Pourquoi Jésus devait-il mourir ?

En quel sens Jésus « devait-il » mourir ? Non par contrainte — Dieu, tout-puissant, aurait pu sauver autrement et n'avait pas soif de sang — mais parce que la Croix était la voie la plus vraie et la plus belle : l'amour porté jusqu'à l'extrême. La nécessité et la liberté de la Croix, expliquées par l'Écriture, les Pères, saint Anselme et saint Thomas.

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« Si Dieu voulait nous pardonner, pourquoi ne l'a-t-il pas fait, tout simplement ? Pourquoi la Croix, le sang, la mort d'un innocent ? » La question est ancienne et redoutable. Elle revient dans la bouche de l'enfant au catéchisme comme dans celle de l'incroyant qui trouve le christianisme cruel. Pour beaucoup, l'idée d'un Dieu qui exige la mort de son propre Fils sonne comme une barbarie déguisée en religion.

Cet article prend la question au sérieux, exactement telle qu'elle se pose : en quel sens Jésus « devait-il » mourir ? Dieu était-il obligé ? Avait-il soif de sang ? Ne pouvait-il pas faire autrement ? Nous ne redirons pas ici le dossier complet de la rédemption — il existe déjà : voir Qu'est-ce que la rédemption ? pour la doctrine, et Comment expliquer la Rédemption simplement ? pour la version pédagogique. Notre objet est plus précis : la nécessité et la liberté de la Croix.

La réponse de la foi tient en une tension que tout l'article va déplier : il y avait une vraie nécessité, mais ce n'était pas une contrainte ; et si la mort du Christ nous sauve, ce n'est pas parce qu'elle fait couler du sang, mais parce qu'elle est l'amour porté jusqu'à son extrême. Nous verrons d'abord ce que veut dire ce « il fallait » de l'Évangile, puis ce que la mort de Jésus n'est surtout pas, la réponse de l'Écriture, les grandes explications de la Tradition, pourquoi il fallait précisément la mort, la liberté souveraine du Christ, et enfin pourquoi tout cela reste inachevé sans Pâques.

« Il fallait » : que signifie la nécessité de la Croix ?

Une mort qui n'est pas un accident

Le premier réflexe chrétien n'est pas de justifier la Croix, mais de refuser qu'elle soit un simple fait divers. Dès la Pentecôte, saint Pierre affronte le scandale d'un Messie crucifié en affirmant que cette mort appartient au dessein de Dieu :

« Cet homme, livré selon le dessein bien arrêté et la prescience de Dieu, vous l'avez supprimé en le clouant à la croix par la main des impies. » — Actes des Apôtres 2, 23[1]

Le Catéchisme reprend cette conviction en tête de sa section sur la mort du Christ : « La mort violente de Jésus n'a pas été le fruit du hasard dans un concours malheureux de circonstances. Elle appartient au mystère du dessein de Dieu »[2]. Mais aussitôt, il désamorce le contresens : ce langage « ne signifie pas que ceux qui ont "livré Jésus" n'ont été que les exécutants passifs d'un scénario écrit d'avance par Dieu »[3]. La Croix n'est pas un destin qui écrase des marionnettes : Dieu a permis les actes libres d'hommes aveuglés — Judas, Caïphe, Pilate, la foule — et il a fait servir leur péché même à son dessein de salut[4]. Nécessité, donc, mais d'un genre très particulier, qu'il faut apprendre à nommer.

Le vocabulaire du « il faut » dans le Nouveau Testament

Quatre sens du mot « nécessaire » appliqués à la Croix : absolu, contrainte extérieure, convenance suprême et nécessité conditionnelle. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Les évangiles emploient à propos de la Passion un petit mot grec lourd de sens : deî (δεῖ), « il faut », et son imparfait edei, « il fallait ». Dès sa première annonce de la Passion, Jésus dit qu'il « faut » (deî) que le Fils de l'homme souffre beaucoup, soit rejeté, soit mis à mort et ressuscite après trois jours[5]. Les deux autres annonces redisent le même destin avec d'autres verbes : le Fils de l'homme « livré » aux mains des hommes (Mc 9, 31), puis les futurs de la montée à Jérusalem (Mc 10, 33-34). Au soir de Pâques, le Ressuscité fait le même reproche aux disciples d'Emmaüs :

« Ô cœurs sans intelligence, lents à croire tout ce qu'ont déclaré les prophètes ! Ne fallait-il pas que le Christ souffrît cela pour entrer dans sa gloire ? » — Évangile selon saint Luc 24, 25-26[6]

Ce « il fallait » n'est pas le « il faut bien » de la résignation. C'est la nécessité d'un accomplissement : ce qui devait arriver parce que les Écritures l'annonçaient et parce que l'amour de Dieu s'y était engagé. On la retrouve dans l'image que Jésus donne de sa propre mort à Nicodème : « De même que Moïse éleva le serpent dans le désert, ainsi faut-il (deî) que le Fils de l'homme soit élevé »[7]. La Croix est nécessaire comme est nécessaire l'aboutissement d'une promesse.

Distinguer quatre sens du mot « nécessaire »

Toute la difficulté vient d'un mot piégé. « Nécessaire » ne veut pas dire la même chose selon qu'on parle d'une loi mathématique, d'une contrainte physique, d'un engagement libre ou d'une convenance. Faute de distinguer, on transforme le « il fallait » de l'Évangile en fatalité aveugle — et l'on aboutit au portrait d'un Dieu prisonnier. Le tableau suivant sépare ces sens.

Sens de « nécessaire »Ce que cela voudrait dire pour la CroixEst-ce le bon sens ?
Nécessité absolue (comme 2 + 2 = 4)Dieu était incapable de sauver autrementNon. « Rien n'est impossible à Dieu » (Lc 1, 37) ; il aurait pu sauver autrement[8]
Contrainte extérieure (une loi au-dessus de Dieu)Dieu obéissait à une règle qui le dépassaitNon. Rien n'est au-dessus de Dieu ; il n'est contraint par personne
Nécessité de convenance (la voie la plus juste et la plus belle)La Croix était la manière la plus adaptée de sauver l'hommeOui, c'est le cœur de la réponse (saint Thomas)[9]
Nécessité conditionnelle (une fois le dessein librement décrété)Puisque Dieu a voulu sauver ainsi, il fallait que cela s'accomplisseOui, au sens où l'Écriture parle du « il fallait »[10]

Retenons la clé de tout l'article : la Croix était nécessaire par convenance et par fidélité au dessein librement choisi, jamais par contrainte imposée à Dieu. Nous allons voir pourquoi cette distinction n'est pas un jeu de mots, mais ce qui sépare le vrai Dieu chrétien d'une caricature.

Ce que « devoir mourir » ne veut surtout pas dire

Ce que la Croix n'est pas : non un Père en colère, un Dieu contraint ou une souffrance tarifée, mais l'initiative libre d'un amour qui sauve. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Avant de dire ce qu'est la nécessité de la Croix, il faut arracher trois caricatures qui empoisonnent la question. Tant qu'on ne les a pas défaites, la réponse catholique reste inaudible.

Non, le Père n'avait pas soif de sang

C'est la caricature la plus répandue et la plus toxique : un Dieu furieux, offensé, qui refuserait de pardonner tant qu'une victime n'aurait pas été immolée pour apaiser sa colère. L'Écriture dit rigoureusement l'inverse : ce n'est pas le Fils qui arrache à un Père réticent un pardon de mauvaise grâce, c'est le Père lui-même qui prend l'initiative par amour.

« En ceci consiste l'amour : ce n'est pas nous qui avons aimé Dieu, mais c'est lui qui nous a aimés et qui a envoyé son Fils en victime de propitiation pour nos péchés. » — Première lettre de saint Jean 4, 10[11]

Le Catéchisme insiste : « Il est d'abord un don de Dieu le Père lui-même : c'est le Père qui livre son Fils pour nous réconcilier avec lui »[12]. Et saint Paul le dit d'un mot renversant : « C'est Dieu qui, dans le Christ, se réconciliait le monde »[13]. La Croix ne change pas l'attitude de Dieu envers nous : elle révèle un amour qui nous précédait déjà — « la preuve que Dieu nous aime, c'est que le Christ, alors que nous étions encore pécheurs, est mort pour nous »[14].

Non, Dieu n'était pas prisonnier d'une loi au-dessus de lui

Deuxième caricature, plus subtile : Dieu aurait voulu pardonner, mais une sorte de justice cosmique, supérieure à lui, l'aurait obligé à exiger un paiement avant de le faire. C'est encore une idée fausse. Rien n'est au-dessus de Dieu ; sa justice n'est pas une loi étrangère qui le contraindrait, elle est son propre être. Saint Thomas l'affirme sans détour : Dieu n'avait, « absolument parlant », aucune nécessité de sauver l'homme par la Passion ; il aurait pu le délivrer autrement, car « rien n'est impossible à Dieu »[15]. Nous verrons plus loin en quel sens limité et vrai Anselme a pu parler d'une « nécessité » : jamais celui d'une contrainte pesant sur Dieu, toujours celui de la cohérence entre le pardon et la vérité de notre situation.

Non, la souffrance n'a pas de valeur en elle-même

Troisième caricature, la plus tenace chez les croyants eux-mêmes : imaginer que c'est la quantité de souffrance du Christ qui rachète, comme si le Ciel tenait une comptabilité de la douleur. Ce serait faire de la Passion un tarif à atteindre. Or ce n'est jamais la souffrance qui sauve : c'est l'amour qui l'assume.

« C'est "l'amour jusqu'à la fin" (Jn 13, 1) qui confère sa valeur de rédemption et de réparation, d'expiation et de satisfaction au sacrifice du Christ. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 616[16]

Autrement dit : Jésus ne nous sauve pas parce qu'il souffre, mais parce qu'il aime jusqu'à accepter de souffrir pour nous. La nuance change tout. Une goutte du sang du Christ, dira la tradition, aurait suffi à racheter le monde, tant sa valeur vient de la dignité infinie de celui qui aime — non du volume de douleur[17]. On ne présentera donc jamais la Croix comme un supplice réclamé par Dieu, mais comme l'amour poussé à l'extrême dans un monde qui, lui, réclamait ce supplice.

La réponse de l'Écriture : « mort pour nos péchés selon les Écritures »

Une fois les caricatures écartées, on peut écouter la réponse positive. Elle est d'abord biblique. Le plus ancien résumé de foi chrétienne, que saint Paul dit avoir « reçu », tient en quatre mots décisifs :

« Le Christ est mort pour nos péchés selon les Écritures ; il a été mis au tombeau ; il est ressuscité le troisième jour selon les Écritures. » — Première lettre aux Corinthiens 15, 3-4[18]

Trois clés bibliques de la Passion : le Serviteur souffrant, l'Agneau pascal et la relecture des Écritures par le Ressuscité à Emmaüs. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Selon les Écritures : la mort du Christ n'est pas une improvisation, elle accomplit toute une attente. Trois grandes clés bibliques la rendent intelligible.

Le Serviteur souffrant d'Isaïe 53

Guido Reni, Ecce Homo : le Christ humilié et couronné d'épines, image traditionnelle du Serviteur souffrant. Source : Wikimedia Commons, domaine public.

Sept siècles avant le Christ, le prophète Isaïe décrit un mystérieux « Serviteur » qui sauve non par la force, mais en portant sur lui le mal des autres. La page est si précise que l'Église y a toujours lu l'annonce de la Passion :

« Or ce sont nos souffrances qu'il portait, nos douleurs dont il était chargé... Mais lui, il a été transpercé à cause de nos crimes, écrasé à cause de nos fautes. Le châtiment qui nous donne la paix est tombé sur lui, et dans ses blessures nous trouvons la guérison. » — Isaïe 53, 4-5[19]

Le Serviteur « offre sa vie en sacrifice expiatoire » et « justifie les multitudes en s'accablant lui-même de leurs fautes »[20]. Le Catéchisme souligne que Jésus lui-même a lu sa mission à la lumière de ce texte, et qu'après Pâques il en a donné la clé aux disciples[21]. Isaïe interdit d'avance la caricature du Dieu sanguinaire : le Serviteur ne souffre pas pour apaiser Dieu, il souffre parce qu'il prend sur lui, par solidarité et par amour, le poids qui nous écrasait.

L'Agneau pascal et le sang de l'Alliance

La deuxième clé vient de la Pâque juive. Au soir de la sortie d'Égypte, le sang de l'agneau marquait les maisons des Hébreux et les préservait de la mort[22]. Jean-Baptiste désigne Jésus comme « l'Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde »[23] ; saint Paul écrit : « Le Christ, notre Pâque, a été immolé »[24]. À la Cène, Jésus lui-même donne le sens de son sang versé en reprenant les mots de l'Alliance du Sinaï :

« Ceci est mon sang, le sang de l'Alliance, versé pour la multitude en rémission des péchés. » — Évangile selon saint Matthieu 26, 28[25]

La mort du Christ n'est donc pas d'abord un supplice judiciaire : c'est un sacrifice d'alliance, le sang qui scelle une amitié nouvelle entre Dieu et les hommes. Pour comprendre pourquoi l'Ancien Testament passait par des sacrifices d'animaux — et comment le Christ les accomplit en les abolissant —, voir Pourquoi Dieu demandait-il des sacrifices d'animaux ?.

« Ne fallait-il pas ? » — la relecture du Ressuscité

La troisième clé, c'est le Christ ressuscité lui-même qui la donne. Il ne laisse pas ses disciples deviner : il leur ouvre l'intelligence des Écritures pour montrer que sa Passion était annoncée d'un bout à l'autre de la Bible.

« Il fallait que s'accomplît tout ce qui est écrit de moi dans la loi de Moïse, les Prophètes et les Psaumes... Ainsi est-il écrit que le Christ souffrirait et ressusciterait d'entre les morts le troisième jour. » — Évangile selon saint Luc 24, 44-46[26]

Ce « il fallait » est le même que celui d'Emmaüs. Il ne dit pas que Dieu était coincé ; il dit que Dieu est fidèle : ce qu'il avait promis, il l'a tenu jusqu'au bout. La nécessité de la Croix, au sens biblique, est la nécessité d'une parole donnée qui va jusqu'à son accomplissement.

Les grandes explications de la Tradition

L'Écriture affirme le fait — le Christ est mort pour nous — sans en donner une théorie unique. La Tradition a proposé plusieurs éclairages complémentaires, aucun n'épuisant le mystère. En connaître trois suffit pour répondre avec justesse.

Les Pères : le Christ récapitule et guérit ce qu'il assume

Les Pères de l'Église regardent moins la Croix comme un paiement que comme une guérison et une victoire. Pour saint Irénée (IIᵉ siècle), le Christ « récapitule » en lui toute l'histoire humaine : il refait, en obéissant, le chemin qu'Adam avait faussé en désobéissant, et redresse ainsi l'humanité de l'intérieur[27]. Les Pères grecs y ajoutent un principe célèbre : le Christ ne pouvait guérir que ce qu'il avait assumé. Saint Grégoire de Nazianze le formule d'une phrase devenue un axiome :

« Ce qui n'a pas été assumé n'a pas été guéri ; mais ce qui est uni à Dieu, cela est aussi sauvé. » — Saint Grégoire de Nazianze, Lettre 101 à Clédonius[28]

D'où une première réponse à notre question : le Christ devait assumer notre mort pour la guérir de l'intérieur. Saint Athanase le disait déjà : le Verbe s'est fait homme, et « mortel », précisément pour terrasser la mort en la traversant[29]. Il fallait qu'il entre dans notre mort pour la vaincre du dedans.

Saint Anselme : la satisfaction due à l'honneur de Dieu

La logique de saint Anselme : l'homme doit réparer, Dieu seul peut offrir une valeur infinie, le Dieu-homme satisfait par amour. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Au XIᵉ siècle, saint Anselme de Cantorbéry écrit le traité le plus célèbre sur notre question, au titre limpide : Cur Deus homo, « Pourquoi un Dieu fait homme » (achevé en 1098). Sa logique, dite de la satisfaction, part de la gravité du péché : offenser Dieu crée une dette infinie que l'homme doit réparer, mais qu'il n'a pas les moyens de payer, car toute sa vie est déjà due à Dieu. Seul Dieu pourrait acquitter une dette infinie ; mais c'est l'homme qui la doit. D'où la solution :

« Cette satisfaction, personne ne peut la faire sinon Dieu, et personne ne la doit sinon l'homme : il est donc nécessaire qu'un Dieu-homme la fasse. » — Saint Anselme, Cur Deus homo II, 6[30]

Anselme rend ainsi raison de l'Incarnation et de la Croix : il fallait un homme (pour payer au nom des hommes) qui fût aussi Dieu (pour que le paiement ait une valeur infinie). Sa force est de montrer que le pardon divin n'est pas un simple effacement magique : il prend au sérieux la vérité du mal commis. Sa limite — que la théologie postérieure a soulignée — est que sa « nécessité » reste une nécessité de convenance, non une contrainte imposée à Dieu ; et qu'il faut se garder d'y voir un Père exigeant une compensation, alors que c'est le Père qui donne le Fils.

Saint Thomas : convenance suprême, jamais contrainte

Un siècle et demi plus tard, saint Thomas d'Aquin reprend la question avec une précision décisive, qui répond exactement à notre titre. Il pose d'abord franchement : Dieu était-il obligé de sauver par la Passion ? Sa réponse est non — au sens absolu, Dieu aurait pu délivrer l'homme autrement, « car rien n'est impossible à Dieu »[31]. La nécessité n'existe que conditionnellement : une fois que Dieu a librement décrété de sauver ainsi, et une fois les Écritures données, il fallait que cela s'accomplisse.

Pourquoi, alors, cette voie plutôt qu'une autre ? Parce qu'elle était, dit Thomas, « la plus convenable » (convenientissima). Il en donne cinq raisons, qui forment la meilleure réponse d'ensemble à notre question :

Raison (saint Thomas, ST III, q. 46, a. 3)Ce qu'elle apporte
Elle prouve l'amour de DieuL'homme mesure combien Dieu l'aime, et se trouve porté à l'aimer en retour
Elle donne un modèleObéissance, humilité, constance, justice : le Christ montre le chemin en le parcourant
Elle mérite la grâce et la gloireNon seulement il nous délivre, mais il nous rouvre la vie éternelle
Elle nous engage davantageRachetés à ce prix, nous sommes tenus plus fortement de fuir le péché
Elle relève la dignité de l'hommeLe mal est vaincu par un homme, non par la seule puissance divine : l'homme n'est pas sauvé de l'extérieur, il est associé à sa propre victoire

On voit que, chez Thomas, la Croix n'est jamais un dû arraché à Dieu : c'est le sommet d'une sagesse qui, pouvant sauver de mille façons, choisit celle qui dit le mieux l'amour et honore le plus la liberté de l'homme.

Au-delà d'un simple « paiement »

Le langage du « prix payé » et de la « rançon » est biblique (Mc 10, 45) et précieux, mais il devient dangereux dès qu'on le prend au pied de la lettre — comme si Dieu versait une somme au diable, ou punissait le Fils à la place des coupables. L'Église n'a jamais canonisé la théorie protestante de la « substitution pénale » au sens où Dieu déchargerait sa colère sur un innocent. Pour la nuance entre ce que ce modèle dit de vrai et ce qu'il déforme, voir Qu'est-ce que la substitution pénale ?. Retenons que la substitution catholique est celle de l'obéissance et de l'amour, pas celle du châtiment : « par l'obéissance d'un seul, la multitude sera constituée juste »[32].

Pourquoi la mort — et pas seulement l'Incarnation ?

Pourquoi la mort, et pas seulement l'Incarnation : rejoindre l'homme jusque dans sa mort, prouver l'amour jusqu'au bout, transformer la mort en passage. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Une objection plus fine mérite réponse : si c'est l'amour qui sauve, et si le Christ Dieu-fait-homme vaut infiniment, pourquoi ne pas s'arrêter à l'Incarnation ? Pourquoi la mort était-elle requise ? Trois raisons se répondent.

Rejoindre l'homme jusque dans sa mort

Le mal que le Christ vient guérir ne s'arrête pas au péché : il s'achève dans la mort, entrée dans le monde par le péché[33]. Pour guérir l'homme jusqu'au bout, il fallait donc que le Sauveur descende jusque-là, dans le lieu même de notre défaite. Selon l'axiome patristique, ce qu'il n'assume pas, il ne le guérit pas : en mourant, le Christ prend en main le dernier ennemi pour le retourner de l'intérieur.

« Puisque les enfants ont en commun le sang et la chair, il a voulu, lui aussi, partager la même condition, pour réduire à l'impuissance, par sa mort, celui qui possédait le pouvoir de la mort, c'est-à-dire le diable, et pour délivrer ceux que la peur de la mort tenait toute leur vie en esclavage. » — Épître aux Hébreux 2, 14-15[34]

L'amour prouvé jusqu'à son extrême

Il y a une chose que seule la mort peut prouver : que l'amour va « jusqu'au bout ». On peut dire qu'on aime ; donner sa vie le démontre sans reste possible. Jésus l'a formulé lui-même comme la mesure ultime :

« Il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu'on aime. » — Évangile selon saint Jean 15, 13[35]

Le Catéchisme note que, « ainsi dans la souffrance et dans la mort, son humanité est devenue l'instrument libre et parfait de son amour divin qui veut le salut des hommes »[36]. La mort n'était pas requise comme une souffrance à subir, mais comme le lieu où l'amour pouvait aller aussi loin qu'il est possible d'aller.

Transformer la mort de l'intérieur

Enfin, il fallait que la mort elle-même change de sens. Avant le Christ, mourir était le signe de la défaite et de la séparation d'avec Dieu. En traversant la mort par amour et par obéissance, le Christ en fait un passage vers le Père. La mort n'est pas supprimée — nous mourons encore — mais elle est retournée : de mur, elle devient porte. C'est pourquoi le chrétien peut désormais unir sa propre mort à celle du Christ, sujet développé dans Qu'est-ce que le salut ?.

Il ne l'a pas subie : il s'est donné

La liberté du Christ à Gethsémani : il peut partir, il éprouve l'horreur de la coupe, et il prononce librement son oui. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Tout ce qui précède serait fragile si le Christ avait été une victime passive, écrasée par un mécanisme. Le cœur de la réponse catholique est ici : Jésus n'a pas subi la mort, il s'est offert. La nécessité de la Croix est du côté de sa liberté, non d'une fatalité.

« Personne ne m'enlève la vie »

Jésus revendique explicitement l'initiative de son sacrifice. Il n'est pas pris : il se donne.

« Le Père m'aime parce que je donne ma vie, pour la recevoir de nouveau. Personne ne m'enlève la vie, mais je la donne de moi-même : j'ai le pouvoir de la donner et le pouvoir de la recevoir de nouveau. » — Évangile selon saint Jean 10, 17-18[37]

Le Catéchisme y voit « la souveraine liberté du Fils de Dieu quand il va lui-même vers la mort »[38]. Ce n'est pas un condamné traîné au supplice ; c'est le Prince de la Vie qui, pouvant se dérober — « ne puis-je pas faire appel à mon Père, qui mettrait aussitôt à ma disposition plus de douze légions d'anges ? »[39] —, choisit de rester.

Gethsémani : l'horreur de la mort et le « oui »

El Greco, L'Agonie au jardin : le Christ accepte librement la coupe à Gethsémani. Source : Wikimedia Commons, domaine public.

Cette liberté n'a rien d'une froideur stoïcienne. À Gethsémani, le Christ éprouve toute l'horreur de la mort pour sa nature humaine, et le dit :

« Mon Père, s'il est possible, que cette coupe passe loin de moi ! Cependant, non pas comme je veux, mais comme tu veux. » — Évangile selon saint Matthieu 26, 39[40]

Le Catéchisme commente : « Il exprime ainsi l'horreur que représente la mort pour sa nature humaine », et pourtant, « en acceptant dans sa volonté humaine que la volonté du Père soit faite, il accepte sa mort en tant que rédemptrice »[41]. Voilà le vrai visage de la nécessité de la Croix : non une contrainte extérieure, mais un « oui » libre, arraché dans l'angoisse à un amour plus fort que la peur. C'est ce oui qui sauve, parce qu'il défait, point par point, le non d'Adam.

Un sacrifice offert, pas une exécution imposée

La liturgie a fixé cette vérité dans une formule que la messe redit chaque jour : « Au moment d'être livré et d'entrer librement dans sa Passion... »[42]. Librement : le mot est capital. Sur la Croix, deux choses coïncident — le crime des hommes qui tuent un innocent, et le don de l'innocent qui s'offre. Les mêmes clous, deux réalités opposées. Les hommes commettent un meurtre ; le Christ accomplit un sacrifice. C'est pourquoi la Croix peut être à la fois le plus grand péché de l'histoire et le plus grand acte d'amour de l'histoire. Répondre « Jésus devait mourir » ne signifie donc jamais « Dieu a voulu un meurtre », mais « l'Amour a voulu se donner, même à travers le pire que les hommes pouvaient lui faire ».

La mort seule ne suffit pas : sans la Résurrection…

Il faut enfin corriger une manière tronquée de poser la question. Demander « pourquoi Jésus devait-il mourir ? » sans parler de Pâques, c'est s'arrêter au tombeau. Or la foi n'annonce jamais une mort seule : elle annonce une Pâque, c'est-à-dire un passage de la mort à la vie.

Croix et Résurrection forment un seul mystère pascal : livré pour nos fautes, ressuscité pour notre justification. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

« Jésus notre Seigneur… a été livré pour nos fautes, et il est ressuscité pour notre justification. » — Épître aux Romains 4, 24-25[43]

Saint Paul est catégorique : « Si le Christ n'est pas ressuscité, votre foi est vaine, vous êtes encore dans vos péchés »[44]. La mort du Christ rachète parce qu'elle débouche sur la Résurrection : c'est le même mystère pascal en deux temps. Séparer la Croix de Pâques, ce serait faire du christianisme un culte de la souffrance ; les unir, c'est comprendre que le Christ n'est pas mort pour mourir, mais pour traverser la mort et nous y ouvrir un passage. Ce point décisif est développé dans Pourquoi la résurrection de Jésus est-elle essentielle ?.

Alors, « devait-il » mourir ? La réponse en une phrase

Devait-il mourir ? Non par fatalité ou contrainte ; oui par convenance, fidélité au dessein et amour librement donné. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

On peut maintenant répondre nettement, en tenant les deux bouts de la tension.

Non, au sens où Dieu aurait été contraint : il n'avait pas soif de sang, il n'obéissait à aucune loi supérieure, il aurait pu, tout-puissant, sauver autrement. Toute réponse qui ferait de la Croix une exigence imposée à Dieu est fausse.

Oui, au sens où cette voie était la plus vraie et la plus belle : elle accomplit les Écritures, elle rejoint l'homme jusque dans sa mort pour la guérir, elle honore la gravité du mal sans jamais cesser d'être un don, et surtout elle prouve, jusqu'à l'extrême où l'on ne peut aller plus loin, que Dieu nous aime. La nécessité de la Croix est celle de l'amour qui va « jusqu'au bout » (Jn 13, 1) — une nécessité qui ne vient pas d'une contrainte pesant sur Dieu, mais de la logique intérieure d'un amour qui ne veut rien nous épargner de lui-même.

La question « pourquoi Jésus devait-il mourir ? » peut faire l'effet d'un scandale. Bien comprise, elle est le contraire d'un scandale : elle est la mesure d'un amour qui, pouvant rester à distance, a choisi de descendre jusqu'à notre mort pour nous en tirer. « Il n'y a pas de plus grand amour. »

Pour aller plus loin

Notes et références

  1. Actes des Apôtres 2, 23, discours de saint Pierre à la Pentecôte : « Cet homme, livré selon le dessein bien arrêté et la prescience de Dieu, vous l'avez supprimé en le clouant à la croix par la main des impies. » Cité par le Catéchisme de l'Église catholique, § 599.

    1
  2. Catéchisme de l'Église catholique (éd. définitive 1997), § 599 : « La mort violente de Jésus n'a pas été le fruit du hasard dans un concours malheureux de circonstances. Elle appartient au mystère du dessein de Dieu » — mais « ce langage biblique ne signifie pas que ceux qui ont "livré Jésus" n'ont été que les exécutants passifs d'un scénario écrit d'avance par Dieu. »

    2 3
  3. Catéchisme de l'Église catholique, § 600 : « Il établit donc son dessein éternel de "prédestination" en y incluant la réponse libre de chaque homme à sa grâce » ; il « a permis les actes issus de leur aveuglement en vue d'accomplir son dessein de salut » (cf. Ac 4, 27-28 ; 3, 17-18).

    4
  4. Le verbe grec deî (δεῖ, « il faut ») ouvre la première annonce de la Passion : Mc 8, 31 (« le Fils de l'homme doit — deî — beaucoup souffrir, être rejeté… être tué et, après trois jours, ressusciter »), et ses parallèles Mt 16, 21 et Lc 9, 22. Les deux autres annonces (Mc 9, 31 ; 10, 33-34) annoncent le même destin sans deî : le Fils de l'homme « livré » (paradidotai, présent), puis « livré » au futur (paradothêsetai) sur la route de Jérusalem. Il ne s'agit pas d'un destin aveugle mais de la nécessité d'accomplir le dessein révélé de Dieu.

    5
  5. Évangile selon saint Luc 24, 25-26, aux disciples d'Emmaüs : « Ô cœurs sans intelligence, lents à croire tout ce qu'ont déclaré les prophètes ! Ne fallait-il pas (grec ouchi edei) que le Christ souffrît cela pour entrer dans sa gloire ? »

    6
  6. Évangile selon saint Jean 3, 14-15 : « De même que Moïse éleva le serpent dans le désert, ainsi faut-il (grec deî) que le Fils de l'homme soit élevé, afin que quiconque croit en lui ait la vie éternelle. » L'« élévation » désigne à la fois la Croix et la glorification.

    7
  7. Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, IIIᵃ pars, q. 46, a. 2 : une chose peut être dite possible ou impossible « absolument » ou « par supposition ». Absolument parlant, Dieu aurait pu délivrer l'homme autrement que par la Passion, « car rien n'est impossible à Dieu » (Lc 1, 37). Ce n'est que par supposition — une fois posés la prescience et le décret divin, et les prophéties données — qu'il devenait nécessaire que la Passion s'accomplît. La « nécessité » de la Croix est donc conditionnelle, jamais absolue.

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  8. Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, IIIᵃ pars, q. 46, a. 3 : « Il était plus convenable (convenientius) que nous soyons délivrés par la Passion du Christ que par la seule volonté de Dieu. » Thomas énumère cinq motifs de convenance (amour manifesté, exemple de vertu, mérite de la grâce et de la gloire, engagement plus fort à fuir le péché, dignité de l'homme relevée), résumés dans le tableau ci-dessus.

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  9. Première lettre de saint Jean 4, 10 : « En ceci consiste l'amour : ce n'est pas nous qui avons aimé Dieu, mais c'est lui qui nous a aimés et qui a envoyé son Fils en victime de propitiation pour nos péchés. » Cité par le CEC § 604 et § 620 : l'initiative de l'amour rédempteur revient à Dieu.

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  10. Catéchisme de l'Église catholique, § 614 : « Ce sacrifice du Christ est unique… Il est d'abord un don de Dieu le Père lui-même : c'est le Père qui livre son Fils pour nous réconcilier avec lui » (cf. 1 Jn 4, 10).

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  11. Deuxième lettre aux Corinthiens 5, 19 : « C'est Dieu qui, dans le Christ, se réconciliait le monde, ne tenant plus compte aux hommes de leurs fautes. » Cité par le CEC § 620.

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  12. Épître aux Romains 5, 8 : « La preuve que Dieu nous aime, c'est que le Christ, alors que nous étions encore pécheurs, est mort pour nous. » Cité par le CEC § 604.

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  13. Catéchisme de l'Église catholique, § 616 : « C'est "l'amour jusqu'à la fin" (Jn 13, 1) qui confère sa valeur de rédemption et de réparation, d'expiation et de satisfaction au sacrifice du Christ… Aucun homme, fût-il le plus saint, n'était en mesure de prendre sur lui les péchés de tous les hommes et de s'offrir en sacrifice pour tous. »

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  14. L'idée que « une goutte de son sang aurait suffi » (tant sa valeur vient de la dignité infinie de la Personne divine du Fils) est un lieu classique de la théologie, chanté par l'hymne eucharistique Adoro te devote attribuée à saint Thomas d'Aquin : « Pie pelicane… cuius una stilla salvum facere / totum mundum quit ab omni scelere » (« une seule goutte peut sauver le monde entier de tout péché »). Cf. aussi saint Thomas d'Aquin, ST IIIᵃ, q. 48, a. 2 : la Passion du Christ est non seulement une satisfaction suffisante, mais surabondante pour les péchés du genre humain (texte latin : « passio Christi non solum sufficiens, sed etiam superabundans satisfactio fuit pro peccatis humani generis », cf. 1 Jn 2, 2).

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  15. Première lettre aux Corinthiens 15, 3-4 : « Je vous ai transmis avant tout ce que j'avais moi-même reçu : le Christ est mort pour nos péchés selon les Écritures ; il a été mis au tombeau ; il est ressuscité le troisième jour selon les Écritures. » Considéré comme un credo pré-paulinien, l'un des plus anciens résumés de foi chrétienne. Cité par le CEC § 601 et § 619.

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  16. Isaïe 53, 4-5 (quatrième chant du Serviteur souffrant), traduction liturgique : « Or ce sont nos souffrances qu'il portait, nos douleurs dont il était chargé… Mais lui, il a été transpercé à cause de nos crimes, écrasé à cause de nos fautes. Le châtiment qui nous donne la paix est tombé sur lui, et dans ses blessures nous trouvons la guérison. »

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  17. Isaïe 53, 10-12 : le Serviteur « offre sa vie en sacrifice de réparation » et « justifie les multitudes, lui qui s'est chargé de leurs fautes. » Cité par le CEC § 615 et § 623 pour interpréter l'obéissance rédemptrice du Christ.

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  18. Catéchisme de l'Église catholique, § 601 : « Ce dessein divin de salut par la mise à mort du "Serviteur, le Juste" (Is 53, 11) avait été annoncé par avance dans l'Écriture comme un mystère de rédemption universelle » ; « Jésus lui-même a présenté le sens de sa vie et de sa mort à la lumière du Serviteur souffrant » (cf. Mt 20, 28 ; Lc 24, 25-27. 44-45).

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  19. Exode 12, 1-14 : institution de la Pâque ; le sang de l'agneau, mis sur les portes, préserve les Hébreux de la mort lors de la dixième plaie. Type de la Pâque du Christ (cf. CEC § 608 ; Jn 19, 36 ; 1 Co 5, 7).

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  20. Évangile selon saint Jean 1, 29 : « Voici l'Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde. » Jean-Baptiste relie le Christ au Serviteur souffrant d'Isaïe 53 et à l'agneau pascal de l'Exode (cf. CEC § 608).

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  21. Première lettre aux Corinthiens 5, 7 : « Le Christ, notre Pâque, a été immolé. »

    24
  22. Évangile selon saint Matthieu 26, 28, paroles de l'institution de l'Eucharistie : « Ceci est mon sang, le sang de l'Alliance, versé pour la multitude en rémission des péchés. » Écho de l'Alliance du Sinaï (Ex 24, 8). Cf. CEC § 610 et § 613.

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  23. Évangile selon saint Luc 24, 44-46 : « Il fallait que s'accomplît tout ce qui est écrit de moi dans la loi de Moïse, les Prophètes et les Psaumes… Ainsi est-il écrit que le Christ souffrirait et ressusciterait d'entre les morts le troisième jour. »

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  24. Saint Irénée de Lyon (IIᵉ s.), Adversus haereses III, 18, 1 ; V, 21, 1 : doctrine de la récapitulation (grec anakephalaiôsis, cf. Ep 1, 10). Le Christ « récapitule » en lui l'humanité et refait, par son obéissance jusqu'à la Croix, le chemin qu'Adam avait faussé par sa désobéissance, redressant ainsi l'homme de l'intérieur. Cf. CEC § 518.

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  25. Saint Grégoire de Nazianze, Lettre 101, à Clédonius contre Apollinaire (PG 37, 181-182) : « Ce qui n'a pas été assumé n'a pas été guéri ; mais ce qui est uni à Dieu, cela est aussi sauvé » (« Τὸ γὰρ ἀπρόσληπτον, ἀθεράπευτον· ὃ δὲ ἥνωται τῷ Θεῷ, τοῦτο καὶ σῴζεται »). Axiome fondamental de la sotériologie patristique. Cf. CEC § 471.

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  26. Saint Athanase d'Alexandrie, De incarnatione Verbi 8-9 : le Verbe prend un corps « capable de mourir » pour, en le livrant à la mort, abolir la mort de ceux qui lui sont unis. Cf. CEC § 460, qui cite Athanase (De inc. 54, 3) : « Le Fils de Dieu s'est fait homme pour nous faire Dieu. »

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  27. Saint Anselme de Cantorbéry (1033-1109), Cur Deus homo (« Pourquoi un Dieu fait homme », achevé en 1098), livre II, ch. 6 : « Cette satisfaction, personne ne peut la faire sinon Dieu, et personne ne la doit sinon l'homme : il est donc nécessaire qu'un Dieu-homme la fasse » (texte latin : « Si ergo, sicut constat, necesse est ut de hominibus perficiatur illa superna civitas, nec hoc esse valet, nisi fiat praedicta satisfactio, quam nec potest facere nisi Deus nec debet nisi homo : necesse est ut eam faciat Deus-homo »). La « nécessité » dont parle Anselme est une nécessité de convenance découlant du dessein de Dieu, non une contrainte extérieure imposée à Dieu.

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  28. Épître aux Romains 5, 19 : « Comme par la désobéissance d'un seul la multitude a été constituée pécheresse, ainsi par l'obéissance d'un seul la multitude sera constituée juste. » Cité par le CEC § 615 : Jésus substitue son obéissance à notre désobéissance — substitution d'amour, non de châtiment.

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  29. Épître aux Romains 5, 12 : « Par un seul homme, le péché est entré dans le monde, et par le péché la mort. » Cf. CEC § 602 et § 1008 : la mort corporelle est une conséquence du péché.

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  30. Épître aux Hébreux 2, 14-15 : « Puisque les enfants ont en commun le sang et la chair, il a voulu, lui aussi, partager la même condition, pour réduire à l'impuissance, par sa mort, celui qui possédait le pouvoir de la mort, c'est-à-dire le diable, et pour délivrer ceux que la peur de la mort tenait toute leur vie en esclavage. »

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  31. Évangile selon saint Jean 15, 13 : « Il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu'on aime. » Cité par le CEC § 609 pour qualifier l'amour rédempteur du Christ, qui « les a aimés jusqu'à la fin » (Jn 13, 1).

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  32. Catéchisme de l'Église catholique, § 609 : « Ainsi dans la souffrance et dans la mort, son humanité est devenue l'instrument libre et parfait de son amour divin qui veut le salut des hommes… "Personne ne m'enlève la vie, mais je la donne de moi-même" (Jn 10, 18). D'où la souveraine liberté du Fils de Dieu quand il va lui-même vers la mort. »

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  33. Évangile selon saint Jean 10, 17-18 : « Le Père m'aime parce que je donne ma vie, pour la recevoir de nouveau. Personne ne m'enlève la vie, mais je la donne de moi-même : j'ai le pouvoir de la donner et le pouvoir de la recevoir de nouveau. »

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  34. Évangile selon saint Matthieu 26, 53, à l'arrestation : « Penses-tu que je ne puisse faire appel à mon Père, qui mettrait aussitôt à ma disposition plus de douze légions d'anges ? » Preuve que le Christ n'est pas prisonnier des événements : il choisit de ne pas se dérober.

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  35. Évangile selon saint Matthieu 26, 39, à Gethsémani : « Mon Père, s'il est possible, que cette coupe passe loin de moi ! Cependant, non pas comme je veux, mais comme tu veux. » Cf. CEC § 612.

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  36. Catéchisme de l'Église catholique, § 612 : à Gethsémani, « Il exprime ainsi l'horreur que représente la mort pour sa nature humaine » ; « en acceptant dans sa volonté humaine que la volonté du Père soit faite, il accepte sa mort en tant que rédemptrice pour "porter lui-même nos fautes dans son corps sur le bois" (1 P 2, 24). »

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  37. Missel romain, Prière eucharistique II, récit de l'institution : « Au moment d'être livré et d'entrer librement dans sa Passion, il prit le pain… » (latin : « Qui, cum Passioni voluntarie traderetur, accepit panem… »). Le latin voluntarie porte bien le « librement » du français : la liturgie souligne le caractère librement consenti du sacrifice du Christ.

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  38. Épître aux Romains 4, 24-25 : Jésus notre Seigneur « a été livré pour nos fautes, et il est ressuscité pour notre justification. » Cf. CEC § 654 : la Résurrection ouvre l'accès à une vie nouvelle.

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  39. Première lettre aux Corinthiens 15, 17 : « Si le Christ n'est pas ressuscité, votre foi est sans valeur, vous êtes encore dans vos péchés. » Cf. CEC § 651.

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