Chaque dimanche, des millions de chrétiens récitent une phrase qu'ils n'expliqueraient pas forcément : « Je crois à la communion des saints. » C'est l'un des derniers articles du Symbole des Apôtres, le plus ancien résumé de la foi : il y est suivi de la rémission des péchés, de la résurrection de la chair et de la vie éternelle. Mais que veut-il dire au juste ? La communion des saints est l'union spirituelle profonde qui relie entre eux tous les membres de l'Église — les chrétiens de la terre, les âmes en voie de purification et les bienheureux du Ciel — de telle sorte que les biens spirituels de chacun circulent au profit de tous[1].
Le mot « saints » ne désigne donc pas seulement les héros canonisés. Dans le langage du Nouveau Testament, tous les baptisés sont des « saints » — des personnes consacrées à Dieu, sanctifiées par le Christ[2]. La communion des saints, c'est d'abord la communion de ces personnes saintes entre elles, et avec les « choses saintes » qui les unissent : la foi, les sacrements, et par-dessus tout l'Eucharistie[3].
Le Catéchisme de l'Église catholique y consacre dix-sept paragraphes denses (§ 946-962). Il en tire une définition à la fois simple et vertigineuse : « La communion des saints est précisément l'Église »[4]. Autrement dit, ce n'est pas un appendice de la foi catholique : c'est une autre manière de dire ce qu'est l'Église elle-même, vue du côté de la solidarité surnaturelle qui circule entre ses membres.
Cet article répond à la question telle qu'on la pose le plus souvent : qu'est-ce que la communion des saints, et comment cela « fonctionne »-t-il ? Pour la question voisine — peut-on prier les saints, leur demander d'intercéder, et n'est-ce pas de l'idolâtrie ? —, avec la réponse aux objections protestantes, on se reportera au dossier complet La communion des saints et l'intercession.
« Je crois à la communion des saints » : un article du Credo
Pour comprendre la formule, il faut la remettre à sa place. Dans le Symbole des Apôtres, elle ne vient pas isolée : elle suit immédiatement la profession « Je crois à la sainte Église catholique ». Ce voisinage n'est pas un hasard.
Un article qui explicite le précédent
Le Catéchisme ouvre tout son exposé par une remarque décisive : la communion des saints n'ajoute pas une nouvelle vérité après l'Église — elle explique ce qu'est l'Église.
« Après avoir confessé "la sainte Église catholique", le Symbole des apôtres ajoute "la communion des saints". Cet article est, d'une certaine façon, une explicitation du précédent : "Qu'est-ce que l'Église sinon l'assemblée de tous les saints ?" La communion des saints est précisément l'Église. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 946[5]
La question « Qu'est-ce que l'Église sinon l'assemblée de tous les saints ? » n'est pas du Catéchisme : elle est citée d'un évêque du IVᵉ siècle, saint Nicétas de Remesiana, dans son commentaire du Credo[6]. Dès l'origine, on a donc compris la communion des saints comme le cœur vivant de l'Église : non pas une institution juridique, mais une communauté de personnes unies par la grâce.
D'où vient la formule ? Une très brève histoire
La phrase « communion des saints » (communio sanctorum) n'a pas toujours figuré dans le Credo. Les plus anciennes formes du Symbole — comme le vieux Symbole romain — ne la contiennent pas. Elle apparaît dans les sources latines au tournant du Vᵉ siècle, et saint Nicétas de Remesiana en offre la plus ancienne attestation connue, autour de l'an 400[7]. Elle s'est ensuite généralisée dans le Credo reçu par l'Occident, celui que l'on récite aujourd'hui.
- Avant l'an 400Le vieux Symbole romain
Les formes les plus anciennes du Symbole des Apôtres — dont le Symbole romain (vetus symbolum romanum) — professent « la sainte Église » mais ne contiennent pas encore l'expression « communion des saints »[8].
- vers 400Saint Nicétas de Remesiana
Dans son Explicatio Symboli, l'évêque Nicétas commente la « communio sanctorum » : c'est la plus ancienne attestation conservée de la formule dans une exposition du Credo[9].
- Vᵉ-VIIIᵉ siècleDiffusion dans le Credo latin
L'article entre durablement dans le texte reçu du Symbole des Apôtres en Occident, à la suite de « je crois à la sainte Église catholique ».
- 1566Le Catéchisme romain
Après le concile de Trente, le Catéchisme romain (Catéchisme du concile de Trente) consacre un développement classique à la communion des saints, abondamment repris ensuite[10].
- 1992Le Catéchisme de l'Église catholique
Le CEC rassemble toute la doctrine aux § 946-962, en synthétisant l'Écriture, les Pères, saint Thomas d'Aquin et le concile Vatican II (Lumen Gentium 49-51).
Cette histoire dit quelque chose d'important : la communion des saints n'est pas une invention médiévale ni une dévotion tardive. C'est une donnée apostolique, formulée dès l'Église ancienne, et que le Credo a fini par énoncer en propres termes.
Le double sens : « sancta » et « sancti »
Voici la clé de tout l'article, et la distinction que le Catéchisme met au premier plan. L'expression « communion des saints » a, en latin, deux sens étroitement liés, parce que le mot sanctorum peut être un neutre (les choses saintes) ou un masculin (les personnes saintes).
« Le terme "communion des saints" a dès lors deux significations, étroitement liées : "communion aux choses saintes, sancta" et "communion entre les personnes saintes, sancti". » — Catéchisme de l'Église catholique, § 948[11]
Les deux sens ne s'opposent pas : ils s'appellent l'un l'autre. On devient une communauté de personnes saintes (sancti) précisément en communiant aux mêmes choses saintes (sancta). Le partage des biens divins fait l'unité des personnes.
La communion « aux choses saintes » (sancta)
Le premier sens est objectif : les chrétiens ont en commun les réalités saintes qui viennent de Dieu — la foi reçue des apôtres, la grâce, les sacrements, et avant tout l'Eucharistie. Le Catéchisme précise que ce sens est même premier :
« L'Église est "communion des saints" : cette expression désigne d'abord les "choses saintes" (sancta), et avant tout l'Eucharistie, par laquelle "est représentée et réalisée l'unité des fidèles qui, dans le Christ, forment un seul Corps". » — Catéchisme de l'Église catholique, § 960[12]
La communion « entre les personnes saintes » (sancti)
Le second sens est celui auquel on pense d'abord : la communion des personnes. Tous ceux qui sont sanctifiés par le Christ — sur la terre, au purgatoire, au Ciel — forment une seule communauté.
« Ce terme désigne aussi la communion des "personnes saintes" (sancti) dans le Christ qui est "mort pour tous", de sorte que ce que chacun fait ou souffre dans et pour le Christ porte du fruit pour tous. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 961[13]
« Sancta sanctis » : la racine eucharistique
La liaison des deux sens a une expression liturgique très ancienne. Dans la plupart des liturgies orientales, au moment d'élever les saints Dons avant la communion, le célébrant proclame : « Sancta sanctis ! » — « Les choses saintes pour les saints »[14]. Les fidèles (sancti) sont nourris du Corps et du Sang du Christ (sancta) afin de grandir dans la communion de l'Esprit Saint et de la rayonner dans le monde. L'Eucharistie est donc à la fois la source et le sommet de la communion des saints : c'est elle qui, en unissant chacun au Christ, unit tous les membres entre eux.
Les biens spirituels mis en commun
Une fois posé le double sens, le Catéchisme déplie le contenu concret de cette communion : qu'est-ce que les membres de l'Église partagent réellement ? Le point de départ est l'image que saint Paul, puis saint Thomas d'Aquin, donnent de l'Église : un seul corps dont les membres se communiquent leurs biens.
« Puisque tous les croyants forment un seul corps, le bien des uns est communiqué aux autres… Il faut de la sorte croire qu'il existe une communion des biens dans l'Église. Mais le membre le plus important est le Christ, puisqu'Il est la tête… Ainsi, le bien du Christ est communiqué à tous les membres, et cette communication se fait par les sacrements de l'Église. » — Saint Thomas d'Aquin, Commentaire du Symbole des apôtres, art. 10, cité au § 947[15]
Le Catéchisme énumère alors cinq biens que les chrétiens mettent en commun, en suivant le portrait de la première communauté de Jérusalem, dont les disciples « se montraient assidus à l'enseignement des apôtres, fidèles à la communion fraternelle, à la fraction du pain et aux prières » (Ac 2, 42)[16].
La communion dans la foi
Le premier bien partagé est la foi elle-même. Elle n'est jamais une opinion privée : « la foi des fidèles est la foi de l'Église reçue des apôtres, trésor de vie qui s'enrichit en étant partagé »[17]. On ne croit pas seul ; on croit avec et dans l'Église, et plus on transmet la foi, plus elle se déploie.
La communion des sacrements
Le deuxième bien est sacramentel. Les sacrements, et d'abord le Baptême, sont « autant de liens sacrés qui les unissent tous et les attachent à Jésus-Christ »[18]. Le Catéchisme romain, repris par le CEC, va jusqu'à dire que « la communion des saints, c'est la communion des sacrements », et que ce nom convient « mieux à l'Eucharistie qu'à tout autre »[19].
La communion des charismes
Le troisième bien, ce sont les charismes — les grâces particulières que l'Esprit distribue « parmi les fidèles de tous ordres » pour l'édification de l'Église[20]. Ils ne sont jamais donnés pour soi : « à chacun la manifestation de l'Esprit est donnée en vue du bien commun » (1 Co 12, 7)[21]. Le don de l'un est, par destination, un don pour tous.
La communion des biens
Le quatrième bien est très concret. À l'image des premiers chrétiens qui « mettaient tout en commun » (Ac 4, 32), le Catéchisme romain rappelle que « tout ce que le vrai chrétien possède, il doit le regarder comme un bien qui lui est commun avec tous », prêt à secourir l'indigence du prochain[22]. La communion des saints a donc une face caritative et sociale : elle engage le partage matériel autant que spirituel.
La communion de la charité
Le cinquième bien est le cœur de tous les autres : la charité. C'est elle qui fait circuler le reste, parce qu'elle ne se referme jamais sur elle-même.
« Dans la sanctorum communio "nul d'entre nous ne vit pour soi-même, comme nul ne meurt pour soi-même" (Rm 14, 7). "Un membre souffre-t-il ? tous les membres souffrent avec lui. Un membre est-il à l'honneur ? tous les membres prennent part à sa joie"… Le moindre de nos actes fait dans la charité retentit au profit de tous… Tout péché nuit à cette communion. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 953[23]
Cette dernière phrase est capitale. Elle dit que la communion des saints n'est pas une consolation poétique mais une réalité agissante : nos actes de charité, même les plus cachés, profitent réellement à tout le Corps ; et nos péchés, à l'inverse, le blessent réellement. Rien, dans la vie chrétienne, n'est purement privé.
Les trois états de l'Église : une seule famille
Si les biens spirituels circulent entre les membres, jusqu'où va cette circulation ? Jusqu'au-delà de la mort. C'est ici que la communion des saints prend toute son ampleur. Le Catéchisme distingue trois « états » de l'Église, qui ne sont pas trois Églises mais une seule, à trois conditions différentes.
« En attendant que le Seigneur soit venu dans sa majesté… les uns parmi ses disciples continuent sur terre leur pèlerinage ; d'autres, ayant achevé leur vie, se purifient encore ; d'autres enfin sont dans la gloire, contemplant "dans la pleine lumière, tel qu'il est, le Dieu un en trois Personnes". » — Concile Vatican II, Lumen Gentium 49, cité au § 954[24]
La tradition a donné des noms à ces trois états. Ils ne sont pas dans le Catéchisme sous cette forme imagée, mais ils résument fidèlement sa doctrine.
| État de l'Église | Nom traditionnel | Où sont ces membres | Ce qu'ils vivent |
|---|---|---|---|
| L'Église qui chemine | Église militante | Sur la terre | Le pèlerinage de la foi, le combat spirituel |
| L'Église qui se purifie | Église souffrante | Au purgatoire | La purification avant la pleine communion avec Dieu |
| L'Église dans la gloire | Église triomphante | Au Ciel | La vision de Dieu « tel qu'il est », la béatitude |
Le mot « militante » n'a rien de guerrier au sens moderne : il désigne l'Église « en service actif », encore en chemin et au combat contre le péché. Voyons brièvement les trois.
L'Église qui chemine (militante)
C'est nous : les baptisés encore en vie, « pèlerins sur la terre ». Notre état est celui du chemin et du combat, où la foi n'est pas encore vision. C'est aussi l'état où l'on peut encore mériter, prier et se convertir — ce que les défunts, eux, ne peuvent plus faire pour eux-mêmes.
L'Église qui se purifie (souffrante)
Ce sont les âmes du purgatoire : sauvées, certaines d'aller au Ciel, mais qui « se purifient encore » avant d'y entrer pleinement[25]. Loin d'être coupées de nous, elles restent membres du même Corps. C'est précisément pourquoi l'Église, « dès les premiers temps du christianisme », prie pour ses morts :
« Reconnaissant dès l'abord cette communion qui existe à l'intérieur de tout le corps mystique de Jésus-Christ, l'Église en ses membres qui cheminent sur terre a entouré de beaucoup de piété la mémoire des défunts… en offrant aussi pour eux ses suffrages ; car "la pensée de prier pour les morts, afin qu'ils soient délivrés de leurs péchés, est une pensée sainte et pieuse" (2 M 12, 45). » — Concile Vatican II, Lumen Gentium 50, cité au § 958[26]
Sur ce point, voir Pourquoi prier pour les morts ? et Que dit l'Église sur le purgatoire ?.
L'Église dans la gloire (triomphante)
Ce sont les bienheureux du Ciel — la Vierge Marie, les anges et tous les saints, connus ou inconnus —, qui voient Dieu face à face. Plus intimement unis au Christ, ils n'en sont que plus proches de nous :
« Étant en effet plus intimement liés avec le Christ, les habitants du ciel contribuent à affermir plus solidement l'Église en sainteté… Ils ne cessent d'intercéder pour nous auprès du Père… Ainsi leur sollicitude fraternelle est du plus grand secours pour notre infirmité. » — Concile Vatican II, Lumen Gentium 49, cité au § 956[27]
C'est cette intimité que sainte Thérèse de Lisieux exprimait sur son lit de mort, en refusant de concevoir le Ciel comme un départ loin de la terre :
« Je veux passer mon Ciel à faire du bien sur la terre… jusqu'à la fin du monde. » — Sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus, Derniers Entretiens, 17 juillet 1897[28]
Pourquoi cette communion « tient » : le Corps mystique
Qu'est-ce qui garantit que ces trois états forment vraiment une seule Église, et non trois mondes séparés ? La réponse est le Christ-Tête. Tous les états sont unis parce qu'ils sont reliés à la même tête et vivifiés par le même Esprit :
« Tous… nous communions dans la même charité envers Dieu et envers le prochain… En effet, tous ceux qui sont du Christ et possèdent son Esprit constituent une seule Église et se tiennent mutuellement comme un tout dans le Christ. » — Concile Vatican II, Lumen Gentium 49, cité au § 954[29]
L'image de fond est celle du Corps mystique du Christ développée par saint Paul (1 Co 12) : un seul corps, plusieurs membres, une seule tête. La communion des saints en est la traduction surnaturelle. Sur cette image, voir Qu'est-ce que le Corps mystique du Christ ?.
Comment les membres communiquent entre eux
La communion des saints n'est pas un état passif : c'est un échange réel de secours spirituels entre les trois états. Le Catéchisme le résume d'une formule remarquable à propos des défunts : « Notre prière pour eux peut non seulement les aider, mais aussi rendre efficace leur intercession en notre faveur »[30]. La circulation est donc à double sens.
Les bienheureux intercèdent pour nous
Les saints du Ciel ne sont pas spectateurs. Ils « ne cessent d'intercéder pour nous auprès du Père »[31]. Les vénérer n'est pas leur rendre un culte qui reviendrait à Dieu seul : c'est « renforcer l'union de toute l'Église dans l'Esprit »[32]. Saint Polycarpe le disait déjà au IIᵉ siècle :
« Le Christ, nous l'adorons, parce qu'il est le Fils de Dieu ; quant aux martyrs, nous les aimons comme disciples et imitateurs du Seigneur… puissions-nous, nous aussi, être leurs compagnons et leurs condisciples. » — Martyre de saint Polycarpe, 17, cité au § 957[33]
La distinction décisive — adorer Dieu seul (latrie) mais vénérer les saints (dulie) —, ainsi que la réponse à l'objection « il n'y a qu'un seul médiateur » (1 Tm 2, 5), sont traitées en détail dans le dossier La communion des saints et l'intercession et dans les articles Faut-il prier les saints ? et Pourquoi demander l'intercession des saints ?.
Nous prions pour les défunts
Inversement, l'Église de la terre soulage l'Église souffrante par sa prière, ses aumônes et ses indulgences (CEC § 958 ; § 1471). C'est l'autre versant de la même solidarité : ce que les défunts ne peuvent plus mériter pour eux-mêmes, nous pouvons l'obtenir pour eux. Les saints du Ciel peuvent-ils vraiment nous entendre ? La question est traitée dans Les saints peuvent-ils nous entendre ?.
Ce que la communion des saints n'est PAS
Trois malentendus reviennent régulièrement. Les écarter permet de saisir, par contraste, ce qu'elle est vraiment.
Ce n'est pas du spiritisme
Prier pour les morts ou demander l'intercession d'un saint n'a rien à voir avec le spiritisme ou l'évocation des défunts. Le Catéchisme condamne fermement « l'évocation des morts » et toutes les pratiques divinatoires qui cherchent à « dévoiler l'avenir » ou à capter des puissances cachées[34]. Il avertit aussi explicitement les fidèles contre le spiritisme, « qui implique souvent des pratiques divinatoires ou magiques »[35].
La différence est de nature, pas de degré. Le spiritisme prétend convoquer les morts et maîtriser l'invisible pour en tirer un savoir ou un pouvoir. La communion des saints, à l'inverse, ne convoque personne : elle demande — comme on demande à un frère de prier pour soi —, et tout passe par le Christ unique médiateur, dans la prière et l'abandon, jamais dans la manipulation. L'une cherche à prendre ; l'autre se reçoit.
Ce n'est pas de l'idolâtrie
Honorer les saints, leur demander de prier pour nous, vénérer leurs images : rien de cela ne détourne vers une créature le culte dû à Dieu seul. L'Église distingue rigoureusement l'adoration (latrie), réservée à Dieu, de la vénération (dulie) rendue aux saints. L'objection de l'idolâtrie — souvent appuyée sur 1 Tm 2, 5 ou sur l'interdit des images — est examinée et réfutée en détail dans La communion des saints et l'intercession, ainsi que dans Les statues sont-elles de l'idolâtrie ? et Les catholiques adorent-ils Marie ?.
Ce n'est pas une fusion qui dissout les personnes
Enfin, la communion des saints n'est pas une fusion mystique où les personnes se dissoudraient dans un grand Tout impersonnel, comme dans certaines spiritualités orientales. C'est tout le contraire. Plus l'union est profonde, plus les personnes sont elles-mêmes : Marie reste Marie, chaque saint garde son visage et son histoire. L'image n'est pas la goutte d'eau dans l'océan, mais la famille — où l'unité grandit avec la distinction des membres :
« Lorsque la charité mutuelle et la louange unanime de la Très Sainte Trinité nous font communier les uns aux autres, nous tous, fils de Dieu qui ne faisons dans le Christ qu'une seule famille, nous répondons à la vocation profonde de l'Église. » — Concile Vatican II, Lumen Gentium 51, cité au § 959[36]
Pour aller plus loin
La communion des saints n'est pas une dévotion accessoire : c'est l'une des vérités les plus consolantes du Credo. Elle affirme que la mort ne brise pas l'Église, que la charité est plus forte que la séparation, et qu'aucun acte de foi, d'amour ou de souffrance offert dans le Christ n'est jamais perdu pour les autres. Le pape Paul VI l'a résumée dans le Credo du Peuple de Dieu :
« Nous croyons à la communion de tous les fidèles du Christ, de ceux qui sont pèlerins sur la terre, des défunts qui achèvent leur purification, des bienheureux du ciel, tous ensemble formant une seule Église ; et nous croyons que dans cette communion l'amour miséricordieux de Dieu et de ses saints est toujours à l'écoute de nos prières. » — Paul VI, Credo du Peuple de Dieu, 30 juin 1968[37]
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- Pourquoi prier pour les morts ? et Que dit l'Église sur le purgatoire ? — la solidarité avec l'Église souffrante.
- Qu'est-ce qu'une indulgence ? — l'application des biens du « trésor de l'Église » aux vivants et aux défunts.
Sources principales
- Catéchisme de l'Église catholique, § 946-962 (texte officiel sur vatican.va) et § 2116-2117 (spiritisme et divination).
- Concile Vatican II, constitution dogmatique Lumen Gentium (1964), chap. VII, n° 49-51.
- Catéchisme romain (Catéchisme du concile de Trente, 1566), Iʳᵉ partie, chap. 10, De la communion des saints.
- Saint Thomas d'Aquin, In Symbolum Apostolorum expositio, art. 10.
- Paul VI, Solennelle profession de foi (Credo du Peuple de Dieu), 30 juin 1968, n° 30.
- Image d'Infobox : Fra Angelico, Le Jugement dernier, détail des élus et des saints, Wikimedia Commons, domaine public.
Notes et références
Catéchisme de l'Église catholique (CEC), § 946, Iʳᵉ partie, section 2, chap. 3, art. 9, paragraphe 5 « La communion des saints ». La citation interne « Qu'est-ce que l'Église sinon l'assemblée de tous les saints ? » est de saint Nicétas de Remesiana, Explicatio Symboli 10 (PL 52, 871B). Texte officiel sur vatican.va.
1 4 5Sur l'emploi néotestamentaire de « saints » (grec hagioi) pour désigner l'ensemble des baptisés, voir notamment Rm 1, 7 ; 1 Co 1, 2 ; Ep 1, 1 ; Ph 1, 1, où saint Paul s'adresse à « tous les saints » d'une communauté locale. Le mot désigne d'abord des personnes consacrées à Dieu et sanctifiées par le Christ, avant de désigner par excellence les bienheureux du Ciel.
2Catéchisme de l'Église catholique, § 948, sur le double sens sancta (choses saintes) / sancti (personnes saintes) et l'acclamation orientale « Sancta sanctis ! » (« Ce qui est saint pour ceux qui sont saints ») à l'élévation des saints Dons avant la communion. Texte officiel sur vatican.va.
3 11 14Saint Nicétas de Remesiana (vers 335 – vers 414), évêque de Remesiana en Dacie, Explicatio Symboli (Explication du Symbole), chap. 10 (PL 52, 871B). Son commentaire du Credo contient la plus ancienne attestation conservée de l'expression « communio sanctorum » dans une exposition du Symbole, autour de l'an 400 — aucune occurrence antérieure n'est documentée. Voir A. E. Burn, Niceta of Remesiana: His Life and Works, Cambridge University Press, 1905. Les formes plus anciennes du Symbole, dont le vieux Symbole romain, ne comportaient pas encore cet article.
6 7 8 9Catéchisme romain (Catechismus ex decreto Concilii Tridentini ad parochos, dit Catéchisme du concile de Trente), promulgué sous saint Pie V en 1566, Iʳᵉ partie, chap. 10, consacré à l'article « la communion des saints ». Les § 947, 950 et 952 du CEC en citent directement des extraits (Catech. R. 1, 10, 24 et 1, 10, 27).
10Catéchisme de l'Église catholique, § 960, section « En bref » : la communion des saints désigne « d'abord les choses saintes (sancta), et avant tout l'Eucharistie », citant Lumen Gentium 3. Texte officiel sur vatican.va.
12Catéchisme de l'Église catholique, § 961, section « En bref » : la communion des « personnes saintes » (sancti) dans le Christ « mort pour tous ». Texte officiel sur vatican.va.
13Catéchisme de l'Église catholique, § 947, citant saint Thomas d'Aquin, In Symbolum Apostolorum expositio (Commentaire du Symbole des apôtres), art. 10 (référencé S. Thomas d'A., symb. 13 par le CEC), ainsi que le Catéchisme romain I, 10, 24 (« Comme cette Église est gouvernée par un seul et même Esprit, tous les biens qu'elle a reçus deviennent nécessairement un fonds commun »). Texte officiel sur vatican.va.
15Catéchisme de l'Église catholique, § 949, sur la communion dans la foi, à partir d'Ac 2, 42 (« assidus à l'enseignement des apôtres, fidèles à la communion fraternelle, à la fraction du pain et aux prières »). Texte officiel sur vatican.va.
16 17Catéchisme de l'Église catholique, § 950, sur la communion des sacrements, citant le Catéchisme romain I, 10, 24 : « La communion des saints, c'est la communion des sacrements… ce nom convient mieux à l'Eucharistie qu'à tout autre, parce que c'est elle principalement qui consomme cette communion. » Texte officiel sur vatican.va.
18 19Catéchisme de l'Église catholique, § 951, sur la communion des charismes, citant Lumen Gentium 12 et 1 Co 12, 7 (« à chacun la manifestation de l'Esprit est donnée en vue du bien commun »). Texte officiel sur vatican.va.
20 21Catéchisme de l'Église catholique, § 952, sur la communion des biens, à partir d'Ac 4, 32 (« ils mettaient tout en commun ») et du Catéchisme romain I, 10, 27. Texte officiel sur vatican.va.
22Catéchisme de l'Église catholique, § 953, sur la communion de la charité, citant Rm 14, 7 et 1 Co 12, 26-27 (« Un membre souffre-t-il ? tous les membres souffrent avec lui ») ainsi que 1 Co 13, 5. Conclusion : « Le moindre de nos actes fait dans la charité retentit au profit de tous… Tout péché nuit à cette communion. » Texte officiel sur vatican.va.
23Catéchisme de l'Église catholique, § 954, citant la constitution dogmatique Lumen Gentium 49 (concile Vatican II, 21 novembre 1964) sur les trois états de l'Église : les disciples qui « continuent sur terre leur pèlerinage », ceux qui « se purifient encore », et ceux qui « sont dans la gloire ». Texte officiel sur vatican.va.
24 25 29Catéchisme de l'Église catholique, § 958, citant Lumen Gentium 50 et 2 M 12, 45 (« la pensée de prier pour les morts, afin qu'ils soient délivrés de leurs péchés, est une pensée sainte et pieuse »). Le § 958 ajoute : « Notre prière pour eux peut non seulement les aider, mais aussi rendre efficace leur intercession en notre faveur. » Texte officiel sur vatican.va.
26 30Catéchisme de l'Église catholique, § 956, citant Lumen Gentium 49 sur l'intercession des saints du Ciel : « Ils ne cessent d'intercéder pour nous auprès du Père, offrant les mérites qu'ils ont acquis sur terre par l'unique Médiateur… le Christ Jésus. » Texte officiel sur vatican.va.
27 31Sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus (1873-1897), parole rapportée par sa sœur Mère Agnès de Jésus (Pauline Martin) dans le Carnet jaune, Derniers Entretiens, à la date du 17 juillet 1897 : « Je veux passer mon Ciel à faire du bien sur la terre… jusqu'à la fin du monde. » Éd. du Cerf / Desclée de Brouwer, Œuvres complètes, Paris, 1992.
28Catéchisme de l'Église catholique, § 957, citant Lumen Gentium 50 et le Martyre de saint Polycarpe 17 (vers 156-167) : « Le Christ, nous l'adorons… quant aux martyrs, nous les aimons comme disciples et imitateurs du Seigneur. » La vénération des saints vise à « renforcer l'union de toute l'Église dans l'Esprit ». Texte officiel sur vatican.va.
32 33Catéchisme de l'Église catholique, § 2116, IIIᵉ partie, sur le premier commandement : « Toutes les formes de divination sont à rejeter : recours à Satan ou aux démons, évocation des morts ou autres pratiques supposées à tort "dévoiler" l'avenir. » Texte officiel sur vatican.va.
34Catéchisme de l'Église catholique, § 2117, sur la magie et la sorcellerie : « Le spiritisme implique souvent des pratiques divinatoires ou magiques. Aussi l'Église met-elle en garde les fidèles contre lui. » Texte officiel sur vatican.va.
35Catéchisme de l'Église catholique, § 959, citant Lumen Gentium 51 : l'Église comme « une seule famille » dans le Christ. Texte officiel sur vatican.va.
36Paul VI (Giovanni Battista Montini, pape 1963-1978), Solennelle profession de foi, dite Credo du Peuple de Dieu, prononcée le 30 juin 1968 à la clôture de l'Année de la foi, n° 30. Citée par le CEC § 962. Texte officiel sur vatican.va.
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