Les statues sont-elles de l'idolâtrie ?

L'idolâtrie, c'est adorer une créature comme un dieu, non fabriquer une image. Le Dieu qui interdit les idoles commande lui-même les chérubins de l'Arche et le serpent d'airain : honorer une statue du Christ ou d'un saint n'est pas de l'idolâtrie.

Ignispedia

Non : honorer une statue du Christ, de la Vierge ou d'un saint n'est pas de l'idolâtrie. L'objection est ancienne et sérieuse — elle s'appuie sur le texte même du Décalogue : « Tu ne feras aucune idole, aucune image de ce qui est là-haut dans les cieux [...] » (Ex 20, 4). Mais elle repose sur une confusion : elle prend le matériau (une statue de plâtre ou de bois) pour le péché (adorer une créature à la place de Dieu). Or l'idolâtrie n'est pas de fabriquer une image ; c'est de la diviniser.

La preuve la plus simple est que le même Dieu qui interdit les idoles ordonne, quelques chapitres plus loin, de sculpter des chérubins d'or au-dessus de l'Arche, de broder des anges sur le voile du sanctuaire, et de dresser un serpent de bronze qui guérit ceux qui le regardent (Nb 21, 8-9). Si toute image sculptée était en soi une idole, Dieu se contredirait. Le commandement ne condamne donc pas l'image comme telle : il condamne l'image prise pour un dieu.

Cet article traite uniquement cette question — « est-ce de l'idolâtrie ? » Il ne redouble pas la distinction générale entre adoration et vénération, ni le vocabulaire technique de la dulie, l'hyperdulie et la latrie, ni les raisons positives pour lesquelles les catholiques utilisent des images et des statues, qui font l'objet d'articles dédiés. On se concentre ici sur l'accusation d'idolâtrie : d'où elle vient, ce qu'elle a de juste, et pourquoi elle ne tient pas face au texte biblique lu en entier, à l'Incarnation et à la doctrine constante de l'Église.

L'objection : « Tu ne feras aucune image taillée »

L'accusation d'idolâtrie n'est pas un procès d'intention ; elle cite l'Écriture. Il faut donc partir du texte, l'entendre dans sa force, et voir exactement ce qu'il interdit.

Le texte du deuxième commandement

Au Sinaï, Dieu donne à Israël une double interdiction, en deux versets qui se suivent :

« Tu n'auras pas d'autres dieux en face de moi. Tu ne feras aucune idole, aucune image de ce qui est là-haut dans les cieux, ou en bas sur la terre, ou dans les eaux par-dessous la terre. Tu ne te prosterneras pas devant ces dieux, pour leur rendre un culte. [...] » — Le Décalogue, Exode 20, 3-5[1]

Le Deutéronome explique la raison de l'interdiction : au Sinaï, Israël a entendu une voix mais n'a vu aucune forme, pour qu'il ne soit pas tenté de réduire Dieu à une figure sculptée :

« Prenez bien garde à vous-mêmes : vous n'avez vu aucune forme le jour où le Seigneur vous a parlé à l'Horeb du milieu du feu. N'allez pas vous corrompre en vous fabriquant une idole, une statue de quelque forme que ce soit, représentant homme ou femme. » — Deutéronome 4, 15-16[2]

Infographie Ignispedia — Exode 20, 3-5 lu dans son unité : l'interdit porte sur l'image tenue pour un dieu. Créée par IA.

Le premier commandement vise donc un péché précis : se faire des dieux et les adorer. L'interdiction des images en découle directement — non parce que sculpter serait mauvais, mais parce qu'un peuple entouré de nations idolâtres risquait, en se fabriquant une « forme », de croire tenir Dieu dans un objet et de l'adorer à la place du Dieu invisible qui vient de lui parler[3].

Pourquoi les Réformateurs y ont vu une idolâtrie

Au XVIᵉ siècle, une partie des Réformateurs a durci cette lecture en accusation frontale contre l'Église catholique. Pour eux, les statues des saints, les crucifix, les images de la Vierge dans les églises n'étaient pas une aide à la prière mais une transgression directe du deuxième commandement — et donc de l'idolâtrie. Jean Calvin y consacre un chapitre entier de son Institution de la religion chrétienne, où il soutient que Dieu ne peut être représenté par aucune forme visible et que l'esprit humain, laissé à lui-même, est une fabrique perpétuelle d'idoles[4]. La conséquence pratique fut l'iconoclasme réformé : à Wittenberg dès janvier-février 1522 sous l'impulsion de Karlstadt, puis à Zurich (1523-1524), à Bâle (février 1529) et à Genève (août 1535), ainsi que dans les Pays-Bas lors du Beeldenstorm d'août 1566, statues, retables et vitraux furent brisés ou retirés des églises au nom de la pureté du culte[5].

Cette lecture n'était pas nouvelle. Elle reprenait, plus de sept siècles plus tard, l'argument des iconoclastes byzantins du VIIIᵉ siècle, qui accusaient déjà les chrétiens vénérant les icônes de retomber dans le paganisme. Dans les deux cas, l'objection est la même, et elle mérite d'être prise au sérieux plutôt que caricaturée.

Ce que l'objection a de juste

Il serait malhonnête de balayer l'accusation d'un revers de main. Elle contient trois vérités que l'Église elle-même professe.

D'abord, l'idolâtrie est un péché réel et grave : le premier des commandements, celui qui commande tous les autres. Adorer une créature à la place de Dieu est la corruption de la religion elle-même[6]. Ensuite, le danger de la superstition existe : un fidèle mal instruit peut glisser d'un honneur légitime vers une confiance magique dans l'objet lui-même — l'histoire biblique le montrera avec le serpent d'airain. Enfin, Dieu ne se laisse enfermer dans aucune image : aucune statue, aucune icône ne contient la divinité, et prétendre le contraire serait bien une idolâtrie.

Infographie Ignispedia — Une idole remplace le Créateur ; une image sainte conduit au modèle qu'elle représente. Créée par IA.

L'Église ne conteste donc ni le commandement ni le péché qu'il vise. Ce qu'elle conteste, c'est l'assimilation entre avoir une statue et commettre une idolâtrie. Pour la trancher, il faut d'abord définir précisément ce qu'est l'idolâtrie.

Ce qu'est vraiment l'idolâtrie

Le mot idolâtrie est souvent employé de façon vague. La théologie, elle, en donne une définition rigoureuse — et cette définition, à elle seule, dissout une grande partie de l'objection.

Idolâtrie : adorer une créature à la place de Dieu

L'idolâtrie n'est pas d'abord une affaire de matière, mais d'adoration mal placée. Le Catéchisme la définit ainsi :

« Il y a idolâtrie dès lors que l'homme honore et révère une créature à la place de Dieu, qu'il s'agisse des dieux ou des démons [...], de pouvoir, de plaisir, de la race, des ancêtres, de l'État, de l'argent, etc. [...] L'idolâtrie récuse l'unique Seigneurie de Dieu. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 2113[7]

On remarque immédiatement que la plupart des idoles énumérées — le pouvoir, l'argent, la race, l'État — ne sont pas des statues. L'idole, c'est tout ce à quoi l'homme donne la place qui revient à Dieu seul. Inversement, une statue qui n'occupe pas cette place — qui renvoie à Dieu au lieu de le remplacer — n'est pas une idole. Le péché est dans le cœur qui adore, non dans l'objet de plâtre.

Saint Thomas d'Aquin le formule en distinguant l'idolâtrie comme le fait de rendre à une créature le culte de latrie, l'adoration due à Dieu seul[8]. Le critère décisif n'est donc pas « y a-t-il une image ? » mais « à quoi le fidèle rend-il le culte suprême ? ».

Le veau d'or : l'idolâtrie type

L'Écriture donne l'exemple parfait de l'idolâtrie au moment même où Israël reçoit la Loi. Pendant que Moïse est sur la montagne, le peuple fait fondre son or, façonne un veau, et se prosterne devant lui en disant : « Israël, voici tes dieux, qui t'ont fait monter du pays d'Égypte » (Ex 32, 4)[9].

Nicolas Poussin, L'Adoration du veau d'or, vers 1633-1634, National Gallery, Londres — reproduction du domaine public, Wikimedia Commons.

Tout y est réuni : on fabrique une image et on la déclare « dieu » et on lui attribue l'œuvre de Dieu (la sortie d'Égypte) et on l'adore. Ce n'est pas la métallurgie qui est coupable — l'or servira aussi à couvrir l'Arche —, c'est le fait de tenir l'objet pour une divinité. Le veau d'or est le contre-modèle absolu : il montre ce que le commandement interdit vraiment. Rien de ce que fait un catholique devant une statue de la Vierge ne ressemble à cette scène : personne ne dit « voici ton dieu » d'un morceau de plâtre, personne ne lui attribue la création ou le salut, personne ne l'adore comme Dieu.

La marque de l'idole : lui attribuer un pouvoir divin

Les prophètes se moquent des idoles précisément parce qu'on leur prête un pouvoir qu'elles n'ont pas. Le psaume raille les idoles des nations : « elles ont une bouche et ne parlent pas, des yeux et ne voient pas [...]. Qu'ils deviennent comme elles, tous ceux qui les font, ceux qui mettent leur foi en elles » (Ps 115, 5.8)[10]. L'idole est dénoncée comme un dieu faux : un objet auquel on demande ce que Dieu seul peut donner.

La marque de l'idolâtrie n'est donc pas la présence d'une image, mais l'attribution à cette image d'une puissance divine autonome. Là est le cœur du discernement : une image qui reste transparente, qui fait passer le regard vers Dieu ou vers ses saints, n'est pas une idole ; une image devant laquelle on s'arrête comme devant un dieu en devient une. C'est exactement ce que l'histoire d'Israël va illustrer avec un objet pourtant fabriqué sur l'ordre de Dieu.

Dieu lui-même a commandé des images

Voici l'argument qui renverse l'objection dans son propre terrain : si le deuxième commandement interdisait toute représentation, alors Dieu se contredirait, car il ordonne lui-même la fabrication d'images sacrées. Le Catéchisme le note explicitement :

Infographie Ignispedia — Trois images sacrées prescrites dans l'Ancien Testament : Exode 25, Nombres 21 et 1 Rois 6. Créée par IA.

« Cependant, dès l'Ancien Testament, Dieu a ordonné ou permis l'institution d'images qui conduiraient symboliquement au salut par le Verbe incarné : ainsi le serpent d'airain, l'arche d'Alliance et les chérubins. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 2130[11]

Les chérubins de l'Arche et du Temple

Au moment même où il donne la Loi, Dieu commande à Moïse de placer sur l'Arche d'Alliance deux chérubins d'or, ailes déployées, se faisant face au-dessus du propitiatoire :

« Tu forgeras deux kéroubim en or à placer aux deux extrémités du propitiatoire. [...] Les kéroubim auront les ailes déployées vers le haut et protégeront le propitiatoire de leurs ailes. Ils se feront face, le regard tourné vers le propitiatoire. » — Exode 25, 18-20[12]

Le même Dieu ordonne de broder des chérubins sur les tentures du sanctuaire (Ex 26, 1)[13], et plus tard Salomon, sans encourir aucun reproche, place dans le Temple deux chérubins de bois d'olivier hauts d'environ cinq mètres (dix coudées) et fait sculpter sur tous les murs des chérubins, des palmiers et des fleurs (1 R 6, 23-29)[14]. Ces images sculptées se dressaient au lieu le plus saint d'Israël, là où Dieu manifestait sa présence. Loin d'être une idolâtrie, elles faisaient partie du culte que Dieu lui-même avait prescrit.

Le serpent d'airain : une image qui sauve

L'exemple le plus frappant est le serpent d'airain. Le peuple, mordu par des serpents dans le désert, va mourir ; Dieu ordonne à Moïse de fabriquer une image et de la dresser :

« Fais-toi un serpent brûlant, et dresse-le au sommet d'un mât : tous ceux qui auront été mordus, qu'ils le regardent, alors ils vivront ! » — Le Seigneur à Moïse, Nombres 21, 8[15]

Michel-Ange, Le Serpent d'airain, 1511, chapelle Sixtine — reproduction du domaine public, Wikimedia Commons.

Voici donc une image fabriquée sur ordre divin, à laquelle Dieu attache une guérison. Le Nouveau Testament ira plus loin : le Christ lui-même fait de ce serpent la figure de sa propre élévation sur la Croix :

« De même que le serpent de bronze fut élevé par Moïse dans le désert, ainsi faut-il que le Fils de l'homme soit élevé, afin qu'en lui tout homme qui croit ait la vie éternelle. » — Jésus à Nicodème, Jean 3, 14-15[16]

Une image sculptée peut donc être non seulement permise, mais voulue par Dieu comme instrument de salut et figure du Christ. L'objection « toute image taillée est interdite » est ici directement contredite par l'Écriture.

Un commandement qui n'interdit donc pas toute image

La lecture correcte du deuxième commandement s'impose : Dieu n'interdit pas la sculpture ni la peinture ; il interdit de se faire des dieux et de les adorer. Les trois versets se tiennent : « Tu n'auras pas d'autres dieux » (le principe), « tu ne feras aucune idole » (le moyen habituel de l'idolâtrie antique), « tu ne te prosterneras pas devant ces dieux » (l'acte interdit). L'expression « devant ces dieux » au verset 5 éclaire tout : ce qui est proscrit, c'est l'image tenue pour un dieu et adorée comme tel. Les chérubins et le serpent d'airain montrent que l'image au service du vrai culte est, elle, non seulement licite mais commandée.

Quand une image devient une idole : le Néhushtan

L'Écriture est d'un réalisme remarquable : elle raconte aussi ce qui arrive lorsqu'une image légitime devient une idole. C'est l'histoire du serpent d'airain, cinq siècles plus tard.

Le peuple avait fini par brûler de l'encens devant l'objet, comme devant une divinité. Le roi Ézéchias, dans sa réforme religieuse, le détruit :

« C'est lui qui supprima les lieux sacrés, brisa les stèles, coupa le Poteau sacré et mit en pièces le serpent de bronze que Moïse avait fabriqué ; car jusqu'à ces jours-là les fils d'Israël brûlaient de l'encens devant lui : on l'appelait Nehoushtane. » — Deuxième livre des Rois 18, 4[17]

Infographie Ignispedia — Le même objet peut renvoyer à Dieu ou usurper sa place : le critère est l'usage cultuel. Créée par IA.

Le récit est doctrinalement décisif. Le même objet est tantôt un instrument de salut voulu par Dieu, tantôt une idole à détruire. Qu'est-ce qui a changé ? Non l'objet, mais le cœur de ceux qui le regardaient. Tant qu'il renvoyait à Dieu, il sauvait ; le jour où on lui a offert de l'encens comme à un dieu, il est devenu Néhushtan — un simple « morceau de bronze », désormais nuisible.

C'est précisément le critère catholique. Une statue n'est jamais idolâtre en elle-même ; elle le devient si on la traite comme un dieu. L'Église, comme Ézéchias, condamne l'abus — et non l'image. La solution du roi n'a d'ailleurs pas été d'interdire toute image en Israël : le Temple restait plein de chérubins sculptés. Il a détruit l'objet précis qu'on adorait, pas la sculpture sacrée comme telle. Le discernement porte sur l'usage, jamais sur la matière.

L'Incarnation change tout

Infographie Ignispedia — En se faisant chair, le Verbe inaugure une nouvelle économie des images. Créée par IA.

Jusqu'ici, l'argument valait déjà dans l'Ancien Testament. Mais un événement a transformé radicalement la question des images : Dieu s'est fait homme. Le motif profond de l'interdiction — « vous n'avez vu aucune forme » — a cessé de valoir le jour où le Fils de Dieu a pris un visage humain.

Le Verbe fait chair, image du Dieu invisible

Le Nouveau Testament affirme que le Christ est l'image visible du Dieu invisible :

« Il est l'image du Dieu invisible, le premier-né, avant toute créature. » — Saint Paul, Épître aux Colossiens 1, 15[18]

Et l'Évangile de Jean : « Le Verbe s'est fait chair, il a habité parmi nous, et nous avons vu sa gloire [...] » (Jn 1, 14)[19]. Le Fils est « le rayonnement de la gloire de Dieu, l'expression parfaite de son être [...] » (He 1, 3)[20]. Ce qui était invisible s'est rendu visible ; ce qui ne pouvait être représenté a pris un corps, un visage, des traits. Dès lors, représenter le Christ n'est plus enfermer Dieu dans une forme : c'est confesser qu'il a réellement assumé notre chair.

Saint Jean Damascène : « je représente le Dieu devenu visible »

C'est l'argument décisif de saint Jean Damascène (VIIIᵉ siècle), grand défenseur des images contre les iconoclastes :

« Autrefois, Dieu, qui n'a ni corps ni figure, ne pouvait absolument pas être représenté par une image. Mais maintenant qu'il s'est fait voir dans la chair et qu'il a vécu parmi les hommes, je peux faire une image de ce que j'ai vu de Dieu. » — Saint Jean Damascène, Discours sur les images, I, 16[21]

Saint Jean Damascène, défenseur des saintes images au VIIIᵉ siècle — icône du domaine public, Wikimedia Commons.

Le Damascène précise que l'on ne peint pas la divinité invisible, mais le Dieu devenu visible : « Je représente Dieu, l'invisible, non pas en tant qu'invisible, mais en tant qu'il est devenu visible pour nous par la participation à la chair et au sang. »[22] Refuser toute image du Christ reviendrait, au fond, à douter de la réalité de l'Incarnation. Les images chrétiennes ne sont pas une concession au paganisme : elles sont une conséquence du mystère de Dieu fait homme.

Nicée II (787) : la légitimité dogmatique des images

Ce raisonnement a été fixé solennellement par le IIᵉ concile de Nicée en 787, septième concile œcuménique, qui condamna l'iconoclasme et définit la légitimité de la vénération des images. Le Catéchisme le résume :

« C'est en se fondant sur le mystère du Verbe incarné que le septième concile œcuménique, à Nicée (en 787), a justifié, contre les iconoclastes, le culte des icônes : celles du Christ, mais aussi celles de la Mère de Dieu, des anges et de tous les saints. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 2131[23]

Infographie Ignispedia — Nicée II distingue la vénération relative de l'image et l'adoration réservée à Dieu seul. Créée par IA.

Le concile prit soin de distinguer nettement l'honneur rendu aux images (« vénération respectueuse ») de l'adoration qui n'est due qu'à Dieu seul[24]. La vénération des images n'est donc pas une tolérance tardive ou une dérive populaire : c'est une doctrine définie par un concile œcuménique, sur le fondement même de l'Incarnation.

La statue n'est ni adorée ni tenue pour un dieu

Reste à décrire ce qui se passe réellement quand un catholique prie devant une statue. Car l'accusation d'idolâtrie suppose une adoration qui, en fait, n'a pas lieu.

On ne rend aucun sacrifice à une statue

Le signe le plus sûr de l'adoration, dans toute la tradition biblique, est le sacrifice : on n'offre de sacrifice qu'à ce qu'on tient pour Dieu. Saint Thomas, citant saint Augustin, en fait le critère absolu du culte divin[25]. Or l'Église n'offre jamais de sacrifice à une statue, à une relique ou à un saint. Le sacrifice — la messe — est offert à Dieu seul. Aucune statue de la Vierge ou d'un saint ne reçoit jamais ce qui définit l'adoration. C'est la preuve la plus concrète qu'aucune n'est adorée.

L'honneur rendu à l'image remonte au modèle

Devant une statue, le fidèle ne s'arrête pas au plâtre : son regard le traverse pour atteindre celui qu'il représente. C'est le principe formulé par saint Basile, défini à Nicée II et repris par saint Thomas : « Le mouvement qui s'adresse à l'image en tant que telle ne s'arrête pas à elle, mais tend à la réalité dont elle est l'image. »[26] L'honneur rendu à l'image « remonte au modèle » : honorer une statue du Christ, c'est honorer le Christ, non le matériau. Ce mécanisme est développé dans l'article Adoration et vénération, qu'on ne redouble pas ici.

Ce que fait vraiment le fidèle devant une statue

Concrètement, la statue joue trois rôles, tous étrangers à l'idolâtrie. Elle rappelle : comme une photographie d'un être aimé, elle rend présent à la mémoire et au cœur celui qu'elle figure. Elle enseigne : le pape saint Grégoire le Grand, reprenant Serenus de Marseille qui avait brisé les images de son diocèse, rappela que les images sont « le livre de ceux qui ne savent pas lire », sans permettre pour autant qu'on les adore[27]. Elle élève : elle oriente la prière vers Dieu et ses saints. À aucun moment le fidèle ne croit que le plâtre voit, entend ou sauve par lui-même — s'il le croyait, l'Église le corrigerait, comme Ézéchias a brisé le Néhushtan.

Le concile de Trente, répondant directement aux Réformateurs, a fixé la règle avec précision :

« Les images du Christ, de la Vierge Mère de Dieu et des autres saints doivent être conservées, spécialement dans les églises, et on doit leur rendre l'honneur et la vénération qui leur sont dus : non que l'on croie qu'il y ait en elles quelque divinité ou quelque vertu [...], mais parce que l'honneur qu'on leur rend se rapporte aux modèles qu'elles représentent. » — Concile de Trente, session XXV (1563)[28]

Réponses aux objections fréquentes

Infographie Ignispedia — Quatre objections courantes et la distinction décisive entre image, vénération et idolâtrie. Créée par IA.

Malgré ces principes, quelques objections reviennent régulièrement. Les voici, formulées dans leur version la plus forte, avec leur réponse.

« Mais Dieu interdit clairement les images taillées »

Réponse : le verset 4 ne peut être isolé des versets 3 et 5, qui l'encadrent. Le péché visé est nommé au verset 3 (« d'autres dieux ») et au verset 5 (« tu ne te prosterneras pas devant ces dieux »). Lu seul, le verset 4 interdirait aussi les chérubins de l'Arche, le serpent d'airain et les sculptures du Temple — que Dieu commande lui-même. Une interprétation qui met l'Écriture en contradiction avec elle-même est fausse par principe. Le commandement interdit l'image-dieu, pas l'image-signe.

« Les catholiques prient devant des statues »

Réponse : prier devant n'est pas prier à. On prie devant une statue comme on prie devant un crucifix, une icône, ou en regardant un beau paysage : l'objet aide à fixer l'attention et à orienter le cœur, mais la prière s'adresse à Dieu, ou demande l'intercession du saint représenté — non au plâtre. La question de l'intercession des saints, distincte de celle de l'idolâtrie, est traitée dans Faut-il prier les saints ?.

« Les statues encouragent la superstition populaire »

Réponse : le risque existe, l'Église le reconnaît, et elle le combat — c'est le sens même de l'épisode du Néhushtan. Mais l'abus possible d'une chose ne condamne pas la chose : on ne supprime pas le feu parce qu'il peut brûler. La réponse au risque de superstition n'est pas l'iconoclasme, c'est la catéchèse : instruire les fidèles sur ce qu'est vraiment une image sainte. Détruire toute image reviendrait à corriger un mauvais usage par la suppression du bon usage.

« L'Église a supprimé ce commandement de son catéchisme »

Réponse : c'est une confusion sur la numérotation du Décalogue, pas une suppression. La tradition catholique et luthérienne suit le découpage de saint Augustin, qui rattache l'interdiction des idoles au premier commandement (« Tu n'auras pas d'autres dieux »), dont elle est l'application, et distingue comme dixième commandement le désir de la femme et des biens d'autrui. La tradition réformée et orthodoxe compte l'interdiction des images comme un deuxième commandement séparé. Aucun des dix mots n'est perdu : c'est le même texte, découpé autrement. Et le Catéchisme de l'Église catholique cite explicitement Exode 20, 4 et son interdiction des idoles (§ 2129), avant de montrer, textes à l'appui, pourquoi elle ne condamne pas les images sacrées (§ 2130-2132). L'accusation de dissimulation ne résiste pas à la lecture du Catéchisme lui-même.

Repères historiques : de l'iconoclasme à Trente

L'histoire de la question suit une ligne cohérente : chaque fois qu'on a voulu bannir toute image, l'Église a rappelé l'Incarnation ; chaque fois qu'on a risqué d'adorer une image, elle a rappelé que Dieu seul est adoré.

  1. vers 1250 av. J.-C. (datation conventionnelle)
    Le veau d'or

    Au Sinaï, Israël fabrique et adore un veau d'or : l'idolâtrie type, condamnée au moment même où Dieu donne la Loi (Ex 32).

  2. vers 1250 av. J.-C. (datation conventionnelle)
    Chérubins et serpent d'airain

    Le même Dieu commande les chérubins d'or de l'Arche (Ex 25) et le serpent d'airain qui guérit (Nb 21) : des images voulues par Dieu.

  3. vers 715 av. J.-C. (chronologie conventionnelle)
    Ézéchias détruit le Néhushtan

    Devenu objet de culte, le serpent d'airain est mis en pièces par le roi Ézéchias (2 R 18, 4) : l'abus est condamné, non l'image sacrée.

  4. 726-787
    La crise iconoclaste byzantine

    L'empereur Léon III interdit les images ; la controverse déchire l'Orient chrétien. Saint Jean Damascène défend les icônes au nom de l'Incarnation.

  5. 787
    IIᵉ concile de Nicée

    Le septième concile œcuménique condamne l'iconoclasme et définit la légitimité de la vénération des images, distincte de l'adoration due à Dieu seul.

  6. 843
    Le « Triomphe de l'Orthodoxie »

    Après une seconde vague iconoclaste, le culte des images est définitivement rétabli à Constantinople, encore commémoré chaque année par les Églises d'Orient.

  7. 1522-1566
    L'iconoclasme réformé

    Karlstadt, Zwingli puis Calvin rejettent les images des églises ; destructions et retraits frappent Wittenberg (1522), Zurich (1523-1524), Bâle (1529), Genève (août 1535) et les Pays-Bas (Beeldenstorm, 1566)[29].

  8. 1563
    Concile de Trente, session XXV

    L'Église précise la doctrine : les images sont conservées et vénérées, mais l'honneur remonte au modèle ; aucune divinité n'est attribuée à l'objet.

Deux constantes traversent ces vingt siècles. La première : l'Église n'a jamais confondu l'image et l'idole — elle a toujours condamné l'adoration d'une créature. La seconde : elle n'a jamais cédé à l'iconoclasme, parce que refuser toute image du Christ, c'est au fond refuser qu'il se soit vraiment fait homme.

Ce que l'Église demande vraiment

Au terme, la position catholique est d'un équilibre exigeant : ni idolâtrie, ni iconoclasme.

Vénérer sans jamais diviniser

L'Église demande deux choses ensemble, sans en sacrifier aucune. Adorer Dieu seul : sur ce point elle est aussi intransigeante que le premier commandement — aucune statue, aucune relique, aucun saint ne reçoit jamais l'adoration ni le sacrifice[30]. Et honorer ce que Dieu a sanctifié : le Christ dans son humanité, sa Mère, ses saints, et les images qui les représentent. Vénérer une statue, c'est reconnaître, à travers un signe visible, la sainteté de celui qu'elle figure — sans jamais la prendre pour un dieu.

Le vrai risque : l'idolâtrie du cœur

Le paradoxe final vaut d'être médité. Les vraies idoles de notre temps ne sont pas de plâtre. Le Catéchisme range parmi les idoles « le pouvoir, le plaisir, la race, les ancêtres, l'État, l'argent »[31] : c'est là, bien plus que devant une statue de la Vierge, que l'homme moderne risque de mettre une créature à la place de Dieu. On peut n'avoir aucune image chez soi et être profondément idolâtre — de soi-même, de l'argent, du succès. Et l'on peut prier devant une statue de saint François sans la moindre idolâtrie, parce que le cœur, à travers elle, ne cherche que Dieu.

L'idolâtrie n'est pas dans le bois ni dans le plâtre. Elle est dans le cœur qui adore ce qui n'est pas Dieu. C'est exactement ce que le deuxième commandement veut préserver — et ce que l'Église, en distinguant l'image de l'idole, a toujours voulu garder intact.

Pour aller plus loin

Notes et références

  1. Livre de l'Exode, 20, 3-5, traduction liturgique officielle francophone (AELF). Le terme hébreu pèsèl désigne l'image taillée, sculptée ; le contexte immédiat (« d'autres dieux », « tu ne te prosterneras pas devant ces dieux ») précise que l'interdit vise l'image faite pour être adorée comme divinité. Cf. CEC § 2129.

    1
  2. Livre du Deutéronome, 4, 15-16 (cf. 4, 12), traduction liturgique officielle (AELF). Le motif donné est qu'Israël « n'a vu aucune forme » au Sinaï : l'interdiction protège la transcendance de Dieu, qu'aucune figure sculptée ne peut contenir. Cf. CEC § 2129.

    2
  3. Catéchisme de l'Église catholique, § 2129 : « L'injonction divine comportait l'interdiction de toute représentation de Dieu par la main de l'homme. Le Deutéronome explique : "Puisque vous n'avez vu aucune forme le jour où le Seigneur vous a parlé à l'Horeb [...]" » (coupe marquée : le § cite ensuite Dt 4, 15-16 en entier). L'interdiction porte sur la représentation du Dieu invisible et transcendant, non sur toute image.

    3
  4. Jean Calvin, Institution de la religion chrétienne, livre I, chapitre 11 (« Qu'il n'est licite d'attribuer à Dieu une figure visible, et que tous ceux qui se dressent des images se révoltent contre le vrai Dieu »), Genève, 1560. Calvin y soutient que Dieu ne peut être représenté par aucune forme et que l'esprit humain est comme une fabrique perpétuelle d'idoles (I, 11, 8) ; c'est le fondement théorique de l'iconoclasme réformé.

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  5. Sur l'iconoclasme réformé : Andreas Karlstadt, Von Abtuhung der Bylder und das keyn Betdler unther den Christen seyn sollen (De l'abolition des images...), Wittenberg, Nickel Schyrlentz, 1522 ; destructions ou retraits à Wittenberg (janvier-février 1522), Zurich (1523-1524), Bâle (février 1529) et Genève (août 1535 : abolition de la messe et dépouillement des églises ; proclamation officielle de la Réforme le 21 mai 1536) ; aux Pays-Bas, Beeldenstorm d'août 1566 (Steenvoorde, puis Anvers et les Dix-Sept Provinces). Fondement doctrinal : Calvin, Institution, I, XI (voir note précédente). Cf. Joseph Leo Koerner, The Reformation of the Image, University of Chicago Press, 2004, ouvrage de référence sur l'iconoclasme réformé.

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  6. Catéchisme de l'Église catholique, § 2113 : « Il y a idolâtrie dès lors que l'homme honore et révère une créature à la place de Dieu, qu'il s'agisse des dieux ou des démons (par exemple le satanisme), de pouvoir, de plaisir, de la race, des ancêtres, de l'État, de l'argent, etc. [...] L'idolâtrie récuse l'unique Seigneurie de Dieu ; elle est donc incompatible avec la communion divine. »

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  7. Saint Thomas d'Aquin, Somme de théologie, IIa-IIae, q. 94 (De l'idolâtrie), a. 1-4 (trad. fr. Éd. du Cerf, Paris). Thomas y définit l'idolâtrie comme une espèce de superstition : rendre à une créature l'honneur divin (latrie) dû à Dieu seul, et distingue soigneusement l'usage licite des images du culte idolâtrique.

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  8. Livre de l'Exode, 32, 1-6 (spéc. 32, 4 : « Israël, voici tes dieux, qui t'ont fait monter du pays d'Égypte »), traduction liturgique officielle (AELF). Le veau d'or réunit les traits de l'idolâtrie : image fabriquée, déclarée « dieu », créditée de l'œuvre de Dieu, et adorée.

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  9. Catéchisme de l'Église catholique, § 2112, citant le Psaume 115, 4-5.8 (numérotation de la Vulgate reprise par le CEC ; éd. liturgique AELF : Ps 113B) : « idoles, or et argent, œuvres de mains d'hommes », elles qui « ont une bouche et ne parlent pas, des yeux et ne voient pas [...] », et « Qu'ils deviennent comme elles, tous ceux qui les font, ceux qui mettent leur foi en elles » (Ps 115, 8). L'idole est dénoncée comme un faux dieu, impuissant.

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  10. Catéchisme de l'Église catholique, § 2130 : « Cependant, dès l'Ancien Testament, Dieu a ordonné ou permis l'institution d'images qui conduiraient symboliquement au salut par le Verbe incarné : ainsi le serpent d'airain, l'arche d'Alliance et les chérubins. » (Renvois : Nb 21, 4-9 ; Sg 16, 5-14 ; Jn 3, 14-15 ; Ex 25, 10-22 ; 1 R 6, 23-28 ; 7, 23-26.)

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  11. Livre de l'Exode, 25, 18-20, traduction liturgique officielle (AELF). Deux kéroubim d'or placés sur le propitiatoire de l'Arche d'Alliance, sur ordre exprès de Dieu, au cœur même du sanctuaire.

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  12. Livre de l'Exode, 26, 1, traduction liturgique officielle (AELF) : « tu y broderas des kéroubim : ce sera une œuvre d'artiste ». Dieu commande donc aussi des images brodées pour le lieu saint.

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  13. Premier livre des Rois, 6, 23-29, traduction liturgique officielle (AELF). Salomon place dans le Saint des Saints deux chérubins de bois d'olivier de dix coudées (env. 5 m) et fait sculpter sur les murs du Temple des chérubins, des palmiers et des fleurs épanouies — sans encourir aucun reproche d'idolâtrie.

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  14. Livre des Nombres, 21, 8-9, traduction liturgique officielle (AELF). Dieu ordonne à Moïse de fabriquer un serpent de bronze et de le dresser sur un mât ; quiconque, mordu, le regarde, garde la vie. Image sculptée voulue par Dieu et instrument de guérison.

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  15. Évangile selon saint Jean, 3, 14-15, traduction liturgique officielle (AELF). Le Christ fait du serpent d'airain la figure de son élévation sur la Croix, conférant à cette image de l'Ancien Testament une portée typologique christique (cf. CEC § 2130).

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  16. Deuxième livre des Rois, 18, 4, traduction liturgique officielle (AELF). Le roi Ézéchias met en pièces le serpent de bronze de Moïse, devenu objet de culte (« les fils d'Israël brûlaient de l'encens devant lui »), et le nomme par dérision Néhushtan (AELF : Nehoushtane) — « morceau de bronze ». L'abus idolâtrique est condamné, non l'image sacrée en soi.

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  17. Saint Paul, Épître aux Colossiens, 1, 15, traduction liturgique officielle (AELF) : « Il est l'image du Dieu invisible, le premier-né, avant toute créature. » Le Christ est l'image (grec eikôn) parfaite de Dieu.

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  18. Évangile selon saint Jean, 1, 14, traduction liturgique officielle (AELF) : « Et le Verbe s'est fait chair, il a habité parmi nous, et nous avons vu sa gloire. » Le fondement de la légitimité des images chrétiennes.

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  19. Épître aux Hébreux, 1, 3, traduction liturgique officielle (AELF) : « Rayonnement de la gloire de Dieu, expression parfaite de son être, le Fils, qui porte l'univers par sa parole puissante [...] » (la suite du verset : purification des péchés et session à la droite de Dieu). La visibilité du Fils rend représentable ce qui, en Dieu, demeurait invisible.

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  20. Saint Jean Damascène, Trois discours contre ceux qui calomnient les saintes images (Contra imaginum calumniatores orationes tres), I, 16. Texte grec : Patrologia Graeca 94 ; éd. critique B. Kotter, Die Schriften des Johannes von Damaskos, t. III, Berlin-New York, De Gruyter, 1975 (Patristische Texte und Studien 17). Cité ici en traduction française. Passage classique de la défense des icônes : l'Incarnation lève l'ancien interdit de représentation, car le Dieu invisible s'est rendu visible dans la chair ; cf. CEC § 2131.

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  21. Saint Jean Damascène, Trois discours contre ceux qui calomnient les saintes images, I, 4 (même éd. Kotter, t. III ; PG 94) : « Je représente Dieu, l'invisible, non pas en tant qu'invisible, mais en tant qu'il est devenu visible pour nous par la participation à la chair et au sang. » (traduction française).

    22
  22. Catéchisme de l'Église catholique, § 2131 (texte de l'édition de référence vaticane) : « C'est en se fondant sur le mystère du Verbe incarné que le septième Concile œcuménique, à Nicée (en 787), a justifié, contre les iconoclastes, le culte des icônes : celles du Christ, mais aussi celles de la Mère de Dieu, des anges et de tous les saints. En s'incarnant, le Fils de Dieu a inauguré une nouvelle "économie" des images. »

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  23. IIᵉ concile de Nicée (787), septième concile œcuménique, définition (horos) : Denzinger-Hünermann n° 600-601. La formule « l'honneur rendu à l'image remonte au modèle original » est de saint Basile (Sur le Saint-Esprit, 18, 45 ; PG 32, 149C), reprise par le concile (DS 601 ; cf. CEC § 2132) : le concile distingue la « vénération respectueuse » (grec aspasmos kai timêtikê proskynêsis, salut et vénération d'honneur) rendue aux images de l'« adoration véritable » (alêthinê latreia) qui n'est due qu'à la nature divine. Cf. CEC § 2131-2132.

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  24. Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, II-II, q. 84, a. 1. Thomas, citant saint Augustin, établit que le sacrifice est le geste réservé absolument à Dieu : « Qui a jamais eu l'idée d'offrir des sacrifices à un autre qu'à celui qu'on croit ou qu'on imagine être Dieu ? » Le sacrifice est la marque distinctive de l'adoration (latrie).

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  25. Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, II-II, q. 81, a. 3, ad 3, cité par le CEC § 2132 : « Le culte de la religion ne s'adresse pas aux images en elles-mêmes comme des réalités, mais les regarde sous leur aspect propre d'images qui nous conduisent à Dieu incarné. Or le mouvement qui s'adresse à l'image en tant que telle ne s'arrête pas à elle, mais tend à la réalité dont elle est l'image. »

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  26. Saint Grégoire le Grand, seconde lettre à Serenus, évêque de Marseille, Registrum epistularum, XI, 10 (an 600 ; XI, 13 dans la numérotation de la Patrologie latine, t. 77 ; la première lettre sur le même sujet est IX, 209, de juillet 599). Le pape reproche à Serenus d'avoir détruit les images de son diocèse, tout en approuvant qu'il en interdise l'adoration : « Autre chose est d'adorer une peinture, autre chose d'apprendre, par le récit d'une peinture, ce qu'il faut adorer. Car ce que l'écriture offre aux lecteurs, la peinture l'offre aux illettrés qui la regardent. »

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  27. Concile de Trente, session XXV (3-4 décembre 1563), décret De invocatione, veneratione et reliquiis sanctorum, et sacris imaginibus, Denzinger-Hünermann n° 1823. Les images du Christ, de la Vierge et des saints sont conservées et honorées, « non que l'on croie qu'il y ait en elles quelque divinité ou quelque vertu », mais parce que l'honneur qu'on leur rend se rapporte aux modèles qu'elles représentent.

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  28. Catéchisme de l'Église catholique, § 2114 : « La vie humaine s'unifie dans l'adoration de l'Unique. Le commandement d'adorer le seul Seigneur simplifie l'homme et le sauve d'une dispersion infinie. L'idolâtrie est une perversion du sens religieux inné de l'homme. »

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