Célestin IV (en latin Caelestinus IV), né Goffredo da Castiglione, fut pape pendant à peine seize à dix-sept jours, du 25 octobre au 10 novembre 1241.[1][2] Successeur de Grégoire IX, ce cardinal milanais âgé et malade mourut avant d'avoir été couronné, sans qu'aucune bulle ni aucun acte de gouvernement n'ait été conservé de son pontificat.[3][4][5]
Son nom ne survit pourtant pas seulement comme celui d'un pontificat éclair. Célestin IV doit sa célébrité aux circonstances dramatiques de son élection : il fut le candidat arraché par ce que les historiens appellent souvent le premier « conclave » de l'histoire — non pas une élection paisible, mais l'enfermement de force des cardinaux dans le délabré Septizonium de Rome, sur l'ordre du sénateur Matteo Rosso Orsini, qui voulait briser une interminable impasse.[6][7]
Son court règne s'inscrit au paroxysme de la guerre qui opposait la papauté à l'empereur Frédéric II de Hohenstaufen.[8][9] L'empereur tenait deux cardinaux prisonniers — Oddone de Montferrat et Giacomo da Pecorara, capturés à la bataille de Giglio le 3 mai 1241[10][11] —, ses armées cernaient Rome, et le Sacré Collège, divisé entre partisans et adversaires de l'Empire, ne parvenait pas à s'accorder. Le vieux Goffredo fut élu comme compromis provisoire — et sa mort, deux semaines plus tard, ouvrit une vacance d'environ dix-neuf mois, qui ne s'acheva qu'avec l'élection d'Innocent IV le 25 juin 1243.[12][13]
Pourquoi Célestin IV compte-t-il ?
Le pape des seize jours
Avant tout, Célestin IV est l'un des pontificats les plus brefs de l'histoire de l'Église. Élu le 25 octobre 1241, il meurt le 10 novembre suivant : les sources comptent quinze, seize ou dix-sept jours selon qu'elles partent de l'élection, du jour où la nouvelle fut publiée, ou de la date de sa mort.[14][15][16] Les chroniques rapportées par Paravicini Bagliani résument ce néant administratif : le nouvel élu serait tombé gravement malade deux jours après l'élection, sans avoir reçu le pallium — simple bande d'étoffe de laine portée sur les épaules, marque de l'autorité pastorale —, sans même avoir été consacré, et sans qu'aucune expédition sorte de la chancellerie.[17] La biographie médiévale du pape Innocent IV par Nicolas de Curbio, telle que la relaie en anglais le dossier documentaire de John Paul Adams sur la vacance de 1241-1243, rapporte le même récit : mort dans les dix-sept jours, sans pallium reçu, sans couronnement et sans bulle publiée.[18]
Ce vide n'est pas une simple curiosité de calendrier. Il pose une question que l'Église a dû trancher au fil des siècles : à partir de quel moment un homme est-il vraiment pape ? Goffredo da Castiglione, déjà évêque puisqu'il était cardinal-évêque de Sabine, fut validement élu et devint donc évêque de Rome dès son acceptation ; mais il mourut avant les rites solennels d'intronisation, c'est-à-dire la cérémonie publique qui installe le nouveau pape sur le siège de Pierre. Son cas illustre que la papauté tient à l'élection acceptée, non au couronnement, qui n'en est que la manifestation publique : le droit de l'Église énonce que le Pontife Romain, légitimement élu, obtient de droit divin, dès l'acceptation de son élection, la plénitude du pouvoir de juridiction suprême.[19]
Le premier « conclave » de l'histoire
La seconde raison de retenir ce nom tient à la manière dont il fut élu. Pour forcer des cardinaux paralysés à choisir un pape, le sénateur de Rome Matteo Rosso Orsini les fit enfermer ensemble sous clé, dans des conditions sordides, jusqu'à ce qu'ils s'accordent.[20][21] C'est la première fois que l'on voit appliquée, par la contrainte, l'idée qui donnera son nom au conclave — du latin cum clave, « sous clef ».
L'élection de 1241 n'est pas encore le conclave institutionnel que codifiera le concile de Lyon en 1274 ; mais elle en est l'ancêtre brutal, le précédent dont l'Église se souviendra. À ce titre, le pontificat-fantôme de Célestin IV occupe une place réelle dans l'histoire des institutions de l'Église.
Un règne sans acte, dans la guerre contre Frédéric II
Enfin, ce règne minuscule est un révélateur de la crise majeure du XIIIᵉ siècle : l'affrontement à mort entre le sacerdoce et l'Empire. Grégoire IX était mort épuisé par sa lutte contre Frédéric II ; l'empereur tenait deux cardinaux captifs, occupait les terres de l'Église et faisait pression sur l'élection.[22][23] Célestin IV n'eut pas le temps d'agir, mais sa simple existence montre une papauté assiégée, divisée, à la merci des pouvoirs temporels — Rome livrée à son sénateur, le Sacré Collège pris en otage par l'Empire.
Goffredo da Castiglione : un Milanais dans le siècle de Frédéric II
Le Milanais, neveu présumé d'Urbain III
Goffredo da Castiglione était un Milanais, de la noble famille lombarde des Castiglioni.[24][25] Une tradition tenace, reprise par les grandes encyclopédies catholiques et par l'Encyclopædia Britannica, en fait le neveu du pape Urbain III — lui-même milanais, de la famille Crivelli.[26][27][28] Le lien aurait passé par une sœur d'Urbain III.
La critique historique moderne se montre cependant prudente sur ce point. Les études récentes signalent que cette parenté « est sans fondement » solidement établi, et qu'elle relève peut-être d'une construction destinée à grandir l'origine d'un pape éphémère.[29] L'honnêteté oblige donc à présenter ce lien comme traditionnel mais discuté : il est affirmé par les répertoires anciens, mis en doute par la prosopographie contemporaine, c'est-à-dire l'étude des carrières des cardinaux menée à partir des actes de l'époque.
Le moine de Hautecombe : une tradition cistercienne discutée
Une autre tradition fait de Goffredo un moine cistercien. Selon la New Catholic Encyclopedia, il serait « entré chez les cisterciens de Hautecombe en 1187 », abbaye savoyarde célèbre, avant de rejoindre plus tard la carrière ecclésiastique.[30] L'ancienne Catholic Encyclopedia est plus prudente et le dit seulement « probablement cistercien ».[31]
Cette tradition se heurte à une difficulté de chronologie. Si Goffredo entra réellement à Hautecombe dès 1187, il faut reporter sa naissance bien avant 1170 — alors que d'autres notices le font naître plus tard, vers la fin du XIIᵉ siècle.[32] De deux choses l'une : ou bien le récit cistercien est exact, et le futur pape était un très grand vieillard en 1241 ; ou bien la date de 1187 résulte d'une confusion. Plusieurs historiens modernes inclinent à réserver leur jugement sur l'épisode de Hautecombe, faute de documentation contemporaine. Le point demeure ouvert.
Le chancelier de Milan et le cardinal de Grégoire IX
Le terrain ferme des sources commence avec sa carrière ecclésiastique en Lombardie. Goffredo apparaît comme chancelier de l'Église de Milan, fonction attestée entre 1223 et 1227 environ — un poste administratif de premier plan dans l'une des plus puissantes Églises d'Italie.[33]
C'est le pape Grégoire IX qui l'éleva à la pourpre. Le 18 septembre 1227, Goffredo fut créé cardinal-prêtre du titre de Saint-Marc.[34] Onze ans plus tard, en 1238, il accéda à l'un des plus hauts rangs du Sacré Collège en devenant cardinal-évêque de Sabine, l'un des sept sièges suburbicaires : Paravicini Bagliani situe sa promotion à Sabine pendant la promotion cardinalice de mai-juin 1238, sa première souscription comme cardinal-évêque datant du 25 juin 1238.[35][36] Comme évêque de Sabine, il était donc déjà consacré évêque bien avant son élection au souverain pontificat — détail qui éclaire la question de son « couronnement » manqué.
Le légat de Lombardie et de Toscane
Sous Grégoire IX, le cardinal milanais fut chargé d'une mission diplomatique délicate. En 1228-1229, il fut envoyé comme légat en Lombardie et en Toscane, régions où les cités et les communes étaient en grande partie restées fidèles à l'empereur Frédéric II.[37] La légation n'obtint guère de succès : la fidélité gibeline des villes lombardes résistait à la diplomatie pontificale.
L'épisode a son importance. Il montre que Goffredo connaissait de près le front italien de la lutte entre le pape et l'Empire — celui-là même qui, treize ans plus tard, dominerait le conclave d'où il sortirait pape. Élire un homme rompu aux affaires de Lombardie n'était pas un choix indifférent en 1241.
Le siège vacant de 1241 : la papauté assiégée
La mort de Grégoire IX
Le contexte de l'élection est celui d'une Église à genoux. Le 22 août 1241, le vieux pape Grégoire IX mourut à Rome, épuisé par des années de guerre contre Frédéric II.[38][39] Le chroniqueur anglais Matthieu Paris attribua sa fin à un immense chagrin, accablé qu'il était par l'accumulation des désastres : l'échec du concile qu'il avait convoqué, la capture de ses prélats en mer, et l'avance militaire de l'empereur.
« Le pape Grégoire, brisé par tant de tribulations, mourut d'un immense chagrin. » — Matthieu Paris, Chronica Majora, année 1241[40][41]
À la mort de Grégoire IX, le Sacré Collège était décimé et divisé. Sur la douzaine de cardinaux que comptait alors l'Église, plusieurs manquaient à l'appel ou se déchiraient sur la conduite à tenir face à l'Empire. Jamais, peut-être, une élection pontificale ne s'était ouverte dans une conjoncture aussi périlleuse.
La capture des cardinaux à la bataille de Giglio
Le coup le plus dur avait été porté quelques mois plus tôt. Le 3 mai 1241, au large de l'île de Giglio (entre l'Elbe et Montecristo), la flotte pisane et impériale de Frédéric II attaqua les galères génoises qui transportaient vers Rome les prélats convoqués par Grégoire IX à un concile.[42][43] Le désastre fut total : de nombreux évêques et abbés furent capturés, et surtout deux cardinaux — Oddone de Montferrat et Giacomo da Pecorara — tombèrent aux mains de l'empereur, qui les fit emprisonner.[44][45]
En retenant des princes de l'Église captifs, Frédéric II frappait directement le collège électoral du futur pape. Au moment du conclave, deux des électeurs étaient donc derrière les barreaux de l'empereur — pression d'une brutalité inouïe sur une élection pontificale.
Rome aux mains du sénateur Matteo Rosso Orsini
Dans la Ville même, le pouvoir temporel était passé au sénateur Matteo Rosso Orsini, un puissant aristocrate romain — père du futur pape Nicolas III.[46][47] Décidé à doter Rome d'un pape au plus vite, et à empêcher que la division des cardinaux ne profite à Frédéric II, Orsini choisit la manière forte : plutôt que de laisser les cardinaux délibérer librement et indéfiniment, il résolut de les séquestrer jusqu'à ce qu'ils s'accordent.
Le conclave du Septizonium : l'élection arrachée
Les cardinaux enfermés
Matteo Rosso Orsini fit enfermer les cardinaux dans un vieux bâtiment délabré de Rome, que les sources nomment le Septizonium (ou Septasolium, le « Précinct du Soleil »), sur le Palatin.[48][49] Les conditions de cette réclusion forcée passèrent à la postérité par leur caractère ignoble. Les chroniqueurs, à commencer par Matthieu Paris, décrivent un cachot insalubre : le toit en ruine laissait passer la pluie, et l'on prétend même que l'urine des gardes postés sur le toit dégoulinait, mêlée à l'eau, dans la salle où siégeaient les princes de l'Église.[50][51] La chaleur, le manque de nourriture, l'entassement et la saleté rendirent le séjour mortel.[52]
Le contemporain Ryccardus de San Germano consigne sobrement le fait brut :
« Les cardinaux réunis dans la Ville pour l'élection du pape furent enfermés au Septasolium par le sénateur et les Romains, et contraints de procéder à la création d'un pape. » — Ryccardus de San Germano, Chronica, année 1241[53]
La séquestration n'était donc pas une rumeur de chroniqueur hostile : elle était de notoriété publique.
La mort du cardinal Robert de Somercote
La brutalité de l'enfermement eut une victime. Le cardinal anglais Robert de Somercote tomba malade et mourut le 26 septembre 1241, pendant la séquestration.[54][55] La chaleur et la disette contribuèrent sans doute à sa fin ; mais les cardinaux du parti impérial allèrent jusqu'à prétendre qu'il avait été empoisonné.[56]
Son ami Matthieu Paris, qui le tenait en haute estime, soutiendra plus tard que Somercote aurait pu être lui-même élu pape s'il avait vécu — et n'hésitera pas à parler de poison, pour lui comme pour Célestin IV.[57] Ces accusations, invérifiables, disent au moins la violence du climat dans lequel se déroula l'élection.
Les factions : Colonna contre les anti-impériaux
Le blocage venait d'une fracture politique au sein du Collège. Deux partis s'affrontaient. D'un côté, les cardinaux hostiles à Frédéric II, héritiers de la ligne dure de Grégoire IX ; de l'autre, le parti que dominait le cardinal Giovanni Colonna, plus accommodant envers l'Empire.[58][59] Aucun camp n'était assez fort pour imposer son candidat, et la libération temporaire d'un des cardinaux captifs, Oddone de Montferrat, ne suffit pas à débloquer le scrutin.[60]
Goffredo da Castiglione s'imposa précisément comme candidat de transaction :
« Le 25 octobre 1241, ce "premier conclave" divisé élut finalement le candidat de Colonna, le vieux et infirme Goffredo, sous le nom de Célestin IV. » — New Catholic Encyclopedia, « Celestine IV, Pope »[61]
Son grand âge et sa santé chancelante, loin d'être des objections, en faisaient un pape provisoire acceptable par tous — un répit avant la vraie bataille pour la succession.
Frédéric II presse les cardinaux
Au dehors, l'empereur ajoutait sa pression à celle du sénateur. Frédéric II, dont les troupes contrôlaient l'Italie autour de Rome, somma les cardinaux d'en finir, par une lettre au ton impérieux. Le récit moderne en rapporte l'apostrophe cinglante — citation de seconde main, dont l'original latin n'a pas été recollé à une édition primaire dans cette passe :
« Comme des serpents, vous restez collés à la terre au lieu de vous élever vers le ciel… Renoncez à l'esprit de faction et de discorde ! » — Lettre attribuée à Frédéric II aux cardinaux (été 1241)[62]
L'empereur excommunié se posait ainsi en donneur de leçons spirituelles aux princes de l'Église — comble d'ironie qui résume l'inversion des rapports de force en 1241 : c'était le pouvoir temporel qui pressait l'Église de se donner un chef.
L'élection de compromis du 25 octobre 1241
Au bout de deux mois d'enfermement et de marchandages, l'impasse fut enfin rompue. Le 25 octobre 1241, les cardinaux — dix votants seulement, dont l'un mourrait peu après — élurent Goffredo da Castiglione, qui prit le nom de Célestin IV.[63][64] Le choix du nom n'était pas neutre : il renouait avec celui de Célestin III (1191-1198), mort quarante-trois ans plus tôt.
Le nouveau pape était épuisé avant même de régner. La séquestration avait achevé un vieillard déjà malade.
Un pontificat de seize jours
Le pape qui n'eut le temps de rien
Le règne de Célestin IV fut un pontificat sans actes conservés. Il n'eut le temps de promulguer aucune bulle, de prendre aucune décision, de tenir aucun consistoire utile.[65][66] La machine pontificale, à peine remise en marche, s'arrêta aussitôt : selon les chroniques reprises par la prosopographie récente, aucune expédition ne sortit de la chancellerie pontificale durant ces dix-sept jours.[67]
Une tradition isolée lui attribue pourtant un acte unique : l'excommunication de Matteo Rosso Orsini, le sénateur même qui avait fait enfermer les cardinaux. L'affirmation, relayée par l'historiographie moderne, est disputée : Orsini demeura sénateur de Rome en 1242 et son fils fut créé cardinal en 1244, ce qui cadre mal avec une excommunication fulminée en novembre 1241. Elle est en outre absente des répertoires de référence comme de la prosopographie récente, qui ne retiennent aucune expédition de la chancellerie sous ce pontificat.[68]
Ce néant administratif s'explique par son état physique. Sorti mourant du Septizonium, le vieux pape n'eut pas la force de gouverner. Certaines sources avancent qu'il succomba à une dysenterie contractée dans l'insalubrité de sa réclusion — l'épreuve même de son élection l'aurait tué.[69]
La mort du 10 novembre 1241
Célestin IV mourut le dimanche 10 novembre 1241, à Rome, « vieux et malade », à peine plus de deux semaines après son élection.[70][71] Comme pour le cardinal Somercote, Matthieu Paris insinua un empoisonnement ; mais l'épuisement, l'âge et la maladie suffisent amplement à expliquer une mort que tout annonçait.[72]
La brièveté de ce règne le range parmi les plus courts pontificats jamais enregistrés, aux côtés de quelques rares papes emportés en quelques jours ou quelques semaines.
Couronné ou non ? Un pape sans rites
Une question revient dans les sources : Célestin IV fut-il couronné ? La réponse est presque sûrement non. La New Catholic Encyclopedia précise qu'il mourut « peut-être avant d'avoir été couronné », et Paravicini Bagliani va dans le même sens en s'appuyant sur les chroniques (Potthast, Regesta Imperii) : nouvel élu tombé gravement malade deux jours après l'élection, pallium non reçu, pas même consacré, aucune expédition de la chancellerie.[73] La biographie d'Innocent IV par Nicolas de Curbio, telle que la relaie en anglais le dossier documentaire de John Paul Adams sur la vacance de 1241-1243, rapporte le même récit.[74]
Il faut ici lever une confusion fréquente. Que Célestin IV n'ait pas été « couronné » ou « sacré » ne signifie pas qu'il n'était pas évêque : il l'était déjà depuis 1238 comme cardinal-évêque de Sabine.[75][76] Ce qui lui manqua, ce ne fut pas la consécration épiscopale, mais le couronnement pontifical et l'intronisation solennelle — les rites publics qui font éclater aux yeux de tous la dignité de l'évêque de Rome. Validement élu et déjà évêque, Goffredo fut donc réellement pape, fût-ce pour seize jours, même privé de ses ornements.[77]
La sépulture à Saint-Pierre
Le corps de Célestin IV fut inhumé dans la basilique Saint-Pierre de Rome.[78][79] Le pape éphémère, qui n'avait laissé aucun acte conservé de son règne, trouva ainsi place auprès du tombeau de l'Apôtre, parmi ses prédécesseurs et ses successeurs. Sa tombe ne porte pas le souvenir d'un grand gouvernement, mais celui d'une élection tragique et d'un pontificat suspendu.
L'héritage paradoxal d'un règne vide
Une vacance d'environ dix-neuf mois
La mort de Célestin IV n'apaisa rien : elle rouvrit la crise, en pire. Effrayés par la séquestration qu'ils venaient de subir, plusieurs cardinaux s'enfuirent de Rome ; Frédéric II, maître de l'Italie centrale, empêcha tout nouveau rassemblement tant qu'il pouvait y trouver son avantage.[80][81] Le Saint-Siège demeura vacant pendant environ dix-neuf mois : il était déjà vacant depuis dix-huit mois et six jours quand le conclave put enfin s'ouvrir, vers la mi-mai 1243, et l'élection n'aboutit que le 25 juin.[82][83]
Cette interminable vacance est, paradoxalement, le principal effet historique du pontificat de Célestin IV : sa mort prématurée, conséquence directe d'une élection arrachée par la violence, plongea l'Église dans une crise institutionnelle majeure au cœur de sa lutte avec l'Empire.
Innocent IV et la fin de la crise
Il fallut attendre que la pression de Frédéric II se relâche pour que les cardinaux pussent enfin se réunir, non à Rome mais à Anagni. Le 25 juin 1243, ils élurent le cardinal génois Sinibaldo Fieschi, qui prit le nom d'Innocent IV.[84] Avec lui reprenait un vrai gouvernement de l'Église — et la lutte contre Frédéric II, qu'Innocent IV mènerait jusqu'à la déposition solennelle de l'empereur au concile de Lyon en 1245.
Entre Grégoire IX et Innocent IV, le pontificat de seize jours de Célestin IV apparaît ainsi comme une parenthèse tragique, un sursaut avorté entre deux grands papes de combat.
Le « premier conclave » et la naissance d'une institution
Reste l'héritage le plus durable. L'enfermement des cardinaux de 1241 est souvent désigné comme le premier « conclave » au sens propre — c'est-à-dire le premier où les électeurs furent bouclés sous clef jusqu'à l'élection.[85][86] L'expérience, brutale et improvisée, n'avait rien d'une procédure réglée ; mais elle inaugura une pratique que l'Église finirait par s'approprier.
Trois décennies plus tard, après une autre vacance interminable (celle de Viterbe, 1268-1271), le concile de Lyon codifia enfin l'institution dans la constitution Ubi periculum (1274) : les cardinaux seraient désormais réunis cum clave, isolés du monde et soumis à un régime de plus en plus strict tant qu'ils n'auraient pas donné un pape à l'Église. Le sinistre Septizonium de 1241 fut, en ce sens, le berceau lointain du conclave moderne.
Ce que révèle ce pontificat éclair
Le règne minuscule de Célestin IV concentre, comme en miniature, les épreuves de la papauté du XIIIᵉ siècle. Il montre d'abord une Église assiégée : un empereur excommunié qui capture des cardinaux, cerne Rome et dicte le rythme d'une élection ; une Ville livrée à son sénateur ; un Sacré Collège déchiré et impuissant. Jamais, peut-être, la liberté de l'Église dans le choix de son chef n'avait paru aussi compromise.
Il révèle ensuite une vérité de droit que l'Église méditera longtemps : un pape l'est par son élection acceptée, non par la pompe de son couronnement.[87] Goffredo da Castiglione, qui ne reçut ni pallium ni tiare et ne signa pas une ligne, fut pourtant véritablement pape. Sa figure rappelle que la charge ne se mesure pas à la durée ni à l'éclat, mais à la réalité du mandat reçu.
Il révèle enfin une leçon spirituelle que l'Ignispedia se plaît à relever. La valeur d'un homme devant Dieu ne se confond pas avec la trace qu'il laisse dans les archives. « Nous portons ce trésor dans des vases d'argile » (2 Co 4, 7) : le vieux Goffredo, broyé par une élection violente et emporté avant d'avoir rien fait, n'aura été qu'un vase fragile, un nom presque vide dans la liste des papes. Mais l'Église ne l'oublie pas pour autant ; car elle sait que « le Seigneur ne regarde pas comme l'homme : l'homme regarde l'apparence, mais le Seigneur regarde le cœur » (1 S 16, 7). Un pontificat sans gloire n'est pas, devant Dieu, un pontificat sans valeur.
Chronologie
- XIIᵉ siècleNaissance à Milan
Naissance de Goffredo da Castiglione, de la famille milanaise des Castiglioni ; selon la tradition, neveu d'Urbain III.
- 1187 (tradition discutée)Hautecombe ?
Selon une tradition cistercienne, il serait entré chez les cisterciens de Hautecombe — épisode chronologiquement contesté.
- vers 1223-1227Chancelier de Milan
Il exerce la fonction de chancelier de l'Église de Milan.
- 18 septembre 1227Cardinal-prêtre
Créé cardinal-prêtre de Saint-Marc par Grégoire IX.
- 1228-1229Légat en Lombardie et Toscane
Mission diplomatique infructueuse dans des cités restées fidèles à Frédéric II.
- 1238Cardinal-évêque de Sabine
Promu à l'un des sept sièges suburbicaires ; il est dès lors évêque consacré.
- 3 mai 1241Bataille de Giglio
La flotte pisano-impériale capture en mer des prélats et deux cardinaux, emprisonnés par Frédéric II.
- 22 août 1241Mort de Grégoire IX
Le pape s'éteint, épuisé par la guerre contre l'Empire ; s'ouvre un siège vacant périlleux.
- septembre-octobre 1241Le conclave du Septizonium
Le sénateur Matteo Rosso Orsini enferme les cardinaux dans des conditions sordides ; le cardinal Robert de Somercote y meurt le 26 septembre.
- 25 octobre 1241Élection de Célestin IV
Après deux mois d'impasse, les cardinaux élisent le vieux Goffredo da Castiglione comme compromis.
- 10 novembre 1241Mort à Rome
Célestin IV meurt sans avoir été couronné ni publié de bulle ; il est inhumé à Saint-Pierre.
- 25 juin 1243Innocent IV met fin à la vacance
Après près de dix-neuf mois de vacance, Sinibaldo Fieschi est élu à Anagni sous le nom d'Innocent IV.
Les sources : noyau sûr et points discutés
Le noyau sûr de ce pontificat est mince mais concordant : Goffredo da Castiglione, cardinal milanais de Grégoire IX, cardinal-évêque de Sabine, fut élu pape le 25 octobre 1241 au terme d'un conclave où les cardinaux furent enfermés de force par le sénateur Matteo Rosso Orsini, dans le contexte de la guerre contre Frédéric II ; il mourut le 10 novembre 1241, sans couronnement ni bulle conservée, et sa mort ouvrit une vacance d'environ dix-neuf mois qui s'acheva par l'élection d'Innocent IV le 25 juin 1243. Ces faits sont attestés par les répertoires de référence — Catholic Encyclopedia, New Catholic Encyclopedia, Encyclopædia Britannica — par les prosopographies cardinalices, et par les chroniqueurs du temps (Matthieu Paris, Ryccardus de San Germano, Nicolas de Curbio).[88][89][90][91][92]
Plusieurs points restent discutés, surtout pour la jeunesse et la durée du règne. Le tableau ci-dessous récapitule les principales divergences entre sources.
| Point discuté | Versions des sources | Position retenue |
|---|---|---|
| Lien avec Urbain III | Neveu d'Urbain III (encyclopédies anciennes) ; parenté « sans fondement » (critique moderne) | Tradition affirmée mais douteuse |
| Épisode cistercien | Entré à Hautecombe en 1187 (New Catholic Encyclopedia) ; « probablement cistercien » (Catholic Encyclopedia) ; mis en doute (critique récente) | Tradition discutée, chronologie problématique |
| Cardinal-évêque de Sabine | 1233 (Britannica 1911, datation ancienne abandonnée) ; 1238 (DBI/Paravicini Bagliani, Wikipedia EN et FR) ; 1239 (NCE, données d'infobox de Wikipedia EN) | 1238 retenu (DBI : promotion mai-juin 1238, première souscription le 25 juin 1238) ; 1233 écarté ; 1239 isolé |
| Durée du pontificat | Quinze jours (Catholic Encyclopedia) ; seize jours ; dix-sept jours (New Catholic Encyclopedia, Nicolas de Curbio) | Environ seize à dix-sept jours |
| Couronnement | Mort « peut-être avant d'avoir été couronné » ; « ne fut pas couronné » (Nicolas de Curbio) | Non couronné, mais déjà évêque |
| Acte unique attribué | Excommunication de Matteo Rosso Orsini (tradition isolée, d'après Abulafia 1988) ; contestée par les fastes sénatoriaux (Orsini sénateur en 1242, son fils cardinal en 1244) | Tradition écartée : aucun acte conservé |
| Cause de la mort | Épuisement et grand âge ; dysenterie contractée au Septizonium ; poison (Matthieu Paris) | Épuisement / maladie, poison non prouvé |
Pour ce pontificat sans archives propres, l'essentiel de la documentation est indirect : il faut le reconstituer à partir des chroniques contemporaines — la Chronica Majora de Matthieu Paris, la chronique de Ryccardus de San Germano, la Vie d'Innocent IV de Nicolas de Curbio — et des récits de l'élection rassemblés par l'érudition moderne, notamment les dossiers documentaires sur la vacance de 1241-1243.[93][94][95][96]
Pour aller plus loin
- Pape Grégoire IX — prédécesseur, mort épuisé par sa lutte contre Frédéric II, qui laisse l'Église en pleine crise.
- Pape Innocent IV — successeur après la longue vacance ; il reprend le combat contre l'Empire et fait déposer Frédéric II au concile de Lyon (1245).
- Pape Célestin III (1191-1198) — pape dont Goffredo reprit le nom ; autre vieillard porté tard au trône de Pierre.
- Pape saint Célestin V (1294) — autre Célestin au pontificat tragiquement court, célèbre pour sa renonciation.
- Pape saint Célestin Iᵉʳ (422-432) — premier pape de ce nom, juge de la crise nestorienne.
Notes et références
New Catholic Encyclopedia, « Celestine IV, Pope » ; texte repris sur Encyclopedia.com : https://www.encyclopedia.com/religion/encyclopedias-almanacs-transcripts-and-maps/celestine-iv-pope (consulté le 8 juin 2026). Goffredo Castiglioni, Milanais, neveu d'Urbain III, entré chez les cisterciens de Hautecombe en 1187 ; cardinal-prêtre de San Marco en 1227, cardinal-évêque de Sabine en 1239 ; lors du « premier conclave » divisé, les cardinaux enfermés au Septizonium par le sénateur Matteo Rosso Orsini élisent le 25 octobre 1241 le vieux et infirme Goffredo, candidat de Colonna, sous le nom de Célestin IV ; il meurt le 10 novembre 1241, peut-être avant d'avoir été couronné. Texte original : « On Oct. 25, 1241, this divided 'first conclave' finally elected Colonna's candidate, the aged, infirm Goffredo, as Celestine IV. He died within the month, possibly before he was crowned. »
1 3 12 15 24 26 30 59 61 63 65 89Catholic Encyclopedia, « Pope Celestine IV », vol. 3, New York, Robert Appleton Company, 1908 ; texte repris sur New Advent : https://www.newadvent.org/cathen/03479a.htm (consulté le 8 juin 2026). Gofredo Castiglioni, natif de Milan, neveu d'Urbain III, probablement cistercien, créé cardinal par Grégoire IX, lui succède le 25 octobre 1241 au plus fort de la guerre entre la papauté et l'empereur Frédéric II ; mort le 10 novembre 1241 après un règne de quinze jours. Texte original : « GOFREDO CASTIGLIONI, a native of Milan, nephew of Urban III, probably a Cistercian … succeeded him, October 25, 1241 … died after a reign of fifteen days. »
2 8 14 22 25 27 31 70 88Nicolas de Curbio (Niccolò da Calvi, franciscain, chapelain et confesseur d'Innocent IV puis évêque d'Assise de 1250 à vers 1274), Vita Innocentii Papae IV : texte édité par L. A. Muratori, Rerum Italicarum Scriptores, t. III, Milan, 1723, p. 592-592e ; texte réédité par F. Pagnotti, « Niccolò da Calvi e la sua Vita d'Innocenzo IV », Archivio della R. Società Romana di storia patria, 21 (1898), p. 7-120 (références d'édition d'après la bibliographie de J. P. Adams, « Sede Vacante 1241-1243 » : http://www.csun.edu/~hcfll004/SV1241-b.html). Passage cité ici d'après le dossier documentaire de John Paul Adams, « Sede Vacante 1241 » (California State University Northridge, consulté le 8 juin 2026 : http://www.csun.edu/~hcfll004/SV1241-a.html). Formule anglaise relayée : « He received no pallium, was not crowned, issued no bulls, and died within seventeen days » ; récit corroboré dans sa substance par Paravicini Bagliani d'après les chroniques (voir note dbi-celestin4).
4 18 66 74 95Agostino Paravicini Bagliani, « CELESTINO IV, papa », Dizionario Biografico degli Italiani, vol. 23, Rome, Istituto della Enciclopedia Italiana, 1979 (consulté le 3 octobre 2026, re-vérifié en ligne le 4 octobre 2026 : https://www.treccani.it/enciclopedia/papa-celestino-iv_(Dizionario-Biografico)/). Promotion à Sabine pendant la promotion cardinalice de mai-juin 1238, première souscription comme cardinal-évêque le 25 juin 1238 ; pontificat de dix-sept jours : selon certaines chroniques (Potthast, Regesta Imperii), le nouvel élu serait tombé gravement malade deux jours après l'élection, n'aurait pas reçu le pallium, n'aurait même pas été consacré, et aucune expédition n'aurait été effectuée par la chancellerie pontificale durant son pontificat ; mort le 10 novembre 1241, inhumé dans la basilique Saint-Pierre au Vatican. Textes originaux : « La sua sottoscrizione in qualità di cardinale vescovo risale al 25 giugno 1238 » ; « Il pontificato di C. IV, uno dei più brevi della storia, durò solo 17 giorni » ; « il neoeletto sarebbe caduto gravemente malato due giorni dopo l'elezione, non avrebbe ricevuto il pallio, non sarebbe stato nemmeno consacrato » ; « nessuna spedizione sarebbe stata effettuata dalla Cancelleria pontificia durante il suo pontificato » ; « Morì il 10 nov. 1241. Fu tumulato nella basilica di S. Pietro in Vaticano. »
5 17 35 67 73 75 78« 1241 papal election », Wikipedia (en), consulté le 8 juin 2026 : https://en.wikipedia.org/wiki/1241_papal_election. Mort de Grégoire IX ; capture de deux cardinaux (Oddone de Montferrat et Giacomo da Pecorara) à la bataille de Giglio le 3 mai 1241 ; séquestration des cardinaux dans le Septizonium / Saepta Solis par le sénateur Matteo Rosso Orsini ; conditions sordides (toit en ruine, pluie et urine des gardes, chaleur, manque de nourriture) ; mort du cardinal anglais Robert de Somercote (26 septembre 1241) ; pression de Frédéric II ; élection de Goffredo Castiglioni comme Célestin IV le 25 octobre 1241 ; mort le 10 novembre 1241, peut-être de dysenterie contractée au Septizonium ; élection souvent désignée comme le « premier conclave ».
6 11 20 39 43 45 46 48 51 55 56 69 85John Paul Adams, « Sede Vacante 1241 », California State University Northridge : http://www.csun.edu/~hcfll004/SV1241-a.html (consulté le 8 juin 2026). Dossier savant réunissant les sources contemporaines : mort de Grégoire IX le 22 août 1241 ; bataille de Giglio (3 mai 1241) et capture des cardinaux Oddone de Montferrat et Giacomo da Pecorara ; enfermement des cardinaux au Septasolium par le sénateur Matteo Rosso Orsini ; conditions décrites par Matthieu Paris, Ryccardus de San Germano et Nicolas de Curbio ; mort du cardinal Robert de Somercote (26 septembre 1241) ; factions de Giovanni Colonna (parti impérial) et des cardinaux anti-impériaux ; élection de Goffredo Castiglioni le 25 octobre 1241 ; mort le 10 novembre 1241.
7 10 21 23 38 41 42 44 47 49 52 54 58 60 64 81 83 86 92 96Encyclopædia Britannica, « Celestine IV (pope) » : https://www.britannica.com/biography/Celestine-IV (consulté le 8 juin 2026 ; page inaccessible à la re-vérification du 4 octobre 2026). L'édition 1911 de la Britannica (article « Celestine (popes) », vérifié sur Wikisource le 4 octobre 2026) donnait 1233 pour la promotion à Sabine, datation abandonnée par l'historiographie postérieure. Texte original de 1911 : « In 1227 Gregory IX. created him cardinal priest of St Mark's, and in 1233 made him cardinal bishop of Sabina. »
9 28 90« 1243 papal election », Wikipedia (en), consulté le 8 juin 2026 et re-vérifié le 4 octobre 2026 : https://en.wikipedia.org/wiki/1243_papal_election. Après la mort de Célestin IV, fuite des cardinaux hors de Rome et obstruction de Frédéric II ; Siège vacant depuis dix-huit mois et six jours à l'ouverture du conclave (vers le 16 mai 1243) ; élection du cardinal Sinibaldo Fieschi comme Innocent IV le 25 juin 1243 à Anagni. Durée totale du 10 novembre 1241 au 25 juin 1243 : environ dix-neuf mois (« dix-neuf mois » selon « Célestin IV », Wikipedia (fr)). Aucune de ces pages n'affirme de comparaison avec les vacances du VIIᵉ au XIIIᵉ siècle.
13 80 82 84« Pope Celestine IV », Wikipedia (en), consulté le 8 juin 2026 : https://en.wikipedia.org/wiki/Pope_Celestine_IV. Goffredo da Castiglione, né à Milan ; la filiation comme fils d'une sœur d'Urbain III est jugée « sans fondement » ; chancelier de l'Église de Milan (attesté 1223-1227) ; créé cardinal-prêtre de San Marco le 18 septembre 1227 par Grégoire IX, puis cardinal-évêque de Sabine en 1238 ; légat en Lombardie et Toscane en 1228-1229 ; élu pape le 25 octobre 1241, mort le 10 novembre 1241 avant d'avoir pu être couronné ; inhumé dans la basilique Saint-Pierre. Texte original sur la parenté : « the claim that he was the son of a sister of Pope Urban III … is without foundation. »
16 29 32 33 34 36 37 71 76 79Principe de droit canonique : Code de droit canonique de 1917, can. 219 : « Romanus Pontifex, legitime electus, statim ab acceptata electione, obtinet, iure divino, plenam supremae iurisdictionis potestatem » (« le Pontife Romain, légitimement élu, obtient, de droit divin, dès l'acceptation de son élection, la pleine puissance de la juridiction suprême »). Principe repris par le Code de 1983, can. 332, § 1 : c'est par l'acceptation de son élection légitime, jointe à la consécration épiscopale, que le Pontife Romain obtient le pouvoir suprême dans l'Église — de sorte que l'élu déjà marqué du caractère épiscopal, comme l'était Goffredo da Castiglione depuis sa promotion à Sabine, obtient ce pouvoir par cette acceptation même. Le couronnement et l'intronisation solennelle n'en sont que la manifestation publique, non la cause.
19 77 87Matthieu Paris, Chronica Majora (éd. H. R. Luard, Rolls Series, Londres, 1872-1883), pour les années 1241-1243 ; cité d'après le dossier documentaire de J. P. Adams, « Sede Vacante 1241 » (CSUN, consulté le 8 juin 2026). Le chroniqueur anglais attribue la mort de Grégoire IX à un « immense chagrin » (dolor maximus), décrit les conditions ignobles de la séquestration des cardinaux au Septizonium, rapporte la mort du cardinal Robert de Somercote — son ami, qu'il dit promis au pontificat — et insinue un empoisonnement pour Somercote comme pour Célestin IV. Ces accusations de poison demeurent invérifiables.
40 50 57 72 93Ryccardus de San Germano (Riccardo di San Germano), Chronica, sous l'année 1241 ; cité d'après le dossier documentaire de J. P. Adams, « Sede Vacante 1241 » (CSUN, consulté le 8 juin 2026). Texte original (latin médiéval, traduit) : « Les cardinaux réunis dans la Ville pour l'élection du pape furent enfermés au Septasolium par le sénateur et les Romains, et contraints de procéder à la création d'un pape. »
53 94Frédéric II de Hohenstaufen, lettre aux cardinaux pressant l'élection d'un pape (été 1241). Citation donnée ici en traduction française d'une version anglaise moderne : « Like serpents you cling to the earth instead of raising yourself to the skies … Renounce the spirit of faction and of discord! », rapportée par « 1241 papal election », Wikipedia (en), consulté le 8 juin 2026 : https://en.wikipedia.org/wiki/1241_papal_election, d'après Ernest F. Henderson, A History of Germany in the Middle Ages, Londres, G. Bell and Sons, 1894, p. 386. Édition primaire non recollée dans cette passe (registres impériaux ; J.-L.-A. Huillard-Bréholles (éd.), Historia diplomatica Friderici Secundi, t. VI, 1re partie, Paris, Plon, 1860 ; ou lettres impériales transmises par la Chronica Majora de Matthieu Paris, cf. H. E. Hilpert, Kaiser- und Papstbriefe in den Chronica Majora des Mattheus Paris, Stuttgart, 1981) : citation à tenir pour fragile jusqu'à collation sur le latin.
62Tradition de l'excommunication de Matteo Rosso Orsini comme unique acte de Célestin IV, rapportée par « Pope Celestine IV », Wikipedia (en) : « It is said that this was nevertheless long enough for him to proceed, as his only significant act, with the excommunication of Matteo Rosso Orsini », d'après David Abulafia, Frederick II : A Medieval Emperor, Londres, Allen Lane, 1988, p. 352 ; contestation appuyée sur les fastes sénatoriaux romains : Francesco Antonio Vitale, Storia diplomatica de' senatori di Roma, t. I, Rome, 1791, pp. 108-110, et Luigi Pompili Olivieri, Il senato romano, t. I, Rome, 1886, pp. 193-194 (Orsini sénateur en 1242 ; son fils Giovanni Gaetano, futur Nicolas III, créé cardinal en 1244). Absente de la Catholic Encyclopedia, de la New Catholic Encyclopedia et du Dizionario Biografico degli Italiani (Paravicini Bagliani, 1979).
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