Huldrych Zwingli (ou Ulrich Zwingli, 1484-1531) est, avec Martin Luther et Jean Calvin, l'un des trois grands réformateurs qui ont brisé l'unité de la chrétienté occidentale au XVIᵉ siècle. Il est le réformateur de Zurich, et le père d'un courant — la Réforme dite « suisse » ou « réformée » — distinct du luthéranisme dès l'origine.
Ce qui distingue Zwingli, ce n'est pas d'avoir contesté les indulgences ou l'autorité romaine : sur ce point il rejoint Luther. C'est d'avoir poussé la rupture plus loin que le moine saxon sur le terrain le plus sacré de tous, celui de l'Eucharistie. Pour Zwingli, à la Cène, le pain ne devient rien : il reste du pain, signe d'un corps absent. Les paroles du Christ — « Ceci est mon corps » — ne signifient pas « ceci est », mais « ceci représente ». C'est ce point, et non l'autorité du pape, qui a séparé Zwingli de Luther au colloque de Marbourg en 1529, et qui a durablement divisé le protestantisme naissant en deux familles séparées dès le XVIᵉ siècle.
Zwingli est aussi, des trois grands réformateurs du XVIᵉ siècle, le plus iconoclaste dans l'action zurichoise : sous son impulsion, les églises de Zurich furent dépouillées de leurs statues, de leurs images, de leurs reliques, de leurs orgues, la Messe abolie et remplacée par une simple commémoration quatre fois l'an[1]. Enfin, il est le réformateur mort à la guerre : tombé en 1531 auprès des troupes zurichoises face aux cantons catholiques restés fidèles à Rome, son cadavre fut écartelé et brûlé par les vainqueurs[2].
Pour l'Église catholique, Zwingli représente la forme la plus dépouillée de la révolution protestante : là où Luther gardait une présence réelle et un attachement affectif à beaucoup de traditions, Zwingli tire les conséquences rationnelles de la sola scriptura jusqu'à vider le sacrement de sa substance. Le concile de Trente répondra directement à sa doctrine en 1551, en anathématisant quiconque prétend que le Christ n'est présent dans l'Eucharistie « que comme dans un signe, une figure ou par sa vertu »[3]. Comprendre Zwingli, c'est donc comprendre où mène, dans sa version la plus conséquente, le principe protestant.
Qui était Huldrych Zwingli ?
Un fils des montagnes du Toggenburg
Huldrych Zwingli naît le 1ᵉʳ janvier 1484 à Wildhaus, un village de haute montagne du Toggenburg, dans l'actuel canton de Saint-Gall[4]. Il n'a donc que sept semaines de moins que Luther, né en novembre 1483 : les deux hommes qui vont diviser l'Occident sont exactement de la même génération.
Sa famille appartient à la solide paysannerie aisée des Alpes suisses. Son père est Ammann (bailli, magistrat local) du village ; l'un de ses oncles est doyen ecclésiastique. Troisième d'une famille de nombreux fils, le jeune Ulrich est très tôt destiné à l'Église et confié à son oncle Bartholomäus, curé de Wesen, qui remarque ses dons[5]. De cette enfance montagnarde, Zwingli gardera un patriotisme suisse ardent et une méfiance croissante envers un fléau qui saigne alors la Confédération : le service mercenaire au profit des puissances étrangères.
L'humaniste : Vienne, Bâle et l'admiration d'Érasme
Zwingli reçoit une formation d'humaniste, non de scolastique. Après l'école de Bâle et de Berne, il s'inscrit à l'université de Vienne au semestre d'hiver 1498 — radié selon les registres pour un motif inconnu, puis réinscrit en 1500, il y étudie jusqu'en 1502 — avant de passer à Bâle, où il obtient la maîtrise ès arts (1506) et où le théologien Thomas Wyttenbach l'oriente vers l'étude directe de l'Écriture[6][7]. Maître ès arts en 1506, il commence alors ses études de théologie et est ordonné prêtre la même année.
Toute sa vie, Zwingli restera un homme de la Renaissance des lettres, lecteur des classiques grecs et latins, amoureux de la musique — il jouait de plusieurs instruments. Sa grande admiration va à Érasme de Rotterdam, le prince des humanistes, qu'il rencontre à Bâle vers 1515-1516 et dont l'édition du Nouveau Testament grec le marque profondément[8]. On approfondira cette figure décisive de l'humanisme chrétien dans l'article consacré à Érasme, qui, lui, restera dans l'Église. Cette dette érasmienne explique un trait constant de Zwingli : chez lui, la réforme part d'abord d'un retour au texte biblique et d'un rejet des « superstitions » populaires, plus que d'une angoisse du salut comme chez Luther.
Curé de Glaris et aumônier des mercenaires
En 1506, Zwingli est nommé curé de Glaris, chef-lieu d'un canton dont beaucoup d'hommes s'engageaient comme soldats à la solde des rois. À deux reprises au moins, il accompagne ses paroissiens comme aumônier militaire dans les guerres d'Italie, notamment à Novare (1513) et à la sanglante bataille de Marignan (1515), où les Suisses au service de Milan furent écrasés par François Iᵉʳ[9][10].
Ces expériences décident d'une part de sa vocation publique. Zwingli devient un adversaire acharné du système mercenaire : il y voit une corruption qui vend le sang de la jeunesse suisse et achète les consciences par des pensions étrangères. Sa dénonciation des pensions françaises lui vaut d'ailleurs des ennuis à Glaris et précipite son départ. Ce combat civique et patriotique, antérieur à sa rupture doctrinale, montre que la réforme de Zwingli fut d'emblée autant politique et morale que théologique : il ne sépara jamais l'Évangile de la cité.
Einsiedeln : le pèlerinage et le retour à l'Écriture
De 1516 à 1518, Zwingli est prêtre séculier au grand sanctuaire marial d'Einsiedeln, l'un des plus célèbres lieux de pèlerinage de l'Europe alpine, but de foules venues vénérer la Vierge noire[11]. Le contraste est saisissant : c'est au cœur d'un haut lieu de la piété mariale et des indulgences qu'il approfondit son étude du Nouveau Testament grec, copie de sa main les épîtres de saint Paul pour les mémoriser, et commence à prêcher contre certaines dévotions populaires qu'il juge superstitieuses.
C'est aussi à Einsiedeln qu'il croise le marchand d'indulgences Bernardin Samson, un franciscain milanais dont le commerce le scandalise — comme le trafic de Tetzel avait scandalisé Luther en Allemagne. Mais Zwingli affirmera toujours être arrivé à ses conclusions indépendamment de Luther, par la seule lecture de l'Écriture et sous l'influence d'Érasme, refusant même d'être appelé « luthérien »[12].
Le prédicateur du Grossmünster (1519)
Le 11 décembre 1518, Zwingli est élu Leutpriester — « curé du peuple » — du Grossmünster, la grande collégiale de Zurich[13]. Il y prononce son premier sermon le 1ᵉʳ janvier 1519, jour de ses trente-cinq ans. Là, il pose un geste inhabituel : au lieu de suivre le calendrier liturgique et ses péricopes (les passages d'Écriture assignés à chaque fête), il annonce qu'il va commenter, verset après verset, l'Évangile selon saint Matthieu en continu (lectio continua), puis les autres livres du Nouveau Testament. La chaire de Zurich devient une école biblique permanente.
À l'automne 1519, une épidémie de peste frappe Zurich et emporte plus du tiers de la population. Zwingli reste auprès des malades, contracte lui-même le mal fin septembre et manque d'en mourir. De cette épreuve naissent ses poèmes de la peste (le Pestlied), chants d'abandon à Dieu où affleure déjà sa spiritualité : l'homme n'est rien, Dieu fait de lui ce qu'il veut[14]. Cette expérience de la mort renforce sa conviction d'une souveraineté absolue de Dieu sur la vie et le salut — thème qui deviendra central dans sa doctrine de la providence et de la prédestination.
Le déclenchement de la Réforme zurichoise
Si la Réforme allemande a son point de départ symbolique dans les 95 thèses de 1517, la Réforme suisse a le sien dans un épisode plus prosaïque, survenu à Zurich au printemps 1522.
L'affaire des saucisses (1522)
Pendant le carême de 1522, quelques hommes se réunissent chez l'imprimeur Christoph Froschauer et y mangent des saucisses, en violation ouverte de l'abstinence prescrite par l'Église. Zwingli est présent mais ne mange pas ; il prend cependant publiquement la défense des contrevenants. Peu après, il publie son premier écrit réformateur, Von Erkiesen und Freiheit der Speisen (« Du choix et de la liberté des aliments »), où il soutient que les lois de jeûne ne sont que des commandements humains, sans fondement dans l'Écriture, et qu'aucun chrétien n'est tenu en conscience de les observer[15].
Cette « affaire des saucisses » (Wurstessen) est traditionnellement considérée comme l'acte de naissance de la Réforme suisse. Derrière l'anecdote se joue le principe même du protestantisme : seule l'Écriture oblige, et tout ce qui n'y est pas explicitement commandé peut être rejeté. C'est le même principe que la sola scriptura, dont on trouvera l'examen critique dans l'article Pourquoi les catholiques ne suivent-ils pas la sola Scriptura ?.
Les disputes de Zurich et les 67 articles (1523)
Zwingli a un avantage que Luther n'a pas eu : le magistrat de sa ville va épouser sa cause. Le 29 janvier 1523, le conseil de la ville de Zurich organise une dispute publique entre Zwingli et les représentants de l'évêque de Constance. Zwingli s'y présente muni de 67 articles (les Schlussreden) résumant sa doctrine, avec pour règle qu'on ne le réfute que par l'Écriture seule[16]. Ses adversaires, menés par le vicaire général Jean Faber qui en appelait à l'enseignement et à la tradition de l'Église ancienne, refusent de débattre sur ce seul terrain et voient leurs arguments écartés ; le conseil déclare Zwingli vainqueur et l'autorise à continuer sa prédication.
« Tous ceux qui disent que l'Évangile n'est rien sans la confirmation de l'Église se trompent et déshonorent Dieu. » — Zwingli, article 1 des 67 articles, 1523[17]
Une seconde dispute, en octobre 1523, porte sur les images dans les églises et sur la Messe. À partir de là, ce n'est plus une querelle privée : c'est la ville de Zurich, par décision de son conseil, qui bascule dans la Réforme. Le caractère décisif de cette alliance entre le réformateur et le pouvoir civil est le trait le plus original de Zwingli : sa Réforme est d'emblée une Réforme d'État, portée par la magistrature urbaine.
Le mariage des prêtres et la fin de la Messe
La rupture se traduit vite en actes irréversibles. En 1524, Zwingli épouse publiquement Anna Reinhart, veuve d'un patricien zurichois, qu'il avait déjà épousée secrètement — geste par lequel il rejette solennellement le célibat sacerdotal[18]. La même année, les couvents sont dissous, leurs biens confisqués et affectés à l'assistance des pauvres et à l'enseignement.
L'acte le plus grave survient à Pâques 1525 : le conseil de Zurich abolit la Messe et la remplace par une simple cène commémorative, célébrée quatre fois par an, autour d'une table de bois, avec du pain ordinaire dans des plats en bois, sans autel, sans ornements, sans chant[19][20]. Là où la Messe catholique est le renouvellement non sanglant du sacrifice du Calvaire, la cène zwinglienne n'est plus qu'un repas de souvenir entre frères. C'est la conséquence directe de sa doctrine eucharistique, que nous allons examiner.
L'iconoclasme : le dépouillement des églises
En 1524, sur ordre du conseil et sous l'impulsion de Zwingli, les églises de Zurich sont méthodiquement vidées : entre la Pentecôte et le 20 juin 1524, statues, tableaux, crucifix, reliques, autels et ornements sont enlevés, les fresques effacées, les murs blanchis à la chaux, et même les orgues enlevées[21][22]. Le sort systématique des vitraux figurés, parfois inclus dans cette énumération, n'est pas établi dans les passages consultés et n'est pas retenu ici. L'achèvement musical suivra plus tard, avec l'abolition du chant latin au Grossmünster le 9 décembre 1527. Le contraste avec Luther est net : le réformateur saxon avait au contraire freiné l'iconoclasme d'un Karlstadt, jugeant les images utiles à la piété des simples. Zwingli, lui, applique strictement aux images objets de culte l'interdiction vétérotestamentaire des images taillées (Exode 20, 4) et y voit une idolâtrie à extirper — tout en distinguant, dans sa Fidei ratio (art. IX), ces images cultuelles de l'art non idolâtré.
Pour le catholicisme, ce dépouillement radical n'est pas une purification mais une perte : la tradition de l'Église, depuis le deuxième concile de Nicée (787), honore les images non pour elles-mêmes mais pour ce qu'elles représentent, l'honneur rendu à l'image remontant à son modèle[23], et l'art sacré est une catéchèse pour les yeux. Sur l'honneur rendu aux images et aux saints — souvent confondu à tort avec de l'adoration — on renvoie à l'article Les catholiques adorent-ils Marie ?.
Que professait Zwingli ?
Pour juger une doctrine, il faut d'abord l'exposer honnêtement. La théologie de Zwingli n'est ni pauvre ni incohérente : c'est un système, marqué par la logique implacable d'un humaniste, qui pousse jusqu'au bout deux intuitions — la souveraineté absolue de Dieu et l'insuffisance radicale des signes matériels à contenir le divin.
Une sola scriptura rationnelle et dépouillée
Comme tous les réformateurs, Zwingli tient l'Écriture seule pour unique autorité. Mais il y ajoute une teinte propre, plus rationaliste : ce que l'Écriture ne commande pas explicitement, il tend à le supprimer, là où Luther se contentait de tolérer ce que l'Écriture n'interdit pas. De cette différence de méthode découlent toutes les autres : l'abolition des images, de la Messe, du chant liturgique, des fêtes, du jeûne. Zwingli est le réformateur du retranchement : il ne garde que ce qu'il croit trouver noir sur blanc dans le texte sacré.
La Cène, simple mémorial : le cœur de la rupture
Le point le plus caractéristique — et le plus grave — de la doctrine de Zwingli est sa conception de la Cène. Pour lui, l'Eucharistie n'est ni un sacrifice, ni le lieu d'une présence réelle du Christ. C'est un mémorial : un repas où la communauté fait mémoire de la mort du Seigneur et proclame sa foi. Le pain reste du pain ; le vin reste du vin. Le Christ, monté au ciel, y est corporellement absent ; il n'est présent que dans la foi du croyant qui se souvient.
« Croire, c'est manger. » — Formule résumant sa doctrine de la Cène, selon les récits du colloque de Marbourg[24]
L'argument de fond de Zwingli, tel qu'il l'expose notamment dans sa Fidei ratio (art. VIII), part de la véritable humanité corporelle du Christ : son corps humain, fini et véritable, est monté au ciel où il demeure ; il ne peut donc, selon Zwingli, être en même temps localement présent sur les autels — entre le signe (le pain) et la réalité (le corps glorifié au ciel) s'ouvrirait toute la distance du ciel à la terre. À quoi s'ajoute un principe scripturaire : Jean 6, 63, « C'est l'esprit qui vivifie, la chair ne sert de rien », que Zwingli lit comme la preuve que manger charnellement le corps du Christ serait sans profit[25].
La réponse catholique ne se réduit pas à l'anathème : sur Jean 6, 63, l'Église entend la « chair » qui ne sert de rien au sens de la chair comprise charnellement, sans l'Esprit — et non de la chair du Christ unie au Verbe, qui donne la vie et que le Christ donne vraiment en nourriture. Et à l'objection spatiale, elle répond par la distinction des modes de présence : le Christ est présent à l'autel non sur le mode naturel et local d'un corps (circonscrit en un lieu du ciel), mais sur le mode sacramentel et substantiel, par la puissance de Dieu qui convertit le pain en son Corps — présence « vraie, réelle et substantielle » définie par Trente (XIIIᵉ session, chap. I et canon 1)[26].
« Est » veut dire « signifie » : l'argument de Cornelius Hoen
Comment Zwingli lit-il alors la parole du Christ, « Ceci est mon corps » ? Il doit la réinterpréter. La clé lui vient du juriste néerlandais Cornelius Hoen (Honius, vers 1460 – 1524 ou 1525 selon la notice liminaire de B. J. Spruyt), dont l'Épître sur la Cène — imprimée par Zwingli en 1525 — proposait de comprendre le verbe « est » au sens de « signifie » (significat)[27]. « Ceci est mon corps » voudrait donc dire « ceci représente mon corps », comme lorsqu'on dit d'un portrait : « c'est mon père ». Le pain n'est plus qu'un symbole commémoratif.
C'est ce petit mot — est ou significat — qui va cristalliser toute la fracture du protestantisme. Car Luther, sur ce point précis, refuse absolument de céder : « Ceci EST mon corps » doit être pris à la lettre. La position catholique, elle, dépasse les deux : le Christ est réellement, substantiellement présent, non par l'ubiquité d'un corps (Luther) ni par un simple souvenir (Zwingli), mais par la transsubstantiation — le pain devient vraiment le Corps, sous les apparences du pain. Le concile de Trente le définira solennellement (voir plus bas).
Le péché originel, la providence, la prédestination
Zwingli s'écarte aussi de la tradition sur d'autres points. Sur le péché originel, il le décrit, dans son traité De peccato originali de 1526, comme une maladie, un « défaut naturel » (Brest, defectus naturalis) transmis mais non coupable en lui-même[28]. Or l'Église n'enseigne pas, elle non plus, une faute personnelle des descendants d'Adam : le péché originel est, selon le Catéchisme, une privation de la sainteté et de la justice originelles, transmise par propagation avec une nature blessée et inclinée au mal, et qui appelle la régénération baptismale (CEC §§ 404-405). Le désaccord porte donc sur ce point précis : là où l'Église voit une privation réelle qui fait de l'état transmis un véritable péché appelant le baptême, Zwingli n'y voit qu'un défaut naturel sans culpabilité propre.
Sur la providence et la prédestination, il affirme avec force, dans son De providentia Dei (1530), que l'élection est libre et souveraine et que la grâce première ne dépend d'aucun mérite préalable[29] — ce dernier point, pris isolément, appartient aussi à la foi catholique : nulle œuvre antérieure ne mérite la première grâce (concile de Trente, VIᵉ session, chap. V et VIII). Le désaccord porte ailleurs : sur la manière dont Zwingli fait de Dieu la cause de tout sans sauvegarder la liberté créée face au péché, et sur les modalités de la prédestination qu'il en déduit — là où l'Église tient ensemble la souveraineté de Dieu, qui n'est jamais cause du mal, et la coopération libre de l'homme sous la grâce (cf. CEC §§ 306-311). Sur ce terrain, il annonce Calvin et le calvinisme, dont on trouvera l'exposé dans l'article Jean Calvin.
Le salut des païens vertueux : Socrate et Sénèque au ciel
Un dernier trait, plus surprenant, révèle l'humaniste sous le réformateur. Dans son Christianae fidei expositio (« Exposition de la foi chrétienne », 1531), rédigée à l'adresse du roi de France, Zwingli déclare espérer retrouver au ciel, outre les saints de l'Ancien Testament, des figures du paganisme telles que Socrate, Aristide, Numa, les Caton, les Scipion — et jusqu'à des héros comme Hercule et Thésée[30].
Cette idée d'un salut possible des païens vertueux, en soi non absurde et que la théologie catholique traite avec nuance (Dieu peut sauver hors des voies visibles ceux qui le cherchent d'un cœur droit), prend chez Zwingli une tournure telle qu'elle scandalisa Luther, qui y vit, dans un jugement polémique, la preuve que le Suisse ne croyait plus vraiment à la nécessité du Christ et de la foi explicite[31]. Or Zwingli affirme par ailleurs explicitement le salut par le Christ seul : la critique catholique porte donc sur son raisonnement et sur ses certitudes quant à des personnes déterminées, non sur une négation du Christ sauveur — à distinguer du jugement polémique de Luther sur sa doctrine.
Zwingli face à Luther : le colloque de Marbourg (1529)
De tous les épisodes de la vie de Zwingli, le plus lourd de conséquences est sa confrontation directe avec Luther. Elle scelle, à l'aube même de la Réforme, sa division irrémédiable.
Pourquoi Philippe de Hesse voulait l'union
Le landgrave Philippe de Hesse, prince protestant, avait un intérêt politique vital à unir les deux branches de la Réforme — l'allemande et la suisse — pour former un front commun face à l'empereur catholique Charles Quint. Il convoque donc les principaux théologiens des deux camps dans son château de Marbourg, du 1ᵉʳ au 4 octobre 1529[32]. D'un côté Luther et Melanchthon ; de l'autre Zwingli et Œcolampade.
L'enjeu est immense : si les protestants s'accordent, ils sont un bloc ; s'ils se divisent, ils s'affaiblissent. Or ils vont buter sur un seul mot.
« Hoc est corpus meum » : Luther refuse de céder
Selon les récits, Luther aurait, dès le début, tracé à la craie sur la table les mots latins de l'institution : « HOC EST CORPUS MEUM » (« Ceci est mon corps »), et il y revenait sans cesse, refusant tout compromis[33]. Zwingli objectait que « est » devait se lire « signifie », et le camp suisse, avec Œcolampade, citait Jean 6, 63 : « la chair ne sert de rien ». Luther répliquait que la parole du Christ prime sur toute raison humaine.
Paraphrase — position défendue par Martin Luther à Marbourg : ni la raison ni les yeux ne le déterminent, mais la Parole de Dieu : « Ceci est mon corps ». — Résumé non verbatim : aucune formulation française exacte n'a pu être rattachée à un texte original précis[34]
Les deux hommes s'accordèrent sur quatorze des quinze articles de Marbourg — sur des points tels que la Trinité, le Christ, le péché, la justification par la foi et le baptême (l'énumération détaillée du contenu de chaque article, y compris sur le purgatoire et les indulgences, reste à contrôler directement dans leur texte). Mais le quinzième, sur la présence réelle dans la Cène, restait ouvert : le texte finit par reconnaître qu'ils « ne sont pas d'accord pour savoir si le vrai corps et le vrai sang du Christ sont corporellement présents dans le pain et le vin »[35].
« Vous avez un autre esprit » : la fracture protestante
Le geste final est resté célèbre. Zwingli, ému aux larmes, tendit la main à Luther en le suppliant de le reconnaître comme frère. Luther refusa la main tendue, lui répondant qu'ils n'étaient pas du même esprit :
« Vous avez un autre esprit que nous. » — Martin Luther à Zwingli, colloque de Marbourg, octobre 1529[36]
Ce refus est l'un des moments fondateurs du protestantisme : à peine né, il se déchire. Luthériens et réformés (zwingliens, puis calvinistes) restèrent durablement séparés à partir du XVIᵉ siècle — sans que cette rupture du XVIᵉ siècle soit le dernier mot de toute leur histoire : au XXᵉ siècle, la Concorde de Leuenberg (1973) a établi une communion ecclésiale entre les Églises luthériennes et réformées participantes, sans rejoindre l'unité catholique ni concerner toutes les Églises protestantes. Pour le regard catholique, Marbourg reste une démonstration éclatante : dès que l'on abandonne l'autorité vivante de l'Église pour l'Écriture interprétée par chacun, l'Écriture elle-même ne suffit plus à faire l'unité — car deux hommes de bonne foi, lisant la même phrase, y trouvent deux dogmes contraires, et aucune instance ne peut trancher. C'est l'objection catholique classique au principe protestant.
Zwingli face aux anabaptistes
La division ne vint pas seulement de sa droite (Luther), mais aussi de sa gauche. Les plus radicaux de ses propres disciples reprochèrent à Zwingli de ne pas aller assez loin.
De disciples à ennemis
Un groupe de jeunes humanistes zurichois — Conrad Grebel, Felix Manz, Georg Blaurock — avaient d'abord été les plus fervents partisans de Zwingli. Mais ils tirèrent du principe de l'Écriture seule une conclusion que Zwingli refusait : selon leur objection, puisque le Nouveau Testament ne montrerait que des adultes croyants recevant le baptême, le baptême des petits enfants serait sans fondement. Ils exigèrent une Église de purs, séparée de l'État, formée de croyants rebaptisés — d'où leur nom d'anabaptistes (« re-baptiseurs »). Le 21 janvier 1525, ils procédèrent aux premiers baptêmes d'adultes.
À cette objection, la réponse catholique est que le baptême des petits enfants s'appuie sur la gratuité de la grâce et sur la Tradition apostolique (cf. CEC §§ 1250-1253) : les récits de baptêmes de « maisons entières » ne mentionnent pas nommément chaque enfant, mais l'Église y reconnaît, avec la pratique attestée dès les origines, le baptême des petits avec la foi de l'Église et de leurs parents.
Zwingli, dont toute la Réforme reposait sur l'alliance avec le magistrat et sur une Église coextensive à la cité (couvrant toute la population de la ville, sans distinction entre citoyens et croyants), y vit un danger mortel pour l'ordre social autant que doctrinal. Le mouvement anabaptiste — dont sortira plus tard le courant mennonite (voir les figures de la Réforme radicale) — fut réprimé.
La noyade de Felix Manz (1527)
Le conseil de Zurich décréta que le rebaptême serait puni de mort, sans opposition publique connue de Zwingli, qui défendit ensuite la répression. Le 5 janvier 1527, Felix Manz fut noyé dans la Limmat, la rivière de Zurich — supplice de la noyade, appliqué par dérision[37]. Il est considéré comme le premier martyr anabaptiste exécuté à Zurich ; l'affirmation plus large d'une première exécution d'un protestant par d'autres protestants, et celle d'une défense manzienne spécifique du baptême par immersion, n'ont pas pu être établies ici sur des preuves propres et ne sont pas retenues.
Cet épisode pèse lourd dans le bilan de Zwingli. Le même homme qui invoquait la liberté de la conscience contre Rome approuva la répression qui fit exécuter ses anciens disciples pour un désaccord sur le baptême. C'est le paradoxe de toutes les Réformes d'État : ayant brisé une autorité, elles en rétablissent aussitôt une autre, et persécutent à leur tour les dissidents. Le sang de Manz rappelle que la « tolérance » n'était pas le projet des réformateurs, pas plus zwinglien que catholique à cette époque.
La mort à Kappel (1531) et la mémoire
La Réforme de Zwingli était inséparable de la politique ; c'est par la politique et par les armes qu'elle finit.
La guerre des cantons
La Confédération suisse s'était coupée en deux : d'un côté Zurich, Berne, Bâle et les villes gagnées à la Réforme ; de l'autre les cinq cantons catholiques de la Suisse centrale (Uri, Schwyz, Unterwald, Lucerne, Zoug), restés fermement catholiques. Zurich imposa aux cantons catholiques un blocus des vivres pour les faire plier[38] — mesure du conseil zurichois, à distinguer de la position personnelle de Zwingli, qui préconisait pour sa part la guerre ouverte. La provocation dégénéra en guerre ouverte.
Le corps écartelé et brûlé
Le 11 octobre 1531, les cantons catholiques attaquèrent par surprise l'armée zurichoise, mal préparée, près de Kappel am Albis. Zwingli, présent auprès des troupes zurichoises comme aumônier, fut blessé puis tué sur le champ de bataille, à 47 ans[39] — Schaff rapporte qu'il ne fit pas usage de ses armes et qu'il fut frappé alors qu'il se tenait auprès d'un mourant. Il faut donc distinguer sa présence dans l'armée et son éventuel équipement d'une participation personnelle au combat, qui n'est pas établie.
Les vainqueurs catholiques, le reconnaissant, lui firent subir le sort d'un hérétique et d'un traître : son corps fut écartelé pour trahison, puis brûlé pour hérésie — sentence que le bailli de Lucerne exécuta —, et ses cendres furent mêlées, selon le résumé de Schaff, à des cendres de porc, pour qu'aucune relique ne pût en être tirée[40][41]. Ce traitement, brutal et révélateur de la violence des guerres de religion, fit de Zwingli, aux yeux des réformés, un martyr. La nouvelle de sa mort au combat embarrassa même certains protestants : Luther y vit un jugement de Dieu — celui qui avait pris l'épée avait péri par l'épée (Matthieu 26, 52)[42].
Bullinger et l'héritage réformé
La Réforme zurichoise ne mourut pas avec son fondateur. Dès décembre 1531, Heinrich Bullinger succéda à Zwingli à la tête de l'Église de Zurich, qu'il dirigea pendant plus de quarante ans, consolidant et adoucissant son œuvre[43]. C'est Bullinger qui, avec Calvin, signera en 1549 le Consensus Tigurinus, accord négocié sur la Cène — avec des concessions des deux côtés, y compris de Calvin — qui rapprocha durablement le courant zwinglien du calvinisme naissant, sans s'y réduire à une simple absorption[44].
Ainsi, paradoxalement, le nom de Zwingli s'effaça en partie derrière celui de Calvin : la tradition « réformée » qui domine aujourd'hui le protestantisme non luthérien est plus calviniste que zwinglienne. Mais c'est bien Zwingli qui, le premier, a donné à la Réforme l'une de ses formes les plus dépouillées, les plus symboliques et les plus civiques.
Le regard catholique sur Zwingli
Un article d'Ignispedia ne peut se contenter de raconter : il doit juger, à la lumière de la foi de l'Église. Que retenir de Zwingli ?
Ce que le concile de Trente a condamné
Vingt ans après la mort de Zwingli, le concile de Trente, dans sa XIIIᵉ session (11 octobre 1551 — jour anniversaire de sa mort), répondit précisément à sa doctrine eucharistique. Le premier canon vise directement le mémorialisme :
« Si quelqu'un nie que, dans le sacrement de la très sainte Eucharistie, sont contenus vraiment, réellement et substantiellement le corps et le sang, avec l'âme et la divinité de Notre-Seigneur Jésus-Christ, et donc le Christ tout entier, mais dit qu'il y est seulement comme dans un signe, une figure ou par sa vertu : qu'il soit anathème. » — Concile de Trente, session XIII, canon 1, 1551[45]
La formule « comme dans un signe ou une figure » (ut in signo vel figura) est la définition même de la position de Zwingli. L'Église n'y voit pas une opinion respectable parmi d'autres, mais une négation de ce que le Christ a institué et de ce que la foi a toujours tenu : « Ceci est mon corps » — non « ceci le représente ». Sur le fondement scripturaire et patristique de la présence réelle, on pourra approfondir l'article La Bible enseigne-t-elle la Présence réelle ? et, plus largement, le dossier des sacrements (Qu'est-ce qu'un sacrement ?).
La perte : l'Eucharistie, les images, les saints
Le drame de Zwingli, pour un catholique, tient en un mot : la soustraction. Là où l'Église a reçu et gardé un trésor — la présence réelle, le sacrifice de la Messe, la communion des saints, l'honneur des images, la vénération de la Vierge —, Zwingli a méthodiquement retranché. Son église blanchie à la chaux, sans autel, sans image, sans tabernacle, avec une table nue quatre fois l'an, est le symbole visible de cette réduction.
L'objection catholique n'est pas que Zwingli ait aimé l'Écriture — il faut l'aimer. C'est qu'en l'isolant de la Tradition et de l'Église vivante qui l'a écrite et transmise, il l'a livrée à sa propre raison ; et sa raison, logique jusqu'au bout, a fini par trouver « superstitieux » beaucoup de ce que les chrétiens des siècles précédents avaient tenu pour saint — présence réelle, sacrifice de la Messe, honneur des images. Le mémorialisme n'est pas un progrès de la foi : c'est un appauvrissement du don de Dieu.
Ce qu'un catholique peut reconnaître
L'honnêteté oblige pourtant à reconnaître chez Zwingli des qualités réelles. Son courage pastoral pendant la peste, son combat sincère contre la corruption du mercenariat, son horreur d'un commerce des choses saintes, son amour du texte biblique, son intelligence — tout cela n'est pas rien. Comme pour Luther, la tragédie est qu'un zèle authentique, mal orienté, a produit une déchirure.
L'Église a d'ailleurs, à sa manière, entendu certaines des exigences légitimes qui traversaient la Réforme : le concile de Trente a réformé les abus, restauré la formation du clergé, purifié la prédication et la catéchèse. Mais elle l'a fait sans rien retrancher du dépôt de la foi — c'est toute la différence entre une réforme dans l'Église et une révolution contre elle. Zwingli a voulu la seconde ; il a laissé un christianisme plus pur en apparence, mais amputé de sa substance sacramentelle.
Repères chronologiques
- 1er janvier 1484Naissance à Wildhaus
Naissance de Huldrych Zwingli à Wildhaus (Toggenbourg, actuel canton de Saint-Gall), quelques semaines après Luther.
- 1498-1506Études humanistes
Universités de Vienne et de Bâle ; formation d'humaniste, maîtrise ès arts en 1506 puis études de théologie ; admiration pour Érasme.
- 1506-1516Curé de Glaris
Ministère à Glaris ; aumônier des mercenaires suisses à Novare (1513) et Marignan (1515) ; opposition au service étranger.
- 1516-1518Prêtre à Einsiedeln
Au grand pèlerinage marial ; étude intensive du Nouveau Testament grec ; premières critiques des dévotions populaires.
- 1er janvier 1519Prédicateur du Grossmünster
Premier sermon à Zurich ; commentaire continu de l'Évangile de Matthieu. À l'automne, survit à la peste.
- 1522L'affaire des saucisses
Rupture du jeûne de carême chez Froschauer ; premier écrit réformateur : acte de naissance de la Réforme suisse.
- 1523Les 67 articles
Disputes publiques de Zurich ; le conseil de la ville adopte la Réforme.
- 1524-1525Mariage, iconoclasme, fin de la Messe
Mariage avec Anna Reinhart ; enlèvement des images ; abolition de la Messe (Pâques 1525), remplacée par la cène commémorative.
- 5 janvier 1527Noyade de Felix Manz
Exécution du chef anabaptiste dans la Limmat, premier martyr anabaptiste exécuté à Zurich.
- 1er-4 octobre 1529Colloque de Marbourg
Face-à-face avec Luther ; accord sur 14 articles, rupture sur la présence réelle. « Vous avez un autre esprit. »
- 11 octobre 1531Mort à Kappel
Tué au combat contre les cantons catholiques ; son corps est écartelé et brûlé. Bullinger lui succède.
Pour aller plus loin
Zwingli ne se comprend que dans la constellation des grands réformateurs et des débats qu'ils ont rouverts. On l'éclairera en le rapprochant des figures voisines et des dossiers doctrinaux liés.
- Sur le réformateur allemand dont il fut à la fois l'allié et l'adversaire : Martin Luther et la Réforme.
- Sur le réformateur qui recueillit et systématisa son héritage : Jean Calvin et le calvinisme.
- Sur l'humaniste qui l'inspira mais resta catholique : Érasme.
- Sur la crise du IVᵉ siècle autour de la divinité du Christ — contestation propre à son époque, distincte du désaccord eucharistique du XVIᵉ siècle et sans filiation établie avec lui : Arius et la crise arienne.
- Sur le principe qui commande toute sa doctrine : Pourquoi les catholiques ne suivent-ils pas la sola Scriptura ?.
- Sur les dévotions qu'il rejetait et que l'Église défend : Les catholiques adorent-ils Marie ? et La confession est-elle biblique ?.
Notes et références
Philip Schaff, History of the Christian Church, vol. VIII, § 20 « The Reformed Celebration of the Lord's Supper », New York, 1892 — première célébration selon l'usage réformé pendant la Semaine sainte d'avril 1525 au Grossmünster (trois offices : Jeudi saint, Vendredi saint, Pâques) ; tables remplaçant l'autel, pain et coupe en bois, service commémoratif célébré quatre fois l'an (Pâques, Pentecôte, automne, Noël). Texte vérifié : https://ccel.org/ccel/schaff/hcc8.iv.iii.xi.html
1 20Philip Schaff, History of the Christian Church, vol. VIII, § 47 « The Death of Zwingli », New York, 1892 — le corps, reconnu après la bataille, fut « écartelé pour trahison puis brûlé pour hérésie » (« quartered for treason and then burnt for heresy ») et, selon son résumé, les cendres furent mêlées à des cendres de porc (« ashes were mingled with the ashes of swine »), puis dispersées. La sentence fut décrétée par les vainqueurs et exécutée par le bailli (sheriff) de Lucerne (« The sheriff of Luzern executed the barbarous sentence »). Les derniers moments (aucun usage des armes, encouragement des soldats, d'après Mörikofer, II, 417 ; soldat mourant consolé, derniers mots d'après le récit d'un témoin oculaire rapporté par Oswald Myconius, Vita Zwinglii, ch. 12) sont donnés au même paragraphe. Le coup mortel, d'après Schaff, viendrait du capitaine Vokinger d'Unterwald, mercenaire étranger — Salat rapporte l'acte sans nommer Vokinger : attribution à retenir avec cette réserve. Texte vérifié : https://ccel.org/ccel/schaff/hcc8.iv.v.vi.html
2 41Concile de Trente, XIIIᵉ session (11 octobre 1551), Décret sur le très saint sacrement de l'Eucharistie, canon 1 — Denzinger-Hünermann, n° 1651 (numéro vérifié : le canon 1 sur l'Eucharistie correspond à DH 1651) : « Si quelqu'un nie que, dans le sacrement de la très sainte Eucharistie, sont contenus vraiment, réellement et substantiellement le corps et le sang, avec l'âme et la divinité de Notre-Seigneur Jésus-Christ, et donc le Christ tout entier, mais dit qu'il y est seulement comme dans un signe, une figure ou par sa vertu : qu'il soit anathème. » (traduction française). Latin : « Si quis negaverit, in sanctissimae eucharistiae sacramento contineri vere, realiter et substantialiter corpus et sanguinem una cum anima et divinitate Domini nostri Iesu Christi, ac proinde totum Christum, sed dixerit tantummodo esse in eo ut in signo vel figura aut virtute : anathema sit. » Référence : Symboles et définitions de la foi catholique (Denzinger), Paris, Cerf.
3 26 45« Ulrich Zwingli », The Catholic Encyclopedia, vol. XV, New York, Robert Appleton Company, 1912 — notice biographique de référence : naissance à Wildhaus le 1ᵉʳ janvier 1484, études à Vienne et Bâle, curé de Glaris (1506) puis prêtre à Einsiedeln (1516), élection au Grossmünster de Zurich (11 décembre 1518), premier sermon le 1ᵉʳ janvier 1519, affaire des aliments (1522), disputes et 67 articles (1523), mariage, abolition de la Messe (1525), iconoclasme, mort à Kappel (11 octobre 1531). Texte : https://www.newadvent.org/cathen/15772a.htm
4 5 6 9 11 13 15 16 18 19 21 38 39 43Philip Schaff, History of the Christian Church, vol. VIII, § 6 « Zwingli's Birth and Education », New York, 1892 — études à Vienne de 1500 à 1502, retour à Bâle et maîtrise ès arts en 1506, cours du théologien Thomas Wyttenbach, professeur depuis 1505. Texte vérifié : https://ccel.org/ccel/schaff/hcc8.iv.ii.ii.html
7Bruce Gordon, The Swiss Reformation, Manchester, Manchester University Press, 2002, 392 p. — synthèse académique de référence sur la Réforme suisse : chap. 2 (Zwingli et Zurich : formation humaniste, influence d'Érasme, indépendance revendiquée à l'égard de Luther, rôle du magistrat zurichois) et chap. 4 (War and disaster, 1529-1534 : Kappel, mort et traitement du corps — écartèlement et crémation). Les chapitre exact et pages concernant la rencontre avec Samson, les influences et le traitement du corps n'ont pas été contrôlés directement ici : ces manques restent ouverts, sans qualifier les faits de faux par défaut.
8 12 40Philip Schaff, History of the Christian Church, vol. VIII, § 8 « Zwingli in Einsiedeln », New York, 1892 — départ de Glaris après « la victoire des Français à Marignan (1515) » (« the victory of the French at Marignano (1515) »). Texte vérifié : https://ccel.org/ccel/schaff/hcc8.iv.ii.iv.html
10Philip Schaff, History of the Christian Church, vol. VIII, § 13 « Zwingli during the Pestilence », New York, Charles Scribner's Sons, 1892 — la peste de l'été-automne 1519 fit 2 500 morts à Zurich (plus du tiers de la population) ; Zwingli, tombé malade fin septembre après avoir soigné les pestiférés, composa ensuite trois poèmes de 26 vers (le Pestlied), chants de résignation à la volonté de Dieu. Texte : https://ccel.org/ccel/schaff/hcc8.iv.iii.iv.html
14Huldrych Zwingli, Les 67 articles (Schlussreden), Zurich, 1523 — thèses présentées lors de la première dispute de Zurich (29 janvier 1523) ; l'article 1 cité (« Tous ceux qui disent que l'Évangile n'est rien sans la confirmation de l'Église se trompent et déshonorent Dieu ») traduit l'art. I (« All who say that the Gospel is invalid without the confirmation of the Church err and slander God »). Texte suisse-allemand : Huldreich Zwinglis sämtliche Werke, éd. E. Egli, t. I (Corpus Reformatorum, t. 88) — édition critique localisée aux p. 458-465 d'après R. Stauffer (EPHE, p. 427) ; la pagination 153-157, reprise d'une autre édition citée via Schaff, ne doit pas être associée à cette édition critique. All. moderne et latin : Schaff, Creeds of Christendom, t. III, p. 197-207. Le sens de la citation de l'article premier est corroboré.
17Philip Schaff, History of the Christian Church, vol. VIII, § 19 « The Abolition of the Roman Worship. 1524 », New York, 1892 — entre la Pentecôte et le 20 juin 1524, les églises de Zurich furent purgées des images, reliques, crucifix, autels et ornements, fresques effacées, murs blanchis, « et même les orgues furent enlevées » ; l'abolition du chant latin au Grossmünster y est datée du 9 décembre 1527 (note 103, d'après Bullinger). Texte vérifié : https://ccel.org/ccel/schaff/hcc8.iv.iii.x.html
22Deuxième concile de Nicée (VIIᵉ concile œcuménique), Définition sur les saintes images de la VIIᵉ session (13 octobre 787) — Denzinger-Hünermann, n° 600-603 : l'Église distingue la vénération (proskynèsis) rendue aux images de l'adoration (latria) due à Dieu seul, et enseigne que « l'honneur rendu à l'image remonte au modèle » (formule de saint Basile reprise par le concile). Fondement doctrinal du refus catholique de l'iconoclasme zwinglien.
23Philip Schaff, History of the Christian Church, vol. VII, § 108 « The Marburg Conference » (1ᵉʳ-4 octobre 1529) : Luther traçant à la craie sur la table les paroles de l'institution (« Hoc est corpus Meum ») et l'argument adverse de Jean 6, 63 par Œcolampade (https://ccel.org/ccel/schaff/hcc7.ii.vii.viii.html) ; vol. VIII, § 27 « The Eucharistic Controversy. Zwingli and Luther » : accord sur 14 des 15 articles et refus de la main tendue, Luther voyant en Zwingli un « esprit différent » (https://ccel.org/ccel/schaff/hcc8.iv.iii.xviii.html). La formule « Credere est edere » (« croire, c'est manger ») résume sa doctrine selon les récits du colloque ; elle est donnée ici comme résumé doctrinal, aucun récit précis portant cette formule latine n'ayant pu être nommé. La paraphrase française de la position de Luther à Marbourg, dans le corps de l'article, n'est rattachée à aucun verbatim original et reste un résumé non verbatim.
24 25 33 34 36Cornelius Hoen (Honius, vers 1460 – 1524 ou 1525 selon la notice liminaire de B. J. Spruyt), juriste et humaniste de La Haye, Épître sur la Cène (Epistola christiana) : lire « est » comme « significat » (« signifie ») dans les paroles de l'institution ; imprimée par Zwingli à Zurich en 1525, thèse qu'il aurait déployée dès sa lettre à Matthieu Alber du 16 novembre 1524. Voir B. J. Spruyt, Cornelius Henrici Hoen (Honius) and his Epistle on the Eucharist (1525), 2006 ; H. A. Oberman, Forerunners of the Reformation, New York, 1966, p. 268-278. Les pages d'Oberman, les passages internes de Spruyt et la lettre à Alber n'ont pas été vérifiés directement ici et restent ouverts.
27Philip Schaff, History of the Christian Church, vol. VIII, § « The Theology of Zwingli », New York, 1892 — synthèse de la doctrine zwinglienne : péché originel compris comme « maladie » (Brest, defectus naturalis) plutôt que faute imputée (De peccato originali, 1526) ; doctrine forte de la providence et de l'élection libre et souveraine (De providentia Dei, 1530). Texte : https://ccel.org/ccel/schaff/hcc8.iv.iii.xx.html
28 29Philip Schaff, History of the Christian Church, vol. VIII, § 29 « The Theology of Zwingli », New York, 1892 — la liste générale (Socrate, Platon, Pindare, Aristide, Numa, Caton, Scipion, Sénèque, Hercule, Thésée) rassemble plusieurs écrits de Zwingli ; la transcription latine de l'Expositio de 1531 donnée au § 45 (note 278, renvoyant à Opera, t. IV, p. 65 : https://ccel.org/ccel/schaff/hcc8/hcc8.iv.v.iv.html) ne contient notamment pas Platon, Pindare ni Sénèque. Le corps de l'article ne retient donc que les noms attestés dans ce passage vérifié. Texte du § 29 : https://ccel.org/ccel/schaff/hcc8.iv.iii.xx.html — Zwingli y affirme par ailleurs le salut par le Christ seul (fin du développement eschatologique du § 29).
30La réaction de Luther à Kappel — Schaff, History of the Christian Church, vol. VIII, § 48 « Reflections on the Disaster at Cappel » : les adversaires de Zwingli lurent la catastrophe comme « un signalement du jugement de Dieu ». D'une part, la lettre au duc Albert de Prusse (avril 1532, éd. De Wette, t. IV, p. 348-355, non consultée directement) : Luther y aurait douté du salut de Zwingli et refusé d'y voir un martyr. D'autre part, la formule de l'épée (« péri par l'épée parce qu'il avait pris l'épée », Matthieu 26, 52), rattachée par Schaff (note 293) à un autre écrit — Propos de table n° 1451 (avril-mai 1532), Luther's Works, éd. américaine, t. 54, p. 152, non consultés directement. Ces deux attributions restent ouvertes jusqu'à contrôle direct. Texte du § 48 : https://ccel.org/ccel/schaff/hcc8.iv.v.vii.html
31 42Colloque de Marbourg, convoqué par le landgrave Philippe de Hesse (1ᵉʳ-4 octobre 1529) : Luther et Melanchthon d'un côté, Zwingli et Œcolampade de l'autre (Schaff, vol. VII, § 108 : https://ccel.org/ccel/schaff/hcc7.ii.vii.viii.html) — accord sur quatorze des quinze articles de Marbourg (4 octobre 1529) ; le quinzième reconnaît le désaccord persistant sur la présence corporelle du Christ dans le pain et le vin (Schaff, vol. VIII, § 27 : https://ccel.org/ccel/schaff/hcc8.iv.iii.xviii.html). Le contenu détaillé attribué aux quatorze premiers articles reste à contrôler directement dans leur texte.
32 35Philip Schaff, History of the Christian Church, vol. VIII, § 26 « Persecution of the Anabaptists », New York, 1892 — rupture de Zwingli avec Conrad Grebel et Felix Manz sur le baptême des enfants ; décret zurichois punissant le rebaptême de la noyade (« qui plonge sera plongé ») et exécution de Felix Manz dans la Limmat le 5 janvier 1527, premier martyr anabaptiste. Aucun document primaire établissant un ordre personnel d'exécution par Zwingli n'est produit ici : seules sont retenues l'absence d'opposition publique connue et sa défense ultérieure de la répression. Texte : https://ccel.org/ccel/schaff/hcc8.iv.iii.xvii.html
37Consensus Tigurinus (Accord de Zurich), mai 1549 — 26 articles arrêtés à Zurich par Heinrich Bullinger, au nom de l'Église de Zurich, et Jean Calvin, au nom de Genève, établissant une doctrine commune de la Cène pour le monde réformé ; accord négocié qui rapprocha durablement la tradition zwinglienne du courant calviniste, avec des concessions des deux côtés. Référence « Ioannis Calvini Opera (Corpus Reformatorum), t. VII, 1863, p. 693 sq. » non vérifiée directement — le DHS renvoie au texte latin, t. VII, p. 733-748 : édition originale à contrôler avant de fixer année et pagination.
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