Jean XXI (Ioannes XXI), né Pedro Julião à Lisbonne entre 1210 et 1220 et mort à Viterbe le 20 mai 1277, fut pape pendant environ huit mois, de septembre 1276 à mai 1277. Connu de l'Europe savante sous le nom de Pierre d'Espagne (Petrus Hispanus), il est l'une des figures les plus singulières de toute l'histoire de la papauté : le seul pape portugais[2], le pape auquel la tradition attribue une œuvre de médecin et de maître de logique, et le seul pape de son temps que Dante admet au Paradis de sa Divine Comédie — saint Pierre, le premier des papes, y paraissant lui-même dès le chant XXIV.[3][4][5]
Avant de monter sur le Siège de Pierre, le nom de Pierre d'Espagne circulait déjà dans toute l'Europe savante. Le manuel de logique traditionnellement attribué à Pierre d'Espagne, les Summulae Logicales, fut pendant près de trois siècles le livre de classe favori des universités d'Europe[6], succès attesté par « le grand nombre de manuscrits et d'éditions imprimées » jusque dans le XVIIe siècle[7]. La tradition lui attribue aussi un célèbre traité de médecine populaire, le Thesaurus Pauperum (« Trésor des pauvres »), ainsi que des commentaires d'Aristote, d'Isaac Israeli et du traité De l'âme.[8][9][10]
Son pontificat, lui, fut bref. Élu dans la confusion de l'« année des quatre papes » (1276), il suspendit les règles strictes du conclave édictées par Grégoire X — et déjà suspendues verbalement par son prédécesseur immédiat Adrien V —, poursuivit l'union avec les Grecs scellée au deuxième concile de Lyon (1274), prépara une croisade qui n'eut jamais lieu, et chargea l'évêque de Paris Étienne Tempier d'enquêter sur les erreurs philosophiques de l'Université — enquête à la suite de laquelle Tempier publia la fameuse condamnation de 1277.[11][12] Une tradition tardive, dont l'unique source identifiée est Tolomeo da Lucca (Ptolémée de Lucques, plusieurs décennies après les faits), veut qu'il ait laissé l'essentiel du gouvernement au cardinal Giovanni Gaetano Orsini, futur Nicolas III.[13]
Sa mort fit grand bruit : le 14 mai 1277, un toit — ou une partie de l'appartement pontifical — s'effondra sur lui à Viterbe ; on le retira vivant des décombres, mais il mourut six jours plus tard. Selon une tradition tardive, absente des sources les plus anciennes, la pièce écrasée était une chambre qu'il avait fait construire pour s'isoler et étudier. Ses contemporains, troublés qu'un pape savant pérît ainsi au milieu de ses livres, le soupçonnèrent même de magie — accusation que les historiens jugent aujourd'hui sans fondement.[14][15]
Pourquoi Jean XXI compte-t-il ?
Un pape médecin et philosophe, selon la tradition
L'histoire de l'Église compte des papes théologiens, juristes, moines, diplomates et même soldats. Elle ne compte qu'un seul pape auquel la tradition attribue une œuvre de médecin et de logicien : avant d'être Jean XXI, Pierre d'Espagne — dans l'hypothèse traditionnelle de l'identité unique — aurait enseigné les arts et la médecine, et écrit des traités d'ophtalmologie et de pharmacopée ainsi qu'un manuel de raisonnement lu pendant des siècles.[16][17] Dans cette même hypothèse, aucun autre successeur de Pierre n'a réuni la chaire universitaire, le cabinet du médecin et le trône pontifical.
Cette singularité n'est pas anecdotique. Elle illustre un moment précis de l'histoire intellectuelle de l'Occident : le XIIIe siècle, où l'entrée massive d'Aristote et de la science gréco-arabe dans les universités latines produit une génération de savants pour qui foi et raison, théologie et sciences de la nature, ne s'opposent pas mais se complètent. Pierre d'Espagne appartient à la même Europe que Thomas d'Aquin, saint Bonaventure et Albert le Grand.
Le seul pape de son temps au Paradis de Dante
Dante Alighieri n'a pas été tendre avec les papes de son temps. Dans la Divine Comédie, dont l'action est datée de la Semaine sainte de l'an 1300, il place plusieurs pontifes récents en Enfer — Nicolas III, qui s'y trouve déjà, ainsi que Boniface VIII (mort en 1303) et Clément V (mort en 1314), dont la damnation est annoncée par prophétie au chant XIX[18] — ou au Purgatoire (Adrien V, chant XIX[19]). Un seul pape de son temps entre au Paradis : Pierre d'Espagne, salué au Ciel du Soleil parmi les grands docteurs de la chrétienté — « l'unique pontife de son temps admis par Dante à la béatitude éternelle », selon la notice de Domenico Consoli.[20][21] Dante fait par ailleurs dire à Béatrice que Grégoire le Grand, qui s'était séparé de Denys, « sì tosto come li occhi aperse / in questo ciel, di sé medesmo rise » (Paradis, XXVIII, 133-135), et il nomme au ciel les papes martyrs Lin, Clet, Sixte, Pie, Calixte et Urbain (Paradis, XXVII, 40-45) et « il benedetto Agapito, che fue sommo pastore » (Paradis, VI, 16-18). Mais Dante célèbre Pierre d'Espagne comme logicien, non comme pontife : il le nomme « Pietro Spano » et le présente comme celui qui « brille là-bas en douze petits livres » — allusion directe aux douze traités des Summulae traditionnellement attribuées au pape.
Ce détail est le cœur d'un débat savant exposé plus loin : l'identification du pape Jean XXI avec l'auteur des Summulae Logicales, imposée à partir du milieu du XIVe siècle, est aujourd'hui discutée par les médiévistes.[22][23]
Une mort restée célèbre
Peu de morts pontificales ont autant frappé l'imagination que celle de Jean XXI. Un pape savant écrasé par la chute d'une partie de son appartement — une chambre qu'il s'était fait bâtir pour étudier en paix, selon une tradition tardive : l'image avait quelque chose de tragique et d'énigmatique. Les chroniqueurs y virent un signe, certains une punition, d'autres la preuve qu'il s'adonnait à des sciences occultes.[24][25] Cette légende noire du pape magicien, née de son savoir et de sa solitude studieuse, accompagna longtemps sa mémoire.
Pierre d'Espagne avant Rome
Une naissance portugaise mal datée
Pedro Julião naît à Lisbonne ; selon une autre tradition, son nom pourrait lui venir de la paroisse de Saint-Julien où il serait né. La Catholic Encyclopedia et Treccani situent sa naissance entre 1210 et 1220 ; aucune date précise n'est établie.[26][27] Il était, dit la Catholic Encyclopedia, « fils d'un certain Julianus, baptisé Pierre, et connu sous le nom de Petrus Juliani ou Petrus Hispanus ».[28]
Connu de l'Europe savante comme Petrus Hispanus, « Pierre d'Espagne », Pierre était portugais — le seul pape portugais de l'histoire, selon la Columbia Encyclopedia.[29]
Les études à Paris
Comme beaucoup d'esprits brillants de la péninsule, le jeune Pierre vient se former à Paris, alors capitale intellectuelle de la chrétienté. Treccani note qu'il est unanimement admis qu'il y obtint le titre de magister, malgré l'absence totale de sources sur sa carrière académique ; les dates exactes restent conjecturales, autour des années 1230-1240.[30][31] La Catholic Encyclopedia rapporte qu'il y suivit les leçons d'Albert le Grand sur la physique et la métaphysique d'Aristote ; Treccani, qui ne nomme pas Albert, invite à ne retenir cette tradition qu'avec prudence, faute de sources.[32][33]
C'est dans le milieu universitaire parisien, en pleine assimilation du corpus aristotélicien, que se forme le logicien et le philosophe de la nature qu'il restera toute sa vie.
Le maître de médecine
Après Paris, un Pierre d'Espagne médecin — traditionnellement identifié au futur pape — se tourne vers la médecine. La Catholic Encyclopedia affirme qu'il fut appelé dès 1247 comme professeur de médecine à l'Université de Sienne.[34] Les documents siennois nomment en effet un « maestro Pietro medico, detto Ispano » (actes de 1245, 1248 et 1250), mais l'incertitude porte sur l'identité de ce médecin avec le futur pape : après 1250, les dizaines de documents qui jalonnent la carrière ecclésiastique de Pedro Juliao le disent toujours maestro et jamais medico, et aucun lien certain ne peut être établi entre le Pierre d'Espagne médecin-écrivain et le Pierre d'Espagne ecclésiastique.[35]
C'est de cette période que datent ses écrits médicaux les plus célèbres, à commencer par le Thesaurus Pauperum.
Doyen de Lisbonne, archevêque élu de Braga
Le savant est aussi un clerc qui gravit les degrés de la hiérarchie. Vers le milieu du siècle, Pierre est doyen de Lisbonne et lié au chapitre de Braga, le grand siège primatial du Portugal.[36][37] En 1272 (en mai, à l'unanimité du chapitre, sans confirmation pontificale), il est élu archevêque de Braga — dignité qu'il n'exercera guère, son destin l'appelant déjà vers Rome.[38][39][40]
Cardinal-évêque de Tusculum (1273)
Le tournant décisif vient du pape Grégoire X, l'un des grands pontifes réformateurs du siècle, organisateur du deuxième concile de Lyon. Le 3 juin 1273, Grégoire X crée Pierre d'Espagne cardinal-évêque de Tusculum (Frascati), l'un des sièges suburbicaires les plus prestigieux du Sacré Collège.[41][42] La tradition rapporte qu'il fut aussi le médecin personnel de Grégoire X ; Treccani souligne toutefois qu'aucun document ne l'enregistre dans cette fonction, et qu'il faut la tenir pour vraisemblable mais non prouvée.[43]
En trois ans, ce cardinal portugais se trouvera porté au sommet de l'Église.
L'œuvre savante de Pierre d'Espagne
Les Summulae Logicales, manuel de l'Europe
L'œuvre la plus influente attribuée à Pierre d'Espagne est un manuel de logique connu sous le titre de Tractatus, rebaptisé plus tard Summulae Logicales (« petites sommes de logique »). Selon la Catholic Encyclopedia, il fut « pendant près de trois cents ans le manuel de logique favori » des universités latines.[44] L'ampleur de sa diffusion est sans équivalent : la Stanford Encyclopedia of Philosophy note que « le grand nombre de manuscrits et d'éditions imprimées témoigne de l'énorme succès qu'il rencontra dans les universités européennes jusqu'au XVIIe siècle ».[45]
L'édition critique de référence est celle du médiéviste néerlandais Lambertus Marie de Rijk (1972), qui établit le texte latin à partir des manuscrits.[46]
Les parva logicalia et la logique des termes
Le Tractatus se compose de douze traités (libelli). Les premiers exposent la logique classique héritée d'Aristote — les notions, les catégories, les propositions, le syllogisme, les lieux dialectiques. Mais l'originalité de l'œuvre tient aux traités sémantiques que la tradition appela les parva logicalia (« petites logiques ») : les suppositions, les ampliations, les appellations, les restrictions, les distributions et les relatifs (traité VIII, De relativis).[47] Ces traités analysent comment un même terme change de signification selon son contexte dans la proposition — par exemple comment « homme » désigne tantôt l'espèce, tantôt un individu, tantôt tous les individus. C'est l'un des sommets de la logique terministe médiévale, qui prépare des questions toujours vivantes en philosophie du langage.
Barbara, Celarent : la mémoire du syllogisme
À la tradition des Summulae reste associée l'une des inventions pédagogiques les plus durables de la logique : les vers mnémotechniques Barbara, Celarent, Darii, Ferio, qui permettent de retenir les modes valides du syllogisme — la Catholic Encyclopedia note qu'ils « figurent dans l'ouvrage ».[48] Chaque mot code, par ses voyelles, la forme des propositions d'un raisonnement valide. Leur paternité exacte est débattue — le livre s'inspire, pour le fond et la forme, de la méthode parisienne et du compendium du logicien anglais Guillaume de Shyreswood[49] — mais ils sont indissociables du succès des Summulae.
Le Thesaurus Pauperum et les écrits médicaux
Au médecin, la tradition attribue le Thesaurus Pauperum (« Trésor des pauvres »), recueil de remèdes accessibles « pour les maladies de chaque partie du corps », ordonnés « des cheveux aux ongles des pieds ».[50][51] Outre le Thesaurus, le Pierre d'Espagne de la tradition pontificale passe pour l'auteur de quatorze autres écrits médicaux[52] ; on lui attribue aussi un traité d'ophtalmologie, le Liber de oculo (« Sur l'œil ») — édité et traduit par A. M. Berger (Munich, 1899)[53]. Le Thesaurus Pauperum bénéficie, lui, de l'édition critique de la philologue portugaise Maria Helena da Rocha Pereira.[54][55] Il connut, comme les Summulae, une diffusion considérable et fut copié, traduit et imprimé pendant des siècles.
Le commentaire de l'âme et d'Aristote
Le philosophe de la nature complète le logicien et le médecin. On attribue à Pierre d'Espagne une Scientia libri de anima (« science du livre de l'âme »), des commentaires sur Aristote — le De anima, le De morte et vita, le De sensu et sensato — ainsi que des écrits inspirés du néoplatonicien chrétien le Pseudo-Denys et un recueil de sermons.[56][57] Cet ensemble dessine le portrait d'un savant complet, à la charnière de la médecine, de la philosophie naturelle et de la théologie.
La question de l'attribution
C'est le point le plus discuté du dossier. Pendant des siècles, on a tenu pour évident que le pape Jean XXI, le logicien des Summulae, le médecin du Thesaurus et le commentateur d'Aristote n'étaient qu'un seul et même homme. Cette identification a structuré toute l'histoire de la philosophie médiévale.[58][59]
La recherche moderne l'a remise en question. Le logicien et médiéviste espagnol Ángel d'Ors (1951-2012, catedrático de Lógica à la Complutense de Madrid), dans une série d'études parues dans la revue Vivarium entre 1997 et 2003, a soutenu que l'auteur des Summulae devait être cherché dans l'ordre dominicain plutôt que sur le trône de Pierre.[60] La Stanford Encyclopedia of Philosophy rapporte qu'une tradition antérieure faisait déjà de l'auteur un dominicain espagnol, et qu'une attribution du XVe siècle visait Petrus Ferrandi Hispanus ; elle ajoute que la recherche récente a repris l'hypothèse dominicaine (D'Ors 1997, 2001, 2003), tout en précisant que plusieurs des candidats dominicains proposés sont depuis à écarter (Tugwell 1999, 2006).[61] Le grand répertoire des manuscrits dressé par le médiéviste portugais José Francisco Meirinhos a confirmé la complexité du corpus rassemblé sous le nom de « Pierre d'Espagne », qui pourrait recouvrir plusieurs auteurs distincts.[62] La Stanford Encyclopedia of Philosophy résume la situation avec franchise :
« Cependant, nous sommes encore dans l'obscurité quant à la véritable identité de Pierre d'Espagne. » — Stanford Encyclopedia of Philosophy, The Logic of Peter of Spain[63]
Que retenir ? Que l'identification traditionnelle — un pape unique en son genre, médecin, logicien et philosophe — s'est imposée à partir du milieu du XIVe siècle et reste la lecture reçue, mais qu'elle est aujourd'hui discutée par les médiévistes. Jean XXI demeure le pape auquel la tradition, depuis le XIVe siècle, attribue cette œuvre immense, sans que le lien entre l'homme d'Église et l'auteur des Summulae soit établi avec certitude.
L'élection de 1276 : l'année des quatre papes
Ubi periculum et la révolte des cardinaux
Pour comprendre l'élection de Jean XXI, il faut revenir à son protecteur, Grégoire X. Élu en 1271 après un conclave qui avait duré près de trois ans — le plus long de l'histoire —, Grégoire X avait voulu rendre impossible un tel scandale. Au deuxième concile de Lyon (1274), il promulgua la constitution Ubi periculum, qui imposait aux cardinaux une réclusion stricte dès la mort d'un pape : enfermés ensemble, privés de communication avec l'extérieur, et soumis à un rationnement progressif de leur nourriture tant qu'ils n'avaient pas élu.[64][65] C'est l'acte de naissance du conclave moderne (du latin cum clave, « sous clé »).
Ces règles dures furent très mal acceptées par les cardinaux, qui n'eurent de cesse de s'en libérer.
L'année des quatre papes
L'année 1276 est l'une des plus extraordinaires de l'histoire pontificale : quatre papes s'y succèdent. Le tableau ci-dessous récapitule cette cascade vertigineuse ; chaque ligne renvoie à la notice du pontife et à ses sources.
| Pape | Règne en 1276-1277 | Durée | Sort |
|---|---|---|---|
| Grégoire X | jusqu'au 10 janvier 1276 | — | meurt à Arezzo[66] |
| Innocent V | 21 janvier – 22 juin 1276 | environ 5 mois | premier pape dominicain[67] |
| Adrien V | 11 juillet – 18 août 1276 | environ 5 semaines | meurt à Viterbe sans avoir pu recevoir la consécration épiscopale[68] |
| Jean XXI | septembre 1276 – 20 mai 1277 | environ 8 mois | meurt à Viterbe[69][70] |
Adrien V, mort en quelques semaines, avait eu le temps de suspendre Ubi periculum sans lui substituer de règle nouvelle, laissant un vide juridique. C'est dans ce contexte mouvementé que le conclave se réunit une nouvelle fois à Viterbe.[71][72]
Le conclave de Viterbe et l'élection
Réuni au palais épiscopal de Viterbe, le conclave porte son choix sur le cardinal portugais Pierre d'Espagne. La date exacte de l'élection est discutée : le répertoire des cardinaux de Salvador Miranda retient le 8 septembre 1276, la Catholic Encyclopedia la place « dans la semaine qui suivit le 13 septembre », tandis que Treccani (comme probable) et la liste officielle du Saint-Siège retiennent le 16 septembre 1276.[73][74][75][76] Toutes les sources concordent en revanche sur la date du couronnement : le 20 septembre 1276, à la cathédrale San Lorenzo de Viterbe, par le cardinal Giovanni Gaetano Orsini.[77][78][79]
Le nouveau pape choisit le nom de Jean — un nom lourd d'une curieuse histoire de numérotation, sur laquelle on reviendra.
La suspension des règles du conclave
Le premier grand acte de gouvernement de Jean XXI fut de suspendre l'héritage d'Ubi periculum. Par la bulle Licet felicis recordationis, il mit par écrit la suspension verbale déjà prononcée par Adrien V et annonça qu'il voulait réécrire la constitution — réforme promise que sa mort inattendue empêcha.[80] La Catholic Encyclopedia précise qu'en ratifiant la décision de son prédécesseur, il « suspendit, avec le consentement des cardinaux, les décrets promulgués à Lyon, et déclara son intention de publier dans un proche avenir les nouvelles règles ».[81]
La décision rendit la liberté aux cardinaux — mais elle eut un effet pervers : sans réclusion contraignante, les conclaves redevinrent longs et exposés aux pressions politiques. Il faudra attendre 1294 et le pape Célestin V pour que les règles du conclave soient rétablies — texte repris aux Décrétales (liv. I, tit. VI, chap. 3)[82] — soit dix-huit ans plus tard. Sur ce point, l'œuvre de Jean XXI fut donc, du point de vue institutionnel, une régression que l'histoire mit près de deux décennies à corriger.
Le pontificat de Jean XXI
Un gouvernement dominé par le cardinal Orsini ?
Plusieurs décennies après la mort du pape, Tolomeo da Lucca (Ptolémée de Lucques) écrivit dans son Historia ecclesiastica que le principal artisan de l'élection de Pierre d'Espagne, puis le détenteur de la direction de la curie, fut le cardinal Giovanni Gaetano Orsini, futur pape Nicolas III.[83] Ce passage de Tolomeo semble être l'unique source sur laquelle se fonde l'accusation, souvent répétée, d'incapacité gouvernementale. Or Tolomeo figure parmi les chroniqueurs dominicains — Martino Polono, Iacopo da Varazze, Francesco Pipino, Bernardo Guido — dont Treccani relève les jugements mordaces sur le pape et son incapacité de gouvernement : peut-être parce qu'ils se considéraient frappés par les condamnations de 1277, ou parce que le pape ne les avait pas protégés.[84] À l'inverse, le registre pontifical souligne la capacité diplomatique avec laquelle le pape mena ses orientations, et la Catholic Encyclopedia note seulement que le cardinal Orsini « exerça une grande influence sur le gouvernement de l'Église ».[85]
L'union avec les Grecs
Le grand dossier ecclésial du moment était l'union des Églises. Au deuxième concile de Lyon (1274), l'empereur byzantin Michel VIII Paléologue avait fait accepter par ses ambassadeurs la réunion de l'Église grecque à Rome et la reconnaissance de la primauté romaine.[86] Jean XXI poursuivit cette politique : il confirma pour Constantinople les nonces déjà choisis par Innocent V — deux évêques et deux dominicains, empêchés de partir par la mort de ce pape et la brièveté du pontificat d'Adrien V — afin de consolider l'union encore fragile.[87][88] En avril 1277, un synode réuni à Constantinople approuva le symbole de foi et reconnut la primauté romaine ; mais les professions de foi et les documents de l'empereur, confiés à un messager, ne parvinrent à Viterbe qu'après la mort du pape.[89][90] L'union de Lyon ne survivra pas longtemps à la mort de ses promoteurs, mais Jean XXI fut, brièvement, l'un de ses gardiens.
Le projet de croisade et les missions
Comme tous les papes de son siècle, Jean XXI rêvait de reconquérir la Terre sainte. Il travailla à organiser une croisade et à pacifier les princes chrétiens pour libérer leurs forces. La Catholic Encyclopedia rapporte qu'il « désigna des missionnaires pour aller chez les Tatars, mais mourut avant qu'ils ne partent ».[91] Le projet missionnaire vers l'Orient mongol, esquissé par d'autres pontifes du siècle, resta lettre morte faute de temps.
L'arbitrage entre les princes
Le pape s'efforça aussi de tenir l'équilibre entre les grandes puissances. Treccani note la soumission de Charles d'Anjou, roi de Sicile, le 7 octobre 1276, les tractations prudentes avec Rodolphe Ier de Habsbourg au sujet du couronnement impérial, et une tentative de médiation entre la France et la Castille d'Alphonse X.[92] Sur tous ces fronts, le pontificat fut trop court pour produire des résultats durables.
Jean XXI et la condamnation de 1277
C'est par un acte indirect que Jean XXI laissa sa trace la plus profonde dans l'histoire des idées. Savant lui-même, il fut alerté des doctrines philosophiques jugées dangereuses qui se répandaient à l'Université de Paris, notamment sous l'influence d'Aristote lu à travers son commentateur arabe Averroès.
La lettre Relatio nimis implacida
Le 18 janvier 1277, par une lettre commençant par les mots Relatio nimis implacida (« un rapport trop peu apaisant »), Jean XXI informa l'évêque de Paris Étienne Tempier des rumeurs d'erreurs hérétiques circulant dans son diocèse, et le chargea d'enquêter sur l'origine et les auteurs de ces doctrines.[93][94]
Les 219 thèses d'Étienne Tempier
Tempier alla plus loin que ce que le pape avait demandé. Le 7 mars 1277, sans attendre de nouvelle instruction romaine, il publia un syllabus de 219 propositions condamnées, frappant d'excommunication quiconque les soutiendrait ou même les écouterait.[95] Tempier ne nommait aucune cible : il visait des membres non précisés de la faculté des arts de Paris, accusés de professer un aristotélisme radical — éternité du monde, unité de l'intellect, autonomie de la raison philosophique face à la foi.[96] Leurs noms n'apparaissent nulle part dans le document lui-même, sauf dans les rubriques de deux des nombreux manuscrits médiévaux qui l'ont conservé ; Siger de Brabant et Boèce de Dacie ne devinrent qu'ensuite la cible principale de la condamnation.[97][98] L'enquête critique de référence, menée par Roland Hissette, a recherché une à une les sources parisiennes de ces articles : sur les 219 propositions, 79 seulement peuvent être identifiées, avec divers degrés de probabilité, dans les œuvres de Siger, de Boèce ou de trois écrits anonymes ; pour 72 propositions l'attribution est incertaine, et 68 n'ont pu être identifiées du tout.[99][100]
Selon la Stanford Encyclopedia of Philosophy, l'intervention de Tempier du 7 mars 1277 est la plus connue de l'historiographie philosophique.[101]
Que voulait vraiment le pape ?
Jean XXI a déclenché l'enquête, mais n'a pas rédigé ni directement approuvé la liste des 219 thèses, qui fut l'œuvre propre de Tempier et d'une commission de théologiens parisiens.[102][103] Le pape mourut moins de trois mois après la condamnation, sans avoir pu en mesurer la portée. L'historien des sciences Pierre Duhem prêta à cette condamnation une portée immense : en interdisant certaines thèses sur la toute-puissance divine et la nécessité du monde, elle aurait libéré paradoxalement la pensée des présupposés trop rigides d'un certain aristotélisme et ouvert la voie à la science moderne — thèse reprise avec des nuances par Edward Grant, mais contestée, notamment par Alexandre Koyré.[104] Plus personne, dans le domaine, ne retient toutefois 1277 comme la naissance de la science moderne.[105]
Pourquoi « Jean XXI » et non « Jean XX » ?
Le lecteur attentif a déjà remarqué l'anomalie : il n'y a jamais eu de pape Jean XX. La liste passe directement de Jean XIX (mort en 1032) à Jean XXI (1276). Treccani le résume sans détour : « par une erreur de calcul, il n'a jamais existé de pape Jean XX », et la Catholic Encyclopedia intitule d'ailleurs son article « Pope John XXI (XX) », signalant qu'il serait « réellement le XX ».[106][107]
La confusion de Marianus Scotus
L'explication généralement retenue tient à une confusion dans les écrits de Marianus Scotus (chroniqueur du XIe siècle) : recopiée par les auteurs suivants, elle intercala dans les catalogues un « Jean » fantôme — un pontificat de quatre mois entre Boniface VII (m. 985) et Jean XV — et décala toute la numérotation suivante.[108] En montant sur le trône, Pedro Julião tint ce décompte pour acquis : il sauta le numéro XX et se fit appeler Jean XXI.[109][110]
Ni papesse Jeanne, ni mystère
Une légende tenace attribue l'absence de Jean XX à la fameuse papesse Jeanne, qui aurait régné secrètement entre deux papes. C'est faux : la papesse Jeanne est elle-même une fable médiévale[111], et l'anomalie de numérotation s'explique par une erreur de calcul et de transmission.[112] Le saut du numéro XX est un accident d'érudition, non un secret dissimulé.
La mort à Viterbe (mai 1277)
L'appartement effondré
Le 14 mai 1277, alors que le pape se trouvait seul dans l'appartement pontifical de Viterbe, un toit — ou une partie de l'appartement — s'effondra. Selon une tradition tardive, antérieure à la fin du XVe siècle et absente des sources les plus anciennes, le pape s'était fait construire là une dépendance du palais pour s'y retirer et étudier en solitaire. La Catholic Encyclopedia raconte la scène avec sobriété :
« Le 14 mai 1277, tandis que le pape était seul dans cet appartement, celui-ci s'effondra ; Jean fut enseveli sous les ruines, et mourut le 20 mai des suites des graves blessures qu'il avait reçues. » — Catholic Encyclopedia, article Pope John XXI (XX)[113]
Retiré vivant des décombres mais gravement atteint, le pape survécut six jours et mourut le 20 mai 1277.[114][115] La date du décès, le 20 mai, est solidement établie par les deux mêmes sources.
La légende noire du pape magicien
La mort d'un pape savant au milieu de ses livres frappa durablement les esprits. Faute de comprendre ses recherches scientifiques et son goût de la solitude, quelques chroniqueurs monastiques, « voyant en lui un ennemi », propagèrent l'accusation qu'il s'adonnait aux arts magiques.[116] La Catholic Encyclopedia qualifie ces récits de « contes sans fondement ».[117] Treccani observe que les écrivains allemands et surtout les dominicains lui furent hostiles — peut-être parce qu'ils se considéraient frappés par les condamnations de 1277, ou parce que le pape ne les avait pas protégés.[118] La réputation du « pape magicien » fut ainsi forgée par des chroniqueurs hostiles.
Sépulture et mémoire
Jean XXI fut enseveli dans la cathédrale San Lorenzo de Viterbe, où il avait été couronné environ huit mois plus tôt.[119][120] Son tombeau s'y trouve encore. La mémoire de l'Église a retenu de lui non l'homme de gouvernement — son pontificat fut trop bref pour cela — mais le savant que toute l'Europe avait lu selon la tradition.
Jean XXI dans la Divine Comédie
L'hommage le plus éclatant rendu à Pierre d'Espagne vient d'un homme qui n'aimait guère les papes : Dante Alighieri. Au Ciel du Soleil, sphère des grands théologiens et savants, l'âme de saint Bonaventure énumère les esprits lumineux qui l'entourent — et nomme parmi eux « Pietro Spano ». Dans le corps du texte, le lecteur français lira :
« Hugues de Saint-Victor est ici avec eux, et Pierre le Mangeur et Pierre d'Espagne, qui là-bas brille en douze petits livres. » (traduction littérale) — Dante, Paradis, chant XII, vers 133-135[121]
Les « douze petits livres » (dodici libelli) sont une allusion limpide aux douze traités des Summulae Logicales.[122][123] Dante fait ici l'éloge du logicien Pietro Spano, et l'identification de ce logicien avec le pape Jean XXI est précisément ce que la critique moderne interroge : les anciens commentateurs, sans exception, ne disent rien de la dignité pontificale de ce personnage, tue d'ailleurs par Dante lui-même.[124][125][126] Reste que cette identification a valu à Jean XXI une place unique dans la mémoire de la chrétienté.
Chronologie de la vie de Jean XXI
- entre 1210 et 1220Naissance à LisbonnePedro Julião
Pierre d'Espagne naît à Lisbonne, fils d'un certain Julien. Sa date de naissance reste incertaine.
- années 1230-1240Études à Parismagister
Il se forme à l'Université de Paris, où il obtient le titre de magister en pleine assimilation d'Aristote.
- vers 1245-1250Un médecin nommé Pierre d'Espagne en ItalieSienne
Un maestro Pietro medico, detto Ispano est documenté à Sienne ; les Summulae, elles, auraient été composées dans le nord de l'Espagne ou le sud de la France, entre les années 1220 et 1250.
- 1272Archevêque élu de BragaPortugal
Le savant clerc est élu au grand siège primatial du Portugal, qu'il n'exercera guère.
- 3 juin 1273Cardinal-évêque de Tusculumpar Grégoire X
Grégoire X le crée cardinal ; la tradition en fait aussi le médecin personnel du pape.
- 8-16 septembre 1276 (date discutée)Élection au conclave de Viterbequatrième pape de l'année
Après Grégoire X, Innocent V et Adrien V, il est élu (à une date discutée, entre le 8 et le 16 septembre) puis couronné le 20 septembre sous le nom de Jean XXI.
- 18 janvier 1277Lettre Relatio nimis implacidaenquête confiée à Tempier
Il charge l'évêque de Paris d'enquêter sur les erreurs philosophiques de l'Université.
- 7 mars 1277Condamnation des 219 thèsesacte de Tempier
Étienne Tempier publie son syllabus de 219 propositions, sans approbation directe du pape.
- 14-20 mai 1277Mort à Viterbeeffondrement d'une partie de l'appartement pontifical
Un toit — ou une partie de l'appartement pontifical — s'effondre le 14 mai ; il meurt de ses blessures le 20 mai.
Sources et bibliographie
Sources de référence
- Treccani, Enciclopedia dei Papi, « Giovanni XXI » (notice de José Francisco Meirinhos, 2000) — la synthèse savante la plus récente et la plus prudente sur les données biographiques contestées.[127]
- Catholic Encyclopedia (New Advent), « Pope John XXI (XX) » (1910) — le cadre factuel classique, à confronter aux travaux récents.[128]
- Encyclopædia Britannica, « John XXI » — notice synthétique sur la vie et les œuvres.[129]
- Treccani, Enciclopedia Dantesca, « Giovanni XXI papa » — sur la présence de Pierre d'Espagne au Paradis de Dante.[130]
Sur l'œuvre logique et son attribution
| Auteur | Référence | Apport |
|---|---|---|
| L. M. de Rijk | Peter of Spain — Tractatus, called afterwards Summule logicales, Assen, 1972 | Édition critique de référence du Tractatus |
| Ángel d'Ors | « Petrus Hispanus O.P., Auctor Summularum », Vivarium 35 (1997), 39 (2001), 41 (2003) | Remise en cause de l'attribution au pape |
| José Francisco Meirinhos | Bibliotheca manuscripta Petri Hispani, Lisbonne, 2011 | Recensement des manuscrits et cartographie des auteurs possibles |
| Maria Helena da Rocha Pereira | Obras médicas de Pedro Hispano, Coimbra, 1973 | Édition critique des écrits médicaux : Thesaurus pauperum et Tractatus de febribus (pp. 76-408), De regimine sanitatis (pp. 414-19), Summa de conservanda sanitate (pp. 444-91) |
| Stanford Encyclopedia of Philosophy | The Logic of Peter of Spain | Synthèse sur la logique terministe et le débat d'identité |
Sur le contexte du pontificat
- Stanford Encyclopedia of Philosophy, Condemnation of 1277 — sur la lettre Relatio nimis implacida et les 219 thèses de Tempier.[131]
- Roland Hissette, Enquête sur les 219 articles condamnés à Paris le 7 mars 1277, Louvain, 1977 — l'analyse critique de référence, article par article, du syllabus de Tempier.[132]
- Deuxième concile de Lyon (1274) — sur la constitution Ubi periculum et l'union avec les Grecs sous Michel VIII Paléologue.[133]
Pour aller plus loin
- Pape Grégoire X (1271-1276) — le protecteur de Pierre d'Espagne, auteur des règles du conclave que Jean XXI suspendit.
- Le deuxième concile de Lyon (1274) — l'union avec les Grecs et la constitution Ubi periculum.
- Pape Nicolas III (1277-1280) — le cardinal Orsini, présenté par une source unique comme l'homme fort du pontificat de Jean XXI, qui lui succéda.
- Pape Urbain IV (1261-1264) — autre pape du XIIIe siècle élu à Viterbe.
- Saint Thomas d'Aquin — contemporain de Pierre d'Espagne, mort en 1274 sur la route du concile de Lyon.
Notes et références
Saint-Siège, « Liste officielle des papes » (édition courante) : Jean XXI y figure au n° 187 (16/20.IX.1276 – 20.V.1277), Pedro Julião, né à Lisbonne ; il succède à Adrien V (n° 186) et précède Nicolas III (n° 188). URL : https://www.vatican.va/content/vatican/fr/holy-father.html — consulté octobre 2026.
1 76The Columbia Encyclopedia, « John XXI, pope » : « John XXI, d. 1277, pope (1276–77), a Portuguese named Pedro Giuliano ; successor of Adrian V. Known generally as Peter of Spain (Petrus Hispanus), he is the only Portuguese pope. » URL : https://www.infoplease.com/encyclopedia/religion/christian/popes/john-xxi-pope.
2 29José Francisco Meirinhos, « Giovanni XXI », Enciclopedia dei Papi, Istituto della Enciclopedia Italiana Treccani, Rome, 2000 : naissance à Lisbonne entre 1210 et 1220 (la paroisse de Saint-Julien n'est donnée que par « un'altra tradizione »), titre de magister obtenu à Paris malgré « data la totale assenza di fonti » sur la carrière académique, documents siennois sur un « maestro Pietro medico, detto Ispano » (1245, 1248, 1250) traditionnellement identifié au pape, après 1250 toujours dénommé maestro et jamais medico, aucun lien certain entre le médecin-écrivain et l'ecclésiastique, doyenné de Lisbonne et archevêché élu de Braga (1272), création comme cardinal-évêque de Tusculum par Grégoire X le 3 juin 1273, caractère non documenté de la fonction de médecin pontifical, élection probable le 16 septembre 1276, intronisation en la cathédrale San Lorenzo de Viterbe le 20 septembre (« Il nuovo pontefice fu intronizzato nella cattedrale di S. Lorenzo a Viterbo il 20 settembre »), suspension — et non abrogation — d'Ubi periculum par Licet felicis recordationis avec annonce d'une réécriture empêchée par la mort, Tolomeo da Lucca comme source unique et tardive de l'accusation d'incapacité gouvernementale, capacité diplomatique soulignée par le registre pontifical, union avec Michel VIII Paléologue (les ambassadeurs parvinrent à Viterbe après la mort du pape), soumission de Charles d'Anjou (7 octobre 1276), lettre à Tempier, mort le 20 mai 1277 six jours après « il crollo di un tetto o di una parte dell'appartamento papale », chambre d'étude présentée comme « una tradizione tarda, anteriore alla fine del sec. XV e che non si riscontra nelle fonti più antiche », hostilité des écrivains allemands et surtout dominicains (« forse perché si consideravano colpiti dalle condanne del 1277 o perché il papa non li aveva protetti »), Siger de Brabant et Boèce de Dacie « divennero » ensuite la cible principale de la condamnation, Thesaurus pauperum ordonné « dai capelli alle unghie dei piedi », inexistence d'un pape Jean XX : « per un errore di calcolo non è mai esistito un papa Giovanni XX ». URL : https://www.treccani.it/enciclopedia/giovanni-xxi_(Enciclopedia-dei-Papi)/.
3 11 13 15 25 27 30 33 35 36 38 41 43 51 57 64 69 71 75 78 80 83 84 87 89 92 94 98 102 106 110 112 114 118 119 127Catholic Encyclopedia, « Pope John XXI (XX) », vol. VIII, Robert Appleton Company, New York, 1910, repris par New Advent : « Born at Lisbon between 1210 and 1220 » ; « The son of one Julianus, he was baptized Peter, and was known as Petrus Juliani or Petrus Hispanus » ; Paris, leçons de dialectique, de logique et de physique et métaphysique aristotéliciennes « then being given by Albertus Magnus » ; professeur de médecine à Sienne (1247) ; Summulae logicales « for almost three hundred years the favourite textbook on logic », livre fondé sur la méthode parisienne et « on the compendium of William Shyreswood » ; Thesaurus Pauperum « in which he gives a remedy for the diseases of every part of the body » ; élection « in the week following 13 September », couronnement le 20 septembre ; bulle Licet felicis recordationis : « ratifying his predecessor's decision, he also suspended with the consent of the cardinals the decrees issued at Lyons, and declared his intention of issuing in the near future the new regulations » ; nonces confirmés pour Constantinople, synode d'avril 1277 : « The messenger, who had charge of this epistle as well as of the documents drawn up by the emperor, did not arrive until after John's death » ; Tatars : « John himself appointed missionaries to go to Tatar, but died before they set out on their journey » ; Orsini : « exercised a great influence on the government of the Church » ; effondrement : « On 14 May, 1277, while the pope was alone in this apartment, it collapsed; John was buried under the ruins, and died on 20 May in consequence of the serious injuries he had received » ; magie : « he was even accused of dealing in the magic arts. A few monastic chroniclers, seeing in him an enemy, contributed to these baseless tales ». URL : https://www.newadvent.org/cathen/08429c.htm.
4 6 8 14 17 24 26 28 32 34 37 42 44 50 70 72 74 77 81 85 88 90 91 107 113 115 116 117 120 128Dante, Paradis, chants XXIV-XXVII : dans le Ciel des étoiles fixes, saint Pierre — l'apôtre, premier des papes — examine Dante sur la foi (chant XXIV) puis fustige la corruption de ses successeurs (chant XXVII). Cf. Yale Open Courses, ITAL 310 : Dante in Translation, lecture 22 (Paradise XXVII-XXIX). URL : https://oyc.yale.edu/italian-language-and-literature/ital-310/lecture-22.
5Stanford Encyclopedia of Philosophy, « The Logic of Peter of Spain » (éd. Edward N. Zalta) : « Peter of Spain (thirteenth century), exact identity unknown » ; Summule logicales en douze traités (libelli), succès attesté par « the great number of manuscripts and printed editions is evidence of the enormous success this work met with throughout European universities well into the seventeenth century » ; traités sémantiques (suppositions, ampliations, appellations, restrictions, distributions) et traité VIII De relativis ; Syncategoreumata ; origine probable « Southern France or Northern Spain », datation possible « any time between the 1220s and the 1250s » ; le Pierre d'Espagne de la tradition pontificale supposé auteur du Thesaurus pauperum « as well as fourteen other works on medicine » ; débat d'identité : « There is also another, earlier tradition, according to which the author of the Tractatus was regarded as Spanish, and a member of the Dominican order », « Yet another attribution, dating from the fifteenth century, was to a Petrus Ferrandi Hispanus » ; « Current research on the identity of Peter of Spain has once again taken up the idea that he must have been a member of the Dominican Order instead of Pope John XXI (D'Ors 1997, 2001, 2003). However, we are still in the dark about the true identity of Peter of Spain. The most recent information we have on this score is that a number of the Dominican candidates recently suggested as the author of the Tractatus can be deleted from the list (Tugwell 1999, 2006). » URL : https://plato.stanford.edu/entries/peter-spain/.
7 9 16 23 31 45 47 52 54 56 58 61 63 126Lambertus Marie de Rijk (éd.), Peter of Spain (Petrus Hispanus Portugalensis): Tractatus, called afterwards Summule logicales. First Critical Edition from the Manuscripts with an Introduction (Philosophical Texts and Studies, 22), Van Gorcum, Assen, 1972 : première édition critique du Tractatus établie d'après les manuscrits. Citée comme édition de référence par la Stanford Encyclopedia of Philosophy (« De Rijk (ed.) 1972 »).
10 46Stanford Encyclopedia of Philosophy, « Condemnation of 1277 » (éd. Edward N. Zalta) : lettre Relatio nimis implacida de Jean XXI à Étienne Tempier le 18 janvier 1277 chargeant l'évêque d'enquêter ; « the chain of events leading up to Tempier's condemnation still is not totally clear » ; publication par Tempier le 7 mars 1277 d'une liste de 219 propositions condamnées avec excommunication ; « Tempier did not identify the targets of his condemnation, but merely indicated that it was directed against unspecified members of the arts faculty in Paris. Even though their names appear nowhere in the document itself (and in the rubrics of only two of the many medieval manuscripts which have preserved Tempier's condemnation), Siger of Brabant and Boethius of Dacia have been singled out as the most prominent targets of the 1277 censure » ; contexte de l'aristotélisme radical et de l'averroïsme. URL : https://plato.stanford.edu/entries/condemnation/.
12 93 95 96 97 100 101 103 131Dante, Enfer, chant XIX (les simoniaques) : Nicolas III (m. en 1280) s'y trouve déjà et annonce que Boniface VIII (m. en 1303), puis Clément V (m. en 1314), viendront l'y rejoindre — damnation par anticipation prophétique, la fiction étant datée de l'an 1300. Cf. Yale Open Courses, ITAL 310, lecture 7 (Inferno XIX, XXI, XXV, XXVI). URL : https://oyc.yale.edu/italian-language-and-literature/ital-310/lecture-7.
18Dante, Purgatoire, chant XIX, v. 99-107 : l'âme qui se présente par « scias quod ego fui successor Petri » (« sache que je fus successeur de Pierre ») et précise « Un mese e poco più » (un mois et un peu plus de pontificat) est Adrien V (Ottobono Fieschi, 11 juillet – 18 août 1276), puni parmi les avares. Texte italien : Project Gutenberg, La Divina Commedia di Dante, ebook 1012 (vérifié v. 99-107). URL : https://www.gutenberg.org/ebooks/1012.
19Domenico Consoli, « Giovanni XXI papa », Enciclopedia Dantesca, Istituto della Enciclopedia Italiana Treccani, Rome, 1970 : identification de « Pietro Spano » du Paradis XII avec le pape Jean XXI ; « resta però singolare che D. non abbia voluto nominare l'unico pontefice del suo tempo da lui ammesso alla beatitudine eterna » ; les « dodici libelli » comme allusion aux douze traités de logique ; « È da notare che gli antichi commentatori, senza eccezione, non fanno cenno, a proposito di questo personaggio, della dignità pontificia, taciuta del resto dallo stesso D. » URL : https://www.treccani.it/enciclopedia/giovanni-xxi-papa_(Enciclopedia-Dantesca)/.
20 122 124 130Dante Alighieri, La Divine Comédie, Paradis, chant XII, vers 133-135 : « Pietro Spano, lo qual giù luce in dodici libelli ». Dante place Pierre d'Espagne au Ciel du Soleil parmi les grands docteurs ; les « douze petits livres » désignent les douze traités des Summulae Logicales. Texte original italien : « Ugo da San Vittore è qui con elli, / e Pietro Mangiadore e Pietro Spano, / lo qual giù luce in dodici libelli. »
21 121 123Ángel d'Ors (1951-2012), logicien et médiéviste espagnol, catedrático de Lógica à l'Université Complutense de Madrid, « Petrus Hispanus O.P., Auctor Summularum », Vivarium 35/1 (1997), p. 21-71 ; « Petrus Hispanus O.P., Auctor Summularum (II): Further documents and problems », Vivarium 39/2 (2001), p. 209-254 ; « Petrus Hispanus O.P., Auctor Summularum (III): 'Petrus Alfonsi' or 'Petrus Ferrandi'? », Vivarium 41/2 (2003), p. 249-303 : thèse — soutenue contre l'opinion alors reçue — que l'auteur des Summulae doit être cherché dans l'ordre dominicain plutôt qu'identifié au pape Jean XXI. La Stanford Encyclopedia of Philosophy précise que plusieurs des candidats dominicains proposés sont depuis à écarter (Tugwell 1999, 2006) et que l'identité véritable de Pierre d'Espagne reste obscure.[^sep-peter-spain]
22 59 60 125Encyclopædia Britannica, « John XXI (pope) » : Petrus Hispanus né à Lisbonne v. 1210-1220, études à Paris, œuvres de logique (Summulae logicales), de médecine (Thesaurus pauperum, Liber de oculo) et de philosophie (De anima), archevêque de Braga, cardinal, élection en 1276, action pour l'union de Rome et de l'Église orientale, mort en 1277 à Viterbe sous l'effondrement de son appartement. URL : https://www.britannica.com/biography/John-XXI.
39 129Salvador Miranda, The Cardinals of the Holy Roman Church — Biographical Dictionary, « Consistory of June 3, 1273 » (Florida International University) : Pedro Julião élu archevêque de Braga par son chapitre « toward the end of 1272 » (jamais confirmé par le pape, siège occupé jusqu'en 1275), créé cardinal-évêque de Frascati (Tusculum) au consistoire du 3 juin 1273, « Elected pope on September 8, 1276, Viterbo », « Crowned, September 20, 1276, cathedral of S. Lorenzo, Viterbo, by Cardinal Giovanni Gaetano Orsini, protodeacon of S. Nicola in Carcere Tulliano ». URL : http://cardinals.fiu.edu/bios1273.htm.
40 73 79Catholic Encyclopedia, article « Logic » (New Advent) : Petrus Hispanus (pape Jean XXI, m. 1277), auteur des Summulae Logicales ; « In it occur the mnemonic lines, "Barbara, Celarent", etc. » — les vers mnémotechniques figurent dans l'ouvrage. URL : http://www.newadvent.org/cathen/09324a.htm.
48 49A. M. Berger (éd. et trad.), Die Ophthalmologie des Petrus Hispanus (Liber de oculo), Munich, Lehmann, 1899 ; référence reprise dans la bibliographie de l'article « John XXI, Pope », Encyclopedia.com (d'après la New Catholic Encyclopedia). URL : http://www.encyclopedia.com/religion/encyclopedias-almanacs-transcripts-and-maps/john-xxi-pope.
53Maria Helena da Rocha Pereira (éd.), Obras médicas de Pedro Hispano, Universidade de Coimbra (Acta Universitatis Conimbrigensis), Coimbra, 1973 : édition critique de référence des écrits médicaux attribués à Pierre d'Espagne, dont le Thesaurus Pauperum ; pièce maîtresse de la philologie portugaise sur le corpus médical de Pedro Hispano.
55José Francisco Meirinhos, Bibliotheca manuscripta Petri Hispani: os manuscritos das obras atribuídas a Pedro Hispano, Fundação Calouste Gulbenkian – Fundação para a Ciência e a Tecnologia, Lisbonne, 2011, 709 p. (ISBN 978-972-31-1387-7) : recensement systématique des manuscrits des œuvres attribuées à « Pierre d'Espagne » ; ouvrage central du débat sur la pluralité possible des auteurs réunis sous ce nom (Petrus Iuliani / Jean XXI, dominicain homonyme, Petrus Ferrandi).
62Deuxième concile œcuménique de Lyon (1274), convoqué par Grégoire X : promulgation de la constitution Ubi periculum instituant la réclusion stricte des cardinaux en conclave ; union de l'Église grecque à Rome ratifiée par les ambassadeurs de l'empereur Michel VIII Paléologue, reconnaissant la primauté romaine et le Filioque. Actes critiques : G. Alberigo (dir.), Conciliorum Oecumenicorum Decreta, 3e éd., Bologne, 1973, décrets du concile de Lyon II ; texte anglais accessible des décrets (dont Ubi periculum) : http://www.papalencyclicals.net/Councils/ecum14.htm.
65 86 133Catholic Encyclopedia, « Pope Gregory X », vol. VI, Robert Appleton Company, New York, 1909 (Johann Peter Kirsch), reprise par New Advent : de retour du concile de Lyon, Grégoire X voyage par Lausanne, Milan et Florence « jusqu'à Arezzo, où il mourut le 10 janvier 1276 ». La liste officielle du Saint-Siège retient la même date (10.I.1276). URL : https://www.newadvent.org/cathen/06798a.htm.
66Catholic Encyclopedia, « Pope Bl. Innocent V », vol. VIII, Robert Appleton Company, New York, 1910 (Nicholas Aloysius Weber), reprise par New Advent : Pierre de Tarentaise, dominicain, « élu à Arezzo le 21 janvier 1276 », « mort à Rome le 22 juin 1276 » — « il prit le nom d'Innocent V et fut le premier pape dominicain ». Mêmes dates dans la liste officielle du Saint-Siège (n° 185 : 21.I – 22.VI.1276). URL : https://www.newadvent.org/cathen/08018a.htm.
67Ludovico Gatto, « Adriano V », Enciclopedia dei Papi, Istituto della Enciclopedia Italiana Treccani, Rome, 2000 : Ottobono Fieschi, cardinal-diacre de Saint-Adrien depuis 1251, élu pape le 11 juillet 1276 après trois semaines de conclave au Latran ; il suspend les normes de Grégoire X sur le conclave, se retire à Viterbe pour fuir les chaleurs de Rome et y meurt, « senza aver potuto ancora essere consacrato » (« sans avoir pu encore être consacré »). La liste officielle du Saint-Siège donne le pontificat 11.VII – 18.VIII.1276 (n° 186) ; la Catholic Encyclopedia (« Pope Adrian V », vol. I, 1907, James Francis Loughlin) confirme l'annulation des règles du conclave et la mort le 18 août avant leur remplacement. URL Treccani : https://www.treccani.it/enciclopedia/adriano-v_(Enciclopedia-dei-Papi)/ ; URL Catholic Encyclopedia : https://www.newadvent.org/cathen/01159a.htm.
68Encyclopaedia Britannica, 11e éd. (1911), article « Conclave » : Adrien V et Jean XXI suspendirent la constitution Ubi periculum ; Célestin V, élu après plus de deux ans de vacance du Siège, prit soin, avant d'abdiquer, de remettre en vigueur la constitution de Grégoire X, insérée aux Décrétales (lib. i. tit. vi., de electione, cap. 3). URL : https://en.m.wikisource.org/wiki/1911_Encyclop%C3%A6dia_Britannica/Conclave.
82Roland Hissette, Enquête sur les 219 articles condamnés à Paris le 7 mars 1277, Louvain (Publications Universitaires) et Paris (Vander-Oyez), 1977 (« Philosophes Médiévaux », XXII), 340 p. : analyse article par article du syllabus d'Étienne Tempier à partir des œuvres connues de Siger de Brabant, de Boèce de Dacie et de trois écrits anonymes. D'après le résumé qu'en donne la Stanford Encyclopedia of Philosophy : « Of the 219 propositions, only 79 can be identified, with various degrees of probability, in the works of Siger of Brabant, Boethius of Dacia, or the three anonymous writings. Of 72 propositions the attribution is uncertain, whereas 68 propositions could not be identified at all. »
99 132Stanford Encyclopedia of Philosophy, Condemnation of 1277 : « Duhem believed that Tempier, with his insistence of God's absolute power, had liberated Christian thought from the dogmatic acceptance of Aristotelianism, and in this way marked the birth of modern science » ; « Duhem's thesis has opened up the historiography of medieval science as a serious academic discipline. Yet, at the same time, no one in the field any longer endorses his view that modern science started in 1277. Of contemporary historians of science, Edward Grant probably comes closest to Duhem's vision, though his view includes many refinements and historical materials that were unknown to Duhem. » URL : https://plato.stanford.edu/entries/condemnation/.
104 105New Catholic Encyclopedia, « John XX, Pope » : il n'y a jamais eu de pape de ce nom ; à cause d'une confusion dans les écrits de Marianus Scotus, recopiée par les auteurs suivants, un Jean mythique aurait régné quatre mois entre Boniface VII (m. 985) et Jean XV — d'où le décalage de toute la série des Jean ; les papes Jean des Xe-XIe siècles ont depuis été correctement renumérotés, mais Jean XXI (Pierre d'Espagne) et Jean XXII portent des numéros qu'ils s'étaient eux-mêmes attribués. Bibliographie citée : Annuario Pontificio, É. Amann (Dictionnaire de théologie catholique), G. Schwaiger (Lexikon für Theologie und Kirche). URL : https://www.encyclopedia.com/religion/encyclopedias-almanacs-transcripts-and-maps/john-xx-pope.
108 109Catholic Encyclopedia, « Pope Joan » (New Advent) : « The fable about a female pope, who afterwards bore the name of Johanna (Joan), is first noticed in the middle of the thirteenth century » — la papesse Jeanne relève de la fable médiévale, non de l'histoire. URL : https://www.newadvent.org/cathen/08407a.htm.
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