Concile du Latran IV (1215)

Latran IV, réuni en 1215 sous Innocent III, définit la foi catholique dans Firmiter credimus, fixe la confession annuelle, réforme la prédication, les écoles, les élections, les sacrements et prépare une nouvelle croisade.

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Le concile du Latran IV, réuni à Rome du 11 au 30 novembre 1215 sous le pape Innocent III, est le douzième concile œcuménique reconnu par l'Église catholique. Parmi les conciles médiévaux, il occupe une place exceptionnelle : il définit la foi trinitaire et eucharistique dans la constitution Firmiter credimus, impose la confession annuelle et la communion pascale, organise la prédication, les écoles, les élections épiscopales, la discipline du clergé, la lutte contre les hérésies et la préparation d'une nouvelle croisade.[1][2]

Latran IV concentre le programme d'Innocent III : confession de foi, réforme pastorale, prédication, écoles, discipline et croisade. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Son importance vient de sa densité. Les trois premiers conciles du Latran avaient surtout refermé des crises particulières : Latran I après la querelle des Investitures, Latran II après le schisme d'Anaclet II, Latran III après le schisme alexandrin et le conflit avec Frédéric Barberousse. Latran IV, lui, veut donner à toute la chrétienté latine une synthèse de gouvernement : foi, sacrements, réforme, justice canonique et mission.[3]

Pourquoi ce concile était-il nécessaire ?

Le sommet du pontificat d'Innocent III

Innocent III, né Lotario dei Conti di Segni, est élu pape le 8 janvier 1198 et meurt à Pérouse le 16 juillet 1216. Son pontificat porte l'une des plus fortes conceptions médiévales de l'autorité pontificale : réforme de la curie, arbitrages politiques, lutte contre les hérésies, promotion de la croisade, encadrement du clergé et volonté de gouverner l'Église universelle par le droit.[4]

La convocation du concile est publiée le 19 avril 1213. Tanner souligne l'ampleur de l'appel : évêques, abbés, prieurs, chapitres d'églises, ordres religieux importants, rois et autorités civiles sont invités. Les évêques reçoivent même l'ordre de proposer des sujets, procédé que l'introduction présente comme nouveau par rapport aux précédents conciles du Latran.[5]

« Extirper les vices et planter les vertus, corriger les fautes et réformer les mœurs, enlever les hérésies et fortifier la foi. » — Programme attribué à Innocent III dans l'introduction des décrets de Latran IV[6]

La crise cathare et la question de la prédication

Le concile se tient dans un Occident où les mouvements hérétiques, surtout les courants cathares ou albigeois, ne sont plus des phénomènes marginaux. Le canon 3 organise une procédure contre les hérétiques, leurs protecteurs et les seigneurs négligents ; il impose aux évêques de visiter les lieux suspects et de faire rechercher les conventicules cachés.[7]

Cette réponse est dure, mais elle doit être replacée dans la logique du XIIIᵉ siècle : la foi, la paix sociale et l'unité politique sont encore étroitement liées. Latran IV veut empêcher que des prédicateurs non envoyés s'arrogent une autorité doctrinale publique. Le même canon cite l'épître aux Romains : « Comment prêcheront-ils, s'ils ne sont pas envoyés ? »[8]

Une réforme qui touche toute la société chrétienne

Latran IV ne se limite pas à condamner. Il réforme : conciles provinciaux annuels, prédication diocésaine, maîtres d'école pour les pauvres, discipline des clercs, garde de l'Eucharistie, confession annuelle, enquête sur les candidats aux prélatures, procédure écrite dans les procès, publication des bans de mariage, lutte contre la simonie, contrôle des reliques et indulgences.[9]

Problème viséRéponse de Latran IVCanons principaux
Confusion doctrinaleProfession de foi trinitaire, création, Incarnation, Eucharistie1-2
Hérésie et prédication sauvageProcédure contre les hérétiques et prédication mandatée3, 10
Faible formation pastoralePrédicateurs auxiliaires et écoles gratuites10-11
Vie sacramentelle minimaleConfession annuelle et communion pascale21
Gouvernance ecclésialeÉlections, bénéfices, procès, archives judiciaires23-49
Mariage et sociétéBans, empêchements, clandestinité50-52
Mission militaire en Terre sainteTrêve, financement et indulgence de croisade71

Où et quand le concile s'est-il réuni ?

La basilique du Latran

Le concile se réunit dans la basilique Saint-Jean-de-Latran, cathédrale de l'évêque de Rome. Ce choix prolonge la série des conciles romains médiévaux : le Latran est alors le lieu naturel du gouvernement pontifical, avant que Saint-Pierre ne devienne l'image dominante de la papauté moderne.[10]

Innocent III, fresque du XIIIᵉ siècle au Sacro Speco de Subiaco. Wikimedia Commons, Carlo Raso, CC0 / domaine public.

Tanner donne 404 évêques présents à l'ouverture, venus de toute l'Église occidentale, auxquels s'ajoutent de nombreux abbés, chanoines et représentants du pouvoir séculier, y compris de l'Orient latin ; aucun Grec n'est présent, sauf le patriarche des Maronites et un légat du patriarche d'Alexandrie.[11]

Trois sessions en novembre 1215

Le concile s'ouvre le 11 novembre 1215 par un sermon d'Innocent III. La deuxième session, le 20 novembre, aborde notamment la lutte politique entre Frédéric II et Otton IV. La troisième session, le 30 novembre, lit et approuve les constitutions proposées par le pape.[12]

Ce détail est important. Latran IV n'est pas une longue assemblée où chaque décret est élaboré lentement par débats successifs. Les constitutions paraissent avoir été préparées dans l'entourage pontifical et présentées à l'approbation conciliaire. Leur force ne vient donc pas de leur improvisation, mais de leur réception comme lois universelles de l'Église latine.[13]

Que définit le concile ?

Firmiter credimus : une profession de foi complète

La première constitution, Firmiter credimus, est l'un des grands textes dogmatiques du Moyen Âge. Elle confesse un seul Dieu, Père, Fils et Saint-Esprit, trois personnes et une seule essence, substance ou nature absolument simple. Elle affirme ensuite la création de toutes choses, visibles et invisibles, spirituelles et corporelles, à partir de rien.[14][15]

« Nous croyons fermement et confessons simplement qu'il y a un seul vrai Dieu, éternel, immense, tout-puissant, immuable, incompréhensible et ineffable : Père, Fils et Saint-Esprit, trois personnes mais une seule essence, substance ou nature absolument simple. » — Latran IV, constitution 1, Firmiter credimus[16]

Cette formule sera souvent citée pour la doctrine de Dieu : simplicité divine, distinction réelle des personnes, unité de l'essence, création ex nihilo et origine bonne des anges. Elle répond indirectement aux dualismes cathares, qui opposaient radicalement monde spirituel et monde matériel.[17]

La même constitution confesse aussi le retour du Christ à la fin des temps pour juger les vivants et les morts : tous ressusciteront avec leur corps pour recevoir selon leurs œuvres — « pour les seconds, le châtiment perpétuel avec le diable, pour les premiers, la gloire éternelle avec le Christ ».[18]

Eucharistie et transsubstantiation

Le même texte donne une formulation décisive de la présence eucharistique. Il affirme que le corps et le sang du Christ sont vraiment contenus dans le sacrement de l'autel sous les espèces du pain et du vin, le pain et le vin ayant été changés en substance par la puissance de Dieu.[19]

Le terme français transsubstantiation résume cette doctrine : ce qui change n'est pas l'apparence sensible du pain et du vin, mais leur réalité substantielle. Latran IV n'invente pas la foi eucharistique ; il lui donne une précision dogmatique appelée à devenir classique, que le concile de Trente reprendra au XVIᵉ siècle contre les contestations protestantes.[20][21]

Joachim de Flore et Pierre Lombard

La constitution 2 condamne un écrit de Joachim de Flore contre Pierre Lombard sur l'unité de la Trinité. Le point technique est précis : Joachim reprochait au Lombard d'introduire une « quaternité » en parlant d'une réalité suprême commune aux trois personnes. Latran IV rejette cette accusation et affirme que l'essence divine n'est pas une quatrième chose à côté du Père, du Fils et du Saint-Esprit.[22][23]

Représentation médiévale associée au concile du Latran IV dans le dossier Joachim de Flore : les débats trinitaires du canon 2 montrent la précision dogmatique exigée par l'Église. Image issue d'un manuscrit médiéval, domaine public.

Le concile prend soin de distinguer l'homme et l'erreur. Il note que Joachim avait soumis ses écrits au jugement du Siège apostolique et ordonné à ses disciples de les recevoir avec respect. La condamnation porte donc sur une thèse précise, non sur toute la mémoire spirituelle de l'abbé calabrais.[24]

Quels canons le concile promulgue-t-il ?

Prédication et formation : canons 10 et 11

Le canon 10 oblige les évêques à nommer des hommes capables de prêcher quand ils ne peuvent pas le faire eux-mêmes. Le texte vise un problème pastoral simple : des diocèses vastes, des fidèles peu instruits, des évêques absents ou surchargés, et des prédicateurs hérétiques très actifs. La réponse catholique n'est pas seulement répressive ; elle est missionnaire et catéchétique.[25]

Le canon 11 reprend et amplifie la décision de Latran III sur les écoles. Chaque cathédrale doit avoir un maître chargé d'instruire gratuitement les clercs et les pauvres écoliers ; dans les églises métropolitaines, un théologien doit aussi enseigner l'Écriture et former les prêtres au soin des âmes.[26]

CanonMesureSens pastoral
10Nommer des prédicateurs auxiliairesNe pas laisser le terrain doctrinal aux hérétiques
11École cathédrale gratuiteFormer les clercs pauvres et futurs pasteurs
11Théologien dans les métropolesRelier Écriture, théologie et soin des âmes

Clergé, sacrements et dignité des choses saintes

Les canons 14 à 17 corrigent les mœurs du clergé : incontinence, ivresse, luxe vestimentaire, spectacles inconvenants et négligence des prélats. Le canon 18 interdit aux clercs de participer à l'effusion du sang, y compris par certaines pratiques judiciaires ou chirurgicales. Le canon 20 ordonne de conserver le chrême et l'Eucharistie sous clef, dans un lieu sûr et propre.[27]

Ces règles paraissent très concrètes, mais elles révèlent une théologie de l'Église. Le sacré doit être visible dans la conduite des ministres, dans la conservation des sacrements, dans la justice rendue et dans la sobriété de ceux qui gouvernent. Latran IV cherche une réforme qui ne reste pas dans les idées.

Conciles provinciaux : rendre la réforme répétable

Le canon 6 ordonne la tenue annuelle de conciles provinciaux. La mesure prolonge une intuition ancienne : une réforme proclamée à Rome ne peut pas produire de fruit si elle n'est pas reprise localement, corrigée, vérifiée et appliquée par les évêques d'une même province.[28]

Le canon 7 complète cette logique. Les prélats doivent corriger les excès, réformer les mœurs et faire appliquer les décisions conciliaires. Latran IV ne veut donc pas seulement produire un texte de référence ; il veut créer un rythme de gouvernement. Chaque année, les provinces doivent regarder si les canons sont appliqués, où les abus persistent, quels clercs doivent être corrigés et quelles pratiques doivent être réformées.[29]

Cette insistance explique la profondeur historique du concile. Beaucoup de décisions de 1215 semblent techniques, mais elles installent une méthode : la réforme doit être répétée, contrôlée et enracinée dans les structures locales. Sans cela, même une constitution dogmatique solennelle reste suspendue au-dessus des paroisses.

Canon 21 : confession annuelle et communion pascale

Le canon 21, Omnis utriusque sexus, est l'un des textes les plus célèbres du concile. Il ordonne à tout fidèle parvenu à l'âge de discrétion de confesser fidèlement tous ses péchés au moins une fois par an à son propre prêtre, d'accomplir la pénitence imposée et de recevoir avec respect l'Eucharistie au moins à Pâques.[30][31]

« Tout fidèle de l'un et l'autre sexe, parvenu à l'âge de discrétion, confessera fidèlement tous ses péchés au moins une fois par an à son propre prêtre. » — Latran IV, canon 21, Omnis utriusque sexus[32]

Le canon traite aussi le secret de la confession : le prêtre qui révèle un péché entendu au tribunal sacramentel doit être déposé et enfermé dans un monastère pour y faire pénitence perpétuelle. La discipline moderne du secret sacramentel trouve ici l'une de ses formulations médiévales majeures.[33]

Mariage, procès et gouvernement canonique

Les canons 23 à 32 encadrent les élections et les bénéfices. Le canon 24 décrit les formes d'élection ; le canon 25 invalide les élections arrachées par abus du pouvoir séculier ; le canon 26 impose l'examen du candidat avant confirmation ; le canon 29 règle le cumul des bénéfices avec charge d'âmes.[34]

Les canons 35 à 49 traitent de procédure. Le canon 38 exige que les actes judiciaires soient mis par écrit : citations, délais, dépositions, sentences. Pour un lecteur moderne, ce détail paraît administratif ; pour l'histoire du droit, il marque la consolidation d'une justice ecclésiastique plus traçable.[35]

Les canons 50 à 52 touchent le mariage : empêchements de parenté, publication des bans et lutte contre les unions clandestines. Latran IV prépare ainsi une discipline matrimoniale plus publique, moins dépendante de pactes secrets et de manipulations familiales.[36]

Grecs, Latins et rang des patriarches

Les canons 4 et 5 concernent l'Orient chrétien. Le canon 4 exhorte les Grecs à l'unité avec l'Église romaine, mais son vocabulaire révèle aussi la tension créée par la quatrième croisade et l'installation de Latins en Orient. Tanner note que le lien avec l'Église grecque est négligé et que les actions de certains évêques latins d'Orient aggravent la situation.[37]

Le canon 5 réaffirme la primauté de l'Église romaine, puis fixe l'ordre des sièges patriarcaux : Constantinople, Alexandrie, Antioche, Jérusalem. Le texte a donc une portée institutionnelle : il ne se contente pas de parler de communion abstraite, il organise le rang des grands sièges dans une chrétienté déjà blessée par le schisme et les événements de 1204.[38][39]

Pour un lecteur catholique, ce passage doit être lu avec deux précautions. D'une part, Latran IV confesse clairement la primauté romaine. D'autre part, il appartient à un moment latin très dur pour les relations avec l'Orient. L'intérêt historique du canon est justement de montrer la coexistence d'une doctrine de primauté et d'une réception orientale rendue difficile par le contexte politique.

Reliques, indulgences et simonie

Le canon 62 encadre les reliques : on ne doit pas vendre de reliques anciennes, ni exposer de nouvelles reliques sans approbation du Siège apostolique. Le même canon limite les indulgences excessives accordées lors de dédicaces ou d'autres occasions.[40]

Les canons 63 à 66 reviennent sur la simonie et les exactions. Latran IV poursuit ici le long combat des conciles du Latran précédents : le sacré ne peut pas devenir une marchandise. Les sacrements, les bénéfices, les bénédictions et les réalités spirituelles ne doivent pas être distribués comme des revenus.[41]

Comment le concile a-t-il été reçu ?

Une intégration rapide au droit canonique

La réception de Latran IV est considérable. L'introduction de Tanner note que les constitutions entrent dans la Compilatio quarta, sauf quelques exceptions, puis dans les Décrétales de Grégoire IX de 1234. Le guide bio-bibliographique de Harvard résume la même donnée : les 70 constitutions et le décret de croisade reçoivent rapidement les commentaires des grands canonistes.[42][43]

Cette réception explique pourquoi Latran IV pèse au-delà de 1215. Ses canons deviennent des normes de travail pour les juristes, les évêques, les écoles et les tribunaux ecclésiastiques. Le concile ne reste pas une mémoire cérémonielle ; il entre dans la mécanique quotidienne du gouvernement de l'Église.

Une influence durable sur la vie ordinaire des fidèles

L'héritage le plus visible est pastoral. Confession annuelle, communion pascale, prédication structurée, écoles cathédrales, contrôle des reliques, publication des bans, conservation de l'Eucharistie : ces mesures touchent non seulement les évêques et les clercs, mais la vie religieuse de chaque paroisse.[44][45]

Latran IV peut donc être lu comme un concile de « civilisation paroissiale ». Il organise la manière dont le chrétien médiéval entend la doctrine, reçoit les sacrements, se marie, se confesse, reconnaît les reliques, dépend de son curé et entre dans le rythme annuel de l'Église.

Points difficiles et limites historiques

Les canons contre les juifs et les musulmans

Les canons 67 à 70 concernent les juifs et, dans certains cas, les musulmans. Ils traitent d'usure, de distinction vestimentaire, de fonctions publiques et de convertis retournant à leurs anciens rites. Ces textes appartiennent à une société de chrétienté où l'unité religieuse et l'ordre public étaient pensés ensemble ; ils ont aussi nourri, dans l'histoire, des pratiques discriminatoires qu'un lecteur contemporain doit regarder sans les édulcorer.[46]

Il faut donc les présenter avec précision. Ils font partie des constitutions conciliaires ; ils ne résument pas tout Latran IV. Ils montrent aussi que l'histoire de l'Église contient des décisions disciplinaires liées à des contextes politiques et sociaux qui ne se lisent pas comme des définitions dogmatiques de même nature que Firmiter credimus.

Le canon 71 et la croisade

Le dernier décret prépare une nouvelle croisade, fixe le départ au 1er juin 1217, impose une contribution du vingtième des revenus ecclésiastiques pendant trois ans, interdit certaines fournitures aux Sarrasins et ordonne une paix générale de quatre ans entre princes chrétiens.[47]

Innocent III meurt en 1216, avant de conduire lui-même cette entreprise. Le projet débouche historiquement sur la cinquième croisade, qui ne réalisera pas les espérances placées dans la mobilisation de 1215. Ce point rappelle que Latran IV est à la fois un sommet de réforme ecclésiale et un document de son temps, marqué par la théologie politique médiévale de la croisade.[48]

Que reste-t-il aujourd'hui de Latran IV ?

Une référence dogmatique

Latran IV reste une référence pour trois points doctrinaux majeurs : la simplicité et l'unité de Dieu, la création de toutes choses par Dieu à partir de rien, et la présence réelle eucharistique exprimée par le changement de substance du pain et du vin.[49]

Cette densité explique sa présence dans les manuels de théologie, le Denzinger et les textes catéchétiques. En peu de lignes, Firmiter credimus unit Trinité, création, christologie, eschatologie, Église, Eucharistie, baptême et pénitence.

Une matrice pastorale

Le concile a aussi façonné la pratique catholique ordinaire. La confession annuelle et la communion pascale ne sont pas des détails médiévaux : elles ont donné un rythme sacramentel minimal à la chrétienté latine. Les obligations paroissiales, les écoles, la prédication et la discipline matrimoniale ont rendu la foi plus visible, plus encadrée et plus transmissible.[50]

Un avertissement sur la réforme

Latran IV montre enfin qu'une réforme catholique sérieuse ne se réduit ni à un slogan spirituel ni à une opération administrative. Elle exige la foi confessée, la prédication, l'instruction, la discipline des ministres, la protection des sacrements, la justice canonique, la correction des abus et le courage de regarder aussi les limites historiques d'une époque.

Pour aller plus loin

  • Lire Latran III : la préparation immédiate de plusieurs réformes reprises en 1215.
  • Lire Joachim de Flore et le joachimisme : pour comprendre la condamnation ciblée du canon 2.
  • Lire Le concile de Trente : réception ultérieure de la doctrine eucharistique et réforme sacramentelle.
  • Retenir le cœur du sujet : Latran IV est le grand concile médiéval qui unit définition de foi, réforme pastorale et gouvernement canonique.

Notes et références

  1. Norman P. Tanner (éd.), Decrees of the Ecumenical Councils, vol. 1, Georgetown University Press, 1990, "Fourth Lateran Council 1215", introduction et constitutions, texte anglais reproduit par EWTN : History and Text. L'introduction présente Latran IV comme le grand résumé de l'œuvre d'Innocent III et son initiative majeure.

    1
  2. Henri Leclercq, "Fourth Lateran Council (1215)", The Catholic Encyclopedia, vol. 9, New York, Robert Appleton Company, 1910, New Advent / EWTN : Fourth Lateran Council. Notice sur la bulle du 19 avril 1213, l'ouverture, les 70 décrets et les principaux canons.

    2
  3. Latran IV, introduction de Tanner, lignes de structure des constitutions : discipline ecclésiastique (6-13), mœurs cléricales (14-22), élections et bénéfices (23-32), taxes (33-34), procès (35-49), mariage (50-52), dîmes (53-61), reliques et indulgences (62), simonie (63-66), juifs (67-70).

    3 9
  4. Hugh Pope, "Pope Innocent III", The Catholic Encyclopedia, vol. 8, New York, Robert Appleton Company, 1910, New Advent : Pope Innocent III. Notice biographique sur Lotario dei Conti di Segni, son élection en 1198, son gouvernement et la convocation de Latran IV.

    4
  5. Latran IV, introduction de Tanner : convocation du 19 avril 1213, invitation des évêques, abbés, prieurs, chapitres, ordres religieux et autorités civiles.

    5
  6. Latran IV, introduction de Tanner, programme attribué à Innocent III : extirper les vices, planter les vertus, réformer les mœurs, ôter les hérésies, fortifier la foi, établir la paix et secourir la Terre sainte.

    6
  7. Latran IV, constitution 3, dans Tanner, Decrees, texte EWTN / Documenta Catholica Omnia, p. 4-5 du PDF : procédure contre les hérétiques, protecteurs, autorités négligentes et visites épiscopales annuelles dans les lieux suspects.

    7
  8. Latran IV, constitution 3, citation de Rm 10,15 sur la prédication mandatée : ceux qui prêchent sans mission de l'évêque ou du Siège apostolique sont frappés d'excommunication.

    8
  9. Joseph F. Loughlin, "Lateran Councils", The Catholic Encyclopedia, vol. 9, New York, Robert Appleton Company, 1910, New Advent : notice générale sur les conciles du Latran et le rôle du Latran comme siège pontifical médiéval.

    10
  10. Latran IV, introduction de Tanner : 404 évêques de l'Église occidentale, plus abbés, chanoines et représentants séculiers (y compris de l'Orient latin) ; absence grecque sauf le patriarche maronite et un légat du patriarche d'Alexandrie. Leclercq (Catholic Encyclopedia, 1910) compte pour sa part 412 évêques et plus de 900 abbés et prieurs : on suit ici Tanner, édition critique de référence (1990).

    11
  11. Latran IV, introduction de Tanner : ouverture le 11 novembre 1215, deuxième session le 20 novembre, troisième session le 30 novembre avec lecture et approbation des constitutions.

    12
  12. Latran IV, introduction de Tanner : les 70 constitutions reflètent clairement l'œuvre d'Innocent III et sont regardées comme lois universelles et résumé de la juridiction de son pontificat.

    13
  13. Latran IV, constitution 1, Firmiter credimus, dans Tanner, Decrees, texte EWTN / Documenta Catholica Omnia, p. 2-3 du PDF.

    14 16
  14. IVᵉ concile du Latran, constitution 1, Firmiter credimus, dans Heinrich Denzinger, Enchiridion Symbolorum, éd. française numérisée 1957, §§800-802 : foi catholique, Trinité, création, Incarnation, Église, Eucharistie, baptême et pénitence.

    15 17 21 49
  15. Matthieu Lavagna, La question difficile de l'enfer, page PDF 8 (pagination imprimée, éditeur et année non visibles dans l'extrait), citant la profession de foi du IVe concile de Latran : « Il [Jésus] viendra à la fin des temps pour juger les vivants et les morts, pour rendre à chacun selon ses œuvres, tant aux réprouvés qu'aux élus. Tous ressusciteront avec le corps qu'ils portent actuellement, afin de recevoir ce qu'ils auront mérité, soit en bien, soit en mal ; pour les seconds, le châtiment perpétuel avec le diable, pour les premiers, la gloire éternelle avec le Christ. » (Profession de foi, IVè Concile de Latran)

    18
  16. Latran IV, constitution 1, Firmiter credimus, passage eucharistique : le corps et le sang du Christ sont vraiment contenus sous les espèces du pain et du vin, le pain et le vin ayant été changés en substance par la puissance de Dieu.

    19 20
  17. Latran IV, constitution 2, "On the error of abbot Joachim", dans Tanner, Decrees, texte EWTN / Documenta Catholica Omnia, p. 3-4 du PDF.

    22
  18. IVᵉ concile du Latran, constitution 2, Damnamus, dans Denzinger, éd. française 1957, §§803-806 : fausse doctrine de Joachim de Flore et doctrine trinitaire.

    23
  19. Latran IV, constitution 2 : le texte précise que Joachim avait ordonné que ses écrits soient soumis au jugement du Siège apostolique et reçus avec respect par ses disciples.

    24
  20. Latran IV, constitution 10, dans Tanner, Decrees, texte EWTN / Documenta Catholica Omnia : nomination de prédicateurs capables pour seconder les évêques dans la prédication et les visites pastorales.

    25
  21. Latran IV, constitution 11, "On schoolmasters for the poor", dans Tanner, Decrees : maître gratuit dans chaque cathédrale et théologien dans les églises métropolitaines.

    26 45
  22. Latran IV, constitutions 14-20, dans Tanner, Decrees : incontinence, ivresse, tenue des clercs, prélats dissolus, effusion du sang, usage profane des églises, garde du chrême et de l'Eucharistie.

    27
  23. Latran IV, constitution 6, "On yearly provincial councils", dans Tanner, Decrees : obligation de conciles provinciaux annuels pour faire avancer la réforme.

    28
  24. Latran IV, constitution 7, "The correction of offences and the reform of morals", dans Tanner, Decrees : correction des abus et obligation de réforme par les prélats.

    29
  25. Latran IV, constitution 21, Omnis utriusque sexus, dans Tanner, Decrees, texte EWTN / Documenta Catholica Omnia : confession annuelle, communion pascale et secret de la confession.

    30 32 33 44 50
  26. IVᵉ concile du Latran, constitution 21, dans Denzinger, éd. française 1957, §812 : obligation de la confession annuelle et de la communion pascale.

    31
  27. Latran IV, constitutions 23-32, dans Tanner, Decrees : vacance des églises, formes d'élection, invalidité des élections par abus séculier, examen des candidats, pluralité des bénéfices et revenus paroissiaux.

    34
  28. Latran IV, constitution 38, dans Tanner, Decrees : obligation de conserver des actes écrits dans les procédures judiciaires.

    35
  29. Latran IV, constitutions 50-52, dans Tanner, Decrees : empêchements de parenté, publication des bans, mariages clandestins et témoins.

    36
  30. Latran IV, constitution 4, dans Tanner, Decrees, et introduction de Tanner sur l'absence presque totale des Grecs et l'aggravation des relations avec l'Orient latin après 1204.

    37
  31. Latran IV, constitution 5, dans Tanner, Decrees : ordre des patriarcats après l'Église romaine — Constantinople, Alexandrie, Antioche, Jérusalem.

    38
  32. IVᵉ concile du Latran, constitution 5, dans Denzinger, éd. française 1957, §811 : prééminence du Siège romain et rang des patriarches.

    39
  33. Latran IV, constitution 62, dans Tanner, Decrees : reliques anciennes, nouvelles reliques et limitation des indulgences excessives.

    40
  34. Latran IV, constitutions 63-66, dans Tanner, Decrees : simonie, exactions et avarice cléricale.

    41
  35. Latran IV, introduction de Tanner : les constitutions entrent dans la Compilatio quarta, sauf 42 et 71, puis dans les Décrétales de Grégoire IX, sauf 42, 49 et 71.

    42
  36. Ames Foundation / Harvard Law School, "Lateran IV, Council: Constitutiones", Bio-Bibliographical Guide to Medieval and Early Modern Jurists : 70 constitutions plus un décret de croisade, commentaires rapides par les grands canonistes, édition moderne García y García, Vatican, 1981, p. 175-272.

    43
  37. Latran IV, constitutions 67-70, dans Tanner, Decrees : dispositions médiévales sur juifs, musulmans, usure, signes distinctifs, fonctions publiques et convertis.

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  38. Latran IV, constitution 71, dans Tanner, Decrees, texte EWTN / Documenta Catholica Omnia, p. 21-22 du PDF : préparation de la croisade, date du 1er juin 1217, contribution du vingtième, trêve de quatre ans, interdictions commerciales et indulgence.

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