Qu'est-ce que la grâce sanctifiante ?

La grâce sanctifiante est la vie même de Dieu communiquée à l'âme : un don permanent, reçu au baptême, qui nous rend réellement participants de la nature divine et enfants de Dieu. On la perd par le péché mortel, on la recouvre par la confession, et elle grandit par les sacrements et la charité.

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Quand un catholique dit qu'une âme est « en état de grâce », il ne décrit pas une humeur, une bonne conscience ou une simple bénédiction venue d'en haut. Il affirme quelque chose d'infiniment plus grand : que la vie même de Dieu habite cette âme. La grâce sanctifiante — appelée aussi grâce habituelle, grâce déifiante, ou tout simplement l'état de grâce — est ce don permanent par lequel Dieu nous fait « participants de la nature divine », selon l'expression de saint Pierre[1]. Ce n'est pas une faveur extérieure : c'est une réalité créée, déposée au plus intime de l'âme, qui la transforme et l'élève au-dessus de sa condition naturelle.

Le Catéchisme la définit en deux phrases d'une grande densité. D'abord : « La grâce du Christ est le don gratuit que Dieu nous fait de sa vie infusée par l'Esprit Saint dans notre âme pour la guérir du péché et la sanctifier : c'est la grâce sanctifiante ou déifiante, reçue dans le Baptême »[2]. Ensuite : « La grâce sanctifiante est un don habituel, une disposition stable et surnaturelle perfectionnant l'âme même pour la rendre capable de vivre avec Dieu, d'agir par son amour »[3]. Tout l'enjeu de cet article tient dans ces deux mots : vie divine et don habituel.

On la reçoit normalement pour la première fois au Baptême sacramentel, qui en est la racine[4] — étant rappelé que Dieu n'est pas lié à ses sacrements : le baptême de sang, le baptême de désir et le désir du Baptême peuvent aussi donner la grâce[5][6]. On la perd par le seul péché mortel, qui sépare l'âme de Dieu[7]. On la recouvre par la confession, « seconde planche après le naufrage »[8]. Et elle peut grandir tout au long de la vie chrétienne, par les sacrements, la prière et la charité, jusqu'à s'épanouir dans la gloire du Ciel. Comprendre la grâce sanctifiante, c'est donc comprendre ce qu'est, au fond, la vie chrétienne elle-même.

Cet article expose ce qu'est la grâce sanctifiante (la vie de Dieu en nous), ce qu'elle n'est pas (à ne pas confondre avec la grâce actuelle), la réalité précise que la théologie y reconnaît, l'« organisme » de vertus et de dons qu'elle déploie, l'inhabitation de la Trinité qu'elle entraîne, puis les quatre grandes questions pratiques : comment on la reçoit, comment on la perd, comment elle grandit, et si l'on peut savoir qu'on la possède.

Qu'est-ce que la grâce sanctifiante ?

Une vie divine, pas seulement une faveur

Le mot grâce est trompeur parce qu'il a, dans le langage courant, un sens affaibli. On dit qu'un roi accorde sa grâce à un condamné, qu'une personne a de la grâce dans ses gestes, qu'on rend grâce pour un service. Dans tous ces cas, la grâce désigne une bienveillance, une faveur, quelque chose qui reste extérieur à celui qui la reçoit. Si la grâce sanctifiante n'était que cela — une bienveillance divine, un regard favorable de Dieu posé sur nous —, elle ne changerait rien en nous : elle changerait seulement le sentiment de Dieu à notre égard.

La grâce sanctifiante en bref : une vie divine, un don habituel, reçue au baptême, qui fait de nous des enfants de Dieu. Infographie Ignispedia.

Or la foi catholique affirme tout autre chose. La grâce sanctifiante produit un effet réel dans l'âme. Saint Thomas d'Aquin le démontre par une comparaison lumineuse : entre l'amour de Dieu et l'amour humain, la différence est radicale. L'amour humain présuppose le bien qu'il trouve dans l'objet aimé ; il ne le crée pas. L'amour de Dieu, lui, fait jaillir le bien dans la créature qu'il aime :

« Tout acte d'amour de Dieu fait naître dans la créature un bien... Autre est l'amour spécial selon lequel Dieu élève la créature rationnelle au-dessus de sa condition de nature. » — Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, Ia-IIae, q. 110, a. 1[9]

Autrement dit, quand Dieu nous aime de cet amour qui sanctifie, il ne se contente pas de nous vouloir du bien : il dépose réellement ce bien en nous. La grâce sanctifiante n'est pas une étiquette accolée à l'âme du dehors ; c'est une nouveauté véritable inscrite au-dedans. L'image la plus juste n'est donc pas celle d'une faveur ou d'un pardon — bien que la grâce comporte le pardon —, mais celle d'une vie : une vie d'un ordre supérieur, greffée sur notre vie naturelle comme le sarment est greffé sur la vigne[10].

« Participants de la nature divine » : le cœur de la définition

Le mot décisif vient de la deuxième lettre de saint Pierre. Dieu, écrit l'apôtre, nous a fait « de très grandes et précieuses promesses, afin que par elles vous deveniez participants de la nature divine »[11]. Cette formule — participants de la nature divine — est le fondement scripturaire de toute la doctrine de la grâce sanctifiante. Elle ne signifie pas que nous devenons Dieu par nature : la créature reste créature, infiniment distincte de son Créateur. Elle signifie que Dieu nous communique, par participation, quelque chose de ce qui lui est propre — sa vie, sa sainteté, sa filiation.

Le Catéchisme reprend exactement ce vocabulaire pour définir la grâce : « La grâce est une participation à la vie de Dieu, elle nous introduit dans l'intimité de la vie trinitaire »[12]. Cette participation est si réelle que l'Écriture ose les mots les plus forts : par elle, nous devenons « enfants de Dieu »[13], « fils adoptifs » qui peuvent appeler Dieu « Père »[14], « cohéritiers » du Christ[15]. Ce ne sont pas des métaphores pieuses : c'est la description d'un changement ontologique, d'un nouvel être reçu de Dieu. Saint Paul l'appelle une « création nouvelle » : « Si quelqu'un est dans le Christ, c'est une création nouvelle ; l'être ancien a disparu, un être nouveau est là »[16].

La tradition a forgé pour cela le mot de déification (ou divinisation). Le Verbe s'est fait homme, disent les Pères, précisément pour nous diviniser. Saint Athanase l'a résumé d'une phrase devenue célèbre :

« Le Fils de Dieu s'est fait homme pour nous faire Dieu. » — Saint Athanase d'Alexandrie, Sur l'Incarnation du Verbe, 54, 3[17]

Et saint Thomas, dans son office du Saint-Sacrement, redit la même chose : « Le Fils unique de Dieu, voulant que nous participions à sa divinité, assuma notre nature, afin que Lui, fait homme, fît les hommes Dieu »[18]. La grâce sanctifiante est exactement le don par lequel cette divinisation s'accomplit en chaque baptisé.

Le vocabulaire de la grâce : sanctifiante, déifiante, habituelle, état de grâce

Plusieurs expressions désignent la même réalité, selon l'aspect que l'on veut souligner. Les confondre n'est pas grave ; mais savoir ce que chacune met en avant aide à lire le Catéchisme et les saints sans s'y perdre. Le tableau suivant récapitule ce vocabulaire et ce que chaque terme accentue.

Terme employéCe qu'il souligneSource
Grâce sanctifianteElle nous rend saints, « agréables à Dieu » (gratum faciens)CEC § 2024 ; S. Thomas, Ia-IIae, q. 111, a. 1
Grâce déifianteElle nous fait participer à la nature divine, elle nous diviniseCEC § 1999
Grâce habituelleElle est un habitus, une disposition permanente et stable, non un secours passagerCEC § 2000
État de grâceL'âme se trouve en amitié avec Dieu, vivante de sa vieCEC § 1468-1469
Vie de la grâceLa grâce est une vie qui naît, grandit, peut mourir et renaîtreJn 4, 14 ; Trente, ch. 10
Première robe / vêtement nuptialImage biblique du don retrouvé que l'on doit garder « blanc et sans tache »Lc 15, 22 ; Trente, ch. 7

Toutes ces expressions visent une seule chose : la vie divine reçue, stable, déifiante, qui rend l'âme sainte et amie de Dieu. Lorsque la suite de cet article emploiera l'une ou l'autre, c'est toujours de cette unique réalité qu'il s'agira.

Grâce sanctifiante et grâce actuelle : ne pas les confondre

La distinction la plus utile, et la plus souvent négligée, oppose la grâce sanctifiante (ou habituelle) à la grâce actuelle. Le Catéchisme les sépare nettement :

« On distinguera la grâce habituelle, disposition permanente à vivre et à agir selon l'appel divin, et les grâces actuelles qui désignent les interventions divines soit à l'origine de la conversion soit au cours de l'œuvre de la sanctification. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 2000[19]

Grâce sanctifiante et grâce actuelle : un état permanent de vie divine d'un côté, des secours ponctuels de l'autre. Infographie Ignispedia.

L'image la plus simple est celle de la vie et du souffle. La grâce sanctifiante est comme la vie biologique : un état permanent, qui demeure même quand je dors, qui fait de moi un vivant. La grâce actuelle est comme une impulsion ou un secours ponctuel : une motion intérieure de Dieu qui m'éclaire à tel moment, me pousse à résister à telle tentation, m'incline à tel acte de charité, puis passe une fois son effet obtenu. L'une est un être (un état stable), l'autre est un mouvement (une action passagère)[20].

Les deux sont intimement liées. C'est par des grâces actuelles que Dieu prépare et conduit le pécheur jusqu'à recevoir, au baptême ou à la confession, la grâce sanctifiante ; et c'est encore par des grâces actuelles qu'il soutient ensuite l'âme déjà sainte pour qu'elle agisse et progresse. « La préparation de l'homme à l'accueil de la grâce est déjà une œuvre de la grâce », rappelle le Catéchisme avec saint Augustin[21]. Le présent article porte uniquement sur la grâce sanctifiante ; la grâce actuelle, qui demande des distinctions propres (grâce prévenante et subséquente, opérante et coopérante), fait l'objet d'un article distinct.

Une réalité créée dans l'âme : ce que la théologie précise

Comprendre la grâce comme une vie divine peut donner l'impression d'une formule poétique. La théologie catholique, suivant saint Thomas d'Aquin, lui donne une précision rigoureuse, dirigée contre deux erreurs : celle qui ferait de la grâce une simple faveur extérieure de Dieu (sans rien de réel en nous), et celle qui en ferait Dieu lui-même habitant l'âme sans don créé intermédiaire.

Quelque chose de réel, et pas une simple bienveillance de Dieu

Saint Thomas d'Aquin (1225-1274) : le traité de la grâce de la Somme théologique (Ia-IIae, q. 109-114) fixe le vocabulaire catholique de la grâce sanctifiante.

La première vérité, déjà entrevue, mérite d'être posée fermement : la grâce « pose quelque chose de réel dans l'âme »[22]. Ce point n'est pas une subtilité d'école. Il sépare la doctrine catholique d'une conception purement extrinsèque de la justification, selon laquelle Dieu nous déclarerait justes sans nous rendre réellement justes — comme un manteau de neige qui couvrirait un fumier sans le transformer. Le concile de Trente a condamné cette réduction et affirmé l'inverse : par la justification, « d'injuste l'homme devient juste », non par fiction mais en vérité[23]. La grâce guérit et renouvelle l'homme intérieur ; elle ne se contente pas de le couvrir.

Une qualité habituelle de l'âme

Que peut être cette réalité créée ? Saint Thomas répond : une qualité, plus précisément un habitus, c'est-à-dire une disposition stable inhérente à l'âme — comme la science est une qualité stable de l'intelligence, ou la beauté une qualité du corps[24]. C'est exactement le sens du mot « habituel » employé par le Catéchisme : la grâce sanctifiante est un « don habituel, une disposition stable et surnaturelle »[25]. Elle n'est pas un acte fugace ni une émotion, mais une manière d'être nouvelle et permanente, qui demeure dans l'âme tant que le péché mortel ne l'en chasse pas. C'est pourquoi l'on peut dormir, travailler, vaquer à mille choses, et rester pendant tout ce temps « en état de grâce » : l'habitus demeure sous les actes.

Saint Thomas précise que cette qualité est « au-dessus de la nature humaine » : elle n'est ni une substance ni une partie de notre nature, mais une « forme accidentelle de l'âme » — autrement dit, l'âme (la « substance », c'est-à-dire ce qu'elle est par nature) reçoit un perfectionnement réel qui s'y ajoute sans la changer en autre chose (une « forme accidentelle », comme la couleur d'un mur, qui l'embellit sans en faire autre chose qu'un mur) —, par laquelle « l'âme participe à la bonté divine ». Et il ajoute aussitôt que, « en tant qu'expression ou participation de la bonté divine », la grâce est « plus noble que la nature de l'âme » elle-même[26]. Une qualité plus noble que la substance qui la porte : tout le paradoxe de la grâce tient dans cette formule.

Le siège de la grâce : l'essence de l'âme

Où, dans l'âme, la grâce réside-t-elle ? Les vertus, elles, résident dans les puissances de l'âme : la foi dans l'intelligence, la charité dans la volonté. La grâce, elle, est plus profonde encore : elle a pour siège l'essence même de l'âme, antérieurement à ses puissances[27]. La raison en est belle : par la grâce nous sommes « engendrés à nouveau » comme enfants de Dieu, et toute génération atteint d'abord l'essence d'un être avant ses facultés. De même que de l'essence de l'âme découlent ses puissances, de même de la grâce, plantée dans l'essence, découlent les vertus dans les puissances :

« La nature de l'âme humaine participe, selon une certaine similitude, de la nature divine par le moyen d'une régénération ou d'une création nouvelle. » — Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, Ia-IIae, q. 110, a. 4[28]

La grâce touche donc l'homme à sa racine. Elle ne perfectionne pas seulement ce que je fais ou ce que je pense : elle transforme d'abord ce que je suis.

Distincte des vertus et des dons qui en découlent

De cette implantation dans l'essence de l'âme suit une dernière distinction. La grâce sanctifiante n'est pas identique aux vertus infuses (foi, espérance, charité…) ni aux dons du Saint-Esprit : elle en est la racine et la source[29]. La grâce est dans l'essence ; les vertus et les dons sont dans les puissances qu'elle vivifie. On peut comparer la grâce à la sève qui monte dans l'arbre, et les vertus aux branches et aux fruits qu'elle fait pousser. C'est précisément ce que le Catéchisme décrit en parlant d'un véritable organisme de la vie surnaturelle.

L'organisme surnaturel : ce que la grâce sanctifiante déploie

Le Catéchisme rassemble en un seul paragraphe lumineux tout ce que la Très Sainte Trinité donne avec la grâce sanctifiante au moment du Baptême :

« La Très Sainte Trinité donne au baptisé la grâce sanctifiante, la grâce de la justification qui : le rend capable de croire en Dieu, d'espérer en Lui et de L'aimer par les vertus théologales ; lui donne de pouvoir vivre et agir sous la motion de l'Esprit Saint par les dons du Saint-Esprit ; lui permet de croître dans le bien par les vertus morales. Ainsi, tout l'organisme de la vie surnaturelle du chrétien a sa racine dans le saint Baptême. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 1266[30]

L'organisme surnaturel : enracinée dans l'essence de l'âme, la grâce sanctifiante déploie les vertus théologales, les dons et les vertus morales. Infographie Ignispedia.

L'expression est précieuse : un organisme, c'est-à-dire un ensemble vivant et articulé, où chaque organe tient sa vie d'une même source. La grâce sanctifiante est cette source ; tout le reste en dérive. Trois grandes réalités y poussent comme des branches sur un même tronc.

Les vertus théologales : foi, espérance, charité

Avec la grâce, Dieu infuse les trois vertus théologales — la foi qui adhère à Dieu révélé, l'espérance qui tend vers lui comme vers notre béatitude, et la charité qui l'aime par-dessus tout. Le concile de Trente l'enseigne expressément : à l'instant de la justification, « l'homme reçoit, infus en même temps, tous les dons suivants : la foi, l'espérance et la charité »[31]. La charité y tient le premier rang, car c'est elle qui « unit parfaitement au Christ » et rend l'âme « membre vivant de son corps »[32]. Une foi sans charité demeure « morte »[33] ; une foi animée par la charité est une foi vivante, « qui opère par la charité »[34]. C'est pourquoi la grâce sanctifiante et la charité sont toujours données ensemble, même si la théologie les distingue.

Les dons du Saint-Esprit

À côté des vertus, l'Esprit dépose ses sept dons (sagesse, intelligence, conseil, force, science, piété, crainte de Dieu), qui rendent l'âme docile et prompte à suivre ses motions. Les vertus nous font agir à notre rythme, sous la conduite de la raison éclairée par la foi ; les dons disposent l'âme à « vivre et agir sous la motion de l'Esprit Saint »[35], avec une souplesse et une promptitude que la seule vertu n'atteindrait pas. Ils sont comme des voiles tendues qui permettent à l'âme de se laisser mener par le souffle divin.

Les vertus morales infuses

Enfin, la grâce « permet de croître dans le bien par les vertus morales »[36]. Avec la grâce, les vertus cardinales elles-mêmes (prudence, justice, force, tempérance) reçoivent une forme nouvelle et infuse, ordonnée non plus seulement à l'équilibre humain mais à la fin surnaturelle. Le tableau suivant récapitule cet organisme et la fonction de chaque étage.

Étage de l'organismeCe qu'il donneSiège dans l'âme
Grâce sanctifianteLa vie divine, la racine de toutL'essence de l'âme
Vertus théologales (foi, espérance, charité)D'adhérer à Dieu, d'espérer en Lui, de L'aimerL'intelligence et la volonté
Dons du Saint-EspritD'agir avec docilité sous la motion de l'EspritLes puissances, mues par l'Esprit
Vertus morales infusesDe croître dans le bien moral en vue du CielLes puissances d'action

Tout cet édifice repose sur un unique fondement. Retirez la grâce sanctifiante — par le péché mortel —, et la charité disparaît avec elle, l'organisme est blessé à mort ; restituez-la — par la pénitence —, et la vie remonte dans toutes les branches. C'est dire l'importance vitale de ce don.

L'inhabitation trinitaire : Dieu vit dans l'âme en grâce

La grâce sanctifiante n'est pas seulement un don de Dieu : elle est inséparable de la présence de Dieu lui-même dans l'âme. C'est ce que la théologie nomme l'inhabitation trinitaire. Là où est la grâce, là est la Trinité qui s'y donne. Jésus l'a promis en propres termes :

« Si quelqu'un m'aime, il gardera ma parole, et mon Père l'aimera, et nous viendrons vers lui, et nous ferons chez lui notre demeure. » — Jésus, Évangile selon saint Jean 14, 23[37]

Temple de l'Esprit, demeure de la Trinité

Saint Paul en tire la conséquence : l'âme en état de grâce est un temple. « Ne savez-vous pas que vous êtes le temple de Dieu, et que l'Esprit de Dieu habite en vous ? »[38] — et encore : « Votre corps est le temple de l'Esprit Saint qui est en vous »[39]. Le Catéchisme rappelle que, par le Baptême, le chrétien devient « temple de l'Esprit Saint »[40]. Cette présence n'est pas la présence générale par laquelle Dieu soutient toute créature dans l'existence : c'est une présence d'amitié, par laquelle Dieu se rend présent à l'âme comme l'aimé à celui qui l'aime, et se donne à connaître et à goûter.

Sainte Élisabeth de la Trinité (1880-1906) a fait de l'inhabitation de la Trinité dans l'âme en grâce le cœur de sa spiritualité.

Sainte Élisabeth de la Trinité, carmélite de Dijon morte en 1906, a fait de cette vérité le centre de toute sa vie spirituelle. Elle invitait les âmes à ne jamais sortir de ce sanctuaire intérieur :

L'inhabitation trinitaire : par la grâce sanctifiante, l'âme devient le temple où la Trinité fait sa demeure. Infographie Ignispedia.

« La Trinité, voilà notre demeure, notre "chez nous", la maison paternelle d'où nous ne devons jamais sortir. » — Sainte Élisabeth de la Trinité, Le Ciel dans la foi, § 2[41]

La déification, fruit de la présence divine

C'est cette présence active qui divinise. « C'est par l'Esprit que nous avons part à Dieu. Par la participation de l'Esprit, nous devenons participants de la nature divine. C'est pourquoi ceux en qui habite l'Esprit sont divinisés », écrit saint Athanase, cité par le Catéchisme[42]. La déification n'est donc pas un état purement statique : elle est le rayonnement, dans l'âme, de la Trinité qui l'habite. Saint Irénée l'avait dit dès le second siècle : le Fils de Dieu s'est fait homme « pour que l'homme... reçoive la filiation divine et devienne fils de Dieu »[43]. Vivre en état de grâce, c'est donc déjà commencer, ici-bas et sous le voile de la foi, la vie même du Ciel : l'union à Dieu qui s'achèvera dans la vision béatifique.

Cette doctrine éclaire la dignité du chrétien et la gravité du péché. Saint Léon le Grand le disait aux baptisés : reconnaissez votre dignité — devenus participants de la nature divine, ne retournez pas à votre ancienne bassesse par une conduite indigne[44]. Perdre la grâce sanctifiante, ce n'est pas enfreindre un règlement : c'est chasser Dieu de sa propre demeure.

Comment reçoit-on la grâce sanctifiante ?

Le Baptême, racine de toute la vie surnaturelle

La grâce sanctifiante est reçue normalement pour la première fois au Baptême sacramentel. C'est l'enseignement constant : le Baptême « ne purifie pas seulement de tous les péchés », il fait du baptisé « une création nouvelle, un fils adoptif de Dieu... participant de la nature divine, membre du Christ... temple de l'Esprit Saint »[45]. C'est pourquoi le Catéchisme conclut que « tout l'organisme de la vie surnaturelle du chrétien a sa racine dans le saint Baptême »[46]. Sans le Baptême, l'âme marquée par le péché originel est privée de cette vie divine ; par le Baptême sacramentel, elle la reçoit gratuitement. L'Église enseigne toutefois que Dieu, qui a lié le salut au Baptême, ne s'est pas lui-même lié à ses sacrements : ceux qui meurent pour la foi sans avoir reçu le Baptême (baptême de sang), les catéchumènes qui meurent en désirant le Baptême (baptême de désir), et même ceux qui, sans faute de leur part, ignorent l'Évangile mais cherchent Dieu sincèrement, peuvent recevoir la grâce et parvenir au salut[47] — Trente l'avait déjà formulé : après la promulgation de l'Évangile, nul ne passe à l'état de grâce « sans le bain de la régénération ou son désir »[48]. (Sur la nécessité et le sens de ce sacrement, voir Le Baptême est-il nécessaire au salut ? et Pourquoi baptiser les bébés ?.)

Les sacrements, canaux de la grâce

Le Baptême donne la grâce ; les autres sacrements l'augmentent, la restaurent ou la fortifient. La Confirmation l'affermit, l'Eucharistie la nourrit et l'accroît, la Pénitence la rend à l'âme qui l'avait perdue, l'Onction des malades la renforce dans l'épreuve. Les sacrements ne sont pas des signes vides : ils « contiennent » et « communiquent » effectivement la grâce qu'ils signifient[49]. Toute la vie sacramentelle est ainsi ordonnée à une seule fin : faire naître, conserver et faire croître en nous la vie divine.

Une grâce réellement infuse, non simplement imputée

Justice infusée contre justice seulement imputée : Trente enseigne que Dieu nous rend vraiment justes, pas seulement réputés justes. Infographie Ignispedia.

Sur ce point se joue une divergence majeure avec une partie de la théologie protestante issue de la Réforme. Dans la doctrine luthérienne classique, ce par quoi le pécheur est justifié devant Dieu — le fondement même de la justification —, c'est la justice du Christ qui lui est imputée et reçue par la foi ; le renouvellement intérieur n'est pas nié, mais il est l'œuvre et le fruit de cette justification, non son fondement. Luther lui-même distingue ainsi une justice « étrangère » (aliena), celle du Christ, reçue par la foi, et une justice « propre », qui en découle comme son fruit[50]. La formule simul justus et peccator (« à la fois juste et pécheur ») ne signifie donc pas que le pécheur ne serait en rien intérieurement transformé : la Déclaration commune catholique-luthérienne sur la doctrine de la justification (1999) confesse ensemble le pardon du péché et le don d'une vie nouvelle (§ 22), une foi justifiante « agissante dans l'amour », qui ne reste pas sans œuvres (§§ 25-26), et précise des deux côtés le sens du « à la fois juste et pécheur » (§§ 28-29)[51]. Pour l'Église catholique, Dieu rend le pécheur réellement juste en infusant dans son âme une justice véritable, qui est le fondement formel de sa justification. Le concile de Trente l'a défini avec une netteté décisive :

« L'unique cause formelle [de la justification] est la justice de Dieu, non pas celle par laquelle il est juste lui-même, mais celle par laquelle il nous fait justes... de sorte que nous ne sommes pas seulement réputés justes, mais nous sommes dits et nous sommes vraiment justes. » — Concile de Trente, session VI, ch. 7[52]

La justice du chrétien est « dite nôtre, parce que nous sommes justifiés par cette justice qui habite en nous »[53]. Cette doctrine ne diminue en rien la gratuité du salut : cette justice reste un pur don de Dieu, méritée par la seule Passion du Christ et reçue gratuitement. Mais elle affirme que le don change réellement celui qui le reçoit. L'examen complet de cette controverse — foi seule, œuvres, mérite — relève de l'article Sommes-nous sauvés par la foi seule ? ; il suffit ici de retenir que la grâce sanctifiante est une réalité infuse, non une fiction juridique.

Peut-on perdre la grâce sanctifiante ?

Oui. La grâce sanctifiante est une vie, et une vie peut mourir. C'est la dimension la plus grave de la doctrine : ce trésor déposé en nous n'est pas inamissible — c'est-à-dire qu'il peut se perdre. Mais l'Église précise exactement par quoi on le perd, et par quoi on le retrouve.

Le péché mortel chasse la vie divine

Une seule chose fait perdre la grâce sanctifiante : le péché mortel. Non n'importe quelle faute, mais le péché qui réunit une matière grave, la pleine conscience et le plein consentement. Le Catéchisme l'énonce sans détour :

« Le péché mortel... entraîne la perte de la charité et la privation de la grâce sanctifiante, c'est-à-dire de l'état de grâce. S'il n'est pas racheté par le repentir et le pardon de Dieu, il cause l'exclusion du Royaume du Christ et la mort éternelle de l'enfer. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 1861[54]

Le concile de Trente avait posé le principe contre ceux qui prétendaient qu'une fois justifié on ne pouvait plus perdre la grâce : « La grâce de la justification, qui a été reçue, se perd non seulement par l'infidélité... mais aussi par n'importe quel péché mortel »[55]. Mais le même concile distingue : l'infidélité — le péché contre la foi — fait perdre, avec la grâce, la foi elle-même ; tout autre péché mortel fait perdre la grâce sans faire perdre la foi. Le pécheur garde alors une foi morte (privée de la charité), ce qui montre bien que la grâce sanctifiante et la charité sont autre chose que la seule foi. Cette perte est radicale : elle ne blesse pas la vie divine, elle la supprime. Voilà pourquoi l'on ne peut communier en état de péché mortel sans s'être d'abord réconcilié.

Le péché véniel la blesse sans la détruire

Le péché mortel chasse la vie divine ; le péché véniel la blesse sans la tuer. Infographie Ignispedia.

Tout péché, en revanche, ne tue pas la grâce. Le péché véniel — faute légère, ou faute grave commise sans pleine conscience ou plein consentement — blesse la charité sans la détruire. Trente l'affirme : même les justes « tombent parfois dans les péchés légers et quotidiens, qu'on appelle aussi véniels », et pourtant « ils ne cessent pas pour autant d'être justes »[56]. L'âme reste vivante, en état de grâce, mais affaiblie, comme un corps sain que la maladie atteint sans le tuer. Toute la différence entre ces deux types de péché — qui commande la vie ou la mort de la grâce — est exposée dans l'article Quelle est la différence entre péché mortel et péché véniel ?.

Comment la recouvrer : la « seconde planche après le naufrage »

La perte de la grâce n'est jamais sans remède tant que l'on vit. Dieu a institué pour cela le sacrement de Pénitence, que les Pères ont appelé d'une image saisissante :

« [Le sacrement de pénitence est] cette seconde planche de salut après le naufrage de la grâce perdue. » — Concile de Trente, session VI, ch. 14[57]

Le Baptême est le navire qui nous portait ; le péché mortel est le naufrage ; la confession est la planche à laquelle le naufragé se raccroche pour regagner le rivage. Par l'absolution, la grâce sanctifiante est rendue tout entière à l'âme repentante[58]. En cas d'urgence et sans confesseur disponible, un acte de contrition parfaite — un repentir né de l'amour de Dieu aimé par-dessus tout — obtient aussitôt le pardon et la grâce, à condition d'inclure la résolution de se confesser dès que possible[59]. La démarche concrète de ce retour est détaillée dans Comment faire une bonne confession ?.

La grâce sanctifiante peut-elle grandir ?

Oui — et c'est l'une des vérités les plus encourageantes de la vie chrétienne. La grâce sanctifiante n'est pas une quantité fixe reçue une fois pour toutes. Elle peut augmenter, et avec elle la charité, jusqu'à des degrés que les saints ont atteints et que nul ne connaît d'avance.

« Davantage justifiés » : la croissance dans la grâce

Le concile de Trente enseigne explicitement cette croissance, contre l'idée d'une justice reçue une fois pour toutes et sans progrès :

« Ceux qui ont été justifiés... croissent dans cette justice reçue par la grâce du Christ, la foi coopérant aux bonnes œuvres, et ils sont davantage justifiés. » — Concile de Trente, session VI, ch. 10[60]

La vie de la grâce sanctifiante : reçue, perdue, recouvrée, augmentée. Infographie Ignispedia.

Trois moyens font principalement grandir la grâce. D'abord les sacrements, surtout l'Eucharistie, qui accroît notre union au Christ et nous préserve des fautes graves[61]. Ensuite la prière, qui obtient « la croissance de la grâce et de la charité »[62]. Enfin les bonnes œuvres faites par charité, par lesquelles l'âme « marche de vertu en vertu » et se renouvelle « de jour en jour »[63]. Plus l'âme aime, plus la grâce augmente ; plus la grâce augmente, plus l'âme peut aimer. C'est un cercle ascendant, sans limite assignable en cette vie.

Le mérite : Dieu couronne ses propres dons

Cette croissance soulève la question du mérite. Comment une créature pourrait-elle « mériter » quelque chose devant Dieu, de qui elle tient tout ? La réponse catholique tient en équilibre deux vérités. D'un côté, « à l'égard de Dieu, il n'y a pas, au sens d'un droit strict, de mérite de la part de l'homme »[64] : personne ne peut mériter la première grâce, celle de la conversion[65]. De l'autre, Dieu a « librement disposé d'associer l'homme à l'œuvre de sa grâce »[66], de sorte que les actes accomplis sous la motion de la charité méritent vraiment la croissance de la grâce et la vie éternelle. Mais ce mérite est lui-même un don :

« La grâce a précédé ; maintenant on rend ce qui est dû... Les mérites sont des dons de Dieu. » — Saint Augustin, Sermon 298[67]

C'est pourquoi le concile de Trente conclut que la bonté de Dieu est si grande « qu'il veut que ses dons soient leurs mérites »[68]. Les saints l'ont toujours su. Sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus, qui voulait paraître devant Dieu « les mains vides », l'exprimait à merveille :

« Au soir de cette vie, je paraîtrai devant vous les mains vides, car je ne vous demande pas, Seigneur, de compter mes œuvres... Je veux donc me revêtir de votre propre Justice et recevoir de votre Amour la possession éternelle de Vous-même. » — Sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus, Acte d'offrande à l'Amour miséricordieux[69]

Tout, dans la vie de la grâce, vient de Dieu et retourne à Dieu : il donne la grâce, il donne d'agir par elle, et il couronne ce qu'il a lui-même opéré.

Peut-on savoir si l'on est en état de grâce ?

Une dernière question inquiète souvent les âmes : puis-je savoir avec certitude que je possède la grâce sanctifiante ? La réponse de l'Église est nuancée, et profondément pacifiante.

Une réalité de foi, non de sentiment

La grâce, étant d'ordre surnaturel, « échappe à notre expérience et ne peut être connue que par la foi »[70]. On ne la sent pas comme on sent une émotion ; on ne peut donc pas s'appuyer sur ses sentiments pour conclure avec une certitude absolue : « je suis sauvé ». Le concile de Trente met en garde contre cette fausse assurance comme contre le découragement qui en serait le revers. Mais cela ne laisse pas l'âme dans l'angoisse : « la considération des bienfaits de Dieu dans notre vie... nous offre une garantie que la grâce est à l'œuvre en nous »[71]. Les fruits révèlent la racine : « C'est à leurs fruits que vous les reconnaîtrez »[72]. Une vie de charité, de paix, de fidélité aux commandements est le signe le plus sûr — sans être une preuve mathématique — que la vie divine demeure.

La confiance plutôt que l'anxiété

Le Catéchisme illustre cette juste attitude par la réponse admirable de sainte Jeanne d'Arc à ses juges qui lui tendaient un piège en lui demandant si elle savait être en état de grâce :

« Si je n'y suis, Dieu m'y veuille mettre ; si j'y suis, Dieu m'y veuille garder. » — Sainte Jeanne d'Arc, au procès de Rouen[73]

Tout est là. Le chrétien n'a pas à osciller entre la présomption (qui croit posséder la grâce comme un dû) et le scrupule (qui doute toujours de l'avoir). Il vit dans une pauvreté confiante : il fait ce qui dépend de lui — fuir le péché mortel, recourir aux sacrements, aimer —, et il s'abandonne à la miséricorde pour le reste. La grâce sanctifiante est le plus grand des dons ; elle est aussi le plus accessible, offert à quiconque le demande par les voies que le Christ a laissées à son Église.

Pour aller plus loin

Notes et références

  1. Deuxième lettre de saint Pierre 2 P 1, 3-4 : Dieu nous a donné « de très grandes et précieuses promesses, afin que par elles vous deveniez participants de la nature divine ». Verset fondateur de la doctrine de la grâce déifiante ; cf. CEC § 1996, qui le cite en tête de l'article sur la grâce.

    1
  2. Catéchisme de l'Église catholique (éd. définitive 1997), § 1999.

    2
  3. Catéchisme de l'Église catholique, § 2000.

    3
  4. Catéchisme de l'Église catholique, § 1266 : « tout l'organisme de la vie surnaturelle du chrétien a sa racine dans le saint Baptême ».

    4
  5. Catéchisme de l'Église catholique, §§ 1257-1260 : le Baptême est nécessaire au salut, mais Dieu lui-même « n'est pas lié à ses sacrements » (§ 1257) ; le baptême du sang (§ 1258) et le baptême du désir des catéchumènes (§ 1259) portent les fruits du Baptême sans être le sacrement ; ceux qui, sans faute de leur part, ignorent l'Évangile mais cherchent Dieu d'un cœur sincère « peuvent parvenir au salut » (§ 1260).

    5 47
  6. Concile de Trente, session VI (13 janvier 1547), Décret sur la justification, ch. 4 (DS 1524 ; traduction propre du latin) : après la promulgation de l'Évangile, le passage à l'état de grâce « ne peut se faire sans le bain de la régénération ou son désir » (sine lavacro regenerationis aut ejus voto).

    6 48
  7. Catéchisme de l'Église catholique, § 1861, sur la perte de la grâce sanctifiante par le péché mortel.

    7
  8. Concile de Trente, session VI (13 janvier 1547), Décret sur la justification, ch. 14 (Denzinger-Schönmetzer 1542) : la pénitence des baptisés tombés dans le péché y est nommée « la seconde planche après le naufrage », selon l'expression des saints Pères — formule qu'on lit notamment chez saint Jérôme, Lettre 130 (rapprochement relevé par saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, IIIa, q. 84, a. 6).

    8
  9. Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, Ia-IIae, q. 110, a. 1, corp. (traduction propre d'après le texte latin, vérifiée sur le texte source) : « tout acte d'amour de Dieu fait naître dans la créature un bien » ; distinction entre l'amour commun (l'être naturel) et l'amour spécial qui élève la créature rationnelle au-dessus de sa nature.

    9
  10. Évangile selon saint Jean 15, 1-5 : « Je suis la vigne, vous êtes les sarments... sans moi vous ne pouvez rien faire. » Image johannique de la vie de la grâce communiquée par le Christ ; cf. CEC § 1988.

    10
  11. Deuxième lettre de saint Pierre 2 P 1, 4, traduction citée par saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, Ia-IIae, q. 110, a. 3, et par le CEC § 1265.

    11
  12. Catéchisme de l'Église catholique, § 1997 : « La grâce est une participation à la vie de Dieu, elle nous introduit dans l'intimité de la vie trinitaire. »

    12
  13. Évangile selon saint Jean 1, 12 : « À tous ceux qui l'ont reçu... il a donné de pouvoir devenir enfants de Dieu. » Cf. CEC § 1996.

    13
  14. Épître aux Romains 8, 14-17 : ceux qui sont conduits par l'Esprit reçoivent un « esprit d'adoption filiale » qui leur fait crier « Abba ! Père ! », et sont « cohéritiers du Christ ». Cf. CEC § 1996.

    14
  15. Catéchisme de l'Église catholique, § 1265 : le baptisé est devenu « participant de la nature divine, membre du Christ et cohéritier avec Lui, temple de l'Esprit Saint ».

    15
  16. Deuxième lettre aux Corinthiens 5, 17-18 : « Si quelqu'un est dans le Christ, c'est une création nouvelle. » Cité par le CEC § 1999.

    16
  17. Saint Athanase d'Alexandrie, De Incarnatione Verbi, 54, 3 (PG 25, 192B), cité par le CEC § 460 : « Le Fils de Dieu s'est fait homme pour nous faire Dieu. »

    17
  18. Saint Thomas d'Aquin, Opuscule 57, office in festo Corporis Christi, leçon 1, cité par le CEC § 460 : « Le Fils unique de Dieu, voulant que nous participions à sa divinité, assuma notre nature, afin que Lui, fait homme, fît les hommes Dieu. »

    18
  19. Catéchisme de l'Église catholique, § 2000, sur la distinction entre grâce habituelle et grâces actuelles.

    19
  20. Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, Ia-IIae, q. 110, a. 2, corp. : Dieu aide l'homme de deux manières — soit en le mouvant à connaître, vouloir ou agir (« un certain mouvement de l'âme », la grâce actuelle), soit en infusant « un don habituel » (la grâce sanctifiante, qui est une qualité).

    20
  21. Catéchisme de l'Église catholique, § 2001, citant saint Augustin, De natura et gratia, 31 (PL 44, 264) : « sa miséricorde nous a devancés pour que nous soyons guéris... car sans lui nous ne pouvons rien faire. »

    21
  22. Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, Ia-IIae, q. 110, a. 1 (traduction propre d'après le texte latin, vérifiée sur le texte source) : « dire de quelqu'un qu'il a la grâce de Dieu, c'est dire qu'une réalité surnaturelle lui est communiquée par Dieu » ; la grâce « pose quelque chose de réel dans l'âme ».

    22
  23. Concile de Trente, session VI (13 janvier 1547), Décret sur la justification, ch. 7 (DS 1528) : la justification « n'est pas seulement rémission des péchés, mais à la fois sanctification et rénovation de l'homme intérieur... Par là, d'injuste l'homme devient juste. »

    23
  24. Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, Ia-IIae, q. 110, a. 2, corp. et sed contra, pour la grâce comme « qualité » et habitus ; la classification comme « première espèce de qualité » se lit à l'a. 3, réponse à la 3e objection ; « la grâce est la beauté de l'âme » (Glose sur Ps 104, 15).

    24
  25. Catéchisme de l'Église catholique, § 2000 : « don habituel, une disposition stable et surnaturelle perfectionnant l'âme même. »

    25
  26. Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, Ia-IIae, q. 110, a. 2, ad 2 (traduction propre d'après le texte latin, vérifiée sur le texte source) : la grâce est « une forme accidentelle de l'âme » par laquelle « l'âme participe à la bonté divine » ; « non pas dans son mode d'être, mais en tant qu'expression ou participation de la bonté divine, [elle] est plus noble que la nature de l'âme ».

    26
  27. Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, Ia-IIae, q. 110, a. 4, corp. (traduction propre d'après le texte latin, vérifiée sur le texte source) : la grâce, antérieure aux vertus, « a aussi un sujet antérieur aux puissances de l'âme ; et ce ne peut être que l'essence de l'âme. »

    27
  28. Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, Ia-IIae, q. 110, a. 4, corp. (citation du corps du texte : traduction propre d'après le latin, vérifiée sur le texte source).

    28
  29. Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, Ia-IIae, q. 110, a. 3 (traduction propre d'après le texte latin, vérifiée sur le texte source) : la grâce diffère des vertus infuses ; elle suppose « une nature plus élevée, à savoir la nature divine participée, qu'on appelle lumière de la grâce » (citant 2 P 1, 4) ; les vertus en découlent comme les puissances découlent de l'essence de l'âme.

    29
  30. Catéchisme de l'Église catholique, § 1266.

    30
  31. Concile de Trente, session VI, ch. 7 (DS 1530) : « l'homme reçoit-il dans la justification même... tous les dons suivants infus en même temps : la foi, l'espérance et la charité » ; la charité de Dieu est « répandue par l'Esprit Saint dans les cœurs » (Rm 5, 5).

    31
  32. Concile de Trente, session VI, ch. 7 (DS 1531) : « la foi à laquelle ne se joignent ni l'espérance ni la charité n'unit pas parfaitement au Christ et ne rend pas membre vivant de son corps. »

    32
  33. Épître de saint Jacques 2, 17. 20. 26 : « la foi sans les œuvres est morte. » Cf. Trente, session VI, ch. 7 (DS 1531).

    33
  34. Épître aux Galates 5, 6 : « la foi qui opère par la charité » (fides quae per caritatem operatur). Cf. Trente, session VI, ch. 7 (DS 1531).

    34
  35. Catéchisme de l'Église catholique, § 1266 : les dons du Saint-Esprit donnent « de pouvoir vivre et agir sous la motion de l'Esprit Saint ».

    35
  36. Catéchisme de l'Église catholique, § 1266 : la grâce « permet de croître dans le bien par les vertus morales ».

    36
  37. Évangile selon saint Jean 14, 23, dans la traduction citée ci-dessus — la traduction liturgique en vigueur (AELF) porte : « Si quelqu'un m'aime, il gardera ma parole ; mon Père l'aimera, nous viendrons vers lui et, chez lui, nous nous ferons une demeure. » Texte classique de l'inhabitation trinitaire.

    37
  38. Première lettre aux Corinthiens 3, 16 : « Ne savez-vous pas que vous êtes le temple de Dieu, et que l'Esprit de Dieu habite en vous ? »

    38
  39. Première lettre aux Corinthiens 6, 19 : « votre corps est le temple de l'Esprit Saint qui est en vous. » Cf. CEC § 1265.

    39
  40. Catéchisme de l'Église catholique, § 1265 : le baptisé devient « temple de l'Esprit Saint » (cf. 1 Co 6, 19).

    40
  41. Sainte Élisabeth de la Trinité (1880-1906), Le Ciel dans la foi, § 2 (in Œuvres complètes, éd. Conrad De Meester, Cerf, 1979-1980 — tome et pagination de cette édition non vérifiés, page retirée) : « La Trinité, voilà notre demeure, notre "chez nous", la maison paternelle d'où nous ne devons jamais sortir. »

    41
  42. Saint Athanase d'Alexandrie, Lettre à Sérapion, 1, 24 (PG 26, 585B), cité par le CEC § 1988 : « C'est par l'Esprit que nous avons part à Dieu... ceux en qui habite l'Esprit sont divinisés. »

    42
  43. Saint Irénée de Lyon, Contre les hérésies, III, 19, 1, cité par le CEC § 460 : le Verbe s'est fait homme « pour que l'homme, en entrant en communion avec le Verbe et en recevant ainsi la filiation divine, devienne fils de Dieu ».

    43
  44. Saint Léon le Grand, Sermon 21, 3 (sur la Nativité), cité par le CEC § 1691 (paraphrase, non citation mot à mot : la fin de phrase diffère de celle du CEC).

    44
  45. Catéchisme de l'Église catholique, § 1265.

    45
  46. Catéchisme de l'Église catholique, § 1266.

    46
  47. Catéchisme de l'Église catholique, § 1127 : « célébrés dignement dans la foi, les sacrements confèrent la grâce qu'ils signifient » ; ils sont « efficaces parce que c'est le Christ lui-même qui y agit ». Cf. § 1131.

    49
  48. Martin Luther, sermon De la double justice (Sermo de duplici iustitia ; WA 2, 145-152) : « deux sortes de justice chrétienne » — la première est une justice « étrangère » (iustitia aliena), celle du Christ, reçue par la foi ; la seconde est la justice « propre » du chrétien, qui en est le fruit.

    50
  49. Déclaration commune sur la doctrine de la justification, Fédération luthérienne mondiale et Église catholique (Conseil pontifical pour la promotion de l'unité des chrétiens), Augsbourg, 31 octobre 1999 : pardon du péché et don d'une vie nouvelle confessés ensemble (§ 22) ; foi justifiante « agissante dans l'amour », qui ne reste pas sans œuvres (§§ 25-26) ; sens du « à la fois juste et pécheur » précisé des deux côtés (§§ 28-29).

    51
  50. Concile de Trente, session VI (13 janvier 1547), ch. 7 (DS 1529 ; DS 1561 est le canon 11 sur la justification par la seule imputation, non le siège de cette citation) : « l'unique cause formelle [de la justification] est la justice de Dieu, non pas celle par laquelle il est juste lui-même, mais celle par laquelle il nous fait justes... nous ne sommes pas seulement réputés justes, mais nous sommes... vraiment justes. » Par « cause formelle », le concile désigne ce qui fait que la justification est ce qu'elle est : non pas un simple regard favorable de Dieu posé sur nous, mais la justice intérieure que Dieu dépose réellement dans l'âme.

    52
  51. Concile de Trente, session VI, ch. 16 (DS 1547) : « cette justice est dite nôtre, parce que nous sommes justifiés par cette justice qui habite en nous. »

    53
  52. Catéchisme de l'Église catholique, § 1861.

    54
  53. Concile de Trente, session VI (13 janvier 1547), ch. 15 (DS 1544 ; traduction propre du latin) : la grâce de la justification reçue se perd « non seulement par l'infidélité — par laquelle se perd aussi la foi elle-même —, mais encore par tout autre péché mortel », qui, lui, laisse subsister la foi (non modo infidelitate, per quam et ipsa fides amittitur, sed etiam quocumque alio mortali peccato, quamvis non amittatur fides).

    55
  54. Concile de Trente, session VI, ch. 11 (DS 1537) : même les justes « tombent parfois... dans les péchés légers et quotidiens, qu'on appelle aussi véniels », mais « ils ne cessent pas pour autant d'être justes. »

    56
  55. Concile de Trente, session VI (13 janvier 1547), Décret sur la justification, ch. 14 (DS 1542) : le sacrement de Pénitence y est nommé « la seconde planche après le naufrage de la grâce perdue », selon l'expression des saints Pères — le concile ne cite nommément aucun Père à cet endroit. La formule se lit notamment chez saint Jérôme, Lettre 130, § 9 ; le CEC § 1446 la rapporte pour sa part à Tertullien (De la pénitence) et renvoie à DS 1542.

    57
  56. Catéchisme de l'Église catholique, § 1446 : le Christ a institué le sacrement de Pénitence « pour tous les membres pécheurs de son Église, en premier lieu pour ceux qui, depuis le Baptême, sont retombés dans le péché grave et ont ainsi perdu la grâce baptismale. »

    58
  57. Catéchisme de l'Église catholique, § 1452 : la contrition « parfaite » (contrition de charité) « obtient le pardon des péchés mortels si elle comporte la ferme résolution de recourir dès que possible à la confession sacramentelle. »

    59
  58. Concile de Trente, session VI, ch. 10 (DS 1535) : les justifiés « croissent dans cette justice reçue par la grâce du Christ... et ils sont davantage justifiés » (cf. Ap 22, 11 ; Si 18, 22 ; Jc 2, 24).

    60
  59. Catéchisme de l'Église catholique, § 1416 (paraphrase, non citation mot à mot : la sainte Communion accroît l'union au Christ et préserve des péchés graves).

    61
  60. Catéchisme de l'Église catholique, § 2010 : sous la motion de l'Esprit Saint et de la charité, « nous pouvons mériter pour nous-mêmes et pour autrui les grâces utiles pour notre sanctification, pour la croissance de la grâce et de la charité. »

    62
  61. Concile de Trente, session VI, ch. 10 (DS 1535), citant 2 Co 4, 16 : les justifiés « se renouvellent de jour en jour » et marchent « de vertu en vertu » (Ps 83, 8).

    63
  62. Catéchisme de l'Église catholique, § 2007 : « À l'égard de Dieu, il n'y a pas, au sens d'un droit strict, de mérite de la part de l'homme. Entre Lui et nous l'inégalité est sans mesure. »

    64
  63. Catéchisme de l'Église catholique, § 2010 : « personne ne peut mériter la grâce première, à l'origine de la conversion, du pardon et de la justification. »

    65
  64. Catéchisme de l'Église catholique, § 2008 : « Le mérite de l'homme auprès de Dieu... provient de ce que Dieu a librement disposé d'associer l'homme à l'œuvre de sa grâce. »

    66
  65. Saint Augustin, Sermon 298, 4-5 (PL 38, 1367), cité par le CEC § 2009 : « La grâce a précédé ; maintenant on rend ce qui est dû... Les mérites sont des dons de Dieu. »

    67
  66. Concile de Trente, session VI, ch. 16 (DS 1548) : la bonté de Dieu envers les hommes est si grande « qu'il veut que ses dons soient leurs mérites. »

    68
  67. Sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus, Acte d'offrande à l'Amour miséricordieux (9 juin 1895), cité par le CEC § 2011.

    69
  68. Catéchisme de l'Église catholique, § 2005 : « Étant d'ordre surnaturel, la grâce échappe à notre expérience et ne peut être connue que par la foi. »

    70
  69. Catéchisme de l'Église catholique, § 2005 : « la considération des bienfaits de Dieu dans notre vie et dans la vie des saints nous offre une garantie que la grâce est à l'œuvre en nous. »

    71
  70. Évangile selon saint Matthieu 7, 20 : « C'est à leurs fruits que vous les reconnaîtrez. » Cf. CEC § 2005.

    72
  71. Sainte Jeanne d'Arc, réponse à ses juges au procès de condamnation (Rouen, 1431), citée par le CEC § 2005 : « Interrogée si elle sait qu'elle soit en la grâce de Dieu, répond : "Si je n'y suis, Dieu m'y veuille mettre ; si j'y suis, Dieu m'y veuille garder." »

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