Chaque année, la même surprise revient : Noël tombe toujours le 25 décembre, mais Pâques se déplace. Tantôt fin mars, tantôt fin avril, la plus grande fête des chrétiens semble glisser d'une année à l'autre sans logique apparente. Beaucoup s'imaginent que l'Église choisit la date au hasard, ou qu'elle suit une vieille superstition lunaire. La réalité est tout autre : la date de Pâques obéit à une règle précise, héritée à la fois de la Bible, du calendrier juif et d'un patient travail d'astronomie chrétienne qui s'étend sur plus de mille cinq cents ans.
Si Pâques change de date, ce n'est pas par négligence : c'est parce qu'elle reste fidèle à son origine. La Résurrection du Christ a eu lieu « le premier jour de la semaine » (Marc 16, 2), au lendemain d'un sabbat, pendant la Pâque juive — une fête elle-même fixée non par le soleil mais par la lune[1]. En gardant un repère lunaire, l'Église ne fait que conserver le lien historique entre la Résurrection du Christ et la Pâque où elle s'est accomplie. Comprendre pourquoi Pâques se déplace, c'est donc remonter à la nuit où « le Christ, notre Pâque, a été immolé » (1 Corinthiens 5, 7)[2].
La règle : un dimanche commandé par la lune et l'équinoxe
L'énoncé exact
La date de Pâques est fixée, depuis l'Antiquité chrétienne, par une formule devenue classique :
« Pâques est le premier dimanche après la pleine lune qui tombe le 21 mars ou immédiatement après ; et si la pleine lune tombe un dimanche, Pâques est le dimanche suivant. » — Formulation du comput ecclésiastique, transmise par Denys le Petit et Bède puis formalisée par Clavius ; reprise en Angleterre par le Calendar (New Style) Act de 1750 et le Book of Common Prayer[3]
Trois éléments commandent donc la date : un équinoxe de référence (le 21 mars), une pleine lune, et un dimanche. Pâques est le premier dimanche qui suit la première pleine lune survenant le 21 mars ou après. Comme la lune et le jour de la semaine ne se synchronisent jamais exactement avec l'année solaire, la combinaison des trois fait osciller la fête à l'intérieur d'une fenêtre fixe.
Du 22 mars au 25 avril : la fenêtre des dates possibles
Le résultat est que Pâques ne peut jamais tomber avant le 22 mars ni après le 25 avril (en calendrier grégorien)[4]. La date la plus précoce, le 22 mars, suppose que la pleine lune pascale tombe le samedi 21 mars, l'équinoxe : Pâques est alors le lendemain. La date la plus tardive, le 25 avril, correspond au cas inverse, où la pleine lune manque de peu l'équinoxe et reporte tout d'un mois lunaire entier. Entre ces deux bornes, la fête peut occuper trente-cinq jours différents.
Ces extrêmes sont rares. Pâques n'est plus tombée un 22 mars depuis 1818, et ne le sera plus avant 2285. Le 25 avril, lui, ne s'est plus produit depuis 1943 et ne reviendra qu'en 2038[5]. La plupart des années, Pâques se tient sagement entre la fin mars et la mi-avril.
Une lune et un équinoxe « ecclésiastiques », non astronomiques
Le point le plus souvent ignoré est capital : la pleine lune et l'équinoxe utilisés pour Pâques ne sont pas les phénomènes astronomiques réels, mais des conventions calendaires. L'équinoxe est fixé une fois pour toutes au 21 mars, même si l'équinoxe astronomique tombe le plus souvent le 20 mars[6]. De même, la « pleine lune pascale » est une lune ecclésiastique : le quatorzième jour d'un mois lunaire reconstruit par le calcul, qui peut différer d'un ou deux jours de la vraie pleine lune observée dans le ciel[7]. Cette convention n'est pas une approximation grossière : elle permet de fixer la date des années à l'avance, partout dans le monde, sans dépendre d'une observation locale variable. L'Église a préféré une règle universelle et stable à une observation incertaine.
Une fête d'abord juive : de la Pâque à la Pâque du Christ
Le mot « Pâques » : Pessah, Pascha, et aucune trace païenne
Une légende tenace prétend que Pâques serait une fête païenne récupérée, du nom d'une déesse du printemps. C'est faux pour le mot français. « Pâques » vient directement du latin Pascha, lui-même issu du grec Páskha, transcription de l'hébreu פֶּסַח (Pessah), la Pâque juive[8]. La racine hébraïque pasaḥ signifie « passer par-dessus, épargner » : elle évoque l'ange exterminateur « passant au-dessus » des maisons hébraïques marquées du sang de l'agneau, la nuit de la sortie d'Égypte (Exode 12, 13)[9]. Le nom même de la fête chrétienne proclame donc son enracinement biblique : Pâques est la Pâque accomplie.
La confusion avec une déesse vient du seul mot anglais « Easter » (et de l'allemand Ostern). Au VIIIᵉ siècle, Bède le Vénérable note que les Anglo-Saxons appelaient le mois d'avril Eosturmonath, d'après une déesse nommée Eostre :
« Le mois d'Eostur, que l'on traduit aujourd'hui par "mois pascal", tirait jadis son nom d'une de leurs déesses appelée Eostre, en l'honneur de qui l'on célébrait des fêtes en ce mois. » — Bède le Vénérable, De temporum ratione, ch. 15[10]
Mais cette remarque ne concerne que le nom germanique de la fête, transféré à la saison où l'on célébrait la Résurrection. Elle ne dit rien de la fête elle-même, ni du mot « Pâques », qui n'a aucune origine païenne. Les spécialistes notent d'ailleurs que Bède a peut-être déduit l'existence de la déesse du seul nom du mois[11].
La Résurrection au cœur de la Pâque
Les évangiles situent la Passion et la Résurrection du Christ pendant la fête juive de la Pâque, à Jérusalem[12]. Jésus meurt au moment où l'on immolait les agneaux pascals, et ressuscite « le premier jour de la semaine », c'est-à-dire le dimanche. Saint Paul tire de cette coïncidence toute une théologie :
« Purifiez-vous du vieux levain pour être une pâte nouvelle, puisque vous êtes des azymes. Car le Christ, notre Pâque, a été immolé. Célébrons donc la fête, non pas avec du vieux levain, ni un levain de malice et de méchanceté, mais avec les azymes de la pureté et de la vérité. » — Saint Paul, 1 Corinthiens 5, 7-8[13]
C'est pourquoi la date chrétienne reste arrimée à la date juive : elle garde la mémoire du moment précis du salut. La Pâque juive étant lunaire — fixée au 14 du mois de Nisan, le premier mois du printemps —, la Pâque chrétienne héritera de ce caractère lunaire, mais en le déplaçant au dimanche, jour de la Résurrection.
La grande querelle des premiers siècles : quand fêter Pâques ?
Les quartodécimans : la Pâque le 14 Nisan
Dès le IIᵉ siècle, les chrétiens ne s'accordaient pas sur le jour. En Asie Mineure, beaucoup célébraient la Pâque le 14 du mois de Nisan, exactement comme la Pâque juive, quel que soit le jour de la semaine : on les a appelés les quartodécimans (« partisans du quatorzième »)[14]. Ailleurs, notamment à Rome et à Alexandrie, on attendait toujours le dimanche suivant, pour faire coïncider la fête de la Résurrection avec le jour de la Résurrection.
Polycarpe et Anicet : un désaccord dans la paix
Vers 154-155, le vieil évêque Polycarpe de Smyrne, disciple de l'apôtre Jean, vint à Rome rencontrer le pape Anicet. Les deux hommes ne parvinrent pas à s'accorder sur la date, mais — détail magnifique rapporté par saint Irénée — ils ne rompirent pas pour autant :
« Anicet ne put persuader Polycarpe de ne pas observer ce qu'il avait toujours observé avec Jean (...). Cependant ils restèrent en communion l'un avec l'autre, et dans l'église Anicet céda l'eucharistie à Polycarpe, par déférence. Et ils se quittèrent en paix. » — Saint Irénée, cité par Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, V, 24[15]
Victor Ier : la menace d'excommunication
Une génération plus tard, vers 190-195, le pape Victor Ier voulut imposer l'usage romain et menaça d'excommunier les Églises d'Asie qui restaient quartodécimanes[16]. Cette fois, le ton monta. Mais plusieurs évêques, dont saint Irénée de Lyon — pourtant favorable à l'usage dominical — reprochèrent au pape sa précipitation et plaidèrent pour la patience et l'unité. Irénée rappela précisément l'exemple de Polycarpe et d'Anicet : on peut diverger sur une date sans briser la communion[17]. La crise ne fut pas tranchée par la force, mais elle révéla un besoin urgent : une règle commune à toute l'Église.
Le concile de Nicée (325) : l'unité, pas la formule
Ce que Nicée a vraiment décidé
On lit souvent que le concile de Nicée aurait « décrété » la fameuse formule « premier dimanche après la pleine lune après l'équinoxe ». C'est une simplification inexacte. Les vingt canons conservés de Nicée ne contiennent aucun canon sur Pâques[18]. Ce que le concile a réellement établi, à travers la lettre de l'empereur Constantin et la lettre synodale, tient en trois points :
- Tous les chrétiens doivent célébrer Pâques le même jour, partout.
- Cette fête doit tomber un dimanche.
- Le calcul doit être indépendant du calendrier juif, pour ne pas dépendre d'un comput extérieur à l'Église.
La lettre que Constantin adresse aux Églises après le concile est explicite sur l'objectif d'unité :
« Que cette très sainte fête soit célébrée par tous le même jour. (...) Il a paru indigne que, pour la célébration de cette très sainte solennité, nous suivions l'usage des Juifs (...). Soyons donc tous d'un commun accord. » — Empereur Constantin, lettre après le concile de Nicée, citée par Eusèbe, Vie de Constantin, III, 18-19[19]
La formule et Alexandrie : des développements postérieurs
La formule arithmétique précise (équinoxe au 21 mars, pleine lune, dimanche suivant) et le rôle d'Alexandrie comme centre de calcul ne figurent pas dans les textes nicéens : ce sont des développements ultérieurs. Dans le sillage du concile, c'est de fait l'Église d'Alexandrie, riche d'une longue tradition astronomique, qui calculait chaque année la date et l'annonçait au reste de la chrétienté, Rome la ratifiant[20]. Les tables pascales de l'évêque Cyrille d'Alexandrie, couvrant 95 années (de 437 à 531), fixèrent ce comput alexandrin qui allait s'imposer en Occident. Nicée n'a donc pas livré une équation : il a posé un principe d'unité que les siècles suivants ont traduit en calcul.
Comment l'Église calcule Pâques : le comput
Le problème : accorder le Soleil et la Lune
Toute la difficulté vient de ce que l'année solaire (365,2422 jours) et le mois lunaire (29,53 jours) ne tombent jamais juste l'un dans l'autre. Douze lunaisons font environ 354 jours — onze de moins qu'une année solaire. D'année en année, les phases de la lune se décalent donc de onze jours par rapport au calendrier civil. Calculer Pâques, c'est résoudre ce désaccord : c'est le comput (computus), l'art de calculer la date des fêtes mobiles, qui fut pendant des siècles le sommet de la science médiévale[21].
Le cycle de Méton : dix-neuf ans pour tout remettre en ordre
La clé fut découverte par l'astronome grec Méton d'Athènes, vers 432 av. J.-C. : au bout de dix-neuf années solaires, les phases de la lune retombent presque exactement aux mêmes dates du calendrier[22]. Dix-neuf années solaires valent en effet à peu près 235 mois lunaires. Ce cycle de Méton de dix-neuf ans devint l'ossature de tout le comput chrétien : il suffit de savoir où l'on se trouve dans le cycle pour retrouver la position de la lune.
Nombre d'or et épacte
Deux outils traduisent ce cycle en chiffres. Le nombre d'or indique le rang de l'année dans le cycle de dix-neuf ans (un nombre de 1 à 19)[23]. L'épacte donne l'âge de la lune — le nombre de jours écoulés depuis la dernière nouvelle lune — à une date fixe de l'année[24]. Avec ces deux nombres, le comput permet de retrouver la date de la pleine lune pascale sans observer le ciel. Le tableau ci-dessous résume le vocabulaire du comput :
| Terme | Définition | Rôle dans le calcul de Pâques |
|---|---|---|
| Cycle de Méton | 19 années solaires ≈ 235 mois lunaires | Ossature : la lune revient aux mêmes dates |
| Nombre d'or | Rang de l'année dans le cycle (1 à 19) | Repère l'année dans le cycle lunaire |
| Épacte | Âge de la lune à une date fixe | Situe les nouvelles et pleines lunes |
| Lune ecclésiastique | Mois lunaire reconstruit par le calcul | Donne la « pleine lune pascale » (14ᵉ jour) |
| Équinoxe ecclésiastique | Date fixe conventionnelle : 21 mars | Point de départ de la recherche |
Le cycle de Méton n'est pas parfait : il accumule environ un jour d'erreur tous les deux siècles et demi[25]. Cette légère dérive, négligeable sur quelques générations, finira par poser un grave problème au fil des siècles — et par exiger une réforme.
Des tables pascales à la chrétienté latine
Victorius d'Aquitaine et Denys le Petit
Pour diffuser le comput, on dressa des tables pascales donnant la date de Pâques année par année. En 457, à la demande de l'archidiacre romain Hilaire (futur pape), Victorius d'Aquitaine établit un grand cycle de 532 ans[26]. Mais ses tables donnaient parfois deux dates concurrentes, latine et grecque. C'est le moine Denys le Petit (Dionysius Exiguus) qui, en 525, à la demande du pape Jean Ier, trancha en faveur du comput alexandrin en prolongeant les tables de Cyrille[27]. Ce faisant, Denys rendit un service immense à toute la civilisation : pour numéroter ses années, il refusa de compter à partir de l'empereur persécuteur Dioclétien et choisit de partir de l'Incarnation du Christ. Il inventa ainsi l'ère chrétienne, les années « Anno Domini » (« année du Seigneur ») que le monde entier utilise encore[28].
Le synode de Whitby (664) et Bède le Vénérable
L'unité ne fut pas immédiate partout. Dans les îles Britanniques, les chrétiens celtes suivaient un comput plus ancien (un cycle de 84 ans), différent du comput romain. Le désaccord devint criant à la cour de Northumbrie, où le roi Oswiu, de tradition celtique, fêtait Pâques pendant que la reine, de tradition romaine, jeûnait encore. Le synode de Whitby, en 664, trancha en faveur de Rome[29]. Le moine Wilfrid y défendit l'usage romain en invoquant l'autorité reçue par saint Pierre :
« Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église (...) ; je te donnerai les clefs du royaume des cieux. » — Évangile selon saint Matthieu, 16, 18-19, argument décisif à Whitby[30]
Un demi-siècle plus tard, le moine anglais Bède le Vénérable systématisa toute la science du comput dans son grand traité De temporum ratione (« Le comput du temps », 725), qui resta le manuel de référence du Moyen Âge[31]. C'est aussi Bède qui, par son Histoire ecclésiastique (vers 731), répandit dans tout l'Occident l'usage des années « Anno Domini » de Denys le Petit.
La réforme grégorienne de 1582 : remettre la date à l'heure
Le problème : un équinoxe qui dérive
Le calendrier julien, en usage depuis Jules César, comptait une année de 365,25 jours — soit environ onze minutes de trop par an. Sur des siècles, ces minutes s'accumulèrent : au XVIᵉ siècle, l'équinoxe de printemps astronomique tombait vers le 11 mars, alors que le comput de Pâques le supposait toujours au 21. Le décalage atteignait dix jours. Pâques se célébrait donc de plus en plus loin de sa saison réelle, et l'erreur menaçait de tout dérégler[32].
Inter gravissimas : dix jours retranchés
Le pape Grégoire XIII promulgua la réforme par la bulle Inter gravissimas, le 24 février 1582[33]. Pour rattraper le retard accumulé, on supprima dix jours d'un coup : en 1582, le jeudi 4 octobre fut immédiatement suivi du vendredi 15 octobre[34]. Le cycle des jours de la semaine, lui, ne fut pas interrompu : jeudi fut bien suivi de vendredi. Seuls les quantièmes sautèrent. L'équinoxe se retrouvait ainsi ramené au 21 mars, comme au temps de Nicée.
Une horloge réglée pour des siècles
Pour empêcher l'erreur de revenir, la réforme modifia la règle des années bissextiles séculaires : une année divisible par 100 n'est plus bissextile, sauf si elle est divisible par 400. Ainsi 1700, 1800 et 1900 furent des années communes, mais 1600 et 2000 restèrent bissextiles[35]. Les tables lunaires furent également corrigées pour rattraper la dérive du cycle de Méton.
L'auteur du système est le médecin et astronome calabrais Aloysius Lilius (Luigi Lilio), mort en 1576, six ans avant l'adoption de sa réforme ; son frère Antonio en présenta le manuscrit au pape[36]. C'est le jésuite Christophorus Clavius, mathématicien de renom, qui élabora, raffina et défendit publiquement le calcul contre ses détracteurs[37]. Le calendrier grégorien, conçu d'abord pour fixer correctement la date de Pâques, est devenu le calendrier civil de presque toute la planète.
Pourquoi les orthodoxes ne fêtent pas Pâques le même jour
La même règle, deux calendriers
Catholiques et orthodoxes appliquent exactement la même règle de Nicée : le premier dimanche après la première pleine lune après l'équinoxe de printemps. Pourtant, leurs dates diffèrent souvent — parfois d'une semaine, parfois de plusieurs. La raison n'est pas doctrinale, mais calendaire : les Églises orthodoxes calculent Pâques sur le calendrier julien non réformé, tandis que l'Occident utilise le calendrier grégorien[38].
Treize jours d'écart, et des tables lunaires divergentes
Deux décalages se cumulent. D'abord, le « 21 mars » julien correspond aujourd'hui au 3 avril grégorien : l'équinoxe orthodoxe de référence est donc en retard de treize jours sur l'équinoxe astronomique[39]. Ensuite, les tables lunaires des deux computs ont divergé depuis 1582 : la pleine lune ecclésiastique n'est pas calculée de la même façon. Quand on additionne ces écarts, la Pâque orthodoxe tombe le même jour que la latine, ou une semaine après, ou quatre, voire cinq semaines plus tard — l'écart maximal étant de trente-cinq jours[40].
La légende du « toujours après la Pâque juive »
On entend souvent que les orthodoxes auraient une règle supplémentaire : célébrer Pâques toujours après la Pâque juive. En réalité, les historiens et canonistes voient là un malentendu, et non un canon authentique. Le souci de Nicée était de ne pas dépendre du calcul juif, non d'imposer que Pâques tombe après la Pâque juive. Le fait que, sous le comput julien, la Pâque orthodoxe se trouve presque toujours après la Pâque juive est une conséquence du décalage des calendriers, que, selon plusieurs historiens, le canoniste byzantin Jean Zonaras (XIIᵉ siècle) a transformée à tort en règle[41]. La distinction est importante : il s'agit d'un effet de calendrier, non d'un principe théologique.
Quand les dates coïncident
Certaines années, les deux computs tombent d'accord. Ce fut le cas en 2025, où catholiques et orthodoxes ont fêté Pâques ensemble le 20 avril[42]. Ces coïncidences se reproduisent plusieurs fois par décennie ; les prochaines auront lieu en 2028, 2031 et 2034[43]. Elles rappellent que la division porte sur un calcul, non sur la foi en la Résurrection.
Vers une date commune de Pâques ?
Ce que l'Église est prête à accepter
Loin de s'attacher au comput comme à un dogme, l'Église catholique s'est dite ouverte à une date commune, voire fixe, pourvu qu'elle se fasse dans l'unité. Le concile Vatican II, dans un appendice à la constitution Sacrosanctum Concilium (1963), l'a déclaré explicitement :
« Le saint Concile ne s'oppose pas à ce que la fête de Pâques soit fixée à un dimanche déterminé dans le calendrier grégorien, avec l'assentiment de ceux à qui importe cette question, surtout des frères séparés de la communion avec le Siège apostolique. » — Concile Vatican II, Sacrosanctum Concilium, Appendice[44]
Alep 1997 et les appels récents
En 1997, une consultation œcuménique réunie à Alep, en Syrie, par le Conseil œcuménique des Églises proposa une solution élégante : conserver la règle de Nicée, mais calculer l'équinoxe et la pleine lune d'après les données astronomiques réelles, observées au méridien de Jérusalem[45]. La proposition, prévue pour entrer en vigueur en 2001, ne fut jamais adoptée, faute d'accord général. Les papes récents ont néanmoins relancé l'appel. Le pape François, à plusieurs reprises, a jugé scandaleuse la division des chrétiens sur la date de la Résurrection et s'est dit prêt à renoncer au comput latin pour une date commune[46]. La coïncidence du 20 avril 2025, qui tombait l'année du 1700ᵉ anniversaire du concile de Nicée, a été saluée comme un signe providentiel et une occasion d'avancer vers l'unité[47].
Le sens spirituel : pourquoi une date mobile ?
Une fidélité, non un hasard
On pourrait croire qu'une date fixe serait plus simple. Mais la mobilité de Pâques n'est pas un défaut : elle est une fidélité. En gardant la lune et le printemps, l'Église maintient vivant le lien entre la Résurrection et la Pâque juive où elle s'est accomplie, entre la nouvelle Alliance et l'ancienne. Pâques danse au rythme de la lune comme la Pâque de Moïse, parce que le Christ n'a pas aboli la Loi mais l'a accomplie (Matthieu 5, 17)[48].
Le printemps de la Rédemption
La date n'est pas non plus indifférente à la symbolique. Pâques tombe toujours au printemps, quand la nuit recule et que la vie reparaît, après le grand jeûne du Carême. Le Catéchisme rappelle que le dimanche, « premier jour de la semaine », mémorial de la Création et de la Résurrection, est « le jour par excellence de l'assemblée liturgique » et le cœur de toute l'année chrétienne[49]. Chaque Pâque mobile, chaque année à sa date nouvelle, redit la même vérité immuable, celle que chante l'Exsultet, la proclamation de la nuit pascale, célébrant la nuit où le Christ, brisant les liens de la mort, est remonté victorieux des enfers[50].
Que Pâques tombe le 22 mars ou le 25 avril, la Résurrection, elle, ne change pas. La date se déplace ; le mystère demeure. Et c'est pour mieux servir ce mystère — pour rester fidèle à la nuit où « le Christ, notre Pâque, a été immolé » — que l'Église a accepté, depuis dix-sept siècles, de fêter sa plus grande joie à une date qui bouge.
Pour aller plus loin
- Pourquoi le Carême dure-t-il quarante jours ? — les quarante jours de préparation qui mènent à Pâques.
- Pourquoi Noël est-il célébré le 25 décembre ? — l'autre grande date du calendrier chrétien, fixe celle-là.
- Pourquoi la résurrection de Jésus est-elle essentielle ? — le cœur même de la fête de Pâques.
- Pourquoi Jésus devait-il mourir ? — la Passion que Pâques achève dans la gloire.
- Pourquoi la Pentecôte est-elle importante ? — la fête mobile qui couronne le temps pascal.
- Le concile de Nicée (325) — le concile qui a voulu une seule date de Pâques pour toute l'Église.
- Que dit l'Église sur le judaïsme ? — le lien entre la Pâque juive et la Pâque chrétienne.
Notes et références
La Pâque juive (Pessah) est fixée au 14 du mois de Nisan, premier mois du printemps dans le calendrier hébraïque lunisolaire (Exode 12, 1-6 ; Lévitique 23, 5). Sa date dépend donc de la lune, non du soleil. Bible de Jérusalem, Cerf, Paris, 1998.
1Saint Paul, 1 Corinthiens 5, 7 : « Pascha nostrum immolatus est Christus » (« Le Christ, notre Pâque, a été immolé »). Bible de Jérusalem, Cerf, Paris, 1998.
2Le comput vient de Denys le Petit (table pascale de 525 prolongeant Cyrille d'Alexandrie), systématisé par Bède le Vénérable (De temporum ratione, 725) et formalisé pour le calendrier grégorien par Christophorus Clavius (Explicatio, 1603). La formulation juridique anglaise la plus citée figure dans le Calendar (New Style) Act 1750 (loi britannique adoptant le calendrier grégorien) et le Book of Common Prayer : « Easter-day (...) is always the first Sunday after the Full Moon which happens upon, or next after the Twenty-first Day of March; and if the Full Moon happens upon a Sunday, Easter-day is the Sunday after. » — une reprise anglicane, non l'autorité fondatrice.
3Pâques ne peut tomber, en calendrier grégorien, avant le 22 mars ni après le 25 avril : trente-cinq dates possibles. United States Naval Observatory, « The Date of Easter » : « Easter can never occur before March 22 or later than April 25. »
4Pâques le 22 mars (date la plus précoce) : 1818, prochaine occurrence en 2285. Pâques le 25 avril (date la plus tardive) : 1943, prochaine occurrence en 2038. Voir Wikipedia, « List of dates for Easter », et les éphémérides de l'US Naval Observatory.
5L'équinoxe utilisé pour le calcul de Pâques est un équinoxe ecclésiastique fixe, conventionnellement placé au 21 mars, indépendamment de l'équinoxe astronomique réel (qui tombe le plus souvent le 20 mars dans le calendrier grégorien actuel). Voir United States Naval Observatory, « The Date of Easter ».
6La « pleine lune pascale » est la pleine lune d'une lune ecclésiastique : un mois lunaire reconstruit par le comput (cycle de Méton, épactes), dont le quatorzième jour vaut « pleine lune ». Elle peut différer d'un ou deux jours de la pleine lune astronomique observée. Cette convention permet de fixer Pâques à l'avance, partout, sans observation locale.
7« Pâques » vient du bas latin ecclésiastique Pascha, du grec Páskha, transcription (via l'araméen pasḥā) de l'hébreu Pessah (פֶּסַח), « la Pâque ». Dictionnaire Larousse, entrée « Pâques » : « du bas latin ecclésiastique Pascha, du grec Paskha, de l'hébreu pesah ». La racine pasaḥ signifie « passer par-dessus, épargner ».
8Exode 12, 13 : « Le sang sera pour vous un signe sur les maisons où vous serez. Je verrai le sang et je passerai par-dessus vous, et il n'y aura pas chez vous de plaie exterminatrice. » Récit de la première Pâque, la nuit de la sortie d'Égypte. Bible de Jérusalem, Cerf, Paris, 1998.
9Bède le Vénérable, De temporum ratione (Le comput du temps), ch. 15, « De mensibus Anglorum », achevé en 725. Texte latin (éd. Ch. W. Jones, 1943, reprise par F. Wallis) : « Eosturmonath, qui nunc paschalis mensis interpretatur, quondam a dea illorum quae Eostre vocabatur, et cui in illo festa celebrabant, nomen habuit : a cuius nomine nunc paschale tempus cognominant, consueto antiquae observationis vocabulo gaudia novae solemnitatis vocantes. » Traduction française ci-dessus d'après Faith Wallis, Bede: The Reckoning of Time, Liverpool University Press, 1999, ch. 15 (« Eosturmonath [...] was once called after a goddess of theirs named Eostre, in whose honour feasts were celebrated in that month »).
10L'historicité de la déesse Eostre est discutée : Bède est la seule source ancienne à la mentionner, et plusieurs spécialistes pensent qu'il a pu inférer son existence du seul nom du mois Eosturmonath. En tout état de cause, cette étymologie ne concerne que le mot germanique Easter / Ostern, jamais le mot Pascha / Pâques. Voir F. Wallis, op. cit., 1999, notes au ch. 15.
11Les quatre évangiles situent la Passion et la Résurrection du Christ pendant la fête juive de la Pâque à Jérusalem : Matthieu 26, 17 sq. ; Marc 14, 12 sq. ; Luc 22, 7 sq. ; Jean 18, 28 ; 19, 14. La Résurrection a lieu « le premier jour de la semaine » (Marc 16, 2 ; Jean 20, 1), c'est-à-dire le dimanche.
12Saint Paul, 1 Corinthiens 5, 7-8. Paul applique au Christ le vocabulaire de la Pâque juive (agneau immolé, azymes, levain) pour décrire le mystère pascal chrétien. Bible de Jérusalem, Cerf, Paris, 1998.
13Les quartodécimans (du latin quartodecimani, « du quatorzième ») célébraient la Pâque le 14 Nisan, comme la Pâque juive, quel que soit le jour de la semaine. Usage répandu en Asie Mineure aux IIᵉ-IIIᵉ siècles. Voir Catholic Encyclopedia, art. « Easter Controversy » (newadvent.org/cathen/05228a.htm) ; Eusèbe, Hist. eccl., V, 23-25.
14Saint Irénée, cité par Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, V, 24, 16-17. Irénée rapporte la rencontre de Polycarpe de Smyrne et du pape Anicet (vers 154-155) : malgré leur désaccord sur la date de Pâques, ils restèrent en pleine communion, Anicet cédant même la présidence de l'eucharistie à Polycarpe. Éd. SC 41, Cerf, Paris, 1955.
15Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, V, 24 : le pape Victor Ier (vers 189-199) tenta d'excommunier les Églises d'Asie restées quartodécimanes. Eusèbe précise qu'il s'agit d'une tentative, bloquée par l'opposition de nombreux évêques. Éd./trad. G. Bardy, Sources chrétiennes 41, Cerf, Paris, 1955.
16Saint Irénée de Lyon, lettre au pape Victor Ier (vers 190-195), conservée par Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, V, 24, 11-17 : tout en tenant lui-même l'usage dominical, Irénée blâme l'excommunication des Églises d'Asie et exhorte à la paix, rappelant l'exemple d'Anicet et de Polycarpe. Éd. SC 41, Cerf, Paris, 1955.
17Les vingt canons conservés du premier concile de Nicée (325) ne contiennent aucun canon réglant le calcul de Pâques ; le décret pascal proprement dit n'a pas été conservé. Voir Catholic Encyclopedia, art. « Easter Controversy », et les actes conciliaires (Mansi, Sacrorum Conciliorum (...) Collectio, t. II).
18Empereur Constantin, lettre aux Églises après le concile de Nicée, rapportée par Eusèbe de Césarée, Vie de Constantin (Vita Constantini), III, 18-19. Constantin y insiste sur l'unité de la date et l'indépendance à l'égard de l'usage juif. Trad. d'après Patrologia Graeca 20 et l'édition critique des Sources chrétiennes. Note : Nicée n'a posé que le principe d'unité, sans formule de calcul détaillée.
19Le rôle de l'Église d'Alexandrie comme centre de calcul de la date de Pâques (qu'elle annonçait chaque année, Rome ratifiant) est une coutume post-nicéenne, non un canon de Nicée. Les tables pascales de Cyrille d'Alexandrie (95 ans, 437-531) fixèrent le comput alexandrin de 19 ans qui s'imposa ensuite en Occident.
20Le computus (le « comput ») désigne l'ensemble des méthodes de calcul de la date de Pâques et des fêtes mobiles. Il fut, du haut Moyen Âge à la Renaissance, l'une des branches les plus exigeantes de la science, mêlant astronomie, arithmétique et calendrier. Voir Arno Borst, The Ordering of Time, University of Chicago Press, 1993.
21Le cycle de Méton, attribué à l'astronome athénien Méton (vers 432 av. J.-C.), repose sur l'égalité approchée : 19 années solaires ≈ 235 mois synodiques ≈ 6 940 jours. Au bout de 19 ans, les phases lunaires retombent presque aux mêmes dates du calendrier solaire. Encyclopædia Britannica, art. « Metonic cycle ».
22Le nombre d'or (numerus aureus) indique le rang d'une année dans le cycle de Méton de 19 ans : nombre d'or = (millésime modulo 19) + 1. Il sert à repérer la position de la lune dans le cycle. Voir Catholic Encyclopedia, art. « Epact » (1909).
23L'épacte est l'âge de la lune (nombre de jours depuis la dernière nouvelle lune) à une date fixe de l'année (classiquement le 1ᵉʳ janvier). Elle traduit l'excédent de l'année solaire sur douze lunaisons (environ onze jours). Le comput grégorien (après 1582) calcule Pâques par les épactes, là où le comput médiéval utilisait surtout le nombre d'or. Catholic Encyclopedia, art. « Epact ».
24Le cycle de Méton n'est pas exact : l'écart entre 19 années solaires et 235 mois lunaires entraîne une dérive d'environ un jour tous les 219 à 250 ans. Cette imprécision cumulée justifia la correction des tables lunaires lors de la réforme grégorienne de 1582.
25Victorius d'Aquitaine, Cursus paschalis (Cycle pascal), achevé en 457 à la demande de l'archidiacre romain Hilaire (futur pape). Il proposa un grand cycle de 532 ans (= 19 × 28), mais ses tables donnaient parfois deux dates pascales concurrentes, latine et grecque. Voir A. A. Mosshammer, The Easter Computus and the Origins of the Christian Era, Oxford University Press, 2008.
26Denys le Petit (Dionysius Exiguus), table pascale de 525, préparée à la demande du pape Jean Ier. Il prolongea les tables alexandrines de Cyrille (95 dates, 532-626), adoptant le comput alexandrin de 19 ans de préférence à celui de Victorius. Encyclopædia Britannica, art. « Dionysius Exiguus ».
27En établissant sa table pascale, Denys le Petit refusa de compter les années à partir de l'empereur persécuteur Dioclétien (« ère des Martyrs ») et choisit de partir de l'Incarnation : il introduisit ainsi l'ère chrétienne « Anno Domini » (« année du Seigneur »). L'usage s'en répandit ensuite par Bède le Vénérable. Voir Wikipedia, art. « Anno Domini » ; A. A. Mosshammer, op. cit., 2008.
28Synode de Whitby (664), en Northumbrie, convoqué par le roi Oswiu : il trancha en faveur du comput romain (alexandrin) contre le comput celtique (cycle de 84 ans). Source narrative principale : Bède le Vénérable, Historia ecclesiastica gentis Anglorum, III, 25. La question de la tonsure y fut aussi débattue.
29Évangile selon saint Matthieu, 16, 18-19. À Whitby, le moine Wilfrid emporta la décision du roi Oswiu en invoquant l'autorité des clefs confiées à saint Pierre, à qui se rattachait l'usage romain (Bède, Hist. eccl., III, 25). Bible de Jérusalem, Cerf, Paris, 1998.
30Bède le Vénérable, De temporum ratione (Le comput du temps), 725 : manuel de référence du comput médiéval, traitant du calendrier, du cycle lunaire et du calcul de Pâques. Et Historia ecclesiastica gentis Anglorum (vers 731), qui diffusa l'ère Anno Domini. Trad. F. Wallis, Bede: The Reckoning of Time, Liverpool University Press, 1999.
31Le calendrier julien (année de 365,25 jours) dépasse l'année solaire réelle d'environ 11 minutes par an, soit près de trois jours tous les quatre siècles. Au XVIᵉ siècle, l'équinoxe astronomique tombait vers le 11 mars, alors que le comput le supposait au 21 : un décalage de dix jours s'était accumulé depuis Nicée. Voir G. V. Coyne, M. A. Hoskin, O. Pedersen (éd.), Gregorian Reform of the Calendar, Specola Vaticana, 1983.
32Grégoire XIII, bulle Inter gravissimas, datée du 24 février 1582, instituant le calendrier grégorien. Texte latin et traduction sur Wikisource. La réforme visait d'abord à corriger le calcul de Pâques en replaçant l'équinoxe au 21 mars.
33Pour rattraper les dix jours de retard, la bulle prescrivit que le jeudi 4 octobre 1582 soit immédiatement suivi du vendredi 15 octobre 1582, dans les pays catholiques qui l'adoptèrent aussitôt. Le cycle hebdomadaire ne fut pas interrompu (jeudi → vendredi) ; seuls les quantièmes furent retranchés.
34Règle grégorienne des années bissextiles : une année divisible par 4 est bissextile, sauf les années séculaires divisibles par 100, qui ne le sont que si elles sont aussi divisibles par 400. Ainsi 1700, 1800, 1900 furent communes ; 1600 et 2000 bissextiles. Cette règle ramène l'erreur du calendrier à environ un jour tous les 3 200 ans.
35Aloysius Lilius (Luigi Lilio), médecin et astronome calabrais (vers 1510 – 1576), est l'auteur du schéma de fond de la réforme, notamment du système des épactes corrigées. Mort six ans avant l'adoption de la réforme, c'est son frère Antonio Lilio qui soumit son manuscrit au pape. Voir Wikipedia, art. « Aloysius Lilius » ; Gregorian Reform of the Calendar, Specola Vaticana, 1983.
36Christophorus Clavius (1538-1612), jésuite et mathématicien allemand, membre de la commission pontificale, élabora et défendit publiquement le calcul de la réforme (notamment dans son Romani calendarii a Gregorio XIII restituti explicatio, 1603). Voir J. M. Lattis, Between Copernicus and Galileo: Christoph Clavius, University of Chicago Press, 1994.
37Les Églises orthodoxes appliquent la même règle nicéenne (premier dimanche après la pleine lune après l'équinoxe), mais sur le calendrier julien non réformé, là où l'Occident catholique utilise le calendrier grégorien depuis 1582. La divergence des dates est donc d'origine calendaire, non doctrinale.
38Le décalage entre calendrier julien et calendrier grégorien atteint aujourd'hui treize jours : le 21 mars julien correspond au 3 avril grégorien. L'équinoxe de référence orthodoxe est donc en retard de treize jours sur l'équinoxe astronomique réel.
39La Pâque orthodoxe coïncide avec la Pâque latine, ou la suit d'une, quatre ou cinq semaines (jamais deux ni trois), l'écart maximal étant de trente-cinq jours. Voir timeanddate.com, « Orthodox Easter », et les éphémérides comparées des deux computs.
40La prétendue règle orthodoxe selon laquelle Pâques devrait toujours tomber après la Pâque juive n'est pas un canon authentique : le canon 7 dit « apostolique » demandait seulement de ne pas dépendre du calcul juif. Selon plusieurs historiens, le canoniste byzantin Jean Zonaras (XIIᵉ siècle) a inféré à tort une règle de la simple constatation que, sous le comput julien, Pâques tombait après la Pâque juive. Commentaire de Zonaras édité dans G. A. Rhallès – M. Potlès, Σύνταγμα τῶν θείων καὶ ἱερῶν κανόνων, Athènes, 1852-1859. Voir A. S. Damick, « Why Is Orthodox Easter on a Different Day? », Ancient Faith, 2022 ; et l'étude « The Image of Jews According to the Canonical Tradition of the Orthodox Church », Religions 14/1 (2023), qui identifie Zonaras comme le premier auteur byzantin à interpréter ainsi le canon 7 dit apostolique (mdpi.com/2077-1444/14/1/91).
41En 2025, catholiques et orthodoxes ont célébré Pâques le même jour, le dimanche 20 avril 2025, par coïncidence des deux computs. Catholic News Agency / EWTN, avril 2025.
42Les dates de Pâques catholique et orthodoxe coïncident plusieurs fois par décennie. Après 2025, les prochaines coïncidences auront lieu en 2028 (16 avril), 2031 (13 avril) et 2034 (9 avril). Voir timeanddate.com, comparatif des Pâques occidentale et orientale.
43Concile Vatican II, Sacrosanctum Concilium (constitution sur la sainte liturgie, 4 décembre 1963), Appendice : « Déclaration du IIᵉ concile œcuménique du Vatican sur la révision du calendrier ». Le concile ne s'oppose pas à une date fixe de Pâques dans le calendrier grégorien, avec l'assentiment de ceux à qui importe cette question, surtout des frères séparés de la communion avec le Siège apostolique. Citation d'après le texte officiel français sur vatican.va.
44Consultation de l'Alep (Aleppo, Syrie), 5-10 mars 1997, organisée par le Conseil œcuménique des Églises (Foi et Constitution) et le Conseil des Églises du Moyen-Orient : déclaration « Towards a Common Date for Easter ». Proposition : garder la norme de Nicée, mais calculer équinoxe et pleine lune d'après l'astronomie moderne, au méridien de Jérusalem. Jamais adoptée faute d'accord. Texte sur oikoumene.org.
45Le 12 juin 2015, devant les prêtres réunis à Saint-Jean-de-Latran pour la retraite mondiale des prêtres, le pape François a déclaré qu'il fallait parvenir à un accord (« we have to come to an agreement ») pour une date commune de Pâques, plaisantant : « When did Christ rise from the dead? ... My Christ rose today, and yours next week » (« Mon Christ est ressuscité aujourd'hui, et le tien la semaine prochaine »), et qualifiant cette désunion de scandale (« this disunity is a scandal »). Propos rapportés par Catholic News Agency, « Will Pope Francis change the date of Easter? », 19 juin 2015 (catholicnewsagency.com/news/32189) ; l'événement figure au calendrier du Vatican (vatican.va, messe du 12 juin 2015 à l'occasion de la retraite mondiale des prêtres). Le pape a redit cette disponibilité à plusieurs reprises, notamment le 19 novembre 2022 en recevant le catholicos-patriarche Mar Awa III : « we are ready to accept any proposal that is made together » (discours sur vatican.va, 20221119-patriarca-chiesa-assira).
46L'année 2025 marquait le 1700ᵉ anniversaire du concile de Nicée (325-2025) et voyait, par coïncidence, catholiques et orthodoxes fêter Pâques le même jour (20 avril). Cette conjonction a été présentée comme une occasion providentielle de progresser vers une date commune. La Commission théologique internationale a consacré au jubilé de Nicée un document daté du 3 avril 2025 (vatican.va).
47Évangile selon saint Matthieu, 5, 17 : « Ne pensez pas que je sois venu abolir la Loi ou les Prophètes : je ne suis pas venu abolir, mais accomplir. » La conservation d'un repère lunaire (hérité de la Pâque juive) pour fixer Pâques illustre ce rapport d'accomplissement entre l'Ancienne et la Nouvelle Alliance. Bible de Jérusalem, Cerf, Paris, 1998.
48Catéchisme de l'Église catholique, §§ 1166-1170 : le dimanche, « premier jour de la semaine », mémorial de la Résurrection, est le jour par excellence de l'assemblée liturgique ; et § 1170 sur la fixation de la date de Pâques au concile de Nicée. Le temps pascal est le sommet de l'année liturgique.
49Exsultet (Annonce pascale), proclamation chantée par le diacre lors de la veillée pascale, devant le cierge pascal (Missel romain, Vigile pascale). Texte latin : « Haec nox est, in qua, destructis vinculis mortis, Christus ab inferis victor ascendit » ; Missel anglais officiel : « This is the night, when Christ broke the prison-bars of death and rose victorious from the underworld ». Le texte français ci-dessus en est une paraphrase, non une citation littérale du Missel.
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