Pape saint Pontien (230-235)

Dix-huitième pape de l'Église catholique, saint Pontien est le premier cas explicitement daté de renonciation papale selon le Catalogue libérien (28 septembre 235), après son exil en Sardaigne avec Hippolyte.

Ignispedia

Pape saint Pontien (Pontianus) est le successeur de saint Urbain I et le prédécesseur de saint Antère. Le Saint-Siège le présente comme le 18e pape de l'Église catholique, né à Rome, avec un pontificat allant du 21 juillet 230 au 28 septembre 235.[1] Les sources antiques le placent au carrefour de quatre événements rares : la persécution de Maximin le Thrace contre les chefs des Églises, la déportation commune avec Hippolyte de Rome en Sardaigne — dans les mines selon la Catholic Encyclopedia —, la première renonciation papale explicitement datée par une source ancienne, selon la lecture historiographique commune du Catalogue libérien, et l'extinction du premier grand schisme romain, vieux de près de dix-huit années au moment de leur exil partagé.[2][3]

Pontien n'a pas laissé d'écrit connu. Son pontificat est bref et pauvre en sources narratives, mais il est l'un des mieux datés du IIIᵉ siècle romain. Le Catalogue libérien (354) donne une entrée d'une précision inhabituelle : durée du pontificat (5 ans, 2 mois, 7 jours), nom des consuls de l'année 235, exil en Sardaigne, date du discinctus est le 28 septembre 235, ordination d'Antère le 21 novembre.[4] La Catholic Encyclopedia en tire une conclusion prudente : Pontien renonce pour rendre possible l'élection d'un nouveau pape pendant son exil, et non pour fuir le martyre.[5]

Son importance spirituelle tient surtout à la réconciliation finale. Le schisme d'Hippolyte, né sous Calixte I vers 217 et prolongé sous Urbain, s'éteint dans l'exil sarde au moment où le pape légitime et le presbytre schismatique partagent la même condamnation. L'Église de Rome garde la mémoire des deux non comme adversaires, mais comme martyrs réconciliés, ensevelis le même jour — le 13 août — dans deux lieux différents de la Ville : Pontien dans la crypte papale de la catacombe de Calixte sur la Via Appia, Hippolyte sur la Via Tiburtina.[6][7]

« Pontianus ann. V m. II d. VII. […] Eo tempore Pontianus episcopus et Yppolitus presbiter exoles sunt deportati in Sardinia in insula uocina Severo et Quintiano cons. in eadem insula discinctus est IIII kal. Octobr. et loco eius ordinatus est Antheros XI kal. Dec. » — Catalogue libérien, entrée Pontianus, Chronographe de 354[8]

En quelques mots : Pontien évêque et Hippolyte presbytre sont déportés en Sardaigne sous le consulat de Severus et Quintianus (235) ; Pontien est déceint — c'est-à-dire dépouillé de sa charge épiscopale — le quatrième jour avant les calendes d'octobre (28 septembre 235) ; Antère est ordonné le onzième jour avant les calendes de décembre (21 novembre 235). (Exoles, dans la notice, est la graphie du manuscrit pour exsules, « exilés » : la transcription suit ici l'édition Mommsen reprise par Pearse.)

Pourquoi Pontien compte-t-il ?

Le premier pape dont l'abdication soit datée

Pontien est traditionnellement présenté comme le premier pape ayant renoncé à sa charge. Le point doit être formulé avec précision : il n'est pas impossible qu'une crise plus ancienne ait entraîné une vacance mal documentée, mais Pontien est le premier cas explicitement daté par une source ancienne. Le Catalogue libérien dit qu'il fut discinctus est le quatrième jour avant les calendes d'octobre, soit le 28 septembre 235.[9]

Les cinq repères chronologiques — dont le synode romain contre Origène, attribution discutée — qui rendent le pontificat de Pontien exceptionnellement lisible pour un pape du IIIe siècle. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Le terme latin n'est pas un traité de droit canonique. Il signifie littéralement qu'il fut "délié" ou "déceint". La Catholic Encyclopedia l'interprète comme une renonciation afin que Rome ne reste pas paralysée par l'exil de son évêque.[10] La logique pastorale est simple : un pape exilé en Sardaigne — aux mines selon la Catholic Encyclopedia, les sources antiques nommant seulement l'île — ne peut plus gouverner normalement l'Église de Rome ; en se retirant, Pontien rend possible l'élection d'Antère.

Le pape de la fin du schisme d'Hippolyte

Le second fait majeur est la fin du premier schisme romain durable. Hippolyte, adversaire de Calixte sur la pénitence et la doctrine trinitaire, reste en opposition sous Urbain puis sous Pontien.[11] Il n'est pas un polémiste médiocre : la Catholic Encyclopedia le décrit comme le théologien le plus important et l'écrivain religieux le plus fécond de l'Église romaine préconstantinienne.[12]

Mais le schisme ne reçoit pas le dernier mot. La déportation commune en Sardaigne rapproche Pontien et Hippolyte dans une même confession. Les sources ne donnent pas le dialogue de leur réconciliation ; elles donnent son fruit liturgique : les deux morts sont vénérés par la même Église, le même jour, comme martyrs.[13]

Le pape frappé par une persécution ciblée

Eusèbe de Césarée explique le contexte : après l'assassinat d'Alexandre Sévère et de sa mère Julia Mamaea — décrite par Eusèbe comme une femme très pieuse —, Maximin le Thrace déclenche une persécution visant nommément les chefs des Églises, qu'il tient pour responsables de l'enseignement chrétien.[14] Pontien devient l'une des premières victimes romaines de cette politique. La persécution n'est pas encore celle de Dèce (250-251), générale et administrative ; elle vise d'abord, sélectivement, les responsables ecclésiaux susceptibles de désorganiser la communauté en disparaissant.

Ce détail éclaire le choix impérial : déporter Pontien et Hippolyte, c'est frapper deux autorités chrétiennes romaines, l'une légitime, l'autre dissidente. Rome perd ainsi son pape, et le parti schismatique perd son chef. La grâce transformera cette violence politique en occasion de paix ecclésiale.

Une mémoire archéologique rare : l'épitaphe grecque de 1909

Pontien est aussi l'un des très rares papes du IIIᵉ siècle dont l'épitaphe originale a été retrouvée in situ. En 1909, des fouilles dans la crypte de sainte Cécile, contiguë à la crypte papale de la catacombe de Calixte, ont mis au jour la dalle funéraire en grec : ΠΟΝΤΙΑΝΟΣ ΕΠΙΣΚ. ΜΑΡΤΥΡ, c'est-à-dire « Pontianus, évêque, martyr ».[15][16] La Catholic Encyclopedia précise que le mot ΜΑΡΤΥΡ (martur) a été gravé postérieurement, en ligature, par une autre main : c'est donc un ajout tardif, postérieur à la gravure première de l'épitaphe.[17][18]

« ΠΟΝΤΙΑΝΟΣ ΕΠΙΣΚ. ΜΑΡΤΥΡ — Pontianus episkopos martyr. » — Épitaphe grecque du pape Pontien, catacombe de Calixte, crypte de sainte Cécile (Rome)[19]

Les sources anciennes

Tableau des témoins principaux

SourceDate approximativeCe qu'elle apportePrudence requise
Eusèbe, Histoire ecclésiastique VIdébut IVe sièclePersécution de Maximin contre les chefs des Églises ; succession Pontien-AntèreSource forte mais brève
Catalogue libérien354Chronologie précise, exil de Pontien et Hippolyte, discinctus est, ordination d'AntèreTexte ancien mais transmis avec variantes
Depositio martyrum354Mémoire commune du 13 août : Hippolyte sur la Via Tiburtina, Pontien à CallisteTrès fort pour le culte romain ancien
Liber PontificalisVIe siècle dans sa forme ancienneOrigine romaine, père Calpurnius, exil, mauvais traitements, retour du corps par FabienUtile mais tardif, dépend de traditions antérieures
Catholic Encyclopedia / Kirsch1911Synthèse critique sur abdication, sépulture, épitaphe, martyreSource secondaire catholique, à croiser
Vatican / Vatican NewscontemporainListe officielle et mémoire liturgique actuelleSynthèse officielle, pas source antique

Ce dossier est plus solide qu'il n'y paraît. Pour les gestes intérieurs de Pontien, nous savons peu. Pour les faits publics — dates, exil, renonciation, succession, mémoire funéraire — les témoins romains du IVe siècle sont exceptionnellement précis.

Eusèbe : la persécution contre les chefs des Églises

Eusèbe ne raconte pas l'exil de Pontien en détail, mais il donne la clé politique. Maximin succède à Alexandre Sévère et, par haine de la maison d'Alexandre où se trouvaient plusieurs croyants, ordonne une persécution visant seulement les responsables des Églises.[20]

« Il commença une persécution, commandant que seuls les chefs des Églises fussent mis à mort, comme responsables de l'enseignement évangélique. » — Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, VI, 28[21]

Eusèbe ajoute ensuite que Pontien, après six ans comme évêque de Rome, eut Antère pour successeur.[22] Les six ans d'Eusèbe sont un arrondi : le Catalogue libérien, plus précis, donne 5 ans, 2 mois et 7 jours.[23] Il ne parle pas ici d'abdication, mais sa chronologie arrondie reste compatible avec la vacance provoquée par la déportation et avec l'élection rapide d'un successeur.

Le Catalogue libérien : la notice décisive

Le Catalogue libérien est la pièce maîtresse. Il donne à Pontien 5 ans, 2 mois et 7 jours de pontificat, le place sous Alexandre Sévère, puis rapporte la déportation de Pontien évêque et d'Hippolyte presbytre en Sardaigne sous le consulat de Severus et Quintianus, en 235.[24]

Le discinctus est du 28 septembre 235

La phrase la plus discutée est le discinctus est du 28 septembre. Le verbe latin signifie littéralement « il fut déceint » : on lui ôte le cingulum, la ceinture symbolique de la charge. Certaines traductions modernes rendent ce passage par « il mourut » ; la tradition historiographique catholique — suivie par Kirsch et Duchesne — y voit plutôt l'abdication formelle de Pontien, suivie de l'ordination de son successeur sept semaines plus tard.[25][26]

Deux indices internes appuient cette lecture. D'abord, le Catalogue distingue clairement deux dates : le discinctus est du 28 septembre et l'ordination d'Antère du 21 novembre. Si Pontien était mort le 28 septembre, le scribe aurait normalement employé le verbe technique passus est ou defunctus est, comme dans les autres notices. Ensuite, la vacance de presque deux mois entre le 28 septembre et le 21 novembre s'explique mal sans une nouvelle libre, transmise depuis la Sardaigne, sur l'impossibilité durable pour Pontien d'exercer sa charge — ce qui suppose qu'il vivait encore au moment où le clergé romain prit la décision d'élire Antère.

Le discinctus est n'est donc pas un mot pieux pour adoucir un assassinat : c'est, selon toute vraisemblance, l'enregistrement d'un acte canonique original, le plus ancien renoncement papal documenté dans la mémoire romaine elle-même.

La Depositio martyrum : le 13 août

La Depositio martyrum, également conservée dans le Chronographe de 354, place au 13 août la mémoire d'Hippolyte "in Tiburtina" et de Pontien "in Callisti".[27] La formule est courte, mais précieuse : elle atteste que la communauté romaine honore déjà les deux ensemble au IVe siècle.

Cette donnée liturgique est peut-être plus éloquente qu'un récit développé. Le calendrier ne conserve pas la querelle ; il conserve la communion finale. Hippolyte n'est pas célébré comme rival de Calixte, Urbain et Pontien, mais comme martyr réconcilié.

Le Liber Pontificalis : une mémoire plus narrative

Le Liber Pontificalis appelle Pontien Romain, fils de Calpurnius, et lui attribue une durée de pontificat transmise avec variantes : 5 ans, 2 mois et 22 jours ou 9 ans, 5 mois et 2 jours selon les colonnes de la traduction Loomis.[28] Cette discordance montre qu'il faut traiter la notice avec prudence.

Le même texte raconte que Pontien et Hippolyte furent transportés en exil en Sardaigne, dans une île dont le nom est probablement corrompu, qu'il y fut maltraité et battu, puis que le pape Fabien rapporta son corps à Rome et l'ensevelit au cimetière de Calixte sur la Via Appia.[29] Les détails dramatiques viennent d'actes de martyrs aujourd'hui perdus ; leur noyau s'accorde cependant avec le Catalogue libérien et la mémoire funéraire.

Le contexte romain : après Urbain, avant la rupture impériale

Une Église sortie d'une paix fragile

Pontien commence son pontificat sous Alexandre Sévère, à la suite d'Urbain I. Les chrétiens ont connu une paix relative : pas de persécution systématique, croissance des catacombes, développement de l'organisation romaine. Mais cette paix reste juridiquement précaire. Le christianisme n'est pas une religion reconnue comme licite par un édit général ; il dépend de la tolérance du moment.

La chute d'Alexandre en 235 révèle cette fragilité. Un changement d'empereur suffit à faire basculer les chefs des Églises dans la déportation. Pontien est donc le pape d'une transition : il reçoit la paix d'Urbain et subit la violence de Maximin.

La succession Urbain-Pontien-Antère

La chaîne des évêques de Rome reste continue : Calixte, Urbain, Pontien, Antère, Fabien. Eusèbe signale la succession d'Urbain par Pontien, puis celle de Pontien par Antère.[30][31] La liste officielle du Saint-Siège retient les mêmes repères : Urbain jusqu'en 230, Pontien du 21 juillet 230 au 28 septembre 235, Antère du 21 novembre 235 au 3 janvier 236.[32]

Cette continuité n'est pas seulement administrative. Elle signifie que la crise d'Hippolyte n'a pas rompu la mémoire romaine de la succession. Même en présence d'un théologien schismatique influent, l'Église reconnaît Pontien comme le pasteur légitime.

Le synode romain contre Origène (vers 231-232)

La Catholic Encyclopedia rattache à Pontien un autre dossier, moins connu mais théologiquement décisif : après la double condamnation d'Origène à Alexandrie par son évêque Démétrius — en 231 ou 232, à propos d'une ordination presbytérale jugée illicite et de quelques positions doctrinales contestées —, un synode tenu à Rome aurait confirmé les décisions alexandrines, selon la lecture que Kirsch fait d'un passage de saint Jérôme, repris ensuite par Rufin d'Aquilée.[33][34]

Kirsch, suivant Hefele, estime que ce synode se réunit « sans doute » sous Pontien : la chronologie cadre, puisque Démétrius prend ses sanctions vers 231-232 et que Pontien gouverne Rome depuis le 21 juillet 230. Les actes du synode romain ne sont pas conservés ; et le dossier doit être pesé pour ce qu'il est : un témoignage unique et indirect — Rufin (Apologie contre Jérôme, II, 20) ne fait que citer mot à mot la lettre de Jérôme —, indépendant d'Eusèbe mais sans second témoin. Le degré reste conjectural : un synode romain « sans doute » sous Pontien, non un fait établi. L'édition Schaff elle-même prévient qu'« il est plus que douteux qu'un tel synode se soit jamais réuni » et que Jérôme a peut-être seulement voulu dire que les grands de Rome s'accordaient dans cette condamnation.[35]

« Condamné par son évêque Démétrius — seuls les évêques de Palestine, d'Arabie, de Phénicie et d'Achaïe s'y opposent —, [Origène] voit Rome l'impériale consentir à sa condamnation et réunir même contre lui un sénat pour le censurer : non [...] à cause de la nouveauté ou de l'hétérodoxie de ses doctrines, mais parce qu'on ne supportait pas son incomparable éloquence et sa science, qui, dès qu'il ouvrait les lèvres, rendaient les autres muets. » — Saint Jérôme, Lettre à Paula sur les œuvres d'Origène, § 4, vers 384 (traduction d'après le texte anglais Schaff, NPNF II/6 ; le passage entre crochets omet une invective contre les accusateurs d'Origène)[36]

Cette information éclaire le pontificat de Pontien d'un jour théologique précieux. Pontien ne s'enferme pas dans la seule administration romaine : sa Rome dialogue avec Alexandrie, reçoit des actes synodaux, prononce un jugement, et engage la communion universelle de l'Église sur le cas d'un maître aussi brillant que contesté. Origène lui-même n'est pas excommunié sans appel — il continuera d'enseigner à Césarée de Palestine, soutenu par les évêques orientaux — mais Rome n'accepte pas son irrégularité disciplinaire et marque ses réserves doctrinales.

Pour l'histoire de la papauté, le détail importe : dès le IIIᵉ siècle, l'évêque de Rome aurait, selon Kirsch, homologué par son adhésion les décisions d'une autre Église majeure — attribution discutée, les actes n'étant pas conservés —, et son adhésion aurait fait basculer la balance ecclésiale. C'est l'une des premières attestations explicites d'un acte juridictionnel romain hors du diocèse de Rome.

Hippolyte et la blessure romaine

Un adversaire né sous Calixte

Pour comprendre Pontien, il faut revenir à Calixte. Hippolyte reproche à Calixte sa discipline pénitentielle, son gouvernement, et certaines formulations théologiques face au modalisme. Il refuse de reconnaître la ligne romaine et devient chef d'un groupe séparé.[37]

Le schisme d'Hippolyte traverse les pontificats de Calixte, Urbain et Pontien, puis s'éteint dans l'exil et la mémoire commune des martyrs. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Sous Urbain, le schisme continue. Sous Pontien, il arrive à son terme. La durée de la crise est donc considérable : elle traverse trois pontificats. Ce n'est pas une brouille locale de quelques semaines, mais une rupture ecclésiale durable.

Un schismatique qui reste un grand théologien

L'Église ne résout pas la question d'Hippolyte en effaçant sa grandeur. Il a écrit des commentaires bibliques, des traités dogmatiques et une réfutation des hérésies ; ses œuvres font de lui un témoin majeur de la théologie romaine ancienne.[38] Sa chute schismatique ne rend pas ses écrits inutiles, mais son érudition ne justifie pas sa rupture.

Cette nuance est essentielle pour un article catholique. La vérité ne se réduit pas au camp le plus savant, ni à la plume la plus brillante. La communion avec l'Église compte. Hippolyte retrouve précisément cette communion avant la fin.

La réconciliation dans l'exil

La Catholic Encyclopedia formule le fait avec prudence : peu avant ou peu après la renonciation de Pontien, Hippolyte se réconcilie avec l'Église romaine ; avec cette réconciliation, le schisme prend fin.[39] La notice sur Hippolyte ajoute que la vénération commune des deux martyrs est une preuve certaine qu'Hippolyte fit la paix avec l'Église avant sa mort.[40]

« Tous deux furent également vénérés comme martyrs par l'Église romaine : preuve certaine qu'Hippolyte avait fait sa paix avec cette Église avant sa mort. » — Johann Peter Kirsch, Catholic Encyclopedia, notice Hippolyte[41]

La déportation en Sardaigne

Pourquoi la Sardaigne ?

Les sources parlent unanimement de l'île malsaine de Sardaigne, réputée pour ses fièvres paludéennes et la dureté de ses condamnations. Le Catalogue libérien nomme l'île Vocina, le Liber Pontificalis l'île Bucina — nom probablement corrompu, sans correspondant connu près de la Sardaigne, comme le note Louise Ropes Loomis.[42][43] L'hypothèse d'un travail forcé dans les mines sardes — la Catholic Encyclopedia évoque les mines de Sardaigne — reste une lecture probable mais non prouvée : les sources antiques nomment seulement l'île, sans préciser le lieu exact de la peine.[44]

La Catholic Encyclopedia parle des mines de Sardaigne et des privations et traitements inhumains qui y ont abrégé la vie de Pontien.[45] Pour un évêque romain déjà mûr à son élection — cinq ans de pontificat avant l'exil —, un tel régime équivalait, de fait, à une condamnation à mort lente, sans la publicité d'une exécution publique qui aurait pu galvaniser les fidèles.

Le sens politique de la peine

La peine est doublement efficace contre les chrétiens. Elle arrache les chefs à leurs communautés, les place sous surveillance impériale loin de Rome, et les expose au travail forcé. Elle évite en même temps la création immédiate de martyrs spectaculaires, dont la mémoire publique aurait pu galvaniser les fidèles. Maximin frappe précisément cet équilibre : il ne sacralise pas Pontien sur la place publique, il le fait simplement disparaître dans une île.

Mais le calcul échoue. La mémoire chrétienne romaine fait précisément l'inverse : elle redonnera à Pontien et à Hippolyte leur dignité publique en ramenant leurs corps à Rome quelques années plus tard, sous le pape Fabien (236-250), et en les inscrivant ensemble dans la Depositio martyrum.[46]

Le sens pastoral de la renonciation

La renonciation de Pontien n'est pas une fuite. Elle est l'acte réaliste d'un pasteur empêché. En restant juridiquement pape depuis la Sardaigne, il aurait laissé Rome sans gouvernement effectif. En se retirant, il accepte de ne pas faire dépendre l'Église de sa personne.

Cette distinction demeure actuelle. L'autorité pontificale est très haute, mais elle est donnée pour servir l'Église, non pour l'immobiliser. Pontien est un témoin ancien de cette liberté : le pasteur peut renoncer à exercer la charge quand il ne peut plus l'accomplir.

Antère et la vacance romaine

Le Catalogue libérien indique qu'Antère est ordonné le 21 novembre 235.[47] Le Liber Pontificalis parle d'une vacance de dix jours, mais les durées transmises par ces notices sont parfois instables.[48] Le repère principal reste clair : l'Église de Rome ne reste pas sans successeur durable.

Antère ne régnera qu'un peu plus d'un mois. Mais son élection suffit à montrer que le geste de Pontien a fonctionné : malgré l'exil, la succession apostolique romaine continue.

Mort, translation et sépulture

Mort en exil après mauvais traitements

De Rome à la Sardaigne : la route de l'exil de Pontien et d'Hippolyte, puis la translation romaine qui inscrit leur mémoire dans les catacombes. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Les circonstances exactes de la mort de Pontien ne sont pas connues. Le Liber Pontificalis affirme qu'il fut maltraité, battu avec des bâtons et mourut le 30 octobre.[49] La Catholic Encyclopedia, plus prudente, dit que d'anciens actes de martyrs aujourd'hui perdus, utilisés par le Liber Pontificalis, le faisaient mourir des privations et traitements inhumains supportés en exil.[50]

Les deux dates ne se contredisent pas : le 28 septembre 235 est, dans le Catalogue libérien, la date du discinctus — la renonciation selon la lecture historiographique commune —, tandis que le 30 octobre est la date de mort transmise par le Liber Pontificalis, tradition plus tardive adossée à des Actes aujourd'hui perdus. Pontien aurait donc renoncé le 28 septembre, puis serait mort en exil (un 30 octobre selon cette tradition).

La formulation sûre est donc la suivante : Pontien meurt en martyr ou confesseur-martyr à cause de la déportation et des mauvais traitements subis pour sa charge ecclésiale. L'Église romaine le vénère très tôt comme martyr.

Fabien rapporte les corps à Rome

Selon le Liber Pontificalis, le pape Fabien rapporte le corps de Pontien à Rome par bateau et l'ensevelit dans le cimetière de Calixte sur la Via Appia.[51] La Catholic Encyclopedia ajoute que les restes de Pontien et d'Hippolyte furent ramenés plus tard à Rome, Pontien étant enterré le 13 août dans la crypte papale de la catacombe de Calixte.[52]

Le retour des corps a une forte valeur ecclésiale. Rome ne laisse pas ses martyrs en exil. Elle les ramène dans sa mémoire, les place dans ses lieux saints et inscrit leur communion retrouvée dans son calendrier.

L'épitaphe : Pontianus, évêque, martyr

En 1909, l'épitaphe originale de Pontien est retrouvée près de la crypte papale, dans la crypte de sainte Cécile. Elle porte en grec : PONTIANOS EPISK. MARTUR, c'est-à-dire "Pontien, évêque, martyr". La Catholic Encyclopedia précise que le mot martur fut ajouté plus tard et écrit en ligature.[53]

Fac-similé aquarellé de l'épitaphe grecque de Pontien, avec le titre d'évêque et l'ajout ancien du mot martyr. Illustration originale Ignispedia créée par IA.

Ce détail est précieux. L'inscription ne donne pas une biographie, mais elle fixe trois titres : nom, charge, témoignage. Pontien n'est pas seulement un administrateur qui a renoncé ; il est l'évêque de Rome qui a confessé la foi jusqu'à la mort.

Le culte de Pontien et d'Hippolyte dans l'Église

Du 19 novembre au 13 août : la réforme de 1969

Le calendrier liturgique catholique n'a pas toujours fêté Pontien à la date que reçoit aujourd'hui la mémoire commune avec Hippolyte. Avant la réforme de 1969, le pape Pontien était inscrit au 19 novembre dans le calendrier romain — date dont l'origine exacte n'est établie par aucune source conservée : l'hypothèse d'un lien avec la translation de son corps depuis la Sardaigne, ou avec une dédicace tardive de sa sépulture romaine, reste conjecturale —, tandis que saint Hippolyte recevait sa propre mémoire le 13 août, jour de son inhumation antique sur la Via Tiburtina.[54][55]

La révision du calendrier romain promulguée par le Calendarium Romanum de 1969, dans la foulée de la constitution Sacrosanctum Concilium, rapproche les deux figures à la date du 13 août : c'est la date attestée par le Chronographe de 354 pour la mémoire conjointe de Pontien et d'Hippolyte.[56][57] Le geste liturgique restaure ainsi la mémoire la plus ancienne, antérieure aux découpages médiévaux du calendrier latin.

C'est aussi un geste théologique. Fêter Pontien et Hippolyte le même jour, et non en deux dates distantes, c'est affirmer que l'Église ne sépare pas ce que la persécution a réuni. Le calendrier postconciliaire suit ici très littéralement le calendrier romain primitif.

« Idus Aug. Ypoliti in Tiburtina et Pontiani in Callisti. » — Depositio martyrum, Chronographe de 354[58]

La mémoire dans le Martyrologe romain

Le Martyrologe romain révisé de 2001-2004 reprend cette mémoire commune au 13 août. Il célèbre « saint Pontien, pape, et saint Hippolyte, prêtre, martyrs » : deux noms, un seul jour, une seule action de grâce. La notice évoque la déportation en Sardaigne et la double sépulture romaine.[59]

La forme retenue — Pontien et Hippolyte ensemble — reste exceptionnelle. Le Martyrologe associe rarement deux saints en titre, sauf liens de famille (Cyrille et Méthode, frères ; Joachim et Anne, époux). Pour Pontien et Hippolyte, le lien n'est ni de sang ni de mission commune : c'est le lien plus rare d'une réconciliation dans la confession partagée.

La crypte papale identifiée et dégagée en 1854

Le complexe de la catacombe de Calixte, où Pontien fut enseveli, est fouillé scientifiquement au XIXᵉ siècle par l'archéologue Giovanni Battista de Rossi. La crypte papale, qui abrite les sépultures de plusieurs évêques romains du IIIᵉ siècle (Pontien, Antère, Fabien, Lucius I, Étienne I, Sixte II, Denys, Félix I, Eutychien), est identifiée formellement en 1854.[60]

L'épitaphe grecque de Pontien, retrouvée en 1909 dans la crypte attenante de sainte Cécile, complète ce dossier archéologique. Elle est l'une des rares épitaphes papales du IIIᵉ siècle conservées in situ — la crypte a livré celles d'Antère, de Fabien, de Lucius et d'autres évêques romains, identifiées par de Rossi —, remarquable comme inscription grecque portant l'ajout ancien du mot MARTUR. À ce titre, elle est devenue un repère matériel décisif pour la datation des autres tombes papales du même complexe.

Héritage spirituel

Renoncer pour que l'Église vive

Le geste le plus moderne de Pontien est peut-être le plus ancien : il renonce. Dans l'imaginaire contemporain, la renonciation pontificale évoque surtout Célestin V (1294), Grégoire XII (1415, qui met fin au Grand Schisme d'Occident) ou Benoît XVI (28 février 2013). Pontien montre que la question n'est pas une invention médiévale ou moderne : elle apparaît dès le IIIᵉ siècle, dans un contexte de persécution, sans même que la légalité canonique de l'acte soit théoriquement problématisée. L'Église de Rome reconnaît simplement qu'un pape empêché peut, en conscience, libérer la charge.

Ce geste n'abaisse pas la papauté ; il l'élève comme service. La grandeur d'un pape n'est pas de garder un titre à tout prix, mais de discerner ce qui permet à l'Église de continuer sa mission. C'est précisément ce que fera Benoît XVI dans sa Declaratio du 11 février 2013 : après avoir examiné sa conscience devant Dieu, il se reconnaît incapable de bien administrer le ministère confié et renonce en pleine liberté.[61]

« C'est pourquoi, bien conscient de la gravité de cet acte, en pleine liberté, je déclare renoncer au ministère d'Évêque de Rome, Successeur de saint Pierre […] » — Benoît XVI, Declaratio, consistoire ordinaire public, 11 février 2013[62]

Pour la théologie de la papauté, Pontien offre donc le premier précédent historique daté d'une distinction qui deviendra plus tard centrale : entre la charge et la personne, entre la mission et le titulaire, entre l'office et le service.

Une victoire de communion plus forte que la polémique

Pontien et Hippolyte résument une grande loi spirituelle : la vérité catholique ne nie pas les conflits, mais elle cherche une fin plus haute que le conflit. Hippolyte avait blessé Rome pendant près de dix-huit années ; Rome ne l'efface pas. Elle le reçoit réconcilié, martyr, enseveli sur la Via Tiburtina tandis que Pontien repose à Calliste.[63]

La mémoire du 13 août n'est donc pas seulement une date hagiographique. C'est une petite théologie de l'Église : le pape légitime et l'ancien schismatique ne sont pas réunis par compromis doctrinal, mais par la confession commune sous la persécution. Le schisme ne se résout pas par habileté politique ; il se résout dans l'épreuve partagée.

« Tous deux furent également vénérés comme martyrs par l'Église romaine : preuve certaine qu'Hippolyte avait fait sa paix avec cette Église avant sa mort. » — Johann Peter Kirsch, Catholic Encyclopedia, notice « St. Hippolytus of Rome »[64]

Le pasteur qui traverse l'humiliation

Pontien perd sa liberté, sa ville, son gouvernement effectif, puis sa vie. Humainement, son pontificat finit dans l'échec : aucun écrit conservé, aucune fondation visible, aucun décret retentissant. Spirituellement, il laisse une Église pacifiée : un successeur élu, un schisme refermé, un martyr reconnu, et un précédent canonique inestimable.

La leçon est austère. Certaines victoires ecclésiales ne prennent pas la forme d'un décret éclatant, mais d'une humiliation offerte. Pontien ne triomphe pas en imposant sa force ; il sert en disparaissant. Dans la galerie des évêques de Rome des trois premiers siècles, il occupe une place modeste — mais c'est précisément la modestie d'un pasteur qui a préféré l'Église à sa propre charge.

« Ce n'est pas vous qui m'avez choisi, c'est moi qui vous ai choisis et établis, afin que vous alliez, que vous portiez du fruit, et que votre fruit demeure. » (Jn 15, 16)

Le fruit de Pontien n'est pas dans ce qu'il a édifié, mais dans ce qu'il a transmis intact : la chaîne des évêques de Rome — Urbain, Pontien, Antère, Fabien — n'a pas été brisée par l'exil. Dans la liste officielle du Saint-Siège, il reste à sa place : le dix-huitième pape, le premier qui ait su, par humilité, ouvrir la voie au dix-neuvième.[65]

Pour aller plus loin

  • Pape saint Urbain I — prédécesseur immédiat de Pontien, pape de continuité pendant la paix d'Alexandre Sévère.
  • Pape saint Calixte I — origine du conflit avec Hippolyte autour de la pénitence et de la discipline romaine.
  • Saint Hippolyte de Rome — théologien romain, adversaire de Calixte, réconcilié avant sa mort.
  • Les catacombes de Rome — contexte archéologique de la crypte papale de Calixte.
  • La renonciation du pape — dossier doctrinal et historique sur les abdications pontificales.

Notes et références

  1. Saint-Siège, fiche officielle Pontianus : 18e pape de l'Église catholique, début du pontificat 21.VII.230, fin 28.IX.235, naissance à Rome. URL : https://www.vatican.va/content/vatican/en/holy-father/ponziano.html.

    1
  2. Catalogue libérien des évêques de Rome (Chronographe de 354), entrée Pontianus, édition Mommsen, Chronica Minora I, MGH, Berlin, 1892, p. 74-75 ; transcription et traduction Roger Pearse : Pontien, 5 ans 2 mois 7 jours, déportation de Pontien et Hippolyte en Sardaigne sous Severus et Quintianus, discinctus est le 28 septembre 235, ordination d'Antère le 21 novembre 235. URL : https://www.tertullian.org/fathers/chronography_of_354_13_bishops_of_rome.htm.

    2 4 8 9 23 24 25 42 47
  3. Johann Peter Kirsch, « Pope St. Pontian », The Catholic Encyclopedia, vol. 12, Robert Appleton Company, New York, 1911 ; Nihil Obstat 1er juin 1911, Imprimatur cardinal Farley. Texte New Advent : https://www.newadvent.org/cathen/12229b.htm.

    3 5 10 15 17 19 26 33 39 44 45 50 52 53 54
  4. Johann Peter Kirsch, « St. Hippolytus of Rome », The Catholic Encyclopedia, vol. 7, Robert Appleton Company, New York, 1910 ; transcription New Advent : https://www.newadvent.org/cathen/07360c.htm. Notice sur Hippolyte, son opposition à Calixte, Urbain et Pontien, sa déportation avec Pontien, sa réconciliation et sa vénération comme martyr.

    6 11 12 37 38 40 41 64
  5. Depositio martyrum du Chronographe de 354, 13 août : « idus Aug. Ypoliti in Tiburtina et Pontiani in Callisti ». Édition Mommsen, Chronica Minora I, MGH, Berlin, 1892, p. 71-72 ; transcription Roger Pearse : https://www.tertullian.org/fathers/chronography_of_354_12_depositions_martyrs.htm.

    7 13 27 46 57 58 63
  6. Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, VI, 28, 1, trad. Arthur Cushman McGiffert, NPNF II/1, 1890 ; texte New Advent : Maximin commence une persécution visant les chefs des Églises.

    14 20 21
  7. Joseph Wilpert, Die Papstgräber und die Cäciliengruft in der Katakombe des hl. Kalixtus, Herder, Fribourg-en-Brisgau, 1909 — référence reprise de Kirsch (Catholic Encyclopedia, « Pope St. Pontian »), qui renvoie aux p. 1 sq. et 17 sq., planche III : publication de l'épitaphe grecque ΠΟΝΤΙΑΝΟΣ ΕΠΙΣΚ. ΜΑΡΤΥΡ découverte en 1909 dans la crypte de sainte Cécile, près de la crypte papale. Ouvrage non consulté au primaire : seul le témoignage de Kirsch est ici invoqué. Le détail paléographique (ΜΑΡΤΥΡ ajouté postérieurement, en ligature) est attesté par Kirsch lui-même : « The word mártur was added later and is written in ligature ».

    16 18
  8. Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, VI, 29, 1, trad. Arthur Cushman McGiffert, NPNF II/1, 1890 ; texte New Advent : Pontien, évêque de Rome pendant six ans, eut Antère pour successeur.

    22 31
  9. Liber Pontificalis, notice « Pontianus », trad. Louise Ropes Loomis, The Book of the Popes (Liber Pontificalis), Columbia University Press, New York, 1916, p. 22-23 : origine romaine, père Calpurnius, exil avec Hippolyte en Sardaigne, mauvais traitements, mort, retour du corps par Fabien et sépulture au cimetière de Calixte. PDF Wikimedia Commons : https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/2/23/The_book_of_the_popes_%28Liber_pontificalis%29_I-_%28IA_cu31924006163897%29.pdf (notice XIX, p. 22-23 — contrôle primaire du PDF effectué : fils de Calpurnius, durées 5 ans 2 mois 22 jours / 9 ans 5 mois 2 jours selon les deux colonnes, île de Bucina (« No island of this name is known near Sardinia », note de Loomis), battu avec des bâtons (« beaten with clubs »), mort le 30 octobre, retour par bateau sous Fabien, vacance de 10 jours).

    28 29 43 48 49 51
  10. Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, VI, 23, 3, trad. Arthur Cushman McGiffert, in Nicene and Post-Nicene Fathers, série II, vol. 1, Christian Literature Publishing, 1890 ; texte New Advent : Urbain eut Pontien pour successeur.

    30
  11. Saint-Siège, liste officielle des souverains pontifes, entrées Urbain I, Pontianus, Anterus : Urbain I 222-230, Pontianus 21.VII.230-28.IX.235, Antère 21.XI.235-3.I.236. URL : https://www.vatican.va/content/vatican/en/holy-father.html.

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  12. Saint Jérôme, lettre à Paula sur les œuvres d'Origène, § 4 (vers 384) : Origène « condamné par son évêque Démétrius », seuls dissidents les évêques de Palestine, d'Arabie, de Phénicie et d'Achaïe ; Rome (« urbs Roma ») consent à la condamnation et réunit contre lui un « sénat » — passage que Kirsch, suivant Hefele (Konziliengeschichte, 2e éd., I, p. 106 sq.), interprète comme un synode romain tenu « sans doute » sous Pontien. Numérotation : lettre n° 33 (xxxiii) de l'édition Schaff (NPNF II/6, trad. Fremantle) — c'est cette même lettre à Paula que Kirsch cite comme « Epist. XXXII, iv » d'après l'ancienne numérotation, et que l'apparat Schaff renvoie comme « Letter xxxiii ». Édition critique latine : I. Hilberg (éd.), CSEL 54, Vienne, 1910. Passage repris mot à mot par Rufin d'Aquilée, Apologie contre Jérôme, II, 20 (trad. anglaise NPNF II/3) : témoignage unique, indirect, sans second témoin. L'édition Schaff date le départ définitif d'Origène d'Alexandrie de 231 et le synode de Démétrius de 231 ou 232 (n. 755), et juge « plus que douteux » qu'un synode romain se soit jamais réuni (n. 756).

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  13. Calendarium Romanum ex decreto Sacrosancti Oecumenici Concilii Vaticani II instauratum auctoritate Pauli PP. VI promulgatum, Typis Polyglottis Vaticanis, Cité du Vatican, 1969 : le calendrier réformé fixe au 13 août la mémoire commune de saint Pontien et saint Hippolyte — mémoire facultative au calendrier romain général —, restaurant la date du Chronographe de 354 ; cf. Martyrologium Romanum, editio typica altera, Typis Vaticanis, Cité du Vatican, 2004, au 13 août (« Sanctorum Pontiani papae et Hippolyti presbyteri, martyrum » ; teneur contrôlée dans la traduction anglaise de l'édition 2004).

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  14. Martyrologium Romanum, editio typica altera, Typis Vaticanis, Cité du Vatican, 2004 ; entrée du 13 août : « Sanctorum Pontiani papae et Hippolyti presbyteri, martyrum » — mémoire conjointe des deux martyrs, avec mention de la déportation en Sardaigne et de la double sépulture romaine (catacombe de Calixte pour Pontien, Via Tiburtina pour Hippolyte). Teneur contrôlée en session dans la traduction anglaise de l'édition 2004 (G. K. Mondello, Boston Catholic Journal) : « holy martyrs Pontian, pope, and Hippolytus, priest, who were together deported to Sardinia [...] transferred to the City ». La mémoire est inscrite au rang de mémoire facultative dans le calendrier romain général issu de la réforme de 1969.

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  15. Giovanni Battista de Rossi, La Roma sotterranea cristiana descritta ed illustrata, 3 vol., Cromolitografia Pontificia, Rome, 1864-1877 — t. II contrôlé au primaire (texte numérisé, archive.org) : dossier Ponziano annoncé p. 75-80 (mort, depositio, translation de Sardaigne au sépulcre papal), p. 33 (la crypte comme « sepolcreto solenne dei romani pontefici nel secolo terzo », épitaphes d'Antère, Fabien, Lucius et Eutychien retrouvées dans la crypte), dégagement de 1854 (« sterrata nel 1854 », fouilles dès novembre 1854). Voir aussi la synthèse moderne de Vincenzo Fiocchi Nicolai, Fabrizio Bisconti, Danilo Mazzoleni, Les catacombes chrétiennes de Rome, Schnell und Steiner, Ratisbonne, 2000.

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  16. Benoît XVI, Declaratio prononcée en consistoire ordinaire public le 11 février 2013 (renonciation effective le 28 février 2013 à 20 h) : « Bene conscius ponderis huius actus plena libertate declaro me ministerio Episcopi Romae, Successoris Sancti Petri […] renuntiare — c'est pourquoi, bien conscient de la gravité de cet acte, en pleine liberté, je déclare renoncer au ministère d'Évêque de Rome, Successeur de saint Pierre ». Texte intégral latin et traductions sur vatican.va : https://www.vatican.va/content/benedict-xvi/fr/speeches/2013/february/documents/hf_ben-xvi_spe_20130211_declaratio.html. Avant Benoît XVI, la dernière renonciation papale acceptée avait été celle de Grégoire XII (1415, fin du Grand Schisme d'Occident) ; avant lui, Célestin V (1294) ; et, comme premier précédent historique daté avec précision par une source ancienne, Pontien (235).

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