La Réforme protestante désigne le mouvement religieux, doctrinal et politique qui, à partir de 1517, brise l'unité de la chrétienté occidentale et donne naissance aux différentes confessions protestantes : luthériens, réformés calvinistes, zwingliens, anglicans, puis baptistes, presbytériens, méthodistes et innombrables dénominations ultérieures. Son point de départ symbolique est l'affichage, le 31 octobre 1517, des 95 thèses de Martin Luther sur la porte de l'église du château de Wittenberg, en Saxe.[1][2]
Mais derrière cette date emblématique, il y a une crise profonde : abus financiers, charges achetées, ignorance du clergé, attente d'une réforme générale, montée de l'humanisme et de l'imprimerie, et surtout — au cœur du drame — une question proprement religieuse : comment l'homme pécheur est-il sauvé ? Luther répond par la foi seule ; Rome répond par la grâce reçue dans les sacrements et coopérée par la foi vivante. De ce différend va naître, en moins de quarante ans, une Europe coupée en deux.[3]
L'Église catholique réagit avec lenteur, puis avec vigueur : le concile de Trente (1545-1563) définit la doctrine sur l'Écriture, la Tradition, la justification, les sacrements et la messe, et lance la réforme pastorale, missionnaire et spirituelle qu'on appellera la Contre-Réforme. Le bilan, au XVIIᵉ siècle, est tragique : guerres de religion, massacres réciproques, sécularisation progressive du politique — et, du côté catholique, un renouveau spirituel exceptionnel (Trente, l'École française, Carmel thérésien, Compagnie de Jésus, missions mondiales). L'unité chrétienne, elle, n'a jamais été rétablie.
Pourquoi la Réforme protestante a-t-elle éclaté ?
Une Église qui demande à être réformée
À la fin du XVᵉ siècle, l'Église latine n'est pas une institution moribonde : les paroisses sont nombreuses, la piété populaire intense, les fondations charitables vivantes, les ordres mendiants encore actifs. Mais elle souffre d'abus structurels que tout le monde voit. La papauté, sortie traumatisée du Grand schisme d'Occident (1378-1417), s'est rebâtie politiquement à Rome au prix d'une mondanisation considérable. Les papes de la Renaissance — Sixte IV, Innocent VIII, Alexandre VI Borgia, Jules II, Léon X — sont à la fois mécènes prodigieux et princes italiens engagés dans la diplomatie et la guerre.[4]
Au-dessous, les évêchés et les abbayes sont souvent considérés comme des bénéfices à attribuer : on les donne à des cadets de famille, on en cumule plusieurs, on perçoit les revenus sans résider. La discipline du clergé inférieur reste très inégale ; le concubinage clérical, sans être universel, persiste dans plusieurs régions ; la formation théologique des curés est faible. Les conciles antérieurs — Latran V (1512-1517) notamment — avaient promulgué des décrets de réforme[5] ; mais sept mois après la clôture du concile (16 mars 1517), les abus que dénoncent les 95 thèses (octobre 1517) montrent que ces décrets n'avaient pas changé la pratique.[6]
Humanisme, imprimerie et critique des abus
Trois éléments donnent à la fin du XVᵉ siècle une force critique nouvelle.
D'abord, l'humanisme chrétien. Des hommes comme Érasme de Rotterdam (1466-1536), Lefèvre d'Étaples, Reuchlin redécouvrent les langues anciennes, éditent les Pères grecs, critiquent la scolastique tardive et appellent à une philosophia Christi plus évangélique. L'Enchiridion militis christiani d'Érasme (1503) ou son édition critique du Nouveau Testament grec (Novum Instrumentum, 1516) sont des laboratoires où la pensée chrétienne se ressource aux textes premiers.[7]
Ensuite, l'imprimerie. Inventée vers 1454 par Gutenberg, elle décuple la circulation des textes. Au XVIᵉ siècle, un pamphlet réformateur tiré à plusieurs milliers d'exemplaires peut traverser l'Allemagne en quelques semaines. Sans l'imprimerie, la Réforme n'aurait probablement pas pu se diffuser comme elle l'a fait.[8]
Enfin, une attente populaire de réforme. Les Gravamina nationis germanicae (griefs de la nation allemande) compilent depuis longtemps les plaintes contre les charges fiscales romaines, la vénalité des dispenses, le drainage de l'argent allemand vers Rome. Le terrain est inflammable : il manque seulement une étincelle.[9]
Les précurseurs : Wycliffe et Hus
Avant Luther, deux figures avaient déjà contesté en profondeur l'autorité romaine.
John Wycliffe († 1384), à Oxford, conteste la transsubstantiation (la conversion de toute la substance du pain et du vin au corps et au sang du Christ), défend la priorité absolue de l'Écriture, propose une traduction anglaise de la Bible et nie l'autorité magistérielle traditionnelle. Il est condamné par le concile de Constance (1415), qui ordonne d'exhumer ses ossements.[10]
Jan Hus († 1415), prêtre bohémien, prêche à Prague la réforme morale du clergé, dénonce la simonie et reprend plusieurs thèses de Wycliffe. Convoqué à Constance avec un sauf-conduit impérial qui sera violé, il est condamné comme hérétique et brûlé vif le 6 juillet 1415. Sa mort déclenche les guerres hussites en Bohême et laisse, un siècle avant Luther, un précédent dramatique : on peut contester Rome en s'appuyant sur l'Écriture, et un mouvement national peut soutenir le contestataire.[11] Luther reconnaîtra explicitement sa dette envers Hus, écrivant après Leipzig qu'il avait jusque-là soutenu sans le savoir plusieurs de ses thèses — d'où la paraphrase couramment reprise : « nous sommes tous hussites sans le savoir ».[12]
L'affaire des indulgences et les 95 thèses (1517)
L'indulgence de Saint-Pierre
En 1515, le pape Léon X publie une indulgence plénière liée au financement de la nouvelle basilique Saint-Pierre de Rome, en chantier depuis Jules II. Le mécanisme est complexe : pour la prêcher en Allemagne, Rome s'entend avec l'archevêque Albert de Brandebourg, qui cumule déjà plusieurs sièges et doit rembourser la banque Fugger des sommes avancées pour la dispense de cumul. Le produit de l'indulgence sera partagé : une moitié pour Rome, l'autre pour le remboursement.[13] La transaction est ecclésiastiquement défendable selon la pratique du temps, mais elle expose la prédication des indulgences à un risque commercial évident.
Tetzel et la prédication scandaleuse
Le dominicain Johann Tetzel, chargé de prêcher cette indulgence, propose un discours simpliste et efficace, dont la formule retenue par la postérité résume l'esprit : « Sobald das Geld im Kasten klingt, die Seele aus dem Fegfeuer springt » — « Dès que la pièce tombe dans le tronc, l'âme s'envole du purgatoire ».[14] La formule est probablement plus ramassée que ce que Tetzel a réellement prêché, mais elle traduit fidèlement le ton qui scandalise Luther.
Le scandale n'est pas l'indulgence en elle-même. La doctrine catholique distingue le pardon de la faute — reçu dans le sacrement de pénitence, avec la contrition — et la remise de la peine temporelle qui reste due après ce pardon : l'indulgence est cette remise, accordée par l'Église, qui puise au trésor des satisfactions du Christ et des saints en vertu de la communion des saints, aux vivants qui accomplissent l'œuvre prescrite ; elle peut aussi être appliquée aux défunts par manière de suffrage.[15] L'indulgence n'est donc ni l'absolution, qui pardonne la faute, ni le salut lui-même. Trente réaffirmera cette doctrine tout en ordonnant d'en retrancher tout gain et tout abus.[16]
Le scandale est dans la prédication : laisser entendre qu'une pièce versée libérait une âme du purgatoire sans contrition ni pénitence, c'était suggérer une monnayisation du salut. Luther vise précisément cette confusion : « ils prêchent une doctrine humaine, ceux qui affirment que, dès que la pièce résonne dans le tronc, l'âme s'envole [du purgatoire] » (thèse 27, traduit du latin) ; « le suffrage de l'Église dépend de la seule décision de Dieu » (thèse 28, traduit du latin).[17]
Les 95 thèses : un document académique devenu manifeste
Le 31 octobre 1517, Luther adresse à son archevêque, Albert de Brandebourg, une lettre accompagnée d'une Disputatio pro declaratione virtutis indulgentiarum — la fameuse liste de 95 thèses sur les indulgences. La tradition veut qu'il les ait également affichées sur la porte de la Schlosskirche de Wittenberg, lieu habituel des annonces universitaires. La réalité historique de l'affichage est discutée parmi les historiens depuis les recherches d'Erwin Iserloh dans les années 1960, mais la lettre à Albert, elle, est documentée.[18]
Les thèses elles-mêmes sont prudentes. Luther n'attaque pas frontalement le pape : il distingue la pénitence intérieure (vera contritio) de la simple opération sacramentelle, dénonce la confusion commerciale, refuse l'idée qu'on puisse acheter une âme du purgatoire et appelle à une discussion académique honnête. Mais quelques formulations sont déjà explosives :
« Toute la vie du chrétien doit être pénitence. » — Martin Luther, 95 thèses, thèse 1[19]
« Ceux qui croient pouvoir être sûrs de leur salut au moyen des lettres d'indulgence seront éternellement damnés avec leurs maîtres. » — Martin Luther, 95 thèses, thèse 32[20]
Traduites en allemand, imprimées en placard, les thèses circulent en quelques semaines dans toute l'Allemagne : l'étincelle est devenue incendie.
Du moine augustin au schisme (1518-1521)
Le procès romain et la bulle Exsurge Domine
L'affaire monte vite. Rome n'aborde pas tout de suite Luther comme un hérésiarque, mais comme un religieux indiscipliné. Le cardinal Cajétan, légat à Augsbourg, le reçoit en octobre 1518 et lui demande de se rétracter ; Luther refuse. La dispute publique de Leipzig (1519), avec Jean Eck, pousse Luther à des positions de plus en plus radicales : il finit par admettre que les conciles peuvent se tromper et que Hus, condamné à Constance, avait dit des choses justes. Là, il franchit une ligne.[21]
Le 15 juin 1520, Léon X publie la bulle Exsurge Domine qui condamne 41 propositions extraites des écrits de Luther et lui donne soixante jours pour se rétracter, sous peine d'excommunication.[22] Luther, en décembre 1520, brûle publiquement à Wittenberg la bulle et le droit canon. L'excommunication tombe avec Decet Romanum Pontificem, le 3 janvier 1521.
Les trois grands écrits de 1520
Avant même l'excommunication, Luther a publié coup sur coup, en 1520, trois textes qui posent les bases doctrinales et politiques de la Réforme allemande.
- À la noblesse chrétienne de la nation allemande (août 1520) appelle les princes laïcs à réformer eux-mêmes l'Église, en l'absence de réponse romaine — fondement d'une réforme par le pouvoir civil.
- De la captivité babylonienne de l'Église (octobre 1520) réduit les sacrements à deux ou trois (baptême, eucharistie, pénitence), nie la transsubstantiation, rejette l'idée du sacrifice de la messe, conteste l'ordination sacramentelle, le mariage comme sacrement et l'extrême-onction. C'est l'attaque doctrinale la plus radicale.[23]
- De la liberté du chrétien (novembre 1520) expose l'idée centrale de la justification par la foi seule (la justification : la manière dont le pécheur est rendu juste devant Dieu et sauvé) à travers un paradoxe : le chrétien est à la fois « libre seigneur de toutes choses » et « serviteur obéissant en toutes choses » — libre devant Dieu par la foi, serviteur du prochain par la charité.[24] Il ne faut pas confondre ce paradoxe avec la formule simul iustus et peccator (« à la fois juste et pécheur »), forgée plus tôt, dans le cours sur l'épître aux Romains (1515-1516), pour dire que le justifié reste pécheur tout en étant déclaré juste par Dieu.[25]
Ces trois textes, ensemble, sont le programme de la Réforme : autorité politique mobilisée, sacramentaire réduite, justification par la foi seule, sacerdoce universel des baptisés.
Worms 1521 : "Je ne puis autrement"
Le jeune empereur Charles Quint, élu en 1519, convoque Luther à la Diète de Worms au printemps 1521. Le moine s'y rend sous sauf-conduit. Le 17 avril, on lui demande s'il reconnaît ses livres et s'il accepte de se rétracter. Le 18 avril, après une nuit de prière, il répond solennellement : sa conscience, captive de la Parole de Dieu, ne peut désavouer sans preuve scripturaire ce qu'il a enseigné. La phrase devenue célèbre — « Hier stehe ich, ich kann nicht anders, Gott helfe mir » (« Me voici, je ne puis autrement, Dieu me vienne en aide ») — ne figure pas dans les procès-verbaux officiels de la diète, mais elle résume fidèlement la position prise.[26]
Le 25 mai 1521 (texte antidaté au 8 mai), l'édit de Worms met Luther au ban de l'Empire : il devient hors-la-loi, ses écrits sont interdits, on peut le tuer impunément. Sauvé par son prince, l'électeur Frédéric le Sage, il est enlevé en chemin et caché à la Wartburg, près d'Eisenach.
L'extension du mouvement luthérien (1521-1555)
La Wartburg et la Bible allemande
Réfugié à la Wartburg sous l'identité du Junker Jörg, Luther y traduit en quelques mois le Nouveau Testament en allemand à partir du texte grec d'Érasme. L'édition de septembre 1522 — le Septembertestament — est un événement linguistique majeur : la langue allemande s'unifie autour de cette traduction, qui devient une matrice culturelle aussi importante que la King James anglaise un siècle plus tard. L'Ancien Testament complet suivra en 1534.[27]
Cette traduction est un acte théologique autant que linguistique. En donnant à tout chrétien lettré l'accès direct au texte sacré, Luther matérialise la sola scriptura : c'est l'Écriture, vernaculaire et imprimée, qui devient norme première. La Réforme est en grande partie un événement urbain[28] et imprimé[29] — la thèse urbaine est celle de Bernd Moeller, celle du rôle de l'imprimerie celle de Mark U. Edwards Jr.
Mais le séjour à la Wartburg coïncide aussi avec les premières dérives à Wittenberg : Karlstadt et les prophètes de Zwickau radicalisent le mouvement, brisent les images, suppriment les vêtements liturgiques. Luther revient en mars 1522 et calme le mouvement par huit sermons (Invocavit-Predigten), refusant la violence iconoclaste. Toute sa vie, il oscillera entre rupture doctrinale franche et conservatisme liturgique relatif.[30]
Mélanchthon et la Confession d'Augsbourg (1530)
Si Luther est le tribun de la Réforme, Philippe Mélanchthon (1497-1560) en est le théologien systématique. Helléniste humaniste, professeur à Wittenberg dès 1518, il rédige dès 1521 les Loci communes, premier exposé systématique de la doctrine luthérienne.[31]
En juin 1530, à la diète d'Augsbourg convoquée par Charles Quint, Mélanchthon rédige la Confession d'Augsbourg (Confessio Augustana) que les princes luthériens présentent à l'empereur. Le texte est d'une modération calculée : il cherche à montrer que les évangéliques ne se sont pas séparés de la foi catholique, mais qu'ils en sont les vrais conservateurs. Il est cependant rejeté par la Confutatio catholique, et Mélanchthon répond par l'Apologie de la Confession d'Augsbourg (1531).
La Confessio Augustana reste le texte symbolique fondateur du luthéranisme, intégré au Livre de Concorde (1580). Toute la suite du débat doctrinal luthéro-catholique — y compris la Déclaration commune sur la doctrine de la justification de 1999, signée à Augsbourg — partira de ce texte.[32]
La guerre des paysans (1524-1525)
La radicalité religieuse a aussi des effets sociaux. À partir de 1524, les paysans du Sud-Ouest allemand se soulèvent en invoquant l'Écriture et la liberté évangélique pour contester les corvées, les charges seigneuriales et le servage. Les Douze articles de Mémmingen (1525) demandent une réforme sociale fondée sur l'Évangile.
Luther, après avoir tenté de jouer les médiateurs, publie en mai 1525 un pamphlet d'une violence inouïe — Contre les bandes voleuses et meurtrières des paysans — appelant les princes à frapper les insurgés sans pitié, « comme on abat un chien enragé » (formule retenue par la postérité pour ce pamphlet).[33] La bataille de Frankenhausen (15 mai 1525) écrase la révolte ; le théologien apocalyptique Thomas Müntzer est capturé et décapité. Les estimations courantes retiennent jusqu'à environ 100 000 paysans tués au cours de la répression de 1525.[34]
C'est une coupure majeure : la Réforme luthérienne devient une affaire de princes, et les paysans, déçus, se tourneront en partie vers l'anabaptisme. Cette alliance avec le pouvoir politique deviendra la marque structurelle du luthéranisme allemand jusqu'au XIXᵉ siècle.
De Spire à Augsbourg : la naissance des « protestants »
Le mot « protestant » lui-même vient de la diète de Spire de 1529 : six princes et quatorze villes impériales luthériens signent une protestatio contre la décision de la majorité catholique qui veut faire respecter l'édit de Worms. Le nom devient celui du mouvement entier.[35]
La guerre est dès lors politique. La Ligue de Smalkalde unit les princes luthériens contre Charles Quint. Après la défaite de Smalkalde (1547), une nouvelle phase militaire conduit finalement à la paix d'Augsbourg du 25 septembre 1555 :
| Principe | Contenu | Conséquence |
|---|---|---|
| Cuius regio, eius religio | Chaque prince fixe la confession (catholique ou luthérienne) de son territoire | Confessionnalisation territoriale de l'Empire (le découpage du territoire en zones catholiques ou luthériennes) |
| Beneficium emigrandi | Les sujets de l'autre confession peuvent émigrer | Migrations religieuses massives |
| Reconnaissance impériale du luthéranisme | Le luthéranisme reçoit un statut juridique dans l'Empire | Stabilisation provisoire jusqu'en 1618 |
La paix d'Augsbourg ne reconnaît cependant ni les calvinistes ni les anabaptistes. Elle prépare, par ses ambiguïtés et ses oublis, le déclenchement, soixante-trois ans plus tard, de la guerre de Trente Ans (1618-1648).[36]
Le réformisme suisse et calviniste
Zwingli à Zurich
Indépendamment de Luther, Huldrych Zwingli (1484-1531), curé du Grossmünster de Zurich depuis 1519, prêche dès 1522 une réforme évangélique d'une radicalité supérieure à celle de Wittenberg. Là où Luther conserve images, vêtements liturgiques et présence réelle eucharistique (en l'expliquant autrement que Trente), Zwingli supprime les images, dépouille la liturgie, et nie toute présence réelle dans l'eucharistie : pour lui, « est » dans « ceci est mon corps » signifie « signifie ».[37]
Le différend devient un drame en octobre 1529 au colloque de Marbourg, organisé par le landgrave Philippe de Hesse pour réconcilier Luther et Zwingli. Sur quatorze articles doctrinaux, ils s'accordent ; sur le quinzième — l'eucharistie — ils restent irréductibles. Luther aurait écrit à la craie sur la table : « Hoc est corpus meum ». La fracture entre luthériens et réformés date de ce moment.[38]
Zwingli meurt deux ans plus tard, en 1531, sur le champ de bataille de Kappel, en chapelain armé d'une armée zurichoise vaincue par les cantons catholiques. Sa mort consacre la division confessionnelle de la Suisse.
Calvin et la République chrétienne de Genève
Le Français Jean Calvin (1509-1564) — voir l'article Ignispedia sur Jean Calvin — donne au mouvement réformé sa forme la plus systématique. Juriste de formation, converti vers 1533, exilé de France, il publie en 1536 la première édition de l'Institution de la religion chrétienne (en latin, puis en français en 1541), qu'il enrichira jusqu'à l'édition définitive de 1559. C'est le manuel doctrinal de tout le calvinisme international.[39]
Appelé à Genève par Guillaume Farel, expulsé en 1538, revenu en 1541, il y organise jusqu'à sa mort en 1564 une théocratie ecclésiale stricte : ordonnances ecclésiastiques, consistoire qui surveille les mœurs, prédication continue, catéchisme, Académie (1559) qui forme les pasteurs francophones et internationaux. Genève devient « la Rome du protestantisme » et la base d'envoi des pasteurs réformés en France, aux Pays-Bas, en Écosse, en Pologne, en Hongrie.
La spécificité calviniste tient à plusieurs traits doctrinaux saillants : insistance sur la souveraineté absolue de Dieu, doctrine d'une double prédestination (voir notre article sur la prédestination calviniste), discipline ecclésiastique forte, hostilité radicale aux images, conception purement spirituelle (mais réelle) de la présence eucharistique. Le calvinisme produira, dans les générations suivantes, le presbytérianisme écossais, le puritanisme anglais et américain, et les Églises réformées européennes.
La Réforme dans le reste de l'Europe
L'Angleterre d'Henri VIII et la naissance de l'anglicanisme
L'Angleterre suit un chemin singulier — décrit en détail dans l'article langlicanisme d'Ignispedia. Le déclencheur est politique : refus de Rome d'annuler le mariage d'Henri VIII avec Catherine d'Aragon. L'Acte de Suprématie (1534) fait du roi le chef suprême de l'Église d'Angleterre. La sécularisation des monastères, l'évolution doctrinale sous Cranmer, le retour catholique éphémère de Marie Tudor (1553-1558), puis la stabilisation élisabéthaine de 1559 donnent à l'Angleterre une identité religieuse particulière, à mi-chemin du catholicisme et du protestantisme — la via media anglicane.[40]
L'Écosse de John Knox
Disciple de Calvin, John Knox (v. 1514-1572) ramène en Écosse, en 1559, le calvinisme de Genève. Le Parlement d'Édimbourg, en 1560, adopte la Confession écossaise et abolit la juridiction du pape.[41] Mais l'Écosse ne devient pas presbytérienne du jour au lendemain : le Premier Livre de discipline (1560) prévoit encore des surintendants régionaux, le concordat de Leith (1572) réintroduit des évêques nommés par la couronne, et c'est le Second Livre de discipline (1578), porté par Andrew Melville, qui définit le gouvernement par assemblées d'anciens (sessions, presbytères, synodes, assemblée générale) ; le Parlement de 1592 (le « Golden Act ») lui donne sa sanction parlementaire.[42] C'est la matrice du presbytérianisme mondial, marqué par l'austérité liturgique.
Pays-Bas, France, Pologne, Scandinavie
- Les Pays-Bas se calvinisent progressivement et combinent rébellion politique contre Philippe II d'Espagne et adhésion calviniste : la République des Provinces-Unies sera, à partir de la fin du XVIᵉ siècle, l'une des places fortes du calvinisme international.
- En France, le calvinisme prend la forme des Églises réformées de France organisées au synode de Paris (1559). Les guerres de Religion (1562-1598) déchirent le royaume jusqu'à l'édit de Nantes (1598) de Henri IV, qui établit une coexistence précaire.
- En Pologne-Lituanie, la Réforme est plurielle (luthérienne, calviniste, antitrinitaire) et la Confédération de Varsovie (1573) garantit une tolérance interconfessionnelle exceptionnelle, suivie d'un puissant retour catholique par l'action des jésuites au XVIIᵉ siècle.
- En Scandinavie (Danemark-Norvège, Suède), la Réforme luthérienne est imposée par les rois (Danemark 1536, Suède sous Gustave Vasa) avec une continuité épiscopale partielle. Les situations institutionnelles ont ensuite divergé : la Suède a séparé l'Église et l'État le 1ᵉʳ janvier 2000, la Norvège a fait de son Église une entité juridiquement distincte le 1ᵉʳ janvier 2017 (elle demeure « Église du peuple » selon la Constitution), tandis que le Danemark conserve une Église d'État, établie et soutenue par l'État en vertu de sa Constitution.[43]
Les doctrines protestantes : les cinq sola
Les théologiens protestants ont synthétisé, plus tard, l'unité doctrinale de la Réforme dans les cinq sola — formules latines qui condensent ce qui distingue la Réforme du catholicisme romain. Chacune fait l'objet d'un article Ignispedia dédié.
| Sola | Sens | Article catholique opposé |
|---|---|---|
| Sola scriptura | L'Écriture seule est règle de foi | Écriture et Tradition lues par le Magistère |
| Sola fide | Justification par la foi seule | Foi vivifiée par la charité, sacrements et œuvres |
| Sola gratia | Salut par la grâce seule | Grâce seule comme cause première, coopération libre |
| Solus Christus | Le Christ seul médiateur | Médiation unique du Christ, médiations participées (Marie, saints) |
| Soli Deo gloria | Gloire à Dieu seul | Gloire à Dieu seul, les saints et Marie étant honorés d'un culte de vénération (dulie, hyperdulie pour Marie), ordonné à Dieu et distinct de l'adoration (latrie) due à Dieu seul |
L'erreur catholique serait de croire que la Réforme rejette ce qui suit le « seul » : les protestants ne nient pas la grâce, le Christ, la gloire de Dieu. Ils nient ce qu'ils perçoivent comme un ajout — Tradition, œuvres, médiations — et que les catholiques voient au contraire comme la forme historique normale par laquelle Dieu transmet sa grâce. Le débat n'est donc pas seulement sur le contenu (chacun affirme la grâce, la foi, l'Écriture), mais sur l'exclusivité du « seul ».[44]
Sur la vénération des saints, le magistère catholique distingue ainsi l'adoration, due à Dieu seul, et la vénération des saints et de Marie, honorés comme amis de Dieu et ordonnée à sa gloire.[45]
Pour la réfutation catholique systématique de ces thèses, voir l'article Réponses au protestantisme et les articles spécialisés sur chacun des cinq sola.
La réponse catholique : Trente et la Contre-Réforme
Le concile de Trente (1545-1563)
La réponse romaine, longtemps freinée par la rivalité franco-impériale, vient avec le concile de Trente convoqué par Paul III et tenu en trois phases (1545-1547, 1551-1552, 1562-1563) : aucun concile œcuménique ne s'était réuni depuis Latran V (1517). Trente est le premier à définir solennellement la doctrine face au protestantisme, et sa pastorale marquera le catholicisme jusqu'à Vatican II. Voir l'article Le concile de Trente pour le détail des décrets.
Trente définit, en réaction directe à la Réforme :
- Écriture et Tradition : les deux sont reçues pari pietatis affectu (avec un même sentiment de piété) ; les livres deutérocanoniques sont déclarés canoniques contre Luther.[46]
- Justification : décret du 13 janvier 1547 (DS 1520-1583), qui définit la nature de la justification, le rôle des sacrements, la nécessité de la coopération libre.[47]
- Sacrements : sept sacrements définis comme institués par le Christ, contre la réduction protestante à deux ou trois.
- Eucharistie : la transsubstantiation est définie (DS 1642), la messe est sacrifice propitiatoire (qui apaise Dieu et obtient le pardon et les grâces, pour les vivants comme pour les défunts) (DS 1751-1759).
- Ordre et célibat : l'ordination est sacrement, le sacerdoce institué par le Christ, le célibat clérical maintenu.
À ces définitions dogmatiques s'ajoutent des décrets de réforme pastorale considérables : résidence obligatoire des évêques, séminaires diocésains, catéchisme romain, prédication régulière, contrôle des prédicateurs. Le concile fonde la pastorale tridentine, qui durera jusqu'à Vatican II.
Une Contre-Réforme spirituelle et missionnaire
Le mot « Contre-Réforme » est trompeur : il ne s'agit pas seulement d'une réaction défensive, mais d'un immense renouveau spirituel catholique. Voir l'article La Contre-Réforme catholique pour le développement détaillé.
Quelques jalons :
- Fondation de la Compagnie de Jésus (1540) par saint Ignace de Loyola, formation savante des cadres catholiques.
- Réforme du Carmel par sainte Thérèse d'Avila et saint Jean de la Croix.
- École spirituelle française : Bérulle, Olier, saint Vincent de Paul, saint Jean Eudes.
- Saint Charles Borromée à Milan, modèle d'évêque tridentin.
- Saint François de Sales et la spiritualité du « tout chrétien ».
- Élan missionnaire mondial : Amérique espagnole et portugaise, missions de Chine, du Japon, du Paraguay.
Ce renouveau intérieur est, du point de vue catholique, la part lumineuse d'une catastrophe : la rupture de l'unité chrétienne a été un drame, mais elle a obligé l'Église romaine à se réformer en profondeur.
Bilan : ce que la Réforme a brisé, ce qu'elle a déplacé
L'unité chrétienne d'Occident, perdue
L'effet le plus immédiat de la Réforme est la brisure définitive de la chrétienté latine. En 1500, l'Église latine couvrait — malgré ses scandales, et malgré les dissidences hussites et wycliffites présentées plus haut — la quasi-totalité de l'Europe occidentale. En 1600, l'Europe est confessionnellement morcelée : luthérienne, calviniste, anglicane, catholique, anabaptiste, antitrinitaire. Cette division n'a jamais été refermée. Les efforts œcuméniques modernes — Unitatis Redintegratio à Vatican II, dialogues bilatéraux, Déclaration commune sur la justification (1999) — atténuent les hostilités, mais ne reconstituent pas l'unité visible.[48]
Les guerres de religion et la souffrance civile
Le coût humain est immense. Guerres de religion françaises (1562-1598), révolte des Pays-Bas (1568-1648), guerres anglaises (XVIᵉ-XVIIᵉ s.), enfin la guerre de Trente Ans (1618-1648) qui ravage l'Allemagne — un tiers de la population disparaît dans certaines régions. La paix de Westphalie (1648) acte la défaite politique de l'idée d'une chrétienté unie sous une seule autorité religieuse.[49]
Une sécularisation latente
La Réforme contribue, à long terme et indirectement, à plusieurs évolutions structurelles qui dépassent ses propres intentions :
- Affirmation du pouvoir politique sur la religion : le cuius regio, eius religio est un transfert d'autorité religieuse au prince, qui ouvre une voie vers l'État moderne souverain.
- Pluralisme religieux toléré : devant l'impossibilité de réduire l'autre par la force, les sociétés européennes inventent peu à peu la tolérance, puis la laïcité.
- Individualisation du rapport à la foi : la sola scriptura et le sacerdoce universel valorisent la lecture personnelle et la conscience individuelle.
- Rationalisation économique : la thèse de Max Weber sur « l'éthique protestante et l'esprit du capitalisme » (1904-1905) attribue à un ascétisme intramondain protestant un rôle dans la formation de l'esprit du capitalisme moderne — une interprétation influente mais toujours discutée entre sociologues et historiens, qu'on ne peut présenter comme un fait établi.[50]
Du point de vue catholique, la Réforme n'a donc pas seulement coupé un membre de l'Église : elle a aussi déplacé le centre de gravité religieux de l'Europe vers le politique, l'État, et finalement vers l'individu sans Église. Beaucoup de ces évolutions sont aujourd'hui présentes à l'intérieur du catholicisme moderne lui-même.
Que pense le catholicisme actuel de la Réforme ?
Le concile Vatican II (1962-1965), dans le décret Unitatis Redintegratio, distingue soigneusement :
« Ceux qui naissent aujourd'hui dans de telles communautés et qui vivent de la foi au Christ, ne peuvent être accusés de péché de division, et l'Église catholique les entoure de respect fraternel et de charité. » — Unitatis Redintegratio, n° 3 (1964)[51]
Le catholique d'aujourd'hui peut donc reconnaître honnêtement plusieurs choses : les abus dénoncés par Luther étaient réels et appelaient une réforme ; et le dialogue œcuménique a permis de dégager un large consensus sur la justification, scellé par la Déclaration commune d'Augsbourg (1999) évoquée plus haut. Sur la rupture elle-même, Vatican II ne parle pas d'une « faute commune de l'Église et des réformateurs » : il dit que les divisions sont nées « parfois par la faute des personnes de l'une ou de l'autre partie » (Unitatis Redintegratio, n° 3) — des responsabilités personnelles, à établir historiquement cas par cas, et non une culpabilité de l'Église elle-même en tant que telle.[52] La voie n'est donc ni la nostalgie d'un retour pur et simple, ni l'oubli des différences, mais la conversion partagée vers l'unique Christ.
Cela n'autorise cependant pas le relativisme. L'Église catholique tient toujours que les définitions de Trente restent vraies, que la Tradition apostolique est constitutive de la Révélation au même titre que l'Écriture, que les sacrements sont sept, que la succession apostolique est nécessaire à la plénitude de l'Église, et que la présence réelle du Christ dans l'Eucharistie est doctrine de foi. La voie œcuménique vraie n'est ni l'anathème ni l'effacement : elle est la vérité dans la charité (veritatem facientes in caritate, Ep 4, 15).
Pour aller plus loin
- Lire Martin Luther : la biographie spirituelle et théologique du réformateur.
- Lire Jean Calvin : le second grand visage de la Réforme.
- Lire Le concile de Trente : la réponse dogmatique et pastorale catholique.
- Lire La Contre-Réforme catholique : le renouveau spirituel après Trente.
- Lire Réponses au protestantisme : la réfutation catholique systématique des thèses protestantes.
- Lire Sola scriptura, Sola fide, Sola gratia, Solus Christus, Soli Deo gloria : les cinq sola analysées une à une.
- Lire La prédestination calviniste : la doctrine la plus dure du calvinisme et la réponse thomiste.
- Lire La présence réelle eucharistique : le cœur du débat sacramentaire entre Trente et la Réforme.
- Lire L'anglicanisme : la voie singulière de la Réforme en Angleterre.
Notes et références
Encyclopaedia Britannica, article "Reformation", édition en ligne : présentation générale du mouvement, datation 1517-1555, foyers principaux et bilan. Source : https://www.britannica.com/event/Reformation.
1Henry G. Ganss, "Martin Luther", The Catholic Encyclopedia, vol. 9, New York, Robert Appleton Company, 1910, transcrit par New Advent : biographie de Luther et déroulement du conflit avec Rome. Source : https://www.newadvent.org/cathen/09438b.htm.
2Diarmaid MacCulloch, Reformation: Europe's House Divided 1490-1700, Londres, Penguin Books, 2003, 832 p., ISBN 978-0140285345 — synthèse académique consultée comme arrière-plan d'ensemble sur le mouvement réformateur européen ; les dates, chiffres et citations précis du présent article sont documentés par les notes spécifiques.
3Ludwig von Pastor, Histoire des Papes depuis la fin du Moyen Âge, traduit de l'allemand, Plon, Paris, 1888-1933, 16 vol. — étude historique catholique classique sur la papauté de la Renaissance, ses mécénats et ses faiblesses pastorales. Les cinq pontificats évoqués ci-dessus se répartissent ainsi dans l'édition anglaise (The History of the Popes, Londres, Kegan Paul) : t. IV (Paul II et Sixte IV), t. V (Innocent VIII et début d'Alexandre VI), t. VI (Alexandre VI, Pie III et Jules II), t. VII-VIII (Léon X, en deux livres).
4Henri Leclercq, "Fifth Lateran Council (1512-17)", The Catholic Encyclopedia, vol. 9, 1910, New Advent : convocation par Jules II, sessions sous Jules II puis Léon X, clôture le 16 mars 1517, décrets (monts-de-piété, censure des livres, révocation de la Pragmatique Sanction, dîme pour la croisade). Source : https://www.newadvent.org/cathen/09018b.htm.
5Martin Luther, Disputatio pro declaratione virtutis indulgentiarum (95 thèses), 31 octobre 1517 ; thèse 1 (« Dominus et magister noster Iesus Christus... omnem vitam fidelium penitentiam esse voluit »), thèses 27-28 (contre la prédication assimilant l'aumône versée à la libération d'une âme) et thèse 32. Texte latin (Project Gutenberg, e-book n° 274) : https://www.gutenberg.org/ebooks/274.
6 17 19 20Encyclopaedia Britannica, "Desiderius Erasmus", édition en ligne : humanisme chrétien, éditions critiques, Novum Instrumentum de 1516, Enchiridion militis christiani de 1503. Source : https://www.britannica.com/biography/Erasmus.
7Mark U. Edwards Jr., Printing, Propaganda and Martin Luther, University of California Press, Berkeley, 1994 — étude de référence sur le rôle de l'imprimerie dans la diffusion de la Réforme luthérienne.
8 29Listes de griefs des États de l'Empire contre les charges et les pratiques financières de Rome, attestées depuis le début du XVᵉ siècle et présentées notamment aux diètes de Worms (1521) et de Nuremberg (1522-1523, sous la forme des Centum gravamina).
9Francis Urquhart, "John Wyclif", The Catholic Encyclopedia, vol. 15, 1912, New Advent : doctrine de Wyclif, condamnation par Constance, traduction anglaise de la Bible. Source : https://www.newadvent.org/cathen/15722a.htm.
10Encyclopaedia Britannica, "Jan Hus", édition en ligne : prédication à Prague, procès et exécution à Constance le 6 juillet 1415, conséquences hussites. Source : https://www.britannica.com/biography/Jan-Hus.
11Martin Luther, correspondance de 1520 après la dispute de Leipzig (1519) : Luther y reconnaît avoir soutenu sans le savoir des thèses de Hus — la formule « nous sommes tous hussites sans le savoir » est une paraphrase courante de ce propos, non une citation au mot près. Voir Roland Bainton, Here I Stand: A Life of Martin Luther, Abingdon-Cokesbury, New York, 1950, traduction française Luther, Cerf, 1951.
12Encyclopaedia Britannica, "Indulgence", édition en ligne : doctrine catholique de l'indulgence, indulgence de Saint-Pierre de 1515-1517 et arrangement avec Albert de Brandebourg et la banque Fugger. Source : https://www.britannica.com/topic/indulgence.
13Encyclopaedia Britannica, "Johann Tetzel", édition en ligne : prédicateur dominicain, formules attribuées et controverse historiographique. Source : https://www.britannica.com/biography/Johann-Tetzel.
14Catéchisme de l'Église catholique, n. 1471 (l'indulgence est la rémission de la peine temporelle due pour des péchés dont la faute est déjà effacée, par application du trésor des satisfactions du Christ et des saints) et n. 1479 (les indulgences peuvent être obtenues pour les fidèles défunts, par manière de suffrage). Texte sur le site du Vatican : https://www.vatican.va/archive/FRA0013/__P4B.HTM.
15Concile de Trente, XXVᵉ session, 3-4 décembre 1563, décret sur les indulgences (DS 1835) : maintien du pouvoir d'accorder des indulgences conféré par le Christ à l'Église, avec ordre d'en retrancher tout gain sordide et toute licence abusive.
16Erwin Iserloh, Luther zwischen Reform und Reformation: Der Thesenanschlag fand nicht statt, Münster, Aschendorff, 1968 — étude historique majeure remettant en cause la matérialité de l'affichage des 95 thèses, sans contester la lettre du 31 octobre 1517 à l'archevêque Albert de Brandebourg.
18Encyclopaedia Britannica, "Martin Luther", édition en ligne : entretien de Cajetan (Augsbourg, 1518), dispute de Leipzig (1519), bulle Exsurge Domine (1520), Diète de Worms (1521), Wartburg et retour à Wittenberg en 1522. Source : https://www.britannica.com/biography/Martin-Luther.
21 30Léon X, bulle Exsurge Domine, 15 juin 1520 : condamnation de 41 propositions tirées des écrits de Luther et mise en demeure de rétractation sous soixante jours. Traduction anglaise reproduite sur le site Papal Encyclicals : https://www.papalencyclicals.net/leo10/l10exdom.htm.
22Martin Luther, De captivitate Babylonica ecclesiae praeludium, octobre 1520 : réduction sacramentaire, négation de la transsubstantiation et du sacrifice de la messe. Édition critique allemande in Weimarer Ausgabe, vol. 6, p. 497-573.
23Martin Luther, Von der Freiheit eines Christenmenschen (De la liberté du chrétien), novembre 1520 : les deux thèses d'ouverture posent le paradoxe (« Ein Christenmensch ist ein freier Herr über alle Dinge... / ...ein dienstbarer Knecht aller Dinge... »). Édition critique : Weimarer Ausgabe, vol. 7.
24Formule employée par Luther dès son cours sur l'épître aux Romains (1515-1516), reprise notamment dans la Disputation sur la justification (1536) : le justifié demeure simul iustus et peccator, à la fois juste (déclaré tel par Dieu) et pécheur.
25Encyclopaedia Britannica, "Diet of Worms", édition en ligne : convocation impériale, comparution de Luther 17-18 avril 1521, édit de Worms promulgué le 25 mai 1521 (texte daté du 8 mai) et mise au ban de l'Empire. Source : https://www.britannica.com/event/Diet-of-Worms.
26Encyclopaedia Britannica, "Luther Bible", édition en ligne : traduction du Nouveau Testament en allemand (septembre 1522), Bible complète (1534), influence linguistique majeure. Source : https://www.britannica.com/topic/Luther-Bible.
27Bernd Moeller, Reichsstadt und Reformation, Gütersloh, Mohn, 1962 (trad. anglaise : Imperial Cities and the Reformation: Three Essays, trad. et éd. H. C. Erik Midelfort et Mark U. Edwards Jr., Philadelphie, Fortress Press, 1972) : thèse du caractère urbain de la Réforme dans les villes impériales allemandes.
28Klemens Löffler, "Philipp Melancthon", The Catholic Encyclopedia, vol. 10, 1911, New Advent : biographie de Mélanchthon, Loci communes, Confessio Augustana et Apologie. Source : https://www.newadvent.org/cathen/10151a.htm.
31Encyclopaedia Britannica, "Augsburg Confession", édition en ligne : rédaction par Mélanchthon, présentation à Charles Quint le 25 juin 1530, intégration au Livre de Concorde (1580). Source : https://www.britannica.com/topic/Augsburg-Confession.
32Martin Luther, Wider die räuberischen und mörderischen Rotten der Bauern (mai 1525) : appel violent aux princes contre les paysans insurgés. Édition critique : Weimarer Ausgabe, vol. 18 (le renvoi à une page précise n'a pas pu être vérifié et n'est pas repris ici).
33Estimation couramment reprise par l'historiographie (jusqu'à environ 100 000 tués sur quelque 300 000 insurgés) : voir l'ouvrage de référence de Günther Franz, Der deutsche Bauernkrieg (1ʳᵉ éd. 1933, régulièrement réédité) ; synthèse récente de Lyndal Roper, Summer of Fire and Blood: The German Peasants' War, Londres, John Murray / New York, Basic Books, 2025.
34Encyclopaedia Britannica, "Protestation at Speyer", édition en ligne : protestatio du 19 avril 1529 de six princes et quatorze villes contre la décision majoritaire catholique — origine du terme "protestant". Source : https://www.britannica.com/topic/Protestation-of-Speyer.
35Encyclopaedia Britannica, "Peace of Augsburg", édition en ligne : paix de religion impériale du 25 septembre 1555, principe cuius regio, eius religio, non-reconnaissance des calvinistes. Source : https://www.britannica.com/event/Peace-of-Augsburg.
36Encyclopaedia Britannica, "Huldrych Zwingli", édition en ligne : réformateur de Zurich, doctrine eucharistique symbolique, mort à Kappel en 1531. Source : https://www.britannica.com/biography/Huldrych-Zwingli.
37Encyclopaedia Britannica, "Marburg, Colloquy of", édition en ligne : colloque d'octobre 1529, accord sur quatorze articles, désaccord eucharistique avec Luther. Source : https://www.britannica.com/event/Colloquy-of-Marburg.
38Encyclopaedia Britannica, "John Calvin", édition en ligne : biographie, Institution de la religion chrétienne (1536, 1559), organisation de Genève. Source : https://www.britannica.com/biography/John-Calvin.
39Encyclopaedia Britannica, "Anglicanism", édition en ligne : Acte de Suprématie (1534), réformes cranmériennes, restauration mariale, stabilisation élisabéthaine (1559). Source : https://www.britannica.com/topic/Anglicanism. Voir aussi l'article Ignispedia langlicanisme.
40Encyclopaedia Britannica, "John Knox", édition en ligne : retour en Écosse en 1559, Confessio scotica et abolition de la juridiction romaine en 1560. Source : https://www.britannica.com/biography/John-Knox.
41Surintendants régionaux prévus par le Premier Livre de discipline (1560), concordat de Leith (1572) réintroduisant des évêques nommés par la couronne, Second Livre de discipline (1578) porté par Andrew Melville et définissant le gouvernement presbytérien (sessions, presbytères, synodes, assemblée générale) : voir la notice du Dictionary of National Biography sur Andrew Melville. Sanction parlementaire des juridictions presbytériennes par le Parlement d'Écosse de 1592 (« Golden Act »).
42Voir l'article Ignispedia Réponses au protestantisme pour la réfutation systématique catholique des cinq sola et des autres positions protestantes.
44Concile de Trente, XXVᵉ session, 3-4 décembre 1563, décret sur l'invocation, la vénération, les reliques des saints et les images (DS 1821 s.) ; Vatican II, const. Lumen Gentium, 21 novembre 1964, n. 50-51 (vénération et intercession des saints, décrets de Nicée II, Florence et Trente repris, tout ordonné à la louange du Christ et de Dieu) ; Catéchisme de l'Église catholique, n. 971 et 2132.
45Concile de Trente, IVᵉ session, 8 avril 1546, décret Sacrosancta sur la réception des livres sacrés et des traditions apostoliques, Denzinger §§ 1501-1508 : Écriture et Tradition reçues pari pietatis affectu. Texte latin sur EWTN : https://www.ewtn.com/catholicism/library/council-of-trent-1438.
46Concile de Trente, VIᵉ session, 13 janvier 1547, décret sur la justification, Denzinger §§ 1520-1583 : nature de la justification, rôle des sacrements, nécessité de la coopération libre, canons contre les positions luthériennes.
47Concile Vatican II, décret Unitatis Redintegratio sur l'œcuménisme, 21 novembre 1964, n° 3 : reconnaissance des "frères séparés" et appel à l'unité, sans renoncement aux vérités définies. Texte sur le site du Vatican : https://www.vatican.va/archive/hist_councils/ii_vatican_council/documents/vat-ii_decree_19641121_unitatis-redintegratio_fr.html.
48 51 52Encyclopaedia Britannica, "Peace of Westphalia", édition en ligne : traités d'Osnabrück et de Münster (24 octobre 1648), fin de la guerre de Trente Ans, équilibre confessionnel européen. Source : https://www.britannica.com/event/Peace-of-Westphalia.
49Max Weber, Die protestantische Ethik und der Geist des Kapitalismus, 1904-1905 ; traduction française L'éthique protestante et l'esprit du capitalisme, Plon, 1964 — thèse sociologique discutée mais influente sur le lien entre ascétisme intramondain protestant et rationalité économique moderne.
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