On parle volontiers d'un « moment de grâce », d'une lumière reçue au milieu d'une épreuve, d'une force inattendue qui nous a fait pardonner ou résister. Le langage chrétien désigne ces secours intérieurs par une expression précise : la grâce actuelle. Mais qu'est-ce, au juste, qu'une grâce actuelle ? Beaucoup confondent la grâce avec un vague sentiment religieux, ou la réduisent à l'état de l'âme « en règle » avec Dieu. La réalité est plus fine — et plus consolante.
Pour l'Église catholique, la grâce actuelle est un secours surnaturel et passager que Dieu accorde à l'âme pour qu'elle pose un acte salutaire : croire, se repentir, résister à une tentation, accomplir un acte de charité. Le Catéchisme de l'Église catholique la définit comme l'une des deux grandes formes de la grâce, par opposition à la grâce habituelle :
« On distinguera la grâce habituelle, disposition permanente à vivre et à agir selon l'appel divin, et les grâces actuelles qui désignent les interventions divines soit à l'origine de la conversion, soit au cours de l'œuvre de la sanctification. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 2000[1]
Tout est dans ce mot : intervention. La grâce actuelle n'est pas un avoir, mais un acte ; non un état que l'on possède, mais un mouvement que Dieu opère en nous et qui passe une fois son effet obtenu. C'est elle qui touche le cœur du pécheur loin de Dieu, et c'est encore elle qui soutient le juste à chaque pas de sa route. Sans elle, selon la doctrine catholique, l'homme ne peut ni commencer ni achever la moindre œuvre du salut.
Cet article répond à la question telle qu'on la pose le plus souvent : qu'est-ce qu'une grâce actuelle, comment agit-elle, pourquoi en avons-nous besoin, et comment y coopérer ? Pour la vie divine permanente reçue au baptême, on se reportera au dossier frère Qu'est-ce que la grâce sanctifiante ? ; pour une approche plus simple et imagée du mot « grâce », à Comment expliquer la grâce simplement ?.
Une définition : « le secours gratuit que Dieu nous donne »
Avant de distinguer ses formes, il faut saisir ce qu'est la grâce tout court. Le mot lui-même oriente : grâce vient du latin gratia, qui dit la faveur gratuite, le don non dû. La grâce n'est jamais un salaire ; elle est toujours un cadeau.
La grâce, faveur et secours
Le Catéchisme part de cette gratuité radicale :
« La grâce est la faveur, le secours gratuit que Dieu nous donne pour répondre à son appel : devenir enfants de Dieu, fils adoptifs, participants de la divine nature, de la vie éternelle. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 1996[2]
Deux mots se détachent : faveur et secours. Quand la grâce s'installe en nous comme un état stable — la vie divine reçue au baptême —, on insiste sur le mot faveur, sur l'amitié rétablie avec Dieu. Quand elle nous est donnée comme une aide ponctuelle pour agir ici et maintenant, on insiste sur le mot secours : c'est précisément la grâce actuelle. L'« en bref » du Catéchisme le résume d'un trait : « La grâce est le secours que Dieu nous donne pour répondre à notre vocation de devenir ses fils adoptifs »[3].
Pourquoi « actuelle » ?
L'adjectif actuelle ne signifie pas « d'aujourd'hui » ni « à la mode ». Il vient du latin actus, l'acte. La grâce actuelle est la grâce ordonnée à un acte : elle est donnée en vue d'une action précise, le temps de cette action, puis elle cesse. Saint Thomas d'Aquin a fixé cette distinction au cœur de son traité sur la grâce. La grâce, dit-il, se prend de deux façons :
« La grâce peut être comprise de deux manières : premièrement, comme une aide divine qui nous meut à bien vouloir et à bien agir ; deuxièmement, comme un don habituel divinement infusé en nous. » — Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, Iᵃ-IIᵃᵉ, q. 110, a. 2[4]
La première — « l'aide divine qui nous meut » — est la grâce actuelle : un mouvement, une motion passagère de Dieu sur nos facultés. La seconde — « un don habituel infusé » — est la grâce habituelle ou sanctifiante : une qualité stable qui demeure dans l'âme. Mouvement contre état ; impulsion contre vie : telle est la ligne de partage.
Grâce actuelle et grâce sanctifiante : ne pas les confondre
L'image la plus parlante est celle de la vie et du souffle. La grâce sanctifiante est comme la vie : un état permanent, qui demeure même quand je dors. La grâce actuelle est comme un souffle ou un coup de rame : une impulsion qui me met en mouvement à tel instant, puis passe. L'une fait de moi un enfant de Dieu ; l'autre me fait agir en enfant de Dieu.
Les deux sont intimement liées, et c'est ce lien qui empêche d'opposer les deux grâces comme deux mondes. C'est par une série de grâces actuelles que Dieu prépare et conduit le pécheur jusqu'à recevoir, au baptême ou à la confession, la grâce sanctifiante ; et c'est encore par des grâces actuelles qu'il soutient ensuite l'âme déjà sainte pour qu'elle agisse et progresse. « La préparation de l'homme à l'accueil de la grâce est déjà une œuvre de la grâce », rappelle le Catéchisme[5].
| Grâce sanctifiante (habituelle) | Grâce actuelle | |
|---|---|---|
| Nature | Un état, une qualité permanente de l'âme | Un mouvement, une motion passagère |
| Durée | Stable, demeure tant qu'on ne pèche pas mortellement | Transitoire : donnée pour un acte, puis cesse |
| Effet | Rend l'âme participante de la nature divine | Aide à poser un acte salutaire précis |
| Image | La vie, un lac | Le souffle, un coup de rame |
| Reçue par | Le baptême et les sacrements | Une inspiration, une lumière, une impulsion intérieure |
Le présent article porte uniquement sur la grâce actuelle. La nature de la vie divine permanente — la réalité créée dans l'âme, l'organisme des vertus et des dons, l'inhabitation de la Trinité — est traitée dans le dossier Qu'est-ce que la grâce sanctifiante ?.
Ce que fait la grâce actuelle : éclairer l'intelligence, mouvoir la volonté
Si la grâce actuelle est une motion, sur quoi agit-elle ? La réponse classique de la théologie est limpide : elle agit sur les deux facultés par lesquelles l'homme se porte au bien, l'intelligence et la volonté. Elle illumine l'une et fortifie l'autre.
Éclairer l'intelligence
Avant d'agir, il faut voir. La grâce actuelle commence souvent par une lumière : elle fait comprendre une vérité jusque-là restée morte, fait paraître odieux un péché qui semblait anodin, fait entrevoir la beauté d'un appel. Le concile de Trente, décrivant le premier mouvement de la conversion, parle de Dieu « touchant le cœur de l'homme par l'illumination de l'Esprit Saint »[6]. Le concile d'Orange disait déjà, contre ceux qui croyaient pouvoir trouver Dieu par leurs seules forces, que nul ne peut consentir à l'Évangile « sans l'illumination et l'inspiration du Saint-Esprit »[7]. C'est cette lumière intérieure qui, sur le chemin de Damas, terrasse Saul de Tarse et fait d'un persécuteur l'apôtre Paul.
Mouvoir la volonté
Voir ne suffit pas : il faut vouloir et faire. La grâce actuelle agit donc aussi sur la volonté, qu'elle incline et fortifie pour qu'elle se porte effectivement au bien. Saint Paul l'a dit d'une formule décisive, que toute la théologie de la grâce médite :
« Car c'est Dieu qui opère en vous le vouloir et le faire, selon son bon plaisir. » — Saint Paul, Lettre aux Philippiens 2, 13[8]
Le vouloir et le faire : Dieu n'attend pas que l'homme se décide pour l'aider ensuite à exécuter ; il est à l'œuvre dès la racine, dans le vouloir lui-même. Saint Augustin commentait : Dieu « commence en faisant en sorte, par son opération, que nous voulions ; il achève, en coopérant avec nos vouloirs déjà convertis »[9]. La grâce ne se contente donc pas d'éclairer un chemin : elle donne la force d'y marcher.
« Sans moi, vous ne pouvez rien faire »
Pourquoi ce double secours est-il nécessaire ? Parce que l'acte salutaire — l'acte qui mène à la vie éternelle — dépasse, par nature, les forces de l'homme blessé par le péché. Le Christ l'a dit sans détour, dans l'allégorie de la vigne :
« Je suis la vigne, vous êtes les sarments. Celui qui demeure en moi, et moi en lui, porte beaucoup de fruit ; car sans moi vous ne pouvez rien faire. » — Jésus, Évangile selon saint Jean 15, 5[10]
Rien : non pas « peu », mais rien dans l'ordre du salut. Saint Paul tire la même conclusion : « Ce n'est pas que nous soyons par nous-mêmes capables de concevoir quelque chose comme venant de nous ; mais notre capacité vient de Dieu »[11]. Et encore, parlant de tout ce qu'il a accompli : « Par la grâce de Dieu, je suis ce que je suis »[12]. Ces trois textes — Jean 15, 5 ; 2 Corinthiens 3, 5 ; 1 Corinthiens 15, 10 — forment l'ossature scripturaire de toute la doctrine catholique de la grâce actuelle. Ils reviendront comme un refrain dans les conciles.
Pourquoi en a-t-on besoin ? La leçon de la crise pélagienne
La nécessité de la grâce actuelle n'a pas toujours été comprise. Elle s'est imposée à l'Église au prix d'une crise majeure, au début du Vᵉ siècle : la controverse pélagienne. C'est là que la doctrine s'est précisée, et l'histoire en éclaire l'enjeu.
Pélage : l'homme se sauverait par ses propres forces
Pélage, moine breton actif à Rome puis en Afrique, enseignait que l'homme, par la seule force de sa nature et de sa volonté libre, pouvait accomplir le bien, éviter le péché et mériter le salut ; la grâce n'était pour lui qu'une aide extérieure — la loi, l'exemple du Christ, le pardon des péchés — facilitant un effort qui restait, au fond, à la portée de l'homme. C'était nier que l'homme ait besoin d'un secours intérieur pour vouloir et faire le bien surnaturel. Derrière une apparence d'exigence morale, cette doctrine vidait la Croix de sa nécessité : si l'homme peut se sauver lui-même, le Christ devient un modèle, non un Sauveur.
Augustin, le « Docteur de la grâce »
Contre Pélage se dressa saint Augustin (354-430), évêque d'Hippone, que la postérité a surnommé pour cela le Doctor gratiae, le « Docteur de la grâce »[13]. Converti lui-même par une grâce foudroyante — « Prends et lis » — il savait d'expérience que la volonté humaine, livrée à elle-même, est captive, et qu'elle ne se libère que touchée d'en haut. Il distingua le secours « sans lequel » on ne peut rien (adjutorium sine quo non) et le secours « par lequel » on agit effectivement (adjutorium quo) ; il forgea la distinction de la grâce opérante et coopérante ; et il fixa le principe que l'Église ne quittera plus :
« Dieu, en coopérant, achève ce qu'il a commencé en opérant : car il commence en faisant en sorte que nous voulions, et il achève en coopérant avec ceux qui veulent déjà. » — Saint Augustin, La grâce et le libre arbitre, 17[14]
Augustin n'a pas, pour autant, nié la liberté : il a écrit La grâce et le libre arbitre précisément pour tenir les deux ensemble. La grâce ne supprime pas la volonté ; elle la guérit et la rend libre pour le bien.
Le concile d'Orange (529) : on ne peut même pas commencer à croire sans la grâce
L'Église a fait sienne la doctrine d'Augustin lors du deuxième concile d'Orange, en 529, qui condamna non seulement le pélagianisme mais aussi le semi-pélagianisme — cette position plus subtile selon laquelle l'homme pourrait au moins commencer à croire, faire le premier pas vers Dieu, avant que la grâce n'intervienne. Le concile répond que même ce premier pas, ce « commencement de la foi », est déjà un don :
« Si quelqu'un affirme qu'il peut, par la seule force de la nature, penser comme il le faut, ou choisir quelque bien relatif au salut de la vie éternelle, ou donner son assentiment à la prédication salutaire de l'Évangile, sans l'illumination et l'inspiration du Saint-Esprit, il est trompé par un esprit hérétique. » — 2ᵉ concile d'Orange, canon 7[15]
La logique d'Orange est implacable : si même le désir de se convertir vient de la grâce, alors la grâce est première en tout. Le concile cite Jean 15, 5 et 2 Corinthiens 3, 5, et il scelle son enseignement par une formule qui exclut tout mérite préalable :
« La grâce de Dieu prévient toujours nos mérites… La libre volonté de l'homme ne se serait jamais portée vers le salut si la grâce ne l'avait prévenue. » — 2ᵉ concile d'Orange, conclusion[16]
C'est ce qu'on appellera la grâce prévenante : celle qui « vient avant » (prae-venire), qui devance et suscite jusqu'à notre première bonne pensée.
Trente : la grâce qui prévient, l'homme qui peut consentir
Mille ans plus tard, la Réforme protestante rouvrira la question, mais en sens inverse : pour Luther et Calvin, la grâce serait à ce point souveraine que la volonté humaine n'y aurait aucune part libre. Le concile de Trente (session VI, 1547) tient alors les deux bouts de la chaîne catholique. D'un côté, il réaffirme avec Orange que tout commence par la grâce prévenante :
« Le concile déclare que la justification chez les adultes a son origine dans la grâce prévenante de Dieu par le Christ Jésus, c'est-à-dire dans un appel par lequel ils sont appelés sans aucun mérite de leur part. » — Concile de Trente, session VI, chap. 5[17]
De l'autre, il sauvegarde la liberté : touché par la grâce, « l'homme n'est pas totalement sans rien faire, lui qui accueille cette inspiration qu'il lui est possible de rejeter ; mais sans la grâce de Dieu, il ne lui est pas possible, par sa propre volonté, d'aller vers la justice »[18]. Trois canons fixent ce double refus :
« Si quelqu'un dit que, sans l'inspiration prévenante du Saint-Esprit et sans son aide, l'homme peut croire, espérer, aimer ou se repentir comme il le faut, pour que lui soit accordée la grâce de la justification : qu'il soit anathème. » — Concile de Trente, session VI, canon 3[19]
- vers 415-418La controverse pélagienne
Saint Augustin réfute Pélage, qui réduit la grâce à une aide extérieure. Les conciles africains (Carthage, 418) condamnent le pélagianisme et affirment la nécessité d'un secours intérieur de la grâce pour tout acte salutaire.
- 3 juillet 529Le 2ᵉ concile d'Orange condamne le semi-pélagianisme
Le concile définit que même le commencement de la foi et le désir de se convertir sont des dons de la grâce prévenante. Ses canons, confirmés par le pape Boniface II en 531, deviennent la référence de toute la doctrine catholique de la grâce.
- 13 janvier 1547Le concile de Trente définit grâce et liberté
Face à la Réforme, la session VI tient ensemble la primauté de la grâce prévenante et la réalité du libre consentement de l'homme, qui peut accueillir ou rejeter l'inspiration divine.
- 1588-1607La controverse De auxiliis
Dominicains (école de Báñez) et jésuites (école de Molina) s'opposent sur la manière de concilier l'efficacité de la grâce et la liberté. En 1607, le pape Paul V clôt le débat sans condamner aucune des deux écoles.
Les grandes distinctions de la grâce actuelle
Parce qu'elle est une motion ordonnée à un acte, la grâce actuelle se décline selon le moment où elle intervient et selon l'effet qu'elle produit. La théologie classique en a tiré trois grandes paires de distinctions, qu'il faut connaître pour parler juste de la grâce.
Prévenante et subséquente
On appelle grâce prévenante (ou prévenante) celle qui « vient avant » : elle précède et suscite notre acte, elle nous incline à vouloir le bien avant même que nous y ayons pensé. On appelle grâce subséquente (ou coopérante) celle qui « suit » et accompagne notre acte une fois la volonté ébranlée, pour qu'il s'achève et porte fruit. Saint Augustin résumait ce double temps par une image de la miséricorde qui nous encadre : « Elle nous devance pour que nous soyons appelés, elle nous suit pour que nous soyons glorifiés »[20]. La foi elle-même, dit le Catéchisme, requiert d'abord « la grâce prévenante et aidante de Dieu »[21].
Opérante et coopérante
La deuxième distinction, héritée d'Augustin et systématisée par saint Thomas, regarde le rôle de notre volonté. Dans la grâce opérante, Dieu agit seul : il est l'unique moteur, et notre volonté est mue sans qu'elle se meuve elle-même — c'est le cas du premier mouvement de conversion, où le pécheur est retourné avant d'avoir rien décidé. Dans la grâce coopérante, Dieu meut une volonté qui, désormais guérie, se meut elle aussi et agit avec lui :
« La grâce, en tant qu'elle guérit l'âme ou justifie l'impie, est dite opérante ; en tant qu'elle est principe de l'œuvre méritoire qui procède aussi du libre arbitre, elle est dite coopérante. » — Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, Iᵃ-IIᵃᵉ, q. 111, a. 2[22]
Le Catéchisme énonce le même équilibre en langage moderne : « L'action paternelle de Dieu est première par son impulsion, et le libre agir de l'homme est second en sa collaboration »[23].
Suffisante et efficace : la controverse De auxiliis
La troisième paire est la plus délicate. On appelle grâce suffisante celle qui donne réellement le pouvoir d'agir bien, mais à laquelle la volonté peut ne pas consentir ; et grâce efficace celle qui obtient effectivement l'acte. Or comment une grâce peut-elle être suffisante sans toujours produire son effet ? Et comment la grâce efficace emporte-t-elle infailliblement le consentement sans détruire la liberté ? Cette question a opposé, à la fin du XVIᵉ siècle, deux grandes écoles théologiques.
Le jésuite espagnol Luis de Molina, dans sa Concordia (Lisbonne, 1588), défendait que l'efficacité de la grâce dépend en partie du libre consentement que Dieu prévoit (par une « science moyenne » des actes libres futurs)[24]. Les dominicains, autour de Domingo Báñez, répliquaient que la grâce efficace l'est par elle-même (« prémotion physique »), Dieu mouvant la volonté de l'intérieur sans la forcer. Le débat fut si vif que Rome convoqua une commission, la Congregatio de Auxiliis (« sur les secours [de la grâce] »), qui siégea de 1597 à 1607. Le pape Paul V clôtura la controverse le 5 septembre 1607 par une décision de sagesse : aucune des deux écoles n'était condamnée, chacune pouvait défendre sa position et il était interdit de qualifier l'autre d'hérétique[25].
Ce que l'Église a définitivement tenu, par-delà les écoles, tient en deux affirmations indissociables : la grâce est réellement efficace — c'est Dieu qui obtient le salut —, et l'homme reste réellement libre — c'est lui qui consent. Le comment précis de leur accord demeure un mystère que la théologie approche sans l'épuiser.
| Distinction | Premier terme | Second terme |
|---|---|---|
| Selon le moment | Prévenante — précède et suscite l'acte | Subséquente — suit et achève l'acte |
| Selon le rôle de la volonté | Opérante — Dieu meut seul (la conversion) | Coopérante — Dieu meut avec la volonté libre |
| Selon l'effet | Suffisante — donne le pouvoir d'agir | Efficace — obtient effectivement l'acte |
La grâce et la liberté : Dieu ne force jamais
Une crainte traverse souvent ces débats : si Dieu meut ma volonté, suis-je encore libre ? L'Église répond fermement : la grâce ne supprime pas la liberté, elle l'éveille et l'accomplit. C'est même le propre de la grâce actuelle de respecter, jusqu'au bout, le pouvoir de l'homme de dire oui ou non.
« Je me tiens à la porte, et je frappe »
L'image biblique la plus juste est celle de l'Apocalypse : Dieu ne force pas la porte de l'âme, il frappe, et il attend qu'on lui ouvre de l'intérieur.
« Voici, je me tiens à la porte, et je frappe. Si quelqu'un entend ma voix et ouvre la porte, j'entrerai chez lui, et je souperai avec lui, et lui avec moi. » — Apocalypse 3, 20[26]
La grâce prévenante est ce coup frappé à la porte : une lumière, une inspiration, un attrait. Mais la poignée est à l'intérieur. Le concile de Trente l'a dit en propres termes : l'inspiration reçue, « il lui est possible de [la] rejeter »[27]. C'est pourquoi l'Écriture nous avertit de « ne pas recevoir la grâce de Dieu en vain » (2 Co 6, 1) et exhorte : « Aujourd'hui, si vous entendez sa voix, n'endurcissez pas vos cœurs » (He 3, 7-8).
Résister à la grâce : un drame possible
De là un fait grave : on peut résister à la grâce actuelle. L'Esprit Saint lui-même peut être « contristé » (Ep 4, 30), voire « éteint » (1 Th 5, 19) par notre refus. Le Catéchisme note que l'homme, devant l'inspiration divine, « n'est pas sans rien faire en recevant cette inspiration, qu'il peut d'ailleurs rejeter »[28]. Cette possibilité du refus est le revers exact de notre dignité : Dieu a tant respecté notre liberté qu'il a accepté de pouvoir être refusé. La coopération à la grâce n'est donc jamais automatique ; elle est une réponse libre, à renouveler.
La grâce première ne se mérite pas
Reste un point capital pour la paix de l'âme : on ne peut mériter la première grâce. La motion qui me tire du péché et m'incline à me convertir m'est donnée gratuitement, sans que rien en moi l'ait appelée :
« L'initiative appartenant à Dieu dans l'ordre de la grâce, personne ne peut mériter la grâce première, à l'origine de la conversion, du pardon et de la justification. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 2010[29]
Sous la motion de l'Esprit, ajoute aussitôt le Catéchisme, « nous pouvons ensuite mériter pour nous-mêmes et pour autrui les grâces utiles… pour l'obtention de la vie éternelle »[30]. Mais à la racine, tout est don. C'est l'application exacte du mot de saint Paul : « Qu'as-tu que tu n'aies reçu ? »[31]. Comprendre cela délivre à la fois de l'orgueil — je ne me suis pas sauvé moi-même — et du découragement — Dieu prend toujours l'initiative.
La grâce actuelle est-elle donnée à tous ?
Si nul ne peut rien sans la grâce, une question angoissante surgit : Dieu la donne-t-il à tous, ou la réserve-t-il à quelques-uns ? L'enseignement catholique est ici d'une grande douceur, contre tout fatalisme.
Dieu veut que tous soient sauvés
Le point de départ est la volonté salvifique universelle de Dieu, affirmée par saint Paul : Dieu « veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité » (1 Tm 2, 4). Or Dieu ne peut vouloir une fin sans en donner les moyens. S'il veut sincèrement le salut de tous, il offre à tous les grâces actuelles suffisantes pour qu'ils puissent, s'ils le veulent, se tourner vers lui. La grâce suffisante n'est refusée à personne ; ce qui manque, lorsqu'un homme se perd, n'est pas le secours de Dieu, mais le consentement de l'homme.
Saint Alphonse : la grâce de prier est donnée à tous
Le docteur de l'Église qui a le plus insisté sur ce point est saint Alphonse de Liguori (1696-1787). Dans son traité Du grand moyen de la prière (1759), il enseigne que, même quand une grâce plus forte fait défaut, Dieu donne à tous la grâce de prier — et que par la prière, on obtient infailliblement toutes les autres grâces nécessaires au salut :
En substance, Alphonse enseigne que Dieu donne à tous la grâce de prier, afin que chacun puisse obtenir, en s'en servant, le secours plus abondant nécessaire pour observer les commandements ; et si l'on ne l'obtient pas, c'est entièrement par sa faute, pour n'avoir pas voulu prier[32].
De là sa célèbre maxime, qui résume toute sa doctrine : « Qui prie se sauve ; qui ne prie pas se damne. » Elle ne fait pas de la prière un mérite arraché à Dieu, mais le canal humble par lequel s'accueille le secours toujours offert. Sur cette logique, voir Pourquoi prier si Dieu sait déjà tout ?.
Vivre de la grâce actuelle
La grâce actuelle n'est pas une notion d'école : c'est la trame quotidienne de la vie spirituelle. Tout au long du jour, Dieu frappe, éclaire, pousse. Une vie chrétienne fervente n'est, au fond, qu'une suite de oui dits à ces motions successives.
Reconnaître les inspirations
La première tâche est d'apprendre à reconnaître la voix de la grâce parmi les mille sollicitations intérieures. Une bonne inspiration porte la paix, oriente vers Dieu et le devoir, reste humble et patiente ; une fausse, sous des airs de bien, agite, presse, flatte ou décourage. Discerner cette voix est tout un art spirituel, traité pour lui-même dans Comment savoir si une inspiration vient de Dieu ? et Qu'est-ce que le discernement des esprits ?.
Coopérer fidèlement : la fidélité aux petites grâces
La deuxième tâche est de coopérer sans tarder. Une grâce actuelle négligée se retire ; une grâce accueillie en appelle de plus grandes. Les maîtres spirituels enseignent une loi constante de la vie intérieure : la fidélité aux petites grâces attire les grandes, et la résistance aux petites tarit peu à peu la source. « À celui qui a, l'on donnera » (Mt 13, 12) vaut d'abord pour la grâce. C'est pourquoi tant de saints recommandent de ne mépriser aucune inspiration, fût-elle minime, et de s'y rendre « sur-le-champ ».
« Tout est grâce »
Au terme, la vie selon la grâce actuelle débouche sur un regard transformé : tout, dans une existence, devient occasion de grâce — les joies comme les croix, les réussites comme les échecs. Sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus, peu avant sa mort, résuma cette intelligence des choses en trois mots devenus célèbres : « Tout est grâce. »[33] Une âme qui a compris la grâce actuelle ne voit plus le hasard nulle part : elle reconnaît, dans le moindre événement, la main d'un Dieu qui frappe, appelle et soutient — et qui n'attend, pour agir, que notre humble consentement.
Telle est, en définitive, la grandeur cachée de la grâce actuelle : non un mécanisme qui dispenserait l'homme d'agir, mais une présence active de Dieu au cœur même de notre liberté. « C'est Dieu qui opère en vous le vouloir et le faire », écrivait Paul — et c'est pourtant nous qui voulons et faisons. Le dernier mot revient à saint Augustin, qui tient ensemble les deux moitiés de la vérité : « Celui qui t'a créé sans toi ne te justifiera pas sans toi. »[34]
Pour aller plus loin
- Qu'est-ce que la grâce sanctifiante ? — la vie divine permanente reçue au baptême, à distinguer du secours passager de la grâce actuelle.
- Comment expliquer la grâce simplement ? — une approche imagée et accessible du mot « grâce ».
- Qu'est-ce que la justification ? et Qu'est-ce que la sanctification ? — l'œuvre que la grâce opère et achève en nous.
- Comment savoir si une inspiration vient de Dieu ? et Qu'est-ce que le discernement des esprits ? — reconnaître les motions de la grâce.
- Pourquoi prier si Dieu sait déjà tout ? — la prière, canal par lequel s'accueille le secours toujours offert.
- Peut-on perdre le salut ? — la grâce de la persévérance finale et la possibilité du refus.
Notes et références
Catéchisme de l'Église catholique, § 2000 (Mame/Plon, édition typique latine de 1997). Distinction entre la grâce habituelle (« disposition permanente à vivre et à agir selon l'appel divin ») et les grâces actuelles (« les interventions divines soit à l'origine de la conversion, soit au cours de l'œuvre de la sanctification »).
1Catéchisme de l'Église catholique, § 1996 : « La grâce est la faveur, le secours gratuit que Dieu nous donne pour répondre à son appel » (cf. Jn 1, 12-18 ; Rm 8, 14-17 ; 2 P 1, 3-4).
2Catéchisme de l'Église catholique, § 2021 (section « En bref ») : « La grâce est le secours que Dieu nous donne pour répondre à notre vocation de devenir ses fils adoptifs. »
3Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, Iᵃ-IIᵃᵉ, q. 110, a. 2, corp. : la grâce se prend de deux manières — « comme une aide divine qui nous meut à bien vouloir et à bien agir » (la grâce actuelle, un mouvement) et « comme un don habituel divinement infusé en nous » (la grâce sanctifiante, une qualité de l'âme).
4Catéchisme de l'Église catholique, § 2001 : « La préparation de l'homme à l'accueil de la grâce est déjà une œuvre de la grâce », citant saint Augustin, De gratia et libero arbitrio 17 (PL 44, 901) et De natura et gratia 31 (PL 44, 264).
5Concile de Trente, session VI (13 janvier 1547), Décret sur la justification, chap. 5 — DS 1525 (Denzinger-Hünermann, Enchiridion Symbolorum). La justification des adultes a son origine dans « la grâce prévenante de Dieu par le Christ Jésus » ; Dieu touche le cœur « par l'illumination de l'Esprit Saint », et l'homme accueille une inspiration « qu'il lui est possible de rejeter », sans pouvoir toutefois aller à la justice « sans la grâce de Dieu ».
6 17 18 272ᵉ concile d'Orange (3 juillet 529), canon 7 — DS 377. Nul ne peut, « par la seule force de la nature », penser ou choisir un bien relatif au salut, ni consentir à la prédication de l'Évangile, « sans l'illumination et l'inspiration du Saint-Esprit ». Le canon cite Jn 15, 5 (« Sans moi vous ne pouvez rien faire ») et 2 Co 3, 5.
7 15Saint Paul, Lettre aux Philippiens 2, 13 : « Car c'est Dieu qui opère en vous le vouloir et le faire, selon son bon plaisir » (trad. liturgique / Bible de Jérusalem). Texte classique sur l'action de la grâce jusque dans le vouloir.
8Saint Augustin, La grâce et le libre arbitre (De gratia et libero arbitrio), 17 (PL 44, 901) : « Dieu, en coopérant, achève ce qu'il a commencé en opérant : car il commence en faisant en sorte que nous voulions, et il achève en coopérant avec ceux qui veulent déjà. » Source patristique de la distinction grâce opérante / coopérante ; cité par le Catéchisme, § 2001.
9 14Évangile selon saint Jean 15, 5 : « Je suis la vigne, vous êtes les sarments… sans moi vous ne pouvez rien faire. » Texte fondateur invoqué tant par le 2ᵉ concile d'Orange (DS 377) que par la lettre de Boniface II (DS 399).
10Saint Paul, 2ᵉ Lettre aux Corinthiens 3, 5 : « Ce n'est pas que nous soyons par nous-mêmes capables de revendiquer quoi que ce soit comme venant de nous ; mais notre capacité vient de Dieu. » Cité par le canon 7 d'Orange (DS 377).
11Saint Paul, 1ʳᵉ Lettre aux Corinthiens 15, 10 : « Par la grâce de Dieu, je suis ce que je suis, et sa grâce envers moi n'a pas été stérile… non pas moi, mais la grâce de Dieu qui est avec moi. » Cité par le canon 6 d'Orange (DS 376).
12Le titre de Doctor gratiae (« Docteur de la grâce »), attribué à saint Augustin par la tradition pour son rôle décisif dans la controverse pélagienne, est repris par la liturgie elle-même : la Préface des saints du Missel romain le cite comme « Docteur de la grâce » (cf. Catéchisme, § 2005-2006). Augustin (354-430) est le principal artisan de la doctrine catholique de la grâce et de la prédestination.
132ᵉ concile d'Orange (529), conclusion / définition finale — DS 397 : « La grâce de Dieu prévient toujours nos mérites » ; la libre volonté de l'homme ne se serait jamais portée vers le salut « si la grâce ne l'avait prévenue ». Les canons d'Orange furent confirmés par le pape Boniface II dans sa lettre Per filium nostrum (25 janvier 531), DS 398-400.
16Concile de Trente, session VI (13 janvier 1547), Canons sur la justification, canon 3 — DS 1553 : anathème contre l'idée que l'homme puisse croire, espérer, aimer ou se repentir « sans l'inspiration prévenante du Saint-Esprit et sans son aide ». Voir aussi canon 1 (DS 1551) et canon 2 (DS 1552) contre le pélagianisme.
19Saint Augustin, De natura et gratia 31 (PL 44, 264), cité par le Catéchisme, § 2001 : la miséricorde de Dieu « nous devance pour que nous soyons appelés, elle nous suit pour que nous soyons glorifiés… car sans lui nous ne pouvons rien faire ». Fondement de la distinction grâce prévenante / subséquente.
20Catéchisme de l'Église catholique, § 153, citant le concile Vatican II, Dei Verbum 5 : « Pour prêter [la] foi, l'homme a besoin de la grâce prévenante et aidante de Dieu, ainsi que des secours intérieurs du Saint-Esprit » qui « touche le cœur et le tourne vers Dieu ».
21Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, Iᵃ-IIᵃᵉ, q. 111, a. 2, corp. : « La grâce, en tant qu'elle guérit l'âme ou justifie l'impie, est dite opérante ; en tant qu'elle est principe de l'œuvre méritoire qui procède aussi de notre libre arbitre, elle est dite coopérante. » Thomas reçoit cette distinction de saint Augustin (De gratia et libero arbitrio 17).
22Catéchisme de l'Église catholique, § 2008 : « L'action paternelle de Dieu est première par son impulsion, et le libre agir de l'homme est second en sa collaboration » ; les mérites des œuvres bonnes doivent être attribués « à la grâce de Dieu d'abord, au fidèle ensuite ».
23Luis de Molina (1535-1600), jésuite espagnol, Concordia liberi arbitrii cum gratiae donis (« Accord du libre arbitre avec les dons de la grâce »), Lisbonne, 1588. Molina explique l'efficacité de la grâce par la scientia media (« science moyenne »), connaissance que Dieu aurait des actes libres conditionnels (les futuribles) ; voir l'article « Luis de Molina », Wikipedia, et la Catholic Encyclopedia (1907-1912), art. « Congregatio de Auxiliis ».
24Controverse De auxiliis (« sur les secours de la grâce »). Commission romaine Congregatio de Auxiliis convoquée par Clément VIII, siégeant de 1597 à 1607 et opposant les dominicains (école de Domingo Báñez, prémotion physique) aux jésuites (école de Molina). Le pape Paul V mit fin au débat le 5 septembre 1607 : aucune des deux écoles n'est condamnée, chacune peut enseigner sa doctrine, aucune ne peut accuser l'autre d'hérésie. Source : Catholic Encyclopedia (1907-1912), art. « Congregatio de Auxiliis » (New Advent, newadvent.org).
25Apocalypse 3, 20 : « Voici, je me tiens à la porte, et je frappe. Si quelqu'un entend ma voix et ouvre la porte, j'entrerai chez lui. » Image classique du respect de la liberté par la grâce, popularisée par le tableau The Light of the World de Holman Hunt (1853), dont la porte peinte n'a volontairement de poignée qu'à l'intérieur.
26Catéchisme de l'Église catholique, § 1993, citant le concile de Trente (DS 1525) : « Quand Dieu touche le cœur de l'homme par l'illumination de l'Esprit Saint, l'homme n'est pas sans rien faire en recevant cette inspiration, qu'il peut d'ailleurs rejeter ; et cependant il ne peut pas non plus, sans la grâce de Dieu, se porter par sa volonté libre vers la justice. »
28Catéchisme de l'Église catholique, § 2010 : « Personne ne peut mériter la grâce première, à l'origine de la conversion » ; mais sous la motion de l'Esprit, « nous pouvons ensuite mériter pour nous-mêmes et pour autrui les grâces utiles… pour l'obtention de la vie éternelle ». Voir aussi § 2027.
29 30Saint Paul, 1ʳᵉ Lettre aux Corinthiens 4, 7 : « Qu'as-tu que tu n'aies reçu ? Et si tu l'as reçu, pourquoi te glorifier comme si tu ne l'avais pas reçu ? » Cité par le canon 6 du 2ᵉ concile d'Orange (DS 376) comme preuve scripturaire de la gratuité de la grâce.
31Saint Alphonse-Marie de Liguori (1696-1787, docteur de l'Église), Du grand moyen de la prière (Del gran mezzo della preghiera), Naples, 1759, IIᵉ partie, chapitres III et IV : « Nous allons donc prouver, dans ce chapitre, que la grâce de la prière est donnée à tous » (chap. III) ; « Dieu donne à tous la grâce de prier, s'ils le veulent » (chap. IV) — et par la prière on obtient les autres secours nécessaires pour observer les commandements. D'où la maxime « Qui prie se sauve, qui ne prie pas se damne » (Iʳᵉ partie, chap. I). Texte français de référence : éditions Résiac ; texte intégral en ligne sur livres-mystiques.com (Le grand moyen de la Prière).
32Sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus (1873-1897), parole recueillie par Mère Agnès de Jésus (Pauline Martin) dans son Cahier (dit « Carnet jaune »), entrée du 5 juin 1897 : « […] quand le bon Dieu ne le permets pas, c'est bien quand même, tout est grâce. » Cf. Œuvres complètes, Cerf/DDB, 1992, Derniers Entretiens (Cahier de Mère Agnès) ; transcription en ligne : archives du Carmel de Lisieux, Carnet Jaune, pages 34-35.
33Saint Augustin, Sermon 169, 11, 13 (PL 38, 923) : « Celui qui t'a créé sans toi ne te justifiera pas sans toi » (Qui ergo fecit te sine te, non te iustificat sine te). Formule reprise par le Catéchisme, § 1847, pour exprimer l'accord de la grâce et de la liberté.
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