rien la gravité du principe.[109] Elle ne devait s'appliquer qu'une seule fois, et seulement face à des indices déjà graves ; la bulle fut confirmée par Alexandre IV (30 novembre 1259) puis Clément IV (3 novembre 1265).[110]
La bulle s'inscrit dans la mise en place de l'Inquisition pontificale, confiée surtout aux dominicains, et dans le contexte de la lutte contre le catharisme et l'assassinat du dominicain Pierre de Vérone (Pierre Martyr), tué par des hérétiques en 1252 et canonisé par Innocent IV l'année suivante.[111]
Comment un catholique doit le lire aujourd'hui
L'honnêteté historique impose deux choses. D'abord ne rien masquer : Ad extirpanda est un texte pontifical qui a légitimé une pratique que l'Église elle-même condamne aujourd'hui sans réserve. On ne le défend pas ; on le regarde en face.
Ensuite le situer. La torture judiciaire n'était pas une invention de l'Église : elle appartenait au droit romain et au droit civil de toute l'Europe du XIIIe siècle ; les tribunaux laïcs y recouraient couramment.[112] Innocent IV, juriste de son temps, a aligné la procédure ecclésiastique sur le droit séculier, non l'inverse. Cela explique le fait sans l'excuser.
Surtout, le développement de la doctrine a conduit l'Église à répudier explicitement ce que cette bulle avait toléré. Le Catéchisme de l'Église catholique reconnaît que, « en des temps passés, des pratiques cruelles ont été couramment utilisées par des pouvoirs légitimes pour maintenir l'ordre », et déclare aujourd'hui ces pratiques « contraires au respect dû à la personne et à sa dignité » (CEC §2297-2298).[113] La condamnation de la torture par le magistère contemporain — Vatican II, Catéchisme, magistère des derniers papes — n'est pas un reniement de la foi, mais l'aboutissement d'une conscience morale plus claire, dans la continuité d'un Évangile que la chrétienté médiévale n'avait pas encore tiré jusqu'à ses dernières conséquences.
Les dernières années et l'héritage
Une frise du pontificat
- avant 1190Naissance à LavagnaComtes de Lavagna, Ligurie
Sinibaldo Fieschi naît dans la haute aristocratie génoise ; il grandira en partie à Parme auprès de son oncle évêque.
- 1213-1227Le juriste de BologneApparatus sur les Décrétales
Études et enseignement du droit canonique à Bologne ; rédaction de l'Apparatus, futur commentaire de référence des Décrétales de Grégoire IX.
- 1227-1240Cardinal et gouverneurSaint-Laurent-in-Lucina, Ancône
Créé cardinal en 1227, vice-chancelier, évêque d'Albenga (1235) ; il gouverne la Marche d'Ancône pour Grégoire IX.
- 25 juin 1243Élection à AnagniFin d'un long interrègne de dix-neuf mois
Après une vacance de plus de dix-neuf mois causée par Frédéric II, les cardinaux réfugiés à Anagni élisent Sinibaldo Fieschi, qui prend le nom d'Innocent IV.
- juin-décembre 1244La fuite vers LyonRome, Civitavecchia, Gênes, les Alpes
Convaincu de l'insincérité de l'accord de mars 1244, le pape s'échappe déguisé, embarque sur une flotte génoise et gagne Lyon, hors d'atteinte de l'Empire.
- 28 juin-17 juillet 1245Premier concile de LyonDéposition de Frédéric II
Treizième concile œcuménique : le 17 juillet, la sentence Ad apostolicae dignitatis apicem déclare Frédéric II déchu de l'Empire et délie ses sujets de leur serment.
- 1245-1247L'ambassade mongoleJean de Plan Carpin
Le pape envoie Carpin porter ses lettres au Grand Khan ; le franciscain assiste à l'intronisation de Güyük et rapporte la première grande description occidentale des Mongols.
- 13 décembre 1250Mort de Frédéric IILe tournant de la guerre
La mort de l'empereur libère le pape de son grand adversaire ; il peut songer à rentrer en Italie.
- 15 mai 1252Bulle Ad extirpandaLa torture dans la procédure inquisitoriale
Innocent IV organise la répression de l'hérésie et y autorise l'emploi de la torture, alignant la procédure ecclésiastique sur le droit séculier de l'époque.
- octobre 1253-7 décembre 1254Retour à Rome et mort à Naples
Rentré à Rome après sept ans d'exil, le pape poursuit la guerre contre les héritiers de Frédéric ; il meurt à Naples le 7 décembre 1254, peu après la défaite pontificale de Foggia.
La mort à Naples (1254)
La mort de Frédéric II, le 13 décembre 1250, ne met pas fin à la guerre.[114] Innocent IV quitte Lyon au printemps 1251, est accueilli triomphalement à Gênes en mai 1251, et finit par rentrer à Rome en octobre 1253, après plus de sept ans d'absence.[115][116] Mais il poursuit avec fermeté la lutte contre les héritiers de Hohenstaufen — Conrad IV, puis le bâtard Manfred — pour empêcher la réunion du royaume de Sicile à l'Empire.[117]
Le pape cherche un nouveau roi pour la Sicile : après Richard de Cornouailles, qui décline, il sonde Charles d'Anjou puis Edmond, fils du roi Henri III d'Angleterre ; mais, après des négociations, eux aussi se désistent devant la difficulté de déloger Conrad IV puis Manfred.[118] Mais Manfred résiste. Le 2 décembre 1254, ses troupes écrasent l'armée pontificale à Foggia.[119][120] Cinq jours plus tard, le 7 décembre 1254, Innocent IV meurt à Naples — la nouvelle du désastre aurait, dit-on, hâté sa fin.[121][122] Il est inhumé dans la cathédrale de Naples, où son tombeau est conservé.[123]
Le népotisme des Fieschi
Le règne d'Innocent IV a durablement installé un usage que l'histoire juge sévèrement : le népotisme pontifical. Le pape accorda honneurs et bénéfices à sa famille génoise. Il créa cardinal son neveu Ottobuono Fieschi (1251), qui deviendra lui-même pape sous le nom d'Adrien V en 1276 ; il fit de son neveu Opizzo Fieschi le patriarche latin d'Antioche.[124][125] Pendant un demi-siècle, les Fieschi pesèrent sans interruption sur la Curie.
Ce trait n'a pas échappé aux contemporains. L'évêque anglais Robert Grosseteste, pourtant fidèle à la papauté, dénonça les abus de provisions et de bénéfices par lesquels Innocent IV récompensait ses proches.[126] Cette critique, venue d'un évêque aussi loyal envers la papauté, témoigne du trouble que ces pratiques suscitaient déjà dans l'Église la plus fidèle.
Que retenir d'Innocent IV ?
Innocent IV est l'un des papes les plus puissants et les plus contestés du Moyen Âge. Juriste génial, il a doté l'Église d'une science du droit qui a marqué des siècles ; diplomate audacieux, il a ouvert la première porte vers l'Asie ; pape de combat, il a porté l'affirmation de la suprématie pontificale à son sommet en déposant un empereur.
Mais cette grandeur a son revers. La guerre contre les Hohenstaufen absorba ses forces, au point que ses critiques lui reprochent d'avoir négligé la réforme intérieure de l'Église ; les faveurs accordées aux Fieschi et les provisions de bénéfices suscitèrent des critiques jusque dans l'Église la plus fidèle ; et sa bulle Ad extirpanda reste un acte grave, que le magistère contemporain a désavoué. Innocent IV illustre ainsi, mieux que tout autre, la tension propre à la papauté médiévale : l'écart entre la défense légitime de la liberté de l'Église et la poursuite d'une domination temporelle.
La leçon spirituelle : le glaive de Pierre et le glaive de César
Le point spirituel le plus juste de cette vie tient dans une parole que l'Évangile a tranchée d'avance. Au jardin des Oliviers, lorsque Pierre tira l'épée pour défendre son Maître, le Christ l'arrêta net :
« Remets ton épée au fourreau, car tous ceux qui prennent l'épée périront par l'épée. » — Évangile selon saint Matthieu, 26, 52[127]
L'Église a un glaive — celui de la vérité, de la sainteté, de la parole — qui n'est pas celui des empires.
Innocent IV fut un grand serviteur de la liberté de l'Église, et cette liberté valait d'être défendue : un pape ne peut pas accepter d'être l'otage d'un prince. Mais son pontificat montre aussi le danger de gagner la bataille du pouvoir en perdant un peu de l'âme : à force de combattre l'empereur avec ses propres armes — la force, l'alliance, l'argent, le réseau familial —, le pape-juriste risquait d'oublier que l'autorité de Pierre est d'abord celle du serviteur et du pasteur, non celle du souverain temporel. L'histoire de l'Église retiendra de lui les deux leçons : la nécessité de défendre la liberté du Siège apostolique, et la vanité de toute puissance qui n'est pas mise au service de la charité.
Pour aller plus loin
- Pape Célestin IV — prédécesseur d'Innocent IV, dont le pontificat de seize jours ouvrit une vacance de plus de dix-neuf mois.
- Pape Alexandre IV — successeur d'Innocent IV, qui hérita de la guerre contre les Hohenstaufen.
- Pape Innocent III — le grand théoricien de la suprématie pontificale dont Innocent IV reprit le nom et la doctrine.
- Pape Grégoire IX — prédécesseur dans le conflit avec Frédéric II et promulgateur des Décrétales commentées par Sinibaldo Fieschi.
- Concile de Lyon I (1245) — le treizième concile œcuménique, qui déposa Frédéric II.
- Pape Adrien V — neveu d'Innocent IV (Ottobuono Fieschi), bref pape de 1276.
- Les croisades — la défense de la Terre sainte, l'un des trois objectifs proclamés au concile de Lyon.
- L'Inquisition et la légende noire — pour le contexte de la bulle Ad extirpanda et de la répression de l'hérésie au XIIIe siècle.
Notes et sources
Notes et références
Catholic Encyclopedia, "Pope Innocent IV", vol. 8, New York, Robert Appleton Company, 1910 ; transcription New Advent : Sinibaldo de' Fieschi, comte de Lavagna, né à Gênes, éduqué à Parme et Bologne, professeur de droit canonique à Bologne, chanoine de Parme, auditeur de la Curie (1226), cardinal-prêtre de Saint-Laurent-in-Lucina (23 septembre 1227), vice-chancelier (28 juillet 1228), évêque d'Albenga et légat (1235) ; élection le 25 juin 1243 à Anagni après un interrègne d'un an, sept mois et quinze jours ; amitié antérieure avec Frédéric II, félicitations et offres de paix de l'empereur aussitôt après l'élection ; accord avec Frédéric II le 31 mars 1244 ; fuite (nuit du 27 au 28 juin 1244, de Sutri à Civitavecchia, puis Gênes par mer ; arrivée à Lyon en décembre 1244) ; premier concile de Lyon (1245) et déposition de Frédéric II le 17 juillet ; anti-rois Henri Raspe et Guillaume de Hollande ; mort de Frédéric II (1250) ; retour à Rome ; couronne de Sicile d'abord offerte à Richard de Cornouailles, puis proposée à Charles d'Anjou et à Edmond fils d'Henri III d'Angleterre, refus après négociations devant la difficulté de déloger Conrad IV et Manfred ; guerre contre Conrad IV et Manfred ; défaite de Foggia (2 décembre 1254) ; mort à Naples le 7 décembre 1254 ; Apparatus in quinque libros decretalium (« meilleur commentaire des Décrétales de Grégoire IX », imprimé à Strasbourg en 1477) ; jugement sur la négligence des affaires intérieures de l'Église. Texte original anglais de la citation : « he neglected the internal affairs of the Church and allowed many abuses, provided they served to strengthen his position against the Hohenstaufen. » URL : https://www.newadvent.org/cathen/08017a.htm.
1 3 6 11 17 25 42 44 47 48 50 53 55 57 58 60 62 65 66 68 71 74 84 88 114 116 117 118 119 121"Innocenzo IV" (Agostino Paravicini Bagliani), Enciclopedia dei Papi, Istituto dell'Enciclopedia Italiana, Rome, 2000 : Sinibaldo Fieschi, conti di Lavagna, né à Lavagna au plus tard en 1190 ; père Ugo (marié, selon la tradition, à une fille d'Amico Grillo) ; jeunesse à Parme auprès de l'oncle Opizone, évêque de cette ville de 1195 à 1224 (à distinguer du neveu Opizzo, patriarche latin d'Antioche, cf. D. Calcagno cité dans la bibliographie de la notice) ; études de droit à Bologne ; vice-chancelier et cardinal de Saint-Laurent-in-Lucina (1227) ; recteur de la Marche d'Ancône (nommé en octobre 1234, attesté jusqu'en 1240) ; élection le 25 juin 1243, entrée à Rome le 20 octobre 1243 ; fuite de 1244 (rencontre de Narni prévue le 7 juin non tenue, séjour malade à Gênes de juillet à octobre, passage des Alpes en automne, convocation du concile le 27 décembre 1244, trois semaines après l'arrivée à Lyon) ; convocation du concile le 27 décembre 1244 ; renouvellement de l'excommunication de Frédéric II et d'Enzo le 13 avril 1245 ; déposition de Frédéric ; chapeau rouge des cardinaux (1245) ; studium de Lyon ; ambassade de Jean de Plan Carpin ; retour triomphal à Gênes (1251) ; doctrine de la plenitudo potestatis (section sur l'Eger cui lenia — ou Eger cui levia selon certains manuscrits —, pamphlet curial de 1245-1246 conservé dans le recueil de lettres pontificales compilé à Lyon par Alberto Behaim, chapelain du cardinal Raniero Capocci, à la suite de deux lettres de protestation de Frédéric II contre la condamnation de Lyon ; longtemps attribué à Innocent IV d'après le témoignage de Ptolémée de Lucques, son attribution est discutée — piste de l'entourage du cardinal Capocci — ; le pape, vicaire du Christ, y possède une « délégation générale » du roi des rois et « la plénitude du pouvoir [...] de sorte que rien ne se soustrait à un pouvoir qui embrasse tout l'univers » (traduction française de l'italien de la notice) ; éditions critiques : P. Herde, « Ein Pamphlet der päpstlichen Kurie gegen Kaiser Friedrich II. von 1245/46 », Deutsches Archiv für Erforschung des Mittelalters, 23, 1967, pp. 468-538 ; C. Dolcini, « 'Eger cui lenia' (1245-1246) », Rivista di Storia della Chiesa in Italia, 29, 1975, pp. 127-148) ; constitution Ad extirpandam (1252 — la Treccani ne donne que l'année ; la date du 15 mai est portée par la notice d'appoint, cf. note ad-extirpanda) ; népotisme des Fieschi (deux neveux créés cardinaux, dont Ottobuono, futur Adrien V — la précision « cardinal-diacre de Saint-Adrien, décembre 1251 » vient de la notice d'appoint, non de la Treccani) ; mort à Naples le 7 décembre 1254, sépulture dans la cathédrale. URL : https://www.treccani.it/enciclopedia/innocenzo-iv_(Enciclopedia-dei-Papi)/.
2 4 8 10 15 18 23 26 35 37 38 40 41 43 45 46 49 51 54 56 59 61 67 70 73 75 76 77 92 93 95 100 101 108 111 115 122 123 125 126Premier concile de Lyon (Lyon I), 1245 : treizième concile œcuménique, convoqué par Innocent IV ; trois sessions publiques (28 juin, 5 juillet, 17 juillet 1245) ; sentence de déposition Ad apostolicae dignitatis apicem contre Frédéric II (17 juillet 1245), le déclarant déchu de l'Empire et de ses royaumes et déliant ses sujets de leur serment de fidélité, sur quatre chefs — parjure, rupture de la paix, sacrilège (capture et mort de prélats en route vers le concile de 1241), soupçon d'hérésie ; le texte tranche : « he has committed four of the greatest gravity » ; vingt-deux constitutions disciplinaires et procédurales (la collection authentique des constitutions, « 22 constitutions, all of which are of a legal nature », envoyée aux universités par Innocent IV le 25 août 1245) ; le chiffre concurrent de trente-huit vient de l'historiographie ancienne (G. Goyau, « Councils of Lyons », CE, 1910 : « thirty-eight constitutions which were later inserted by Boniface VIII in his Decretals ») et compte le total des chapitres transmis sous le nom du concile ; l'édition critique tranche (N. P. Tanner, introduction : Coll. I = ces 22 textes juridiques, 25 août 1245 ; seconde collection de 12 décrets, 21 avril 1246 ; collection finale, 9 septembre 1253, reprise — sauf une constitution — dans le Liber Sextus de 1298 ; ni la sentence de déposition ni les cinq constitutions sur les Tartares, l'Orient latin et la croisade ne figurent dans la Coll. I) ; secours à Constantinople latine ; appel à la croisade et à la défense contre les Mongols. Texte anglais de la sentence : « we deprive him of them by our sentence. We absolve from their oath for ever all those who are bound to him by an oath of loyalty, firmly forbidding by our apostolic authority anyone in the future to obey or heed him as emperor or king. » (traduction N. P. Tanner, Decrees of the Ecumenical Councils, vol. I ; la citation française du corps en est la traduction). Texte des canons : "First Council of Lyon (1245)", Papal Encyclicals Online (https://www.papalencyclicals.net/councils/ecum13.htm). Voir l'article Ignispedia Concile de Lyon I (1245).
5 13 28 31 78 80 82 83 86 87 89 90James Muldoon, Popes, Lawyers, and Infidels: The Church and the Non-Christian World, 1250-1550, University of Pennsylvania Press, Philadelphie, 1979 : analyse du commentaire d'Innocent IV sur la décrétale Quod super his (d'Innocent III) — locus primaire : glose sur Liber Extra, X 3.34.8 (De voto et voti redemptione), dans l'Apparatus in quinque libros decretalium rédigé avant 1245 ; doctrine selon laquelle tous les hommes, croyants et infidèles, peuvent légitimement posséder terres et biens et se choisir des chefs (paraphrase de l'analyse de Muldoon, non citation littérale) ; droit et devoir du pape d'envoyer des missionnaires, avec possibilité d'intervention armée si la prédication est empêchée ; théorie de la persona ficta (personne morale) dans l'Apparatus ; influence durable sur la réflexion canonique jusqu'aux débats sur le Nouveau Monde (l'ouvrage couvre 1250-1550 jusqu'à l'École de Salamanque). Voir aussi James Muldoon, "The Nature of the Infidel: The Anthropology of the Canon Lawyers".
7 16 19 20 30 33 102 103 104 105 106Bulle Ad extirpanda, Innocent IV, 15 mai 1252 : organise la répression de l'hérésie dans les communes d'Italie ; institue des magistrats et des règles de poursuite ; autorise les autorités civiles à appliquer la torture aux hérétiques présumés pour obtenir aveux et dénonciations, « sans mettre en danger la vie ni mutiler les membres ». Le texte aligne la procédure ecclésiastique sur la torture judiciaire déjà pratiquée par le droit civil et romain de l'époque. Sources : "Ad extirpanda", Wikipedia ; Enciclopedia dei Papi, "Innocenzo IV". URL : https://en.wikipedia.org/wiki/Ad_extirpanda. Autorisation du 15 mai 1252, confirmations d'Alexandre IV (30 novembre 1259) et de Clément IV (3 novembre 1265), limite citra membri diminutionem et mortis periculum et application unique en cas d'indices graves : Henry Charles Lea, A History of the Inquisition of the Middle Ages, vol. I, New York, Harper & Brothers, 1887, livre II, chap. 1 (texte sur Wikisource : https://en.wikisource.org/wiki/Page:A_History_of_the_Inquisition_of_the_Middle_Ages-Volume_I_.pdf/359).
9 29 32 107 109 110 112Catholic Encyclopedia, "Conflict of Investitures", New York, Robert Appleton Company, 1910 : « At the next Lenten Synod in Rome (1076) Gregory sat in judgment upon the king, and in a prayer to Peter, Prince of the Apostles, declared : "I depose him from the government of the whole Kingdom of Germany and Italy, release all Christians from their oath of allegiance, forbid him to be obeyed as king..." » (traduction française dans le corps). URL : https://www.newadvent.org/cathen/08084c.htm.
12 85Encyclopaedia Britannica, "Innocent IV", notice biographique : élu le 25 juin 1243 après dix-huit mois de vacance ; accord du 31 mars 1244 avec Frédéric II et défiance du pape ; convocation du concile à Lyon ; premier concile de Lyon (été 1245) sur trois thèmes — l'empereur, la Terre sainte, la défense contre les Mongols ; condamnation et déposition de Frédéric II (la page biographique « Innocent IV » n'a pu être rouverte ce jour — protection anti-robot, erreur 403 — donc aucun résumé « en trois chefs » n'est plus affirmé ; les extraits indexés de la notice Britannica sur les conciles de Lyon retiennent comme la sentence quatre chefs : parjure, rupture de la paix, sacrilège et soupçon d'hérésie, cf. note lyon-i-1245) ; mort de Frédéric (13 décembre 1250) ; retour à Rome (1253) ; mission au Grand Khan (1245-1247) ; commentaire Apparatus in quinque libros Decretalium ; mort le 7 décembre 1254 à Naples. URL : https://www.britannica.com/biography/Innocent-IV.
14 27 63 64 81 91Ascelin de Lombardie, dominicain : seconde ambassade envoyée par Innocent IV en 1245 vers les Mongols d'Arménie et de Perse ; il rencontre le général mongol Baïdju en 1247 et regagne l'Occident en 1248. Récit de son compagnon Simon de Saint-Quentin (Historia Tartarorum, conservé dans le Speculum historiale de Vincent de Beauvais). Sources : Catholic Encyclopedia (1913), « Ascelin » (choisi en 1245 avec trois autres dominicains, rencontre du 24 mai 1247) ; Encyclopaedia Britannica (1911), « Simon of St Quentin » (ambassade dominicaine « which Pope Innocent IV sent [...] to the Mongols of Armenia and Persia »).
21Jean de Plan Carpin (Giovanni da Pian del Carpine), Ystoria Mongalorum, 1247 : franciscain envoyé par Innocent IV, parti de Lyon le 16 avril 1245 (jour de Pâques) avec Benoît le Polonais, porteur des lettres pontificales Dei patris immensi (exposé de la foi, appel à la conversion) et Cum non solum (protestation contre les massacres) — textes latins édités dans A. van den Wyngaert (éd.), Sinica Franciscana, t. I (Quaracchi-Florence, 1929) ; arrivée à la cour mongole et présence à l'intronisation du Grand Khan Güyük le 24 août 1246 ; lettre-réponse de Güyük (novembre 1246, original persan et copies latines conservés aux Archives apostoliques du Vatican, cote A.A., Arm. I-XVIII ; trad. anglaise I. de Rachewiltz, Papal Envoys to the Great Khans, Stanford, 1971, pp. 213-214) exigeant la soumission et l'hommage du pape et des rois d'Occident ; retour en 1247 ; première grande description occidentale de l'empire mongol.
22 24 34 94 96 97 98 99"Pope Innocent IV", Wikipedia (anglais) — notice d'appoint, chaque détail précis ci-dessous ayant été contrôlé sur CE, Treccani ou le primaire : Sinibaldo Fieschi, né à Gênes ou Lavagna (la Treccani retient Lavagna ; la variante « Manarola » n'est pas confirmée et est abandonnée) ; fils d'Ugo Fieschi, comte de Lavagna (la Treccani indique, selon la tradition, un mariage d'Ugo avec une fille d'Amico Grillo, prénom non attesté : le prénom « Beatrice » est abandonné) ; études à Parme et Bologne ; cardinal-prêtre de Saint-Laurent-in-Lucina (18 septembre 1227 selon cette notice, 23 septembre selon la CE) ; recteur de la Marche d'Ancône (nommé en octobre 1234, attesté jusqu'en 1240 d'après la Treccani) ; élection le 25 juin 1243 ; fuite de juin 1244 (la rencontre de Narni prévue le 7 juin 1244 n'eut pas lieu d'après la Treccani ; la CE situe le départ dans la nuit du 27 au 28 juin : le jour exact « 7 juin » est abandonné), arrivée à Lyon fin novembre-début décembre 1244 (le jour exact « 29 novembre » n'est attesté que par cette notice et est abandonné) ; premier concile de Lyon (28 juin, 5 juillet, 17 juillet 1245), déposition de Frédéric II, environ 150 évêques ; anti-rois Henri Raspe (1246) et Guillaume de Hollande (1247) ; missions mongoles de Jean de Plan Carpin (lettres Cum non solum et Dei patris immensi) et d'Ascelin ; réponse de Güyük (1246) ; bulle Ad extirpanda (15 mai 1252) ; défaite de Foggia face à Manfred (2 décembre 1254) ; mort à Naples le 7 décembre 1254 ; neveux Opizzo (patriarche latin d'Antioche, confirmé par la Treccani) et Ottobuono (cardinal-diacre de Saint-Adrien en décembre 1251, futur Adrien V). URL : https://en.wikipedia.org/wiki/Pope_Innocent_IV.
36 39 52 69 72 120 124"First Council of Lyon (1245)", EWTN Catholic Library, notice historique du concile : à l'ouverture, le 26 juin 1245, « three patriarchs and about 150 bishops besides other religious and secular persons », dont l'empereur latin de Constantinople ; de nombreux évêques empêchés par les invasions des Tartares à l'est, les attaques des Sarrasins en Terre sainte ou les intimidations de Frédéric II (Siciliens et Allemands surtout) ; les quatre groupes principaux présents sont les Français, et probablement les Espagnols, les Anglais et les Italiens. URL : https://www.ewtn.com/catholicism/library/history-and-text-1467.
79Catéchisme de l'Église catholique, §2297-2298 : condamnation des enlèvements, de la prise d'otages, du terrorisme et de la torture ; reconnaissance que des pouvoirs légitimes ont, dans le passé, recouru à des pratiques cruelles pour maintenir l'ordre, et affirmation qu'elles sont « contraires au respect dû à la personne et à sa dignité » ; appel à œuvrer pour leur abolition. Texte officiel sur vatican.va.
113Évangile selon saint Matthieu, 26, 52 : parole du Christ à Pierre au jardin de Gethsémani, lors de l'arrestation, après que l'apôtre eut frappé de l'épée le serviteur du grand prêtre — « Omnes enim qui acceperint gladium, gladio peribunt ». Traduction française d'après la Bible de Jérusalem ; texte latin de la Vulgate.
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