Pape saint Zéphyrin (vers 198/199 — 20 décembre 217)

Quinzième pape de l'Église catholique, saint Zéphyrin fait face aux grandes crises christologiques du début du IIIᵉ siècle, confie les catacombes à Calixte et reçoit Origène à Rome.

Ignispedia

Pape saint Zéphyrin est le successeur de saint Victor I et le prédécesseur de saint Calixte I dans la liste des évêques de Rome au tournant du IIIᵉ siècle. Le Saint-Siège le présente comme le 15ᵉ pape de l'Église catholique, originaire de Rome, avec un pontificat situé selon les chronologies anciennes entre 198/199 et le 20 décembre 217 (218 selon certains calculs).[1][2]

Son pontificat est presque entièrement occupé par les deux grandes crises christologiques qui agitent l'Église romaine au début du IIIᵉ siècle : le monarchianisme dynamique des Théodotiens, qui réduisent Jésus-Christ à un homme adopté par Dieu, et le monarchianisme modaliste de Cléomène et Sabellius, qui finit logiquement par faire souffrir le Père lui-même sur la Croix. C'est dans ce climat brûlant que Zéphyrin confie à son diacre Calixte l'administration du grand cimetière commun de la Via Appia — la future catacombe de Calixte — et reçoit à Rome la visite du jeune Origène, désireux de voir « la très ancienne Église de Rome ».[3][4]

Le pontificat de Zéphyrin est inséparable de la figure de Hippolyte de Rome, presbytre érudit, théologien du Logos, qui dans sa Réfutation de toutes les hérésies dresse de Zéphyrin un portrait sévère : « homme sans éducation et indignement corrompu », accusé de céder à Calixte et de laisser parler les modalistes.[5] Cette source unique en son genre, conservée par hasard, exige d'être lue avec prudence : Hippolyte est en conflit ouvert avec le pape qu'il décrit, il deviendra anti-pape sous Calixte, et il n'écrit qu'après la mort de Zéphyrin. La critique historique moderne a appris à filtrer son témoignage sans le rejeter.[6]

« Origène, désirant voir la très ancienne Église de Rome, se rendit à Rome pendant un court séjour sous l'épiscopat de Zéphyrin, puis revint à Alexandrie. » — Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, VI, 14, 10[7]

Pourquoi Zéphyrin compte-t-il ?

Le pape de la grande crise christologique

La première importance de Zéphyrin tient à son époque. Au tournant du IIIᵉ siècle, la foi catholique de l'Église primitive se cherche un langage précis pour confesser à la fois l'unité absolue de Dieu et la distinction réelle du Père, du Fils et de l'Esprit Saint, conformément à la révélation du Nouveau Testament. Deux familles de monarchianisme prétendent résoudre la difficulté en supprimant la distinction réelle entre les Personnes divines : les uns en faisant du Christ un simple homme adopté par Dieu (Théodotiens), les autres en faisant du Père, du Fils et de l'Esprit trois modes successifs d'une seule Personne divine (Cléomène, Sabellius).[8][9]

Zéphyrin n'est pas, comme on l'a parfois caricaturé, un pape qui aurait toléré indifféremment ces doctrines. Sous son pontificat, la communauté théodotienne demeure excommuniée et tente sans succès de se donner un évêque (Natalis) ; le pape reçoit publiquement le repentir de Natalis et le réintègre dans l'Église. Quant au modalisme, c'est sous l'épiscopat de Calixte, son successeur immédiat et son conseiller, que Sabellius sera explicitement excommunié.[10][11] Le pontificat de Zéphyrin se situe donc au moment décisif où Rome identifie clairement ces deux erreurs comme contraires à la foi reçue, avant de les condamner formellement.

Le pape qui a confié les catacombes à Calixte

La deuxième importance de Zéphyrin tient à son administration. Dès son accession au siège romain, il appelle à Rome le confesseur Calixte, qui résidait à Antium au bord de la mer Tyrrhénienne avec une pension mensuelle versée par le pape Victor, et lui confie la supervision du cimetière commun acquis par la communauté chrétienne sur la Via Appia. Ce cimetière deviendra rapidement la catacombe de Calixte, l'un des plus vastes complexes funéraires chrétiens de l'Antiquité et la nécropole des papes du IIIᵉ siècle.[12][13]

Cette décision est plus qu'un détail administratif. Elle prouve qu'à Rome, vers 200, la communauté chrétienne dispose désormais d'un espace funéraire collectif, distinct des nécropoles familiales privées ; qu'elle possède une structure cléricale assez solide pour confier ce domaine à un diacre identifié ; et qu'elle prépare ainsi la vénération organisée des tombes des martyrs et des évêques. Calixte, devenu pape à son tour, ensevelira Zéphyrin dans son propre cimetière, auprès de cette nécropole qu'il avait lui-même reçue mission d'administrer — in cymiterio suo iuxta cymiterium Calisti selon la notice ancienne, dont l'emplacement exact n'a pas été identifié avec certitude par l'archéologie (voir ci-dessous).[14][15]

Le pape jugé par Hippolyte, lu par Eusèbe

La troisième importance de Zéphyrin tient au statut de ses sources. Aucun pape antérieur n'a laissé derrière lui une description aussi détaillée — et aussi hostile — que celle d'Hippolyte. La Réfutation de toutes les hérésies (vers 222-235), longtemps perdue puis retrouvée au XIXᵉ siècle sur le mont Athos, consacre une part importante de son livre IX à la critique conjointe de Zéphyrin et de Calixte.[16][17]

L'historien est donc placé devant une situation rare : un témoin contemporain, brillant, mais explicitement adversaire, qui désigne nommément le pape, rapporte ses paroles, dénonce sa politique, et finira par rompre avec son successeur au point de former un schisme romain. Eusèbe de Césarée, un siècle plus tard, donne une vue surplombante plus apaisée, où Zéphyrin apparaît dans la trame des écrivains catholiques et des erreurs combattues.[18] Le Liber Pontificalis, enfin, conserve la mémoire administrative romaine sous une forme tardive mais structurante. La rencontre de ces trois familles de sources est l'enjeu propre de tout article sérieux sur Zéphyrin.

« Dans cet ordre et par cette succession, la tradition ecclésiastique reçue des apôtres et la prédication de la vérité sont parvenues jusqu'à nous. » — Saint Irénée de Lyon, Contre les hérésies, III, 3, 3 (sur la succession romaine jusqu'à Éleuthère)[19]

La phrase de saint Irénée, écrite une génération avant Zéphyrin, donne le cadre : la succession des évêques de Rome n'est pas un détail anecdotique, mais le fil visible qui garantit la continuité de la prédication apostolique. Le pontificat de Zéphyrin, malgré ses orages, s'inscrit dans cette continuité.

Les sources anciennes

Tableau des témoins principaux

SourceDate approximativeCe qu'elle apporteDegré de solidité
Hippolyte de Rome, Refutatio omnium haeresium IXvers 222-235Récit hostile, paroles attribuées à Zéphyrin, conflit théologiqueFort mais polémique
Petit Labyrinthe anonyme conservé par Eusèbe (HE V, 28)années 220-240Récit de Natalis et des Théodotiens sous ZéphyrinFort, contemporain
Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique V-VIdébut IVᵉ siècleChronologie, Origène à Rome, dialogue de Caïus, durée 18 ansFort
Tertullien, Contre Praxéasvers 210-213Crise modaliste à Rome ; allusions à l'évêque romainFort mais carthaginois
Liber Pontificalis, notice « Zephyrinus »rédaction VIᵉ siècleOrigine romaine, père Habundius, décrets disciplinairesUtile mais tardif
Optat de Milèvefin IVᵉ siècleListe épiscopale de Rome de Pierre à Sirice, Zéphyrin inclusTardif
Martyrologe romain actuelédition 2004Mémoire liturgique du 20 décembreLiturgique

La méthode est claire. Hippolyte, le Petit Labyrinthe, Eusèbe et Tertullien sont les sources fortes parce que contemporaines ou très proches. Le Liber Pontificalis transmet une mémoire romaine plus tardive, dans laquelle plusieurs détails relèvent davantage de la reconstruction administrative que du témoignage primaire. La distinction est constante et structure tout ce qui suit.

Hippolyte de Rome : un témoin hostile et passionné

Hippolyte (vers 170 – vers 235) est l'un des plus grands théologiens romains de son temps. Presbytre de Rome, formé dans la tradition d'Irénée de Lyon, il défend avec rigueur la doctrine du Logos : le Verbe est Dieu, distinct du Père, engendré éternellement et incarné en Jésus-Christ. Son œuvre comprend la Tradition apostolique, le Commentaire sur Daniel, plusieurs traités contre les hérésies, et la grande Réfutation de toutes les hérésies (Philosophumena, Refutatio omnium haeresium), retrouvée presque complète au XIXᵉ siècle.[20][21]

Le livre IX de la Refutatio est un long acte d'accusation contre Zéphyrin et Calixte. Hippolyte rapporte les controverses internes au clergé romain, les paroles publiques du pape, les pressions de Calixte, les manœuvres des modalistes. Sa partialité est manifeste : il écrit après la mort de Zéphyrin, alors qu'il a rompu avec Calixte et formé un schisme. Il appellera ses adversaires « la maison de Calixte » comme on dénoncerait une faction.[22]

Statue dite de saint Hippolyte de Rome, théologien du Logos et principal témoin — hostile — du pontificat de Zéphyrin. Partie basse antique portant en grec la liste de ses œuvres, découverte en 1551 près de la Via Tiburtina, très restaurée à la Renaissance (haut du corps et tête refaits, Pirro Ligorio) ; conservée au musée du Latran, puis placée à l'entrée de la Bibliothèque vaticane en 1959. Identification discutée : il pourrait s'agir d'une figure féminine antique réemployée. Photo : Wikimedia Commons, domaine public.

Mais Hippolyte demeure un témoin de premier rang. Il connaît personnellement les acteurs, il est présent dans les discussions, il cite des phrases concrètes. Plusieurs détails qu'il rapporte — la promotion de Calixte, sa charge sur les cimetières, le rôle de Cléomène à Rome — sont confirmés ou complétés par d'autres sources. La règle d'or de la lecture d'Hippolyte est donc : distinguer le fait du jugement. Quand Hippolyte rapporte ce que Zéphyrin a fait, c'est précieux ; quand il qualifie Zéphyrin de « stupide » ou « corrompu », c'est de la polémique romaine, à recevoir comme telle.

« Zéphyrin, homme sans éducation et indignement corrompu, qui n'avait aucune connaissance des règles ecclésiastiques, accessible aux pots-de-vin et avide d'argent, fut amené à concéder beaucoup à ceux qui s'approchaient de lui avec ces moyens. » — Hippolyte de Rome, Refutatio omnium haeresium, IX, 11[23]

La phrase est dure. Elle vise moins à transmettre une information vérifiable qu'à disqualifier Zéphyrin aux yeux des lecteurs. Aucun autre document antique ne confirme cette caractérisation. L'historien retient donc surtout que Zéphyrin, peu polémiste de tempérament, s'est moins engagé qu'Hippolyte ne l'aurait souhaité dans la précision spéculative du langage trinitaire, tout en condamnant fermement les hérésies extrêmes.

Eusèbe de Césarée : la vue surplombante

Eusèbe, écrivant un siècle plus tard, donne une perspective différente. Il situe Zéphyrin dans la trame des succès apostoliques de Rome et dans la défense contre les hérésies. Trois passages sont essentiels :

  • Histoire ecclésiastique V, 28 : citation longue du « Petit Labyrinthe » anonyme sur les Théodotiens et l'épisode de Natalis sous Zéphyrin.[24]
  • Histoire ecclésiastique VI, 14 : mention de la visite d'Origène à Rome sous l'épiscopat de Zéphyrin, désir d'Origène de voir « la très ancienne Église de Rome ».[25]
  • Histoire ecclésiastique VI, 20 : conservation d'un dialogue de Caïus contre Proclus le montaniste, tenu sous Zéphyrin, et discussion sur le nombre d'épîtres pauliniennes.[26]
  • Histoire ecclésiastique VI, 21, 1 : 18 ans d'épiscopat de Zéphyrin, mort sous le règne d'Antonin (Caracalla) ; succession par Calixte.[27]

Eusèbe ne reprend pas la polémique d'Hippolyte. Il ne traite ni Zéphyrin ni Calixte comme des adversaires ; il les situe sobrement dans la trame de la succession romaine. Cette distance est précieuse : elle suggère qu'au IVᵉ siècle, l'orthodoxie de Zéphyrin n'était pas l'objet d'une suspicion ecclésiale durable.

Le Liber Pontificalis : la mémoire romaine

Le Liber Pontificalis compile, à partir du VIᵉ siècle, des notices brèves sur chaque pape, en utilisant des matériaux antérieurs (chronographes, listes, calendriers). La notice « Zephyrinus » indique son origine romaine, son père Habundius, sa durée pontificale (18 ans, 3 mois et 10 jours selon la version dominante), ses synchronismes consulaires (consulat de Saturninus et Gallicanus, 198, jusqu'au consulat de Praesens et Strictatus, 217), et lui attribue plusieurs décrets disciplinaires.[28]

Les décrets attribués sont les suivants : ordinations de clercs en présence du clergé et des fidèles laïcs, prescription concernant les vases liturgiques de verre (patènes ou calices) lors de la célébration eucharistique, et — selon certains manuscrits — règle de la communion pascale annuelle pour tout fidèle d'âge raisonnable.[29][30] La critique moderne tient ces formulations pour probablement anachroniques dans leur lettre, mais souvent fondées en esprit : la notice projette sur Zéphyrin des règles qui se sont stabilisées dans les générations suivantes, en lui attribuant la première mise en forme.

L'attitude juste est donc : retenir le Liber Pontificalis comme mémoire institutionnelle, fragile dans le détail mais précieuse comme témoin de la manière dont l'Église romaine a relu son IIIᵉ siècle.

Contexte historique : Rome, Sévères et Église

Septime Sévère et l'édit de 202

Quand Zéphyrin est élu évêque de Rome, l'empereur Septime Sévère (193-211) règne depuis cinq ans. Originaire de Leptis Magna en Afrique, il a stabilisé l'empire après une guerre civile et entretient avec les communautés religieuses orientales — y compris les chrétiens — une politique d'abord prudente. Mais en 202-203, un édit impérial interdit la conversion au judaïsme et au christianisme.[31] Les conséquences sont surtout sensibles à Alexandrie, où Léonidès, père d'Origène, est martyrisé en 202.[32][33]

L'empereur Septime Sévère (193-211), sous le règne duquel Zéphyrin est élu. Son édit de 202-203 interdit les conversions au christianisme et impose à l'Église romaine une discrétion accrue. Buste de la Glyptothèque de Munich. Photo : Wikimedia Commons, domaine public.

À Rome même, les exécutions documentées sont moins nombreuses, mais la persécution rend la discrétion nécessaire. C'est précisément à ce moment que la communauté romaine acquiert le cimetière de la Via Appia : les chrétiens ont besoin d'un lieu de sépulture collectif et protégé, où l'on puisse continuer d'enterrer dignement les fidèles morts en confessant la foi. Zéphyrin n'est pas l'empereur qui décrète, mais il est le pasteur qui organise la vie d'une Église exposée.

Caracalla et la constitution antoninienne

Après l'assassinat de Caracalla envers son frère Géta en 211 et son arrivée seul au pouvoir, l'empire bascule dans un climat différent. La Constitutio Antoniniana de 212 accorde la citoyenneté romaine à presque tous les hommes libres de l'empire.[34] Cette décision, motivée par des raisons fiscales et politiques, a un effet collatéral immense pour les chrétiens : elle uniformise les statuts juridiques, supprime certaines pénalités liées au statut pérégrin, et place les chrétiens libres sur un pied d'égalité juridique avec les autres citoyens.

Le pontificat de Zéphyrin chevauche donc deux atmosphères politiques : la fin sévère de Septime, puis la phase plus instable de Caracalla et Macrin. Cette stabilité relative explique en partie pourquoi le pape a pu organiser sa nécropole, recevoir Origène, conduire des controverses théologiques publiques sans subir un martyre direct.

Une Église romaine devenue grande et visible

Vers 200, la communauté chrétienne de Rome est l'une des plus nombreuses de l'empire. Elle est multiethnique (Latins, Grecs, Africains, Syriens), structurée par un clergé hiérarchisé (évêque, presbytres, diacres, sous-diacres), riche d'écrivains et d'écoles, en lien constant avec Carthage (Tertullien), Lyon (Irénée, mort vers 200/202), Alexandrie (Clément, puis Origène), Antioche, et l'Asie Mineure. Elle assume un rôle public dans les controverses doctrinales : c'est à Rome que les Théodotiens cherchent à s'organiser, c'est à Rome que viennent les modalistes d'Asie, c'est à Rome qu'Origène veut « voir la très ancienne Église ».[35]

Ce contexte fait du pontificat de Zéphyrin un moment-pivot. Sans lui, on ne comprend ni le rayonnement administratif de Calixte, ni l'intensité du débat trinitaire qui ouvrira la voie aux conciles du IVᵉ siècle.

Le pontificat (vers 198/199 — 20 décembre 217)

Succession de Victor I

Saint Victor I, pape africain de la grande controverse pascale, meurt vers 198 ou 199. Zéphyrin lui succède sans qu'aucune source ancienne ne signale d'incident électoral. Le Saint-Siège et le Liber Pontificalis retiennent 198 (consulat de Saturninus et Gallicanus) ; le calcul des dix-huit ans d'Eusèbe jusqu'au 20 décembre 217 donne 199 — d'où la fourchette 198/199.[36][37]

Hippolyte rapporte qu'immédiatement après son élection, Zéphyrin appelle Calixte à Rome. Cette précision est précieuse : le pape, à peine consacré, prend une décision administrative et pastorale forte. Il n'est ni un pape passif, ni un simple gestionnaire ; il agit. La présentation hippolytéenne d'un Zéphyrin influencé par Calixte gagne ici un correctif important : c'est Zéphyrin qui appelle Calixte, et non Calixte qui s'impose à lui.[38]

Durée du pontificat selon Eusèbe et le Liber Pontificalis

Eusèbe écrit dans son Histoire ecclésiastique :

« L'évêque romain Zéphyrin, ayant occupé sa charge pendant dix-huit années, mourut, et Calixte reçut l'épiscopat. » — Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, VI, 21, 1[39]

Cette indication de 18 ans est la durée la plus solide. Le Liber Pontificalis donne « 18 ans, 3 mois et 10 jours » dans la tradition manuscrite principale, ce qui prolonge à peine la durée d'Eusèbe.[40] Le calcul donne donc une mort autour du 20 décembre 217, date que retient la critique moderne et que confirme le Depositio episcoporum romain antique en plaçant son anniversaire le 20 décembre.[41] La fiche officielle du Saint-Siège porte comme fin « 217 ou 218 » : 218 vient des décomptes qui prolongent le pontificat d'une année au-delà du 20 décembre 217.

Calixte, archidiacre et administrateur

Zéphyrin confie à Calixte la supervision du cimetière de la Via Appia, lui ordonne le diaconat, et fait de lui son conseiller principal pour l'administration de l'Église romaine. Hippolyte décrit Calixte comme « rusé dans la malice » et « subtil dans la fraude », mais cette caractérisation polémique masque la réalité historique : Calixte a effectivement géré un dossier administratif majeur, il a probablement représenté Zéphyrin dans plusieurs débats théologiques, et la communauté romaine a fini par l'élire comme évêque à la mort du pape.[42][43]

La logique est claire : un confesseur ancien, ayant connu l'exil dans les mines de Sardaigne sous Commode (où il avait été condamné pour des affaires financières contestées), revenu en grâce sous Victor avec une pension mensuelle, est rappelé par Zéphyrin pour organiser la nécropole et seconder le pape. C'est une trajectoire d'archidiacre au sens fort, c'est-à-dire de bras droit administratif et liturgique du pape.

La crise des hérésies christologiques

Deux familles de monarchianisme

Zéphyrin gouverne l'Église romaine au moment où deux erreurs opposées — adoptionnisme théodotien et modalisme sabellien — menacent la confession catholique du Christ vrai Dieu et vrai homme.

Le monarchianisme désigne, au IIᵉ et IIIᵉ siècles, l'ensemble des doctrines qui défendent la « monarchie » de Dieu — son unicité absolue — au prix de la distinction réelle des Personnes divines. La théologie de l'Église primitive, héritée de l'Écriture, confesse en effet à la fois l'unité de Dieu (« Écoute, Israël : le Seigneur notre Dieu est l'unique Seigneur », Dt 6, 4) et la pleine divinité du Fils (« Au commencement était le Verbe, et le Verbe était auprès de Dieu, et le Verbe était Dieu », Jn 1, 1). Les monarchianismes refusent de tenir ensemble ces deux affirmations.[44]

L'histoire ancienne distingue deux familles :

  • Monarchianisme dynamique ou adoptianisme : Jésus est un simple homme, sur lequel descend la puissance (la dynamis) ou l'esprit divin, à un certain moment (baptême, résurrection). Le Christ n'est pas Dieu de toute éternité ; il est adopté par Dieu. Représentants : Théodote de Byzance (le Corroyeur), excommunié par Victor I ; Théodote le Banquier et Asclépiodote, sous Zéphyrin ; plus tard Paul de Samosate au IIIᵉ siècle, Photin, etc.[45]
  • Monarchianisme modaliste ou patripassianisme : il n'existe qu'une seule Personne divine, qui se manifeste tour à tour comme Père, comme Fils, comme Esprit. Le Fils est un « mode » du Père. Conséquence logique : si c'est le Fils qui souffre sur la Croix, et si le Fils n'est qu'un mode du Père, alors c'est le Père lui-même qui souffre — d'où le nom de patripassianisme. Représentants : Noët de Smyrne, Praxéas, Cléomène à Rome sous Zéphyrin, Sabellius sous Zéphyrin et Calixte.[46]

Zéphyrin se trouve donc confronté à deux erreurs opposées et symétriques. Les uns abaissent le Christ pour sauver l'unité divine ; les autres confondent le Père et le Fils pour la même raison. La foi catholique tient l'unité et la distinction : un seul Dieu en trois Personnes consubstantielles. Mais cette formule n'a pas encore reçu, à Rome au début du IIIᵉ siècle, sa précision conciliaire définitive.

Les Théodotiens : un Christ « simple homme »

Le fondateur du mouvement est Théodote de Byzance, un corroyeur ou tanneur, qui vint à Rome sous Victor I et y enseigna que Jésus était un homme ordinaire né de la Vierge, sur lequel le Saint-Esprit était descendu au baptême du Jourdain. Selon les variantes, le Christ ne devint Dieu qu'à sa Résurrection ; selon d'autres, il ne devint pas Dieu du tout, mais reçut seulement une puissance divine. Victor I l'excommunia.[47][48]

Sous Zéphyrin, les disciples de Théodote forment à Rome une communauté schismatique organisée autour de Théodote le Banquier et Asclépiodote, qui se réunissent séparément des catholiques et possèdent leurs propres exégèses textuelles. Eusèbe rapporte qu'ils s'adonnent à la critique textuelle des Écritures, à la logique aristotélicienne, à la géométrie euclidienne et à la médecine de Galien, qu'ils mettent au service de leur doctrine. L'auteur du Petit Labyrinthe anonyme s'en indigne et y voit une corruption des Écritures :

« Ils ont sans peur posé les mains sur les Écritures divines, disant qu'ils les ont corrigées. Ils ne se sont pas même contentés de discuter avec les saintes Écritures, mais ont produit des copies de textes corrigés par eux. » — Anonyme cité par Eusèbe, Histoire ecclésiastique, V, 28, 13-15[49]

Le débat est donc à la fois doctrinal et scripturaire : les Théodotiens prétendent que leur doctrine est la plus ancienne, retournent contre l'Église l'argument de la succession apostolique, et entreprennent une révision des manuscrits. La réponse catholique, déjà esquissée par Irénée, est de souligner la continuité publique de la prédication et l'unanimité des Églises apostoliques.

Cléomène, Sabellius et le modalisme

À côté des Théodotiens, une seconde école s'installe à Rome : celle des modalistes. Hippolyte la décrit avec précision. Un certain Épigone, disciple de Noët de Smyrne, vient à Rome ; il enseigne Cléomène, qui devient le théoricien du modalisme romain ; puis Sabellius rejoint l'école et lui donnera son nom durable. Ces enseignants soutiennent que c'est le Père lui-même qui est venu, s'est incarné et a souffert, sous le « mode » d'être appelé Fils. Le Père est donc « fils-mode » de lui-même.[50][51]

Hippolyte combat farouchement cette doctrine en lui opposant la théologie du Logos : le Verbe est éternellement Dieu, distinct du Père, engendré et incarné. Il défend ce langage avec une telle insistance qu'il considère comme dangereux tout évêque qui n'adopte pas ses formules exactes. Zéphyrin, plus prudent, refuse la précision philosophique que demande Hippolyte, mais condamne les conséquences extrêmes du modalisme. C'est ce refus de précision — pas une approbation des modalistes — qui scandalise Hippolyte.

« Cléomène et son école défendaient la doctrine de Noët, au temps de l'évêque Zéphyrin ; et Calixte, le successeur de Zéphyrin, se trouvait dans les meilleurs termes avec Cléomène et tenait les mêmes opinions. » — Hippolyte de Rome, Refutatio omnium haeresium, IX, 7[52]

Cette présentation est partielle. Calixte, devenu pape, excommuniera publiquement Sabellius. Mais Hippolyte ne le pardonnera jamais à Calixte de ne pas avoir adopté son propre langage théologique. Le différend est en partie réel et en partie vocabulaire.

Pourquoi le débat porte sur l'identité de Dieu et du Christ

Il serait faux de regarder ces controverses comme des querelles d'érudits. L'enjeu est massif : qui est Jésus-Christ ? Si le Christ n'est qu'un homme adopté, alors l'Incarnation, le salut par la Croix et la déification du chrétien perdent leur fondement. Si le Père lui-même a souffert sous le « mode » du Fils, alors le mystère trinitaire est aplati et l'économie du salut devient incompréhensible.

La foi catholique tiendra, contre les deux courants, que Dieu est un en trois Personnes consubstantielles, et que le Fils incarné, vrai Dieu et vrai homme, a souffert dans sa chair, sans que le Père souffre directement, mais en communion d'amour. Cette formulation se cristallisera à Nicée (325) et à Constantinople (381) ; mais elle s'esquisse déjà dans les controverses du temps de Zéphyrin. Le pontificat de Zéphyrin n'a pas donné la formule finale ; il a tenu la maison pendant qu'elle se cherchait.

« Au commencement était le Verbe, et le Verbe était auprès de Dieu, et le Verbe était Dieu. Il était au commencement auprès de Dieu. Tout fut par lui, et sans lui rien ne fut. » — Évangile selon saint Jean, 1, 1-3[53]

Cette ouverture du quatrième Évangile est l'arme décisive d'Hippolyte contre les modalistes. C'est aussi la fondation scripturaire que Zéphyrin n'a jamais songé à abandonner.

L'épisode de Natalis le confesseur

Le « Petit Labyrinthe » anonyme conservé par Eusèbe

L'un des récits les plus saisissants du pontificat de Zéphyrin nous est parvenu sous une forme indirecte. Eusèbe cite, dans le livre V de son Histoire ecclésiastique, un long extrait d'un ouvrage anonyme aujourd'hui appelé « Petit Labyrinthe » (Mikros Labyrinthos), composé probablement à Rome ou en Asie Mineure vers les années 220-240. L'auteur — peut-être Hippolyte, peut-être Caïus — vise les Théodotiens et raconte l'épisode comme un avertissement vivant.[54]

Le texte est important parce qu'il offre, indépendamment d'Hippolyte, une image positive de Zéphyrin comme pasteur miséricordieux qui reçoit un repenti.

Un évêque appointé : 150 deniers par mois selon Eusèbe (170 chez Kirsch)

Sous Zéphyrin, les Théodotiens cherchent à se donner une structure visible. Ils repèrent Natalis, un confesseur — c'est-à-dire un chrétien qui avait souffert pour la foi sans aller jusqu'au martyre — et lui proposent de devenir leur évêque moyennant une rémunération mensuelle de 150 deniers selon Eusèbe (Histoire ecclésiastique, V, 28, 10) ; Johann Peter Kirsch (Catholic Encyclopedia) donne 170 : les deux leçons sont signalées ici, le texte d'Eusèbe portant 150. McGiffert, traducteur d'Eusèbe, y voit le plus ancien exemple connu d'un clerc appointé par sa communauté, dans des termes qui ressemblent à une transaction salariale.[55]

Le retour de Natalis, confesseur devenu évêque schismatique des Théodotiens, donne à Zéphyrin l'image d'un pasteur qui reçoit la pénitence publique sans banaliser l'erreur doctrinale.

Natalis accepte. Le récit insiste sur la gravité de cette acceptation : un confesseur, témoin par son corps de la foi catholique, met sa réputation au service d'une doctrine qui nie la divinité éternelle du Christ. La communauté chrétienne romaine en est blessée.

Les visions et la pénitence de Natalis

Le « Petit Labyrinthe » raconte ensuite que Dieu envoie à Natalis des visions nocturnes. Il le voit fouetté toute la nuit par des saints anges, en punition de son apostasie doctrinale. Natalis tente d'abord d'ignorer ces avertissements ; il est attaché à sa charge et à son salaire. Mais une nuit, la flagellation angélique est si terrible qu'il se lève au matin couvert de meurtrissures, revêt un sac, se couvre la tête de cendres, et court se jeter aux pieds de Zéphyrin.

« Comme Natalis dédaignait les visions, étant retenu par la primauté qu'il occupait parmi eux et par cette honteuse cupidité qui détruit beaucoup d'hommes, il fut fouetté par des anges saints et frappé toute la nuit. Ainsi, dès le matin, ayant mis un sac et s'étant couvert de cendres, et avec beaucoup d'empressement et de larmes, il se prosterna devant Zéphyrin, l'évêque, roulant aux pieds non seulement du clergé mais aussi des laïcs, et émut par ses larmes l'Église miséricordieuse du Christ. » — Anonyme cité par Eusèbe, Histoire ecclésiastique, V, 28, 8-12[56]

Zéphyrin reçoit Natalis et le réintègre dans la communion catholique. Le récit est volontairement hagiographique, mais sa portée historique est nette : il rapporte un fait précis (la défection puis le retour d'un confesseur), il nomme le pape, il décrit la pénitence publique selon les formes traditionnelles (sac, cendres, larmes).

Ce que l'épisode montre du pontificat

Trois enseignements se dégagent. Premièrement, les Théodotiens ne sont pas tolérés sous Zéphyrin : ils sont obligés de se chercher un évêque clandestin, ce qui prouve qu'ils sont exclus de la communion ecclésiale officielle. Deuxièmement, Zéphyrin est reconnu comme le pasteur légitime, y compris par un homme qui s'en était éloigné : c'est à lui que Natalis revient, c'est aux pieds de son clergé que la pénitence se déroule. Troisièmement, le pape reçoit le repentir avec miséricorde et émeut la communauté par sa fermeté pastorale.

L'image d'un Zéphyrin « accessible aux pots-de-vin » donnée par Hippolyte se trouve ici doublement contredite : Zéphyrin refuse la communion à un confesseur jusqu'à ce que celui-ci se soumette publiquement, et il accueille l'âme repentie sans entrer dans les calculs financiers que les Théodotiens lui proposaient.

Le conflit avec Hippolyte de Rome

Un presbytre brillant et exigeant

Hippolyte est probablement, au début du IIIᵉ siècle, le théologien le plus érudit de Rome. Il maîtrise le grec, lit les philosophes, connaît la patristique antérieure, écrit de nombreux traités, prêche à l'évêque de l'Orient Origène lui-même qui, selon une tradition rapportée par Jérôme, l'aurait entendu enseigner à Rome.[57] Son exigence intellectuelle dépasse celle de la plupart de ses contemporains romains.

Cette exigence se retourne en intransigeance. Hippolyte considère que toute imprécision théologique ouvre la porte à l'hérésie modaliste. Il attend du pape qu'il proscrive solennellement non seulement les Théodotiens et Sabellius, mais aussi toute expression qui pourrait être lue dans un sens modaliste — y compris les formules de prière populaires qui parlent du « Dieu unique, Jésus-Christ ».

Les phrases attribuées à Zéphyrin

Hippolyte rapporte deux paroles publiques de Zéphyrin. La première : « Je sais qu'il n'y a qu'un seul Dieu, Jésus-Christ ; et hormis Lui je n'en connais pas d'autre qui soit engendré et accessible à la souffrance. » La seconde, pour corriger le risque modaliste : « Le Père n'est pas mort, mais le Fils. »[58]

Lues littéralement, ces phrases sont ambiguës. La première, prise seule, peut sembler identifier le Père et le Fils ; la seconde, prise seule, peut sembler les séparer trop fortement. Hippolyte exploite cette ambiguïté pour accuser Zéphyrin d'incohérence et d'inclinations modalistes. Mais lues ensemble, les deux phrases composent une confession orthodoxe : un seul Dieu, qui est Père et Fils (et Esprit, sous-entendu) ; et le Fils incarné, seul accessible à la souffrance dans sa chair, sans que le Père souffre directement.

Cette interprétation conciliante est celle que retient la critique catholique majoritaire depuis Mgr Louis Duchesne.[59] Zéphyrin parle un langage liturgique plutôt que spéculatif ; il défend la foi en termes accessibles plutôt qu'en termes techniques. Pour Hippolyte, ce langage est inacceptable parce qu'il laisse subsister une équivoque. Pour Zéphyrin, le langage technique préféré d'Hippolyte risque de diviser la communauté sans gain pastoral.

À Carthage, Tertullien, dans son traité Adversus Praxean composé vers 213, dénonce dans des termes voisins la doctrine modaliste : un certain Praxéas, dit-il, est venu à Rome, a séduit l'évêque romain et a « mis Paraclet en fuite et crucifié le Père ». L'identité de l'évêque romain ainsi visé est disputée : la majorité des critiques y voient Éleuthère, seul Salmon défend Zéphyrin (Wace, Dictionary of Christian Biography, art. « Praxeas »). Le passage atteste donc le climat modaliste romain de l'époque sans trancher à lui seul le pontificat visé ; et Tertullien, lui-même devenu sympathisant montaniste, n'a pas plus d'objectivité qu'Hippolyte. Que deux contradicteurs partiels signalent la même tendance modaliste à Rome prouve la réalité du problème, mais ne fonde pas un procès canonique contre Zéphyrin.[60]

La défense possible de Zéphyrin

Trois arguments rendent Zéphyrin défendable contre le procès d'Hippolyte. Premièrement, il maintient l'excommunication des Théodotiens, comme l'épisode de Natalis le prouve. Deuxièmement, il refuse de se laisser séduire par les modalistes : Hippolyte lui-même admet qu'il n'adhère pas formellement à leur doctrine. Troisièmement, son successeur Calixte — son archidiacre, son disciple direct — excommuniera Sabellius dès le début de son pontificat, ce qui montre que la ligne romaine sous Zéphyrin était déjà claire dans son rejet final du modalisme.

Le langage de Zéphyrin manque sans doute de la précision scolastique qui sera celle de Nicée. Mais il n'est pas hérétique. Il est pré-conciliaire : il confesse la foi sans encore disposer du vocabulaire qui distinguera de manière irréversible ousia et hypostase.

Le schisme d'Hippolyte sous Calixte et sa réconciliation finale

À la mort de Zéphyrin, Calixte est élu pape. Hippolyte refuse de reconnaître cette élection et fonde un groupe schismatique dont il prend la tête. C'est probablement le premier antipape de l'histoire. Le schisme dure sous Calixte (217-222), Urbain (222-230) et Pontien (230-235).[61][62]

En 235, l'empereur Maxime le Thrace déclenche une persécution. Pontien et Hippolyte sont arrêtés et déportés ensemble dans les mines de Sardaigne. C'est dans cet exil que la réconciliation a lieu : Pontien renonce à son pontificat pour permettre une élection libre à Rome ; Hippolyte renonce à son schisme et rentre dans la communion catholique. Tous deux meurent martyrs. Leurs corps sont ramenés à Rome par le pape Fabien et inhumés solennellement.

Le Catalogue libérien des évêques de Rome (chronographe de 354) enregistre, à l'année 235, la déportation simultanée des évêques Pontien et Hippolyte en Sardaigne, sous le consulat de Sévère et de Quintien — témoignage contemporain de leur réconciliation dans l'exil.[63]

Le destin d'Hippolyte donne à son procès contre Zéphyrin sa juste mesure. Hippolyte n'est ni un hérétique ni un traître ; c'est un théologien rigoureux qui, par excès de zèle, est allé jusqu'au schisme, puis a retrouvé la communion ecclésiale dans le martyre. L'Église catholique le vénère comme saint et martyr. Mais elle ne rétrocède pas pour autant ses accusations contre Zéphyrin et Calixte ; elle les replace dans leur contexte polémique.

Origène à Rome et le dialogue de Caïus

Origène visite « la très ancienne Église de Rome »

Eusèbe rapporte sobrement la visite d'Origène d'Alexandrie à Rome sous Zéphyrin. La date est approximative : entre 211 et 215, plus probablement vers 212-213, sous le règne de Caracalla. Origène, déjà célèbre à Alexandrie pour son enseignement biblique, n'a alors qu'une trentaine d'années.[64][65]

« Origène, désirant voir la très ancienne Église de Rome, se rendit à Rome pendant un court séjour sous l'épiscopat de Zéphyrin ; puis, étant retourné à Alexandrie, il continua avec un grand zèle ses occupations habituelles. » — Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, VI, 14, 10[66]

Origène d'Alexandrie, déjà célèbre exégète d'une trentaine d'années, vint à Rome sous Zéphyrin pour voir « la très ancienne Église ». Gravure ancienne, Wikimedia Commons, domaine public.

L'expression « très ancienne Église de Rome » est lourde de sens. Pour un jeune intellectuel chrétien d'Alexandrie, Rome est, à la suite de la prédication de Pierre et Paul, la matrice de la tradition catholique. Origène, qui sera plus tard suspecté sur certains points, garde envers Rome une révérence inébranlable. Une tradition rapportée par Jérôme indique qu'il entendit à Rome la prédication d'Hippolyte, ce qui montre que sa visite avait aussi un but théologique.[67]

Pour Zéphyrin, accueillir le visiteur d'Alexandrie est un acte de communion entre Églises. Le pape ne laisse derrière lui aucun écrit ; mais il reçoit dans sa cité le futur plus grand exégète du IIIᵉ siècle. C'est aussi, par effet collatéral, un démenti à la thèse d'un pape inculte indifférent aux écoles théologiques.

Le dialogue de Caïus contre Proclus le montaniste

Eusèbe rapporte également qu'un dialogue de Caïus, prêtre romain, contre Proclus, défenseur du montanisme phrygien, fut tenu publiquement à Rome sous Zéphyrin. Caïus est l'un des écrivains catholiques les plus solides de l'époque ; son dialogue ne nous est connu que par des fragments cités par Eusèbe et d'autres auteurs.[68]

« Il nous est aussi parvenu un dialogue de Caïus, homme très érudit, tenu à Rome sous Zéphyrin, avec Proclus, qui défendait l'hérésie phrygienne. » — Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, VI, 20, 3[69]

Trois éléments en ressortent. D'abord, le montanisme — la « Nouvelle Prophétie » née en Phrygie avec Montan, Priscille et Maximille à la fin du IIᵉ siècle — continue d'avoir des défenseurs à Rome au début du IIIᵉ. Ensuite, l'Église romaine sous Zéphyrin organise des dialogues publics pour discerner les doctrines, ce qui suppose une vie intellectuelle vigoureuse. Enfin, le dialogue de Caïus comporte une liste canonique des épîtres pauliniennes : Caïus n'en compte que treize, sans la Lettre aux Hébreux. Le débat sur l'attribution paulinienne d'Hébreux est donc déjà ouvert au temps de Zéphyrin.

Les décrets attribués par le Liber Pontificalis

Les ordinations en présence du clergé et des laïcs

La notice principale attribue à Zéphyrin un décret prescrivant que tout clerc, diacre ou prêtre, soit ordonné en présence du clergé et des fidèles laïcs. La formulation est peut-être tardive, mais elle correspond à une pratique romaine bien attestée : la communauté locale, par sa présence et son acclamation, atteste de la dignité du candidat. Ce n'est pas une élection démocratique, mais une réception publique qui engage la responsabilité de la communauté entière.[70]

La formulation correspond aussi à une exigence de transparence typique du début du IIIᵉ siècle, à un moment où des groupes hérétiques organisaient des ordinations clandestines. Le « Petit Labyrinthe » dénonce justement les Théodotiens qui s'achètent des évêques en secret. Le décret romain, qu'il ait été promulgué nominalement par Zéphyrin ou simplement attribué à sa mémoire, est cohérent avec la lutte contre les sectes parallèles.

Les vases de verre pour le service eucharistique

La notice du Liber Pontificalis attribue ensuite à Zéphyrin une prescription concernant les vases liturgiques : il aurait permis ou prescrit l'usage de patènes de verre lors de la célébration eucharistique, vraisemblablement en complément des patènes de bois ou de métal alors en usage.[71][72]

Cette précision liturgique paraît minuscule, mais elle reflète une réalité importante : la croissance des communautés romaines au IIIᵉ siècle impose des règles uniformes pour le matériel liturgique. Zéphyrin n'invente pas l'Eucharistie ; il administre une Église qui célèbre quotidiennement, et qui a besoin de cadres pratiques. Le Liber Pontificalis mentionne seulement ces vases de verre, sans en expliquer la raison : toute explication utilitaire (coût du matériau, disponibilité) serait une hypothèse interprétative, non un fait attesté.

La communion pascale annuelle

Certains manuscrits attribuent à Zéphyrin la règle de la communion pascale obligatoire pour tout chrétien d'âge raisonnable — leçon connue par l'apparat des variantes manuscrites, non retenue dans l'édition Loomis.[73] La formulation est probablement anachronique sous sa forme tardive, mais elle reflète une discipline de communion déjà connue au IIᵉ siècle : tout baptisé doit recevoir au moins une fois par an, à Pâques, le Corps du Christ, sous peine de rupture avec la communauté.

Cette discipline trouvera sa forme conciliaire claire au IVᵉ concile du Latran (1215), sous Innocent III, qui imposera la communion pascale comme précepte universel. Mais l'idée existe en germe dès l'époque de Zéphyrin, et le Liber Pontificalis la projette rétrospectivement sur lui pour signifier la continuité de la tradition romaine.

Comment lire ces attributions

La règle est constante : le Liber Pontificalis est fragile dans le détail et structurant dans l'esprit. Il ne faut pas accepter ses formulations comme des décrets juridiques contemporains ; mais il ne faut pas non plus les rejeter en bloc. Elles transmettent une mémoire administrative légitime, en présentant Zéphyrin comme l'organisateur d'une discipline ecclésiale conforme à la tradition.

La même règle vaut pour les attributions à d'autres papes du IIᵉ et IIIᵉ siècles. Le Liber Pontificalis est un témoin de comment Rome se souvenait d'elle-même, plus que des actes précis de chaque pape.

Mort, sépulture et mémoire liturgique

20 décembre 217

Zéphyrin meurt à Rome le 20 décembre 217, après dix-huit ans d'épiscopat. La date est confirmée par le Depositio episcoporum romain antique, qui place son anniversaire au 20 décembre.[74] Eusèbe précise que Calixte lui succède immédiatement, sans vacance prolongée.[75]

La crypte des Papes dans la catacombe de Calixte, nécropole pontificale du IIIe siècle identifiée par Giovanni Battista de Rossi. Photo : Dnalor 01, Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0.

Aucun récit ancien ne lui attribue un martyre par exécution. Le titre de « martyr » que lui donneront plus tard certains calendriers médiévaux est honorifique, fondé sur l'idée qu'un évêque qui a affronté les hérésies et la persécution sévère a souffert pour la foi, même sans verser son sang. La révision du calendrier romain en 1969 corrigera cette attribution.

Sépulture : son propre cimetière, auprès de celui de Calixte

La notice ancienne place la sépulture de Zéphyrin in cymiterio suo iuxta cymiterium Calisti, « dans son propre cimetière, auprès du cimetière de Calixte », sur la Via Appia. Johann Peter Kirsch, suivant Wilpert, y voit une chambre funéraire distincte située au-dessus du grand complexe que Zéphyrin avait lui-même fait administrer — interprétation admise mais incertaine, la notice ne disant que iuxta, « auprès ».[76]

Les fouilles archéologiques menées au XIXᵉ siècle par Giovanni Battista de Rossi dans la catacombe de Calixte ont identifié la « crypte des Papes », qui abrite les sépultures de plusieurs évêques de Rome du IIIᵉ siècle : Pontien, Antère, Fabien, Lucius, Étienne I, Sixte II, Denys, Félix I, Eutychien.[77] Zéphyrin lui-même est mentionné dans le Depositio episcoporum, mais sa sépulture exacte demeure non identifiée par l'archéologie.

Du martyrologe d'août au martyrologe de décembre

La mémoire liturgique de Zéphyrin a connu plusieurs déplacements. Le Martyrologe Hiéronymien ancien le mentionne le 20 décembre, jour anniversaire de sa mort. Au XIIIᵉ siècle, son culte est inséré dans le Calendrier romain général au 26 août, sans que les sources anciennes documentent la raison de ce déplacement — l'explication parfois avancée, un souci pratique de dégager l'octave de Noël, reste une simple hypothèse historiographique. Sous cette forme, il est fêté « pape et martyr », ce qui n'est pas historiquement exact.[78][79]

La révision liturgique de 1969 — le Calendarium Romanum promulgué par le motu proprio Mysterii Paschalis de Paul VI du 14 février 1969 — corrige les deux anomalies : Zéphyrin est retiré du Calendrier général (où ne demeurent que quelques mémoires de saints universellement vénérés) ; il est rétabli au 20 décembre dans le Martyrologe romain, sans titre de martyr, comme pape.[80][81] La forme extraordinaire du rite romain (calendrier 1960) conserve toutefois l'ancienne date au 26 août.[82]

Objections et réponses

« Hippolyte ne dit-il pas tout ? »

Non. Hippolyte donne un témoignage, précieux mais partial, sur Zéphyrin. Il est en conflit théologique avec lui, il rompra ensuite avec son successeur Calixte au point de fonder un schisme, et il écrit après la mort de Zéphyrin dans un climat polémique. Sa parole doit être croisée avec d'autres sources : Eusèbe, le Petit Labyrinthe anonyme (qui présente un Zéphyrin pasteur miséricordieux), Tertullien, le Liber Pontificalis, les calendriers liturgiques.[83][84]

Tenir Hippolyte pour la seule source serait commettre la même erreur que ferait un historien qui jugerait un évêque catholique uniquement sur le témoignage d'un adversaire qui a rompu avec lui — méthode reconnue comme insuffisante en histoire profane comme en histoire ecclésiastique.

« Zéphyrin était-il un hérétique caché ? »

Non. Il n'a jamais été condamné comme hérétique par aucun concile, par aucun document magistériel postérieur, ni par la tradition ecclésiale médiévale. Son successeur immédiat Calixte, qu'Hippolyte accuse d'être issu de sa ligne théologique, excommuniera Sabellius dès le début de son pontificat. La continuité de la foi catholique entre Zéphyrin et Calixte est donc orthodoxe, malgré le procès d'Hippolyte.[85]

Les phrases ambiguës rapportées par Hippolyte n'ont jamais reçu de lecture officielle comme professions modalistes. Lues en cohérence avec le contexte romain et avec la mémoire ecclésiale, elles confessent l'unité de Dieu et la distinction des Personnes selon les ressources du langage liturgique de l'époque.

« Faut-il croire les décrets du Liber Pontificalis ? »

Avec une prudence méthodique. Le Liber Pontificalis, sous sa forme actuelle, date du VIᵉ siècle, soit plus de trois siècles après Zéphyrin. Sa source antique perdue est plus ancienne, mais ses notices conservent souvent des projections rétrospectives qui présentent comme des décisions individuelles ce qui était en réalité une tradition continue.

Concrètement : le décret sur les ordinations en présence du clergé et des laïcs est crédible comme expression d'une pratique romaine déjà établie ; le décret sur les vases de verre reflète probablement un développement liturgique réel, mais peut-être plus tardif ; le décret sur la communion pascale anticipe le canon du Latran IV (1215) sans avoir la même précision juridique au IIIᵉ siècle. Aucune de ces formulations n'est à rejeter, mais aucune ne doit être prise comme un décret juridique strict de Zéphyrin lui-même.

« Comment un pape critiqué peut-il être saint ? »

La sainteté d'un pape n'est pas la perfection de sa stratégie pastorale ou de sa précision théologique. Elle est sa fidélité au Christ dans la charge reçue, vécue selon sa vocation et ses circonstances. Zéphyrin a maintenu la foi catholique contre les Théodotiens, organisé la communauté romaine en temps de persécution, confié à un confesseur la gestion des cimetières, reçu Origène, reçu le repentir public d'un évêque hérétique en larmes, et veillé au discernement des controverses jusqu'à sa mort.

La tradition catholique le vénère comme saint pape sans nier les difficultés de son pontificat. Saint Pierre lui-même a connu le reniement et la correction publique par saint Paul à Antioche ; cela n'a pas effacé sa primauté ni sa sainteté. La logique évangélique ne demande pas à l'évêque d'être parfait, mais d'être fidèle dans l'épreuve.

« J'ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille pas ; et toi, quand tu seras revenu, affermis tes frères. » — Évangile selon saint Luc, 22, 32[86]

Cette parole adressée à Pierre vaut pour tous ses successeurs : ils ne sont pas dispensés d'épreuve, mais ils sont assistés pour affermir leurs frères.

Mémoire spirituelle

Confesser l'unité de Dieu et la distinction des Personnes

Le pontificat de Zéphyrin enseigne, par sa pénibilité même, une double vigilance doctrinale. Contre les Théodotiens, qui veulent un Christ de stature humaine seulement, l'Église confesse la divinité éternelle du Fils : « Au commencement était le Verbe ». Contre les modalistes, qui dissolvent les Personnes dans des modes, l'Église confesse la distinction réelle du Père, du Fils et de l'Esprit Saint.

Cette double vigilance ne sera pleinement formulée qu'aux conciles du IVᵉ siècle. Mais elle est déjà en travail au temps de Zéphyrin. Le pape ne formule pas la solution dogmatique ; il préserve l'espace ecclésial où la solution pourra mûrir. Sa fidélité est celle d'un homme qui tient la porte ouverte aux distinctions à venir sans céder aux simplifications hérétiques.

Le ministère pastoral à l'épreuve des controverses

Zéphyrin enseigne aussi quelque chose de plus discret : la manière dont un évêque vit les controverses doctrinales. Hippolyte voudrait que le pape soit avant tout un théologien, un homme de précision philosophique, un combattant intellectuel. Zéphyrin, par tempérament et par charge, agit autrement : il gouverne la communauté, administre les cimetières, reçoit les pénitents, excommunie quand c'est nécessaire, et n'entre pas dans toutes les querelles techniques qu'on lui propose.

Cette posture exaspère Hippolyte mais elle a une justification pastorale. Toute précision spéculative ne mérite pas d'être imposée comme test d'orthodoxie. L'évêque, garant de l'unité, doit distinguer ce qui est de foi nécessaire de ce qui est de théologie spéculative ; et ne pas confondre les deux. La distinction entre dogme et opinion théologique, qui structurera la théologie médiévale et moderne, est déjà à l'œuvre dans la prudence de Zéphyrin.

La sainteté discrète de Zéphyrin

Enfin, Zéphyrin appartient à la lignée des saints discrets dont l'Église primitive est remplie. Il ne laisse aucun écrit. Aucune source antique ne lui prête un miracle spectaculaire. Aucun récit hagiographique tardif ne lui invente une vie glorieuse. Il est simplement le pape qui, pendant dix-huit ans, a tenu la maison romaine au cœur de ses plus violentes secousses doctrinales.

« Nous le prions de le tenir pour recommandé, comme zélé pour l'alliance du Christ. » — Martyrs de Lyon, lettre au pape Éleuthère conservée par Eusèbe[87]

La phrase, écrite une génération avant Zéphyrin pour recommander Irénée, peut être tournée vers tous les pasteurs de cette époque : eux aussi étaient « zélés pour l'alliance du Christ », même si l'histoire n'a pas conservé tous les détails de leur fidélité. Zéphyrin appartient à cette constellation discrète de pasteurs qui ont passé leur vie à garder, sans le rédiger, le trésor de la foi reçue.

Pour aller plus loin

  • Pape saint Victor I — prédécesseur de Zéphyrin, pape africain de la grande controverse pascale et de l'excommunication des Théodotiens.
  • Pape saint Calixte I — successeur immédiat, ancien diacre administrateur des cimetières, excommunie Sabellius.
  • Saint Hippolyte de Rome — adversaire théologique de Zéphyrin, anti-pape sous Calixte, martyr réconcilié en Sardaigne en 235.
  • Origène d'Alexandrie — visite Rome sous Zéphyrin pour voir la « très ancienne Église ».
  • Les catacombes de Calixte — nécropole chrétienne organisée sous Zéphyrin et Calixte sur la Via Appia.
  • Monarchianisme et modalisme — contexte doctrinal des controverses christologiques du IIIᵉ siècle.
  • Sabellianisme — doctrine de Sabellius, présent à Rome sous Zéphyrin et condamné sous Calixte.
  • Concile de Nicée (325) — formulation définitive de la consubstantialité du Père et du Fils, héritière des controverses du temps de Zéphyrin.
  • Liber Pontificalis — source romaine compilée à partir du VIᵉ siècle, témoin de la mémoire administrative des papes.

Notes et références

  1. Saint-Siège, fiche officielle « Zefirino » : 15ᵉ pape de l'Église catholique, naissance à Rome, début du pontificat 198, fin « 217 ou 218 ». Fiche récupérée et vérifiée le 4 octobre 2026. Page officielle : https://www.vatican.va/content/vatican/en/holy-father/zefirino.html.

    1 14 36
  2. Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, VI, 21, 1 : Zéphyrin ayant tenu l'épiscopat dix-huit ans, mourut, et Calixte reçut l'épiscopat. Texte original : « the Roman bishop, Zephyrinus, having held his office for eighteen years, died, and Callistus received the episcopate ». Texte New Advent : https://www.newadvent.org/fathers/250106.htm.

    2 27 39 75
  3. Hippolyte de Rome, Refutatio omnium haeresium (Philosophumena), IX, 7 : doctrine de Noët défendue par Cléomène à Rome sous Zéphyrin, position théologique de Calixte. Traduction anglaise dans Ante-Nicene Fathers, vol. 5, publiée sur New Advent : https://www.newadvent.org/fathers/050109.htm.

    3 50 52
  4. Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, VI, 14, 10 : Origène se rend à Rome sous l'épiscopat de Zéphyrin, désirant voir « la très ancienne Église de Rome », puis retourne à Alexandrie. Texte original : « when Zephyrinus was bishop of Rome, visited Rome, desiring, as he himself somewhere says, to see the most ancient church of Rome ». Traduction Arthur Cushman McGiffert dans Nicene and Post-Nicene Fathers, série 2, vol. 1, publiée sur New Advent : https://www.newadvent.org/fathers/250106.htm.

    4 7 25 35 64 66
  5. Hippolyte de Rome, Refutatio omnium haeresium, livre IX (numérotation des sections anciennes : IX, 11) : portrait à charge de Zéphyrin, influence de Calixte, paroles publiques attribuées au pape (« Je sais qu'il n'y a qu'un seul Dieu, Jésus-Christ » ; « Le Père n'est pas mort, mais le Fils »). Édition citée : Ante-Nicene Fathers, vol. 5, trad. J. H. MacMahon, transcription New Advent : https://www.newadvent.org/fathers/050109.htm. Deux passages exacts (numérotation ANF : ch. 2 et ch. 6 de la même page) : (1) « At that time, Zephyrinus imagines that he administers the affairs of the Church — an uninformed and shamefully corrupt man. And he, being persuaded by proffered gain, was accustomed to connive at those who were present » — d'où le français « homme sans éducation et indignement corrompu » ; (2) « this man moulded to his purpose Zephyrinus, an ignorant and illiterate individual, and one unskilled in ecclesiastical definitions. And inasmuch as Zephyrinus was accessible to bribes, and covetous, Callistus, by luring him through presents, and by illicit demands, was enabled to seduce him » — d'où le français « sans connaissance des règles ecclésiastiques, accessible aux pots-de-vin et avide d'argent ».

    5 17 23 38 42 58
  6. Johann Peter Kirsch, « Pope St. Zephyrinus », The Catholic Encyclopedia, vol. 15, New York, Robert Appleton Company, 1912 ; transcription New Advent : https://www.newadvent.org/cathen/15756c.htm. Notice sur la chronologie, l'origine romaine, l'administration des cimetières par Calixte, la critique d'Hippolyte, les controverses théodotienne et modaliste, la sépulture (chambre distincte au-dessus du complexe selon Kirsch suivant Wilpert ; notice ancienne : in cymiterio suo iuxta cymiterium Calisti), la mémoire du 20 décembre. Kirsch donne 170 deniers mensuels pour Natalis, contre 150 chez Eusèbe (voir note eusebe-v-28).

    6 12 30 33 41 72 74 76 79 83
  7. John Chapman, « Monarchians », The Catholic Encyclopedia, vol. 10, New York, Robert Appleton Company, 1911 ; transcription New Advent : https://www.newadvent.org/cathen/10448a.htm. Notice sur les deux familles de monarchianisme (dynamique adoptianiste et modaliste), les Théodotiens, Cléomène, Sabellius, Praxéas, et la réponse catholique.

    8 44 48
  8. Joseph Wilhelm, « Sabellius and Sabellianism », The Catholic Encyclopedia, vol. 13, New York, Robert Appleton Company, 1912 ; transcription New Advent : https://www.newadvent.org/cathen/13289a.htm. Notice sur Sabellius, son activité à Rome sous Zéphyrin et Calixte, l'excommunication par Calixte, la doctrine modaliste et le patripassianisme.

    9 46 85
  9. Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, V, 28, 1-19 : citation longue du Petit Labyrinthe anonyme contre la doctrine d'Artémon, généalogie des Théodotiens (Théodote le Corroyeur excommunié par Victor, Théodote le Banquier et Asclépiodote sous Zéphyrin), rémunération de Natalis le confesseur (150 deniers par mois dans la traduction McGiffert, V, 28, 10 — Kirsch donne 170 dans la Catholic Encyclopedia), visions et flagellation par les anges, pénitence publique aux pieds de Zéphyrin. Traduction Arthur Cushman McGiffert : https://www.newadvent.org/fathers/250105.htm. Édition utilisée : Eusebius, The Church History, NPNF Series 2, vol. 1, T&T Clark / Eerdmans, 1890, rééd. Christian Classics Ethereal Library. Note de McGiffert (n. 1755) : « This is the earliest instance we have of a salaried clergyman. » Précisions de numérotation : McGiffert écrit Natalius (l'article suit la forme latine Natalis de Kirsch) ; Kirsch cite ce même passage comme V, 32 selon l'ancienne numérotation. Passages vérifiés mot à mot sur New Advent, le 4 octobre 2026.

    10 24 54 55 56
  10. Hippolyte de Rome, Refutatio omnium haeresium, IX, 12 : généalogie polémique de la « maison de Calixte », opposition au modalisme romain, rappel des excommunications successives. Texte New Advent : https://www.newadvent.org/fathers/050109.htm.

    11 22 43 51
  11. Johann Peter Kirsch, « Pope Callistus I », The Catholic Encyclopedia, vol. 3, New York, Robert Appleton Company, 1908 ; transcription New Advent : https://www.newadvent.org/cathen/03183b.htm. Notice sur Calixte, le rappel par Zéphyrin depuis Antium, l'administration du cimetière de la Via Appia, la succession en 217.

    13 15
  12. John Chapman, « St. Hippolytus of Rome », The Catholic Encyclopedia, vol. 7, New York, Robert Appleton Company, 1910 ; transcription New Advent : https://www.newadvent.org/cathen/07360c.htm. Notice sur Hippolyte presbytre romain, ses œuvres, le schisme sous Calixte, la déportation avec Pontien en Sardaigne en 235, la réconciliation et le martyre ; Chapman signale la publication en 1851 de la Réfutation (Philosophumena) récemment découverte et situe sa rédaction pendant le schisme, sous Urbain (222 ou 223 – 230) et Pontien (230-235). Découverte : manuscrit du XIVᵉ siècle rapporté du mont Athos en 1842 par Minoides Mynas, édité par Emmanuel Miller (Oxford, 1851, attribué alors à Origène), puis par Duncker et Schneidewin (Göttingen, 1859, attribué à Hippolyte) — cf. Henry Wace, Dictionary of Christian Biography, art. « Hippolytus Romanus », et Encyclopaedia Britannica 1911, art. « Hippolytus (writer) ». Datation retenue dans l'article (vers 222-235) : période du schisme hippolytéen jusqu'à la déportation commune de 235.

    16 20 57 61 67 84
  13. Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, VI, 20, 1-3 : dialogue de Caïus, homme très érudit, tenu à Rome sous Zéphyrin contre Proclus le montaniste ; mention de treize épîtres de saint Paul sans la Lettre aux Hébreux. Texte New Advent : https://www.newadvent.org/fathers/250106.htm.

    18 26 68 69
  14. Saint Irénée de Lyon, Contre les hérésies, III, 3, 3, vers 180 : conclusion sur la tradition ecclésiastique et la prédication de vérité transmises par l'ordre des successions jusqu'à Éleuthère, témoin de la succession romaine une génération avant Zéphyrin. Édition citée : Ante-Nicene Fathers, vol. 1, trad. Alexander Roberts et William Rambaut, transcription New Advent : https://www.newadvent.org/fathers/0103303.htm. Verbatim anglais : « In this order, and by this succession, the ecclesiastical tradition from the apostles, and the preaching of the truth, have come down to us » — le français du corps en est la traduction. La mention « jusqu'à Éleuthère » est exacte : le chapitre énumère la succession romaine jusqu'à Éleuthère, qui occupe alors le siège « in the twelfth place from the apostles ».

    19
  15. Article « Hippolytus of Rome », Wikipedia : notice sur Hippolyte, presbytre sous Zéphyrin, théologien du Logos, schisme sous Calixte, déportation en Sardaigne avec Pontien en 235, réconciliation et mort en martyr. URL : https://en.wikipedia.org/wiki/Hippolytus_of_Rome.

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  16. Liber Pontificalis, notice « Zephyrinus », dans The Book of the Popes (Liber Pontificalis), trad. Louise Ropes Loomis, New York, Columbia University Press, 1916, p. 19-20 : origine romaine, père Habundius, durée du pontificat (18 ans, 3 mois et 10 jours dans la version dominante), synchronismes consulaires (de Saturninus et Gallicanus à Praesens et Strictatus), décrets sur les ordinations en présence du clergé et des laïcs, prescription sur les vases de verre liturgiques. Passages vérifiés mot à mot sur le PDF, le 4 octobre 2026. PDF Wikimedia Commons : https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/2/23/The_book_of_the_popes_%28Liber_pontificalis%29_I-_%28IA_cu31924006163897%29.pdf. Édition critique : Louis Duchesne, Le Liber Pontificalis, Paris, Thorin, 1886, t. I, p. 139 (notice Zephyrinus, avec l'apparat des variantes manuscrites).

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  17. Histoire Auguste, Vita Severi, XVII, 1 : interdiction par Septime Sévère sous peine sévère de toute conversion au judaïsme et au christianisme. Texte original latin : « Iudaeos fieri sub gravi poena vetuit. Idem etiam de Christianis sanxit. » Édition de référence : Susan H. Ballou, Scriptores Historiae Augustae, Loeb Classical Library, Harvard University Press, 1921, vol. 1, p. 392. Traduction française dans l'édition André Chastagnol, Robert Laffont, coll. « Bouquins », 1994.

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  18. Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, VI, 1 : la persécution sous Septime Sévère et le martyre de Léonidès, père d'Origène, à Alexandrie en 202. Texte New Advent : https://www.newadvent.org/fathers/250106.htm.

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  19. Dion Cassius, Histoire romaine, LXXVIII, 9, 5 : la Constitutio Antoniniana de Caracalla en 212 accorde la citoyenneté romaine à tous les hommes libres de l'empire. Édition utilisée : Earnest Cary, Dio's Roman History, Loeb Classical Library, Harvard University Press, 1927, vol. 9, p. 296-297. Synthèse historique : Hartmut Wolff, Die Constitutio Antoniniana und Papyrus Gissensis 40, Cologne, 1976.

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  20. Article « Theodotus of Byzantium », Wikipedia : notice sur Théodote l'Ancien (le Corroyeur ou de Byzance), sa doctrine adoptianiste, son excommunication par Victor I, et la postérité de l'école théodotienne sous Zéphyrin avec Théodote le Banquier et Asclépiodote. URL : https://en.wikipedia.org/wiki/Theodotus_of_Byzantium.

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  21. Anonyme cité par Eusèbe, Histoire ecclésiastique, V, 28, 13-15 : dénonciation de la « correction » des Écritures par les Théodotiens, manuscrits divergents selon les maîtres, recours à la critique textuelle et aux philosophes païens (Euclide, Aristote, Galien). Texte New Advent : https://www.newadvent.org/fathers/250105.htm.

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  22. Évangile selon saint Jean, 1, 1-3, traduction liturgique française : prologue du quatrième Évangile, fondement scripturaire de la doctrine du Logos défendue par Hippolyte. Texte AELF : https://www.aelf.org/bible/Jn/1.

    53
  23. Louis Duchesne, Histoire ancienne de l'Église, tome I, Paris, Fontemoing, 1906, chapitre XI : « Les controverses romaines sous Zéphyrin et Calixte ». Lecture historique catholique du dossier qui réintègre les paroles publiques du pape dans leur contexte liturgique et défend la cohérence orthodoxe du langage romain face à la lecture polémique d'Hippolyte. Texte en ligne sur archive.org : https://archive.org/details/histoireancienne01duch.

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  24. Tertullien, Adversus Praxean, I et II, vers 213 : critique du modalisme romain attribuée à un certain Praxéas qui aurait « mis le Paraclet en fuite et crucifié le Père » à Rome. Texte original latin : « Paracletum fugavit et Patrem crucifixit ». Traduction française et notes : Émile Kroymann, Tertulliani Opera, CSEL 47, Vienne, 1906, p. 227. Texte anglais New Advent : https://www.newadvent.org/fathers/0317.htm. L'évêque romain visé est disputé : la majorité des critiques (Bonwetsch, Hilgenfeld) y voient Éleuthère, seul Salmon défend Zéphyrin — cf. Henry Wace, Dictionary of Christian Biography, art. « Praxeas, a Heretic ».

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  25. Catalogue libérien des évêques de Rome (chronographe de 354), entrée Pontianus : déportation simultanée de Pontien et Hippolyte en Sardaigne en 235 sous le consulat de Sévère et de Quintien. Édition critique : Theodor Mommsen, Chronica Minora I, MGH, Berlin, 1892, p. 74-75. Synthèse accessible : https://en.wikipedia.org/wiki/Liberian_Catalogue.

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  26. Frederick George Holweck, « Origen and Origenism », The Catholic Encyclopedia, vol. 11, New York, Robert Appleton Company, 1911 ; transcription New Advent : https://www.newadvent.org/cathen/11306b.htm. Notice sur Origène, sa formation à Alexandrie, sa visite à Rome sous Zéphyrin, son enseignement, ses œuvres et les controverses ultérieures.

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  27. Giovanni Battista de Rossi, La Roma sotterranea cristiana, tomes I-III, Rome, Cromo-Litografia Pontificia, 1864-1877 : redécouverte de la catacombe de Calixte et identification de la « crypte des Papes ». Le tome II (1867), p. 81-200, présente l'identification systématique des sépultures pontificales du IIIᵉ siècle. Reproduction sur archive.org : https://archive.org/details/laromasotterran01rossgoog.

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  28. Article « Pope Zephyrinus », Wikipedia (encyclopédie en ligne) : synthèse contemporaine sur le pontificat de Zéphyrin, le contexte sous Septime Sévère et Caracalla, les hérésies, Hippolyte, la mort le 20 décembre 217 et la mémoire liturgique. URL : https://en.wikipedia.org/wiki/Pope_Zephyrinus. Utilisé comme repère de synthèse, non comme source primaire.

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  29. Calendarium Romanum ex decreto Sacrosancti Oecumenici Concilii Vaticani II instauratum auctoritate Pauli PP. VI promulgatum, Typis Polyglottis Vaticanis, Cité du Vatican, 1969, entrée « 26 S. Zephyrini » : « Memoria S. Zephyrini, saeculo XIII in Calendario romano ascripta, deletur: nullo enim iure martyrum numero S. Zephyrinus († anno 217) est computandus, diesque 26 augusti non est eius natale. » (la mémoire est supprimée parce que Zéphyrin ne compte pas au nombre des martyrs et que le 26 août n'est pas son jour natal). Texte latin vérifié mot à mot sur l'OCR de l'édition originale (Typis Polyglottis Vaticanis, 1969) via archive.org, le 4 octobre 2026 : https://archive.org/details/CalendariumRomanum1969. Promulgation : Paul VI, motu proprio Mysterii Paschalis du 14 février 1969, AAS 61 (1969), pp. 222-226 : https://www.vatican.va/content/paul-vi/en/motu_proprio/documents/hf_p-vi_motu-proprio_19690214_mysterii-paschalis.html.

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  30. Martyrologium Romanum ex decreto Sacrosancti Oecumenici Concilii Vaticani II instauratum auctoritate Ioannis Pauli PP. II promulgatum, editio typica altera, Typis Vaticanis, 2004, au 20 décembre (cité d'après la traduction anglaise de l'édition typique) : « At Rome, near the cemetery of Callistus on the Via Appia, the deposition of Saint Zephyrinus, pope, who governed the Roman Church for eighteen years and entrusted to Saint Callistus, his deacon, the task of establishing the cemetery of the Roman Church on the Via Appia. » — sans titre de martyr. Transcription consultée : Boston Catholic Journal, « 2004 Roman Martyrology, December ».

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  31. Calendrier romain général de 1960 (en vigueur pour la forme extraordinaire du rite romain) : au 26 août, commémoration S. Zephyrini Papæ et Mart. — l'ancienne date conservée après 1969 dans cet usage. Cf. General Roman Calendar of 1960 (26 août : « Commemoration of St. Zephyrinus Pope Martyr »).

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  32. Évangile selon saint Luc, 22, 32, traduction liturgique française : prière du Christ pour la foi de Pierre et mission d'affermir ses frères, fondement scripturaire de la confiance en la mission pétrinienne malgré les épreuves. Texte AELF : https://www.aelf.org/bible/Lc/22.

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  33. Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, V, 4, 1-2 : les martyrs de Lyon recommandent Irénée au pape Éleuthère comme zélé pour l'alliance du Christ ; phrase d'esprit appliquée ici par analogie à la fidélité discrète des pasteurs du IIIᵉ siècle. Texte New Advent : https://www.newadvent.org/fathers/250105.htm.

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