« Sommes-nous sauvés par la foi seule ? » La question paraît technique, réservée aux disputes entre théologiens. Elle est en réalité l'une des plus décisives du christianisme : elle a divisé l'Occident chrétien au XVIᵉ siècle, et elle touche au cœur de la vie spirituelle de chaque baptisé. Car derrière elle se cache une autre question, plus intime : qu'est-ce qui me sauve ? Ce que je crois, ce que je fais, ou ce que Dieu fait en moi ?
La réponse catholique tient en une formule à la fois ferme et nuancée. Oui, nous sommes sauvés par grâce, gratuitement, sans pouvoir le mériter par nos seules forces : sur la gratuité première, l'Église confesse avec force ce que la Confession d'Augsbourg enseigne elle aussi (art. 4). Oui, la foi est la porte d'entrée, « le commencement du salut humain, le fondement et la racine de toute justification »[1]. Mais non, ce n'est pas une « foi seule », isolée, intellectuelle, sans amour ni œuvres : une telle foi, dit saint Jacques, est « bel et bien morte »[2].
Le malentendu vient souvent d'un slogan : sola fide, « par la foi seule ». Pris à la lettre, il semble opposer la foi aux œuvres, la grâce à la charité, la confiance à l'obéissance. Mais l'observation ne vaut qu'en grec : dans le texte de Jc 2, 24 (ouk ek pisteôs monon), le mot « foi » est immédiatement suivi de « seulement » — et c'est pour le nier : « l'homme devient juste par les œuvres, et non seulement par la foi »[3].
Cet article répond à la question telle qu'elle se pose vraiment : d'où vient la formule « foi seule », ce que l'Écriture enseigne réellement, ce que l'Église a défini au concile de Trente, pourquoi le débat sur le mérite repose sur un malentendu, et ce que catholiques et luthériens ont reconnu ensemble en 1999. On verra qu'entre « sauvé par mes œuvres » et « sauvé par la foi seule », la foi catholique propose une troisième voie, plus belle que les deux : sauvé par la grâce, à travers une foi qui aime.
D'où vient la formule « la foi seule » ?
Un mot d'ordre né de la Réforme
L'expression « foi seule » (sola fide en latin, allein durch den Glauben en allemand) n'est pas, comme on le croit parfois, une citation biblique. Les mots eux-mêmes sont anciens : saint Thomas d'Aquin écrit déjà sola fides formata, quae per dilectionem operatur — « seule la foi formée, qui agit par la charité » (Somme théologique, III, q. 68, a. 4, ad 3). Ce qui date de la Réforme, c'est l'emploi comme mot d'ordre : avec la Bible allemande de Luther (Nouveau Testament, septembre 1522) puis les textes confessionnels luthériens des années 1530 — notamment la Confession d'Augsbourg, présentée le 25 juin 1530 —, sola fide devient le cri de ralliement des Églises issues de la Réforme, et l'un des cinq grands sola du protestantisme : sola gratia (la grâce seule), sola fide (la foi seule), sola Scriptura (l'Écriture seule), solus Christus (le Christ seul), soli Deo gloria (à Dieu seul la gloire).
Pour Luther, la justification — le fait de devenir juste devant Dieu — se reçoit par la seule foi, c'est-à-dire par la confiance (fiducia) qui s'appuie sur la miséricorde du Christ, et non par les œuvres. La Confession d'Augsbourg (1530), texte fondateur du luthéranisme, enseigne ainsi que les hommes sont justifiés gratuitement à cause du Christ, par la foi[4].
Luther et le « seul » ajouté à Romains 3, 28
Un détail révèle l'enjeu. Quand Luther traduit en allemand l'épître aux Romains, il rend Rm 3, 28 par : « l'homme est justifié par la foi seule (allein), sans les œuvres de la Loi ». Or le mot « seule » ne figure pas dans le texte grec de saint Paul. Critiqué pour cet ajout, Luther répond dans sa Lettre sur la traduction (8 septembre 1530) : il reconnaît explicitement l'absence — « je sais bien que le mot solum ne se trouve ni dans le texte grec ni dans le texte latin » — et la défend positivement, au nom du génie de la langue allemande et de la clarté : « Allein der glaube, und nicht die werck machen uns gerecht » (« seule la foi, et non les œuvres, nous rend justes »)[5]. Pour l'Église, cette défense confirme le problème : le mot ajoute au texte une exclusion que Paul n'a pas écrite — c'est précisément ce « seule » exclusif, écartant la coopération de l'homme et la charité, que le concile de Trente refusera (canon 9).
Ce point n'est pas une querelle d'érudits. Il montre que sola fide est une interprétation de Paul, pas une citation de Paul. Toute la question est de savoir si cette interprétation est fidèle à l'ensemble de l'Écriture — ou si elle force un mot là où Paul ne l'avait pas mis.
Une vraie inquiétude derrière le slogan
Il serait injuste de caricaturer la Réforme. Derrière sola fide, il y a une angoisse spirituelle réelle et une intuition juste. Luther — moine augustin, en proie aux Anfechtungen, ces assauts d'angoisse devant un Dieu saint que retrace la grande biographie d'Heiko Oberman[6] — cherchait à savoir comment un pécheur peut tenir devant Dieu. Il redoutait l'illusion de « mériter » le Ciel par ses propres efforts, et il réagissait à des abus concrets — notamment le commerce des indulgences, dénoncé dès ses 95 thèses (31 octobre 1517)[7] — qui pouvaient laisser croire que le salut s'achetait.
Sur ce point, l'Église catholique donne raison à l'intuition de fond : personne ne peut acheter ni mériter par lui-même la grâce première qui sauve — la Confession d'Augsbourg elle-même l'enseigne (art. 4). Le désaccord ne porte pas sur la gratuité du salut, que catholiques et luthériens confessent ensemble, mais sur la place des œuvres et du renouvellement : les luthériens les affirment eux aussi comme fruits nécessaires de la foi (Augsbourg, art. 20, §§ 27-29), mais jamais comme fondement ni mérite de la justification ; les catholiques y voient en outre un vrai mérite, par grâce[8].
Ce que dit vraiment l'Écriture
« Justifié par la foi, sans les œuvres de la Loi » (Rm 3, 28)
Le grand texte invoqué pour sola fide est saint Paul :
« En effet, nous estimons que l'homme devient juste par la foi, indépendamment de la pratique de la loi de Moïse. » — Saint Paul, Romains 3, 28[9]
Pour bien le lire, il faut comprendre ce que Paul appelle « les œuvres de la Loi ». Pour Paul comme pour ses contemporains, la Loi, c'est la Torah dans sa totalité : du noyau moral — les commandements — jusqu'aux observances rituelles qui marquaient l'identité du peuple — circoncision, prescriptions alimentaires, sabbat[10]. Dans son contexte, Paul s'oppose aux judéo-chrétiens qui exigeaient des païens convertis qu'ils observent toute cette Loi mosaïque comme condition du salut. Paul affirme que l'observance de la Loi par les seules forces de l'homme, avant et sans la grâce, ne justifie personne : ce n'est pas en devenant juif qu'on est sauvé, mais en croyant au Christ. Il le redit aux Galates : « ce n'est pas en pratiquant la loi de Moïse que l'homme devient juste devant Dieu, mais seulement par la foi en Jésus Christ » (Ga 2, 16)[11].
Paul ne dit donc pas que les œuvres de la charité chrétienne sont inutiles. Il dit que nul ne peut se rendre juste par ses propres performances religieuses, antérieures à la grâce. C'est exactement ce que l'Église enseigne : la justification est « la grâce de Dieu », non un salaire dû. Lire Rm 3, 28 comme s'il opposait la foi à toute œuvre, y compris aux œuvres de l'amour, c'est tirer du texte plus qu'il ne dit.
« La foi sans les œuvres est morte » : l'épître de saint Jacques
C'est l'apôtre Jacques qui dissipe le malentendu de la façon la plus directe. Son épître consacre un passage entier à la question, et c'est là que le mot « foi » rencontre le mot « seul » — en grec (pisteôs monon), et pour le nier :
« Mes frères, si quelqu'un prétend avoir la foi, sans la mettre en œuvre, à quoi cela sert-il ? Sa foi peut-elle le sauver ? […] Ainsi donc, la foi, si elle n'est pas mise en œuvre, est bel et bien morte. […] Vous voyez bien : l'homme devient juste par les œuvres, et non seulement par la foi. » — Saint Jacques, Lettre 2, 14.17.24[12]
Jacques prend l'exemple d'Abraham, la figure même de la foi : « Tu vois bien que la foi agissait avec ses œuvres et, par les œuvres, la foi devint parfaite » (Jc 2, 22)[13]. Et il conclut par une comparaison restée célèbre : « comme le corps privé de souffle est mort, de même la foi sans les œuvres est morte » (Jc 2, 26)[14].
Le génie de Jacques n'est pas d'opposer la foi aux œuvres : c'est de montrer qu'une foi vraie produit des œuvres, comme un arbre vivant produit des fruits. Une « foi » qui ne change rien à la vie, qui laisse l'homme indifférent à son frère affamé (Jc 2, 15-16), n'est pas la foi qui sauve : c'est un cadavre de foi.
« La foi opérant par la charité » (Ga 5, 6)
Saint Paul lui-même, loin de contredire Jacques, donne la clé qui les réconcilie. Dans l'épître aux Galates — pourtant le grand texte de la liberté chrétienne contre la Loi —, il écrit :
« Car, dans le Christ Jésus, ce qui a de la valeur, ce n'est pas que l'on soit circoncis ou non, mais c'est la foi, qui agit par la charité. » — Saint Paul, Galates 5, 6[15]
Cette formule — fides quae per caritatem operatur, « la foi qui agit par la charité » — est devenue la définition catholique de la foi qui sauve, reprise mot pour mot par le Catéchisme : « La foi vivante "agit par la charité" (Ga 5, 6) »[16]. Ce n'est pas la foi plus la charité comme deux additions juxtaposées ; c'est une foi vivante, informée et animée par l'amour. La même épître précise d'ailleurs que « ceux qui commettent de telles actions ne recevront pas en héritage le royaume de Dieu » (Ga 5, 21)[17] : la foi ne dispense jamais de la sainteté.
Sauvés « pour de bonnes œuvres » (Ep 2, 8-10)
Le texte qui résume tout est peut-être Éphésiens 2. On en cite souvent les versets 8-9, sans lire le verset 10 qui les complète :
« C'est bien par la grâce que vous êtes sauvés, et par le moyen de la foi. Cela ne vient pas de vous, c'est le don de Dieu. Cela ne vient pas des actes : personne ne peut en tirer orgueil. C'est Dieu qui nous a faits, il nous a créés dans le Christ Jésus, en vue de la réalisation d'œuvres bonnes qu'il a préparées d'avance pour que nous les pratiquions. » — Saint Paul, Éphésiens 2, 8-10[18]
Tout y est : le salut est don gratuit (nul ne peut « en tirer orgueil » comme d'un mérite arraché), reçu par la foi — et pourtant ordonné aux œuvres bonnes comme à sa fin. La grâce ne supprime pas les œuvres : elle les rend possibles et les porte. Les bonnes œuvres accomplies avant ou sans la grâce ne sont pas la cause qui mérite le salut — personne ne peut mériter la « grâce première » (CEC 2010)[19] ; elles en sont le fruit voulu par Dieu. Mais accomplies dans la grâce, elles méritent réellement croissance dans la grâce et vie éternelle — toujours comme don de Dieu, jamais comme dû (Trente, canons 24 et 32)[20].
Le jugement se fera sur les œuvres
Reste un fait massif : dans tout le Nouveau Testament, le jugement dernier est décrit comme un jugement sur les actes, jamais sur une foi sans acte. Jésus déclare que le Fils de l'homme « rendra à chacun selon sa conduite » (Mt 16, 27), et il décrit le jugement final comme une séparation fondée sur ce qu'on a fait au plus petit de ses frères : « j'avais faim, et vous m'avez donné à manger » (Mt 25, 35)[21]. Saint Paul confirme : Dieu « rendra à chacun selon ses œuvres » (Rm 2, 6)[22], et « il nous faudra tous apparaître à découvert devant le tribunal du Christ, pour que chacun soit rétribué selon ce qu'il a fait, soit en bien soit en mal, pendant qu'il était dans son corps » (2 Co 5, 10)[23].
Et saint Paul va jusqu'à dire que la foi elle-même, sans la charité, ne sert de rien :
« J'aurais beau avoir toute la foi jusqu'à transporter les montagnes, s'il me manque l'amour, je ne suis rien. » — Saint Paul, 1 Corinthiens 13, 2[24]
L'Écriture ne se contredit pas : elle articule. La foi sauve ; mais la foi qui sauve est une foi qui aime et qui agit.
La réponse de l'Église : par grâce, par la foi, mais non par la foi seule
Tout commence par la grâce, et la grâce est gratuite
Avant de corriger sola fide, l'Église en reçoit la part de vérité. Le premier mot du salut n'est pas l'homme, c'est Dieu. Aucun mérite humain ne précède la grâce : « la justification vient de la grâce de Dieu »[25], et « l'initiative appartient à Dieu ». L'Église a condamné dès le Vᵉ siècle l'idée, dite pélagienne, selon laquelle l'homme pourrait se sauver par ses seules forces naturelles, sans la grâce : le second concile d'Orange (529) a fixé que même le commencement de la foi est l'œuvre de la grâce (canon 5)[26]. Sur la gratuité première du salut, catholiques et luthériens confessent l'essentiel d'une même voix. Cette coopération, l'Église la décrit comme un don de Dieu avant d'être un acte de l'homme : « La justification établit la collaboration entre la grâce de Dieu et la liberté de l'homme »[27].
C'est pourquoi le Catéchisme peut écrire, dans une formule que tout protestant pourrait signer :
« Notre justification vient de la grâce de Dieu. La grâce est la faveur, le secours gratuit que Dieu nous donne pour répondre à son appel : devenir enfants de Dieu […]. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 1996[28]
La foi, « commencement, fondement et racine » du salut
La foi n'est donc pas méprisée par l'Église : elle est exaltée. Le concile de Trente, dans son grand décret sur la justification (1547), reprend une formule magnifique : la foi est « le commencement du salut de l'homme, le fondement et la racine de toute justification »[29]. « Or, sans la foi, il est impossible d'être agréable à Dieu » (He 11, 6)[30] : chez l'adulte, personne n'est justifié sans un acte personnel de foi. Pour les petits enfants baptisés avant l'âge de raison, c'est la foi de l'Église qui supplée — « ce n'est que dans la foi de l'Église que chacun des fidèles peut croire »[31] — et le Baptême infuse en eux la vertu théologale elle-même, appelée à croître[32].
Mais une racine n'est pas tout l'arbre. La foi est le commencement — pas la totalité — d'un salut qui doit s'épanouir en espérance et en charité. C'est précisément le point où, pour l'Église, la foi justifiante n'est jamais solitaire : elle est fécondée par l'amour — et les luthériens confessent eux-mêmes que le renouvellement de la vie suit nécessairement de la justification (Déclaration commune, § 26).
Une foi vivante, informée par la charité
La théologie catholique distingue donc la foi vivante (fides formata, « informée » par la charité) de la foi morte (fides informis, sans la charité). Toutes deux adhèrent aux mêmes vérités ; mais seule la première unit pleinement à Dieu et sauve. « Mais les démons, eux aussi, le croient et ils tremblent » (Jc 2, 19)[33] : leur assentiment, arraché par l'évidence des signes, est sans amour du bien ni don de la grâce — ce n'est pas la vertu théologale privée de charité, c'en est une autre figure, comme l'explique saint Thomas[34]. Elle ne sauve pas, car elle est sans amour.
Le Catéchisme résume : « "sans les œuvres, la foi est morte" (Jc 2, 26) : privée de l'espérance et de l'amour, la foi n'unit pas pleinement le fidèle au Christ et n'en fait pas un membre vivant de son Corps »[35]. C'est pourquoi la charité est appelée « la forme des vertus » : elle donne à la foi son âme. Une foi qui ne se traduirait jamais en amour de Dieu et du prochain ne serait pas la foi des saints, mais celle des démons.
Le concile de Trente : ce que l'Église a défini en 1547
Face à la Réforme, l'Église a tranché solennellement lors de la 6ᵉ session du concile de Trente (13 janvier 1547), dans le Décret sur la justification — l'un des textes les plus équilibrés du Magistère. Il affirme à la fois la gratuité totale de la grâce et la nécessité de la coopération libre de l'homme, et le rôle des œuvres accomplies dans la grâce. Voici ses canons les plus directement liés à notre question :
| Canon (session 6, 1547) | Ce qu'il condamne | Vérité catholique affirmée |
|---|---|---|
| Canon 9 | Que le pécheur est justifié « par la foi seule » au sens où rien d'autre n'est requis pour coopérer | La foi justifie, mais la volonté doit se préparer et coopérer à la grâce[36] |
| Canon 11 | Que la justification est une simple imputation extérieure, sans grâce intérieure qui transforme | La justification rend réellement juste, par la grâce répandue dans le cœur[37] |
| Canon 12 | Que la foi justifiante n'est « rien d'autre » que la confiance en la miséricorde divine | La foi est plus qu'une confiance : elle adhère à toute la vérité révélée[38] |
| Canon 24 | Que les bonnes œuvres ne font qu'attester la justice, sans la faire croître | Les œuvres faites dans la grâce augmentent réellement la justice reçue[39] |
Trente ne nie jamais que nous soyons sauvés par la foi et par grâce. Il refuse seulement le mot « seule » quand il exclut la coopération de l'homme, la transformation intérieure et la charité. La nuance est exactement celle de saint Jacques.
Foi, œuvres et mérite : un malentendu à dissiper
Les catholiques « achètent-ils » leur salut ?
C'est l'objection populaire : les protestants seraient sauvés par la grâce, les catholiques par leurs « bonnes œuvres », comme s'ils achetaient le Ciel. C'est faux, et c'est même condamné par l'Église. Aucune œuvre humaine, accomplie avant la grâce et sans elle, ne peut mériter la justification. Le Catéchisme est catégorique :
« L'initiative appartenant à Dieu dans l'ordre de la grâce, personne ne peut mériter la grâce première, à l'origine de la conversion, du pardon et de la justification. […] Le mérite de l'homme auprès de Dieu dans la vie chrétienne provient de ce que Dieu a librement disposé d'associer l'homme à l'œuvre de sa grâce. » — Catéchisme de l'Église catholique, §§ 2010 et 2008[40]
Autrement dit : le salut n'est jamais un salaire arraché à Dieu. Quand l'Église parle de « mérite », elle parle d'un don de Dieu avant d'être une récompense de l'homme. Nos bonnes œuvres elles-mêmes sont déjà l'effet de sa grâce en nous.
Le mérite, un don avant d'être une récompense
Saint Augustin a dit cela une fois pour toutes, dans une formule que le Catéchisme reprend :
« Lorsque tu couronnes leurs mérites, tu couronnes tes propres dons. » — Missel romain, Préface des saints, reprenant saint Augustin, citée au Catéchisme § 2006[41]
Cette phrase désamorce tout le faux débat. Quand un catholique fait une bonne œuvre par charité, ce n'est pas lui qui paie Dieu : c'est Dieu qui, par pure bonté, couronne ses propres dons déposés dans le cœur de l'homme. À l'égard de Dieu, l'homme n'a aucun mérite « au sens d'un droit strict » — entre Lui et nous, « l'inégalité est sans mesure » (CEC 2007)[42] ; mais Dieu nous a gratuitement accordé « un droit par grâce, le plein droit de l'amour » (CEC 2009). Le mérite chrétien n'est donc pas une créance naturelle que Dieu nous devrait ; c'est la part que Dieu, par amour, a voulu nous laisser tenir dans une œuvre qui reste la sienne. « Les mérites de nos bonnes œuvres sont des dons de la bonté divine », conclut le Catéchisme[43].
Foi, espérance et charité : on ne se sauve pas seul avec la seule foi
La tradition catholique n'a jamais isolé la foi. Elle l'inscrit dans le trio des vertus théologales : la foi, l'espérance et la charité (1 Co 13, 13). Ces trois vertus sont infusées ensemble par Dieu au Baptême, et c'est ensemble qu'elles unissent à lui. Isoler la foi des deux autres, c'est mutiler la vie chrétienne. Comme le résume saint Paul, « la plus grande des trois, c'est la charité » (1 Co 13, 13)[44] : non parce que la foi serait secondaire, mais parce que la charité demeurera éternellement, quand la foi cédera la place à la vision.
Catholiques et protestants : ce qui rapproche, ce qui sépare
La Déclaration commune de 1999 sur la justification
Pendant quatre siècles, sola fide a paru un mur infranchissable entre Rome et la Réforme. Pourtant, le 31 octobre 1999, à Augsbourg — la ville même de la Confession d'Augsbourg —, l'Église catholique et la Fédération luthérienne mondiale ont signé une Déclaration commune sur la doctrine de la justification, paraphée par le cardinal Edward Cassidy pour le Saint-Siège et par l'évêque Christian Krause pour la Fédération luthérienne mondiale. Ce texte historique constate un « consensus sur des vérités fondamentales » concernant la justification :
« Nous confessons ensemble : c'est seulement par la grâce au moyen de la foi en l'action salvifique du Christ, et non sur la base de notre mérite, que nous sommes acceptés par Dieu et que nous recevons l'Esprit Saint qui renouvelle nos cœurs, nous habilite et nous appelle à accomplir des œuvres bonnes. » — Déclaration commune sur la doctrine de la justification, § 15 (Augsbourg, 1999)[45]
Le détail est capital : même dans cette formule commune, la justification « par grâce, dans la foi » est aussitôt rapportée à l'Esprit qui « appelle aux bonnes œuvres ». La Déclaration précise que les condamnations doctrinales du XVIᵉ siècle, pour autant qu'elles portent sur la justification, ne s'appliquent pas aux enseignements exposés dans la Déclaration elle-même — ni celles de Trente aux luthériens, ni celles des confessions luthériennes aux catholiques (§ 41) ; elles restent des « avertissements salutaires » (§ 42), et plusieurs questions — Église, ministères, sacrements — demeurent à approfondir (§ 43).
Un consensus différencié : accords et désaccords
La Déclaration de 1999 n'est pas une fusion : c'est un « consensus différencié ». Voici, en synthèse, ce qui rapproche désormais les deux traditions et ce qui les distingue encore :
| Question | Consensus de base (depuis 1999) | Différence qui demeure |
|---|---|---|
| Initiative du salut | Dieu seul, par pure grâce | — |
| Rôle de la foi | La foi est nécessaire et première | « Foi seule » comme unique fondement, les œuvres comme fruits nécessaires mais non méritoires (luthériens) vs foi agissant par la charité, inséparable de l'espérance et de l'amour (catholiques) |
| Justice du pécheur | Pardon et renouvellement confessés ensemble | Distinction sans séparation entre justification et renouvellement (luthériens) vs renouvellement intérieur appartenant à la justification elle-même (catholiques) |
| Bonnes œuvres | Fruits nécessaires de la foi vivante | Fruits et signes, non « mérites » propres, avec une récompense promise (luthériens) vs œuvres réellement méritoires par grâce (catholiques) |
| Assurance du salut | Confiance assurée dans les promesses de Dieu | Assurance développée en certitude du salut définitif (traditions réformées) vs espérance ferme sans présomption (catholiques) |
Le cœur du désaccord résiduel n'est donc plus la gratuité de la grâce, mais la manière dont la justice de Dieu agit dans l'homme et la place exacte du renouvellement : les luthériens distinguent — sans séparer — la justification elle-même et le renouvellement de vie qui en découle nécessairement (Déclaration commune, § 26) ; les catholiques tiennent que la grâce, en justifiant, transforme réellement l'âme de l'intérieur[46]. L'Église est, sur la puissance de la grâce, inconditionnellement optimiste : Dieu ne couvre pas seulement le péché du dehors, il guérit le pécheur au-dedans. Pour le concile de Trente, l'unique cause formelle de la justification est « la justice de Dieu, non celle par laquelle il est juste lui-même, mais celle par laquelle il nous rend justes »[47].
Ce qui demeure en débat
Trois points continuent de distinguer les traditions, même après 1999 :
- Justification et renouvellement ? Pour la tradition luthérienne classique, le croyant reste « juste et pécheur à la fois » (simul iustus et peccator) : la justice du Christ lui est imputée par la déclaration du pardon, tandis que le renouvellement intérieur — réellement affirmé (Augsbourg, art. 20, § 29) — suit nécessairement de la justification sans en être le fondement (Déclaration commune, § 26). Pour l'Église, la grâce transforme réellement l'âme dans l'acte même de justifier : le baptisé n'est pas seulement déclaré juste, il devient juste, fils de Dieu, demeure de l'Esprit[48].
- Le mérite des œuvres. L'Église maintient que les œuvres accomplies dans la grâce méritent véritablement une croissance dans la grâce et la vie éternelle — toujours comme don de Dieu, jamais comme dû.
- L'assurance du salut. Il faut distinguer deux questions. L'assurance du pardon, fondée sur les promesses de Dieu, est confessée ensemble (Déclaration commune, §§ 34-36) ; les Réformateurs eux-mêmes y insistaient (§ 35). En revanche, l'impossibilité de perdre le salut une fois justifié est rejetée par les luthériens eux-mêmes : Augsbourg (art. 12, § 7) condamne ceux qui nient que le justifié puisse perdre l'Esprit Saint. La certitude subjective du salut définitif appartient à certaines traditions réformées ; l'Église parle plutôt d'une espérance ferme, qui exclut le désespoir comme la présomption, et qui laisse place à la liberté de persévérer ou de tomber. Cette question est traitée à part dans peut-on-perdre-le-salut.
Bien comprendre « sola fide » : trois sens à distinguer
Au terme du parcours, on voit que l'expression « foi seule » peut signifier trois choses très différentes — d'où l'éternel malentendu. Tout dépend de ce que ce « seule » exclut.
- Si « seule » exclut tout mérite humain préalable, c'est-à-dire si l'on veut dire que nul ne se sauve par ses propres forces sans la grâce : alors l'Église dit oui. Le salut est gratuit, premier, donné. C'est la part vraie de sola fide.
- Si « seule » exclut la charité et les œuvres, c'est-à-dire si l'on prétend qu'une foi sans amour et sans actes suffit à sauver : alors l'Église dit non, avec saint Jacques : « la foi sans les œuvres est morte » (Jc 2, 26). C'est le sens condamné par le concile de Trente.
- Si « seule » exclut les sacrements et l'Église, comme si l'acte de croire suffisait en se passant du Baptême et de la vie sacramentelle : alors l'Église dit encore non, car le Christ a lié le salut à la foi et au Baptême : « Celui qui croira et sera baptisé sera sauvé » (Mc 16, 16)[49].
La formule juste serait donc : nous sommes sauvés par la grâce seule, reçue par la foi — une foi qui n'est jamais seule, parce qu'une foi vivante porte toujours avec elle l'espérance, la charité et les œuvres de l'amour. Comme l'enseigne saint Thomas d'Aquin — la charité est « la forme » de la foi[50] — : ce n'est pas la foi seule qui justifie, mais la foi qui, par la charité, devient vivante.
En résumé
- L'expression « foi seule » (sola fide) n'est pas une citation biblique : les mots sont anciens, mais c'est la Réforme qui en a fait son mot d'ordre (années 1520-1530). Luther a même ajouté le mot « seule » dans sa traduction de Rm 3, 28, où il ne figure ni en grec ni en latin — il l'a reconnu explicitement en 1530.
- Le verset où « foi » est suivi de « seul » en grec (Jc 2, 24, pisteôs monon) dit : « l'homme devient juste par les œuvres, et non seulement par la foi ».
- L'Église affirme avec les luthériens que le salut est don gratuit de la grâce, qu'aucun mérite humain ne précède : sur la gratuité première, consensus sur les vérités fondamentales (1999).
- Mais la foi qui sauve est une foi vivante, « opérant par la charité » (Ga 5, 6), non une foi morte sans œuvres ni amour — les démons eux-mêmes « croient » ainsi, sans amour, et tremblent (Jc 2, 19).
- Le concile de Trente (1547) a refusé le mot « seule » seulement quand il exclut la coopération de l'homme, la transformation intérieure et la charité.
- Le « mérite » catholique n'achète rien : « en couronnant nos mérites, Dieu couronne ses propres dons » (saint Augustin).
- En 1999, catholiques et luthériens ont reconnu un consensus sur les vérités fondamentales de la justification, tout en gardant des accents distincts.
- Formule juste : sauvés par la grâce, à travers la foi, une foi qui n'est jamais seule.
Pour aller plus loin
Notes et références
Concile de Trente, session 6 (13 janvier 1547), Décret sur la justification, chapitre 8 : « la foi est le commencement du salut de l'homme, le fondement et la racine de toute justification » (fides humanae salutis initium, fundamentum et radix), dans H. Denzinger, Enchiridion Symbolorum, n° 1532.
1 29Épître de saint Jacques 2, 17, trad. liturgique (AELF) : « Ainsi donc, la foi, si elle n'est pas mise en œuvre, est bel et bien morte. »
2Épître de saint Jacques 2, 24, trad. liturgique (AELF) : « Vous voyez bien : l'homme devient juste par les œuvres, et non seulement par la foi. » En grec : ouk ek pisteôs monon — « foi » (pisteôs) immédiatement suivi de « seulement » (monon) ; texte grec : Novum Testamentum Graece (Nestle-Aland).
3Confession d'Augsbourg (présentée le 25 juin 1530 à la diète d'Augsbourg), article 4, De la justification : paraphrase du texte latin — les hommes sont justifiés gratuitement à cause du Christ, par la foi (latin : gratis iustificentur propter Christum per fidem ; éd. critique BSELK, trad. angl. Kolb-Wengert, Fortress, 2000).
4Martin Luther, Sendbrief vom Dolmetschen (Lettre sur l'art de traduire, 8 septembre 1530), dans D. Martin Luthers Werke (Weimar, Hermann Böhlaus Nachfolger, 1909), t. 30, 2ᵉ partie, pp. 632-646 : allein ajouté à Rm 3, 28 dès le Nouveau Testament allemand (septembre 1522). Luther reconnaît explicitement l'absence du mot dans le grec et le latin, et la défend au nom de l'allemand : « Allein der glaube, und nicht die werck machen uns gerecht » (p. 641).
5Heiko A. Oberman, Luther : Mensch zwischen Gott und Teufel (Berlin, Severin und Siedler, 1982 ; trad. angl. Luther : Man between God and the Devil, Yale University Press, 1989) : biographie savante de référence sur le Luther moine et ses Anfechtungen.
6Martin Luther, Disputatio pro declaratione virtutis indulgentiarum (95 thèses, 31 octobre 1517), dans D. Martin Luthers Werke (Weimar, Hermann Böhlau, 1883), t. 1, pp. 233-238.
7Déclaration commune sur la doctrine de la justification (1999), § 25 (commun) : la foi « est active dans l'amour » et le chrétien « ne peut ni ne doit rester sans œuvres » ; ce qui précède ou suit le don gratuit de la foi « n'est ni le fondement de la justification ni ne la mérite » ; §§ 23 et 26 (luthérien) : le renouvellement de la vie n'est pas nié, mais distingué — sans être séparé — de la justification elle-même.
8Épître aux Romains 3, 28, trad. liturgique (AELF) : « l'homme devient juste par la foi, indépendamment de la pratique de la loi de Moïse ». Le mot « seule » ne figure pas dans le grec ; il a été ajouté par Luther dans sa traduction allemande.
9Benoît XVI, audience générale du 19 novembre 2008 (catéchèse sur saint Paul et la justification) : pour Paul comme pour ses contemporains, la Loi, c'est la Torah dans sa totalité — « du noyau éthique jusqu'aux observances rituelles » (circoncision, aliments, sabbat) ; texte officiel sur vatican.va.
10Épître aux Galates 2, 16, trad. liturgique (AELF).
11Épître de saint Jacques 2, 14.17.24, trad. liturgique (AELF) ; cf. Jc 2, 22 (Abraham).
12Épître de saint Jacques 2, 22, trad. liturgique (AELF) : « Tu vois bien que la foi agissait avec ses œuvres et, par les œuvres, la foi devint parfaite. »
13Épître de saint Jacques 2, 26, trad. liturgique (AELF) : « comme le corps privé de souffle est mort, de même la foi sans les œuvres est morte ».
14Épître aux Galates 5, 6, trad. liturgique (AELF) : « la foi, qui agit par la charité » (latin fides quae per caritatem operatur).
15Catéchisme de l'Église catholique, § 1814 : « La foi vivante "agit par la charité" (Ga 5, 6) » (cf. Dei Verbum, n° 5 ; Rm 1, 17).
16Épître aux Galates 5, 21, trad. liturgique (AELF) : « ceux qui commettent de telles actions ne recevront pas en héritage le royaume de Dieu ».
17Épître aux Éphésiens 2, 8-10, trad. liturgique (AELF).
18Catéchisme de l'Église catholique, §§ 2010 et 2008 sur le mérite ; § 2010 : « personne ne peut mériter la grâce première, à l'origine de la conversion, du pardon et de la justification » ; § 2008 : « Le mérite de l'homme auprès de Dieu […] provient de ce que Dieu a librement disposé d'associer l'homme à l'œuvre de sa grâce. »
19 40Concile de Trente, session 6 (1547), canons 24 (DS 1574) et 32 (DS 1582) : les œuvres du justifié, accomplies par la grâce de Dieu et le mérite du Christ, méritent véritablement l'accroissement de la grâce et la vie éternelle.
20Évangile selon saint Matthieu 25, 31-46 (le jugement dernier sur les œuvres de miséricorde), trad. liturgique (AELF) ; cf. Mt 16, 27.
21Épître aux Romains 2, 6, trad. liturgique (AELF) : Dieu « rendra à chacun selon ses œuvres » ; cf. Rm 2, 7 ; 2 Co 5, 10.
22Deuxième épître aux Corinthiens 5, 10, trad. liturgique (AELF) : « Car il nous faudra tous apparaître à découvert devant le tribunal du Christ, pour que chacun soit rétribué selon ce qu'il a fait, soit en bien soit en mal, pendant qu'il était dans son corps. »
23Première épître aux Corinthiens 13, 2, trad. liturgique (AELF).
24Catéchisme de l'Église catholique, § 1996 : « Notre justification vient de la grâce de Dieu. »
25IIe concile d'Orange (529), canon 5 sur le commencement de la foi (initium fidei : Denzinger, Enchiridion Symbolorum, n° 375), ensemble confirmé par le pape Boniface II en 531 (lettre Per filium nostrum à Césaire d'Arles, 25 janvier 531 : DS 398-400) : même le commencement de la foi et le désir de croire sont l'œuvre de la grâce, contre le semi-pélagianisme.
26Catéchisme de l'Église catholique, § 1993 : « La justification établit la collaboration entre la grâce de Dieu et la liberté de l'homme » (citant le Concile de Trente, DS 1525).
27Catéchisme de l'Église catholique, § 1996 : « Notre justification vient de la grâce de Dieu. La grâce est la faveur, le secours gratuit que Dieu nous donne pour répondre à son appel : devenir enfants de Dieu […]. »
28Épître aux Hébreux 11, 6, trad. liturgique (AELF) : « Or, sans la foi, il est impossible d'être agréable à Dieu ».
30Catéchisme de l'Église catholique, § 1253 : « Le Baptême est le sacrement de la foi. […] Ce n'est que dans la foi de l'Église que chacun des fidèles peut croire. La foi qui est requise pour le Baptême n'est pas une foi parfaite et mûre, mais un début qui est appelé à se développer. »
31Catéchisme de l'Église catholique, § 1266 : « La Très Sainte Trinité donne au baptisé la grâce sanctifiante, la grâce de la justification » qui le rend capable de croire, d'espérer et d'aimer par les vertus théologales (cf. aussi §§ 1250-1252 sur le baptême des petits enfants).
32Épître de saint Jacques 2, 19, trad. liturgique (AELF) : « Toi, tu crois qu'il y a un seul Dieu. Fort bien ! Mais les démons, eux aussi, le croient et ils tremblent. »
33Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, II-II, q. 5, a. 2 : la foi des démons, arrachée par l'évidence des signes, est sans affection du bien et sans don de la grâce — elle n'est pas la foi louable des fidèles du Christ.
34Catéchisme de l'Église catholique, § 1815 : « "sans les œuvres, la foi est morte" (Jc 2, 26) : privée de l'espérance et de l'amour, la foi n'unit pas pleinement le fidèle au Christ et n'en fait pas un membre vivant de son Corps. »
35Concile de Trente, session 6 (1547), Décret sur la justification, canon 9, dans Denzinger, Enchiridion Symbolorum, n° 1559 (ancien Dz 819) : condamnation de l'idée que l'impie est justifié « par la foi seule » (sola fide) au sens où rien d'autre n'est requis pour coopérer à la grâce.
36Concile de Trente, session 6 (1547), canon 11, dans Denzinger, Enchiridion Symbolorum, n° 1561 (ancien Dz 821) : la justification n'est pas une simple imputation extérieure de la justice du Christ, à l'exclusion de la grâce et de la charité répandues dans le cœur.
37Concile de Trente, session 6 (1547), canon 12, dans Denzinger, Enchiridion Symbolorum, n° 1562 (ancien Dz 822) : la foi justifiante n'est pas seulement la confiance (fiducia) en la miséricorde divine.
38Concile de Trente, session 6 (1547), canon 24, dans Denzinger, Enchiridion Symbolorum, n° 1574 (ancien Dz 834) : les bonnes œuvres faites dans la grâce ne sont pas seulement des fruits, mais augmentent réellement la justice reçue.
39« Tu es glorifié dans l'assemblée des Saints : lorsque tu couronnes leurs mérites, tu couronnes tes propres dons » : Missel romain, Préface des saints — formule reprise au Catéchisme de l'Église catholique, § 2006, qui la rattache à saint Augustin, Enarr. in Ps. 102, 7. On en trouve l'expression patristique chez saint Augustin, Lettre 194, à Sixte (vers 418), V, 19 : cum Deus coronat merita nostra, nihil aliud coronat quam munera sua (« lorsque Dieu couronne nos mérites, il ne couronne rien d'autre que ses propres dons »).
41Catéchisme de l'Église catholique, § 2007 : « A l'égard de Dieu, il n'y a pas, au sens d'un droit strict, de mérite de la part de l'homme. Entre Lui et nous l'inégalité est sans mesure, car nous avons tout reçu de Lui, notre Créateur » ; § 2009 : l'adoption filiale nous confère « un droit par grâce, le plein droit de l'amour ».
42Catéchisme de l'Église catholique, § 2009 : « Les mérites de nos bonnes œuvres sont des dons de la bonté divine » (cf. Concile de Trente, DS 1548 ; saint Augustin, Sermon 298, 4-5 : PL 38, 1367).
43Première épître aux Corinthiens 13, 13, trad. liturgique (AELF) : « Ce qui demeure aujourd'hui, c'est la foi, l'espérance et la charité ; mais la plus grande des trois, c'est la charité. »
44Déclaration commune sur la doctrine de la justification (Fédération luthérienne mondiale et Conseil pontifical pour la promotion de l'unité des chrétiens), Augsbourg, 31 octobre 1999, § 15 ; signée par le cardinal Edward I. Cassidy et l'évêque Christian Krause (texte officiel sur christianunity.va).
45Concile de Trente, session 6 (13 janvier 1547), Décret sur la justification, chapitre 7, sur l'unique cause formelle de la justification, dans Denzinger, Enchiridion Symbolorum, n° 1529 (référence également citée au Catéchisme § 1992).
46 47Catéchisme de l'Église catholique, § 1992 : la justification « nous rend intérieurement justes par la puissance de sa miséricorde » et a « pour but […] le don de la vie éternelle » (citant le Concile de Trente, DS 1529).
48Évangile selon saint Marc 16, 16, trad. liturgique (AELF) : « Celui qui croira et sera baptisé sera sauvé ».
49Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, II-II, q. 4, a. 3 (la charité est la forme de la foi) ; cf. III, q. 68, a. 4, ad 3 : sola fides formata, quae per dilectionem operatur — « seule la foi formée, qui agit par la charité ».
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