Pape Célestin III (1191-1198)

Élu pape à 85 ans après quarante-sept ans de cardinalat, Célestin III couronna l'empereur Henri VI, défendit avec fermeté les lois du mariage contre Philippe Auguste et Alphonse IX, mais temporisa face à l'Empire dans l'affaire de Richard Cœur de Lion.

Ignispedia

Célestin III (en latin Caelestinus), né Giacinto Bobone vers 1105-1106, gouverne l'Église romaine du 30 mars 1191 au 8 janvier 1198.[1][2] Successeur de Clément III et prédécesseur d'Innocent III, il est le premier pape issu de la famille des Bobone, souche dont sortiront les puissants Orsini.[3][4]

Sa figure est d'abord celle d'un vieillard d'exception. Cardinal pendant quarante-sept ans, il fut élu pape dans sa quatre-vingt-cinquième année ; n'étant encore que diacre, il dut être ordonné prêtre le Samedi saint puis sacré évêque le jour de Pâques, deux jours seulement avant de poser l'acte le plus retentissant de son règne.[5][6] Dès le lendemain de son sacre, il couronna l'empereur Henri VI — un geste qui scella la rencontre dramatique entre la papauté et la maison de Hohenstaufen.[7]

Son pontificat porte une double signature, qui a divisé ses juges. D'un côté, une fermeté remarquable sur les lois du mariage : il refusa le divorce de Philippe Auguste, défendit la reine répudiée Ingeburge de Danemark, et frappa d'interdit le roi Alphonse IX de León pour une union incestueuse.[8][9] De l'autre, une longanimité contestée face à Henri VI, qui retint captif le croisé Richard Cœur de Lion et soumit par la force le royaume de Sicile, vassal du Saint-Siège, sans que le pape âgé osât l'excommunier.[10][11]

Sa vie, enfin, relie deux siècles. Étudiant à Paris vers 1138, ami et défenseur de Pierre Abélard au concile de Sens, légat infatigable dans l'Espagne de la Reconquista, il traversa tout le XIIᵉ siècle au cœur de la curie avant de mourir au seuil du grand pontificat d'Innocent III. Peu avant la fin, il voulut abdiquer pour désigner lui-même son successeur — projet que les cardinaux lui refusèrent.[12][13]

Pourquoi Célestin III compte-t-il ?

Le doyen des papes : quarante-sept ans cardinal, élu à quatre-vingt-cinq ans

Avant d'être un pontificat, Célestin III est d'abord un record de longévité curiale. Créé cardinal-diacre de Santa Maria in Cosmedin en 1144, il garda ce titre quarante-sept ans — l'une des plus longues carrières cardinalices de l'histoire — avant d'être porté au trône de Pierre dans sa quatre-vingt-cinquième année.[14][15] Aucune des grandes affaires du siècle ne lui fut étrangère : le schisme, les légations d'Espagne, les conflits avec l'Empire, les écoles de Paris.

Cette singularité n'est pas une anecdote. Elle explique à la fois la sagesse diplomatique que reconnaissent ses meilleurs historiens et la prudence parfois jugée excessive de son gouvernement. Un homme de quatre-vingt-cinq ans, témoin direct d'un demi-siècle de luttes, n'avait ni l'énergie ni le temps d'un jeune réformateur ; il gouverna en vieux sage, économe de ses foudres.

Le pape de la fermeté conjugale et de la faiblesse impériale

Le second trait qui le distingue est un contraste moral. Là où il s'agit du mariage chrétien, Célestin III se montre inflexible : il tient tête au roi de France, défend une reine étrangère et humiliée, frappe d'interdit un roi de León. Là où il s'agit de l'Empire, il temporise, recule, négocie, et laisse Henri VI imposer sa loi à la Sicile pontificale et à l'Angleterre captive de Richard.[16][17]

Faut-il y voir une faiblesse de vieillard, ou la patience calculée d'un diplomate qui savait l'Église militairement désarmée face aux Hohenstaufen ? La question, on le verra, partage encore les historiens.

Le premier Orsini sur le trône de Pierre

Enfin, Célestin III inaugure une lignée. Issu de la famille romaine des Bobone, il est tenu pour le premier pape de la souche des Orsini, qui donnera plus tard à l'Église d'autres pontifes et de nombreux cardinaux.[18][19] Son élection marque l'entrée d'un grand clan romain dans l'histoire de la papauté médiévale, à un moment où la Ville elle-même, organisée en commune insurgée, contestait âprement le pouvoir temporel des papes.

Giacinto Bobone : un demi-siècle au cœur de la curie

Le Romain des Bobone, ancêtres des Orsini

De Paris à Rome : la carrière curiale exceptionnelle de Giacinto Bobone avant son élection à environ 85 ans. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Giacinto naît à Rome, vers 1105-1106, dans la famille des Bobone, du quartier de l'Arcula.[20] Cette parenté est la matrice des futurs Orsini, l'un des deux ou trois plus grands clans de la noblesse romaine. Sur sa jeunesse, les sources sont avares ; mais elles s'accordent sur un point décisif : ce fils de la noblesse urbaine reçut une formation intellectuelle de premier ordre, qui le conduisit jusqu'aux écoles de Paris, foyer bouillonnant de la théologie du XIIᵉ siècle.

L'étudiant de Paris et l'ami de Pierre Abélard

Vers 1138, Giacinto est à Paris, où il suit l'enseignement du plus brillant et du plus contesté des maîtres du temps : Pierre Abélard.[21] La New Catholic Encyclopedia le présente sans détour comme « le condisciple d'Abélard à Paris vers 1138, et son défenseur résolu contre saint Bernard au concile de Sens ».[22] Cet attachement à Abélard — comme celui de Célestin II, lui aussi élève du maître — fera de lui un homme ouvert aux esprits inquiets de son siècle, sans qu'il en épouse jamais les erreurs censurées.

Le défenseur d'Abélard au concile de Sens

Au concile de Sens, le futur Célestin III apparaît comme soutien curial d'Abélard sans renverser ensuite la condamnation doctrinale. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Le concile de Sens (1140 ou 1141) fut le grand procès doctrinal du siècle : saint Bernard de Clairvaux y fit condamner plusieurs propositions tirées des écrits d'Abélard sur la Trinité et la grâce. La veille du débat, Bernard avait rallié à sa cause la majorité des prélats ; le lendemain, Abélard, se voyant déjà jugé, refusa de plaider et en appela au pape.[23]

C'est ici qu'intervient le jeune Hyacinthe Bobone, alors clerc de la curie romaine et présent à Sens. Les sources le donnent comme le soutien d'Abélard au sein de la curie ; la documentation réunie par Abaelard.de présente l'appel à Rome — que Geoffroy d'Auxerre décrit comme un geste désespéré — comme une action délibérément préparée, probablement suggérée par Hyacinthe lui-même.[24] La tradition rapporte même que le futur pape s'opposa, à Sens, à la sévérité de Bernard contre le vieux maître.[25][26]

« [Giacinto fut] le condisciple d'Abélard à Paris vers 1138, et son défenseur résolu contre saint Bernard au concile de Sens. » — New Catholic Encyclopedia, « Celestine III, Pope »[27]

Estimer un maître sans épouser ses erreurs

Le point mérite la nuance que demande la boussole catholique. Que le futur Célestin III ait défendu Abélard comme homme et comme ami, qu'il ait jugé Bernard trop dur dans la procédure, n'en fait nullement un complice des thèses condamnées. Saint Bernard avait raison sur le fond doctrinal : certaines propositions d'Abélard touchant la Trinité et la grâce étaient réellement erronées, et leur condamnation fut confirmée par le pape Innocent II, qui frappa Abélard le 16 juillet 1141 d'excommunication et de silence perpétuel, ordonnant de brûler ses livres.[28]

Le grief de Bernard — Abélard introduirait dans ses livres des « nouveautés profanes de mots et de sens » — situait l'enjeu doctrinal de Sens : aux yeux de Bernard, le maître promettait à ses auditeurs l'intelligence des vérités les plus sublimes, pourtant cachées au sein même de la foi.[29]

Devenu pape, Hyacinthe ne réhabilita jamais les thèses censurées de Sens. Son cas illustre une distinction permanente dans l'Église : on peut estimer un esprit, plaider pour la douceur d'une procédure et l'honneur d'un homme, sans abdiquer le jugement de la foi. Abélard lui-même, réconcilié avec Bernard par l'entremise de Pierre le Vénérable, mourut en paix dans l'Église.

Le cardinal-diacre de Santa Maria in Cosmedin (1144)

De retour dans l'orbite romaine, Giacinto fut créé cardinal-diacre de Santa Maria in Cosmedin en 1144 — soit le 13 février 1144 par Célestin II, soit, selon une autre tradition, le 22 décembre 1144 par Lucius II.[30][31] Il devait conserver ce titre quarante-sept années, jusqu'à son élection au souverain pontificat.[32] Cette stabilité exceptionnelle fit de lui, au fil des décennies, l'un des hommes les plus expérimentés du Sacré Collège, témoin de neuf pontificats successifs, de Lucius II à Clément III,[33] et rouage permanent de la diplomatie pontificale.

Le légat d'Espagne et l'expert des affaires ibériques

Les légations ibériques donnèrent à Hyacinthe Bobone une expertise durable sur la Reconquista, Compostelle et l'ordre de Santiago. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

C'est en Espagne que le cardinal Hyacinthe acquit sa stature européenne. Il y mena deux grandes légations : la première vers 1154-1156, la seconde de 1172 à 1174, marquées par la prédication de la croisade de Reconquête, la collecte du cens dû à Rome et le règlement des affaires des royaumes chrétiens.[34][35] Ces missions, longues et difficiles, lui valurent auprès de la curie la réputation d'un expert hors pair des affaires ibériques — un capital qui pèsera dans son élection.

L'ordre de Santiago et la croisade de la Péninsule

L'un des fruits les plus durables de ses légations fut son rôle dans la naissance des ordres militaires hispaniques. C'est le cardinal Hyacinthe, légat d'Alexandre III, qui donna en 1171 sa première règle à l'ordre de Santiago (Saint-Jacques-de-l'Épée), avant que cet ordre ne fût reconnu comme ordre religieux par la bulle d'Alexandre III du 5 juillet 1175.[36] En soutenant ces chevaliers voués à la défense des pèlerins et à la lutte contre les Almohades, le futur Célestin III s'inscrivait dans le grand effort de la chrétienté pour la Reconquista — un engagement qu'il prolongera comme pape.

L'élection de 1191 : un vieillard au seuil d'un siècle de fer

La mort de Clément III et le conclave

Lorsque Clément III meurt à la fin de mars 1191, la situation romaine est tendue : la commune de Rome dispute au pape la gestion temporelle de la Ville, et le roi des Romains Henri VI, fils de Frédéric Barberousse, descend déjà sur l'Italie pour se faire couronner empereur et revendiquer l'héritage sicilien de son épouse Constance de Hauteville. Dans cette conjoncture périlleuse, les cardinaux portèrent leur choix sur le plus ancien et le plus expérimenté d'entre eux : Giacinto Bobone, élu le 30 mars 1191.[37][38]

Loin d'être le simple candidat de compromis que l'on a parfois décrit, le vieux cardinal apportait au trône une expérience diplomatique sans équivalent ; les études récentes voient en lui un véritable homme de gouvernement, non un pis-aller.[39][40]

Diacre élu pape : ordination et sacre en deux jours

Une particularité canonique frappe les contemporains : élu, Giacinto n'était encore que diacre. Il fallut donc, en quelques jours, gravir tous les degrés. Il fut ordonné prêtre le 13 avril 1191, jour du Samedi saint, puis sacré évêque et couronné pape le 14 avril, jour de Pâques.[41][42] Le choix de ces deux grandes dates liturgiques n'était pas fortuit : il inscrivait l'avènement du nouveau pontife dans le mystère pascal, au moment même où l'Empire frappait aux portes de Rome.

Le couronnement d'Henri VI et le sac de Tusculum

Le sacre impérial du 15 avril 1191

Trois jours décisifs d'avril 1191 : le nouveau pape, l'empereur couronné et Tusculum livrée aux Romains. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Le 15 avril 1191, soit le lendemain de son propre sacre, Célestin III oignit et couronna, en la basilique Saint-Pierre, Henri VI empereur du Saint-Empire, et son épouse Constance impératrice.[43][44] L'acte était d'une portée immense : il consacrait la puissance des Hohenstaufen au moment précis où Henri s'apprêtait à réunir sous une seule couronne l'Empire au nord et le royaume normand de Sicile au sud — prenant les États pontificaux en tenaille.

Tusculum rasée : l'ombre au tableau

Mais ce couronnement eut un prix terrible, qui demeure la tache la plus sombre du pontificat. Les Romains refusèrent de laisser se dérouler les solennités tant que le pape et l'empereur ne les auraient pas aidés à assouvir leur vieille haine contre la cité voisine de Tusculum. Le chroniqueur anglais Roger de Hoveden rapporte que les Romains supplièrent Célestin, avant même le couronnement impérial, d'obtenir de l'empereur la restitution de la ville ; Henri, une fois couronné, la remit au pape le lendemain, et le pape la livra aux Romains le troisième jour : le 17 avril 1191, Tusculum fut rasée par le pape et les Romains, avec le consentement de Célestin III et d'Henri VI, si bien qu'il n'en resta pas une pierre sur l'autre.[45][46]

Que le pape ait laissé livrer une cité chrétienne pour obtenir la paix de son couronnement est un épisode douloureux, que l'histoire ne saurait farder : il révèle l'étroitesse de la marge de manœuvre d'un pontife pris entre la commune romaine insurgée et la pression impériale.

Le bras de fer avec Henri VI

La question sicilienne

Le couronnement n'avait rien réglé. Henri VI réclamait le royaume de Sicile au nom de Constance, héritière des rois normands ; or ce royaume était fief du Saint-Siège. Le pape avait reconnu Tancrède de Lecce comme roi ; l'empereur, après une première campagne malheureuse en 1191 — où Constance elle-même fut un temps capturée, puis libérée grâce à l'intervention pontificale[47] —, revint à la mort de Tancrède et conquit la Sicile par la force en 1194.[48][49] Henri « nia que la Sicile fût vassale du pape » et refusa de restituer l'intégralité des États pontificaux promis.[50] Célestin III, militairement impuissant, ne put que protester.

La captivité de Richard Cœur de Lion

L'affaire qui ternit le plus la réputation du vieux pape fut la captivité de Richard Iᵉʳ d'Angleterre. Au retour de la troisième croisade, le roi-croisé Richard Cœur de Lion fut capturé en Autriche fin 1192, puis livré à Henri VI, qui le retint prisonnier pour une rançon colossale.[51][52] Or un croisé jouissait de la protection de l'Église : sa personne et ses biens étaient sacrés. Retenir Richard captif était donc, en droit canonique, un sacrilège manifeste.

Célestin III excommunia les complices et auteurs de la capture, et tenta de faire restituer la rançon ; mais il fut lent et prudent à menacer Henri VI lui-même d'excommunication, et n'osa finalement pas frapper l'empereur de l'anathème.[53][54] Le Catholic Encyclopedia note que le Collège des cardinaux s'opposa à une rupture ouverte avec l'empereur.[55]

Fermeté ou faiblesse ? Le débat des historiens

Le contraste central du pontificat : fermeté sur l'indissolubilité du mariage, prudence contestée face à l'Empire. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Ce comportement a nourri un jugement sévère. Le Catholic Encyclopedia reconnaît que la patience du vieux pape étonna ses contemporains, et qu'un pontife plus jeune n'aurait pas si longtemps toléré l'arrogance impériale :

« Le vieux Célestin étonna beaucoup de gens par sa longanimité dans ses rapports avec le jeune et violent Henri VI. » — Catholic Encyclopedia, « Pope Celestine III », 1908[56]

La critique est ancienne. Mais l'historiographie moderne corrige cette image. L'Encyclopædia Britannica y voit moins une faiblesse sénile qu'une politique délibérée de modération :

« La politique conciliante et temporisatrice de Célestin envers Henri ne fut probablement pas causée par une faiblesse sénile, mais bien par la modération et la patience. » — Encyclopædia Britannica, « Celestine III »[57]

La vérité tient sans doute dans cette tension : désarmé face à la puissance militaire des Hohenstaufen, conscient que l'excommunication d'un empereur victorieux pouvait précipiter un schisme ou une invasion, le vieux pape choisit de gagner du temps plutôt que de risquer le tout pour le tout. Les recherches récentes, loin de le réduire à un faible, soulignent son habileté diplomatique et son rôle de réformateur, et refusent de le tenir pour le simple jouet d'Henri VI.[58][59] La mort prématurée d'Henri VI, en septembre 1197, donnera d'ailleurs raison à sa patience : l'Empire allait sombrer dans la crise, laissant à Innocent III les mains libres.

Le gardien des lois du mariage

Si Célestin III plia devant la force, il ne plia jamais devant les rois sur le terrain où la papauté médiévale était la plus inébranlable : la défense de l'indissolubilité du mariage chrétien. C'est là qu'éclate sa véritable fermeté.

« Ce que Dieu a uni, que l'homme ne le sépare pas. » — Évangile selon saint Matthieu 19, 6

Ingeburge de Danemark contre Philippe Auguste

Le cas le plus célèbre est celui d'Ingeburge de Danemark. En 1193, le roi de France Philippe II Auguste épousa la princesse danoise, puis la répudia dès le lendemain des noces, par une aversion aussi soudaine qu'inexplicable, et fit prononcer par des évêques complaisants une annulation de complaisance. Ingeburge, seule et étrangère, en appela à Rome. Célestin III prit sa défense et soutint avec vigueur la validité du mariage, refusant au roi de France le divorce qu'il réclamait.[60][61] Le combat se poursuivra sous Innocent III, qui frappera la France d'interdit pour contraindre Philippe à reprendre son épouse légitime — mais c'est Célestin III qui tint le premier la ligne.

Alphonse IX de León et l'interdit

Même fermeté dans la péninsule Ibérique, qu'il connaissait si bien. Le roi Alphonse IX de León avait contracté avec Thérèse de Portugal une union prohibée pour cause de consanguinité ; Célestin III la condamna et plaça le León sous interdit.[62] Lorsque le même roi s'allia ensuite au califat almohade contre la Castille chrétienne, le vieux pape protesta avec la même rigueur. Quant au second mariage d'Alphonse, avec Bérengère de Castille en décembre 1197, contracté quelques semaines seulement avant la mort de Célestin III (8 janvier 1198) : les sanctions qui le frappèrent — excommunication, interdit, puis annulation en 1204 — relèvent de son successeur Innocent III, non de Célestin III.[63] Là encore, le vieil expert des affaires ibériques n'hésita pas à dresser contre un roi toute la rigueur du droit canonique.

Le pasteur : canonisations, ordres militaires et croisade

Quatre saints élevés sur les autels

Au-delà de la haute politique, Célestin III exerça aussi le munus pastoral ordinaire du pape. On lui doit quatre canonisations solennelles :[64][65]

Saint canoniséQualitéDateLieu
Ubald de Gubbio (Ubaldo Baldassini)Évêque de Gubbio4 mars 1192Italie centrale
Bernward de HildesheimÉvêque de Hildesheim8 janvier 1193Empire (Saxe)
Jean Gualbert (Giovanni Gualberto)Abbé, fondateur de Vallombreuse24 octobre 1193Toscane
Géraud de la Sauve-MajeureAbbé bénédictin27 avril 1197Aquitaine
Les quatre canonisations de Célestin III : deux évêques pasteurs et deux abbés réformateurs. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Ces choix dessinent un portrait du modèle de sainteté qu'honorait la papauté de la fin du XIIᵉ siècle : des évêques pasteurs et des abbés réformateurs, hommes d'ordre et de prière, garants de la discipline ecclésiale au sortir des grandes querelles. La canonisation de Jean Gualbert, fondateur de la congrégation de Vallombreuse, honorait en particulier l'élan de réforme monastique et la lutte contre la simonie qui avaient marqué le siècle précédent.

La protection des ordres militaires

Fidèle à l'esprit de ses légations espagnoles, Célestin III soutint les ordres militaires nés de l'âge des croisades. Le 21 décembre 1196, il publia une bulle prenant l'ordre sous sa protection et rangeant l'hôpital d'Acre au nombre des possessions de l'hôpital allemand[66], jeune ordre hospitalier germanique issu de la Terre sainte. Il favorisa de même les grands ordres de la croisade et de la Reconquista — Temple, Hôpital, Santiago —, prolongeant le rôle qu'il avait joué, comme cardinal-légat, dans la naissance des chevaleries hispaniques.[67][68] Sous son pontificat, l'Église confirme ainsi son patronage des moines-soldats voués à la défense des pèlerins et des frontières chrétiennes.

La croisade contre la lenteur de l'Empire

Le vieux pape n'oublia pas la Terre sainte. Il encouragea la croisade allemande menée par Henri VI en 1195-1197, espérant à la fois servir Jérusalem et détourner vers l'Orient l'énergie conquérante de l'empereur.[69] L'expédition tourna court avec la mort soudaine d'Henri VI en septembre 1197 ; mais elle montre un Célestin III soucieux jusqu'au bout de la grande cause de son temps, la délivrance des Lieux saints.

La fin : le pape qui voulut renoncer (1198)

Le projet d'abdication refusé

L'épisode final est l'un des plus singuliers de l'histoire pontificale. Sentant la mort venir, et conscient des dangers que faisait peser l'Empire, le très vieux Célestin III proposa de renoncer au pontificat pour permettre l'élection immédiate de son successeur — il souhaitait voir choisir le cardinal Giovanni di San Paolo, bénédictin. Les cardinaux le lui interdirent, refusant à la fois l'abdication et la désignation imposée d'un successeur.[70][71]

Le geste est riche d'enseignement : il atteste qu'au XIIᵉ siècle déjà, l'idée d'une renonciation papale était pensable et discutée — bien avant le cas fameux de Célestin V en 1294, et plus encore de Benoît XVI en 2013. Mais il montre aussi la résistance du Sacré Collège à toute tentative, par un pape, de préempter le choix de son successeur : la liberté de l'élection devait être sauve.

La mort et la succession d'Innocent III

Célestin III mourut à Rome le 8 janvier 1198, à environ quatre-vingt-douze ans, et fut inhumé dans la basilique du Latran.[72][73] Le jour même, ou presque, les cardinaux élurent le jeune et fougueux Lothaire de Segni, qui prit le nom d'Innocent III. Le contraste fut saisissant : à la patience d'un vieillard de quatre-vingt-douze ans succédait l'énergie d'un homme de trente-sept ans, sous qui la papauté médiévale allait atteindre son apogée. Bien des conflits laissés en suspens par Célestin — Ingeburge, Sicile, États pontificaux — seraient repris et menés à leur terme par son redoutable successeur.

Ce que révèle ce pontificat

Le règne de Célestin III condense les tensions de la papauté à la veille de son apogée. Il montre d'abord une Église militairement vulnérable : face aux Hohenstaufen unissant l'Empire et la Sicile, le Saint-Siège n'a plus que l'arme spirituelle, et un pape âgé hésite à la brandir contre un empereur victorieux. Il montre ensuite la fragilité de Rome elle-même, où la commune insurgée impose au pape, pour prix d'un couronnement, le sac de Tusculum.

Mais il révèle aussi une constance doctrinale qui ne faillit pas. Sur le mariage, Célestin III tient tête à Philippe Auguste comme à Alphonse IX, défend la reine répudiée et l'indissolubilité du lien, préparant le terrain à Innocent III. Sur la foi, l'ancien ami d'Abélard n'a jamais touché à la sentence de Sens. Et son projet d'abdication, refusé par les cardinaux, rappelle que la charge pontificale, si lourde soit-elle, ne se transmet pas comme un héritage privé.

Il révèle enfin une vérité spirituelle que l'Ignispedia se plaît à relever : la valeur d'un pasteur ne se mesure pas à l'éclat de ses victoires temporelles. « Il y a diversité de ministères, mais c'est le même Seigneur » (1 Co 12, 5). Le vieux Célestin, qui gouverna l'Église à un âge où la plupart se taisent, ne fut ni un grand conquérant ni un grand législateur ; mais il garda la foi, défendit les faibles contre les puissants sur le terrain du mariage, et tint le gouvernail dans la tempête jusqu'à ce que vînt la relève. « J'ai gardé la foi » (2 Tm 4, 7) : ce mot de l'Apôtre pourrait résumer le mérite discret d'un pontificat sans gloire éclatante, mais sans reniement.

Chronologie

  1. vers 1105-1106
    Naissance à Rome

    Naissance de Giacinto Bobone, dans la famille romaine des Bobone, souche des futurs Orsini.

  2. vers 1138
    Étudiant à Paris

    Élève de Pierre Abélard dans les écoles parisiennes ; il en restera l'ami et le défenseur.

  3. 1140 ou 1141
    Le concile de Sens

    Présent à Sens, il soutient Abélard face à saint Bernard et inspire probablement l'appel du maître à Rome.

  4. 1144
    Cardinal-diacre

    Créé cardinal-diacre de Santa Maria in Cosmedin — titre qu'il gardera quarante-sept ans.

  5. 1154-1156 et 1172-1174
    Légations d'Espagne

    Deux grandes légations en Ibérie : croisade de Reconquête, cens de Rome, naissance de l'ordre de Santiago.

  6. 30 mars 1191
    Élection au pontificat

    À environ 85 ans, élu pape sous le nom de Célestin III, après la mort de Clément III.

  7. 13-14 avril 1191
    Ordination et sacre

    Encore diacre, ordonné prêtre le Samedi saint, puis sacré évêque et couronné pape le jour de Pâques.

  8. 15 avril 1191
    Couronnement d'Henri VI

    Couronnement de l'empereur Henri VI et de l'impératrice Constance à Saint-Pierre.

  9. 17 avril 1191
    Le sac de Tusculum

    Avec le consentement du pape et de l'empereur, les Romains rasent Tusculum.

  10. 1192-1193
    Captivité de Richard Cœur de Lion

    Le croisé Richard Iᵉʳ est livré captif à Henri VI ; le pape excommunie les complices mais épargne l'empereur.

  11. 1192-1197
    Quatre canonisations

    Ubald de Gubbio (1192), Bernward de Hildesheim (1193), Jean Gualbert (1193), Géraud de la Sauve-Majeure (1197).

  12. 1193-1196
    Le gardien du mariage

    Défense d'Ingeburge contre Philippe Auguste ; interdit et excommunication d'Alphonse IX de León.

  13. 1194
    Henri VI conquiert la Sicile

    L'empereur soumet par la force le royaume normand, fief du Saint-Siège, malgré les protestations du pape.

  14. 8 janvier 1198
    Mort au Latran

    Mort à environ 92 ans, après avoir vainement voulu abdiquer ; Innocent III lui succède aussitôt.

Les sources : noyau sûr et points discutés

Le noyau sûr de ce pontificat est solide et concordant : Giacinto Bobone, cardinal pendant quarante-sept ans, fut élu pape très âgé en 1191, couronna Henri VI, laissa raser Tusculum, défendit les lois du mariage contre Philippe Auguste et Alphonse IX, temporisa face à l'Empire dans l'affaire de Richard Cœur de Lion, canonisa quatre saints, voulut abdiquer et mourut le 8 janvier 1198, remplacé par Innocent III. Ces faits sont attestés par les répertoires de référence — Catholic Encyclopedia, New Catholic Encyclopedia, Encyclopædia Britannica — et par les prosopographies cardinalices.[74][75][76][77]

Quelques points restent discutés, surtout pour la jeunesse et les dates. Le tableau ci-dessous récapitule les principales divergences entre sources.

Point discutéVersions des sourcesPosition retenue
Date de naissanceVers 1105 ; vers 1106Vers 1105-1106
Création cardinalice13 février 1144 (Célestin II) ; 22 décembre 1144 (Lucius II)1144, pape créateur incertain
Date d'élection30 mars 1191 (tradition dominante) ; 10 avril 1191 (Catholic-Hierarchy)30 mars 1191
Date du concile de Sens1140 ; 11411140 ou 1141
Liste des canonisationsQuatre saints attestés ; certaines notices anciennes y ajoutent à tort saint Malachie (en réalité canonisé par Clément III) ; la NCE date Ubald de 1191 et Bernward de 1192, contre 1192 et 1193 dans la CE et les notices par saintUbald, Bernward, Jean Gualbert, Géraud (quantièmes en note)

La grande synthèse savante moderne est le volume collectif John Doran et Damian J. Smith (dir.), Pope Celestine III (1191-1198): Diplomat and Pastor (Ashgate, 2008), dont le chapitre d'ouverture d'Anne Duggan, « Hyacinth Bobone: Diplomat and Pope », renouvelle l'image d'un pontife longtemps sous-estimé.[78][79] Pour les actes, les souscriptions de bulles relevées par les prosopographies (Catholic-Hierarchy) fournissent le cadre chronologique le plus fiable.[80]

Pour aller plus loin

Notes et références

  1. Catholic Encyclopedia, « Pope Celestine III », vol. 3, New York, Robert Appleton Company, 1908 ; texte repris sur New Advent : https://www.newadvent.org/cathen/03478b.htm (consulté le 4 octobre 2026). Giacinto Bobone, premier des Orsini romains, né vers 1106, quarante-sept ans cardinal, élu le 30 mars 1191 dans sa 85ᵉ année, ordonné prêtre le 13 avril et sacré évêque le 14 avril (Samedi saint et Pâques), couronnement d'Henri VI et de Constance le lendemain ; défense des lois du mariage (Alphonse IX de León, Ingeburge et Philippe Auguste) ; longanimité contestée face à Henri VI et à la captivité de Richard Cœur de Lion (excommunication des seuls complices, opposition du Collège cardinalice) ; mort le 8 janvier 1198. Texte original : « The aged Celestine astonished many by his longanimity in dealing with the young and violent Henry VI. »

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  2. New Catholic Encyclopedia, « Celestine III, Pope » ; texte repris sur Encyclopedia.com : https://www.encyclopedia.com/religion/encyclopedias-almanacs-transcripts-and-maps/celestine-iii-pope (consulté le 4 octobre 2026). Giacinto (Hyacinthus) de la famille Boboni-Orsini, du quartier de l'Arcula à Rome, né vers 1105-1106 ; condisciple d'Abélard à Paris vers 1138 et son défenseur contre saint Bernard au concile de Sens ; cardinal-diacre de Santa Maria in Cosmedin en 1144, titre tenu 47 ans ; légations ibériques (1154-1156 et 1172-1174) avec prédication de croisade et collecte du cens ; quatre canonisations (Ubald de Gubbio, Bernward de Hildesheim, Jean Gualbert, Géraud de la Sauve-Majeure) ; croisade allemande de 1195-1196 ; tensions avec Henri VI sur l'unification de la Sicile et de l'Empire, l'assassinat d'Albert de Liège et la rançon de Richard Iᵉʳ ; mort le 8 janvier 1198, inhumé au Latran. Texte original : « Abelard's fellow student at Paris c. 1138, and his staunch defender against St. Bernard at the Council of Sens. »

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  3. David M. Cheney, « Pope Celestine III (Giacinto Bobone) », Catholic-Hierarchy.org : cardinal-diacre de Santa Maria in Cosmedin créé en 1144 (mois incertain), tenu 47 ans ; élection, ordination sacerdotale le 13 avril 1191, consécration épiscopale le 14 avril 1191, mort le 8 janvier 1198. https://www.catholic-hierarchy.org/bishop/bbobone.html (consulté le 4 octobre 2026).

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  4. « Pope Celestine III », Wikipedia (en), consulté le 4 octobre 2026 : https://en.wikipedia.org/wiki/Pope_Celestine_III. Naissance vers 1105 à Rome, famille Orsini, cardinal-diacre de Santa Maria in Cosmedin (1144-1191), légations en Espagne (1154-1155 et 1172-1175), élection les 29-30 mars 1191, ordination le 13 avril, consécration le 14 avril, couronnement d'Henri VI, recognition de Tancrède puis conquête de la Sicile par Henri VI, captivité de Richard Iᵉʳ et excommunication des complices malgré l'opposition des cardinaux, condamnation d'Alphonse IX de León (consanguinité, alliance almohade, mariage avec Bérengère) et interdit, bulle de décembre 1196 sur les possessions des chevaliers Teutoniques, projet d'abdication en faveur du cardinal Giovanni di San Paolo refusé par les cardinaux, mort le 8 janvier 1198.

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  5. Encyclopædia Britannica, « Celestine III (pope) » : pontificat 1191-1198, premier Orsini, élu à 85 ans le 30 mars 1191 ; Henri VI ignore la vassalité sicilienne envers le Saint-Siège et ne restitue pas l'intégralité des États pontificaux ; Célestin n'excommunie jamais Henri, même après l'emprisonnement de Richard Cœur de Lion. Jugement : « Celestine's conciliatory and temporizing policy toward Henry was probably caused not by senile weakness... but rather by moderation and patience. » Page inaccessible en consultation directe le 4 octobre 2026 (mur anti-robot, 403) ; passage vérifié mot à mot via reproductions concordantes : https://www.britannica.com/biography/Celestine-III.

    11 17 49 50 54 57 76
  6. Documentation réunie sur Abaelard.de, « The Council of Sens in 1141 and its aftermath » (https://www.abaelard.de/030029senseng.htm, consulté le 4 octobre 2026). Concile de Sens en 1140 ou 1141 ; condamnation par saint Bernard de propositions d'Abélard sur la Trinité et la grâce ; refus d'Abélard de plaider et appel au pape. Sur cet appel : « Abelard's subsequent appellation to the Holy See was not an emotional act, as Geoffrey of Auxerre makes us believe, but a deliberately prepared action, probably suggested by Hyacinth Bobo, first subdeacon of the Lateran and supporter of Abelard at the curia, who was present at Sens then. » L'attribution à Constant J. Mews est retirée : ses mentions sur cette page portent seulement sur la datation du concile, et son article (« The Council of Sens (1141): Abelard, Bernard, and the Fear of Social Upheaval », Speculum, vol. 77, n° 2, 2002, pp. 342-382) n'a pas été vérifié à la page exacte en session. Condamnation pontificale le 16 juillet 1141 par Innocent II (même documentation, rubrique « Stigma »).

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  7. Anne J. Duggan, « Hyacinth Bobone: Diplomat and Pope », chapitre d'ouverture de John Doran et Damian J. Smith (dir.), Pope Celestine III (1191-1198): Diplomat and Pastor, Aldershot, Ashgate, 2008 (réimpr. Routledge, 2016). Étude de référence sur la carrière curiale de Hyacinthe Bobone : étudiant à Paris, soutien d'Abélard, légations ibériques, expertise diplomatique, réévaluation de son pontificat contre l'image traditionnelle d'un vieillard faible. (Ouvrage vérifié en session le 4 octobre 2026 via citations savantes concordantes : ISBN 9780754656715 ; chapitre de Duggan et chapitre de Smith sur les légations ibériques, pp. 84-115.)

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  8. Saint Bernard de Clairvaux, traité contre les erreurs de Pierre Abélard adressé au pape Innocent II après le concile de Sens (Mabillon Ep. 190 ; trad. angl. Eales, Some Letters of Saint Bernard, « Letter LX », consultée le 4 octobre 2026). Texte vérifié : « Who does not shudder at such novel profanities of words and ideas? » (d'où la traduction « nouveautés profanes de mots et de sens ») et « he promises understanding to his hearers, even on those most sublime and sacred truths which are hidden in the very bosom of our holy faith ». L'ancienne référence (lettre n° 192 à Guido di Castello, PL t. 182, col. 358) n'a pas été retrouvée à source exacte et est retirée. Le grief situe l'enjeu doctrinal de Sens, que le futur Célestin III ne renversa jamais une fois devenu pape.

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  9. Salvador Miranda, « BOBONE, Giacinto », The Cardinals of the Holy Roman Church, notice prosopographique : créé cardinal-diacre de S. Maria in Cosmedin au consistoire de 1144, il participa ensuite aux neuf élections pontificales de 1144 (Lucius II), 1145 (Eugène III), 1153 (Anastase IV), 1154 (Adrien IV), 1159 (Alexandre III), 1181 (Lucius III), 1185 (Urbain III), 1187 — première (Grégoire VIII) et seconde (Clément III). Soit neuf pontificats successifs sous lesquels il siégea comme cardinal, de Lucius II à Clément III : http://cardinals.fiu.edu/bios1144.htm (consulté le 4 octobre 2026).

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  10. « Order of Santiago » et « Order of Saint James of Compostela », Catholic Encyclopedia, vol. 13, 1912, et Wikipedia (en), consultés le 8 juin 2026 : https://www.newadvent.org/cathen/13353a.htm. (Hors périmètre du présent audit : non reconsultés en session.) L'ordre de Santiago reçut sa première règle en 1171 du cardinal Hyacinthe (futur Célestin III), alors légat d'Alexandre III en Ibérie, avant d'être reconnu comme ordre religieux par la bulle d'Alexandre III du 5 juillet 1175.

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  11. Roger de Hoveden, Chronica magistri Rogeri de Houedene, éd. William Stubbs, Londres, Longman (Rolls Series), vol. 3, pp. 102-105, § « Causa quare Coelestinus papa tradiderit Romanis civitatem suam Tusculanum » (marge : April 17), édition vérifiée en session le 4 octobre 2026. Mécanisme attesté : les Romains supplient Célestin avant le couronnement (antequam praedictum regem in imperatorem ungeret) ; le roi agrée la demande du pape (petitioni domini papae, super Tusculano reddendo, liberaliter adquievit) ; « coronato rege in imperatorem, altera die traditum est Tusculanum ab eodem imperatore domino papae ; et a domino papa sequente tertia die Romanis, atque a Romanis destructum ita, quod lapis super lapidem non remansit ». Trad. angl. Riley, The Annals of Roger de Hoveden, Londres, Bohn, 1853, vol. 2, pp. 197-200 (vérifiée en session) : « on the following day Tusculanum was delivered by the said emperor to our lord the pope, and, on the third day after, was, by the said pope and the citizens of Rome, levelled with the ground; so much so, that not one stone remained standing upon another. » Secondaires exactes : Catholic Encyclopedia (« levelled with the ground and abandoned to the savage vengeance of the Romans », consultée le 4 octobre 2026) et « Tusculum », Wikipedia (en) (« destroy the town on 17 April 1191 with the consent of Pope Celestine III and the consent of Henry VI », consulté le 4 octobre 2026 : https://en.wikipedia.org/wiki/Tusculum).

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  12. Encyclopædia Britannica, « Tancred » : Tancrède « gave in to pressure by the pope to release his valuable hostage to papal custody » — il céda à la pression du pape et remit sa précieuse otage, l'impératrice Constance capturée à Salerne en 1191, à la garde pontificale. https://www.britannica.com/print/article/582215 (consultation directe bloquée le 4 octobre 2026 — 403 ; passage vérifié mot à mot via reproductions concordantes).

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  13. « Pope Celestine III and Emperor Henry VI », Catholic365.com, consulté le 4 octobre 2026 : https://www.catholic365.com/article/24284/pope-celestine-iii-and-emperor-henry-vi.html. Reconnaissance de Tancrède comme roi de Sicile, première campagne malheureuse d'Henri VI (1191) et capture puis libération de Constance par l'intervention du pape, conquête de la Sicile à la mort de Tancrède (1194), capture de Richard Iᵉʳ et excommunication des complices, projet d'abdication du pape mourant refusé par les cardinaux.

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  14. Une source datée par saint (toutes consultées le 4 octobre 2026). Ubald de Gubbio : 4 mars 1192 (« Ubald », Wikipedia (en)) ; année 1192 confirmée par la Catholic Encyclopedia (« St. Ubald » : « Pope Celestine III canonized him in 1192 », https://www.newadvent.org/cathen/15114b.htm) ; la NCE donne (1191). Bernward de Hildesheim : 8 janvier 1193 (« Bernward of Hildesheim », Wikipedia (en), et AnaStPaul) ; année 1193 confirmée par la Catholic Encyclopedia (« St. Bernward » : « He was canonized by Pope Celestine III in 1193 ») ; la NCE donne (1192). Jean Gualbert : 24 octobre 1193 (« John Gualbert », Wikipedia (en), santosepulcro.co.il et AnaStPaul) ; la NCE donne (1193). Géraud de la Sauve-Majeure : 27 avril 1197 (« Gerald of Sauve-Majeure », Wikipedia (en)) ; la NCE donne (1197). L'ancienne notice de la Cité du Vatican (vaticanstate.va) est hors ligne (404 constaté en session) et n'est plus citée. La Catholic Encyclopedia (1908) liste sans dates Malachie, Bernward, Jean Gualbert et Ubald ; la canonisation de saint Malachie d'Armagh, parfois attribuée à Célestin III, revient en réalité à Clément III (1190).

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  15. Indrikis Sterns, « The Teutonic Knights in the Crusader States », dans N. P. Zacour et H. W. Hazard (dir.), A History of the Crusades, vol. V, Madison, University of Wisconsin Press, 1985 : « In his letter of December 21, 1196, to the German hospital in Jerusalem, Celestine III listed the hospital at Acre among its possessions. » L'auteur renvoie à l'édition des actes : Ernst Strehlke (éd.), Tabulae ordinis theutonici ex tabularii regii Berolinensis codice, Berlin, 1869, n° 296 — bulle de Célestin III du 21 décembre 1196 prenant l'ordre sous sa protection. (Phrase de Sterns vérifiée mot à mot en session le 4 octobre 2026 ; le renvoi Strehlke reste celui de Sterns.)

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  16. John Doran et Damian J. Smith (dir.), Pope Celestine III (1191-1198): Diplomat and Pastor, Aldershot, Ashgate, 2008. Premier volume collectif anglophone consacré à Célestin III ; comprend notamment « The Iberian Legations of Cardinal Hyacinth Bobone » et plusieurs études sur ses rapports avec l'Empire, la France et la péninsule Ibérique.

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