Pape saint Calixte I — souvent écrit Calliste, Callistus ou Callixtus dans les sources — est le successeur de saint Zéphyrin et le prédécesseur de saint Urbain I dans la liste des évêques de Rome. Le Saint-Siège le présente comme le 16e pape de l'Église catholique, avec un pontificat de 218 à 222.[1]
Sa vie est l'une des plus étonnantes de l'Antiquité chrétienne. Calixte apparaît d'abord dans une source violemment hostile, la Réfutation de toutes les hérésies attribuée à Hippolyte de Rome : ancien esclave de Carpophore, responsable malheureux d'une banque, condamné au moulin puis aux mines de Sardaigne, libéré grâce à l'intervention de Marcia sous Commode, rappelé par Zéphyrin et chargé du grand cimetière chrétien de la Via Appia.[2]
Le même homme devient ensuite pape, condamne Sabellius, ouvre plus largement la pénitence ecclésiale aux pécheurs repentants, et provoque le schisme d'Hippolyte, qui juge cette politique trop miséricordieuse et doctrinalement dangereuse.[3][4] La tradition catholique retiendra pourtant Calixte comme pape et martyr : sa mémoire du 14 octobre est déjà attestée dans la Depositio martyrum du IVe siècle, avec sa sépulture sur la Via Aurelia.[5]
« Le Pontifex Maximus — c'est-à-dire l'évêque des évêques — publie un édit : "Je remets, à ceux qui ont accompli la pénitence, les péchés d'adultère et de fornication." » — Tertullien, De pudicitia, I (traduction d'après l'anglais de S. Thelwall), sarcasme contre l'édit pénitentiel attribué à Calixte[6]
Pourquoi Calixte compte-t-il ?
Le pape de la miséricorde contestée
La première importance de Calixte est disciplinaire et spirituelle. Au début du IIIe siècle, l'Église affronte une question brûlante : que faire des baptisés qui ont commis des péchés graves — adultère, fornication, parfois apostasie ou fautes publiques — puis demandent sincèrement la réconciliation ? Les rigoristes veulent maintenir une exclusion durable, voire définitive, au nom de la sainteté de l'Église. Calixte défend une ligne plus pastorale : la pénitence authentique peut rouvrir la communion.[7][8]
Cette décision n'est pas un laxisme moderne plaqué sur l'Antiquité. Elle prolonge l'Évangile du fils prodigue, les paroles du Christ sur les clefs confiées à Pierre, et la pratique ancienne d'une pénitence ecclésiale dure mais réelle. La nouveauté est que Calixte assume, comme évêque de Rome, une politique de réconciliation que Tertullien et Hippolyte trouvent scandaleuse.
Le pape de la catacombe officielle de Rome
La deuxième importance de Calixte est matérielle et ecclésiale. Avant son élection, Zéphyrin lui confie l'administration du cimetière chrétien de la Via Appia. Les Catacombes de Saint-Calixte le présentent aujourd'hui comme le diacre que le pape Zéphyrin plaça à la tête de ce cimetière, devenu ensuite le cimetière officiel de l'Église de Rome.[9][10]
Ce fait est capital. Il montre une Église romaine assez organisée pour posséder un espace funéraire commun, y accueillir pauvres et riches, martyrs et évêques, et gérer une mémoire chrétienne durable. Le nom de Calixte reste attaché non à un palais, mais à un lieu de sépulture, de martyrs et d'espérance de la résurrection.
Le pape qui révèle les tensions de l'Église primitive
Calixte oblige à sortir d'une image trop lisse des premiers siècles. L'Église de Rome, vers 220, n'est pas une communauté abstraite et unanimement paisible : elle a des écoles théologiques rivales, des presbytres brillants et difficiles, des pénitents publics, des confesseurs revenus des mines, des débats sur le mariage, la pénitence et la Trinité.
Le schisme d'Hippolyte naît dans ce contexte. L'adversaire de Calixte n'est pas un médiocre : Hippolyte est un théologien considérable, auteur de commentaires bibliques et témoin précieux de la liturgie romaine. Mais son refus de la politique pénitentielle et doctrinale du pape le conduit à une rupture dont l'Église ne gardera pas le dernier mot : Hippolyte mourra finalement réconcilié avec Rome, déporté en Sardaigne avec le pape Pontien en 235.[11][12]
Les sources anciennes
Tableau des témoins principaux
| Source | Date approximative | Ce qu'elle apporte | Degré de solidité |
|---|---|---|---|
| Hippolyte, Refutatio omnium haeresium IX | vers 222-235 | Biographie hostile de Calixte, conflit théologique, accusations disciplinaires | Très fort pour les faits, polémique pour les jugements |
| Tertullien, De pudicitia | vers 213-223 | Sarcasme contre un édit pénitentiel d'un "évêque des évêques" | Fort, attribution à Calixte probable mais discutée |
| Eusèbe, Histoire ecclésiastique VI | début IVe siècle | Succession Zéphyrin-Calixte-Urbain ; cinq ans d'épiscopat | Fort mais bref |
| Depositio martyrum du Chronographe de 354 | 354 | Mémoire du 14 octobre et sépulture sur la Via Aurelia | Très fort pour le culte romain ancien |
| Liber Pontificalis | VIe siècle dans sa forme ancienne | Origine, durée, actes disciplinaires, sépulture, martyr | Utile mais tardif |
| Catholic Encyclopedia / Chapman | 1908 | Synthèse critique des sources, défense catholique de Calixte contre Hippolyte | Secondaire solide |
| Sites officiels des catacombes | contemporain | Localisation, rôle de Calixte comme administrateur, mémoire archéologique | Solide pour le lieu et sa réception |
Cette documentation est paradoxale : elle est plus abondante que pour beaucoup de papes antérieurs, mais elle vient surtout de ses adversaires. La méthode consiste donc à ne pas blanchir naïvement Calixte, mais à distinguer le fait historique du venin polémique.
Hippolyte : témoin capital, adversaire déclaré
Hippolyte est la source principale sur la jeunesse de Calixte. Il rapporte que Calixte était esclave d'un chrétien nommé Carpophore, homme de la maison de César ; que Carpophore lui confia de l'argent ; que Calixte ouvrit une sorte de banque où des frères et des veuves déposèrent leurs biens ; que tout fut perdu ; qu'il s'enfuit vers Portus, tenta de se jeter à la mer, puis fut ramené et condamné au moulin.[13]
Le récit continue : après une libération obtenue par des chrétiens qui espéraient récupérer leur argent, Calixte provoqua un tumulte dans une synagogue ; les Juifs le traduisirent devant le préfet Fuscianus ; il fut envoyé aux mines de Sardaigne. Plus tard, Marcia, proche de l'empereur Commode et favorable aux chrétiens, demanda au pape Victor la liste des confesseurs détenus en Sardaigne. Calixte, dont le nom n'était pas sur la liste, obtint cependant d'être libéré.[14]
« Calliste, tombant aux pieds [du messager], le pria avec larmes de le libérer aussi. » — Hippolyte de Rome, Refutatio, IX, 12 (traduction d'après l'anglais de J. H. MacMahon), récit de la libération des mines de Sardaigne[15]
Le ton d'Hippolyte est hostile, mais l'ensemble du récit n'a rien d'une légende dorée. Il contient des détails sociaux précis : esclavage, argent des veuves, Portus, moulin pénal, synagogue, préfet, mines de Sardaigne, intervention de Marcia, pension à Antium. Un panégyrique chrétien aurait inventé une enfance noble ; un adversaire nous transmet au contraire un itinéraire humiliant, que la tradition catholique n'a pas effacé.
Tertullien : l'édit pénitentiel et le cri rigoriste
Tertullien, devenu montaniste, attaque dans De pudicitia un évêque qui annonce la rémission ecclésiale des fautes d'adultère et de fornication après pénitence accomplie. Il ne nomme pas Calixte. Mais la tradition critique rapproche fortement ce texte du pontificat de Calixte, précisément parce que les accusations d'Hippolyte portent sur la même politique de réconciliation.[16][17]
Le passage est précieux pour deux raisons. D'abord, il montre que la décision n'était pas vague : il s'agissait d'un édit, donc d'une position ecclésiale publique. Ensuite, le sarcasme même de Tertullien — "Pontifex Maximus", "évêque des évêques" — suppose une prétention d'autorité assez forte pour le scandaliser.
« D'où usurpes-tu ce droit pour l'Église ? Si c'est parce que le Seigneur a dit à Pierre : "Sur cette pierre je bâtirai mon Église"... » — Tertullien, De pudicitia, XXI (traduction d'après l'anglais de S. Thelwall), contestant l'application romaine du pouvoir des clefs[18]
Le texte est hostile à la papauté romaine, mais il témoigne malgré lui d'un point décisif : au début du IIIe siècle, on peut déjà discuter d'un pouvoir de réconciliation rattaché à Pierre, aux clefs et à l'autorité épiscopale.
Eusèbe et la succession
Eusèbe est beaucoup plus sobre. Après la mort de Zéphyrin, il indique que Calixte reçoit l'épiscopat ; puis, après cinq ans, Urbain lui succède.[19][20] Il n'entre pas dans les accusations d'Hippolyte. Cette sobriété est importante : un siècle plus tard, l'historien ecclésiastique ne traite pas Calixte comme un pape hérétique ou illégitime, mais comme un maillon normal de la succession romaine.
Depositio martyrum et Liber Pontificalis
La Depositio martyrum du Chronographe de 354 donne au 14 octobre la mémoire de Calixte sur la Via Aurelia, au troisième mille.[21] C'est une donnée très forte : Calixte est le plus ancien pape, après Pierre, explicitement inscrit dans ce calendrier romain des martyrs selon la synthèse critique de la Catholic Encyclopedia.[22]
Le Liber Pontificalis développe ensuite la notice : Calixte aurait siégé cinq ans, un mois et douze jours, sous Macrin et Héliogabale (Élagabale — le manuscrit porte la leçon corrompue « Theodoliobullus ») ; il aurait établi un jeûne trois fois l'an, construit une basilique au-delà du Tibre, subi le martyre, et été enseveli au cimetière de Calépode sur la Via Aurelia.[23] Comme toujours pour les premiers papes, ces détails tardifs doivent être hiérarchisés. La sépulture et la mémoire liturgique sont solides ; les actes juridiques précis demandent prudence.
De l'esclavage à la charge romaine
Un itinéraire impossible à inventer comme éloge
Le plus frappant, dans la vie de Calixte, est que son ascension ne part pas d'une réputation intacte. Même si l'on filtre Hippolyte, il reste un noyau dur : Calixte a connu la dépendance servile, l'échec financier, la condamnation pénale et les mines. Dans une société romaine obsédée par l'honneur, ce passé aurait dû le disqualifier.
L'Église de Rome agit autrement. Victor, après sa libération, lui accorde une pension et l'envoie à Antium.[24] Zéphyrin le rappelle ensuite, lui confie un cimetière ecclésial, puis le garde comme conseiller. Cette trajectoire dit quelque chose de profondément chrétien : le passé d'un homme, même lourd, ne ferme pas nécessairement son avenir s'il y a conversion, endurance et service.
Les mines de Sardaigne et les confesseurs
Les mines de Sardaigne sont un lieu de peine sévère. Dans l'Antiquité, la condamnation ad metalla arrache le condamné à sa communauté, l'expose au travail forcé et peut équivaloir à une lente mise à mort. Que Calixte en soit revenu marque sa biographie d'une expérience de souffrance proche de celle des confesseurs.[25]
Hippolyte, hostile, refuse de présenter Calixte comme un vrai martyr vivant. Pourtant, l'épisode explique peut-être pourquoi Calixte comprendra plus tard la logique de la seconde chance. Celui qui a été relevé d'un gouffre social et pénal peut difficilement réduire toute faute grave à une exclusion sans retour.
Antium, puis Rome
Après sa libération, Victor ne lui confie pas immédiatement une charge romaine. Il l'établit à Antium avec une pension mensuelle.[26] La prudence est nette : Calixte n'est pas replacé trop vite au centre. Mais Zéphyrin, devenu pape, le rappelle et lui confie le cimetière. La confiance donnée par deux papes successifs constitue un contrepoids historique sérieux à la seule hostilité d'Hippolyte.
La catacombe de Calixte
Le premier grand cimetière officiel de l'Église de Rome
Les Catacombes de Saint-Calixte, sur la Via Appia, comptent parmi les plus importantes de Rome. Leur site officiel explique qu'elles prennent leur nom du diacre Calixte, que Zéphyrin chargea au début du IIIe siècle d'administrer le cimetière ; elles devinrent ainsi le cimetière officiel de l'Église de Rome.[27]
La Commission pontificale d'archéologie sacrée reprend la formule de Giovanni Battista de Rossi : les catacombes de Calixte sont "les catacombes par excellence", "le premier cimetière officiel de la communauté de Rome" et "le glorieux sépulcre des papes du IIIe siècle".[28]
Pauvres, martyrs et évêques dans un même espace
La portée spirituelle de ce cimetière est immense. Dans l'Empire romain, la sépulture est un marqueur social : les riches disposent de tombeaux familiaux, les pauvres risquent l'oubli. En organisant un cimetière ecclésial commun, l'Église affirme dans la pierre que les baptisés appartiennent à une même espérance.
Calixte n'est donc pas seulement un administrateur. Son nom reste attaché à une pratique de communion : enterrer chrétiennement, garder la mémoire des martyrs, permettre aux fidèles de venir prier auprès des tombeaux, inscrire l'espérance de la résurrection dans un lieu durable.
Pourquoi Calixte n'y est-il pas enterré ?
Paradoxe célèbre : la catacombe porte son nom, mais Calixte n'y fut pas enterré. La Depositio martyrum et la tradition romaine situent sa sépulture sur la Via Aurelia, au cimetière de Calépode.[29][30] La Catholic Encyclopedia explique que les circonstances de sa mort, probablement dans un trouble populaire à Trastevere, rendirent peut-être impossible son transport vers la Via Appia.[31]
Ce détail renforce plutôt qu'il n'affaiblit la tradition. Une légende tardive aurait naturellement placé le fondateur dans sa propre catacombe. La mémoire romaine conserve au contraire une donnée moins symétrique, donc plus vraisemblable : Calixte donne son nom au cimetière qu'il administra, mais repose ailleurs.
Le pontificat (218-222)
Élection après Zéphyrin
Après la mort de Zéphyrin, Calixte est élu évêque de Rome. Hippolyte présente cette élection comme une usurpation par ambition ; Eusèbe et les listes romaines la reçoivent simplement comme succession légitime.[32][33]
La tension est ici décisive. Si l'on ne lit qu'Hippolyte, Calixte semble chef de faction. Si l'on lit l'ensemble de la tradition, il est le pape reconnu par Rome, tandis qu'Hippolyte devient l'opposant schismatique. L'Église ne canonisera pas le ressentiment d'Hippolyte contre Calixte ; elle vénérera les deux hommes, mais après la réconciliation d'Hippolyte avec l'Église romaine.
Condamnation de Sabellius
Le dossier doctrinal principal touche le modalisme. Sabellius, présent à Rome dans ce climat, défend une manière de parler de Dieu où le Père, le Fils et l'Esprit risquent d'être réduits à de simples modes d'une seule Personne divine. Hippolyte accuse Calixte d'avoir favorisé la confusion, mais il reconnaît aussi que Calixte finit par excommunier Sabellius.[34][35]
Ce point est capital pour juger Calixte. Son adversaire lui reproche de ne pas parler comme lui ; l'histoire doctrinale retient surtout qu'il ne laisse pas Sabellius dans la communion. Calixte n'est pas Nicée avant Nicée : il ne dispose pas encore du vocabulaire conciliaire du IVe siècle. Mais il refuse la solution modaliste.
Une formule trinitaire encore pré-conciliaire
Hippolyte attribue à Calixte une position qu'il juge nouvelle : le Père et le Fils ne seraient pas deux dieux, mais une seule réalité divine ; le Verbe serait le Fils en tant qu'il assume la chair.[36] Le langage est imparfait et exposé aux malentendus. Mais il faut éviter l'anachronisme : avant Nicée (325) et Constantinople (381), l'Église n'a pas encore stabilisé les termes techniques de "substance", "hypostase" et "personne" dans leur usage dogmatique.
La ligne catholique consiste à dire deux choses ensemble : Hippolyte avait raison de défendre la distinction réelle du Père et du Fils contre le modalisme ; Calixte avait raison de refuser un langage qui ferait entendre deux dieux. La doctrine trinitaire mûrira précisément en tenant ces deux exigences.
La pénitence des pécheurs graves
Le cœur de la controverse
La controverse pénitentielle est le dossier le plus spirituellement actuel de Calixte. Les rigoristes voulaient une Église de purs, où certains péchés graves après le baptême excluaient durablement de la communion visible. Calixte répond par une Église de saints en devenir, où le péché grave est condamné, mais où la pénitence réelle peut être accueillie.
Tertullien, déjà passé au montanisme, explose contre cette mesure. Son texte montre à quel point l'enjeu touche l'identité même de l'Église : est-elle seulement l'assemblée des irréprochables, ou le lieu où le Christ ressuscité remet debout ceux qui pleurent leurs fautes ?
« Ce ne sont pas les gens bien portants qui ont besoin du médecin, mais les malades. Je ne suis pas venu appeler des justes, mais des pécheurs. » — Évangile selon saint Marc, 2, 17[37]
Calixte et le pouvoir des clefs
La Catholic Encyclopedia voit dans la décision de Calixte une application du pouvoir de lier et délier confié à Pierre et transmis dans l'Église.[38] Tertullien conteste précisément ce point : il ne nie pas que Pierre ait reçu les clefs, mais refuse que cette autorité soit ainsi exercée pour réconcilier les adultères repentants.[39]
Le débat anticipe toute l'histoire de la pénitence catholique. L'Église ne dira jamais que l'adultère est léger. Elle dira que le péché grave peut être pardonné par Dieu, et que l'Église, par les clefs, peut réconcilier celui qui fait pénitence. Calixte appartient à cette maturation.
Une miséricorde coûteuse
Il serait faux de présenter Calixte comme l'homme d'un pardon facile. La pénitence antique est publique, humiliante, longue, souvent unique. L'édit évoqué par Tertullien vise ceux qui ont "accompli les exigences de la pénitence", non ceux qui demandent une absolution sans conversion.[40]
La vraie opposition n'est donc pas entre "morale stricte" et "laxisme". Elle est entre deux conceptions de la sainteté ecclésiale. Pour le rigorisme, la sainteté de l'Église est protégée par l'exclusion. Pour Calixte, elle est manifestée aussi par la puissance du Christ qui guérit les membres blessés sans appeler le mal un bien.
| Question | Ligne rigoriste d'Hippolyte/Tertullien | Ligne pastorale de Calixte |
|---|---|---|
| Péché grave après baptême | Rupture quasi irréparable de la communion visible | Faute réelle, mais réconciliation possible après pénitence |
| Image de l'Église | Assemblée des purs à protéger | Corps saint qui soigne ses membres blessés |
| Autorité des clefs | Usage très limité après les fautes majeures | Pouvoir réel de délier au service du repentir |
| Risque principal | Profaner la sainteté par indulgence | Désespérer le pécheur par dureté excessive |
| Postérité catholique | Rigueur partiellement dépassée | Principe repris par la pénitence sacramentelle |
Mariage, clercs et accusateurs
Les accusations d'Hippolyte
Hippolyte accuse aussi Calixte d'avoir relâché la discipline sur les mariages : il lui reproche d'admettre des unions que les rigoristes jugeaient invalides ou scandaleuses, notamment dans le cas de personnes de rangs sociaux différents.[41] La Catholic Encyclopedia relie ce dossier au contexte du droit romain : certaines unions civiles étaient empêchées par les statuts sociaux, alors que l'Église pouvait reconnaître la réalité morale d'un mariage chrétien.[42]
Il faut rester prudent. La source est polémique, et les catégories juridiques romaines sont complexes. Mais le fond est cohérent avec la ligne de Calixte : ne pas laisser le droit social païen décider seul de la possibilité chrétienne d'une vie pénitente et régulière.
La question des évêques remariés
Hippolyte reproche encore à Calixte d'avoir admis à l'épiscopat des hommes mariés plus d'une fois ou ayant contracté mariage après le baptême.[43] Tertullien, dans d'autres traités, attaque également les secondes noces avec la dureté montaniste qui lui est propre.[44]
Là encore, les détails sont difficiles. La discipline du clergé n'est pas encore formulée comme elle le sera plus tard. L'article doit donc éviter de projeter le droit canon médiéval sur 220. Ce que montre le conflit, c'est que Calixte gouverne une Église où la pastorale concrète, les statuts sociaux et l'idéal ascétique entrent en tension.
Schisme d'Hippolyte
Une rupture romaine autour de doctrine et discipline
Hippolyte rompt avec Calixte et devient la figure d'une opposition romaine qui sera plus tard considérée comme le premier antipape. La rupture porte à la fois sur la doctrine trinitaire, la pénitence, la discipline matrimoniale et l'autorité du pape.[45]
Il faut noter la gravité du fait : le premier schisme romain connu ne naît pas d'un pape laxiste face à des mondains, mais d'un conflit entre deux manières de défendre la sainteté de l'Église. Hippolyte défend une précision doctrinale et une discipline sévère ; Calixte défend l'unité pastorale, la condamnation des hérésies extrêmes et la réconciliation des pénitents.
La réconciliation finale d'Hippolyte
La mémoire catholique ne transforme pas Hippolyte en simple méchant. Il est vénéré comme saint et martyr. Mais il ne l'est pas en tant que schismatique contre Calixte. Le Catalogue libérien signale qu'en 235, sous Maximin, le pape Pontien et Hippolyte furent déportés en Sardaigne ; la tradition y voit le contexte de leur réconciliation avant la mort.[46][47]
Cette fin est théologiquement belle. Le pape de la miséricorde contestée et son grand adversaire rigoriste ne sont pas réconciliés de leur vivant ; mais l'Église finira par honorer Calixte, puis Hippolyte réconcilié. La sainteté catholique passe par la vérité, mais aussi par la guérison des ruptures.
Mort, culte et mémoire
Un martyr dans une période de paix relative
Calixte meurt vers 222, sous Alexandre Sévère ou dans la transition de son règne. La période n'est pas celle d'une persécution générale comparable à Dèce ou Valérien. La Catholic Encyclopedia souligne justement que son martyre est pourtant appuyé par son inscription ancienne dans la Depositio martyrum, malgré l'absence d'actes fiables.[48]
La tradition tardive racontera qu'il fut jeté dans un puits à Trastevere. Cette scène est possible comme mémoire locale, mais les "Actes" de Calixte sont considérés comme spurious par la critique.[49] La formulation sûre est donc : Calixte est vénéré très anciennement comme martyr ; les circonstances précises de sa mort ne sont pas établies par une source contemporaine.
Le 14 octobre et la Via Aurelia
La donnée la plus solide est liturgique : le 14 octobre, la Depositio martyrum place Calixte sur la Via Aurelia, au troisième mille.[50] Le site de l'État de la Cité du Vatican rappelle aujourd'hui cette mémoire : Calixte mourut probablement lors d'un soulèvement populaire près du Trastevere et fut enterré au cimetière de Calépode, parce qu'il était impossible ou dangereux de le transporter jusqu'à la Via Appia.[51]
Ce point relie les deux lieux de sa vie : la Via Appia, qu'il organisa pour les autres ; la Via Aurelia, où l'Église l'ensevelit lui-même.
Une basilique au-delà du Tibre
La tradition attribue à Calixte la construction ou l'aménagement d'un lieu de culte au-delà du Tibre, dans le secteur qui deviendra associé à Sainte-Marie-du-Trastevere et à San Callisto.[52][53] Le récit de l'Histoire Auguste sur un conflit entre chrétiens et taverniers, tranché par Alexandre Sévère en faveur du culte divin plutôt que d'une taverne, est souvent rapproché de cette tradition.[54]
Il faut parler prudemment : l'identification exacte du bâtiment est discutée. Mais la mémoire est cohérente avec un fait plus large : sous Calixte, la communauté chrétienne de Rome devient assez visible pour avoir des lieux, des cimetières et des conflits d'usage dans l'espace urbain.
Objections et réponses
« Peut-on faire confiance à une vie racontée par un ennemi ? »
Oui, mais en filtrant. Hippolyte n'est pas un témoin neutre : il déteste Calixte et veut discréditer son élection. Ses jugements moraux doivent donc être reçus avec prudence. En revanche, ses détails concrets sont précieux, surtout lorsqu'ils s'articulent avec d'autres sources : Victor, Zéphyrin, les mines de Sardaigne, la charge du cimetière, Sabellius, la controverse pénitentielle.[55][56]
Le bon usage d'Hippolyte est donc simple : croire moins ses adjectifs, examiner sérieusement ses faits.
« Calixte était-il laxiste ? »
Non, si l'on entend par là un pape qui banalise le péché. Il admet la réconciliation après pénitence ; il ne nie pas la gravité de l'adultère ou de la fornication. La pénitence antique n'est pas une formalité. Ce que Calixte refuse, c'est de transformer certaines chutes en exclusion ecclésiale sans retour.
La postérité catholique donnera raison à ce principe. Le sacrement de pénitence, tel qu'il se développera, n'est pas l'abandon de la sainteté : il est la forme sacramentelle de la miséricorde du Christ envers les baptisés tombés et repentants.
« Calixte a-t-il été hérétique sur la Trinité ? »
La réponse doit être nuancée. Son langage, tel que rapporté par Hippolyte, n'est pas celui de Nicée. Mais Calixte a excommunié Sabellius, ce qui interdit de le ranger simplement parmi les modalistes.[57][58]
Il faut plutôt voir en lui un pape de transition doctrinale : il combat les excès opposés avec les mots disponibles avant la stabilisation du vocabulaire conciliaire. Hippolyte pousse la distinction du Logos ; Calixte veille à ne pas faire entendre deux dieux. La foi catholique future intégrera les deux exigences.
« Pourquoi l'Église canonise-t-elle Calixte et Hippolyte ? »
Parce que la sainteté n'est pas la photographie d'une polémique à un instant donné. Calixte est vénéré comme pape martyr et pasteur de miséricorde. Hippolyte est vénéré comme théologien et martyr réconcilié. L'Église ne dit pas que leurs accusations réciproques étaient toutes justes ; elle dit que la grâce a travaillé l'histoire jusqu'à la confession finale.
Mémoire spirituelle
La miséricorde n'est pas la faiblesse
Calixte laisse une leçon brûlante : la miséricorde chrétienne n'est pas une concession au péché, mais une confiance dans la puissance du Christ à relever le pécheur. Le rigorisme paraît parfois plus saint parce qu'il protège les frontières. Mais l'Évangile montre un Seigneur qui protège la sainteté en allant chercher les blessés.
« Il y aura plus de joie dans le ciel pour un seul pécheur qui se convertit que pour quatre-vingt-dix-neuf justes qui n'ont pas besoin de conversion. » — Évangile selon saint Luc, 15, 7[59]
La politique pénitentielle de Calixte doit être lue dans cette lumière : l'Église ne devient pas sainte en désespérant ceux qui reviennent ; elle devient sainte en les ramenant à la vie, au prix d'une pénitence vraie.
Dieu relève ce que l'histoire méprise
L'ancien esclave, le condamné, l'homme des mines, devient évêque de Rome. Cette trajectoire n'est pas un accident pittoresque. Elle manifeste une logique chrétienne : Dieu choisit parfois des vies humiliées pour gouverner son Église, afin que personne ne confonde l'honneur social avec la grâce.
« Ce qu'il y a de faible dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi pour couvrir de confusion ce qui est fort. » — Saint Paul, 1 Corinthiens 1, 27[60]
Calixte n'est pas canonisé parce que son passé serait irréprochable. Il est vénéré parce que ce passé, traversé par la pénitence, le service et le martyre, devient un signe de la puissance de Dieu.
Garder ensemble vérité et retour
Le pontificat de Calixte tient en deux gestes : condamner Sabellius et réconcilier les pénitents. Autrement dit : ne pas sacrifier la vérité doctrinale, ne pas fermer la porte au repentir. Cette double fidélité est profondément catholique.
Une Église qui ne condamne plus l'erreur cesse d'aimer la vérité. Une Église qui ne réconcilie plus les pécheurs cesse d'imiter le Christ. Calixte rappelle qu'il faut tenir les deux, même quand les rigoristes crient au scandale et que les adversaires travestissent la miséricorde en faiblesse.
Pour aller plus loin
- Pape saint Zéphyrin — prédécesseur de Calixte, qui le rappelle à Rome et lui confie le cimetière de la Via Appia.
- Pape saint Victor I — pape qui intervient dans la libération des confesseurs de Sardaigne.
- Pape saint Urbain I — successeur immédiat de Calixte.
- Saint Hippolyte de Rome — adversaire de Calixte, puis martyr réconcilié.
- Les catacombes chrétiennes de Rome — contexte archéologique et spirituel du cimetière de Calixte.
- Monarchianisme et modalisme — crise trinitaire du début du IIIe siècle.
- Le sacrement de pénitence — développement doctrinal et pastoral de la réconciliation des pécheurs.
Notes et références
Saint-Siège, fiche officielle « Callistus I » : 16e pape de l'Église catholique, début du pontificat 218, fin 222. Page officielle : https://www.vatican.va/content/vatican/en/holy-father/callisto-i.html.
1Hippolyte de Rome, Refutatio omnium haeresium (Philosophumena), IX, 12, vers 222-235 : récit hostile de la vie de Calixte, de son esclavage chez Carpophore, de la banque perdue, du moulin, des mines de Sardaigne, de la libération par Marcia, de la pension à Antium, du rappel par Zéphyrin, de l'administration du cimetière et des accusations doctrinales et disciplinaires. Traduction anglaise du Rev. J. H. MacMahon dans Ante-Nicene Fathers, vol. 5 (1886), publiée sur New Advent : https://www.newadvent.org/fathers/050109.htm. La citation française de l'article est traduite d'après cet anglais : « Callistus himself, dropping on his knees, and weeping, entreated that he likewise might obtain a release » (Hyacinthe, l'eunuque de Marcia, étant le messager).
2 3 13 14 15 24 25 26 32 34 36 41 43 55 57Tertullien, De pudicitia (On Modesty), I, vers 213-223 : attaque contre l'édit pénitentiel d'un évêque appelé sarcastiquement Pontifex Maximus et episcopus episcoporum, remettant adultère et fornication à ceux qui ont accompli la pénitence. Traduction anglaise du Rev. S. Thelwall dans Ante-Nicene Fathers, vol. 4 (1885), publiée sur New Advent : https://www.newadvent.org/fathers/0407.htm ; dossier Tertullian.org : https://www.tertullian.org/works/de_pudicitia.htm. Latin : « Ego et moechiae et fornicationis delicta paenitentia functis dimitto » ; anglais de Thelwall : « I remit, to such as have discharged (the requirements of) repentance, the sins both of adultery and of fornication » ; le français de l'article est traduit d'après cet anglais.
4 6 7 16 40Chronographe de 354, Depositio martyrum, 14 octobre : « prid. idus oct., Callisti in via Aurelia, miliario III » — mémoire de Calixte sur la Via Aurelia au troisième mille. Édition de référence : Theodor Mommsen, Chronica Minora I, MGH, Berlin, 1892, p. 71-72. Synthèse Treccani : https://www.treccani.it/enciclopedia/santo-callisto-i_%28Enciclopedia-dei-Papi%29/.
5 21 29 50John Chapman, « Pope Callistus I », The Catholic Encyclopedia, vol. 3, New York, Robert Appleton Company, 1908 ; transcription New Advent : https://www.newadvent.org/cathen/03183d.htm. Notice critique sur la chronologie, le martyre, Hippolyte, Tertullien, la pénitence, le mariage, la sépulture au cimetière de Calépode et les sources modernes.
8 17 22 31 38 42 44 48 49 52 56Istituto Salesiano San Callisto, « Le Catacombe di San Callisto » : le cimetière prend son nom du diacre saint Calixte, préposé par le pape Zéphyrin à son administration au début du IIIe siècle ; il devient le cimetière officiel de l'Église de Rome. Site officiel : https://www.catacombesancallisto.it/it/san-callisto.php.
9 27Commission pontificale d'archéologie sacrée, « Catacomb of St. Calixtus » : "the first official cemetery of the Community of Rome", confié à Callixtus par Zéphyrin, lieu de sépulture de nombreux pontifes et martyrs. Page officielle : https://www.catacombeditalia.va/content/archeologiasacra/en/catacombs/by-provinces/rome/catacomb-of-st-calixtus.html.
10 28John Chapman, « St. Hippolytus of Rome », The Catholic Encyclopedia, vol. 7, New York, Robert Appleton Company, 1910 ; transcription New Advent : https://www.newadvent.org/cathen/07360c.htm. Notice sur Hippolyte presbytre romain, schisme sous Calixte, déportation en Sardaigne avec Pontien et martyre.
11 45 47Catalogue libérien des évêques de Rome (Chronographe de 354), entrée Pontianus : déportation simultanée de Pontien et Hippolyte en Sardaigne en 235 sous le consulat de Sévère et Quintien. Édition : Theodor Mommsen, Chronica Minora I, MGH, Berlin, 1892, p. 74-75.
12 46Tertullien, De pudicitia, XXI : contestation de l'application ecclésiale du pouvoir des clefs et de la rémission par l'Église. Traduction anglaise du Rev. S. Thelwall dans Ante-Nicene Fathers, vol. 4 (1885), publiée sur New Advent : https://www.newadvent.org/fathers/0407.htm. Latin : « unde hoc ius ecclesiae usurpes. Si quia dixerit Petro Dominus : Super hanc petram aedificabo ecclesiam meam » ; anglais de Thelwall : « from what source you usurp this right to the Church. If, because the Lord has said to Peter, Upon this rock will I build My Church » ; le français de l'article est traduit d'après cet anglais.
18 39Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, VI, 21, 1 : Zéphyrin tient l'épiscopat dix-huit ans, meurt, et Calixte reçoit l'épiscopat. Texte New Advent : https://www.newadvent.org/fathers/250106.htm.
19 33Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, VI, 23 : après cinq ans d'épiscopat de Calixte, Urbain reçoit la succession de l'Église de Rome. Texte New Advent : https://www.newadvent.org/fathers/250106.htm.
20Liber Pontificalis, notice « Callistus », dans The Book of the Popes (Liber Pontificalis), trad. Louise Ropes Loomis, New York, Columbia University Press, 1916, p. 20-21 : « He was bishop in the time of Macrinus and Theodoliobullus, from the consulship of Antoninus (A.D. 218) and of Alexander (A.D. 222) », avec la note de Loomis : « A corrupt form for Heliogabalus » — d'où la lecture historique Macrin et Héliogabale (Élagabale) retenue dans l'article. Durée selon les manuscrits : 5 ans 1 mois 12 jours (variante : 6 ans 2 mois 10 jours) ; jeûne du samedi trois fois l'an (blé, vin et huile, cf. Za 8, 19) ; basilique construite au-delà du Tibre ; martyre ; sépulture au cimetière de Calépode sur la Via Aurelia. PDF Wikimedia Commons : https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/2/23/The_book_of_the_popes_%28Liber_pontificalis%29_I-_%28IA_cu31924006163897%29.pdf.
23 30 53Joseph Wilhelm, « Sabellius and Sabellianism », The Catholic Encyclopedia, vol. 13, New York, Robert Appleton Company, 1912 ; transcription New Advent : https://www.newadvent.org/cathen/13289a.htm. Notice sur Sabellius, son activité à Rome sous Zéphyrin et Calixte, et son excommunication par Calixte.
35 58Évangile selon saint Marc, 2, 17, traduction liturgique française AELF : Jésus déclare qu'il n'est pas venu appeler les justes, mais les pécheurs. Texte : https://www.aelf.org/bible/Mc/2.
37État de la Cité du Vatican, « October 14: Saint Callistus I, Pope and Martyr » : mort en 222, probablement pendant un soulèvement populaire près du Trastevere ; sépulture au cimetière de Calépode sur la Via Aurelia. Page officielle : https://www.vaticanstate.va/en/state-and-government/general-informations/saint-of-the-day/2827-october-14-saint-callistus-i-pope-and-martyr.html.
51Histoire Auguste, Vita Alexandri Severi, XLIX, 6 : décision d'Alexandre Sévère préférant qu'un lieu serve au culte de Dieu plutôt qu'à des taverniers ; passage souvent rapproché de la tradition callistienne du Trastevere. Édition : David Magie (trad.), Scriptores Historiae Augustae, vol. 2, Loeb Classical Library 140, Harvard University Press, 1924.
54Évangile selon saint Luc, 15, 7, traduction liturgique française AELF : joie pour un pécheur qui se convertit. Texte : https://www.aelf.org/bible/Lc/15.
59Saint Paul, Première lettre aux Corinthiens, 1, 27, traduction liturgique française AELF : Dieu choisit ce qui est faible pour confondre ce qui est fort. Texte : https://www.aelf.org/bible/1Co/1.
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