De toutes les questions de foi, celle-ci est peut-être la plus décisive. On peut retrancher beaucoup de choses au christianisme sans le détruire : une dévotion, une coutume, une opinion théologique discutée. Mais qu'on retire la résurrection de Jésus, et il ne reste plus rien — ni Église, ni sacrements, ni espérance, ni même une raison de se réunir le dimanche. Le christianisme n'est pas d'abord une morale, une sagesse ou une culture : c'est l'annonce qu'un homme, crucifié un vendredi, est réellement sorti vivant du tombeau le surlendemain, et que cela change tout.
C'est saint Paul lui-même qui a posé l'enjeu dans les termes les plus radicaux qui soient. Il n'a pas écrit que la Résurrection était importante, ou belle, ou réconfortante : il a écrit que, sans elle, la foi est vide et les chrétiens sont « les plus à plaindre de tous les hommes »[1]. Peu de religions acceptent ainsi de mettre leur crédibilité en jeu sur un fait vérifiable. Le christianisme, lui, le fait : il accepte de tomber si ce fait est faux.
Cet article ne cherche pas d'abord à prouver la Résurrection — c'est l'objet d'un dossier distinct — mais à répondre à une question plus fondamentale encore : pourquoi est-elle essentielle ? Pourquoi l'Église en fait-elle « la vérité culminante de notre foi »[2] plutôt qu'un heureux dénouement ? Nous verrons qu'elle est à la fois la preuve de l'identité de Jésus, l'achèvement de notre salut, et le fondement de notre propre espérance de vie éternelle. Retirez-la, et chacune de ces trois colonnes s'effondre.
« Si le Christ n'est pas ressuscité… » : le pari le plus audacieux de l'histoire
La phrase de saint Paul qui met tout en jeu
Vers l'an 55, écrivant aux chrétiens de Corinthe troublés par ceux qui niaient la résurrection des morts, saint Paul construit l'argument le plus vertigineux du Nouveau Testament. Il ne défend pas la Résurrection comme une doctrine parmi d'autres : il montre qu'elle est le fil qui, si on le coupe, fait tomber toute la tapisserie.
« Et si le Christ n'est pas ressuscité, notre proclamation est sans contenu, votre foi aussi est sans contenu. [...] Et si le Christ n'est pas ressuscité, votre foi est sans valeur, vous êtes encore sous l'emprise de vos péchés. [...] Si nous avons mis notre espoir dans le Christ pour cette vie seulement, nous sommes les plus à plaindre de tous les hommes. » — Saint Paul, 1 Corinthiens 15, 14.17.19[3]
Il faut mesurer l'audace de ces lignes. Un fondateur de religion cherche d'ordinaire à mettre son message à l'abri de toute réfutation, en le plaçant dans le domaine des sentiments ou des symboles. Paul fait l'inverse : il expose sa foi à la réfutation. Il dit, en substance : si vous prouvez que Jésus est resté au tombeau, alors j'ai menti, ma prédication est creuse, et vous avez raison de nous plaindre. C'est le langage d'un homme convaincu de parler d'un fait, non d'une belle idée.
Une foi qui se joue sur un événement
Cette structure est singulière parmi les grandes traditions religieuses. On peut être bouddhiste sans que l'existence historique du Bouddha soit déterminante ; on peut suivre une sagesse stoïcienne indépendamment de la biographie de Sénèque. Le contenu tient par lui-même. Le christianisme, lui, ne tient que si un événement daté a eu lieu : la sortie du tombeau au matin de Pâques.
C'est pourquoi Paul, dans le même chapitre, prend soin de rappeler d'abord une liste de témoins — Pierre, les Douze, « plus de cinq cents frères à la fois », Jacques, puis lui-même — dont la plupart, précise-t-il, « sont encore vivants »[4], c'est-à-dire vérifiables. On ne renvoie pas à des témoins vivants pour appuyer une métaphore. L'apôtre s'appuie sur ce qu'il présente comme un dossier factuel, transmis « en premier lieu » comme le cœur de la tradition reçue[5].
L'enjeu n'est donc pas seulement doctrinal, il est existentiel. Si la Résurrection est vraie, alors la mort a été vaincue en un point de l'histoire, et cette victoire nous concerne ; si elle est fausse, le christianisme n'est qu'une consolation touchante bâtie sur une illusion. Il n'y a pas de position intermédiaire confortable. C'est ce tranchant que la suite de l'article va explorer.
Pourquoi la Résurrection est la clé de voûte de la foi
« La vérité culminante de notre foi »
Le Catéchisme reprend exactement cette hiérarchie paulinienne. Il ne range pas la Résurrection parmi les articles secondaires : il en fait le sommet vers lequel tout converge.
« La Résurrection de Jésus est la vérité culminante de notre foi dans le Christ, crue et vécue comme vérité centrale par la première communauté chrétienne, transmise comme fondamentale par la Tradition, établie par les documents du Nouveau Testament, prêchée comme partie essentielle du Mystère pascal en même temps que la Croix. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 638[6]
Une clé de voûte est cette pierre centrale d'une arche qui, seule, empêche toutes les autres de s'écrouler : retirez-la, et l'édifice entier s'effondre d'un bloc. Telle est la Résurrection dans la structure de la foi. Elle ne s'ajoute pas à la Croix comme un épilogue heureux ; elle est ce qui révèle le sens de la Croix et empêche qu'elle ne soit qu'une exécution de plus.
Sans la Résurrection, quatre colonnes tombent d'un coup
Le raisonnement de saint Paul en 1 Corinthiens 15 peut se déplier en une série de conséquences. Chacune montre qu'un pan entier du christianisme dépend de la Résurrection.
| Si le Christ n'est PAS ressuscité… | …alors | Verset |
|---|---|---|
| la prédication apostolique est creuse | l'Évangile n'annonce rien de réel | 1 Co 15, 14 |
| la foi est vaine | croire ne sert à rien | 1 Co 15, 14.17 |
| nous sommes encore dans nos péchés | le pardon n'a pas eu lieu | 1 Co 15, 17 |
| les défunts chrétiens ont péri | il n'y a pas de vie éternelle | 1 Co 15, 18 |
| les apôtres sont de faux témoins de Dieu | ils ont menti sur Dieu lui-même | 1 Co 15, 15 |
Ce tableau n'est pas une exagération rhétorique : c'est la logique même de l'apôtre. Le pardon des péchés, la valeur de la foi, la vérité de la prédication, l'espérance des défunts — tout est suspendu au même fait. C'est précisément ce qui interdit de traiter la Résurrection comme une image édifiante : on ne fonde pas le salut du monde sur une métaphore.
Ni mythe, ni symbole : un événement réel
Face à cet enjeu, une tentation moderne consiste à « sauver » la Résurrection en la vidant de sa réalité : elle serait un symbole de renouveau intérieur, la survie de la « cause de Jésus », ou la naissance de la foi dans le cœur des disciples. Cette relecture croit rendre service à la foi ; en vérité elle la détruit, car elle réintroduit exactement ce que Paul déclarait fatal : un Christ qui, en réalité, n'est pas ressuscité.
L'Église a toujours tenu fermement le caractère réel et corporel de l'événement, tout en refusant de le réduire à un simple retour à la vie terrestre :
« Le mystère de la résurrection du Christ est un événement réel qui a eu des manifestations historiquement constatées comme l'atteste le Nouveau Testament. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 639[7]
Le Catéchisme précise que, « devant ces témoignages, il est impossible d'interpréter la Résurrection du Christ en dehors de l'ordre physique »[8]. Le Ressuscité mange devant les siens, montre ses plaies, se laisse toucher : son corps est réel. Mais il n'est plus soumis à la mort, il traverse les portes closes, il n'est pas toujours reconnu aussitôt : c'est un corps glorifié, entré dans un mode d'existence nouveau. La Résurrection n'est donc pas une réanimation, comme celle de Lazare qui devait remourir ; c'est le passage à « une vie qui n'est plus soumise à la loi de la mort ». Elle reste, à ce titre, un événement à la fois historiquement attesté et transcendant, « au cœur du mystère de la foi »[9].
La Résurrection valide l'identité et la mission de Jésus
La confirmation de tout ce qu'il a fait et enseigné
Jésus, durant sa vie, a fait des affirmations proprement inouïes : il pardonne les péchés, se dit maître du sabbat, s'égale au Père, annonce qu'il jugera les vivants et les morts. De deux choses l'une : ou bien c'était un blasphémateur, comme le pensait le Sanhédrin, ou bien c'était vrai. La Croix, à elle seule, ne tranche pas : un condamné qui meurt semble démenti. La Résurrection tranche. Elle est le sceau par lequel le Père authentifie son Fils.
« La Résurrection constitue avant tout la confirmation de tout ce que le Christ lui-même a fait et enseigné. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 651[10]
C'est déjà l'argument de la première prédication chrétienne. Le jour de la Pentecôte, Pierre proclame : « Ce Jésus, Dieu l'a ressuscité ; nous tous, nous en sommes témoins »[11], et il en conclut que Dieu l'a fait « Seigneur et Christ ». La Résurrection n'est pas présentée comme un prodige isolé : elle est l'acte de Dieu qui valide rétroactivement toute la vie et toutes les paroles de Jésus.
Le sceau de sa divinité
Le Nouveau Testament va plus loin encore : la Résurrection ne confirme pas seulement la véracité d'un prophète, elle manifeste la divinité du Fils. Saint Paul ouvre l'épître aux Romains en présentant Jésus « établi dans sa puissance de Fils de Dieu par sa résurrection d'entre les morts »[12].
« La vérité de la divinité de Jésus est confirmée par sa Résurrection. Il avait dit : "Quand vous aurez élevé le Fils de l'homme, alors vous comprendrez que moi, JE SUIS." La Résurrection du Crucifié a montré qu'Il était vraiment "JE SUIS", le Fils de Dieu et Dieu lui-même. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 653[13]
C'est pourquoi la foi chrétienne n'oppose jamais le Vendredi saint et le matin de Pâques : le même qui est « crucifié dans sa faiblesse » est « vivant par la puissance de Dieu »[14]. La Résurrection ne corrige pas la Croix, elle en dévoile la vraie nature : non pas une défaite subie, mais une offrande librement consentie que le Père accueille et couronne.
La réponse du Père à l'obéissance du Fils
Il y a en effet un ordre dans le mystère pascal. Le Fils s'abaisse jusqu'à « la mort, et la mort de la croix » ; le Père le « souverainement élevé »[15]. La Résurrection est le geste par lequel Dieu répond à l'anéantissement volontaire du Christ. C'est la logique même que saint Thomas d'Aquin place en tête des raisons de la Résurrection : elle sert d'abord « à faire éclater la justice divine, à laquelle il appartient d'exalter ceux qui s'humilient pour Dieu »[16]. Ce que la foule voyait comme l'écrasement d'un imposteur était en réalité l'abaissement d'un Dieu ; la Résurrection le manifeste au grand jour.
La Résurrection achève notre salut
Mort ET Résurrection : le double aspect du mystère pascal
On dit parfois, par raccourci, que « Jésus nous a sauvés par sa mort sur la Croix ». C'est vrai, mais incomplet. Le salut n'est pas accompli par la mort seule ; il l'est par la Pâque tout entière, mort et résurrection, comme les deux versants d'un unique passage. L'Église articule les deux avec une grande précision :
« Il y a un double aspect dans le Mystère pascal : par sa mort il nous libère du péché, par sa Résurrection il nous ouvre l'accès à une nouvelle vie. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 654[17]
Pour comprendre pourquoi la mort du Christ nous libère du péché, on se reportera aux articles voisins qui traitent la Croix et la Rédemption pour elles-mêmes : Pourquoi Jésus devait-il mourir ? et Comment expliquer la Rédemption simplement ?. Le présent article se concentre sur l'autre versant, souvent négligé : ce que la Résurrection ajoute au salut, et sans quoi la Croix resterait inachevée.
« Ressuscité pour notre justification »
La formule décisive tient en un seul verset de saint Paul, d'une densité extraordinaire :
« Jésus notre Seigneur, [...] livré pour nos fautes, et ressuscité pour notre justification. » — Saint Paul, Romains 4, 24-25[18]
Deux prépositions, deux mouvements. Il est « livré pour nos fautes » : sa mort efface la dette. Il est « ressuscité pour notre justification » : sa vie nouvelle nous communique la vie de Dieu, nous fait passer de la mort du péché à la vie de la grâce. La Croix nous libère du péché ; la Résurrection nous donne la vie nouvelle. C'est ce que résume le Catéchisme : la Résurrection « nous ouvre l'accès à une nouvelle vie », celle de la justification qui « nous fait rentrer dans la grâce de Dieu » et accomplit « l'adoption filiale car les hommes deviennent frères du Christ »[19]. Sur ce que signifie exactement être justifié et sauvé, voir Qu'est-ce que le salut ? et Sommes-nous sauvés par la foi seule ?.
Les cinq raisons de saint Thomas d'Aquin
Au XIIIᵉ siècle, saint Thomas d'Aquin a rassemblé de manière classique pourquoi il convenait que le Christ ressuscite. Sa réponse, dans la Somme théologique, énumère cinq raisons qui embrassent d'un coup la justice, la foi, l'espérance, la vie morale et le salut[20].
| # | Raison de la Résurrection | Fondement scripturaire |
|---|---|---|
| 1 | Manifester la justice de Dieu, qui exalte l'humble | Lc 1, 52 ; Ph 2, 8-9 |
| 2 | Instruire notre foi, car la divinité du Christ y est confirmée | 2 Co 13, 4 |
| 3 | Relever notre espérance de ressusciter à sa suite | 1 Co 15, 12 ; Jb 19, 25 |
| 4 | Ordonner notre vie en nous faisant marcher dans une vie nouvelle | Rm 6, 4 |
| 5 | Achever notre salut, en nous portant vers les biens | Rm 4, 25 |
Ce tableau montre que la Résurrection n'est pas un thème parmi d'autres : elle irrigue toute la vie chrétienne. Elle touche la manière dont Dieu fait justice, la solidité de ce que nous croyons, la force de ce que nous espérons, la façon dont nous devons vivre, et le terme vers lequel nous sommes conduits. Une seule vérité, cinq effets : c'est le propre d'un fondement.
La Résurrection fonde notre propre espérance
Le Christ, prémices de notre résurrection
Jusqu'ici nous avons vu ce que la Résurrection dit de Jésus. Reste ce qu'elle dit de nous. Car le Christ n'est pas ressuscité comme un cas isolé, une exception close sur elle-même. Il est ressuscité comme le premier d'une multitude, celui qui ouvre le chemin :
« Mais non ! Le Christ est ressuscité d'entre les morts, lui, premier ressuscité parmi ceux qui se sont endormis. » — Saint Paul, 1 Corinthiens 15, 20[21]
Le mot que Paul emploie — « prémices » — est un terme agricole : les prémices sont la première gerbe d'une moisson qui vient. Elles garantissent le reste. De même, le corps ressuscité du Christ est le gage de nos propres corps appelés à ressusciter. C'est l'enseignement constant de l'Église :
« La Résurrection du Christ — et le Christ ressuscité lui-même — est principe et source de notre résurrection future. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 655[22]
La mort n'a plus le dernier mot
Voilà pourquoi la Résurrection est essentielle jusque dans notre rapport le plus intime à la mort. Toutes les sagesses humaines butent, tôt ou tard, sur ce mur : la mort semble avoir toujours le dernier mot. La foi pascale annonce qu'en un point de l'histoire, ce mur a été percé. Le Christ « est le principe de notre propre résurrection, dès maintenant par la justification de notre âme, plus tard par la vivification de notre corps »[23].
L'espérance chrétienne n'est donc pas un vœu pieux : elle est ancrée dans un fait accompli. Nous n'espérons pas ressusciter parce que ce serait beau, mais parce que quelqu'un est déjà ressuscité et nous a promis de nous entraîner à sa suite. Ôtez la Résurrection, et l'espérance chrétienne redevient ce que Paul redoutait : un espoir « pour cette vie seulement », le plus pitoyable de tous.
Vivre déjà de la vie du Ressuscité
Cette espérance n'est pas seulement pour demain : elle transforme aujourd'hui. Le baptisé est plongé dans la mort et la résurrection du Christ pour « mener une vie nouvelle » :
« Si donc, par le baptême qui nous unit à sa mort, nous avons été mis au tombeau avec lui, c'est pour que nous menions une vie nouvelle, nous aussi, comme le Christ qui, par la toute-puissance du Père, est ressuscité d'entre les morts. » — Saint Paul, Romains 6, 4[24]
Vivre en chrétien, ce n'est pas imiter de loin un maître mort, c'est participer déjà à la vie d'un vivant. Le Ressuscité n'est pas une figure du passé qu'on se remémore ; il est présent, agissant, notamment dans l'Eucharistie où l'Église le reconnaît, comme les disciples d'Emmaüs, « à la fraction du pain ». C'est ce présent qui donne à la morale chrétienne son ressort : on ne cherche pas la sainteté par effort désespéré, mais parce qu'une vie nouvelle nous a déjà été communiquée et demande à grandir.
Objections fréquentes
Parce qu'elle est le point décisif, la Résurrection est aussi le point le plus attaqué. Trois objections reviennent régulièrement. Aucune ne résiste à un examen sérieux.
« C'est une invention des disciples »
L'objection suppose que les apôtres auraient fabriqué de toutes pièces l'histoire du tombeau vide et des apparitions. Elle se heurte à un fait tenace : ces hommes ont payé ce témoignage au prix fort — plusieurs jusqu'au martyre. Or on peut mourir pour une erreur qu'on croit vraie ; on ne meurt pas pour un mensonge qu'on sait faux et dont on serait soi-même l'auteur. La transformation des disciples — de fuyards terrorisés le Vendredi saint en témoins intrépides quelques semaines plus tard — réclame une cause proportionnée. L'invention délibérée n'en est pas une : elle n'explique ni leur conviction, ni leur courage, ni leur martyre.
S'ajoute le détail, embarrassant pour un récit inventé, que les premières témoins sont des femmes, dont le témoignage n'avait alors quasiment aucune valeur juridique. Une légende conçue pour convaincre aurait mis en avant des témoins « crédibles ». Ce détail gênant est au contraire un indice d'authenticité : on ne l'aurait pas inventé.
« La Résurrection est purement spirituelle, dans les cœurs »
Cette relecture veut garder le mot « résurrection » en lui ôtant sa réalité corporelle : le Christ vivrait « dans la foi de l'Église » sans que son corps soit sorti du tombeau. Mais c'est précisément l'hypothèse que saint Paul déclarait ruineuse : si le corps n'est pas ressuscité, alors « le Christ n'est pas ressuscité » et notre foi est vide. Le Nouveau Testament insiste lourdement sur le réalisme corporel : le tombeau est vide, les linges sont restés là[25], le Ressuscité mange, il montre ses mains et son côté, il invite Thomas à toucher. On ne multiplie pas ces détails pour décrire un état d'âme. Une résurrection « seulement dans les cœurs » laisserait un corps dans le tombeau — et donc, selon Paul lui-même, aucune résurrection du tout.
« Les apparitions étaient des hallucinations »
L'hypothèse hallucinatoire se heurte à plusieurs obstacles. Les hallucinations sont individuelles et subjectives ; or le Christ apparaît à des groupes, « aux Douze », à « plus de cinq cents frères à la fois ». Elles confirment une attente ; or les disciples ne s'attendaient nullement à une résurrection — ils prennent d'abord le Ressuscité pour un fantôme, un jardinier, un inconnu, et doutent. Enfin, une hallucination collective n'aurait pas laissé un tombeau vide que les adversaires n'ont jamais pu contredire en produisant le corps. Le tableau ci-dessous récapitule pourquoi chaque explication de rechange échoue là où la Résurrection, seule, rend compte de tous les faits.
| Explication proposée | Ce qu'elle n'explique pas |
|---|---|
| Invention des disciples | leur martyre, le témoignage des femmes |
| Résurrection seulement « spirituelle » | le tombeau vide, le corps absent |
| Hallucinations | les apparitions collectives, le corps jamais produit |
| Vol du corps | le courage des apôtres, leur mort pour ce vol supposé |
Ces réponses ne remplacent pas un dossier historique complet, mais elles suffisent à montrer que le rejet de la Résurrection n'a rien d'une évidence rationnelle : il coûte, lui aussi, des hypothèses fragiles.
Ce que la Résurrection change pour un catholique aujourd'hui
Le dimanche, Pâques de chaque semaine
La première trace concrète de la Résurrection dans la vie chrétienne est le dimanche. Les premiers disciples, tous juifs, ont déplacé leur jour saint du sabbat au « premier jour de la semaine » — le jour où le tombeau fut trouvé vide. Aucune décision aussi lourde ne se prend sans motif décisif. Chaque dimanche est ainsi une petite Pâque, mémoire hebdomadaire de la victoire du Christ sur la mort. On comprend, à cette lumière, pourquoi la date de Pâques commande tout le calendrier liturgique : voir Pourquoi Pâques change-t-elle de date ?.
L'espérance dans l'épreuve et devant la mort
Enfin, la Résurrection change le visage de la souffrance et du deuil. Le chrétien ne nie pas la douleur, il ne fait pas semblant que la mort n'existe pas : devant le tombeau d'un ami, le Christ lui-même a pleuré. Mais il pleure « non pas comme les autres, qui n'ont pas d'espérance ». Parce qu'un homme est ressuscité, la mort a cessé d'être un mur pour devenir un passage. C'est cette espérance ancrée dans un fait — et non un optimisme de circonstance — qui a soutenu des martyrs, consolé des mourants et donné aux chrétiens de traverser les pires épreuves sans désespoir. Retirez la Résurrection, tout cela s'effondre ; gardez-la, et même la mort devient une porte.
Pour aller plus loin
Notes et références
Première lettre de saint Paul aux Corinthiens 15, 19, trad. liturgique (AELF).
1Catéchisme de l'Église catholique, § 638, Mame/Plon, Paris, 1992.
2Première lettre de saint Paul aux Corinthiens 15, 14.17.19, trad. liturgique (AELF).
3Première lettre de saint Paul aux Corinthiens 15, 5-8 (« il est apparu à Céphas, puis aux Douze ; ensuite il est apparu à plus de cinq cents frères à la fois — la plupart sont encore vivants »), trad. liturgique (AELF).
4Première lettre de saint Paul aux Corinthiens 15, 3-4 (« Je vous ai transmis en premier lieu ce que j'avais moi-même reçu : le Christ est mort pour nos péchés conformément aux Écritures, [...] il est ressuscité le troisième jour »), trad. liturgique (AELF).
5Catéchisme de l'Église catholique, § 638.
6Catéchisme de l'Église catholique, § 639.
7Catéchisme de l'Église catholique, § 643 (sur l'impossibilité d'interpréter la Résurrection en dehors de l'ordre physique, devant le témoignage des apôtres).
8Catéchisme de l'Église catholique, § 647 (la Résurrection comme mystère de foi qui « déborde et surpasse l'histoire »).
9Catéchisme de l'Église catholique, § 651.
10Actes des Apôtres 2, 32.36, trad. liturgique (AELF), discours de saint Pierre à la Pentecôte.
11Lettre de saint Paul aux Romains 1, 4, trad. liturgique (AELF).
12Catéchisme de l'Église catholique, § 653 (citant Jn 8, 28).
13Deuxième lettre de saint Paul aux Corinthiens 13, 4, trad. liturgique (AELF).
14Lettre de saint Paul aux Philippiens 2, 8-9, trad. liturgique (AELF).
15Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, IIIᵃ pars, q. 53, a. 1, resp. (première convenance : la Résurrection sert à la manifestation de la justice divine ; cf. Lc 1, 52).
16Catéchisme de l'Église catholique, § 654.
17Lettre de saint Paul aux Romains 4, 24-25, trad. liturgique (AELF).
18Catéchisme de l'Église catholique, § 654 (la justification « nous fait rentrer dans la grâce de Dieu » et accomplit l'adoption filiale).
19Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, IIIᵃ pars, q. 53, a. 1 (« Utrum necesse fuerit Christum resurgere »), qui donne cinq convenances de la Résurrection : justice divine, instruction de notre foi, relèvement de notre espérance, mise en ordre de notre vie, achèvement de notre salut.
20Première lettre de saint Paul aux Corinthiens 15, 20, trad. liturgique (AELF).
21Catéchisme de l'Église catholique, § 655 (citant 1 Co 15, 20-22).
22Catéchisme de l'Église catholique, § 658.
23Lettre de saint Paul aux Romains 6, 4, trad. liturgique (AELF).
24Catéchisme de l'Église catholique, § 657 (« Le tombeau vide et les linges gisants signifient par eux-mêmes que le corps du Christ a échappé aux liens de la mort », cf. Jn 20, 5-7).
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