Le Concile de Trente (1545-1563)

Le Concile de Trente (1545-1563) est le 19ᵉ concile œcuménique de l'Église catholique, convoqué par Paul III pour répondre à la Réforme protestante. 25 sessions en trois périodes, sous cinq pontificats (sessions actives sous Paul III, Jules III et Pie IV). Décrets fondateurs : Écriture et Tradition (Session IV, 1546), justification (Session VI, 1547), Eucharistie et transsubstantiation (Session XIII, 1551), sacrifice de la Messe (Session XXII), ordre sacré et création des séminaires diocésains (Session XXIII), mariage Tametsi (Session XXIV), purgatoire et invocation des saints (Session XXV). Œuvre maîtresse : Hubert Jedin Geschichte des Konzils von Trient (Herder 1949-1975).

Ignispedia

Le Concile de Trente (1545-1563) est le 19ᵉ concile œcuménique de l'Église catholique et le plus long de toute son histoire : dix-huit ans, vingt-cinq sessions réparties en trois périodes distinctes, sous cinq pontificats successifs (Paul III, Jules III, Marcel II, Paul IV, Pie IV) : trois périodes de sessions actives sous Paul III, Jules III et Pie IV, le concile restant suspendu sous le bref pontificat de Marcel II (22 jours) puis sous Paul IV. Convoqué par le pape Paul III par la bulle Laetare Jerusalem du 19 novembre 1544, ouvert solennellement à Trente (siège épiscopal alors situé dans le Saint-Empire) le 13 décembre 1545 et clôturé le 4 décembre 1563, il constitue la réponse magistérielle systématique de l'Église catholique à la Réforme protestante de Luther, Calvin et Zwingli. Ses décrets dogmatiques sur l'Écriture et la Tradition, sur la justification, sur les sacrements et notamment sur l'Eucharistie forment le corpus doctrinal de référence de l'Église catholique jusqu'à Vatican II (1962-1965) — et restent doctrinalement en vigueur, en continuité avec lui.

Genèse et convocation

Le contexte de crise (1517-1545)

Pourquoi Trente ? — quatre pressions convergent entre 1517 et 1545 : rupture doctrinale, échec des colloques, crise politique impériale et réforme catholique interne. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Entre la publication des 95 thèses de Luther (31 octobre 1517) et l'ouverture du concile (13 décembre 1545), vingt-huit ans s'écoulent — près de trois décennies. Les tentatives de réconciliation (diètes de Worms 1521, Augsbourg 1530, Ratisbonne 1541) échouent toutes. La rupture s'élargit : Luther, excommunié en 1521, fonde une Église réformée allemande ; Zwingli à Zurich (1523-1531), Calvin à Genève (à partir de 1536), Henri VIII en Angleterre (Acte de Suprématie, 1534) suivent. L'Allemagne est traversée de tensions confessionnelles croissantes — la guerre des Paysans de 1524-1525 reste proche et les conflits armés entre princes protestants et empereur s'annoncent (la guerre de Smalkalde éclatera en 1546). La nécessité d'un concile général s'impose, mais Charles Quint (favorable) et François Iᵉʳ (hostile, par alliance avec les princes protestants contre Charles) bloquent toute convocation pendant des années.

Paul III convoque (1544)

Élu pape en 1534, Alessandro Farnese (Paul III) prend l'initiative décisive. La bulle de convocation Laetare Jerusalem du 19 novembre 1544 annonce l'ouverture pour le 15 mars 1545 à Trente — ville italo-germanique, sur la route de l'Empire, dans la principauté épiscopale — territoire gouverné par son propre évêque comme prince d'Empire — du cardinal Cristoforo Madruzzo. L'ouverture est repoussée au 13 décembre 1545 (3ᵉ dimanche de l'Avent, Gaudete) en raison des retards des évêques. Trois légats pontificaux président le concile : les cardinaux Giovanni Maria del Monte (futur Jules III), Marcello Cervini (futur Marcel II) et Reginald Pole (cardinal anglais)[1].

Le choix de la ville est lui-même un compromis politique. Trente est techniquement une ville d'Empire (le siège princier-épiscopal relève du Saint-Empire romain germanique), ce qui satisfait Charles Quint qui souhaite un concile « en Allemagne » ; mais c'est aussi une ville italophone et catholique, ce qui rassure Rome, qui craint une assemblée sous mainmise impériale, d'esprit conciliariste, capable de limiter le pouvoir pontifical. Le cardinal Cristoforo Madruzzo (1512-1578), prince-évêque de Trente, joue alors un rôle de médiateur essentiel entre les légats romains et la cour impériale : son hospitalité et sa diplomatie sont décisives pour la tenue du concile à Trente[2].

Acteurs et participation

Les évêques par nation

La composition par nation varie considérablement selon les périodes. À la première période (1545-1547), le concile reste modeste : la Session III du 4 février 1546 ne compte que 34 évêques (28 Italiens, 4 Espagnols, 1 Allemand, 1 Français)[3], ce qui alimente la critique réformée d'un concile « uniquement italien ». La troisième période (1562-1563) est de tout autre ampleur : la session finale du 4 décembre 1563 réunit 228 Pères conciliaires dont 187 évêques, 7 cardinaux, 7 généraux d'ordre, 19 procureurs et 8 abbés mitrés[4]. La proportion italienne reste majoritaire (132 Italiens), mais la députation française envoyée par Charles IX (sous l'impulsion du cardinal Charles de Lorraine) et les Espagnols introduisent un rééquilibrage décisif. La participation française, longtemps réticente, devient en 1562-1563 un facteur d'équilibre : les Pères français exigent et obtiennent que le concile traite réellement de la réforme disciplinaire, et pas seulement de la doctrine dogmatique.

Théologiens du concile

Les évêques votent ; les théologiens conseillent. Le concile innove en distinguant clairement theologi votandi (évêques avec droit de vote) et theologi consulendi (théologiens-experts présentant rapports et arguments) — modèle que reprendra Vatican II quatre siècles plus tard. Six figures théologiques marquent durablement Trente — dont une, le cardinal Hosius, y siège comme légat pontifical et non comme simple expert consultant :

  • Diego Laínez S.J. (1512-1565), théologien pontifical, architecte du décret sur la justification ;
  • Alfonso Salmerón S.J. (1515-1585), exégète et théologien jésuite, présent aux trois périodes ;
  • Domingo de Soto O.P. (1494-1560), dominicain de Salamanque, De natura et gratia (1547), pilier du décret de Session VI ;
  • Melchor Cano O.P. (1509-1560), dominicain salamantin, De locis theologicis (publié posthume, 1563) — méthode théologique qui fonde la théologie post-tridentine ;
  • Girolamo Seripando O.E.S.A. (1493-1563), général des Augustins, défenseur de la duplex iustitia — la « double justice », c'est-à-dire compter pour être sauvé à la fois sur la justice que Dieu met en nous et sur celle du Christ mise à notre compte —, thèse finalement écartée mais qui marque le débat ;
  • Stanislaus Hosius (1504-1579), cardinal polonais, nommé parmi les légats pontificaux présidant la troisième période (10 mars 1561), auteur de la Confessio fidei catholicae christianae (1553)[5].

Procédure et votes

Trente vote « per capita » (un évêque, une voix), contrairement aux conciles médiévaux votant per nationes (par blocs nationaux). Cette innovation, défendue par les légats pontificaux dès 1545, neutralise l'argument national impérial-français et garantit la majorité aux évêques italiens, fidèles au Saint-Siège. Les décrets dogmatiques sont structurés en deux parties : chapitres doctrinaux (exposé positif de la foi catholique) et canons (formules anathématiques courtes, « si quis dixerit… anathema sit », qui condamnent point par point une thèse erronée nommément visée). Ce format binaire — chapitres doctrinaux puis canons anathématiques — est resté jusqu'au XXᵉ siècle le modèle des définitions dogmatiques solennelles : Vatican II (1962-1965), tout en confirmant la doctrine tridentine, adopte un style pastoral sans anathèmes[6].

Les trois périodes

Première période sous Paul III (1545-1547), Sessions I-X

Trente, 18 ans en 3 actes — les trois périodes, les deux interruptions et les grands thèmes dogmatiques de chaque reprise conciliaire. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Les premières sessions traitent essentiellement de la procédure, de la profession de foi, puis attaquent les questions doctrinales fondamentales :

  • Session III (4 février 1546) : profession de foi nicéo-constantinopolitaine
  • Session IV (8 avril 1546) : Écriture et Tradition — décret Sacrosancta
  • Session V (17 juin 1546) : péché originel
  • Session VI (13 janvier 1547) : justification — 16 chapitres, 33 canons
  • Session VII (3 mars 1547) : sacrements en général — affirmation des sept sacrements

En mars 1547, une épidémie de typhus pousse les légats à transférer le concile à Bologne (territoire pontifical). Charles Quint, en désaccord, refuse de reconnaître les sessions bolonaises (IX et X). Le concile est suspendu par Paul III en septembre 1549.

Deuxième période sous Jules III (1551-1552), Sessions XI-XVI

Le successeur de Paul III, Jules III, rouvre le concile à Trente le 1ᵉʳ mai 1551. Les sessions traitent des sacrements :

Mais le retournement de Maurice de Saxe — qui, après le traité de Chambord (janvier 1552) conclu avec Henri II, soulève les princes protestants contre Charles Quint (révolte des princes, Fürstenaufstand) — contraint à suspendre le concile en avril 1552. Pendant dix ans, le concile reste interrompu (sous Marcel II, qui meurt après 22 jours de pontificat, puis sous le réformateur radical Paul IV, hostile au concile, qui préfère gouverner par décrets curiaux plutôt que par concile).

Troisième période sous Pie IV (1562-1563), Sessions XVII-XXV

Élu en 1559, Pie IV (Gian Angelo Medici) rouvre le concile le 18 janvier 1562. Les légats qui le président successivement sont Ercole Gonzaga, Girolamo Seripando, Stanislas Hosius et Ludovico Simonetta, puis Giovanni Morone ; depuis Rome, le neveu du pape et secrétaire d'État Charles Borromée pilote efficacement les travaux. Les sessions finales sont les plus dogmatiquement denses :

  • Session XXI (16 juillet 1562) : communion sous les deux espèces — le décret définit le dogme (la communion sous une seule espèce est entière ; les petits enfants n'y sont pas tenus) et renvoie au pape la décision d'accorder le calice aux laïcs (concession accordée par Pie IV en 1564)
  • Session XXII (17 septembre 1562) : sacrifice de la Messe — affirmation du caractère sacrificiel
  • Session XXIII (15 juillet 1563) : ordre sacré et création des séminaires
  • Session XXIV (11 novembre 1563) : mariage — décret Tametsi (« bien que ») : un mariage n'est valide que devant le curé et des témoins
  • Session XXV (3-4 décembre 1563) : purgatoire, invocation des saints, images saintes, indulgences, décrets de réforme générale

Vue d'ensemble des 25 sessions

Le tableau ci-dessous récapitule, pour chaque session, la date, le pape régnant et le contenu principal (décret de réforme ou décret dogmatique). Les sessions surlignées en gras sont les sessions dogmatiques majeures auxquelles l'Église se réfère encore au XXIᵉ siècle pour citer Trente.

SessionDatePapeContenu principal
I13 déc. 1545Paul IIIOuverture solennelle, profession initiale
II7 janv. 1546Paul IIIModus vivendi et de procedendo (procédure)
III4 fév. 1546Paul IIIProfession de foi nicéo-constantinopolitaine
IV8 avr. 1546Paul IIIÉcriture et Tradition — décret Sacrosancta + canon biblique + Vulgate
V17 juin 1546Paul IIIPéché originel
VI13 janv. 1547Paul IIIJustification — 16 chapitres, 33 canons
VII3 mars 1547Paul IIISacrements en général + baptême + confirmation
VIII11 mars 1547Paul IIITranslation à Bologne
IX21 avr. 1547Paul IIIProrogation
X2 juin 1547Paul IIIProrogation (puis suspension officielle en sept. 1549)
XI1 mai 1551Jules IIIReprise à Trente
XII1 sept. 1551Jules IIIProrogation
XIII11 oct. 1551Jules IIIEucharistie — transsubstantiation, présence réelle (Denzinger §§ 1635-1661)
XIV25 nov. 1551Jules IIIPénitence et extrême-onction
XV25 janv. 1552Jules IIIProrogation
XVI28 avr. 1552Jules IIISuspension (révolte des princes) — interruption de dix ans
XVII18 janv. 1562Pie IVReprise à Trente sous Pie IV
XVIII26 fév. 1562Pie IVIndex librorum prohibitorum (commission préparatoire)
XIX14 mai 1562Pie IVProrogation
XX4 juin 1562Pie IVProrogation
XXI16 juil. 1562Pie IVCommunion sous les deux espèces (dogme ; concession renvoyée au pape)
XXII17 sept. 1562Pie IVSacrifice de la Messe — De sacrosancto Missae Sacrificio
XXIII15 juil. 1563Pie IVOrdre sacré + obligation de résidence + création des séminaires diocésains
XXIV11 nov. 1563Pie IVMariage — décret Tametsi (mariage valide seulement devant prêtre et témoins) + décrets de réforme
XXV3-4 déc. 1563Pie IVPurgatoire, invocation des saints, images, indulgences + réforme générale, clôture

Sources : Conciliorum Oecumenicorum Decreta, dir. Giuseppe Alberigo, EDB, Bologne, 3ᵉ éd. 1991, p. 657-799 ; Denzinger-Hünermann, §§ 1500-1835[7].

Décrets dogmatiques majeurs

Session IV — Écriture et Tradition (1546)

Trente répond aux ruptures — cinq points doctrinaux fixés contre les thèses réformées : Écriture et Tradition, justification, sept sacrements, présence réelle et images saintes. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Le décret Sacrosancta du 8 avril 1546 établit la position catholique fondamentale, en réponse à la sola scriptura luthérienne :

« Veritatem et disciplinam contineri in libris scriptis et sine scripto traditionibus, quae ab ipsius Christi ore ab Apostolis acceptae, aut ab ipsis Apostolis, Spiritu Sancto dictante, quasi per manus traditae, ad nos usque pervenerunt. » (« La vérité et la discipline sont contenues dans les livres écrits et dans les traditions non écrites qui, reçues par les apôtres de la bouche même du Christ, ou transmises par les apôtres eux-mêmes sous la dictée de l'Esprit Saint, sont parvenues jusqu'à nous comme de main en main. ») — Concile de Trente, Session IV, Decretum de canonicis Scripturis, Denzinger § 1501[8]

Le même décret fixe le canon biblique (46 livres pour l'AT — deutérocanoniques inclus —, 27 pour le NT) et reconnaît la Vulgate latine de saint Jérôme comme l'édition authentique pour l'usage public. Trente ne dit pas que la Vulgate est la seule traduction acceptable, ni qu'elle est sans défaut critique : elle est « authentica », c'est-à-dire fait foi dans les controverses publiques de doctrine, sans préjudice d'éditions critiques ultérieures — ce qui explique que Sixte V puis Clément VIII produiront en 1592 la Vulgate sixto-clémentine révisée, et que Pie XII rouvrira en 1943 par l'encyclique Divino Afflante Spiritu le droit à l'usage scientifique des textes originaux[9].

Quatre positions confessionnelles sur les grands points

Pour situer la portée de Trente, il est utile de placer côte à côte la position catholique définie en 1545-1563 et les trois grandes positions réformées qui l'ont provoquée. Le tableau ci-dessous résume les cinq grands axes où le décret tridentin tranche directement contre une thèse protestante précise — Sola Scriptura, Sola Fide, Eucharistie, autorité ecclésiale et culte des saints.

Axe doctrinalConcile de Trente (1545-1563)Luther (luthériens)Calvin (réformés)Zwingli (réformés suisses)
Règle de foiÉcriture et Tradition apostolique, sous le Magistère (Sess. IV)Sola Scriptura — Écriture seule, Tradition relativiséeSola Scriptura stricte — Écriture régulant la traditionSola Scriptura radicale — anti-tradition
JustificationPar la foi vivifiée par la charité, justice infuse (Sess. VI)Sola Fide — justification forensique imputativeSola Fide + double prédestination stricteSola Fide + accent communautaire
EucharistieTranssubstantiation — présence réelle substantielle (Sess. XIII)Union sacramentelle, dite « consubstantiation » — coexistence pain/corpsPrésence pneumatique réelle (par l'Esprit) aux élusMémorial symbolique seul
SacrementsSept sacrements institués par le Christ (Sess. VII)Deux (baptême, Cène), pénitence parfois admiseDeux (baptême, Cène), strictement signaDeux signes (baptême, Cène) sans efficacité
Marie / saintsInvocation légitime, vénération distincte de l'adoration (Sess. XXV)Marie honorée mais invocation rejetéeInvocation rejetée comme idolâtrieIconoclasme et rejet de toute invocation

Lecture : Trente ne se contente pas de refuser les cinq sola ; il reformule positivement la foi catholique sur chaque point, en donnant à la fois un exposé doctrinal (chapitres) et des anathèmes anonymes (canons). Voir les articles spécialisés Sola Scriptura, Sola Fide, Sola Gratia, Solus Christus et Soli Deo Gloria pour la réfutation point par point[10].

Session VI — Justification (1547)

Contre la thèse luthérienne de la justification par la seule foi — le pécheur déclaré juste sans que la grâce infuse ni les œuvres n'y contribuent —, le décret du 13 janvier 1547, traité en détail dans l'article Sola Fide, répond point par point. Il comporte seize chapitres doctrinaux et trente-trois canons anathématiques (Denzinger §§ 1520-1583) : justification par la foi qui est « le commencement, le fondement et la racine » (chapitre 8), mais qui implique la coopération de la volonté préparée par la grâce prévenante (canon 9), la grâce sanctifiante infuse (canon 11), le mérite des œuvres du juste (canon 32).

Session VII — Les sept sacrements (1547)

Contre la réduction réformée aux seuls baptême et Cène — voire à de simples signes sans efficacité —, le décret du 3 mars 1547 affirme que les sept sacrements ont tous été institués par Jésus-Christ et sont vraiment et proprement des sacrements. Canon 1 :

« Si quis dixerit, sacramenta novae legis non fuisse omnia a Iesu Christo Domino nostro instituta ; aut esse plura vel pauciora, quam septem, videlicet baptismum, confirmationem, eucharistiam, poenitentiam, extremam unctionem, ordinem et matrimonium ; aut etiam aliquod horum septem non esse vere et proprie sacramentum : anathema sit. » (« Si quelqu'un dit que les sacrements de la Loi nouvelle n'ont pas tous été institués par Jésus-Christ notre Seigneur ; ou qu'il y en a plus ou moins de sept, à savoir le baptême, la confirmation, l'eucharistie, la pénitence, l'extrême-onction, l'ordre et le mariage ; ou encore que l'un de ces sept n'est pas vraiment et proprement un sacrement : qu'il soit anathème. ») — Concile de Trente, Session VII, canon 1 sur les sacrements, Denzinger § 1601[11]

Le même décret définit ensuite le baptême et la confirmation, avant les décrets ultérieurs sur l'Eucharistie, la pénitence et l'ordre (Denzinger §§ 1601-1630).

Session XIII — Eucharistie (1551)

Le décret De SS. Eucharistia du 11 octobre 1551 est l'un des plus solennels du concile (Denzinger §§ 1635-1661). Canon 1 :

« Si quis negaverit, in sanctissimae Eucharistiae sacramento contineri vere, realiter et substantialiter corpus et sanguinem una cum anima et divinitate Domini nostri Iesu Christi, ac proinde totum Christum ; sed dixerit, tantummodo esse in eo ut in signo vel figura aut virtute: anathema sit. » (« Si quelqu'un nie que, dans le très saint sacrement de l'Eucharistie, sont contenus vraiment, réellement et substantiellement le corps et le sang, avec l'âme et la divinité de Notre-Seigneur Jésus-Christ, et par conséquent le Christ tout entier ; mais qu'il dise qu'il n'y est que comme dans un signe, une figure ou une vertu : qu'il soit anathème. ») — Concile de Trente, Session XIII, canon 1, Denzinger § 1651[12]

Canon 2 consacre le terme de transsubstantiation comme désignation propre de la conversion du pain et du vin au corps et au sang du Christ.

Session XXII — Le sacrifice de la Messe (1562)

Le décret De sanctissimo Missae sacrificio du 17 septembre 1562 complète la doctrine eucharistique de la Session XIII en abordant le sacrifice. Contre Luther, qui dénonçait la Messe comme une idolâtrie abominable, au motif qu'on ne peut offrir à Dieu ce que le Christ a déjà offert une fois pour toutes (cf. Lettre aux Hébreux 9, 25-28), le concile distingue deux modes du sacrifice unique :

« In divino hoc sacrificio, quod in Missa peragitur, idem ille Christus continetur et incruente immolatur, qui in ara crucis semel se ipsum cruente obtulit. » (« Dans ce divin sacrifice qui s'accomplit dans la Messe, c'est le même Christ qui est contenu et offert d'une manière non sanglante, qui s'est offert lui-même une fois pour toutes d'une manière sanglante sur l'autel de la croix. ») — Concile de Trente, Session XXII, De sanctissimo Missae sacrificio, chap. 2, Denzinger § 1743[13]

La Messe est donc, pour Trente, la même offrande que celle de la Croix — Christ est à la fois prêtre et victime — mais renouvelée sacramentellement, sans répétition ni ajout. Les fruits du Calvaire sont « appliqués » aux vivants et aux morts par la Messe. Le décret cite Hébreux 5, 6 (le Christ prêtre selon l'ordre de Melchisédech) pour fonder la sacerdoce du Christ sous les espèces du pain et du vin. Canon 1 anathématise quiconque nie le caractère sacrificiel de la Messe ; canon 3 anathématise quiconque rejette les Messes pour les défunts ; canon 9 anathématise quiconque condamne le rite romain selon lequel une partie du canon et les paroles de la consécration sont prononcées à voix basse, ou soutient que la Messe doit être célébrée en langue vulgaire seulement, ou que l'eau ne doit pas être mêlée au vin offert dans le calice (Denzinger § 1759). Le décret fonde théologiquement le Missel romain de Pie V (1570) et reste l'unique exposé conciliaire systématique du sacrifice eucharistique jusqu'à Vatican II.

Session XXIII — Ordre sacré et résidence (1563)

Le décret du 15 juillet 1563 définit deux dossiers décisifs. Sur le sacrement de l'Ordre, Trente recense les sept ordres de la hiérarchie (chapitre 2) et affirme la succession apostolique des évêques par institution divine (chapitre 4), et anathématise quiconque nie que l'ordination imprime un caractère sacramentel indélébile (canon 4, Denzinger § 1774). Sur la résidence des évêques, le concile met fin à des siècles de bénéfices cumulés (un évêque souvent absent de son diocèse) : tout évêque doit résider personnellement dans son diocèse, sauf cause grave et brève[14].

Session XXV — Purgatoire, saints, images (1563)

Contre la négation réformée du purgatoire comme invention sans fondement scripturaire, le décret du 3-4 décembre 1563 affirme l'existence du purgatoire et l'efficacité des suffrages pour les défunts (Denzinger § 1820), ainsi que la légitimité de l'invocation des saints (§§ 1821-1822) et la vénération des images saintes (§ 1823) — répondant à l'accusation d'idolâtrie —, distinguée soigneusement de l'adoration due à Dieu seul. Sur les images :

« Per imagines, quas osculamur, et coram quibus caput aperimus et procumbimus, Christum adoremus, et sanctos, quorum illae similitudinem gerunt, veneremur. » (« Par les images que nous baisons et devant lesquelles nous nous découvrons la tête et nous nous prosternons, adorons le Christ, et vénérons les saints dont elles portent la ressemblance. ») — Concile de Trente, Session XXV, Denzinger § 1823[15]

Réformes disciplinaires

Les séminaires diocésains (1563)

La charpente tridentine — Écriture et Tradition comme fondation, grands piliers dogmatiques et réformes disciplinaires qui structurent l'Église post-tridentine. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Le décret de la Session XXIII (15 juillet 1563), chapitre 18, intitulé Cum adolescentium aetas, ordonne la création d'un séminaire diocésain dans chaque cathédrale ou dans une église majeure du diocèse. Le texte précise les modalités : âge minimum 12 ans, priorité aux jeunes pauvres dotés des dispositions requises, curriculum couvrant grammaire, chant ecclésiastique, calcul, Sainte Écriture, théologie morale et rituel sacramentaire, financement par les revenus épiscopaux et chanoniaux[16]. Cette décision a structuré la formation cléricale catholique pendant quatre siècles, jusqu'à la réforme post-conciliaire de Vatican II (Optatam Totius, 1965).

Tametsi et la forme canonique du mariage (1563)

Le décret Tametsi (« bien que », premier mot latin du texte) de la Session XXIV (11 novembre 1563) abolit les mariages clandestins : pour être valide, un mariage requiert désormais la présence du curé de paroisse (ou d'un prêtre délégué par l'évêque) et de deux ou trois témoins, sous peine de nullité : c'est l'impedimentum clandestinatis irritans, c'est-à-dire un blocage qui rend le mariage nul — sans curé ni témoins, il n'y a pas de mariage valide.

Le Catechismus Romanus (1566)

Pie V publie en 1566 le Catéchisme du Concile de Trente, ou Catechismus Romanus, rédigé par une commission présidée par les cardinaux Carlo Borromeo et Guglielmo Sirleto, et stylé en latin classique par les humanistes Iulius Pogianus et Paulus Manutius (fils d'Alde Manuce). Destiné principalement aux curés (ad parochos), il devient l'outil universel de catéchèse paroissiale jusqu'au Catéchisme de l'Église catholique de 1992.

Bréviaire (1568) et Missel (1570)

Pie V promulgue le Bréviaire romain par la bulle Quod a nobis du 9 juillet 1568, puis le Missel romain par la bulle Quo primum tempore du 14 juillet 1570. Ce Missel codifie le rite romain de la Messe tridentine, qui sera la forme universelle du rite latin pendant quatre siècles (jusqu'au Missel de Paul VI en 1969-1970). Quo primum impose l'usage du Missel romain « in perpetuum » à toutes les Églises latines ne pouvant justifier d'un rite plus que bicentenaire — clause qui préserve les rites particuliers (lyonnais, mozarabe, ambrosien, dominicain, chartreux, prémontré, carmélite)[17]. Depuis le motu proprio Traditionis custodes du 16 juillet 2021, l'usage liturgique du Missel de 1962 relève de l'autorisation de l'évêque diocésain[18].

L'obligation de résidence et les conciles provinciaux

Au-delà des séminaires et du Tametsi, Trente articule un programme disciplinaire complet pour relever la qualité du clergé. Les conciles provinciaux doivent être tenus tous les trois ans dans chaque province ecclésiastique et les synodes diocésains chaque année (Sess. XXIV, De reformatione, c. 2). L'évêque est tenu à la visite pastorale annuelle de son diocèse, à la prédication personnelle pendant l'Avent et le Carême, à la résidence effective et à l'examen des candidats aux saints ordres. La simonie (vente des bénéfices) est sévèrement frappée d'anathème, et la pluralité des bénéfices sans charge d'âmes est interdite. L'évêque est passé du seigneur féodal au pasteur résident.

L'application pratique reste lente : au lendemain du concile, seule une minorité d'évêques italiens résident effectivement dans leur diocèse ; un siècle plus tard, la résidence et la visite pastorale annuelle sont devenues la norme reçue (travaux de Maurilio Guasco, John Bossy et Wietse de Boer)[19]. La figure même de l'évêque catholique moderne — pasteur, théologien, visiteur, prédicateur — naît de Trente, par couches successives, avec Charles Borromée comme prototype héroïque[20].

L'Index librorum prohibitorum (1559-1564)

L'Index des livres interdits n'est pas une création de Trente stricto sensu : un premier Index Romanus est promulgué par Paul IV dès 1559, jugé d'une rigueur excessive (il proscrit même certaines œuvres d'Érasme et tous les écrits des humanistes suspects). La Session XVIII du concile (26 février 1562) institue une commission de dix-huit Pères chargée de réviser cet Index. Le résultat, l'Index Tridentinus, est promulgué par Pie IV par la bulle Dominici gregis custodiae du 24 mars 1564, deux mois après Benedictus Deus. Il est précédé de dix Regulae, qui définissent les critères de prohibition : livres d'hérétiques, traductions vernaculaires de la Bible non approuvées, livres immoraux ou de sorcellerie[21].

L'Index est ensuite mis à jour régulièrement par la Congrégation de l'Index (créée par Pie V en 1571, fusionnée avec le Saint-Office par Benoît XV en 1917 (motu proprio Alloquentes proxime), supprimée par Paul VI le 14 juin 1966 au moyen de la notification « Post litteras apostolicas » du cardinal Ottaviani). Pendant quatre siècles, l'Index aura été l'outil disciplinaire majeur de surveillance doctrinale catholique : il aura prohibé Galilée (1633-1835 — l'imprimatur Settele de 1822 n'est pas la radiation : omission formelle à l'édition 1835 de l'Index), Descartes, Pascal (Lettres provinciales mais pas les Pensées), Voltaire, Rousseau, Hugo, Sartre, et bien d'autres. La théologie catholique contemporaine reconnaît que l'Index a eu des effets positifs (protection des fidèles contre les erreurs graves) et des effets contestables (rigidité, sur-prohibition, retards de réception scientifique). Sa suppression en 1966 reflète le passage à un modèle de discernement personnel formé plutôt que de prohibition collective.

Approfondissements

Hubert Jedin — l'œuvre maîtresse

Évocation de l'ouverture du concile à Trente, cathédrale San Vigilio, 13 décembre 1545. Aquarelle générée par IA.

Le grand historien catholique allemand Hubert Jedin (1900-1980), professeur à Bonn, consacre sa vie à l'histoire de Trente. Son œuvre maîtresse Geschichte des Konzils von Trient paraît en quatre volumes chez Herder à Fribourg-en-Brisgau, de 1949 à 1975 (soit ~2 500 pages cumulées). Traduction française Histoire du Concile de Trente publiée chez Desclée de Brouwer entre 1955 et 1981. Cette tétralogie reste à ce jour l'ouvrage de référence absolu sur le concile, fondé sur un dépouillement exhaustif des archives vaticanes, viennoises, simancaines et tridentines[22].

John O'Malley — la synthèse contemporaine

Le jésuite américain John W. O'Malley publie en 2013 Trent: What Happened at the Council (Belknap Press of Harvard University Press, 335 p., ISBN 978-0-674-06697-7), récit factuel rigoureux qui restitue l'événement plus que la doctrine : la politique pontificale, les rapports impériaux-français, les rivalités entre évêques espagnols et italiens, l'opposition interne entre conciliaristes et papalistes. Cet ouvrage a reçu le prix John Gilmary Shea de l'American Catholic Historical Association[23].

Adriano Prosperi et l'école italienne

L'historien italien Adriano Prosperi propose dans Il Concilio di Trento : una introduzione storica (Einaudi, 2001) une lecture contextualiste italienne, attentive aux dimensions sociales et culturelles. L'éditeur Giuseppe Alberigo a dirigé la grande édition critique italienne Storia del concilio di Trento.

Le Denzinger-Hünermann

Le recueil officiel des décrets dogmatiques de toute l'histoire de l'Église catholique, Enchiridion Symbolorum, definitionum et declarationum de rebus fidei et morum, dit « le Denzinger », fondé par Heinrich Denzinger en 1854 et actualisé par Peter Hünermann en 1991 (44ᵉ édition latin-allemand, Herder, Fribourg-en-Brisgau, 2014, ISBN 978-3-451-37804-1). Les décrets de Trente y occupent les paragraphes §§ 1500-1835 (le § 1835, décret de la Session XXV sur les indulgences, est le dernier texte tridentin ; le n° 1864 porte déjà la profession de foi Iniunctum nobis de Pie IV, 1564).

Réception : Vatican II et l'herméneutique de la continuité

L'évaluation contemporaine de Trente par Vatican II et le Magistère post-conciliaire passe par la notion d'« herméneutique de la continuité » formulée par Benoît XVI dans son discours à la Curie romaine du 22 décembre 2005 :

« D'un côté, il existe une interprétation que je voudrais appeler "herméneutique de la discontinuité et de la rupture" ; (...) D'autre part, il y a l'"herméneutique de la réforme", du renouveau dans la continuité de l'unique sujet-Église, que le Seigneur nous a donné ; c'est un sujet qui grandit dans le temps et qui se développe, restant cependant toujours le même, l'unique sujet du Peuple de Dieu en marche. » — Benoît XVI, discours à la Curie romaine, 22 décembre 2005[24]

Vatican II ne contredit pas Trente : il en prolonge le travail dans un contexte historique nouveau, sur une autorité identique — celle du pape en communion avec le Collège des évêques.

Approfondissements complémentaires

Les réformes catholiques antérieures à Luther (1495-1525)

L'image d'une Trente « provoquée » par Luther est en partie trompeuse : la Réforme catholique avait commencé avant 1517, indépendamment de la crise allemande. Quatre foyers majeurs convergent dans les années 1495-1525 :

  • En Espagne, le cardinal Francisco Jiménez de Cisneros (1436-1517) réforme dès 1495 l'épiscopat de Tolède, l'observance franciscaine et fonde l'Université d'Alcalá de Henares (1508), d'où sortira la Biblia Políglota Complutense achevée en 1517 — première édition imprimée multilingue (hébreu, araméen, grec, latin) du texte sacré.
  • À Rome, l'Oratoire du Divin Amour est fondé en 1517 sous Léon X, regroupant clercs et laïcs (parmi lesquels saint Caïetan de Thiene et le futur Paul IV) pour la prière, les sacrements et les œuvres de charité — modèle de renouveau spirituel élitaire.
  • En 1524, saint Caïetan de Thiene (1480-1547) et Gian Pietro Carafa fondent les Théatins — clercs réguliers vivant en pauvreté évangélique pour former un clergé exemplaire.
  • En 1525-1528, Matteo da Bascio (1495-1552) fonde la branche capucine de l'ordre franciscain pour restaurer la rigueur primitive ; approbation par Clément VII le 3 juillet 1528 (bref Exponi nobis, expédié le même jour sous plomb en forme de bulle Religionis zelus, à Viterbe).

L'humaniste Érasme de Rotterdam publie en 1503 son Enchiridion militis christiani (« Manuel du chevalier chrétien »), appel à la conversion intérieure du laïcat — l'ouvrage est traduit dans de nombreuses langues européennes et préfigure l'esprit tridentin de retour à la philosophia Christi[25].

Conclusion historiographique : Trente n'est pas une simple réaction anti-protestante, mais l'aboutissement institutionnel d'un mouvement réformateur catholique déjà bien établi avant 1517.

Diego Laínez S.J. — l'architecte théologique du décret sur la justification

Le jésuite espagnol Diego Laínez (1512-1565), successeur d'Ignace de Loyola comme préposé général de la Compagnie de Jésus (1558-1565), est l'un des théologiens les plus influents de Trente. À la Session VI, son discours du 26 octobre 1546 sur la justification — trois heures de défense rigoureuse de la doctrine de la justice infuse contre la duplex iustitia (la « double justice ») prônée par certains théologiens conciliants — bascule le débat. Le 13 janvier 1547, le décret est adopté à la quasi-unanimité dans le sens que Laínez avait défendu. Sa Disputatio de iustitia imputata, versée aux Actes du concile, nourrit la rédaction finale du décret[26].

Saint Charles Borromée — l'application exemplaire de Trente

Neveu du pape Pie IV, Charles Borromée (1538-1584) — qui ne fut jamais légat et ne présida aucune session — pilote depuis Rome, en qualité de secrétaire d'État, les travaux des Sessions XVII à XXV. Mais c'est dans son archidiocèse de Milan (1565-1584) qu'il applique exemplairement les décrets tridentins :

  • Ouverture du séminaire diocésain de Milan en 1564 — parmi les tout premiers séminaires diocésains appliquant rigoureusement Cum adolescentium aetas
  • Tenue de six conciles provinciaux (1565, 1569, 1573, 1576, 1579, 1582) qui « traduisent les prescriptions générales du Concile en applications pastorales détaillées »
  • Visites pastorales systématiques de toutes les paroisses du diocèse
  • Acta Ecclesiae Mediolanensis (1582) — recueil des règlements pastoraux qui deviendra modèle européen
  • Réforme du clergé, des ordres religieux, fondation d'œuvres caritatives pendant la peste de Milan (1576-1577)

Canonisé par Paul V le 1ᵉʳ novembre 1610, Charles Borromée demeure le type idéal de l'évêque post-tridentin. Voir Giuseppe Alberigo (éd.), Carlo Borromeo e il suo tempo, Edizioni di Storia e Letteratura, Rome, 1986, 2 vol., 1216 p.[27].

Application en France — un siècle de résistance gallicane

La réception de Trente — confirmation pontificale, catéchisme romain, livres liturgiques, séminaires et diffusion progressive jusqu'à la réception française de 1615. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Contrairement à l'Espagne, l'Italie et la Pologne qui reçoivent Trente immédiatement, la France met près d'un siècle à accepter formellement les décrets tridentins. Henri II refuse en 1551 d'envoyer des théologiens[28], Charles IX est trop pris par les guerres de religion, et l'opposition gallicane (Parlement de Paris, université de la Sorbonne) résiste systématiquement. L'Ordonnance de Blois (mai 1579), 363 articles, intègre certaines dispositions de Trente « rendues compatibles avec les usages du royaume », mais le Concile lui-même n'est officiellement accepté qu'en 1615 par l'assemblée du clergé sous Louis XIII.

La diffusion concrète de l'esprit tridentin en France passe principalement par l'école française de spiritualité (Pierre de Bérulle, Vincent de Paul, Jean-Jacques Olier, Jean Eudes), qui fonde des séminaires et renouvelle le clergé entre 1611 et 1680. Voir Alain Tallon, La France et le Concile de Trente (1518-1563), École française de Rome, 1997, 975 p. (BEFAR n° 295)[29], et Paul Broutin S.J., La Réforme pastorale en France au XVIIᵉ siècle, Desclée, Tournai, 1956, 2 vol., 939 p.[30].

Trente et le Nouveau Monde — l'évangélisation des Amériques

L'application des décrets sacramentels et missiologiques de Trente en Amérique espagnole s'opère sous l'influence des dominicains de l'école de Salamanque. Francisco de Vitoria O.P. (vers 1483-1546), dans ses Relectiones de Indis (1539), pose les fondations du droit international moderne en défendant les droits naturels des peuples amérindiens contre l'abus colonial. Bartolomé de Las Casas O.P. (1474-1566), premier évêque résidentiel effectif de Chiapas (Mexique, 1543-1550) — après les nominations sans prise de possession de Juan de Urteaga (1539) et Juan de Arteaga (1540) —, publie en 1552 sa Brevísima relación de la destrucción de las Indias dénonçant les exactions de la Conquista. Sous la pression de Las Casas, portée par l'école de Salamanque, Charles Quint promulgue les Leyes Nuevas (1542) abolissant l'esclavage indien et limitant l'encomienda[31].

Adriano Prosperi, dans son ouvrage majeur Tribunali della coscienza: Inquisitori, confessori, missionari (Einaudi, Turin, 1996, 740 p., ISBN 978-88-06-13708-6), montre comment la confession sacramentelle tridentine et la pratique inquisitoriale fonctionnent comme deux versants d'une même entreprise d'unification catholique post-tridentine, tant en Italie qu'aux Amériques[32].

L'art post-tridentin — Émile Mâle

L'ouvrage L'Art religieux après le Concile de Trente d'Émile Mâle (Armand Colin, Paris, 1932, 2ᵉ éd. 1951, 532 p.) reste l'étude classique sur l'iconographie tridentine. Mâle montre comment le décret de la Session XXV sur les images saintes (3 décembre 1563) — qui réaffirme la doctrine du IIᵉ Concile de Nicée (787) contre l'iconoclasme protestant tout en exigeant clarté narrative et décence — façonne profondément l'art baroque catholique (Caravage, Bernin, Rubens), influence l'architecture des églises post-tridentines, et structure jusqu'au XVIIIᵉ siècle l'imaginaire visuel du catholicisme romain[33].

Édition critique des actes : Concilium Tridentinum

Pour l'érudition, l'édition critique standard des actes du concile est Concilium Tridentinum: Diariorum, actorum, epistularum, tractatuum nova collectio, éditée par la Görres-Gesellschaft à Fribourg-en-Brisgau de 1901 à 2001 (13 volumes en 20 parties physiques, ~12 000 pages cumulées). Éditeurs successifs : Sebastian Merkle, Stephan Ehses, Alois Postina, Vinzenz Schweitzer, Gottfried Buschbell, Joachim Birkner, Hubert Jedin, Klaus Ganzer[34].

Bellarmin et la systématisation de la doctrine tridentine

Le grand théologien jésuite saint Robert Bellarmin (1542-1621), cardinal et docteur de l'Église (canonisé 1930, docteur de l'Église 1931), donne à la doctrine tridentine sa forme polémique aboutie dans les Disputationes de controversiis christianae fidei adversus hujus temporis haereticos (Ingolstadt, 1586-1593, 4 volumes in-folio). Aucun manuel post-tridentin ne s'est imposé avec la même force pour expliquer, défendre et étendre les définitions du concile contre les théologiens protestants. Bellarmin organise systématiquement par controverse — Écriture, Tradition, Église, pape, conciles, grâce et libre arbitre, sacrements, purgatoire, indulgences — et il défend la suprématie indirecte du pape sur le temporel, position médiane entre l'absolutisme ultramontain et l'érastianisme protestant[35].

Confirmation pontificale : la bulle Benedictus Deus (1564)

Le 26 janvier 1564, sept semaines après la clôture solennelle, Pie IV confirme officiellement par la bulle Benedictus Deus l'ensemble des décrets de Trente — dogmatiques et disciplinaires. En substance (paraphrase du § 1) : tout ce qui a été défini et statué au saint concile de Trente doit être fidèlement observé et accueilli par tous les fidèles du Christ[36].

La bulle prévoit deux clauses importantes : (1) interdiction d'interpréter les décrets sans l'autorité du Saint-Siège — c'est cette clause qui aboutira à la création de la Congrégation du Concile par Pie IV le 2 août 1564, par sa lettre appelée Alias nos (d'après ses premiers mots latins) : un petit groupe de cardinaux chargés d'expliquer et de faire appliquer les décisions du concile, soit l'application disciplinaire (ancêtre directe de l'actuel Dicastère pour le Clergé) ; (2) interdiction de gloser par des commentaires non approuvés. Cette double clause garantit la cohérence interprétative de l'œuvre tridentine pendant quatre siècles, jusqu'à l'aggiornamento de Vatican II.

Pour aller plus loin

Notes et références

  1. Sur les trois légats pontificaux ouvrant Trente : Giovanni Maria del Monte (1487-1555), cardinal-évêque de Palestrina, élu pape Jules III le 7 février 1550 ; Marcello Cervini (1501-1555), cardinal de Santa Croce in Gerusalemme, élu pape Marcel II le 9 avril 1555 et mort 22 jours plus tard ; Reginald Pole (1500-1558), cardinal anglais, candidat malheureux au conclave de 1549-1550, futur archevêque de Cantorbéry sous Marie Tudor. Voir Hubert Jedin, Geschichte des Konzils von Trient, Herder, Fribourg-en-Brisgau, vol. 2, 1957, p. 1-25.

    1
  2. Cristoforo Madruzzo (1512-1578), créé cardinal in pectore par Paul III au consistoire du 2 juin 1542 (publication le 7 janvier 1545), prince-évêque de Trente de 1539 à 1567 et de Brixen de décembre 1542 à 1578 (confirmation le 17 décembre 1542). Voir Salvador Miranda, The Cardinals of the Holy Roman Church, art. « Madruzzo, Cristoforo » (consistoire du 2 juin 1542, in pectore, publié le 7 janvier 1545) et Konrad Eubel, Hierarchia catholica medii et recentioris aevi, t. III, p. 141 (succession de Brixen, décembre 1542). Sur son rôle de médiateur impérial-romain, voir Iginio Rogger, Il Concilio di Trento. Diciotto saggi, Edizioni Studium, Rome, 2005, ISBN 978-88-382-3962-6, et la biographie classique Aldo Stella, Madruzzo, Cristoforo, dans Dizionario Biografico degli Italiani, vol. 67, Treccani, Rome, 2006.

    2
  3. Hubert Jedin, Geschichte des Konzils von Trient, Herder, Fribourg-en-Brisgau, 4 volumes, 1949-1975 : vol. 1 Der Kampf um das Konzil (1949) ; vol. 2 Die erste Trienter Tagungsperiode 1545/47 (1957) ; vol. 3 Bologneser Tagung 1547/48 — Zweite Trienter Tagungsperiode 1551/52 (1970) ; vol. 4 Dritte Tagungsperiode und Abschluss (1975). Traduction française : Histoire du Concile de Trente, Desclée de Brouwer, Paris, 1955-1981.

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  4. Chiffres de participation tirés de John W. O'Malley S.J., Trent: What Happened at the Council, Belknap Press of Harvard University Press, Cambridge MA, 2013, p. 245-249. Le décompte de la dernière session (4 décembre 1563) inclut 187 évêques diocésains, les 7 cardinaux légats et présidents, les 7 supérieurs généraux d'ordres religieux (Jésuites, Dominicains, Franciscains conventuels, Franciscains observants, Augustins, Carmes, Servites), 19 procureurs (représentant des évêques absents) et 8 abbés mitrés. Voir aussi Concilium Tridentinum, Actorum, CT IX, p. 1101-1106 pour la liste nominative complète. La Catholic Encyclopedia (1913, art. « Council of Trent ») compte pour sa part 215 Pères présents (4 légats, 2 cardinaux, 3 patriarches, 25 archevêques, 167 évêques, 7 abbés, 7 généraux, outre 19 procureurs pour 33 absents), et les actes portent 255 signatures, procurations incluses : l'écart tient aux bases de comptage (Pères présents / signataires).

    4
  5. Sur les théologiens-experts de Trente : Heribert Smolinsky et Klaus Ganzer, Die Wirkung Trients und die Anfänge der Gegenreformation, dans Walter Brandmüller (dir.), Handbuch der Kirchengeschichte, vol. 4, Reformation, katholische Reform und Gegenreformation, Herder, Fribourg-en-Brisgau, 1985. Sur Cano spécifiquement, voir Marcial Solana, Historia de la filosofía española: Época del Renacimiento (siglo XVI), RAE de Ciencias Morales y Políticas, Madrid, 1941, t. III, ch. sur Cano. Sur Seripando, Hubert Jedin, Girolamo Seripando: Sein Leben und Denken im Geisteskampf des 16. Jahrhunderts, Werl, 1937, 2 vol.

    5
  6. Sur la procédure de vote per capita et l'innovation tridentine vis-à-vis des conciles médiévaux votant per nationes (Constance 1414-1418, Bâle 1431-1449) : Hubert Jedin, Strukturprobleme der ökumenischen Konzilien, dans Kirche des Glaubens, Kirche der Geschichte, Herder, Fribourg-en-Brisgau, 1966, t. II, p. 367-388. Voir aussi Giuseppe Alberigo, Cardinalato e collegialità. Studi sull'ecclesiologia tra l'XI e il XIV secolo, Vallecchi, Florence, 1969.

    6
  7. Synoptique des 25 sessions reconstitué d'après Conciliorum Oecumenicorum Decreta, dir. Giuseppe Alberigo, EDB, Bologne, 3ᵉ éd. 1991, p. 657-799, et Concilium Tridentinum (CT), Görres-Gesellschaft, vol. VIII (Actorum partes V-VII). Pour le détail des dates précises, voir aussi le tableau récapitulatif de Hubert Jedin, Histoire du Concile de Trente, t. IV/2, Desclée de Brouwer, Paris, 1981, p. 487-492.

    7
  8. Concile de Trente, Session IV, Decretum de canonicis Scripturis et Decretum de editione et usu sacrorum librorum, 8 avril 1546. Texte latin : Heinrich Denzinger et Peter Hünermann, Enchiridion Symbolorum, 44ᵉ éd., Herder, Fribourg-en-Brisgau, 2014, § 1501-1508, ISBN 978-3-451-37804-1. Traduction française dans Les conciles œcuméniques, dir. Giuseppe Alberigo, Cerf, Paris, 1994, t. II/2, p. 1505-1509.

    8
  9. Sur l'autorité de la Vulgate selon Trente et son interprétation moderne : Pie XII, encyclique Divino Afflante Spiritu, 30 septembre 1943, § 21 : « Cette autorité spéciale, ou comme on dit, "authenticité" de la Vulgate, n'a pas été décrétée par le Concile pour des raisons purement critiques, mais bien plutôt à cause de son usage légitime dans les Églises, durant tant de siècles ». Sur la Vulgate sixto-clémentine, voir Hugues Vaganay, La Vulgate sixtine et clémentine: Histoire des éditions et des éditeurs, Lyon, 1922.

    9
  10. Pour la comparaison systématique entre Trente et les positions réformées, voir Bernard Sesboüé S.J., Pour une théologie œcuménique. Église et sacrements. Eucharistie et ministères. La Vierge Marie, Cerf, Paris, 1990, qui propose des grilles comparatives doctrinales.

    10
  11. Concile de Trente, Session VII, Decretum de sacramentis, 3 mars 1547. Canons sur les sacrements en général, le baptême et la confirmation, Denzinger §§ 1601-1630.

    11
  12. Concile de Trente, Session XIII, Decretum de SS. Eucharistia, canon 1, 11 octobre 1551. Denzinger § 1651. Voir aussi les chapitres 1-8 et les canons 2-11 du même décret, §§ 1636-1661, qui définissent la transsubstantiation, l'adoration eucharistique, la réserve eucharistique et l'obligation de la confession sacramentelle avant la communion en état de péché mortel.

    12
  13. Concile de Trente, Session XXII, Decretum de sanctissimo Missae sacrificio, chap. 2, 17 septembre 1562. Denzinger § 1743. Voir également les neuf canons §§ 1751-1759 qui anathématisent : la négation du caractère sacrificiel (canon 1), le refus d'offrir la Messe pour les saints en mémoire (canon 5), le rejet du Canon romain (canon 6), la condamnation des Messes privées (canon 8). Pour l'analyse théologique, voir Aimé-Georges Martimort, L'Église en prière, Desclée, Paris, 1983-1984, t. II, L'eucharistie.

    13
  14. Concile de Trente, Session XXIII, Decretum de reformatione, chapitre 1 (résidence) et chapitre 4 (ordres mineurs), 15 juillet 1563. Denzinger § 1764-1778. Sur l'application historique du décret de résidence : Adriano Prosperi, L'eresia del Libro Grande: Storia di Giorgio Siculo e della sua setta, Feltrinelli, Milan, 2000, ch. 12. Pour la France, voir Robert Sauzet, Au grand siècle des âmes: Guerre sainte et paix chrétienne en France au XVIIᵉ siècle, Perrin, Paris, 2007.

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  15. Concile de Trente, Session XXV, Decretum de invocatione, veneratione et reliquiis Sanctorum et de sacris imaginibus, 3 décembre 1563. Denzinger § 1823 (le § 1825 voisin porte sur l'extirpation des abus et superstitions). Texte latin collationné : « ita ut per imagines, quas osculamur et coram quibus caput aperimus et procumbimus, Christum adoremus, et sanctos, quorum illae similitudinem gerunt, veneremur ». Le décret distingue rigoureusement latria (adoration due à Dieu seul) et dulia (vénération des saints), reprenant la distinction du II Concile de Nicée (787) sur la querelle iconoclaste.

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  16. Concile de Trente, Session XXIII, Decretum de reformatione, chapitre 18 (Cum adolescentium aetas), 15 juillet 1563. Denzinger § 1764. Voir l'étude historique de Maurilio Guasco, Storia del clero in Italia dall'Ottocento a oggi, Laterza, Rome-Bari, 1997, ISBN 978-88-420-5266-5, pour l'application de ce décret en Italie. Pour la France, voir Paul Broutin, La Réforme pastorale en France au XVIIᵉ siècle, Desclée, Tournai, 1956, 2 vol.

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  17. Pie V, bulle Quo primum tempore, 14 juillet 1570. Texte latin dans Bullarium Romanum, Turin, 1860, t. VII, p. 839-841. Sur l'interprétation de la clause des rites bicentenaires et la portée du Missel tridentin jusqu'à 1969-1970, voir Klaus Gamber, La réforme liturgique en question, Sainte-Madeleine, Le Barroux, 1992 ; Annibale Bugnini, La riforma liturgica (1948-1975), CLV-Edizioni Liturgiche, Rome, 1983, ISBN 978-88-7367-009-2 ; le motu proprio Benoît XVI, Summorum Pontificum, 7 juillet 2007, avait reconnu la forme tridentine du Missel comme « forme extraordinaire » du rite romain — régime remplacé par le motu proprio François, Traditionis custodes, 16 juillet 2021 (art. 1 : les livres liturgiques promulgués par Paul VI et Jean-Paul II sont l'unique expression de la lex orandi du rite romain ; art. 2 : l'évêque diocésain règle et concède l'usage du Missel de 1962 ; art. 8 : abrogation des normes antérieures non conformes).

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  18. Sur l'application progressive de la réforme disciplinaire tridentine : Maurilio Guasco, Storia del clero in Italia dall'Ottocento a oggi, Laterza, Rome-Bari, 1997, ISBN 978-88-420-5266-5, ch. introductif sur les racines tridentines. John Bossy, Christianity in the West, 1400-1700, Oxford University Press, Oxford, 1985, ch. 5 « The Counter-Reformation Parish ». Wietse de Boer, The Conquest of the Soul: Confession, Discipline, and Public Order in Counter-Reformation Milan, Brill, Leyde, 2001, ISBN 978-90-04-11748-2.

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  19. Sur l'Index Tridentinus de 1564 et ses dix Regulae : Jesús Martínez de Bujanda (dir.), Index des livres interdits, 11 volumes, Médiaspaul / Centre d'études de la Renaissance, Sherbrooke / Genève, 1984-2002. Le volume VIII (Index de Rome 1557, 1559, 1564) édite et commente les Index pré-tridentin et tridentin avec une introduction de 200 pages. Voir aussi Gigliola Fragnito, La Bibbia al rogo. La censura ecclesiastica e i volgarizzamenti della Scrittura (1471-1605), Il Mulino, Bologne, 1997, ISBN 978-88-15-06122-4, sur la prohibition des Bibles vernaculaires. Sur la suppression : notification du Saint-Office Post litteras apostolicas, signée par le cardinal Alfredo Ottaviani, Acta Apostolicae Sedis 58 (1966), p. 445.

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  20. John W. O'Malley S.J., Trent: What Happened at the Council, Belknap Press of Harvard University Press, Cambridge MA, 2013, 335 p., ISBN 978-0-674-06697-7. Prix John Gilmary Shea 2014 de l'American Catholic Historical Association. Traduction française Le Concile de Trente : Ce qui s'est vraiment passé, Lessius, Bruxelles, 2013, ISBN 978-2-87299-244-7.

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  21. Benoît XVI, Discours à la Curie romaine pour la présentation des vœux de Noël, 22 décembre 2005. Texte officiel français sur vatican.va. Cette catégorie d'« herméneutique de la continuité » a structuré la lecture officielle de Vatican II durant le pontificat de Benoît XVI (2005-2013).

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  22. Sur les réformes catholiques pré-tridentines voir : (1) José García Oro, El Cardenal Cisneros: Vida y empresas, BAC, Madrid, 1992-1993, 2 vol., 1488 p., ISBN 978-84-7914-077-4 ; (2) Massimo Firpo, Riforma cattolica e Concilio di Trento: Storia o mito storiografico ?, Viella, Rome, 2022, 252 p., ISBN 978-88-3313-983-7 ; (3) Érasme, Enchiridion militis christiani, première édition Anvers 1503, édition critique latin-français par André-Jean Festugière, Vrin, Paris, 1979. Pour les Théatins, voir Andrea Vanni, Fare diligente inquisitione: Gian Pietro Carafa e le origini dei chierici regolari teatini, Viella, Rome, 2010.

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  23. Diego Laínez S.J. (1512-1565), discours sur la justification du 26 octobre 1546 (trois heures, contre la duplex iustitia ; texte versé aux Actes sous le titre Disputatio de iustitia imputata). Texte critique : Lainii Monumenta (8 vol., Société de Jésus, Madrid, 1912-1917). Étude moderne : John Patrick Donnelly S.J., Calvinism and Scholasticism in Vermigli's Doctrine of Man and Grace, Brill, Leyde, 1976. Voir aussi Concilium Tridentinum, Diariorum, actorum, epistularum, tractatuum nova collectio (CT), Görres-Gesellschaft, Fribourg-en-Brisgau, 1901-2001, vol. V, p. 612 sq. pour les protocoles du débat tridentin. Sur l'adoption du décret : New Catholic Encyclopedia, art. « Council of Trent » (« The decree on justification was adopted almost unanimously ») : encyclopedia.com.

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  24. Giuseppe Alberigo (éd.), Carlo Borromeo e il suo tempo, Edizioni di Storia e Letteratura, Rome, 1986, 2 vol., 1216 p. Voir aussi John Bossy, Christianity in the West, 1400-1700, Oxford University Press, Oxford, 1985, ISBN 978-0-19-289162-7 (ch. sur Borromée et l'application de Trente). Pour la spiritualité : Charles Borromée, Acta Ecclesiae Mediolanensis, Milan, 1582 (édition originale, chez Pacificum Pontium) ; réédition critique chez Bibliotheca Pinacotheca Ambrosiana, Milan, 1995.

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  25. Alain Tallon, La France et le Concile de Trente (1518-1563), Bibliothèque des Écoles françaises d'Athènes et de Rome (BEFAR) n° 295, École française de Rome, Rome, 1997, 975 p., ISBN 978-2-7283-0386-8. Thèse de doctorat soutenue à l'EFR (1996). Tallon, professeur à Sorbonne Université, spécialiste reconnu des relations France-Saint-Siège au XVIᵉ siècle. Synthèse plus brève dans Alain Tallon, Le Concile de Trente, Cerf, Paris, 2000, 144 p., coll. « Bref ».

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  26. Paul Broutin S.J., La Réforme pastorale en France au XVIIᵉ siècle : Recherches sur la tradition pastorale après le Concile de Trente, Desclée De Brouwer, Tournai-Paris, 1956, 2 volumes, 939 p. cumulées (coll. « Bibliothèque de théologie, série II : Théologie morale », tome II). Étude classique sur l'application différée des décrets tridentins en France via l'école française de spiritualité.

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  27. Sur l'école de Salamanque et les Amériques : (1) Francisco de Vitoria O.P., Relectiones de Indis et de iure belli, prononcées en 1539 à Salamanque, publiées en 1557. Édition critique trilingue : Leçons sur les Indiens et sur le droit de guerre, dir. Maurice Barbier, Droz, Genève, 1966 ; (2) Bartolomé de Las Casas O.P., Brevísima relación de la destrucción de las Indias, Séville, 1552. Édition critique : Tres breves tratados, Cátedra, Madrid, 1988 ; (3) Étude historique : Lewis Hanke, The Spanish Struggle for Justice in the Conquest of America, Little, Brown, Boston, 1949, 217 p. (réédition Southern Methodist University Press, 2002).

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  28. Adriano Prosperi, Tribunali della coscienza: Inquisitori, confessori, missionari, Giulio Einaudi Editore, Turin, 1996, 740 p., ISBN 978-88-06-13708-6 ; 2ᵉ édition revue 2009. Prosperi, professeur émérite à la Scuola Normale Superiore de Pise, est l'un des plus grands historiens italiens contemporains de la Réforme catholique.

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  29. Émile Mâle (1862-1954), L'Art religieux après le Concile de Trente : étude sur l'iconographie de la fin du XVIᵉ siècle, du XVIIᵉ, du XVIIIᵉ siècle (Italie, France, Espagne, Flandres), Armand Colin, Paris, 1932 ; 2ᵉ édition révisée 1951, 532 p. Mâle, professeur d'histoire de l'art chrétien à la Sorbonne, membre de l'Académie française (1927), reste la référence pour l'iconographie post-tridentine. Volume final de sa tétralogie sur l'art religieux.

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  30. Concilium Tridentinum. Diariorum, actorum, epistularum, tractatuum nova collectio, édité par la Görres-Gesellschaft, Herder, Fribourg-en-Brisgau, 1901-2001, 13 volumes en 20 parties physiques. Édition critique de référence absolue. Éditeurs principaux : Sebastian Merkle (vol. I-III, Diariorum), Stephan Ehses (vol. IV-V, Actorum partes I-II), Joseph Birkner et Hubert Jedin (vol. VI-XII), Klaus Ganzer (vol. XIII, parution finale 2001). Voir aussi Conciliorum Oecumenicorum Decreta, éd. Giuseppe Alberigo, EDB, Bologne, 1973 (3ᵉ éd. 1991).

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  31. Saint Robert Bellarmin, Disputationes de controversiis christianae fidei adversus hujus temporis haereticos, 4 vol. in-folio, Ingolstadt, 1586-1593. Édition moderne : Opera omnia, éd. Justin Fèvre, Vivès, Paris, 1870-1874, 12 vol. Sur Bellarmin théologien tridentin, voir Stefania Tutino, Empire of Souls: Robert Bellarmine and the Christian Commonwealth, Oxford University Press, Oxford, 2010, ISBN 978-0-19-973410-3. Canonisation par Pie XI le 29 juin 1930 ; proclamation comme docteur de l'Église par Pie XI le 17 septembre 1931.

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  32. Pie IV, bulle Benedictus Deus, 26 janvier 1564. Texte latin dans Bullarium Romanum, Turin, 1862, t. VII, p. 245-247. La bulle est datée du 26 janvier 1564 « stilo Romano » (c'est-à-dire selon la manière de compter les dates propre à Rome : la date portée est celle de la signature, même si le texte n'est rendu public que le 30 juin 1564). Sur la portée disciplinaire de la bulle et la création de la Congrégation du Concile (Congregatio super executione et observatione Sacri Concilii Tridentini) par le motu proprio Alias nos du 2 août 1564, voir Niccolò Del Re, La Curia Romana: Lineamenti storico-giuridici, Libreria Editrice Vaticana, Cité du Vatican, 4ᵉ éd. 1998, ISBN 978-88-209-2496-9, ch. consacré à la Congrégation du Concile et à son évolution jusqu'au Dicastère pour le Clergé (réforme Praedicate Evangelium, 2022).

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