Les catholiques adorent-ils Marie ?

Les catholiques adorent-ils Marie ? Non : l'Église adore Dieu seul (latrie) et vénère Marie d'un honneur unique mais infiniment inférieur (hyperdulie), qui renvoie tout entier au Christ. Réponse à l'accusation de « mariolâtrie » par l'Écriture, le Catéchisme, le concile de Nicée II et les saints.

Ignispedia

« Vous, les catholiques, vous adorez Marie. » L'accusation tombe presque toujours de la même manière : on montre une statue couronnée, un chapelet égrené devant une grotte, une procession où l'on chante « Ô Marie conçue sans péché », et l'on conclut : voilà une déesse, voilà de l'idolâtrie. Le mot latin existe même dans la bouche des adversaires : mariolâtrie, la Vierge mise à la place de Dieu.

La réponse catholique tient en une phrase, et elle est sans ambiguïté : non, l'Église n'adore pas Marie ; elle adore Dieu seul. Mais cette réponse simple demande à être expliquée, car l'accusation repose sur un vrai malentendu, parfois honnête, parfois entretenu, sur ce que veut dire le mot « adorer ». Tout le nœud de la question est là : entre l'honneur que l'on rend à une créature exceptionnelle et l'adoration que l'on doit au seul Créateur, il n'y a pas une différence de degré, mais une différence de nature. Confondre les deux, c'est ne rien comprendre ni au premier commandement, ni à la place que Marie occupe dans la foi catholique.

Schéma explicatif : infographie originale Ignispedia créée par IA : la latrie appartient à Dieu seul, l'hyperdulie reste une vénération de créature.

Cet article prend l'objection au sérieux. Il montre d'où elle vient, ce que l'Église enseigne noir sur blanc, pourquoi certaines pratiques ressemblent à de l'adoration sans en être, ce que dit réellement la Bible, et comment l'Église elle-même surveille sa propre dévotion pour qu'elle ne dérape jamais. Le lecteur qui cherche le détail des distinctions techniques trouvera l'analyse complète dans les articles voisins quelle-est-la-difference-entre-dulie-hyperdulie-et-latrie et quelle-est-la-difference-entre-adoration-et-veneration ; ici, on répond directement à la question posée : adore-t-on Marie, oui ou non ?

Une accusation vieille de cinq siècles

L'idée que les catholiques « adorent » Marie n'est pas née hier. Elle a une histoire précise, et la connaître aide à comprendre pourquoi elle se répète avec tant de force.

D'où vient le procès en mariolâtrie

Les premiers chrétiens honoraient déjà Marie : dès le IIᵉ siècle, saint Justin (Dialogue avec Tryphon, 100) et saint Irénée (Contre les hérésies, III, 22, 4) développent le parallèle entre Ève et Marie, la désobéissance de la première, vierge encore, dénouée par l'obéissance de la seconde, parallèle que la tradition résumera plus tard par l'expression de « nouvelle Ève » ; les catacombes de Priscille, à Rome, conservent l'une des plus anciennes images connues de la Vierge à l'Enfant. En 431, le concile d'Éphèse proclame solennellement Marie Theotokos, « Mère de Dieu », non pour l'exalter elle, mais pour défendre la divinité du Christ, comme l'explique en détail l'article pourquoi-marie-est-elle-appelee-mere-de-dieu. Loin d'aller sans tension, cet honneur a été précisé très tôt par l'Église : au IVᵉ siècle, l'excès des collyridiens, qui offraient à Marie un culte sacrificiel, est dénoncé par saint Épiphane (Panarion, 79, les sections 78 et 79, contre les antidicomariens puis les collyridiens, sont souvent citées ensemble), et au Vᵉ siècle la controverse nestorienne sur le titre de Theotokos est tranchée par le concile d'Éphèse (431) ; Orient et Occident vénèrent Marie ensemble, dans les limites ainsi fixées.

Le procès en idolâtrie apparaît avec la Réforme protestante du XVIᵉ siècle. Dans sa volonté de recentrer la foi sur le Christ « seul » (solus Christus), une partie des réformateurs suspecte la dévotion mariale d'avoir dérivé vers un culte concurrent. Il faut ici une nuance historique que les polémiques oublient : les premiers réformateurs eux-mêmes gardaient envers la personne de Marie un langage mesuré. Luther a écrit un commentaire du Magnificat (achevé à la Wartburg à l'été 1521), tenu la virginité perpétuelle de Marie et parlé d'elle en termes très élevés. Ce que les réformateurs refusent en revanche, c'est l'intercession, les pèlerinages, le culte des images, non l'honneur de Marie en lui-même[1]. C'est plus tard, dans certains courants protestants radicaux puis évangéliques, que naît le slogan de la « mariolâtrie », appliqué en bloc à tout ce que fait un catholique devant une statue de la Vierge.

Fresque de la Vierge à l'Enfant dans les catacombes de Priscille, Rome, première moitié du IIIe siècle : image patrimoniale Wikimedia Commons, d'après Joseph Wilpert, Die Malereien der Katakomben Roms, 1903, domaine public.

Aujourd'hui, l'accusation vient de deux directions principales : certains milieux évangéliques et fondamentalistes, pour qui toute médiation autre que celle du Christ est suspecte ; et l'apologétique musulmane, qui croit trouver dans le culte marial la preuve que les chrétiens auraient « trois dieux », le Coran mettant dans la bouche d'Allah, s'adressant à Jésus, cette question : « Ô Jésus, fils de Marie, est-ce toi qui as dit aux gens : Prenez-moi, ainsi que ma mère, pour deux divinités en dehors d'Allah ? » (sourate 5, 116, trad. Hamidullah). Dans les deux cas, l'objection repose sur la même confusion : prendre l'honneur pour de l'adoration.

Le piège du mot « adorer »

Une grande partie du malentendu tient à un accident de vocabulaire. En français courant, le verbe « adorer » est parfois employé dans un sens affaibli, pour dire simplement « aimer beaucoup ». Cet usage relâché entretient la confusion, car il applique à des créatures un mot qui, pris au sens fort, ne convient qu'à Dieu.

Mais en théologie, adorer a un sens strict et unique : reconnaître quelqu'un comme Dieu, source de tout être, et lui rendre le culte suprême qui n'appartient qu'à lui. C'est ce que les théologiens appellent la latrie (du grec latreia). Et dans ce sens-là, l'Église est catégorique : la latrie n'est due qu'à la Trinité. La rendre à une créature, fût-ce à Marie, serait un péché grave contre le premier commandement.

Tout le procès en « adoration de Marie » consiste à prendre le geste extérieur (s'agenouiller, allumer un cierge, chanter) pour le sens intérieur (reconnaître un dieu). Or le même geste peut exprimer des réalités radicalement différentes : on s'agenouille devant un roi sans le diviniser, on se prosterne pour saluer sans adorer. Ce que Dieu regarde, ce n'est pas la posture du corps, mais l'acte du cœur.

Adoration et vénération : deux actes que tout sépare

Pour répondre proprement à la question, il faut donc poser la distinction que l'Église a affinée depuis les Pères de l'Église. Elle n'est pas un jeu de mots pour se tirer d'affaire : c'est une frontière théologique nette, définie par un concile œcuménique.

Latrie, dulie, hyperdulie

La tradition catholique distingue trois cultes, dont l'analyse complète est donnée dans l'article quelle-est-la-difference-entre-dulie-hyperdulie-et-latrie. En résumé :

  • La latrie (latreia) est l'adoration : le culte suprême, absolu, dû à Dieu seul, parce que lui seul est Créateur, Seigneur et fin dernière de tout. On ne peut la rendre à aucune créature sans idolâtrie.
  • La dulie (douleia, « service ») est la vénération des saints : le respect et l'honneur qu'on porte à ceux en qui Dieu a fait des merveilles. Ce n'est pas une adoration, mais une reconnaissance de la sainteté que Dieu leur a communiquée.
  • L'hyperdulie (hyper-douleia, « vénération plus haute ») est le degré éminent de vénération réservé à Marie seule, non parce qu'elle serait une demi-déesse, mais parce qu'elle est la Mère de Dieu, unie au Christ plus intimement que tout autre créature. L'hyperdulie reste une dulie : elle est incomparablement plus haute que celle des autres saints, mais elle demeure infiniment en dessous de la latrie.

Saint Thomas d'Aquin formule la règle avec sa précision habituelle :

« Puisque la bienheureuse Vierge est une pure créature raisonnable, on ne lui doit pas l'adoration de latrie, mais seulement la vénération de dulie, plus éminemment toutefois qu'aux autres créatures, en tant qu'elle est elle-même Mère de Dieu. C'est pourquoi l'on dit que ce qui lui est dû n'est pas une dulie quelconque, mais l'hyperdulie. », Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, III, q. 25, a. 5, réponse[2]

Tableau doctrinal : infographie originale Ignispedia créée par IA : trois cultes à distinguer sans les confondre.

Le mot décisif est ici : « pure créature ». Toute la théologie mariale catholique repose sur ce point : Marie n'est pas Dieu, elle est une créature, la plus belle, la plus sainte, la plus haute des créatures, mais une créature rachetée par son Fils, qui a besoin d'être sauvée comme nous et qui l'a été de manière éminente. Une créature ne s'adore pas.

Le test simple : à qui demande-t-on quoi ?

La différence se voit aussi dans le contenu des prières. On n'adresse pas à Marie ce qu'on adresse à Dieu. À Dieu seul on dit : aie pitié de nous, pardonne-nous nos péchés, sauve-nous. À Marie, on demande d'intercéder : la prière la plus répandue, le Je vous salue Marie, se termine par « priez pour nous, pauvres pécheurs », exactement ce qu'on demande à un ami vivant à qui l'on dit « prie pour moi ». Marie ne pardonne pas les péchés, ne donne pas la grâce de sa propre autorité, ne se substitue jamais au Christ : elle conduit à lui. La question de savoir comment elle peut entendre ces demandes est traitée à part dans marie-entend-elle-nos-prieres et faut-il-prier-les-saints.

Adoration (latrie)Vénération de Marie (hyperdulie)
À qui ?À Dieu seul : Père, Fils, EspritÀ Marie, pure créature, Mère de Dieu
Pourquoi ?Il est le Créateur et la fin de toutDieu a fait en elle de grandes choses
Ce qu'on lui demandePardon, salut, grâce, miséricordeD'intercéder, de « prier pour nous »
Ce qu'on reconnaîtSa divinitéSa sainteté, don de Dieu en elle
Le sacrifice de la messeOffert à Dieu seulOffert à Dieu seul (des messes sont célébrées en l'honneur de Marie, mais le sacrifice n'est offert qu'à Dieu)
Refuser ce culte seraitUn péché (refuser à Dieu ce qui lui est dû)Sans obligation de précepte, mais instamment recommandé par l'Église (cf. Lumen Gentium 67)

La ligne la plus révélatrice est celle du sacrifice. Le cœur du culte catholique, c'est la messe, le sacrifice eucharistique. Or, en doctrine, le sacrifice n'est offert qu'à Dieu : on célèbre des messes en l'honneur de la Vierge, mais le sacrifice lui-même n'est offert qu'à Dieu seul, on ne sacrifie qu'à celui qu'on adore. Cette règle liturgique constante est le signe pratique que l'Église n'adore pas Marie.

Ce que l'Église dit noir sur blanc

L'objection suppose souvent que l'Église « laisserait faire » un culte marial débordant sans jamais le cadrer. C'est l'inverse : les textes officiels sont d'une clarté absolue, et ils disent tous la même chose.

Le Catéchisme : « essentiellement différent de l'adoration »

Le Catéchisme de l'Église catholique consacre à la dévotion mariale un paragraphe qui reprend mot pour mot le concile Vatican II :

« Ce culte […] bien que présentant un caractère absolument unique […] n'en est pas moins essentiellement différent du culte d'adoration qui est rendu au Verbe incarné ainsi qu'au Père et à l'Esprit Saint ; il est éminemment apte à le servir. », Catéchisme de l'Église catholique, § 971, citant Lumen Gentium 66[3]

Deux mots sont ici décisifs. « Caractère absolument unique » : le culte de Marie ne ressemble à aucun autre culte de saint, il est unique en son genre. Mais « essentiellement différent » de l'adoration : cette unicité ne lui fait jamais franchir la frontière ; il reste, par nature, autre chose que l'adoration. Le texte ajoute même qu'il « est éminemment apte à servir » l'adoration de Dieu : bien vécue, la dévotion à Marie ne détourne pas du Christ, elle y ramène.

Le même Catéchisme précise que la fonction de Marie est entièrement subordonnée à celle du Christ :

« Le rôle maternel de Marie à l'égard des hommes n'offusque cependant et ne diminue en rien l'unique médiation du Christ : il en manifeste au contraire la vertu. Car toute influence salutaire de la part de la bienheureuse Vierge […] découle de la surabondance des mérites du Christ ; elle s'appuie sur sa médiation, dont elle dépend en tout et d'où elle tire toute sa vertu. », Catéchisme de l'Église catholique, § 970, citant Lumen Gentium 60 et 62[4]

Voilà qui répond directement à l'accusation d'un « dieu concurrent » : tout ce que Marie donne, elle le tient du Christ et le renvoie au Christ. Elle est comme la lune, qui n'a pas de lumière propre et ne fait que refléter le soleil.

Le concile de Nicée II : la latrie à Dieu seul

La frontière entre adoration et vénération n'est pas une invention moderne pour se défendre : elle a été définie solennellement par un concile œcuménique, le IIᵉ concile de Nicée en 787, à propos des images saintes. Contre les iconoclastes qui accusaient déjà les chrétiens d'idolâtrie, les Pères ont posé la distinction fondatrice :

Le concile définit que l'adoration véritable (latreia) n'est due qu'à la seule nature divine, tandis qu'on rend aux images saintes, croix, icônes, reliques, une salutation et une vénération d'honneur (proskynèsis), « car l'honneur rendu à l'image remonte au modèle », formule de saint Basile reprise par le concile[5].

Ce concile est reçu par les catholiques et par les orthodoxes comme l'un des sept grands conciles œcuméniques : la distinction latrie / vénération n'est donc pas une astuce romaine, mais un point de foi commun à tout le christianisme antique et oriental. L'application de ce principe aux statues et aux icônes est développée dans quelle-est-la-difference-entre-adoration-et-veneration et dans l'article sur la différence entre icône, idole et image sacrée.

Ce qu'est vraiment l'idolâtrie

Reste à savoir ce que l'Église entend par idolâtrie, car c'est l'accusation de fond. Le Catéchisme la définit avec précision :

« L'idolâtrie ne concerne pas seulement les faux cultes du paganisme. Elle reste une tentation constante de la foi. Elle consiste à diviniser ce qui n'est pas Dieu. Il y a idolâtrie dès lors que l'homme honore et révère une créature à la place de Dieu. », Catéchisme de l'Église catholique, § 2113[6]

La formule est éclairante : l'idolâtrie, c'est honorer une créature « à la place de Dieu ». Or l'Église n'a jamais mis Marie à la place de Dieu : elle la met à sa place à elle, la première des créatures, sous Dieu. Le Catéchisme note d'ailleurs que les idoles modernes les plus fréquentes ne sont ni des statues ni des saints, mais le pouvoir, le plaisir, l'argent ou l'État (cf. CEC 2113) : on peut être idolâtre sans aucune image, en divinisant sa carrière ou son ventre. À l'inverse, on peut vénérer mille images sans jamais adorer une créature, parce que l'idolâtrie est une affaire de cœur, pas de statuaire.

« Mais vos pratiques ressemblent à de l'adoration »

Objection pratique : infographie originale Ignispedia créée par IA : gestes mariaux visibles et sens réel.

L'objecteur honnête concède parfois la distinction théorique, puis ajoute : « Peut-être, mais dans les faits, vos pratiques ressemblent à de l'adoration. » Prenons les quatre pratiques les plus souvent citées.

Les statues et les images

C'est le grief le plus visible : on voit des fidèles agenouillés devant une statue de la Vierge, y déposant des fleurs, l'embrassant. N'est-ce pas exactement ce que le premier commandement interdit, « Tu ne feras aucune idole » (Ex 20, 4, trad. liturgique) ?

Non, et pour une raison que saint Jean Damascène, grand défenseur des images, résume avec force : ce qu'il adore, dit-il en substance, ce n'est pas la matière, mais le Créateur de la matière, qui s'est fait matière pour nous et a opéré par elle notre salut[7].

Une statue de Marie n'est pas Marie, de même qu'une photo de votre mère n'est pas votre mère. Embrasser la photo de sa mère défunte, ce n'est pas adorer un morceau de papier : c'est laisser un geste d'amour passer à travers l'image jusqu'à la personne aimée. Le catholique qui s'incline devant une statue de la Vierge ne rend pas un culte au plâtre ou au bois : son honneur « remonte au modèle », à Marie, et par Marie au Christ. Ce point, souvent le plus attaqué, est traité en détail dans l'article voisin les-statues-sont-elles-de-lidolatrie.

Le rosaire et les litanies

On objecte ensuite la répétition : réciter cinquante Je vous salue Marie, chanter des litanies interminables, ne serait-ce pas une manière de la traiter en divinité qu'on invoque sans fin ? Là encore, la réponse tient au contenu. Le rosaire n'est pas une adoration de Marie : c'est une méditation de la vie du Christ, Annonciation, Nativité, Passion, Résurrection, égrenée « avec Marie » et à travers son regard. Comme le rappelle la tradition, le rosaire est un « évangile résumé » : son centre n'est pas la Mère, mais le Fils qu'elle donne à contempler. La signification spirituelle de cette prière est développée dans l'article consacré au rosaire.

Les titres : Reine, Médiatrice, « Notre-Dame »

Marie reçoit des titres qui peuvent sembler exorbitants : Reine du Ciel, Médiatrice, Mère de Dieu, Notre-Dame. Ne sont-ils pas des titres divins ? Non : ce sont des titres relatifs. Elle est Reine parce qu'elle est mère du Roi, à la manière des reines-mères de l'Ancien Testament, non par un pouvoir propre. Elle est Médiatrice de manière subordonnée, en dépendance entière de l'unique Médiateur (cf. CEC 970 ci-dessus) ; l'Église a d'ailleurs toujours refusé de la mettre sur le même plan que le Christ. Quant au titre de Mère de Dieu, il ne dit rien de plus qu'une vérité sur le Christ : si Jésus est vrai Dieu et que Marie est sa mère, alors elle est bien la mère de celui qui est Dieu, ce que l'article pourquoi-marie-est-elle-appelee-mere-de-dieu explique en détail. Aucun de ces titres ne fait d'elle une déesse : tous la définissent par rapport à Dieu.

Prier Marie

Enfin : si on lui adresse des prières, n'est-ce pas la preuve qu'on l'adore ? Ici, un piège de vocabulaire encore. En français ancien et religieux, « prier » quelqu'un signifie simplement lui demander (« je vous en prie », « prière de fermer la porte »). Prier Marie, ce n'est pas l'adorer : c'est lui demander de prier pour nous, comme on demande à un ami de porter une intention. La prière d'intercession adressée à Marie et aux saints n'est pas un culte divin : elle suppose au contraire que Marie, elle aussi, se tourne vers Dieu et le prie. Toute la logique de cette prière est exposée dans faut-il-prier-les-saints et quest-ce-que-la-communion-des-saints.

Ce que dit la Bible

L'objection se veut souvent « biblique » : rien dans l'Écriture, dit-on, n'autorise à honorer Marie. C'est exactement l'inverse : l'honneur rendu à Marie n'est pas une invention de l'Église, il est commandé par Dieu lui-même dans l'Évangile.

« Toutes les générations me diront bienheureuse »

Le texte décisif est le Magnificat, le cantique que Marie prononce sous l'inspiration de l'Esprit Saint :

« Mon âme exalte le Seigneur […]. Il s'est penché sur son humble servante ; désormais tous les âges me diront bienheureuse. Le Puissant fit pour moi des merveilles ; Saint est son nom. », Évangile selon saint Luc 1, 46-49[8]

Ce passage désamorce l'objection à lui seul. D'abord, Marie adore Dieu, elle : « mon âme exalte le Seigneur » ; la première mariale du Nouveau Testament est tournée toute entière vers Dieu. Ensuite, elle annonce que « tous les âges » la diront bienheureuse, non par orgueil, mais parce que « le Puissant fit pour elle des merveilles ». L'honneur qu'on lui rend n'est donc pas usurpé : il est prophétisé et fondé par Dieu, qui a choisi de faire en elle de grandes choses. Une Église qui refuserait d'appeler Marie bienheureuse désobéirait à ce verset. Et pourtant cet honneur reste une louange de Dieu : c'est « le Puissant » qui est glorifié à travers ce qu'il a fait en elle.

L'ange et Élisabeth donnent l'exemple

Deux autres scènes de l'Évangile montrent que l'honneur de Marie vient d'en haut. L'ange Gabriel la salue le premier : « Je te salue, Comblée-de-grâce, le Seigneur est avec toi » (Lc 1, 28), c'est un messager de Dieu qui la vénère. Puis Élisabeth, « remplie de l'Esprit Saint », s'écrie :

« Tu es bénie entre toutes les femmes, et le fruit de tes entrailles est béni. […] Heureuse celle qui a cru à l'accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur. », Évangile selon saint Luc 1, 42.45[9]

Domenico Ghirlandaio, La Visitation : image patrimoniale Wikimedia Commons : Élisabeth, remplie de l'Esprit Saint, bénit Marie sans l'adorer.

Ainsi, avant tout catholique, c'est un ange, une prophétesse remplie de l'Esprit et Marie elle-même sous inspiration divine qui la déclarent bénie et bienheureuse. La vénération mariale ne fait que prolonger ce mouvement inauguré dans l'Évangile. Mais on remarquera qu'aucun de ces personnages ne l'adore ni ne se prosterne devant elle comme devant Dieu : ils la bénissent, ce qui est exactement de la vénération, pas de l'adoration.

L'objection de la « reine du ciel » de Jérémie

Les adversaires citent parfois un verset choc : le prophète Jérémie condamne violemment le culte rendu à la « reine du ciel » (Jr 7, 18 ; 44, 17). Voilà, dit-on, la Bible qui condamne d'avance le titre marial. L'objection tombe dès qu'on lit le texte : la « reine du ciel » de Jérémie est une idole païenne à qui les Israélites infidèles offraient des gâteaux, de l'encens et des libations (Jr 7, 18 ; 44, 17-19), c'est-à-dire un sacrifice, donc une adoration. Rien à voir avec la Vierge de Nazareth, à qui l'on n'offre aucun sacrifice et qu'on ne prend jamais pour une divinité. Confondre les deux, c'est confondre une déesse qu'on adore avec une créature qu'on vénère, précisément l'erreur que tout cet article dénonce.

L'Église surveille sa propre dévotion

Reste une dernière objection, plus fine : même si la doctrine est claire, la piété populaire ne déborde-t-elle pas parfois ? Certaines dévotions ne frôlent-elles pas l'excès ? La réponse honnête est : le risque existe, et l'Église est la première à le surveiller. Loin d'encourager tout et n'importe quoi, elle pose elle-même les garde-fous.

Ni exagération, ni étroitesse

Le concile Vatican II, dans le texte même qui fonde la dévotion mariale, adresse un double avertissement resté célèbre :

« Il exhorte vivement les théologiens et ceux qui portent la Parole de Dieu à s'abstenir avec le plus grand soin, quand la dignité unique de la Mère de Dieu est en cause, à la fois de tout excès contraire à la vérité et non moins d'une étroitesse injustifiée. », Concile Vatican II, Lumen Gentium 67[10]

Le concile vise les deux erreurs à la fois : l'exagération sentimentale qui ferait de Marie une quasi-déesse, et la sécheresse qui refuserait de l'honorer comme l'Évangile le demande. La vraie dévotion, poursuit le texte, « ne consiste nullement dans un mouvement stérile et éphémère de la sensibilité, pas plus que dans une vaine crédulité ; la vraie dévotion procède de la vraie foi ». Autrement dit : l'Église met elle-même en garde contre la « mariolâtrie » que ses adversaires lui reprochent.

Le rappel de Paul VI : toute dévotion mariale est christocentrique

En 1974, le pape Paul VI consacre une exhortation entière, Marialis cultus, à réformer et purifier la dévotion mariale. Il y pose une règle d'or : tout culte de Marie doit être christologique, c'est-à-dire toujours ordonné au Christ. La dévotion à Marie « est un élément intrinsèque du culte chrétien »[11] justement parce qu'elle mène au Fils ; dès qu'elle s'en détournerait, elle cesserait d'être catholique. Le culte marial n'est donc pas un ajout facultatif à côté du culte du Christ : c'est un chemin vers lui, et il n'a de sens que comme tel.

« À Jésus par Marie »

C'est ce qu'a résumé, mieux que personne, saint Louis-Marie Grignion de Montfort, le grand maître de la spiritualité mariale. Loin de faire de Marie une fin, il la définit tout entière par rapport à Dieu :

« Marie est toute relative à Dieu, et je l'appellerais fort bien la relation de Dieu, qui n'est que par rapport à Dieu, ou l'écho de Dieu, qui ne dit et ne répète que Dieu. Si vous dites Marie, elle dit Dieu. », Saint Louis-Marie Grignion de Montfort, Traité de la vraie dévotion à la Sainte Vierge[12]

Toute la dévotion mariale authentique tient dans cette image : Marie est un écho. On ne s'arrête pas à l'écho, on écoute ce qu'il répète. La vraie dévotion, dit Montfort, va « à Jésus par Marie » : elle passe par elle pour arriver à lui, jamais pour s'arrêter à elle. Un culte marial qui s'arrêterait à Marie ne serait pas trop catholique, il ne le serait plus assez.

Saint Augustin avait dit la même chose autrement, en montrant que la vraie grandeur de Marie n'est pas sa maternité charnelle mais sa foi :

« Marie fut plus heureuse de recevoir la foi du Christ que de concevoir la chair du Christ. […] Sa proximité de mère n'eût servi de rien à Marie si elle n'avait porté le Christ plus heureusement dans son cœur que dans sa chair. », Saint Augustin, De la sainte virginité, 3[13]

Un malentendu qui cache un accord réel

Il faut le dire pour finir : derrière l'accusation de « mariolâtrie » se cache souvent, chez l'objecteur sincère, une inquiétude légitime, la même que celle de l'Église. Personne ne veut voir une créature prendre la place de Dieu. Sur ce point, catholiques et protestants sont d'accord : Dieu seul doit être adoré. Le désaccord ne porte pas sur l'adoration, mais sur la question de savoir si l'on peut honorer et prier les saints, et Marie au premier rang, sans porter atteinte à cette adoration. La réponse catholique est que non seulement on le peut, mais que l'Évangile lui-même l'annonce quand il fait dire à Marie : « tous les âges me diront bienheureuse ».

Synthèse christocentrique : infographie originale Ignispedia créée par IA : l'intercession de Marie participe à l'unique médiation du Christ.

Bien comprise, la place de Marie ne fait pas concurrence au Christ : elle le glorifie. Une mère qu'on aime rend hommage à son fils ; honorer la mère, c'est reconnaître le fils qui l'a faite si belle. C'est le sens profond de la remarque des théologiens : tout ce que l'Église dit de Marie, elle le dit finalement du Christ. L'Immaculée Conception, l'Assomption, la maternité divine, tous les privilèges mariaux ne sont que des reflets de l'œuvre du Rédempteur en elle, comme le montrent les articles pourquoi-limmaculee-conception-est-elle-logique et pourquoi-lassomption-est-elle-un-dogme.

En résumé

Les catholiques n'adorent pas Marie. Ils adorent Dieu seul, et ils vénèrent Marie, d'une vénération unique, l'hyperdulie, mais qui reste infiniment en dessous de l'adoration.

  • Non, Marie n'est pas adorée : l'adoration (latrie) est due à Dieu seul, et la lui refuser pour la donner à une créature serait une idolâtrie. Le sacrifice, la messe, n'est offert qu'à Dieu seul.
  • Oui, Marie est vénérée d'un honneur exceptionnel (hyperdulie), parce qu'elle est la Mère de Dieu et la plus sainte des créatures, mais elle reste une « pure créature » (saint Thomas), rachetée par son Fils.
  • Le Magistère est catégorique : le culte de Marie « est essentiellement différent du culte d'adoration » (CEC 971 / Lumen Gentium 66), la latrie n'est due qu'à Dieu (Nicée II), et l'Église met elle-même en garde contre « tout excès contraire à la vérité » (Lumen Gentium 67).
  • La Bible fonde cet honneur : c'est Dieu, par l'ange, par Élisabeth et par le Magnificat, qui déclare Marie bienheureuse pour « tous les âges ».
  • Toute vraie dévotion mariale mène au Christ : Marie est « l'écho de Dieu » (Montfort). On va « à Jésus par Marie », jamais à Marie sans Jésus.

L'accusation de mariolâtrie repose donc sur une confusion : prendre l'honneur pour l'adoration, le geste pour le cœur, l'écho pour la voix. Bien comprise, la dévotion mariale n'est pas un culte concurrent : c'est la plus belle manière de laisser une créature nous conduire à son Créateur.

Pour aller plus loin

Notes et références

  1. Martin Luther, commentaire du Magnificat (Das Magnificat verdeutscht und ausgelegt, commencé en 1520, achevé à la Wartburg à l'été 1521 et publié en août/septembre 1521, WA 7, 544-604) ; tient la virginité perpétuelle de Marie (Sermons sur l'évangile de Jean, chap. 1-4, 1537-1539, Luther's Works, vol. 22, p. 23 : le Christ fut le seul fils de Marie, et la Vierge Marie ne porta pas d'autres enfants que lui). Jean Calvin, Institution chrétienne, III, XX, 21 (éd. 1559) : il refuse qu'on cherche accès auprès de Dieu par le moyen des saints.

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  2. Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, IIIᵃ pars, question 25, article 5, « La Mère de Dieu doit-elle être vénérée du culte de latrie ? », réponse (co.) : « Cum ergo beata virgo sit pure creatura rationalis, non debetur ei adoratio latriae, sed solum veneratio duliae, eminentius tamen quam ceteris creaturis, inquantum ipsa est mater Dei. Et ideo dicitur quod debetur ei, non qualiscumque dulia, sed hyperdulia. » (texte léonin ; le sed contra du même article dit : « mater Dei est pura creatura »). Traduction fidèle au latin ci-dessus. Voir aussi IIᵃ-IIᵃᵉ, q. 103, sur la dulie et l'honneur dû aux créatures excellentes.

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  3. Catéchisme de l'Église catholique, § 971, citant le concile Vatican II, Lumen Gentium, n° 66 (texte vatican.va) : « “Toutes les générations me diront bienheureuse” (Lc 1, 48) : “La piété de l'Église envers la Sainte Vierge est intrinsèque au culte chrétien” (MC 56). La sainte Vierge “est légitimement honorée par l'Église d'un culte spécial […] Ce culte […] bien que présentant un caractère absolument unique […] n'en est pas moins essentiellement différent du culte d'adoration qui est rendu au Verbe incarné ainsi qu'au Père et à l'Esprit Saint ; il est éminemment apte à le servir” (LG 66). »

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  4. Catéchisme de l'Église catholique, § 970, citant Lumen Gentium n° 60 et 62 (texte vatican.va) : « Le rôle maternel de Marie à l'égard des hommes n'offusque cependant et ne diminue en rien l'unique médiation du Christ : il en manifeste au contraire la vertu. Car toute influence salutaire de la part de la bienheureuse Vierge […] découle de la surabondance des mérites du Christ ; elle s'appuie sur sa médiation, dont elle dépend en tout et d'où elle tire toute sa vertu » (LG 60). « Aucune créature en effet ne peut jamais être mise sur le même plan que le Verbe incarné et rédempteur […] ; ainsi l'unique médiation du Rédempteur n'exclut pas, mais suscite au contraire une coopération variée de la part des créatures, en dépendance de l'unique source » (LG 62).

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  5. IIᵉ concile de Nicée (787), septième concile œcuménique, Définition (horos) sur les saintes images, dans H. Denzinger, Enchiridion Symbolorum, n° 600-601 : le passage cité dans le corps de l'article est une paraphrase fidèle de la définition, le concile réserve l'adoration véritable (latreia) à la seule nature divine et n'accorde aux images qu'une salutation et une vénération d'honneur (proskynèsis). Seule la formule « l'honneur rendu à l'image remonte au modèle » est une citation stricte : c'est celle de saint Basile (Sur le Saint-Esprit, 18, 45) reprise dans le horos. Concile reçu par les catholiques et les orthodoxes.

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  6. Catéchisme de l'Église catholique, § 2113 (texte vatican.va) : « L'idolâtrie ne concerne pas seulement les faux cultes du paganisme. Elle reste une tentation constante de la foi. Elle consiste à diviniser ce qui n'est pas Dieu. Il y a idolâtrie dès lors que l'homme honore et révère une créature à la place de Dieu, qu'il s'agisse des dieux ou des démons (par exemple le satanisme), de pouvoir, de plaisir, de la race, des ancêtres, de l'Etat, de l'argent, etc. »

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  7. Saint Jean Damascène (v. 676-749), Discours apologétiques contre ceux qui rejettent les saintes images (De imaginibus oratio), I, 16, passage rendu ici en paraphrase : le Docteur y affirme qu'il n'adore pas la matière, mais le Créateur de la matière, devenu matière pour nous et ayant opéré par la matière notre salut (cf. la traduction anglaise de référence : « I do not worship matter; I worship the Creator of matter who became matter for my sake, who worked out my salvation through matter », trad. Anderson). Repris comme principe par le IIᵉ concile de Nicée. (La formule « l'honneur rendu à l'image remonte au modèle », parfois accolée à ce passage, est celle de saint Basile reprise par Nicée II, cf. note [^nicee-ii], et non une phrase de ce chapitre.) Voir aussi La foi orthodoxe, IV, 16.

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  8. Évangile selon saint Luc 1, 46-49, Magnificat, trad. liturgique (AELF) : « Mon âme exalte le Seigneur, exulte mon esprit en Dieu, mon Sauveur ! Il s'est penché sur son humble servante ; désormais tous les âges me diront bienheureuse. Le Puissant fit pour moi des merveilles ; Saint est son nom ! »

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  9. Évangile selon saint Luc 1, 41-45, trad. liturgique (AELF) : Élisabeth « fut remplie d'Esprit Saint, et s'écria d'une voix forte : “Tu es bénie entre toutes les femmes, et le fruit de tes entrailles est béni […]. Heureuse celle qui a cru à l'accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur.” »

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  10. Concile Vatican II, constitution dogmatique Lumen Gentium (21 novembre 1964), n° 67 (texte vatican.va) : « Il exhorte vivement les théologiens et ceux qui portent la Parole de Dieu à s'abstenir avec le plus grand soin, quand la dignité unique de la Mère de Dieu est en cause, à la fois de tout excès contraire à la vérité et non moins d'une étroitesse injustifiée. […] Que les fidèles se souviennent en outre qu'une véritable dévotion ne consiste nullement dans un mouvement stérile et éphémère de la sensibilité, pas plus que dans une vaine crédulité ; la vraie dévotion procède de la vraie foi […]. »

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  11. Paul VI, exhortation apostolique Marialis cultus (2 février 1974), n° 56 (texte vatican.va) : « La piété de l'Église envers la Vierge est un élément intrinsèque du culte chrétien. » L'exhortation développe (n° 25) la « note trinitaire et christologique » essentielle du culte marial et met en garde (n° 38) contre les exagérations et la crédulité, appelant à purifier la dévotion mariale.

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  12. Saint Louis-Marie Grignion de Montfort (1673-1716), Traité de la vraie dévotion à la Sainte Vierge, n° 225 : « Marie est toute relative à Dieu, et je l'appellerais fort bien la relation de Dieu, qui n'est que par rapport à Dieu, ou l'écho de Dieu, qui ne dit et ne répète que Dieu. Si vous dites Marie, elle dit Dieu. » Thèse centrale du Traité : la vraie dévotion mène « à Jésus par Marie » et n'a de sens que christocentrique.

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  13. Saint Augustin, De la sainte virginité (De sancta virginitate), 3 : « Beatior ergo Maria percipiendo fidem Christi, quam concipiendo carnem Christi. […] Materna propinquitas nihil Mariae profuisset, nisi felicius Christum corde quam carne gestasset. » (« Marie fut plus heureuse de recevoir la foi du Christ que de concevoir la chair du Christ […] ; sa proximité de mère n'eût servi de rien à Marie si elle n'avait porté le Christ plus heureusement dans son cœur que dans sa chair. »)

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