Pape saint Célestin V (1294)

Ermite des Abruzzes élu pape malgré lui à près de quatre-vingts ans, Pierre de Morrone régna cinq mois avant de renoncer librement au trône de Pierre le 13 décembre 1294, première abdication pontificale formalisée. Emprisonné par son successeur, il mourut en 1296 et fut canonisé en 1313.

Ignispedia

Saint Célestin V (en latin Caelestinus V), né Pietro Angelerio et resté célèbre sous le nom de Pierre de Morrone, fut un ermite des Abruzzes porté malgré lui sur le trône de Pierre à près de quatre-vingts ans. Élu le 5 juillet 1294 au terme d'une vacance de plus de deux ans (1292-1294), il régna cinq mois avant de renoncer librement à la papauté, le 13 décembre 1294.[1][2]

Sa renonciation est la première abdication pontificale formellement organisée de l'histoire : avant d'agir, ce moine sans culture juridique fit confirmer par les canonistes — dont le futur Boniface VIII — qu'un pape peut validement déposer sa charge. Cet acte, médité par les théologiens pendant sept siècles, refera surface en février 2013, lorsque Benoît XVI renoncera à son tour.[3][4]

Le destin de Pierre de Morrone est tragique. Incapable de gouverner, manipulé par le roi de Naples Charles II d'Anjou, il rendit sa liberté pour retrouver son ermitage — mais son successeur, craignant un schisme, le fit arrêter et enfermer au château de Fumone, où il mourut le 19 mai 1296. Selon l'interprétation la plus répandue des commentateurs, Dante viserait en lui « celui qui fit, par lâcheté, le grand refus » (Enfer, chant III) — sans jamais le nommer.[5]

L'Église, elle, en jugea autrement. Dès 1313, le pape Clément V canonisa l'ermite sous le nom de saint Pierre Célestin. Loin d'un lâche, elle vénère un homme qui préféra la volonté de Dieu à la tiare — un saint pour qui « la Croix constitua véritablement le centre de sa vie », selon le mot de Benoît XVI.[6]

Pourquoi saint Célestin V compte-t-il ?

L'ermite que l'on fit pape

La première raison de retenir ce nom tient à un paradoxe unique dans l'histoire de l'Église : un ermite sans culture juridique, fuyant le monde depuis plus de soixante ans, fut tiré de sa cellule de montagne pour devenir évêque de Rome. Pierre de Morrone — moine bénédictin, prêtre et fondateur d'ordre — n'avait jamais étudié le droit et ignorait tout des intrigues de la Curie.[7][8] Son élection fut le fruit d'un blocage politique et d'une réputation de sainteté : on espérait qu'un saint réconcilierait une Église déchirée.

L'expérience tourna court. Mais elle pose une question permanente : la sainteté suffit-elle à gouverner ? Le cas de Célestin V montre que les charismes de l'ermite et ceux de l'homme d'État ne se confondent pas — et que l'humilité peut être, elle aussi, une forme de lucidité.

« Le grand refus » : la première renonciation formalisée

La deuxième raison est canonique et historique. En renonçant le 13 décembre 1294, Célestin V ne se contenta pas de partir : il créa un précédent de droit. Sa décision fut préparée par une constitution affirmant qu'un pontife romain peut librement abdiquer, reprise aussitôt par son successeur dans la décrétale Quoniam.[9][10] C'est ce texte qui fonde, juridiquement, toutes les renonciations ultérieures — jusqu'à celle de Benoît XVI en 2013.

Cet acte fit scandale et fascina. Selon l'interprétation la plus répandue des commentateurs, Dante l'aurait placé parmi les âmes du vestibule de l'Enfer :

« Je vis et reconnus l'ombre de celui qui fit, par lâcheté, le grand refus. » — Dante Alighieri, La Divine Comédie, Enfer, chant III[11]

Pétrarque, à l'inverse, prit sa défense : dans le De vita solitaria (1346), il présenta son refus comme un exemple vertueux de vie solitaire, et non comme une faiblesse.[12] La postérité n'a cessé de rejouer ce débat.

Un saint, non un lâche

La troisième raison est spirituelle. L'Église n'a pas retenu cette lecture. En canonisant Pierre de Morrone moins de vingt ans après sa mort, elle a reconnu dans son renoncement non une fuite, mais un acte de vérité : un homme qui, mesurant son incapacité, refuse de jouer un rôle pour lequel Dieu ne l'a pas fait.[13][14] Sa figure rejoint celle des grands renonçants de l'Évangile, et son histoire est une méditation sur l'humilité, le détachement et la paix de la conscience.

Pietro da Morrone : l'ermite des Abruzzes

Une naissance dans le Molise (sources discutées)

De l'ermite au pape : les grands jalons de Pierre de Morrone avant et pendant l'année 1294. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Pietro Angelerio naquit dans le Molise, au cœur de l'Italie méridionale, dans une famille paysanne dont il était, selon la tradition, l'onzième de douze enfants.[15][16] Son père mourut alors qu'il était encore très jeune, laissant à sa mère, Maria, le soin d'élever la nombreuse fratrie.

L'année et le lieu exacts de sa naissance sont discutés. La Catholic Encyclopedia la fixe vers 1215 et la situe dans la province de Naples ; les notices modernes oscillent entre 1209 et 1215 et localisent le plus souvent la naissance à Sant'Angelo Limosano, près de Campobasso.[17][18][19] L'honnêteté oblige à présenter ces données comme traditionnelles et approximatives : pour un fils de paysans du XIIIᵉ siècle, les archives manquent, et la gloire ultérieure du pape a suscité des récits parfois embellis.

Le moine bénédictin et l'appel du désert

Vers l'âge de dix-sept ans — d'autres sources disent quinze —, Pietro entra dans l'ordre de saint Benoît, à l'abbaye Santa Maria di Faifoli, dans le diocèse de Bénévent.[20][21] Mais la vie commune, même bénédictine, ne suffisait pas à sa soif de solitude. Très vite, le jeune moine se sentit appelé à une forme plus radicale de séparation du monde : l'érémitisme, sur les traces des Pères du désert et de saint Pierre Damien.

Benoît XVI a magnifiquement résumé ce ressort intérieur :

« Pour écouter sa voix, il décide de se séparer du monde et de vivre en ermite. […] C'est précisément dans le silence extérieur, mais surtout dans celui intérieur, qu'il réussit à percevoir la voix de Dieu. » — Benoît XVI, homélie de Sulmona, 4 juillet 2010[22]

L'ascèse du Morrone et de la Maiella

Les lieux de Célestin V : Molise, Abruzzes, Pérouse, Naples et Fumone dans une carte synthétique. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Vers 1230-1240, Pietro se retira dans une caverne du massif de la Montagne du Morrone, au-dessus de Sulmona — d'où le surnom de Pierre de Morrone qui lui restera.[23][24] Cherchant plus de retrait encore, il gagna ensuite les âpres solitudes du mont Maiella, dans les Abruzzes, où il mena une vie d'ascèse extrême.

La Catholic Encyclopedia détaille ce régime spirituel : il jeûnait chaque jour sauf le dimanche et observait quatre carêmes par an au pain et à l'eau, portait un cilice et une chaîne de fer.[25] Sa réputation de sainteté et de thaumaturge attira bientôt des disciples, qui vinrent bâtir leurs cabanes autour de la sienne. L'ermite, malgré lui, devenait fondateur.

La fondation de l'ordre des Célestins

De cet essaim d'ermites naquit une congrégation monastique nouvelle, branche austère de l'ordre bénédictin, que l'on appellera plus tard les Célestins (d'abord nommés ermites de saint Damien).[26][27] Pietro rédigea pour eux une règle inspirée de sa propre ascèse.

La croissance fut rapide, et l'approbation ecclésiastique ne tarda pas :

  • vers 1263-1264, le pape Urbain IV reconnut la nouvelle institution comme branche de l'ordre de saint Benoît ;[28][29]
  • en 1274, au second concile de Lyon, le pape Grégoire X confirma l'ordre et lui accorda protection, biens et exemption — au moment précis où le concile interdisait toute fondation d'ordres nouveaux, ce qui valut aux Célestins de se rattacher prudemment à la règle bénédictine.[30][31]

À la mort de leur fondateur, les Célestins comptaient environ trente-six monastères et plus de six cents religieux.[32] En 1293, le centre de l'ordre fut transféré à l'abbaye du Saint-Esprit, près de Sulmona, tandis que le vieil ermite, désormais octogénaire, s'installait dans une cellule accrochée à la falaise au-dessus du monastère. C'est là que l'histoire vint le chercher.

Une vacance de plus de deux ans (1292-1294)

La mort de Nicolas IV et l'impasse de Pérouse

Le 4 avril 1292, le pape Nicolas IV mourut à Rome.[33][34] S'ouvrit alors l'une des plus longues vacances de l'histoire pontificale : pendant vingt-sept mois, le Sacré Collège — réduit à une douzaine de cardinaux — fut incapable de s'accorder sur un successeur.

La vacance pontificale de 1292-1294 : vingt-sept mois sans pape jusqu'à l'élection de Pierre de Morrone. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Le blocage tenait à une fracture entre deux grandes familles romaines, les Orsini et les Colonna, et aux ingérences des souverains, au premier rang desquels Charles II d'Anjou, roi de Naples.[35][36] Les cardinaux, réunis à Pérouse pour fuir la peste et les troubles romains, s'épuisaient en marchandages stériles pendant que la chrétienté s'inquiétait de rester sans chef.

La lettre de l'ermite aux cardinaux

C'est alors qu'intervint, de façon inattendue, le vieil ermite du Morrone. Pierre fit parvenir aux cardinaux une lettre solennelle les avertissant que la vengeance divine s'abattrait sur l'Église s'ils ne donnaient pas promptement un pape au peuple chrétien.[37][38]

L'avertissement, venant d'un homme réputé saint, fit grande impression. Plusieurs sources notent qu'il fut encouragé en sous-main par Charles II d'Anjou, qui voyait dans ce moine docile un candidat idéal à sa propre influence.[39] Mais l'effet dépassa les calculs : la parole de l'ermite cristallisa, dans l'impasse, l'idée d'élire l'ermite lui-même.

L'élection du 5 juillet 1294

Le 5 juillet 1294, le doyen du Sacré Collège, le cardinal Latino Malabranca Orsini, déjà âgé et malade, se leva et proposa solennellement le nom de Pierre de Morrone. La tradition rapporte sa formule :

« Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, j'élis frère Pierre de Morrone. » — Latino Malabranca Orsini, doyen du Sacré Collège, 5 juillet 1294 (formule rapportée en anglais par les notices ; traduction de la rédaction)[40]

Les cardinaux, soulagés de sortir de l'impasse, ratifièrent aussitôt ce choix.[41][42] Pierre de Morrone, qui avait alors près de quatre-vingts ans, devenait pape — sans avoir rien demandé, sans même être présent. Son élection fut la dernière de l'histoire à se faire hors d'un conclave au sens propre.

Le refus, puis l'acceptation

Quand la nouvelle parvint à l'ermite, sa première réaction fut l'épouvante. Selon Pétrarque, il tenta de fuir dans la montagne pour échapper à la dignité qu'on lui imposait.[43][44] Il fallut qu'une délégation de cardinaux, accompagnée du roi Charles II d'Anjou et de son fils Charles Martel, monte jusqu'à sa cellule pour le supplier d'accepter.

L'ermite céda — par obéissance, croyant lire dans cette insistance unanime un signe de la volonté de Dieu. En acceptant, il prit le nom de Célestin, peut-être en hommage à Célestin III ou par référence au cælum, le ciel vers lequel toute sa vie tendait. La scène donnait déjà la mesure du drame : on faisait pape un homme que la papauté terrifiait.

Le pontificat de Naples : un saint dépassé

Le couronnement de L'Aquila (29 août 1294)

Le couronnement de Collemaggio, le 29 août 1294 : scène historique illustrant l'entrée humble de l'ermite-pape à L'Aquila. Créée par IA.

Au lieu de gagner Rome, Célestin V se fit couronner à L'Aquila, dans les Abruzzes, le 29 août 1294, en la basilique Santa Maria di Collemaggio qu'il avait lui-même fait élever.[45][46] La tradition veut qu'il y soit entré monté sur un âne, à la manière du Christ, la bride tenue par deux rois — image saisissante de l'humilité portée au sommet de la chrétienté.

Le choix de L'Aquila, et non de Rome, était déjà un symptôme : le nouveau pape restait dans la sphère du royaume de Naples, loin de la Ville et de la Curie. La consécration épiscopale lui fut conférée quelques jours plus tôt, le 19 août, par le cardinal Hugues Aycelin.[47]

La Perdonanza : le pardon de Célestin

Peu après son couronnement, Célestin V accomplit l'acte qui restera le plus durable de son pontificat. Par une bulle, il accorda une indulgence plénière à tout pèlerin qui, contrit et confessé, franchirait la porte sainte de la basilique de Collemaggio entre les vêpres du 28 août et celles du 29 août.[48][49]

Cette Perdonanza Celestiniana — le « Pardon de Célestin » — passe pour le premier jubilé de l'histoire de l'Église, six ans avant le grand Jubilé romain de 1300 institué par Boniface VIII. Célébrée chaque année à L'Aquila depuis plus de sept siècles, elle est aujourd'hui inscrite au patrimoine culturel immatériel de l'humanité. Le saint pape, si maladroit dans le gouvernement, avait su ouvrir une source de miséricorde que les siècles n'ont pas tarie.

Sous la coupe de Charles II d'Anjou

Pour le reste, le pontificat fut un désastre administratif. Célestin V établit sa résidence à Naples, dans le Castel Nuovo, sous l'influence directe du roi Charles II d'Anjou.[50][51] Coupé de la Curie romaine, ignorant des affaires, l'ermite signait ce qu'on lui présentait.

Les conséquences furent graves. Il multiplia les nominations au gré des faveurs du roi, accordant parfois plusieurs fois le même bénéfice à des candidats différents, créant une confusion telle que la plupart de ses actes durent être annulés par son successeur.[52][53] Le 18 septembre 1294, il créa d'un coup douze cardinaux — dont sept Français et plusieurs Napolitains —, remodelant le Sacré Collège dans le sens des intérêts angevins.[54][55]

Le gouvernement défaillant

Au cœur de l'Avent 1294, Célestin V voulut même se retirer dans une cellule de bois dressée à l'intérieur du palais de Naples pour y vivre comme un moine, confiant l'expédition des affaires à trois cardinaux.[56] Le contraste entre l'ermite et le monarque spirituel devenait intenable.

Le saint le comprit le premier. Il mesura que son incapacité ne nuisait pas seulement à sa propre paix, mais à l'Église entière, livrée par sa faiblesse aux appétits des puissants. De cette lucidité allait naître la décision la plus célèbre de sa vie.

La grande renonciation (13 décembre 1294)

La décision de l'ermite

Un pape peut-il renoncer ? Le précédent canonique posé par Célestin V et confirmé par Boniface VIII. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Vers le 9 ou 10 décembre 1294, Célestin V annonça à son entourage qu'il voulait déposer la charge pontificale et retourner à la solitude.[57][58] Les motifs qu'il invoqua dans son acte de renonciation sont restés célèbres : le désir d'humilité et d'une vie plus pure, le souci d'une conscience sans tache, la conscience de ses forces physiques défaillantes, de son ignorance, et la nostalgie de la tranquillité de sa vie d'autrefois.[59][60]

Loin d'être un caprice, cette décision était l'aboutissement d'une vie tout entière tournée vers Dieu. L'ermite ne renonçait pas à une vocation : il renonçait à ce qui l'arrachait à sa vocation.

Le rôle du cardinal Benedetto Caetani

Restait une difficulté redoutable : un pape peut-il renoncer ? La question n'avait jamais été tranchée en droit. Célestin V consulta des canonistes, et notamment le cardinal Benedetto Caetani, juriste réputé.[61][62] Caetani ne vit pas d'obstacle décisif et confirma la licéité d'une abdication libre.

L'histoire a souvent soupçonné le cardinal d'avoir poussé le vieillard à partir pour lui succéder — ce qu'il fit onze jours plus tard. La légende rapportée par certains chroniqueurs veut même qu'il ait fait souffler des voix nocturnes dans la chambre du pape, comme venues du ciel, pour l'exhorter à abdiquer. Le fait est invérifiable ; mais il dit la défiance que la renonciation suscita aussitôt, et l'ombre que Boniface VIII projettera sur tout l'épisode.

Un pape peut-il renoncer ? la question canonique

La renonciation de Célestin V fut, sur le fond, validée par le droit de l'Église. Son successeur lui-même prit soin de lever tout doute en insérant dans le Liber Sextus une décrétale — connue par son incipit Quoniam — affirmant solennellement la liberté du pontife romain de résigner sa charge :

« Le Pontife romain peut librement renoncer. » — Boniface VIII, décrétale Quoniam (Liber Sextus, I, 7, 1)[63]

Ce point est capital pour Ignispedia : la renonciation pontificale n'est ni une anomalie ni une faute, mais un acte prévu par le droit canonique, dont Célestin V fut le premier à fixer le principe. Sept siècles plus tard, le Code de droit canonique de 1983 en a recueilli l'héritage direct, dans une formule devenue célèbre après 2013 :

« S'il arrive que le Pontife Romain renonce à sa charge, il est requis pour la validité que la renonciation soit faite librement et qu'elle soit dûment manifestée, mais non pas qu'elle soit acceptée par qui que ce soit. » — Code de droit canonique (1983), canon 332 § 2[64]

Les deux conditions posées par le canon — une renonciation libre et dûment manifestée — sont précisément celles que Célestin V s'était imposées le premier, en faisant établir par les juristes la licéité de son geste avant de l'accomplir publiquement.

L'acte de Castel Nuovo

Le 13 décembre 1294, devant le collège des cardinaux réunis au Castel Nuovo de Naples, Célestin V accomplit son geste. Selon les chroniqueurs, il descendit de son trône, déposa la tiare à terre et se dépouilla de ses autres insignes pontificaux, reprenant l'habit gris de simple moine.[65][66] Le texte de la formule de renonciation aurait été rédigé par le cardinal Caetani lui-même.

Son pontificat avait duré cinq mois et huit jours. Onze jours plus tard, la veille de Noël, le 24 décembre 1294, les cardinaux élurent Benedetto Caetani, qui prit le nom de Boniface VIII.[67][68]

De la cellule à la prison : les derniers mois

La fuite de l'ermite

Une fois libre, Pierre de Morrone ne désirait qu'une chose : disparaître dans la solitude. Mais Boniface VIII comprit vite le danger que représentait un ancien pape vénéré comme un saint : les adversaires de la renonciation — et les ennemis du nouveau pape, notamment la famille Colonna et le roi Philippe le Bel — pouvaient être tentés d'en faire un antipape.[69][70]

De la cellule à Fumone : les derniers mois de Pierre de Morrone après sa renonciation. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Le vieil homme tenta de regagner ses montagnes, puis chercha à s'embarquer pour la Dalmatie (ou la Grèce) afin d'échapper à toute récupération. Une tempête rejeta son navire vers la côte, et il fut capturé.[71][72]

La captivité de Fumone

Boniface VIII fit alors enfermer son prédécesseur dans le château de Fumone, près de Ferentino et d'Anagni, dans le Latium, sous bonne garde, avec deux moines de son ordre pour l'assister.[73][74] Les partisans de Célestin ont dépeint une captivité dure, dans une cellule étroite et insalubre ; mais le vieil ermite, lui, semble y avoir retrouvé la paix qu'il avait tant cherchée. La tradition lui prête ce mot serein :

« Je ne désirais qu'une cellule, et une cellule ils m'ont donnée. » — paroles attribuées à saint Pierre Célestin, prisonnier de Fumone[75]

La mort du 19 mai 1296

Pierre de Morrone mourut à Fumone le 19 mai 1296, âgé d'environ quatre-vingt-un ans, après une dizaine de mois de captivité.[76][77] Ses partisans accusèrent Boniface VIII de l'avoir maltraité, voire fait assassiner — la légende d'un clou enfoncé dans le crâne a même traversé les siècles —, mais aucune preuve historique sérieuse n'étaye ces accusations : l'expertise anthropologique conduite par le Dr Luca Ventura (service de pathologie de l'hôpital San Salvatore de L'Aquila), rendue publique en 2013, a conclu que la lésion du crâne avait été produite post-mortem, sur un crâne déjà squelettisé — probablement lors d'une réinhumation —, écartant l'hypothèse d'un meurtre par un clou.[78]

Son corps, d'abord inhumé à Ferentino, fut ensuite transféré à L'Aquila, dans la basilique Santa Maria di Collemaggio, où il repose encore.

Un saint pour l'Église (canonisation 1313)

Le procès de canonisation

Le souvenir de l'ermite-pape ne s'éteignit pas. Sa cause fut activement soutenue par le roi Philippe le Bel, adversaire acharné de Boniface VIII, qui y voyait aussi un moyen de noircir la mémoire de son ennemi.[79][80] Le pape Clément V, installé à Avignon, ouvrit l'enquête en 1306 — les notices datent du 13 mai 1306 le décret ouvrant l'instruction.[81]

Au terme du procès, et après une lutte d'influence où la famille Colonna l'emporta sur les Caetani de Boniface VIII, Clément V canonisa Pierre de Morrone le 5 mai 1313, à Avignon.[82][83]

Saint Pierre Célestin, confesseur

Détail théologique important : l'Église le canonisa comme confesseur, et non comme martyr.[84] Le glissement est significatif. Malgré la pression politique de Philippe le Bel, qui aurait aimé faire de Célestin une victime de Boniface VIII — donc un martyr —, Rome refusa de transformer la canonisation en arme contre la mémoire d'un pape. Pierre de Morrone fut élevé sur les autels pour la sainteté de sa vie, non pour les torts supposés de son successeur.

L'Église fixa sa fête au 19 mai, jour de sa mort. Aucun pape, depuis lui, n'a repris le nom de Célestin.

La spiritualité de saint Célestin V

Au-delà du drame politique, Célestin V est un maître spirituel par sa vie même. Toute son existence proclame le primat de Dieu sur les honneurs du monde, et la paix qui naît d'une conscience droite. Benoît XVI, venant prier devant ses reliques en 2010, en a dégagé le cœur :

« La Croix constitua véritablement le centre de sa vie, elle lui donna la force pour affronter les dures pénitences. […] En voyant les bras grands ouverts de son Dieu crucifié, il s'est senti conduit dans l'océan infini de l'amour de Dieu. » — Benoît XVI, homélie de Sulmona, 4 juillet 2010[85]

Sa renonciation, relue à cette lumière, n'est plus une abdication au sens péjoratif, mais un acte d'abandon : préférer la volonté de Dieu, fût-elle obscure, à la grandeur que les hommes proposent. « Cherchez d'abord le Royaume de Dieu et sa justice » (Mt 6, 33) : Pierre de Morrone a pris cette parole à la lettre, jusqu'à rendre la plus haute charge de la terre pour ne pas perdre l'unique nécessaire.

C'est aussi une leçon sur l'humilité : reconnaître ses limites n'est pas une lâcheté, mais une vérité. Le saint qui dépose la tiare rejoint, dans la logique de l'Évangile, le publicain qui n'ose lever les yeux — « car quiconque s'élève sera abaissé, et qui s'abaisse sera élevé » (Lc 18, 14).

Célestin V et Benoît XVI : deux renonciations

Les renonciations pontificales majeures : Pontien, Célestin V, Grégoire XII et Benoît XVI. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

L'histoire a noué un fil saisissant entre Pierre de Morrone et le pape Benoît XVI. Dès le 28 avril 2009, lors d'une visite à L'Aquila après le tremblement de terre, Benoît XVI déposa son propre pallium — celui de son inauguration de 2005 — sur la châsse de verre de saint Célestin V.[86] Le geste parut alors mystérieux ; il prend tout son sens après coup.

Le 11 février 2013, Benoît XVI annonça en effet sa propre renonciation au ministère pétrinien, invoquant des motifs étonnamment proches de ceux de son lointain prédécesseur : la conscience de ses forces déclinantes et le bien de l'Église.[87][88] Or l'histoire ne compte qu'un très petit nombre de renonciations pontificales. Avant Célestin V, on n'invoque guère que le cas ancien et discuté du pape Pontien (235), qui aurait résigné sa charge en déportation pour ne pas laisser l'Église sans pasteur ; après lui, Grégoire XII y recourut en 1415 pour mettre fin au Grand Schisme d'Occident, puis Benoît XVI en 2013. Parmi ces gestes rarissimes, celui de l'ermite des Abruzzes fait figure de matrice juridique et spirituelle : le premier à avoir été préparé, motivé et déclaré licite par un acte de droit avant d'être posé.

Le tableau ci-dessous situe la renonciation de Célestin V parmi les quatre cas que la tradition retient, du précédent antique à l'acte de Benoît XVI, en indiquant pour chacun le contexte et ce qui le distingue.

PapeDate de la renonciationContexteParticularité du geste
Saint Pontien235Déporté aux mines de Sardaigne sous la persécution de Maximin le ThraceCas le plus ancien, mal documenté ; abandon de la charge pour ne pas laisser Rome sans pasteur
Saint Célestin V13 décembre 1294Incapacité à gouverner après cinq mois, sous la pression de Charles II d'AnjouPremière abdication formalisée : déclarée licite avant d'être posée, fondement du droit canonique ultérieur
Grégoire XII4 juillet 1415Trois papes rivaux pendant le Grand Schisme d'OccidentRenonciation négociée au concile de Constance pour rétablir l'unité de l'Église
Benoît XVI11 février 2013 (effet le 28 février)Forces déclinantes et bien de l'ÉgliseSeule autre renonciation spontanée, sept siècles après Célestin V, devant les reliques duquel il avait prié

Sur ces quatre gestes, deux seulement furent pleinement libres et spontanés — celui de Célestin V et celui de Benoît XVI ; les deux autres répondaient à une contrainte extérieure, persécution ou schisme.

Ce que les commentateurs de Dante ont lu comme « le grand refus », l'histoire l'a donc relu comme un acte fondateur : la preuve que le service de l'Église peut exiger, parfois, de renoncer plutôt que de s'accrocher.

Chronologie

  1. vers 1209-1215
    Naissance dans le Molise

    Naissance de Pietro Angelerio, onzième de douze enfants, dans une famille paysanne du Molise (Sant'Angelo Limosano, selon la tradition). Date et lieu discutés.

  2. vers 1232
    Moine bénédictin

    Entrée dans l'ordre de saint Benoît à l'abbaye Santa Maria di Faifoli, diocèse de Bénévent.

  3. vers 1230-1240
    L'ermite du Morrone

    Retrait dans les solitudes de la Montagne du Morrone, puis du mont Maiella ; ascèse extrême et premiers disciples.

  4. 1263-1264
    Approbation des Célestins

    Le pape Urbain IV reconnaît la nouvelle congrégation comme branche de l'ordre bénédictin.

  5. 1274
    Confirmation au concile de Lyon

    Le pape Grégoire X, au IIᵉ concile de Lyon, confirme l'ordre et lui accorde sa protection.

  6. 4 avril 1292
    Mort de Nicolas IV

    S'ouvre une vacance de vingt-sept mois ; les cardinaux, réunis à Pérouse, restent dans l'impasse.

  7. 5 juillet 1294
    Élection de Pierre de Morrone

    Le doyen Latino Malabranca Orsini propose l'ermite ; les cardinaux l'élisent à l'unanimité. Il prend le nom de Célestin V.

  8. 29 août 1294
    Couronnement à L'Aquila

    Couronnement en la basilique Santa Maria di Collemaggio ; institution peu après de la Perdonanza, premier jubilé du pardon.

  9. 18 septembre 1294
    Création de douze cardinaux

    Sous l'influence de Charles II d'Anjou, le pape remodèle le Sacré Collège ; gouvernement de plus en plus confus depuis Naples.

  10. 13 décembre 1294
    La grande renonciation

    Au Castel Nuovo de Naples, Célestin V dépose la tiare et renonce à la papauté après cinq mois.

  11. 24 décembre 1294
    Élection de Boniface VIII

    Le cardinal Benedetto Caetani est élu pape sous le nom de Boniface VIII.

  12. 19 mai 1296
    Mort à Fumone

    Capturé alors qu'il fuyait, Pierre de Morrone meurt prisonnier au château de Fumone, vers 81 ans.

  13. 5 mai 1313
    Canonisation

    Le pape Clément V canonise l'ermite à Avignon sous le nom de saint Pierre Célestin, confesseur.

Les sources : noyau sûr et points discutés

Le noyau sûr de cette histoire est solidement établi : Pierre de Morrone, ermite et fondateur des Célestins, fut élu pape le 5 juillet 1294 au terme d'une vacance de vingt-sept mois, couronné à L'Aquila le 29 août, renonça à la papauté le 13 décembre 1294 après l'avoir fait reconnaître licite, fut emprisonné par Boniface VIII au château de Fumone où il mourut le 19 mai 1296, et fut canonisé par Clément V en 1313. Ces faits sont attestés par les répertoires de référence — Catholic Encyclopedia, New Catholic Encyclopedia, Encyclopædia Britannica — et par les sources médiévales.[89][90][91][92]

Plusieurs points restent discutés, surtout pour la jeunesse et la mort. Le tableau ci-dessous récapitule les principales divergences entre sources.

Point discutéVersions des sourcesPosition retenue
Année de naissance1209 ; 1210 ; 1215Vers 1209-1215
Lieu de naissanceSant'Angelo Limosano (Molise) ; Isernia ; province de NaplesMolise, lieu précis incertain
Âge d'entrée chez les bénédictinsQuinze ans ; dix-sept ansVers quinze-dix-sept ans
Approbation de l'ordreUrbain IV en 1263 ; en 12641263-1264, confirmé à Lyon en 1274
Nombre de cardinaux créésDouze ; treizeDouze (dont sept Français)
Rôle de Caetani dans l'abdicationSimple consultant canoniste ; instigateur manipulateurConsulté ; influence réelle mais ampleur débattue
Cause de la mortVieillesse et captivité ; mauvais traitements ; assassinatMort en captivité ; assassinat non prouvé

La documentation mêle les notices des grandes encyclopédies catholiques, les études modernes sur la vacance de 1292-1294 et la renonciation, les chroniques médiévales, et la relecture spirituelle qu'en ont donnée les papes contemporains, de la canonisation de 1313 à la visite de Benoît XVI en 2010.[93][94][95]

Pour aller plus loin

Notes et références

  1. « Célestin V », Wikipédia (fr), consulté le 9 juin 2026 : https://fr.wikipedia.org/wiki/C%C3%A9lestin_V. Pietro Angeleri dit Pietro di Morrone, né vers 1215 dans le Molise (Sant'Angelo Limosano), onzième de douze enfants ; ermite de la Maiella et du Morrone, fondateur des Célestins ; après la mort de Nicolas IV (4 avril 1292) et plus de deux ans de blocage à Pérouse, élu pape le 5 juillet 1294 sous l'influence de Charles II d'Anjou ; couronné à L'Aquila (Collemaggio) le 29 août 1294 ; institution de la Perdonanza ; installation à Naples ; création de cardinaux le 18 septembre 1294 ; renonciation le 13 décembre 1294 devant les cardinaux au Castel Nuovo ; Benedetto Caetani élu le 24 décembre sous le nom de Boniface VIII ; emprisonnement à Fumone ; mort le 19 mai 1296 ; canonisé le 5 mai 1313 par Clément V sous le nom de saint Pierre Célestin ; référence de Dante au « gran rifiuto ».

    1 7 15 34 35 38 39 46 51 55 66 68 77
  2. Catholic Encyclopedia, « Pope St. Celestine V », vol. 3, New York, Robert Appleton Company, 1908 ; texte repris sur New Advent : https://www.newadvent.org/cathen/03479b.htm (consulté le 9 juin 2026). Né en 1215 dans la province de Naples ; bénédictin à dix-sept ans, ordonné prêtre à Rome ; ermite du Monte Morrone puis du mont Maiella ; ascèse (jeûne quotidien sauf le dimanche, quatre carêmes par an au pain et à l'eau) ; congrégation de 36 monastères et 600 religieux, approuvée comme branche bénédictine par Urbain IV en 1264 ; élu à Pérouse le 5 juillet 1294, vingt-sept mois après la mort de Nicolas IV (4 avril 1292) ; couronné à L'Aquila le 29 août 1294 ; douze cardinaux créés le 18 septembre ; renonciation le 13 décembre 1294 ; auquel succède Benedetto Caetani (Boniface VIII) le 24 décembre ; emprisonné au château de Fumone près d'Anagni ; mort le 19 mai 1296, à 81 ans ; canonisé par Clément V en 1313 ; fête le 19 mai.

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  3. « 13 décembre 1294 : "Renonciation" du pape Célestin V », Herodote.net : https://www.herodote.net/almanach-ID-2349.php (consulté le 9 juin 2026). Élu à l'unanimité mais contre son gré à Pérouse le 5 juillet 1294 ; bénédictin et ermite de plus de 80 ans, né Pietro de Morrone ; incapable d'assumer la charge et de résister aux pressions (Charles II d'Anjou, Philippe le Bel) ; consultation de canonistes confirmant la licéité de la démission ; annonce le 9 ou 10 décembre, renonciation le 13 décembre devant les cardinaux au Castel Nuovo ; le pape descend du trône, pose sa tiare à terre et se défait de ses insignes ; discours de renonciation probablement rédigé par le cardinal Benedetto Caetani ; promulgation d'une constitution sur la renonciation pontificale (texte disparu, connu par l'acte de son successeur) ; Caetani élu le 24 décembre sous le nom de Boniface VIII.

    3 9 57 60 61 65 95
  4. R. Fawtier (et al.), « La renonciation de Célestin V et l'opinion théologique en France du vivant de Boniface VIII », Revue d'histoire de l'Église de France, t. 25, n° 107, 1939 ; en ligne sur Persée : https://www.persee.fr/doc/rhef_0300-9505_1939_num_25_107_2884 (consulté le 9 juin 2026). Étude savante sur la validité canonique et la réception théologique de la renonciation de 1294 ; débats du vivant de Boniface VIII sur la licéité d'une abdication pontificale.

    4 58 62 70 87 93
  5. Dante Alighieri, La Divine Comédie, Enfer, chant III, v. 59-60 : « Vidi e conobbi l'ombra di colui / che fece per viltade il gran rifiuto » — « Je vis et reconnus l'ombre de celui qui fit, par lâcheté, le grand refus ». L'identification de cette ombre avec Célestin V, traditionnelle (proposée dès 1324 par Jacopo Alighieri et Graziolo Bambaglioli), reste discutée par la critique moderne (autres candidats proposés : Ponce Pilate, Ésaü).

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  6. Benoît XVI, homélie de la visite pastorale à Sulmona (Abruzzes), place Garibaldi, 4 juillet 2010, en présence des reliques de saint Célestin V ; texte intégral sur vatican.va : https://www.vatican.va/content/benedict-xvi/fr/homilies/2010/documents/hf_ben-xvi_hom_20100704_sulmona.html (consulté le 9 juin 2026). Extraits : « La Croix constitua véritablement le centre de sa vie, elle lui donna la force pour affronter les dures pénitences […] En voyant les bras grands ouverts de son Dieu crucifié, il s'est senti conduit dans l'océan infini de l'amour de Dieu » ; « Pour écouter sa voix, il décide de se séparer du monde et de vivre en ermite […] C'est précisément dans le silence extérieur, mais surtout dans celui intérieur, qu'il réussit à percevoir la voix de Dieu. »

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  7. Boniface VIII, décrétale Quoniam aliqui (incipit Quoniam), insérée au Liber Sextus Decretalium, livre I, titre 7, chap. 1 (promulgué en 1298) ; cf. « Renonciation du pape » et la décrétale citée par les recueils canoniques. Le texte affirme la liberté de renonciation du pontife romain. Texte original (latin) : « … statuit et decrevit, Romanum Pontificem posse libere resignare » — « il a statué et décrété que le Pontife romain peut librement renoncer ». Ce principe est aujourd'hui repris au canon 332 § 2 du Code de droit canonique de 1983.

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  8. Pétrarque (Francesco Petrarca), De vita solitaria, composé pour l'essentiel pendant le carême 1346 (1346-1356) : Célestin V y est cité en exemple vertueux de vie solitaire — son refus y est défendu contre l'accusation de lâcheté (cf. Encyclopædia Britannica, « Saint Celestine V » : « In De vita solitaria (1346; The Life of Solitude), however, Petrarch praises Celestine's abdication »).

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  9. New Catholic Encyclopedia, « Celestine V, Pope, St. » ; notice biographique reprise sur Encyclopedia.com : https://www.encyclopedia.com/people/philosophy-and-religion/roman-catholic-popes-and-antipopes/celestine-v (consulté le 9 juin 2026). Pietro del Morrone, ermite et fondateur des Célestins, élu pape en 1294 contre son gré, renonçant après cinq mois ; figure de l'incompatibilité entre la sainteté érémitique et le gouvernement de l'Église ; canonisé comme confesseur en 1313.

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  10. « Pope Celestine V », Wikipedia (en), consulté le 9 juin 2026 : https://en.wikipedia.org/wiki/Pope_Celestine_V. Pietro Angelerio (Pietro da Morrone), né vers 1209-1215 à Sant'Angelo Limosano ; bénédictin à dix-sept ans à Santa Maria di Faifoli ; ermite du Morrone puis de la Maiella ; fondateur des Célestins (env. 36 monastères, 600 moines à sa mort) ; lettre d'avertissement aux cardinaux ; élu le 5 juillet 1294 par Latino Malabranca Orsini (« In the name of the Father, the Son, and the Holy Spirit, I elect brother Pietro di Morrone! »), dernière élection pontificale hors conclave ; consacré le 19 août, couronné le 29 août 1294 à Santa Maria di Collemaggio ; Perdonanza ; sous le pouvoir de Charles II ; consultation de Benedetto Caetani ; renonciation le 13 décembre 1294 ; capture après une tentative de fuite par mer ; emprisonnement à Fumone ; mort le 19 mai 1296 (env. 81 ans) ; canonisé le 5 mai 1313 à Avignon par Clément V comme confesseur ; fête le 19 mai ; pallium déposé par Benoît XVI le 28 avril 2009.

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  11. Encyclopædia Britannica, « Celestine V (pope) » : https://www.britannica.com/biography/Celestine-V (consulté le 9 juin 2026). Né vers 1215 dans le Molise/Naples ; ermite et fondateur de l'ordre des Célestins, confirmé au IIᵉ concile de Lyon (1274) ; élu le 5 juillet 1294 après vingt-sept mois de vacance, sous l'influence de Charles II d'Anjou ; couronné à L'Aquila ; renonciation le 13 décembre 1294 ; emprisonné par Boniface VIII ; mort à Fumone en 1296 ; canonisé en 1313 ; cause soutenue par Philippe IV le Bel.

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  12. « Perdonanza Celestiniana », indulgence plénière instituée par la bulle de Célestin V pour la basilique Santa Maria di Collemaggio de L'Aquila (28-29 août 1294) ; cf. Pope Celestine V, Wikipedia (en), section « Perdonanza », et la notice UNESCO sur la Celestinian Forgiveness Celebration (patrimoine culturel immatériel, 2019). Considérée comme le premier jubilé du pardon, antérieure au Jubilé romain de 1300.

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  13. Code de droit canonique (1983), can. 332 § 2 ; texte officiel sur vatican.va : https://www.vatican.va/archive/cod-iuris-canonici/fra/documents/cic_libro2_cann331-335_fr.html (consulté le 15 juin 2026). Texte exact : « S'il arrive que le Pontife Romain renonce à sa charge, il est requis pour la validité que la renonciation soit faite librement et qu'elle soit dûment manifestée, mais non pas qu'elle soit acceptée par qui que ce soit. » (latin : « Si contingat ut Romanus Pontifex muneri suo renuntiet, ad validitatem requiritur ut renuntiatio libere fiat et rite manifestetur, non vero ut a quopiam acceptetur. »). Héritier direct du principe posé par Célestin V et confirmé par la décrétale Quoniam de Boniface VIII.

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  14. Expertise anthropologique du crâne de Célestin V (2013), conduite par le Dr Luca Ventura, service de pathologie de l'hôpital San Salvatore de L'Aquila ; résultats rendus publics en mai 2013 : R. Lorenzi, « Medieval hermit pope not murdered after all », Discovery News repris par NBC News, 8 mai 2013 : https://www.nbcnews.com/news/all/medieval-hermit-pope-not-murdered-after-all-flna1c9847402 (consulté le 4 octobre 2026). La morphologie de la lésion (trou d'environ un demi-pouce) montre qu'elle a été produite sur un crâne déjà squelettisé, très probablement lors d'une des nombreuses réinhumations — « we can say beyond doubt that Celestine wasn't alive when the lesion was made ». Confirmé en publication scientifique : Ventura L., « The mysterious hole in the skull of Pope Celestin V », Forensic Science, Medicine and Pathology, 2021, 17:529-533.

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  15. Benoît XVI, Declaratio du 11 février 2013 annonçant sa renonciation au ministère pétrinien (effet le 28 février 2013) ; texte sur vatican.va : https://www.vatican.va/content/benedict-xvi/fr/speeches/2013/february/documents/hf_ben-xvi_spe_20130211_declaratio.html (consulté le 15 juin 2026). Motif invoqué : « mes forces, en raison de l'avancement de mon âge, ne sont plus aptes à exercer adéquatement le ministère pétrinien », dans un monde dont les changements rapides exigent « la vigueur du corps et de l'esprit ».

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