Saint Jean Eudes (1601-1680)

Saint Jean Eudes, missionnaire normand et fondateur des Eudistes, fut le premier à donner aux Cœurs de Jésus et de Marie un culte liturgique public, avant les apparitions de Paray-le-Monial. L'Église le salue comme père, docteur et apôtre du culte des saints Cœurs.

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Jean Eudes (1601-1680) est un prêtre français, missionnaire normand, fondateur de la Congrégation de Jésus et Marie — les Eudistes — et de l'Ordre de Notre-Dame de Charité. Figure majeure de la Réforme catholique française et de l'école française de spiritualité, il fut tout à la fois un prédicateur infatigable, un héros de la charité au temps de la peste, un réformateur du clergé et un grand auteur spirituel.[1][2]

Mais l'Église retient surtout en lui l'apôtre des saints Cœurs. Bien avant les apparitions de Paray-le-Monial, Jean Eudes fut le premier à donner aux Cœurs de Jésus et de Marie un culte liturgique public : il composa et fit célébrer une messe et un office du Cœur de Marie dès 1648, puis du Cœur de Jésus dès 1672. Léon XIII le salua comme l'« auteur du culte liturgique » des Sacrés Cœurs ; Pie XI, en le canonisant, l'appela « père, docteur et apôtre » de cette dévotion.[3][4]

Toute sa vie tient dans une seule conviction, qu'il résuma dans son œuvre la plus célèbre, La Vie et le Royaume de Jésus dans les âmes chrétiennes : la vie chrétienne n'est que la continuation de la vie de Jésus en chacun de ses membres. Honorer le Cœur du Christ et de sa Mère, former de saints prêtres, relever les âmes perdues : tout y conduisait.[5]

Né à Ri, en Normandie, le 14 novembre 1601, mort à Caen le 19 août 1680, Jean Eudes fut béatifié en 1909 par saint Pie X et canonisé en 1925 par Pie XI, le même jour que le curé d'Ars. Sa fête est fixée au 19 août.[6][7]

L'enfant de Ri, fils de la Normandie (1601-1623)

Une naissance consacrée à la Vierge

Jean Eudes naît le 14 novembre 1601 à Ri, petit village du bocage normand, près d'Argentan, dans l'actuel département de l'Orne.[8][9] Il est l'aîné des enfants d'Isaac Eudes, laboureur aisé qui avait d'abord étudié la médecine, et de Marthe Corbin. La tradition rapporte un détail qui marquera toute sa vie : ses parents, demeurés quelque temps sans enfant, avaient invoqué la Vierge Marie pour en obtenir un, et le lui avaient consacré avant même sa naissance.[10][11] Cette consécration mariale initiale n'est pas une simple anecdote pieuse : elle annonce l'homme qui fera du Cœur de Marie le centre de sa dévotion.

Le foyer compte plusieurs enfants. Le plus connu après Jean est son cadet François Eudes de Mézeray (1610-1683), qui deviendra historiographe du roi et l'un des grands historiens français du Grand Siècle — preuve de la qualité intellectuelle de cette famille de la campagne normande.[12]

Le collège des jésuites de Caen

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Très jeune, l'enfant manifeste une piété précoce et un attrait marqué pour les choses de Dieu. Vers quatorze ans, il est envoyé au collège des jésuites de Caen — le célèbre collège du Mont —, où il reçoit une solide formation classique et spirituelle.[13][14] Là, il fait très tôt vœu de chasteté et se rapproche de la vie sacramentelle.

C'est aussi à Caen, à la faculté de théologie, qu'il poursuit ses premières études entre 1621 et 1623. Ses parents songent d'abord à le marier ; mais Jean, résolu à se donner entièrement à Dieu, écarte le projet et cherche la voie de sa vocation sacerdotale.[15][16]

Le choix de l'Oratoire de France

Le jeune homme aurait pu rejoindre les jésuites qui l'avaient formé. Il choisit pourtant une congrégation toute récente : l'Oratoire de Jésus, fondé en 1611 par le cardinal Pierre de Bérulle, qui était en train de renouveler en profondeur la spiritualité du clergé français.[17] Jean Eudes est admis à l'Oratoire de Paris le 25 mars 1623 — fête de l'Annonciation, jour qui reviendra plusieurs fois aux grands tournants de sa vie.[18]

Il y trouve l'esprit qui restera le sien : un christocentrisme ardent, le sens de la grandeur de Jésus et de Marie, l'« adhérence » de l'âme aux états du Verbe incarné. L'école bérullienne lui donne la matrice doctrinale dont sortiront toutes ses œuvres.

Le prêtre missionnaire de l'Oratoire (1623-1643)

Ordination et premières années

Après son noviciat et des études complétées dans les maisons oratoriennes de Marines et d'Aubervilliers, Jean Eudes est ordonné prêtre le 20 décembre 1625.[19][20] Il a vingt-quatre ans. Très vite, ses supérieurs discernent en lui un don exceptionnel pour la prédication et la direction des âmes. Toute sa première carrière sacerdotale se déroule sous l'habit de l'Oratoire, qu'il portera vingt ans, jusqu'en 1643.

Le héros des pestiférés (1627 et 1631)

Jean Eudes auprès de son tonneau. Gravure publiée en 1909 ; reproduction Hyppocastanum, CC0 — Wikimedia Commons.

Deux fois, la peste ravage la Normandie, et deux fois Jean Eudes s'offre pour servir les mourants. En 1627, l'épidémie frappe sa région ; en 1631, c'est Caen qui est dévastée.[21][22] Au lieu de fuir, le jeune prêtre se porte volontaire pour soigner les pestiférés, leur porter les sacrements et veiller à ce que les morts reçoivent une sépulture chrétienne.

Le détail le plus célèbre de cet épisode dit toute sa délicatesse héroïque : pour ne pas risquer de contaminer ses frères de communauté, il se tient à l'écart et vit, dit la tradition, dans un immense tonneau au milieu d'un champ, n'en sortant que pour secourir les malades.[23] Ce trait — un saint logé dans un tonneau pour aimer sans nuire — résume mieux qu'un long discours ce que sera toute sa vie : un don total au service des âmes.

Le grand missionnaire de la Normandie

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À partir de 1632, Jean Eudes se consacre à ce qui sera l'œuvre de toute son existence : les missions paroissiales. Il parcourt inlassablement la Normandie et au-delà — jusqu'à Paris et Versailles —, prêchant pour réveiller la foi du peuple, ramener les pécheurs, instruire des chrétiens souvent laissés à l'abandon.[24][25] On lui attribue plus d'une centaine de missions prêchées en un demi-siècle, certaines durant plusieurs semaines et rassemblant des foules considérables.[26]

Sa prédication est ardente, concrète, tournée vers la conversion et la confession générale. Partout, il constate la même plaie : un clergé mal formé, incapable d'instruire et de confesser dignement. Ce constat le conduira aux deux grandes fondations de sa vie.

« La terre est pleine de saints livres […]. Mais je ne trouve point de livres qu'on ait faits sur son très aimable Cœur. Et cependant, c'est ce qu'il y a de plus digne, de plus noble et de plus admirable en cette divine Vierge. » — Saint Jean Eudes, préface du Cœur admirable de la Très Sacrée Mère de Dieu[27]

Marie des Vallées, la mystique de Coutances

En août 1641, Jean Eudes rencontre une figure qui marquera durablement sa pensée : Marie des Vallées (1590-1656), mystique normande de la région de Coutances, longtemps tourmentée par d'effroyables épreuves intérieures et tenue par certains pour possédée.[28] Eudes, après examen, y discerne au contraire l'œuvre de Dieu et devient son directeur spirituel. Il rédigera plus tard sa biographie, La Vie admirable de Marie des Vallées (1655).

Cette mystique de l'offrande expiatoire confirme et nourrit son intuition des saints Cœurs. Marie des Vallées est aujourd'hui reconnue comme l'une des sources de la spiritualité réparatrice française ; son histoire est traitée à part dans le dossier Ignispedia sur les âmes victimes.

Les deux fondations (1641-1643)

Notre-Dame de Charité : relever les âmes perdues (1641)

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La première fondation naît de la charité. Au cours de ses missions, Jean Eudes croise des femmes tombées dans la prostitution ou la débauche qui, touchées par la grâce, voulaient changer de vie mais n'avaient aucun lieu pour le faire. Avec l'aide de quelques bienfaitrices, il fonde à Caen, en 1641, le refuge de Notre-Dame de Charité, érigé en ordre religieux contemplatif voué à les accueillir, protéger et relever.[29][30]

Cette intuition aura une postérité immense : au XIXᵉ siècle, c'est de Notre-Dame de Charité que sortira, par sainte Marie-Euphrasie Pelletier, la grande congrégation du Bon-Pasteur, répandue dans le monde entier au service des femmes et des jeunes filles en détresse.[31]

La rupture avec l'Oratoire

La seconde fondation va lui coûter cher. Convaincu que la réforme du clergé exige des séminaires confiés à une société de prêtres entièrement dévouée à cette tâche, Jean Eudes ne parvient pas à faire partager ce projet par ses supérieurs oratoriens.[32][33] Après un long discernement, il prend la décision douloureuse de quitter l'Oratoire, où il avait vécu vingt ans, pour fonder lui-même cette société.

Cette séparation, faite sans amertume mais non sans souffrance, lui vaudra des oppositions et des procès durant une grande partie de sa vie. Il les portera dans le même esprit d'abandon qu'il prêchait aux autres.

La Congrégation de Jésus et Marie : les Eudistes (1643)

L’ancienne église du séminaire devenue bibliothèque, en 1896. Œuvre collective, Revue photographique de l’Ouest. Domaine public — Wikimedia Commons.

Le 25 mars 1643, de nouveau le jour de l'Annonciation, Jean Eudes fonde à Caen, avec quelques prêtres et l'approbation de l'évêque de Bayeux, la Congrégation de Jésus et Marie, aujourd'hui connue sous le nom d'Eudistes.[34][35] Sa double fin résume tout son apostolat : la formation des prêtres dans les séminaires et la prédication des missions au peuple.[36]

La même année s'ouvre le séminaire de Caen, premier d'une série. Contrairement à d'autres instituts du temps, la Congrégation de Jésus et Marie n'est pas une communauté à vœux solennels mais une société de prêtres séculiers vivant en commun — formule souple, adaptée à sa mission.

Les séminaires : répondre au concile de Trente

Le séminaire est l'arme par laquelle l'Église applique enfin le décret du concile de Trente (1563) ordonnant la création de maisons de formation pour le clergé. En France, cet effort est porté par toute une génération : saint Vincent de Paul, Jean-Jacques Olier, Adrien Bourdoise — et Jean Eudes.[37] Du vivant du fondateur, les Eudistes ouvrent les séminaires de Caen (1643), Coutances, Lisieux, Rouen, Évreux et Rennes.[38]

Le tableau ci-dessous situe Jean Eudes parmi les artisans de cette réforme du clergé français :

FondateurSociété / séminaireDateLieu
Adrien BourdoiseSaint-Nicolas-du-Chardonnet1612Paris
Saint Vincent de PaulLazaristes (Saint-Lazare)1632Paris
Jean-Jacques OlierSaint-Sulpice1641Paris
Saint Jean EudesEudistes (séminaire de Caen)1643Caen

L'apôtre des Cœurs de Jésus et de Marie

Une dévotion née dans l'enfance

L'amour des saints Cœurs n'est pas chez Jean Eudes une invention tardive : il remonte à sa plus tendre enfance. Dès l'enfance, écrit-il, il avait « consacré » au Cœur de Marie « son cœur, son corps, son âme » et tout son être.[39] Toute sa vie, il a contemplé dans le Cœur — siège de l'amour — le lieu le plus intime et le plus digne de la sainteté de Jésus et de Marie.

Son intuition centrale est que les deux Cœurs ne font qu'un dans l'amour : on ne peut honorer l'un sans l'autre. Il forge même une salutation, l'« Ave Cor », adressée non au seul Cœur de la Mère mais aux deux Cœurs unis de Jésus et de Marie, qu'il fait réciter chaque jour dans sa Congrégation.[40]

La messe et l'office du Cœur de Marie (1648)

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C'est par le Cœur de Marie que tout commence, sur le plan liturgique. Après plusieurs années de réflexion, Jean Eudes compose une messe et un office du Cœur de Marie, qu'il soumet à l'évêque d'Autun, Mgr Claude de la Madeleine de Ragny.[41] Le 8 février 1648, au cours d'une grande mission à Autun, il fait célébrer pour la première fois cette messe — geste inouï pour l'époque, car aucun culte liturgique public n'avait encore été rendu à ce mystère.

La fête se répand rapidement dans les diocèses et les communautés. Approuvée en 1668 par le cardinal de Vendôme, confirmée par le pape Clément IX, elle est, dès 1672, célébrée « par toute la France », selon le témoignage du saint lui-même.[42]

La messe et l'office du Cœur de Jésus (1672)

Vingt-quatre ans après le Cœur de Marie, Jean Eudes franchit le pas décisif. En 1672, il compose une messe et un office propres du Cœur de Jésus, et envoie le 29 juillet 1672 une circulaire à toutes les maisons de son Institut, leur ordonnant de célébrer cette fête le 20 octobre, avec la plus grande solennité possible.[43][44]

La date est capitale pour l'histoire de la dévotion : ce culte liturgique du Cœur de Jésus est instauré un an avant que le Sacré-Cœur ne se révèle à sainte Marguerite-Marie Alacoque à Paray-le-Monial (1673). Jean Eudes ne dépend donc pas de Paray : il en a préparé les voies par avance. Quand les apparitions de Paray donneront à la dévotion son grand élan populaire et réparateur, elles trouveront déjà en place le cadre liturgique forgé par le missionnaire normand.[45]

Pour Jean Eudes, honorer le Cœur de Jésus, c'est répondre par l'amour aux outrages et aux ingratitudes dont ce Cœur est l'objet : telle est la note réparatrice de la dévotion eudiste aux saints Cœurs[46].

« Le Cœur admirable » : la somme mariale

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L'œuvre qui couronne cette dévotion est Le Cœur admirable de la Très Sacrée Mère de Dieu, vaste traité en douze livres que Jean Eudes achève quelques jours avant sa mort et qui paraît en 1681.[47] C'est, de l'aveu de ses éditeurs, le plus considérable de ses ouvrages, celui où il expose le plus complètement la dévotion aux Cœurs de Jésus et de Marie.

Dans la préface, il explique pourquoi il a voulu l'écrire : devant l'immense bibliothèque des livres composés à la louange de Marie, il s'étonnait qu'aucun n'eût encore été consacré à son Cœur, « la source et l'origine de toutes ses grandeurs ».[48] Pour Eudes, contempler le Cœur de Marie, c'est remonter à la racine cachée de toute sa sainteté.

Dès le premier chapitre, il présente le Cœur de la Mère de Dieu comme un monde et un abîme de merveilles, source et principe de toutes les vertus que l'on admire en Marie[49].

Eudes, Paray-le-Monial et le Sacré-Cœur

L'Église a clairement reconnu l'antériorité de Jean Eudes. Honorer le Cœur de Jésus en réponse aux ingratitudes des hommes : telle est, déjà chez lui, la note réparatrice qui éclatera à Paray. La grande dévotion au Sacré-Cœur, aujourd'hui universelle, a donc deux foyers complémentaires : la liturgie de Jean Eudes et les apparitions de Marguerite-Marie. C'est ce que résume le dossier Ignispedia sur ce que disent les saints de la réparation.

La doctrine spirituelle : vivre et régner Jésus

Héritier de l'école française de spiritualité

Jean Eudes appartient à la grande école française de spiritualité du XVIIᵉ siècle, née de Bérulle et prolongée par Charles de Condren, Jean-Jacques Olier, saint Vincent de Paul et, plus tard, saint Louis-Marie Grignion de Montfort.[50] Tous partagent un même centre : la contemplation du Verbe incarné, l'adhérence aux états de Jésus, la place éminente de Marie dans le mystère du salut.

Eudes en est l'un des plus chaleureux et des plus pastoraux. Là où Bérulle est métaphysicien, Eudes est missionnaire : il traduit la haute doctrine en pratique de sainteté pour le peuple chrétien.

« La vie chrétienne, continuation de la vie de Jésus »

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Le cœur de sa doctrine est exposé dès 1637 dans son maître-livre, La Vie et le Royaume de Jésus dans les âmes chrétiennes — l'un des grands classiques de la spiritualité française, qui a nourri des générations de chrétiens.[51] Sa thèse tient en une formule : la vie chrétienne est une continuation et un accomplissement de la vie de Jésus.

« Comme je suis en mon Père, vivant de la vie de mon Père, qu'il me communique, vous êtes aussi en moi, vivant de ma vie, et je suis en vous, vous communiquant cette vie. » — Saint Jean Eudes, La Vie et le Royaume de Jésus[52]

Le baptisé n'est pas seulement un disciple qui imite Jésus de l'extérieur : il est un membre dans lequel Jésus veut continuer de vivre, de prier, d'aimer et d'agir. Toute la vie spirituelle consiste donc à « former, faire vivre et régner Jésus dans nos âmes ».[53]

« Nous devons être animés de l'esprit de Jésus, vivre de sa vie, marcher dans ses voies. » — Saint Jean Eudes, La Vie et le Royaume de Jésus[54]

Le contrat du baptême

De cette doctrine découle une intuition très concrète, qu'il développe dans Le Contrat de l'homme avec Dieu par le saint Baptême (1654) : le baptême est un engagement réciproque, un contrat où Dieu se donne à l'homme et l'homme se donne à Dieu.[55] Être chrétien, c'est tenir parole à ce contrat — renoncer au péché, appartenir au Christ, le laisser vivre en soi. Cette insistance sur les promesses du baptême anticipe d'ailleurs la spiritualité de la consécration que développera Montfort.

Les grandes œuvres

Auteur fécond, Jean Eudes a laissé une bibliothèque spirituelle dont plusieurs titres sont restés des classiques. Le tableau ci-dessous récapitule les principales, dans l'ordre de leur parution :

ŒuvreDateSujet
La Vie et le Royaume de Jésus dans les âmes chrétiennes1637Vivre et faire régner Jésus en soi
Le Catéchisme de la mission1642Instruction du peuple en mission
La Vie admirable de Marie des Vallées1655Biographie de la mystique normande
Le Contrat de l'homme avec Dieu par le saint Baptême1654Les promesses baptismales
Le Bon Confesseur1666Manuel pour les prêtres confesseurs
Le Mémorial de la vie ecclésiastique1681Idéal de vie du prêtre
Le Cœur admirable de la Très Sacrée Mère de Dieu1681Somme sur les saints Cœurs (12 livres)

La mort et la glorification

Caen, 19 août 1680

Jean Eudes meurt à Caen le 19 août 1680, à soixante-dix-huit ans, après une vie d'un labeur ininterrompu et de longues épreuves portées dans la paix.[56][57] Il laisse une congrégation encore fragile, des séminaires en activité, un ordre de charité, et une œuvre écrite qui survivra à toutes les tempêtes — y compris à la Révolution française, qui dispersera un temps les Eudistes avant qu'ils ne renaissent au XIXᵉ siècle.

Béatification (1909) et canonisation (1925)

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La réputation de sainteté de Jean Eudes était grande, mais sa cause fut longue. Il est finalement béatifié le 25 avril 1909 par saint Pie X, après la reconnaissance de deux miracles, puis canonisé le 31 mai 1925 par Pie XI — le même jour que saint Jean-Marie Vianney, le curé d'Ars.[58][59] Deux saints prêtres, deux figures du sacerdoce et de la miséricorde, élevés ensemble sur les autels.

« Père, docteur et apôtre » : les titres de l'Église

L'Église a reconnu en termes solennels la place unique de Jean Eudes dans l'histoire de la dévotion aux saints Cœurs. Dès 1903, en proclamant l'héroïcité de ses vertus, Léon XIII l'avait salué comme l'« auteur du culte liturgique des Sacrés Cœurs de Jésus et de Marie ».[60] Lors de la canonisation, Pie XI alla plus loin encore, le nommant « père, docteur et apôtre » de ce culte liturgique — formule rare, qui fait de lui un véritable initiateur dans l'Église.[61]

Le tableau ci-dessous récapitule les grandes étapes de sa vie et de sa glorification :

ÉtapeDateLieu / acteur
Naissance14 novembre 1601Ri (Orne)
Ordination sacerdotale20 décembre 1625Oratoire
Notre-Dame de Charité1641Caen
Fondation des Eudistes25 mars 1643Caen
Messe du Cœur de Marie8 février 1648Autun
Messe du Cœur de Jésus1672maisons eudistes
Mort19 août 1680Caen
Béatification25 avril 1909Pie X
Canonisation31 mai 1925Pie XI

Héritage : Eudistes, Bon-Pasteur, saints Cœurs

L'héritage de Jean Eudes est triple. Sa Congrégation de Jésus et Marie continue, aujourd'hui présente sur plusieurs continents, fidèle à sa double vocation de formation du clergé et de mission. De son Ordre de Notre-Dame de Charité est sortie la grande famille du Bon-Pasteur, au service des femmes et des jeunes en détresse dans le monde entier.[62]

Mais son héritage le plus universel est spirituel : la dévotion aux Cœurs de Jésus et de Marie, qu'il fut le premier à inscrire dans la liturgie, est aujourd'hui le bien de toute l'Église. Au fond, la vie de Jean Eudes délivre un message simple : tout le christianisme tient dans cette parole qu'il aimait répéter — laisser Jésus vivre et régner en nous, à l'image de son Cœur et de celui de sa Mère.

Pour aller plus loin

Notes et références

  1. Wikipédia (FR), « Saint Jean Eudes » : fr.wikipedia.org. Notice biographique de référence : Jean Eudes né le 14 novembre 1601 à Ri (Orne), près d'Argentan ; fils d'Isaac Eudes, laboureur ayant étudié la médecine, et de Marthe Corbin ; frère cadet de François Eudes de Mézeray (1610-1683), historiographe du roi ; études chez les jésuites de Caen puis à la faculté de théologie (1621-1623) ; admis à l'Oratoire de Paris le 25 mars 1623 ; ordonné prêtre le 20 décembre 1625 ; fondateur de l'Ordre de Notre-Dame de Charité (1641) et de la Congrégation de Jésus et Marie, dite des Eudistes (25 mars 1643, Caen, approbation de l'évêque de Bayeux) ; séminaires de Caen, Coutances, Lisieux, Rouen, Évreux et Rennes ; rencontre de Marie des Vallées en août 1641, dont il écrira la Vie (1655) ; mort à Caen le 19 août 1680 ; béatifié le 25 avril 1909, canonisé le 31 mai 1925 par Pie XI ; fête le 19 août. Liste des œuvres : La Vie et le Royaume de Jésus (1637), Le Catéchisme de la mission (1642), Le Contrat de l'homme avec Dieu par le saint Baptême (1654), La Vie admirable de Marie des Vallées (1655), Le Bon Confesseur (1666), Le Mémorial de la vie ecclésiastique (1681), Le Cœur admirable de la Très Sacrée Mère de Dieu (1681, posthume).

    1 8 12 15 18 19 28 32 34 38 55 56
  2. Wikipedia (EN), « John Eudes » : en.wikipedia.org. Recoupement détaillé des faits : born 14 November 1601 at Ri, near Argentan, Normandy ; parents consecrated him to the Virgin Mary before his birth, having invoked her to obtain a child ; educated by the Jesuits at Caen ; admitted to the Oratory of Paris (25 March 1623), studied at Marines and Aubervilliers, ordained priest 20 December 1625 ; member of the Oratory until 1643 ; during the plagues of 1627 and 1631 volunteered to care for the stricken, living in a huge cask in the middle of a field to avoid infecting his colleagues ; great missionary preacher across France, including Paris and Versailles ; founded the Order of Our Lady of Charity (1641), from which St Mary Euphrasia Pelletier later derived the Good Shepherd Sisters (1835) ; founded the Congregation of Jesus and Mary (Eudists) on 25 March 1643, opening the seminary of Caen ; great promoter of the devotion to the Sacred Heart of Jesus and the Immaculate Heart of Mary ; composed the Mass and Office of the Heart of Mary and later of the Heart of Jesus ; died at Caen 19 August 1680 ; beatified 25 April 1909 by Pius X ; canonized 31 May 1925 by Pius XI, the same day as John Vianney.

    2 6 9 13 16 20 21 23 24 29 31 35 57 58 62
  3. Site officiel des Eudistes (Congrégation de Jésus et Marie) : eudistes.fr. Pages « Saint Jean Eudes » et « Textes de saint Jean Eudes ». Précisions liturgiques : messe du Cœur de Marie composée après plusieurs années de réflexion et soumise à Mgr Claude de la Madeleine de Ragny, évêque d'Autun ; première célébration le 8 février 1648 lors d'une mission à Autun ; fête approuvée en 1668 par le cardinal de Vendôme et confirmée par Clément IX ; en 1672 la fête est dite célébrée « par toute la France ». Office et messe du Cœur de Jésus composés en 1672, vingt-quatre ans après ceux du Cœur de Marie ; circulaire du 29 juillet 1672 à toutes les maisons de l'Institut ordonnant la célébration le 20 octobre, un an avant la première apparition du Sacré-Cœur à Marguerite-Marie à Paray-le-Monial. Salutation « Ave Cor » adressée aux deux Cœurs unis de Jésus et de Marie, récitée chaque jour dans la Congrégation.

    3 40 41 42 43
  4. Voir le dossier Ignispedia « Que disent les saints sur la réparation », section « Saint Jean Eudes : donner au Cœur de Jésus un culte de réparation ». Faits liturgiques et magistériels : Jean Eudes, premier à donner aux Cœurs de Jésus et de Marie un culte liturgique public (messe et office du Cœur de Marie dès 1648, du Cœur de Jésus dès 1672, soit avant Paray-le-Monial) ; titre d'« auteur du culte liturgique des Sacrés Cœurs de Jésus et de Marie » donné par Léon XIII en proclamant l'héroïcité de ses vertus (1903), repris par Pie X ; au moment de la canonisation (31 mai 1925), Pie XI le qualifie de « père, docteur et apôtre » du culte liturgique des saints Cœurs ; sa dévotion est d'emblée réparatrice : honorer le Cœur de Jésus en réponse aux outrages et aux ingratitudes dont ce Cœur est l'objet. Œuvre principale sur le sujet : Le Cœur admirable de la très sacrée Mère de Dieu (1681).

    4 37 44 45 46 60 61
  5. Saint Jean Eudes, La Vie et le Royaume de Jésus dans les âmes chrétiennes (1637), 2ᵉ partie, méditation 2 ; Œuvres complètes, t. I, p. 161-166. Citations reproduites par le site officiel des Eudistes (eudistes.fr, page « Textes de saint Jean Eudes ») : « Comme je suis en mon Père, vivant de la vie de mon Père, qu'il me communique, vous êtes aussi en moi, vivant de ma vie, et je suis en vous, vous communiquant cette vie » ; « nous devons être animés de l'esprit de Jésus, vivre de sa vie, marcher dans ses voies » ; la vie chrétienne définie comme « une continuation et un accomplissement de la vie de Jésus ». Sous-titre de l'ouvrage : « pour former, sanctifier, faire vivre et régner Jésus dans nos âmes ».

    5 51 52 53 54
  6. État de la Cité du Vatican, « 19 août : Saint Jean Eudes » : vaticanstate.va. Notice du saint du jour : prêtre français, fondateur de l'Ordre de Notre-Dame de Charité (1641) et de la Congrégation de Jésus et Marie, les Eudistes (1643) ; parents qui l'avaient consacré à la Vierge avant sa naissance ; grand missionnaire et apôtre du culte des Cœurs de Jésus et de Marie ; mort à Caen le 19 août 1680 ; canonisé le 31 mai 1925 par Pie XI.

    7 10 59
  7. Diocèse de Séez (Orne), « Saint Jean Eudes » : orne.catholique.fr. Notice diocésaine du lieu de naissance : Jean Eudes né à Ri, dans l'actuel diocèse de Séez ; dévouement héroïque pendant les pestes de 1627 et 1631 ; fondateur des Eudistes et de Notre-Dame de Charité ; apôtre des saints Cœurs ; fête au 19 août.

    11 22
  8. Encyclopædia Universalis, « Jean Eudes (1601-1680) » : universalis.fr. Situe Jean Eudes dans l'école française de spiritualité issue de Bérulle (Oratoire) ; insiste sur son rôle de grand missionnaire de la Normandie, de réformateur du clergé par les séminaires, et de propagateur du culte des Cœurs de Jésus et de Marie ; fondations de Notre-Dame de Charité (1641) et de la Congrégation de Jésus et Marie (1643).

    14 17 25 30 33 50
  9. Nominis (Conférence des évêques de France), « Saint Jean Eudes » : nominis.cef.fr. Notice biographique française : prêtre normand, prédicateur de très nombreuses missions paroissiales à travers la France au XVIIᵉ siècle ; fondateur de la Congrégation de Jésus et Marie (Eudistes) pour la formation du clergé et la prédication, et de l'Ordre de Notre-Dame de Charité pour les femmes en difficulté ; grand promoteur de la dévotion aux Cœurs de Jésus et de Marie ; mort à Caen le 19 août 1680 ; fête le 19 août.

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  10. Saint Jean Eudes, Le Cœur admirable de la Très Sacrée Mère de Dieu, dans les Œuvres complètes du vénérable Jean Eudes (Lafolye, Vannes ; texte OCR de l'édition reproduit sur Internet Archive, consulté dans la bibliothèque spirituelle de Benoît, dossier « 1680 - Saint Jean Eudes »). Préface : « La terre est pleine de saints livres, qui ont été composés à la louange de la Mère admirable, et en si grande quantité qu'un excellent auteur en rapporte plus de cinq mille… Mais je ne trouve point de livres qu'on ait faits sur son très aimable Cœur. Et cependant, c'est ce qu'il y a de plus digne, de plus noble et de plus admirable en cette divine Vierge ; et même c'est la source et l'origine de toutes ses grandeurs. » Introduction de l'éditeur : Le Cœur admirable est « le plus considérable des ouvrages du P. Eudes », celui où il explique le plus complètement la dévotion aux Sacrés Cœurs de Jésus et de Marie ; dévotion remontant à sa plus tendre enfance, où il avait « consacré » au Cœur de Marie « son cœur, son corps, son âme ». L'ouvrage compte douze livres et fut achevé peu avant la mort du saint (1680), publié en 1681. Le passage sur le Cœur comme monde et abîme de merveilles se trouve dans la première partie, chapitre I (« Des raisons du nom d'Admirable ») ; cf. la traduction anglaise The Admirable Heart of Mary : « The heart of the Mother of God is a world of marvels, an abyss of wonders, the source and principle of all the virtues which we admire in our glorious Queen ».

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  11. Catholic Encyclopedia (The Catholic Encyclopedia, New York, Robert Appleton Company, 1909), « Blessed John Eudes » : newadvent.org. Notice rédigée du vivant de sa béatification (il y est appelé « Blessed ») : born at Ri, Normandy, 14 November 1601 ; entered the Oratory ; heroic service during the plague ; celebrated missionary ; founder of the Society of Jesus and Mary (Eudists) for the education of priests in seminaries and for missions ; founder of the Sisters of Our Lady of Charity of Refuge ; apostle of the devotion to the Sacred Hearts of Jesus and Mary ; author of Le Cœur admirable and Le Royaume de Jésus ; died at Caen, 19 August 1680.

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