Saint Pie V (Pius V), de son nom de baptême Antonio Ghislieri, fut pape de 1566 à 1572. Frère dominicain entré au couvent à quatorze ans, inquisiteur redouté devenu cardinal, il fut élu au Siège de Pierre le 7 janvier 1566, près de deux ans après la clôture du concile de Trente (décembre 1563).[1][2]
C'est le pape de l'application de Trente et le grand artisan de la réforme catholique. En six années de pontificat, ce moine ascète a donné à l'Église latine ses trois grands livres romains — le Catéchisme, le Bréviaire et le Missel —, proclamé saint Thomas d'Aquin Docteur de l'Église, réforma la cour pontificale et imposa partout la discipline tridentine. La messe de saint Pie V, codifiée par la bulle Quo primum en 1570, restera la forme ordinaire du rite romain pendant quatre siècles.[3][4]
Son pontificat est aussi celui de deux affrontements majeurs avec son siècle : l'excommunication de la reine Élisabeth Iʳᵉ d'Angleterre par la bulle Regnans in Excelsis (1570), qui scelle la rupture avec l'Angleterre protestante ; et la croisade navale qui aboutit, le 7 octobre 1571, à la victoire de la Sainte Ligue sur la flotte ottomane à Lépante — victoire que Pie V attribua à l'intercession du Rosaire et pour laquelle il institua la fête annuelle de Notre-Dame de la Victoire, célébrée le 7 octobre.[5][6]
Mort le 1ᵉʳ mai 1572, vénéré de son vivant comme un saint, il fut béatifié en 1672 et canonisé en 1712 : avec Célestin V (canonisé en 1313) et Grégoire VII, il compte parmi les rares papes canonisés avant saint Pie X, canonisé en 1954.[7] Le présent article retrace sa biographie pontificale — son ascension, son élection, le gouvernement de l'Église, ses grands actes doctrinaux et politiques, sa mort et sa postérité. Le concile de Trente, la bataille de Lépante et la figure de Thomas d'Aquin, qui ont chacun leur dossier, ne sont ici traités que sous l'angle du pontificat.
Pourquoi saint Pie V est-il le pape de la Contre-Réforme ?
Un dominicain inquisiteur sur le trône de Pierre
Aucun pape de la Renaissance ne contraste davantage avec ses prédécesseurs. Là où le siècle des Borgia et des Médicis avait vu des pontifes mécènes, diplomates et princes, le conclave de 1566 porta au pouvoir un frère prêcheur de soixante-deux ans, ancien gardien de troupeaux, qui continua de porter sous la pourpre la rude laine blanche de son ordre et la haire sur la peau.[8][9] Ghislieri avait passé l'essentiel de sa vie comme inquisiteur : combattre l'hérésie, vérifier l'orthodoxie des livres, juger les déviations doctrinales. Devenu pape, il appliqua à l'Église entière la même rigueur qu'il avait exercée au tribunal du Saint-Office.
Cette continuité explique tout son pontificat. Pie V n'a pas gouverné en homme d'État cherchant des équilibres : il a gouverné en réformateur convaincu que le salut des âmes passait par la restauration de la discipline et de la foi. La réforme catholique, voulue par Trente mais restée en grande partie sur le papier, trouva en lui l'artisan résolu qui lui manquait.[10]
Ce que cet article traite — et ce qu'il renvoie aux dossiers voisins
Le pontificat de Pie V touche à trois grands sujets qui possèdent chacun leur article Ignispedia. Pour ne pas répéter ce qui est exposé ailleurs, le présent article reste concentré sur la personne et le gouvernement du pape.
📖 Voir les dossiers d'ensemble : Le concile de Trente (1545-1563) pour les définitions doctrinales appliquées sous ce pontificat · La bataille de Lépante (1571) pour le récit militaire de la journée du 7 octobre · Saint Thomas d'Aquin pour la doctrine du Docteur angélique que Pie V éleva au rang de Docteur de l'Église.
Michele Ghislieri avant la tiare
Une enfance pauvre en Piémont (1504)
Antonio Ghislieri naît le 17 janvier 1504 à Bosco, modeste bourg du duché de Milan, aujourd'hui Bosco Marengo dans la province d'Alexandrie (Piémont). Sa famille, d'ancienne noblesse appauvrie, vit dans la gêne ; l'enfant garde un temps les troupeaux.[11][12] Cette origine humble marquera durablement le pape : étranger à la culture courtisane des grandes familles romaines, il restera toute sa vie d'une simplicité de moeurs qui désarçonnera la curie.
Le frère prêcheur et le professeur de Pavie
Vers quatorze ans, Ghislieri entre chez les dominicains et reçoit en religion le nom de frère Michele.[13] Ordonné prêtre à Gênes en 1528, il enseigne ensuite la théologie et la philosophie pendant seize ans, notamment au couvent de Pavie.[14][15] Le frère se distingue par une orthodoxie sans faille, une science thomiste solide et une vie pénitente : il jeûne, marche à pied d'un couvent à l'autre, refuse les commodités. C'est ce religieux austère, et non un prélat de carrière, que l'Église va appeler à des responsabilités croissantes.
L'inquisiteur intransigeant : du Saint-Office à la pourpre
La rigueur doctrinale de Ghislieri le destinait au Saint-Office. Nommé inquisiteur, puis commissaire général de l'Inquisition romaine vers 1551, il s'acquit une réputation d'incorruptibilité et de fermeté qui lui valut autant d'ennemis que d'admirateurs.[16][17] Sous le pape Paul IV — lui-même ancien fondateur du tribunal romain — sa carrière s'accélère : évêque de Sutri et Nepi en 1556, il est créé cardinal en 1557, avec le titre de Sainte-Marie-sur-la-Minerve, l'église dominicaine de Rome.[18] On le surnomme bientôt le cardinal Alexandrin, du nom de sa province. Devenu Grand Inquisiteur, il poursuit l'hérésie avec une intransigeance que même certains cardinaux jugent excessive.
Cette fermeté lui coûta sous Pie IV, plus conciliant, qui l'écarta un temps. Mais elle fit de lui, aux yeux du parti réformateur, l'homme providentiel : celui qui ne transigerait jamais avec la doctrine.
Évêque de Mondovì, gardien de la foi
Nommé évêque de Mondovì (Piémont) vers 1560, Ghislieri y déploie le programme qui sera celui de son pontificat : résidence effective de l'évêque, visite des paroisses, formation du clergé, lutte contre l'ignorance religieuse.[19] Ce diocèse ravagé par les guerres devient un laboratoire de la réforme tridentine. Quand le concile de Trente s'achève en décembre 1563, l'Église dispose enfin d'un vaste programme de restauration ; il lui manque un pape pour l'imposer.
Le conclave de 1566 : l'élection d'un austère
La mort de Pie IV et le rôle de saint Charles Borromée
Pie IV, le pape qui avait mené Trente à son terme, meurt le 9 décembre 1565. Le conclave qui s'ouvre alors est dominé par une figure inattendue : le jeune cardinal Charles Borromée, neveu du défunt, archevêque de Milan et modèle de l'évêque réformateur. Renonçant à toute ambition personnelle, Borromée met tout son poids dans la balance pour faire élire l'homme qu'il juge le plus capable de continuer la réforme : le cardinal Ghislieri.[20]
Le 7 janvier 1566, après un conclave bref, Antonio Ghislieri est élu. Il prend le nom de Pie V.[21] L'élection d'un inquisiteur austère, sans réseau ni clientèle, surprend l'Europe : Rome venait de se donner un pape qui n'avait rien d'un prince de la Renaissance.
« Il laissa le souvenir d'une vertu rare et d'une intégrité constante et inflexible. » — The Catholic Encyclopedia, notice « Pope St. Pius V », 1907[22]
Couronnement et premier programme
Couronné le 17 janvier 1566, jour de ses 62 ans, Pie V donne aussitôt le ton. Selon la tradition rapportée par ses biographes, son premier geste fut de congédier le bouffon de cour, de réduire le train de la maison pontificale et de distribuer aux pauvres l'argent destiné aux réjouissances d'avènement.[23][24] Le message était clair : la cour de Pierre cesserait d'être une cour de plaisirs pour redevenir le centre d'un gouvernement pénitent.
Réformer Rome et la Curie
La fin d'une cour mondaine
Pie V entreprit immédiatement de moraliser Rome, ville dont la réputation de corruption nourrissait depuis un demi-siècle la propagande de la Réforme protestante. Il bannit le luxe de sa cour, restaura la sévérité des moeurs, chassa les courtisanes des quartiers où elles s'affichaient et fit appliquer une discipline publique stricte.[25][26] Ces mesures, parfois jugées rigides, visaient un objectif théologique : ôter à l'hérésie l'argument du scandale romain.
« Il était très austère et bannit le luxe de sa cour ; il releva le niveau de la moralité. » — The Catholic Encyclopedia, notice « Pope St. Pius V », 1907[27]
Discipline du clergé, lutte contre la simonie et le népotisme
Le pape porta la réforme au coeur de l'institution. Il exigea la résidence des évêques dans leurs diocèses, contraignit le clergé à la tenue et à la discipline tridentines, restreignit les indulgences pour en bannir tout abus mercantile, et combattit la simonie comme le népotisme — ce mal qui avait défiguré la papauté de la Renaissance.[28][29] Pie V refusa d'enrichir sa parenté et ne créa cardinal qu'un seul membre de sa famille : son petit-neveu Michele Bonelli, élevé à la pourpre le 6 mars 1566 sous les instances du Sacré Collège, sans jamais recevoir de réel pouvoir autonome. Les autres chapeaux de son pontificat allèrent à des hommes de gouvernement étrangers à sa parenté, comme son secrétaire Girolamo Rusticucci, créé cardinal en 1570.[30] Sur ce terrain, il rompait nettement avec le siècle des Borgia.
Le pape pénitent
L'autorité morale de Pie V tenait à sa personne. Pape, il continua de porter l'habit blanc des dominicains et la haire sous ses vêtements, allait souvent nu-pieds en procession, jeûnait et priait de longues heures.[31][32] La tradition veut que l'usage actuel de la soutane blanche pontificale remonte précisément à ce pape qui refusa de quitter son froc dominicain ; l'attribution est belle, mais les historiens la jugent incertaine, car le pape est décrit vêtu de blanc dans des cérémoniaux bien antérieurs.[33] Ce qui n'est pas douteux, c'est l'effet produit : le peuple romain vit dans ce vieux moine décharné un saint vivant, et la curie comprit que le temps des prélats fastueux était clos.
Appliquer le concile de Trente : les trois livres romains
Le grand oeuvre de Pie V fut de traduire en livres concrets les décrets du concile de Trente. Le concile avait défini la foi et la discipline ; il revenait au pape de doter l'Église latine d'instruments uniformes pour enseigner, prier et célébrer. En quatre ans, Pie V publia les trois grands textes qui structureront le catholicisme romain jusqu'au XXᵉ siècle.
| Livre romain | Bulle / date | Objet | Durée d'usage |
|---|---|---|---|
| Catéchisme romain | 1566 | Manuel de doctrine pour les curés | Référence jusqu'au XXᵉ siècle |
| Bréviaire romain | Quod a nobis, 9 juillet 1568 | Prière officielle du clergé | En vigueur jusqu'en 1911-1970 |
| Missel romain | Quo primum, 14 juillet 1570 | Rite de la messe | Forme ordinaire jusqu'en 1969-1970 |
Le Catéchisme romain (1566)
Dès 1566 paraît le Catéchisme romain (Catechismus Romanus), aussi appelé Catéchisme du concile de Trente. Destiné non aux enfants mais aux curés, pour soutenir leur prédication, il expose la foi catholique selon les quatre piliers traditionnels — Credo, sacrements, Décalogue, prière.[34][35] Fruit du concile mais promulgué par Pie V, il deviendra pour des siècles la référence doctrinale du clergé latin, jusqu'au Catéchisme de l'Église catholique de 1992.
Le Bréviaire romain (Quod a nobis, 1568)
Par la bulle Quod a nobis du 9 juillet 1568, Pie V réforma le Bréviaire romain, c'est-à-dire le livre de la prière quotidienne obligatoire du clergé.[36] Il élagua les surcharges médiévales, restaura la récitation intégrale du psautier sur la semaine et imposa un office unifié à toute l'Église latine, en supprimant les bréviaires particuliers postérieurs à deux siècles. C'était la même logique partout : uniformité, sobriété, retour aux sources.
Le Missel romain et la bulle Quo primum (1570)
Le 14 juillet 1570, la bulle Quo primum tempore promulgua le Missel romain réformé : c'est la messe tridentine, ou messe de saint Pie V, célébrée selon un rite désormais identique de Lisbonne à Cracovie.[37] La bulle imposait ce missel à toute l'Église latine, en laissant subsister seulement les rites particuliers vieux de plus de deux siècles (ambrosien, mozarabe, dominicain, etc.).
Pie V entoura cette promulgation d'une clause de perpétuité d'une solennité exceptionnelle :
« Nous ordonnons et enjoignons, en vertu de la présente Constitution qui vaudra à perpétuité, que rien ne soit ajouté à Notre Missel récemment publié, rien n'en soit retranché, rien n'y soit changé. » — Pie V, bulle Quo primum tempore, 14 juillet 1570[38]
Et il scellait le texte par l'avertissement le plus redoutable du droit pontifical :
« Si quelqu'un s'avisait de l'enfreindre, qu'il sache qu'il encourra l'indignation du Dieu tout-puissant et de ses bienheureux apôtres Pierre et Paul. » — Pie V, bulle Quo primum tempore[39]
Cette messe restera la forme ordinaire du rite romain pendant quatre siècles, jusqu'à la réforme liturgique de 1969-1970 ; le Missel de 1962 qui en est l'héritier demeure aujourd'hui célébré dans un cadre restreint, selon les autorisations confiées à l'évêque diocésain par le motu proprio Traditionis custodes (2021)[40]. Elle reste l'étendard de courants attachés à la liturgie tridentine, telle la Fraternité Saint-Pie-X qui porte le nom de saint Pie X mais revendique le missel de saint Pie V.
Le pape doctrinal
Saint Thomas d'Aquin proclamé Docteur de l'Église (1567)
Thomiste de formation, Pie V donna au Docteur angélique une place officielle dans l'enseignement de l'Église. Le 11 avril 1567, par la bulle Mirabilis Deus, il proclama saint Thomas d'Aquin Docteur de l'Église — le cinquième Docteur de l'Église latine, aux côtés d'Ambroise, Jérôme, Augustin et Grégoire le Grand.[41][42] Trois ans plus tard, en 1570, il fit publier au couvent de la Minerve la première édition romaine des oeuvres complètes du saint, l'editio Piana, qui restera la base des études thomistes.[43]
Ce geste n'était pas honorifique : il faisait de la doctrine de saint Thomas la boussole théologique de la Contre-Réforme face aux nouveautés protestantes.
La condamnation de Baïus et la défense de la grâce
Pie V intervint aussi dans la grande controverse sur la grâce qui montait à l'université de Louvain. En 1567, la bulle Ex omnibus afflictionibus condamna soixante-dix-neuf propositions du théologien Michel Baïus (Baius), dont les thèses sur la nature déchue et la grâce préparaient le terrain au jansénisme futur.[44] Le pape défendait ainsi la doctrine catholique de la liberté et de la grâce contre une lecture pessimiste proche de celle des réformateurs.
Le Rosaire codifié : Consueverunt Romani Pontifices (1569)
Fils de saint Dominique, Pie V était profondément attaché au Rosaire. Par la bulle Consueverunt Romani Pontifices de 1569, il fixa la forme du Rosaire dominicain — cent cinquante Ave Maria groupés en quinze dizaines, méditées sur les mystères de la vie du Christ — et lui donna sa reconnaissance pontificale.[45] Cette codification, la plus durable de l'histoire de la dévotion mariale, allait trouver deux ans plus tard, à Lépante, sa consécration éclatante.
Face au protestantisme : Regnans in Excelsis (1570)
L'excommunication d'Élisabeth Iʳᵉ
Le 25 février 1570, Pie V promulgua la bulle Regnans in Excelsis, qui excommuniait Élisabeth Iʳᵉ d'Angleterre, la déclarait hérétique et « prétendue reine », et déliait ses sujets catholiques de leur serment d'allégeance.[46] Le pape entendait soutenir les catholiques anglais persécutés et frapper la souveraine qui avait restauré le schisme de son père Henri VIII et consolidé l'Église d'Angleterre séparée de Rome.
C'est l'acte le plus contesté de son pontificat. Un catholique anglais, John Felton, paya de sa vie l'affichage de la bulle sur la porte du palais épiscopal de Londres dans la nuit du 24 au 25 mai 1570 ; il fut exécuté la même année et compté plus tard parmi les martyrs.[47]
Une arme à double tranchant
Sur le plan spirituel, la bulle affirmait l'indépendance de l'Église face au pouvoir civil. Sur le plan politique, elle se révéla contre-productive : loin de renverser Élisabeth, elle fournit au gouvernement anglais le prétexte rêvé pour durcir les lois pénales et présenter désormais tout catholique comme un traître en puissance, sujet d'une puissance étrangère.[48][49] La persécution s'intensifia ; les prêtres séminaristes et les jésuites entrant en Angleterre risquèrent l'échafaud. L'historiographie catholique reconnaît elle-même que l'efficacité pastorale de la mesure fut nulle, voire négative — sans pour autant contester le droit du pape à l'avoir prise. L'épisode illustre la limite des armes spirituelles maniées dans un monde devenu confessionnellement divisé.
La croisade de Lépante (1571)
La menace ottomane et la Sainte Ligue
À l'est, l'Empire ottoman de Sélim II menaçait la chrétienté méditerranéenne ; en 1570, les Turcs s'emparèrent de Chypre, possession vénitienne, au prix de massacres retentissants. Pie V fit de la défense de la chrétienté la grande cause de la fin de son pontificat. Au prix d'efforts diplomatiques acharnés, il parvint à réconcilier des puissances rivales — l'Espagne de Philippe II, la République de Venise et les États pontificaux — au sein d'une Sainte Ligue scellée au printemps 1571.[50]
Les historiens, à la suite de Ludwig von Pastor dans les volumes de son Histoire des papes consacrés à ce pontificat (t. XVII-XVIII), voient en saint Pie V l'âme de la Sainte Ligue : sans son obstination diplomatique, l'alliance entre l'Espagne et Venise, deux puissances rivales, n'aurait jamais vu le jour.[51]
7 octobre 1571 : la victoire
Le 7 octobre 1571, la flotte chrétienne, commandée par Don Juan d'Autriche, demi-frère de Philippe II, secondé par le Romain Marcantonio Colonna et le Vénitien Sebastiano Venier, écrasa la flotte ottomane dans le golfe de Patras, au large de Lépante. La bataille, l'un des plus grands affrontements navals de l'histoire, brisa pour un temps la suprématie maritime turque en Méditerranée.[52] Le récit militaire détaillé fait l'objet d'un article distinct.
📖 Voir l'article détaillé : La bataille de Lépante (7 octobre 1571)
La vision de Pie V et la fête du Rosaire
À Rome, Pie V avait fait réciter le Rosaire dans toute la Ville pour la victoire. La tradition rapporte que l'après-midi du 7 octobre 1571, alors qu'il s'entretenait d'affaires, le pape s'interrompit brusquement, ouvrit la fenêtre, le visage transfiguré, et déclara que l'heure n'était plus aux affaires mais à l'action de grâce — la victoire venait d'être remportée. La nouvelle officielle ne parvint à Rome que deux semaines plus tard.[53]
« Trêve aux affaires ; notre grande tâche, à présent, est de rendre grâce à Dieu pour la victoire qu'il vient d'accorder aux armes chrétiennes. » — Paroles attribuées à Pie V le 7 octobre 1571, rapportées par The Catholic Encyclopedia[54]
Les sources critiques traitent ce récit comme une tradition hagiographique plus que comme un fait établi ; mais il dit bien le sens que le pape donna à la victoire. Attribuant le triomphe à l'intercession de la Vierge implorée par le Rosaire, Pie V institua au 7 octobre la fête de Notre-Dame de la Victoire, que son successeur Grégoire XIII renommera fête du Très Saint Rosaire.[55][56]
Notre-Dame, Secours des chrétiens
La tradition attribue encore à Pie V l'ajout, après Lépante, de l'invocation « Secours des chrétiens » (Auxilium Christianorum) aux Litanies de Lorette.[57] Cette attribution, reçue par de nombreux auteurs catholiques, est cependant discutée par les historiens de la liturgie : l'invocation pourrait être plus ancienne et la forme des litanies concernée mal attestée à Rome à cette date. Quoi qu'il en soit du détail, le lien établi par la piété entre Lépante, le Rosaire et le secours de Marie reste l'un des héritages spirituels les plus vivants de ce pontificat.
La mort et la postérité
Les derniers mois (1572)
Usé par les jeûnes et la maladie, Pie V mourut le 1ᵉʳ mai 1572, emporté par la gravelle (calculs) au terme de grandes souffrances qu'il offrit jusqu'au bout.[58] La tradition lui prête une dernière prière qui résume sa vie :
« Seigneur, augmente mes souffrances et augmente ma patience ! » — Dernières paroles attribuées à saint Pie V, 1er mai 1572[59]
Sépulture à Sainte-Marie-Majeure
Inhumé d'abord au Vatican, le corps de Pie V fut transféré le 9 janvier 1588 par le pape Sixte V dans la chapelle Sixtine de la basilique Sainte-Marie-Majeure — non la chapelle Sixtine du Vatican, mais celle, homonyme, que Sixte V fit édifier dans la grande basilique mariale de Rome.[60][61] Son tombeau y est toujours vénéré.
Béatification et canonisation
La réputation de sainteté de Pie V ne fit que croître après sa mort. Il fut béatifié le 1ᵉʳ mai 1672 par Clément X, puis canonisé le 22 mai 1712 par Clément XI.[62][63] Sa fête, fixée d'abord au 5 mai, fut transférée au 30 avril lors de la réforme du calendrier romain en 1969. Avec Célestin V et Grégoire VII, il compte parmi les rares papes canonisés avant le XXᵉ siècle.[64]
Saint Pie V dans la mémoire catholique
La postérité a retenu trois images de ce pape : le réformateur qui appliqua Trente et donna à l'Église ses livres romains, le pape du Rosaire vainqueur de Lépante, et le saint au froc dominicain. Le cardinal John Henry Newman — dans un jugement resté célèbre, souvent cité — voyait en lui une sévérité portée par un cœur brûlant de charité, et une énergie que son époque exigeait.[65]
Chronologie du pontificat
- 17 janvier 1504Naissance à Bosco
Antonio Ghislieri naît dans une famille pauvre du duché de Milan (Piémont).
- vers 1518-1528Dominicain et prêtre
Entré chez les Frères prêcheurs sous le nom de frère Michele, il est ordonné prêtre à Gênes en 1528 puis enseigne la théologie à Pavie.
- 1556-1557Évêque et cardinal
Évêque de Sutri et Nepi (1556), il est créé cardinal en 1557 et devient Grand Inquisiteur (1558).
- 7 janvier 1566Élection au pontificat
Soutenu par saint Charles Borromée, le cardinal Ghislieri est élu pape sous le nom de Pie V. Couronnement le 17 janvier, jour de ses 62 ans.
- 1566-1567Catéchisme et Docteur de l'Église
Publication du Catéchisme romain (1566) et proclamation de saint Thomas d'Aquin Docteur de l'Église (11 avril 1567).
- 1568-1570Bréviaire et Missel romains
Bulles Quod a nobis (Bréviaire, 1568) et Quo primum (Missel, 14 juillet 1570) : naissance de la « messe de saint Pie V ».
- 25 février 1570Regnans in Excelsis
Excommunication d'Élisabeth Iʳᵉ d'Angleterre et rupture définitive avec l'Angleterre protestante.
- 7 octobre 1571Victoire de Lépante
La Sainte Ligue, voulue par Pie V, écrase la flotte ottomane. Institution de la fête de Notre-Dame de la Victoire (Rosaire).
- 1ᵉʳ mai 1572Mort à Rome
Pie V meurt de la gravelle. Béatifié en 1672, canonisé en 1712.
Que retenir du pontificat de saint Pie V ?
En six ans, un vieux moine dominicain a fait de la papauté l'instrument de la réforme catholique. Saint Pie V n'a défini aucun dogme nouveau, mais il a donné corps au concile de Trente : il a fourni à l'Église latine les livres uniformes — Catéchisme, Bréviaire, Missel — qui la structureront jusqu'au XXᵉ siècle, restauré la discipline du clergé et la moralité de Rome, élevé saint Thomas d'Aquin au rang de Docteur de l'Église, codifié le Rosaire, et défendu la chrétienté contre l'Empire ottoman jusqu'à la victoire de Lépante.
Ses deux gestes les plus contestés — l'excommunication d'Élisabeth Iʳᵉ et la rigueur inquisitoriale — appartiennent à un monde déchiré par la guerre confessionnelle, où le pape se voyait encore comme l'arbitre temporel de la chrétienté. Mais la postérité a surtout retenu le saint : l'ascète qui distribuait aux pauvres et priait nu-pieds, le pape du Rosaire, l'homme dont la Catholic Encyclopedia dit qu'il laissa « le souvenir d'une vertu rare et d'une intégrité inflexible ». À ce titre, son pontificat reste, dans la mémoire catholique, le modèle même du pape réformateur.
Sources
Sources encyclopédiques et savantes
- W. H. Kent, "Pope St. Pius V", The Catholic Encyclopedia, vol. 12, Robert Appleton Company, New York, 1911 (New Advent) — notice de référence sur la vie, les actes et la canonisation.[66]
- Ludwig von Pastor, Histoire des papes depuis la fin du Moyen Âge, tomes XVII-XVIII (pontificat de Pie V), trad. fr., Plon, Paris — récit académique critique du pontificat.[67]
- Encyclopædia Britannica, "Saint Pius V" — synthèse biographique et chronologique.[68]
Documents pontificaux
Pour aller plus loin
- Le concile de Trente (1545-1563) — les définitions doctrinales que Pie V mit en application.
- La bataille de Lépante (1571) — le récit militaire de la victoire de la Sainte Ligue.
- Saint Thomas d'Aquin — le Docteur angélique que Pie V proclama Docteur de l'Église.
- La Contre-Réforme catholique — le grand mouvement de réforme dont Pie V fut l'artisan.
- L'anglicanisme — l'Église d'Angleterre dont la rupture avec Rome fut scellée par Regnans in Excelsis.
- La basilique Sainte-Marie-Majeure — le sanctuaire marial où repose saint Pie V.
- Pape Pie IV et Pape Grégoire XIII — le prédécesseur et le successeur de saint Pie V.
Notes et références
W. H. Kent, "Pope St. Pius V", The Catholic Encyclopedia, vol. 12, Robert Appleton Company, New York, 1911 (New Advent) : Antonio Ghislieri né le 17 janvier 1504 à Bosco, dominicain (frère Michele), ordonné en 1528, professeur à Pavie, commissaire général de l'Inquisition, évêque de Sutri et Nepi (1556), cardinal (1557), évêque de Mondovì, élu pape le 7 janvier 1566, couronné le 17 janvier, jour de ses 62 ans (la CE ne donne pas le jour du couronnement ; la date du 17 janvier est celle des notices convergentes : National Catholic Register, biographie Saint Pius V: Pope of the Holy Rosary, notices EWTN) ; Catéchisme romain, réforme du Bréviaire et du Missel, Thomas d'Aquin Docteur de l'Église, excommunication d'Élisabeth, Sainte Ligue et Lépante, ajout d'« Auxilium Christianorum » aux litanies, mort de la gravelle le 1ᵉʳ mai 1572 (« O Lord, increase my sufferings and my patience! »), béatifié par Clément X en 1672, canonisé par Clément XI en 1712. Formules verbatim : « He left the memory of a rare virtue and an unfailing and inflexible integrity » ; « A truce to business; our great task at present is to thank God for the victory which He has just given the Christian army ». URL : https://www.newadvent.org/cathen/12130a.htm. Date de l'élection confirmée par les actes du conclave (20 décembre 1565 – 7 janvier 1566) : S. Miranda, The Cardinals of the Holy Roman Church, « Conclave of December 20, 1565 to January 7, 1566 » (cardinals.fiu.edu/conclave-xvi.htm : « Cardinal Michele Ghislieri was elected his successor on January 7, 1566 »), avec WP FR (« élu pape le 7 janvier 1566 »). L'article EN Wikipedia « Pope Pius V » indique le 8 janvier pour l'élection, quand la notice du conclave (20 déc. 1565 – 7 janv. 1566), la Catholic Encyclopedia, WP FR et Miranda retiennent le 7 janvier : c'est cette dernière date qui est ici retenue.
1 8 12 13 14 18 19 21 22 25 27 35 53 54 57 58 59 62 66Encyclopædia Britannica, "Saint Pius V (pope)" : naissance à Bosco le 17 janvier 1504 dans une famille pauvre, dominicain, commissaire général de l'Inquisition romaine (1551), évêque puis cardinal (1557), élection de 1566 promue par Charles Borromée, réformes tridentines, austérité, excommunication d'Élisabeth Iʳᵉ, Sainte Ligue et Lépante, mort en 1572, canonisation en 1712. URL : https://www.britannica.com/biography/Saint-Pius-V. Rôle de Borromée confirmé par la Catholic Encyclopedia, notice « St. Charles Borromeo » (conclave conclu le 7 janvier 1566 par l'élection du cardinal Ghislieri ; newadvent.org/cathen/03619a.htm) et par le Vatican (vaticanstate.va, saint du jour 30 avril : « Cardinal Charles Borromeo proposed the candidacy of Cardinal Ghislieri »).
2 11 15 16 20 26 28 34 42 63 68Pie V, bulle Quo primum tempore, donnée à Saint-Pierre de Rome le 14 juillet 1570, en la cinquième année de son pontificat : promulgation du Missel romain réformé imposé à toute l'Église latine (rites de plus de deux siècles exceptés). Clause de perpétuité : « … rien ne soit ajouté à Notre Missel récemment publié, rien n'en soit retranché, rien n'y soit changé… ». Clause finale : « Si quelqu'un s'avisait de l'enfreindre, qu'il sache qu'il encourra l'indignation du Dieu tout-puissant et de ses bienheureux apôtres Pierre et Paul. » Texte latin original : « … nihil unquam addendum, detrahendum, aut immutandum … » ; « … indignationem omnipotentis Dei, ac beatorum Petri et Pauli Apostolorum eius se noverit incursurum ». Texte intégral : New Advent, Catholic Library, « Quo Primum (1570) », https://www.newadvent.org/library/docs_pi05qp.htm.
3 37 38 39 70Ludwig von Pastor, The History of the Popes from the Close of the Middle Ages (éd. fr. Histoire des papes), volumes consacrés à Pie V (t. XVII-XVIII de l'édition anglaise de référence, Kegan Paul/Herder) : récit critique du pontificat — réforme de la curie, lutte contre la simonie et le népotisme, condamnation de Baïus, rôle diplomatique central dans la formation de la Sainte Ligue, analyse des conséquences de Regnans in Excelsis. (Synthèse d'après Pastor : l'article ne lui attribue aucune citation verbatim.)
4 10 17 23 29 44 49 51 67Bataille de Lépante, 7 octobre 1571 (golfe de Patras) : la flotte de la Sainte Ligue (Espagne, Venise, États pontificaux), commandée par Don Juan d'Autriche avec Marcantonio Colonna et Sebastiano Venier, défait la flotte ottomane de Sélim II. Pie V institua la fête de Notre-Dame de la Victoire au 7 octobre, renommée fête du Très Saint Rosaire par Grégoire XIII. Voir le dossier Ignispedia sur la bataille de Lépante. Institution de la fête : The Catholic Encyclopedia, « Feast of Our Lady of Victory » (fête instituée la même année 1571 par Pie V ; transformée par Grégoire XIII le 1ᵉʳ avril 1573 en fête du Saint Rosaire). URL : https://en.wikisource.org/wiki/Catholic_Encyclopedia_(1913)/Feast_of_Our_Lady_of_Victory.
5 50 52 55Vatican News, « Saint Pie V, pape » (saint du jour, 30 avril) : austérité dominicaine, habit blanc et haire, dévotion au Rosaire, institution de la fête de Notre-Dame de la Victoire après Lépante, transfert du corps à Sainte-Marie-Majeure, fête au 30 avril. URL : https://www.vaticannews.va/fr/saint-du-jour/04/30/saint-pie-v--pape.html.
6 9 31 56 60Sur les papes canonisés entre le Moyen Âge et le XXᵉ siècle : Célestin V (canonisé en 1313), Grégoire VII — culte autorisé par Paul V en 1606 (canonisation équipollente ; fête étendue par Benoît XIII en 1728) — et Pie V (canonisé en 1712), avant Pie X (canonisé en 1954). Sources : Gcatholic, « Canonisations in the Pontificate of Pope Paul V » (« 1606 (equipollent) | Saint Gregory VII, pope ») ; S. Miranda, The Cardinals of the Holy Roman Church (« Pope Paul V authorized his cult in 1606; he was declared a saint by Pope Benedict XIII in 1728 »).
7 64Le Journal du Dimanche, « Saint Pie V : réformateur de l'Église, pape du Rosaire et héros de Lépante » : congédiement du bouffon de cour, austérité personnelle, distribution aux pauvres, application de Trente. (Source de presse de relais.) URL : https://www.lejdd.fr/culture/saint-pie-v-reformateur-de-leglise-pape-du-rosaire-et-heros-de-lepante-157615.
24 32Sur le népotisme contenu de Pie V : Michele Bonelli (1541-1598), petit-neveu du pape (fils de Dominina de' Gibertis, nièce de Pie V), créé cardinal le 6 mars 1566 ; Pie V céda aux instances du Sacré Collège (bulle du 14 mars 1566 sur ses fonctions) tout en ne lui déléguant aucun réel pouvoir autonome. Voir « Cardinal-nephew » et « Michele Bonelli », Wikipedia (listes des cardinaux-neveux : Bonelli, grandnephew, 6 mars 1566). Girolamo Rusticucci (1537-1603), secrétaire intime de Ghislieri puis secrétaire d'État (1566-1570), créé cardinal en 1570, n'appartenait pas à la parenté du pape (Sede Vacante 1572, d'après Moroni).
30Sur l'attribution à Pie V de l'origine de la soutane blanche pontificale (le pape dominicain aurait conservé l'habit blanc de son ordre) : tradition répandue mais jugée incertaine par les historiens, le pape étant déjà décrit vêtu de blanc dans des cérémoniaux antérieurs (Ordo XIII, compilé vers 1274). À présenter comme explication traditionnelle, non comme fait établi.
33Pie V, bulle Quod a nobis, 9 juillet 1568 : réforme et promulgation du Bréviaire romain, imposé à toute l'Église latine, restauration de la récitation hebdomadaire du psautier et suppression des bréviaires particuliers postérieurs à deux siècles.
36 69François, lettre apostolique en forme de motu proprio Traditionis custodes sur l'usage de la liturgie romaine antérieure à la réforme de 1970, 16 juillet 2021 : la célébration selon le Missel de 1962 relève désormais de l'autorisation de l'évêque diocésain, dans un cadre restreint. La terminologie Summorum Pontificum (2007) de « forme extraordinaire » est dès lors dépassée.
40Pie V, proclamation de saint Thomas d'Aquin comme Docteur de l'Église, 11 avril 1567 (bulle communément citée sous le titre Mirabilis Deus) : Thomas devient le cinquième Docteur de l'Église latine. En 1570 paraît au couvent de Santa Maria sopra Minerva la première édition romaine des œuvres complètes, l'editio Piana. (Date du 11 avril 1567 confirmée par les sources convergentes ; le titre exact de la bulle est à recouper sur une source canonique.)
41 43Pie V, bulle Consueverunt Romani Pontifices, 1569 : codification de la forme du Rosaire dominicain (cent cinquante Ave groupés en quinze dizaines, méditation des mystères) et reconnaissance pontificale de cette dévotion. Document fondateur de l'histoire du Rosaire.
45 72Pie V, bulle Regnans in Excelsis, 25 février 1570 : excommunication d'Élisabeth Iʳᵉ d'Angleterre, déclarée hérétique et « prétendue reine », et déliement de ses sujets de leur allégeance. La bulle fut affichée à Londres par John Felton dans la nuit du 24-25 mai 1570 (Felton exécuté la même année, plus tard compté parmi les martyrs) ; elle servit de prétexte au durcissement des lois pénales anti-catholiques en Angleterre. Texte intégral : papalencyclicals.net, « Regnans in Excelsis » ; voir aussi Wikipedia, « Regnans in Excelsis » et « John Felton (martyr) ».
46 47 48 71Sede Vacante 1572 (J. P. Adams), « Sede Vacante 1572 » : « On January 9, 1588, his body was transferred from its temporary resting place in St. Peter's Basilica to the Chapel of Pope Sixtus V in Santa Maria Maggiore (the Liberian Basilica). » URL : http://www.csun.edu/~hcfll004/SV1572.html. Date confirmée par EN Wikipedia (« His remains were transferred there on 9 January 1588 »).
61John Henry Newman, Lectures on the History of the Turks (1853), 6ᵉ leçon « The Pope and the Turk », repris dans Historical Sketches, vol. I, Longmans, Londres, 1872, p. 153 : « I am far from denying that St. Pius was stern and severe, as far as a heart burning within and melting with the fulness of divine love could be so; […] Yet such energy and vigour as his was necessary for his times. » (Texte de l'édition uniforme, consultable sur newmanreader.org, History of the Turks, lecture 6 ; le passage est signalé dès la p. 150 dans l'anthologie Characteristics from the Writings of John Henry Newman.) Le corps de l'article en donne une paraphrase française. Les relais modernes (National Catholic Register, EWTN) citent une forme légèrement remaniée et américanisée (« I do not deny that St. Pius V was stern and severe, as far as a heart burning and melted with divine love could be so… yet such energy and vigor as his were necessary for the times »).
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