Que dit l'Église sur les protestants ?

Que dit l'Église catholique sur les protestants ? Elle distingue les personnes et les doctrines : elle reconnaît les protestants baptisés comme de vrais chrétiens, ses « frères séparés » avec qui elle est en communion réelle mais imparfaite, tout en rejetant les erreurs de la Réforme condamnées à Trente. Statut, salut et œcuménisme expliqués.

Ignispedia

Sur les protestants, l'Église catholique tient deux affirmations qu'il ne faut jamais séparer. D'un côté, elle rejette fermement les erreurs doctrinales de la Réforme du XVIᵉ siècle — la justification (la rémission des péchés et la sanctification intérieure par lesquelles le pécheur devient juste devant Dieu) « par la foi seule », l'« Écriture seule », la négation du sacrifice de la messe et de plusieurs sacrements — qu'elle a solennellement condamnées au concile de Trente (1545-1563). De l'autre, elle reconnaît dans les protestants d'aujourd'hui de vrais chrétiens, validement baptisés, ses « frères dans le Seigneur », avec lesquels elle se trouve dans « une certaine communion, bien qu'imparfaite »[1].

Cette double affirmation tient à une distinction décisive : l'Église juge les doctrines, mais elle ne condamne pas les personnes qui sont nées et ont grandi dans des communautés séparées. « Ceux qui naissent aujourd'hui dans de telles communautés et qui vivent de la foi au Christ, ne peuvent être accusés de péché de division »[2], enseigne le concile Vatican II. Le schisme du XVIᵉ siècle fut un drame ; les chrétiens nés depuis n'en portent pas la faute.

Depuis le concile Vatican II (1962-1965), l'Église s'est engagée « de manière irréversible »[3] dans le mouvement œcuménique : non pour gommer les différences, mais pour travailler à l'unité voulue par le Christ, « afin que tous soient un » (Jn 17, 21). Le sommet de cet effort fut la Déclaration commune sur la doctrine de la justification, signée à Augsbourg le 31 octobre 1999 avec la Fédération luthérienne mondiale.

Cet article expose ce que l'Église dit officiellement des protestants : qui ils sont à ses yeux, ce qu'elle partage déjà avec eux, ce qu'elle rejette de la doctrine protestante, s'ils peuvent être sauvés, et comment elle pratique l'œcuménisme. Pour le récit historique de la Réforme, voir La Réforme protestante ; pour le dossier apologétique détaillé des objections, voir Réponses au protestantisme ; pour les cinq sola, voir Sola Scriptura et Sola Fide.

La réponse de l'Église tient en une distinction : les personnes et les doctrines

Personnes et doctrines : la clé du jugement catholique — infographie originale Ignispedia créée par IA.

Avant tout détail, il faut saisir la clé de lecture de toute la position catholique. Sans elle, on croit voir une contradiction là où il y a une distinction soigneuse, constante depuis Vatican II.

Juger une doctrine n'est pas condamner une personne

L'Église catholique juge des doctrines : elle dit qu'une proposition est vraie ou erronée, conforme ou contraire à la Révélation. Quand le concile de Trente déclare que la justification « par la foi seule », entendue comme l'exclusion de toute coopération, est une erreur, il porte un jugement sur une affirmation théologique, pas sur le cœur des hommes qui la professent.

Or, juger une doctrine fausse n'oblige nullement à tenir pour coupable celui qui la reçoit de bonne foi. Un enfant né dans une famille luthérienne, baptisé, élevé dans l'amour du Christ et des Écritures, n'a pas choisi la division du XVIᵉ siècle : il en a hérité. C'est exactement ce que dit Vatican II :

« Ceux qui naissent aujourd'hui dans de telles communautés et qui vivent de la foi au Christ, ne peuvent être accusés de péché de division, et l'Église catholique les entoure de respect fraternel et de charité. » — Concile Vatican II, décret Unitatis Redintegratio, §3, 21 novembre 1964[4]

Le Catéchisme de l'Église catholique reprend cette doctrine au numéro 818 : l'Église « les entoure de respect fraternel et de charité »[5].

Ce que l'Église ne dit PAS des protestants

Pour éviter les caricatures, il faut énoncer aussi clairement ce que l'Église ne dit pas :

  • Elle ne dit pas que les protestants ne sont pas chrétiens. Ils le sont, par le baptême[6].
  • Elle ne dit pas que les protestants d'aujourd'hui sont des hérétiques coupables. L'hérésie formelle suppose le rejet obstiné et conscient d'une vérité de foi par un baptisé qui sait qu'elle est révélée[7] ; ce n'est pas le cas de qui naît de bonne foi dans une confession séparée.
  • Elle ne dit pas que leurs communautés sont dépourvues de valeur : elles « ne sont nullement dépourvues de signification et de valeur dans le mystère du salut »[8].
  • Elle ne dit pas non plus, à l'inverse, que toutes les confessions se valent : l'indifférentisme — l'idée que la vérité religieuse n'a pas d'importance — est explicitement exclu.

Une attitude double : charité ferme et clarté charitable

La position catholique n'est donc ni l'hostilité de certains milieux d'autrefois, ni l'indifférence qui dissoudrait la vérité. Elle conjugue deux exigences : la charité envers des frères baptisés, et la vérité sur ce qui demeure objectivement en cause. Saint Jean-Paul II a formulé la règle d'or de cet équilibre :

« L'amour de la vérité est la dimension la plus profonde d'une recherche authentique de la pleine communion entre les chrétiens. Sans cet amour, il serait impossible d'aborder les difficultés objectives d'ordre théologique, culturel, psychologique et social que l'on rencontre dans l'examen des divergences. » — Jean-Paul II, encyclique Ut Unum Sint, §36, 25 mai 1995[9]

Qui sont les protestants pour l'Église catholique ?

Le mot « protestants » recouvre une réalité vaste : luthériens, réformés (calvinistes), anglicans, méthodistes, baptistes, pentecôtistes, évangéliques, et des dizaines de milliers de communautés locales rattachées à ces familles — le Center for the Study of Global Christianity (séminaire Gordon-Conwell) recensait plus de 45 000 dénominations chrétiennes dans le monde[10]. L'Église catholique ne les traite pas tous exactement de la même façon, mais elle leur applique un même cadre fondamental.

Des baptisés réellement incorporés au Christ

Le point de départ n'est pas ce qui divise, mais ce qui unit déjà : le baptême. Tout protestant baptisé validement — c'est-à-dire avec de l'eau et la formule trinitaire — est réellement uni au Christ et, par lui, à l'Église :

« Justifiés par la foi reçue au baptême, incorporés au Christ, ils portent à juste titre le nom de chrétiens, et les fils de l'Église catholique les reconnaissent à bon droit comme des frères dans le Seigneur. » — Concile Vatican II, Unitatis Redintegratio, §3[11]

Ce n'est pas une politesse diplomatique : c'est une affirmation théologique sur l'effet réel du sacrement. Le baptisé protestant n'est pas à mi-chemin entre le païen et le chrétien — il est chrétien.

« Communautés ecclésiales », non « Églises au sens propre »

L'Église fait pourtant une distinction technique entre les Églises orthodoxes d'Orient et les communautés issues de la Réforme. La raison n'est pas un mépris, mais une question de réalité sacramentelle : les Églises orthodoxes ont conservé la succession apostolique des évêques et donc l'Eucharistie valide ; la plupart des communautés protestantes, ayant rompu la succession épiscopale, n'ont pas conservé « la substance propre et intégrale du mystère eucharistique », « en raison surtout de la déficience du sacrement de l'Ordre »[12].

C'est pourquoi la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, dans la déclaration Dominus Iesus (2000), réserve à ces dernières l'appellation de « communautés ecclésiales » :

« Les Communautés ecclésiales qui n'ont pas conservé l'épiscopat valide et la substance authentique et intégrale du mystère eucharistique, ne sont pas des Églises au sens propre. » — Congrégation pour la Doctrine de la Foi, déclaration Dominus Iesus, §17, 6 août 2000[13]

Le mot « Église », au sens plénier, suppose en effet le don entier des sacrements et du ministère apostolique. Les protestants gardent beaucoup — l'Écriture, le baptême, la foi au Christ — mais non cette plénitude sacramentelle. Dire « communauté ecclésiale » n'est donc pas nier qu'il s'y trouve une réalité ecclésiale véritable ; c'est nommer avec précision ce qui y manque.

Une communion réelle mais imparfaite

L'expression-clé qui résume tout le rapport est celle de communion réelle mais imparfaite. Elle dit deux choses à la fois, sans en sacrifier aucune :

« Ceux qui croient au Christ et qui ont reçu validement le Baptême, se trouvent dans une certaine communion, bien qu'imparfaite, avec l'Église catholique. » — Catéchisme de l'Église catholique, §838[14]

Le tableau suivant met en regard ce qui rend cette communion réelle et ce qui la rend encore imparfaite. Il vaut comme synthèse de tout l'article.

Ce qui rend la communion RÉELLECe qui la laisse IMPARFAITE
Le baptême valide, qui incorpore au Christ[15]L'absence de profession commune de toute la foi (dogmes mariaux, papauté…)
La foi en la Sainte Trinité et au Christ Sauveur[16]Le rejet de plusieurs sacrements (confession, onction, ordre)
L'amour et la vénération de l'Écriture sainte[17]La perte de l'Eucharistie valide, faute de succession apostolique[18]
La vie de grâce, la foi, l'espérance et la charité[19]L'absence du ministère apostolique et de la pleine communion hiérarchique
De nombreux éléments de sanctification et de vérité[20]La rupture de l'unité voulue par le Christ (Jn 17, 21)
La communion réelle mais imparfaite — infographie originale Ignispedia créée par IA.

La communion n'est donc pas un interrupteur (tout ou rien) mais un dégradé : il y a plus ou moins de communion selon ce qui est conservé. C'est cette vision, propre à Vatican II, qui a rendu possible le dialogue œcuménique sans renoncer à la vérité.

Les protestants sont-ils chrétiens ?

Le baptême, lien sacramentel d'unité — infographie originale Ignispedia créée par IA.

C'est la question que beaucoup se posent concrètement, et la réponse catholique est claire et affirmative.

Le baptême, lien sacramentel d'unité

Tout repose sur la valeur du baptême administré chez les protestants. L'Église catholique reconnaît comme valide le baptême conféré avec de l'eau au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, quelle que soit la confession du ministre, dès lors qu'il a l'intention de faire ce que fait l'Église. Vatican II en tire la conséquence directe :

« Le baptême constitue donc le lien sacramentel d'unité existant entre tous ceux qui ont été régénérés par lui. » — Concile Vatican II, Unitatis Redintegratio, §22[21]

Le Catéchisme en fait la base même de tout l'œcuménisme : « Le Baptême constitue le fondement de la communion entre tous les chrétiens, aussi avec ceux qui ne sont pas encore en pleine communion avec l'Église catholique »[22].

Pourquoi l'Église ne rebaptise pas un protestant qui devient catholique

La meilleure preuve pratique de cette reconnaissance, c'est que l'Église ne rebaptise pas un protestant qui demande à entrer dans la pleine communion catholique. Rebaptiser supposerait que le premier baptême n'a rien fait — ce que l'Église nie formellement. Le baptême, reçu une fois validement, est indélébile ; il imprime un caractère que rien n'efface. Le protestant qui devient catholique fait une profession de foi et reçoit la confirmation et l'Eucharistie, mais on ne lui redonne pas le baptême. (Si l'enquête établit que le rite célébré était certainement invalide — pas d'eau véritable, pas de formule trinitaire —, on donne le baptême purement et simplement : il n'y a alors rien à confirmer. C'est seulement quand, après enquête diligente, il subsiste un doute prudent sur la validité du baptême reçu qu'on procède à un baptême « sous condition »[23].)

Cette discipline, très ancienne, remonte à la controverse du IIIᵉ siècle entre saint Cyprien et le pape Étienne Ier, tranchée par l'Église en faveur de la validité du baptême conféré hors de ses frontières visibles. Elle exprime une conviction de fond : c'est le Christ qui baptise, à travers son ministre[24].

Que partageons-nous déjà avec les protestants ?

L'œcuménisme catholique ne part pas de zéro. Vatican II a dressé l'inventaire de ce qui unit déjà, avant même tout dialogue, dans Lumen Gentium §15.

L'Écriture, la foi au Christ, le baptême

Le concile énumère les liens objectifs qui rattachent les chrétiens non catholiques à l'Église. Avec les protestants en particulier, l'Église partage : la foi en Dieu et au Christ Sauveur, l'amour et la vénération de la Sainte Écriture comme règle de foi et de vie, le baptême, et chez beaucoup le désir sincère de suivre l'Évangile et de servir Dieu[25]. Ces réalités ne sont pas anodines : elles sont des dons du Christ qui, par nature, « portent à l'unité catholique »[26].

De nombreux éléments de sanctification et de vérité

Vatican II a opéré ici une révolution de regard. Au lieu de ne voir dans les confessions séparées qu'un manque, il a appris à y reconnaître une présence positive du Christ et de l'Esprit :

« Beaucoup d'éléments de sanctification et de vérité » existent « en dehors des limites visibles de l'Église catholique ». — Catéchisme de l'Église catholique, §819, citant Lumen Gentium §8[27]

Ces éléments — la Parole de Dieu écrite, la vie de grâce, la foi, l'espérance et la charité, des dons intérieurs de l'Esprit Saint — « peuvent exister hors des frontières visibles de l'Église catholique »[28] et y opèrent réellement le salut. Quand un protestant prie le Christ, lit l'Évangile, aime son prochain par charité surnaturelle, c'est l'Esprit Saint qui agit en lui. L'Église catholique ne revendique pas le monopole de la grâce ; elle revendique d'en posséder tous les moyens.

Une foi commune au Credo des premiers conciles

Sur l'essentiel du dogme christologique et trinitaire, catholiques et grands courants protestants confessent la même foi : Dieu Trinité, Jésus-Christ vrai Dieu et vrai homme, mort et ressuscité pour notre salut, tel que l'ont défini les conciles de Nicée (325) et de Constantinople (381). Les Réformateurs du XVIᵉ siècle n'ont pas touché à ce socle ; Luther et Calvin l'ont au contraire vigoureusement défendu. C'est pourquoi le dialogue est possible : il s'appuie sur une foi trinitaire partagée, là où, avec d'autres religions, ce socle commun manque.

Ce que l'Église rejette dans la doctrine protestante

Les cinq sola et la réponse catholique — infographie originale Ignispedia créée par IA.

Reconnaître les protestants comme frères n'efface pas les divergences doctrinales réelles. L'Église serait malhonnête, et le dialogue serait vide, si l'on faisait comme si tout était réglé. Voici, sobrement, ce qui demeure en cause. Pour le détail argumenté, on renverra aux articles dédiés.

Les cinq sola et la réponse de Trente

La Réforme se résume souvent en cinq formules latines, les « cinq sola ». L'Église catholique en accepte l'intention profonde — tout vient de Dieu, par le Christ, par grâce — mais elle en rejette les exclusions quand elles nient la coopération de l'homme, l'autorité de la Tradition ou la médiation de l'Église.

Formule protestanteSens revendiquéCe que l'Église catholique précise
Sola Scriptura (l'Écriture seule)La Bible, unique règle de foiL'Écriture et la Tradition, deux modes de transmission d'un même dépôt révélé, que le Magistère interprète authentiquement[29]
Sola Fide (la foi seule)La justification s'obtient par la foi seuleOui, la justification s'obtient par la foi — mais par une foi opérant par la charité (Ga 5, 6) : les œuvres de la grâce sont les fruits de la justice reçue et la cause de son accroissement[30]
Sola Gratia (la grâce seule)Tout est grâce, rien n'est méritéOui, toute justification est grâce — mais la grâce rend l'homme capable de coopérer[31]
Solus Christus (le Christ seul)Un seul médiateur, le ChristOui, médiateur unique — la médiation des saints et de Marie est participée, non concurrente[32]
Soli Deo gloria (à Dieu seul la gloire)Toute gloire à DieuOui — honorer les saints, c'est honorer l'œuvre de Dieu en eux

On voit que le désaccord n'est pas frontal sur tout : sur la grâce et le Christ médiateur, l'accord de fond est large. Il se concentre sur deux points : l'Écriture seule (qui exclut la Tradition et le Magistère) et la foi seule (entendue comme excluant la coopération et les œuvres de la grâce).

La justification : ce que Trente a condamné, et ce que cela veut dire

Le concile de Trente, à sa sixième session (13 janvier 1547), a porté le jugement doctrinal le plus précis sur la Réforme, dans son décret sur la justification. Deux canons résument l'essentiel du désaccord :

« Si quelqu'un dit que l'impie est justifié par la foi seule, en entendant par là que rien d'autre n'est requis pour coopérer à l'obtention de la grâce de la justification… : qu'il soit anathème. » — Concile de Trente, session VI, canon 9, 13 janvier 1547[33]

« Si quelqu'un dit que les hommes sont justifiés ou bien par la seule imputation de la justice du Christ, ou bien par la seule rémission des péchés, à l'exclusion de la grâce et de la charité qui est répandue dans leurs cœurs par l'Esprit Saint… : qu'il soit anathème. » — Concile de Trente, session VI, canon 11[34]

Il faut bien comprendre la portée du mot anathème. Il ne condamne pas les personnes au sens où il les damnerait ; il déclare qu'une proposition est hors de la foi catholique et que celui qui la tiendrait sciemment et obstinément, en sachant qu'elle contredit la Révélation, se mettrait hors de la communion. Trente vise les erreurs, et avertit les catholiques ; il ne prétend pas juger le for interne — le secret de la conscience de chacun devant Dieu — de chaque protestant.

Sola scriptura : l'Écriture sans la Tradition ni le Magistère

Le désaccord le plus structurel porte sur la règle de foi. Pour la Réforme, l'Écriture seule fait autorité. Pour l'Église catholique, l'Écriture et la Tradition apostolique vivante sont deux modes de transmission d'un même dépôt révélé, dont l'interprétation authentique appartient au Magistère, serviteur de la Parole et non placé au-dessus d'elle. Le concile de Trente, dès sa quatrième session (8 avril 1546), avait reçu les livres saints et les traditions apostoliques avec un égal sentiment de piété et de respect (latin : pari pietatis affectu ac reverentia)[35], doctrine reprise par Vatican II dans Dei Verbum §9-10[36]. Pour l'examen complet de cette question — y compris le problème du canon biblique et la multiplication des interprétations — voir Sola Scriptura.

Les autres points encore en débat

Plusieurs autres questions demeurent ouvertes entre catholiques et protestants, traitées chacune dans un article propre :

L'Église ne traite pas tous ces points de la même façon : Vatican II parle d'un « ordre », d'une « hiérarchie » des vérités de la doctrine catholique, « en raison de leur rapport différent avec le fondement de la foi chrétienne »[37] — certaines vérités sont plus centrales que d'autres. Mais cet ordre n'autorise à écarter aucune doctrine : le même concile exige d'« exposer clairement la doctrine intégrale », car rien n'est plus étranger à l'œcuménisme que le faux irénisme. Cette notion est essentielle au dialogue : elle permet d'aller à l'essentiel d'abord, sans rien sacrifier du reste.

Les protestants peuvent-ils être sauvés ?

Salut et plénitude des moyens — infographie originale Ignispedia créée par IA.

C'est sans doute la question la plus brûlante, et la réponse de l'Église, depuis toujours mais surtout depuis Vatican II, est oui — à condition de bien comprendre comment.

Oui : le salut par ce qui est vrai et saint dans leurs communautés

L'Église enseigne que les éléments authentiquement chrétiens conservés chez les protestants — l'Écriture, le baptême, la foi au Christ, la vie de grâce — sont de véritables moyens de salut. Vatican II l'affirme sans ambiguïté :

« L'Esprit du Christ, en effet, ne refuse pas de se servir d'elles comme de moyens de salut, dont la vertu dérive de la plénitude de grâce et de vérité qui a été confiée à l'Église catholique. » — Concile Vatican II, Unitatis Redintegratio, §3[38]

Autrement dit, ce qui sauve un protestant de bonne foi, ce n'est pas l'erreur de sa confession, mais la vérité qu'elle a gardée — et cette vérité vient, en dernière analyse, du Christ et de son Église. Un luthérien sauvé l'est par le baptême, la foi, la grâce : c'est-à-dire par ce que sa communauté a reçu de l'unique Église du Christ.

« Hors de l'Église, pas de salut » : le sens véritable

Cette doctrine ne contredit pas l'antique axiome « Hors de l'Église, point de salut » (extra Ecclesiam nulla salus), à condition de l'entendre correctement. Le Catéchisme explique que cette formule vise ceux qui, connaissant la nécessité de l'Église catholique, refuseraient d'y entrer ou d'y demeurer ; elle ne condamne pas ceux qui, sans faute de leur part, ne la connaissent pas comme telle[39]. Les protestants de bonne foi, ordonnés au salut par le baptême et la foi, ne sont pas « hors de l'Église » au sens excluant : leur communion, bien qu'imparfaite, est réelle. Cette question, souvent mal comprise, est développée dans Hors de l'Église, pas de salut ?.

La plénitude des moyens demeure dans l'Église catholique

Pour autant, l'Église ne dit pas que « tout se vaut ». Elle maintient que la plénitude des moyens de salut — l'ensemble complet des sacrements, le ministère apostolique, l'enseignement intégral de la foi — se trouve dans la seule Église catholique :

« C'est, en effet, par la seule Église catholique du Christ, laquelle est le "moyen général de salut", que peut s'obtenir toute la plénitude des moyens de salut. » — Concile Vatican II, Unitatis Redintegratio, §3[40]

Il y a donc une asymétrie assumée : un catholique peut être sauvé avec moins que tout ce que l'Église lui offre ; mais l'Église offre tout. C'est précisément pour cette plénitude — non par orgueil de groupe — qu'elle invite les protestants à la pleine communion. La question « pourquoi rester (ou devenir) catholique ? » est traitée dans Le catholicisme est-il la vraie religion ?.

L'engagement œcuménique de l'Église, de Vatican II à aujourd'hui

L'œcuménisme catholique de Vatican II aux dialogues récents — infographie originale Ignispedia créée par IA.

Longtemps, le rapport aux protestants fut surtout polémique. Le tournant date du concile Vatican II, qui a fait de la recherche de l'unité une priorité de l'Église.

Unitatis Redintegratio (1964) : un changement de regard

Le décret sur l'œcuménisme, promulgué le 21 novembre 1964, a posé les principes encore en vigueur : reconnaissance du baptême commun, des éléments de sanctification, de la communion réelle mais imparfaite ; appel à la conversion du cœur, à la prière commune, au dialogue théologique. Le concile définit le mot même :

« Par "mouvement œcuménique", on entend les entreprises et les initiatives provoquées et organisées en faveur de l'unité des chrétiens, selon les besoins variés de l'Église et selon les circonstances. » — Concile Vatican II, Unitatis Redintegratio, §4[41]

Le concile précise aussitôt que l'œcuménisme authentique commence par le renouveau de l'Église elle-même et la « conversion du cœur », car « il n'y a pas de véritable œcuménisme sans conversion intérieure »[42].

Ut Unum Sint (1995) : un engagement « irréversible »

Trente ans plus tard, saint Jean-Paul II consacre à l'unité des chrétiens une encyclique entière, dont le titre reprend la prière du Christ : « Que tous soient un ». Il y déclare l'engagement œcuménique de l'Église définitif :

Saint Jean-Paul II, auteur de l'encyclique œcuménique Ut Unum Sint — photo Wikimedia Commons, Maison-Blanche, domaine public.

« Au concile Vatican II, l'Église catholique s'est engagée de manière irréversible à prendre la voie de la recherche œcuménique. » — Jean-Paul II, Ut Unum Sint, §3, 25 mai 1995[43]

L'encyclique va plus loin : Jean-Paul II y invite les autres chrétiens à un dialogue fraternel sur la manière d'exercer la primauté de l'évêque de Rome, pour qu'elle soit « un service d'amour reconnu par les uns et par les autres »[44] — geste d'audace dont la portée reste considérable.

La Déclaration commune sur la justification (Augsbourg, 1999)

Le fruit le plus spectaculaire de ce dialogue fut signé, hautement symbolique, à Augsbourg — ville de la Confession d'Augsbourg de 1530 — le 31 octobre 1999, jour anniversaire des 95 thèses de Luther. Catholiques et luthériens y déclarent un consensus dans des vérités fondamentales de la doctrine de la justification :

« Nous confessons ensemble : c'est seulement par la grâce au moyen de la foi en l'action salvifique du Christ, et non sur la base de notre mérite, que nous sommes acceptés par Dieu et que nous recevons l'Esprit Saint qui renouvelle nos cœurs, nous habilite et nous appelle à accomplir des œuvres bonnes. » — Déclaration commune sur la doctrine de la justification, §15, 31 octobre 1999[45]

La conséquence est saisissante : « Il en découle que les condamnations doctrinales du XVIᵉ siècle, dans la mesure où elles se réfèrent à l'enseignement de la justification, apparaissent dans une lumière nouvelle : l'enseignement des Églises luthériennes présenté dans cette déclaration n'est plus concerné par les condamnations du Concile de Trente. »[46] Sans renier Trente — qui visait des erreurs réelles —, l'Église reconnaît que l'enseignement luthérien exposé dans cette Déclaration, sur la justification, n'est plus atteint par les anathèmes d'alors. Les méthodistes (2006) puis les réformés (2017) s'y sont à leur tour associés ; quant aux anglicans, le Conseil consultatif anglican en a accueilli et reconnu la substance par sa Résolution 16.17 (2016), sans la signer — un geste distinct de la signature catholique-luthérienne de 1999 comme des associations méthodiste et réformée.

Dominus Iesus (2000) et l'œcuménisme des martyrs

L'année suivante, la déclaration Dominus Iesus est venue rappeler les limites du dialogue : l'unité des chrétiens ne se fera pas par nivellement, mais dans la vérité de l'unique Église du Christ qui « subsiste dans l'Église catholique »[47]. Loin d'être un recul, ce rappel garantit que l'œcuménisme reste enraciné dans la foi et non dans un compromis vague.

Enfin, un fait spirituel a profondément rapproché les chrétiens au XXᵉ siècle : le martyre commun. Des catholiques, des orthodoxes et des protestants sont morts ensemble pour le Christ sous les régimes totalitaires. Jean-Paul II y voyait l'œcuménisme le plus pur :

« Le témoignage courageux de nombreux martyrs de notre siècle, y compris ceux qui sont membres d'autres Églises et d'autres Communautés ecclésiales qui ne sont pas en pleine communion avec l'Église catholique, donne à l'appel conciliaire une force nouvelle ; il nous rappelle l'obligation d'accueillir son exhortation et de la mettre en pratique. » — Jean-Paul II, Ut Unum Sint, §1[48]

En pratique : ce qui est permis et ce qui ne l'est pas

En pratique : prière commune, sacrements et mariage mixte — infographie originale Ignispedia créée par IA.

La doctrine se traduit en règles concrètes que tout catholique peut rencontrer : peut-on prier avec un protestant ? communier dans son temple ? l'épouser ? Le droit de l'Église répond avec une logique constante.

Prier ensemble : oui ; partager les sacrements : avec prudence

La prière commune entre catholiques et protestants est non seulement permise mais encouragée : Vatican II nomme « l'âme de tout l'œcuménisme » la conversion du cœur et la sainteté de vie, jointes aux prières publiques et privées pour l'unité des chrétiens[49]. Lire ensemble l'Écriture, prier pour l'unité, célébrer des services de la Parole œcuméniques : tout cela est bon.

Le partage des sacrements (communicatio in sacris), en revanche, est strictement encadré. Parce que l'Eucharistie est le signe de l'unité déjà accomplie, on ne peut normalement pas l'utiliser comme un simple moyen de la chercher. Le Code de droit canonique distingue deux régimes. Pour les Orientaux non catholiques (§3), un ministre catholique peut donner les sacrements de pénitence, d'Eucharistie et d'onction dès lors que la personne les demande spontanément et est dûment disposée, sans exiger de situation dramatique. Pour les autres chrétiens, dont les protestants (§4), il faut en plus un danger de mort ou une autre nécessité grave — dont le jugement appartient à l'évêque diocésain ou à la conférence des évêques —, l'impossibilité d'accéder à un ministre de sa propre communauté, une demande spontanée, la profession de la foi catholique sur ce sacrement et les dispositions requises[50].

Et l'inverse — un catholique qui communierait dans un temple protestant ? La réponse est non. Le même canon (§1) pose la règle : les fidèles catholiques reçoivent licitement les sacrements des seuls ministres catholiques. L'exception du §2 (nécessité, impossibilité d'accéder à un ministre catholique) n'est ouverte qu'auprès de ministres dans l'Église desquels « existent validement lesdits sacrements » (latin : in quorum Ecclesia valida exsistunt praedicta sacramenta) — ce qui n'est pas le cas des communautés issues de la Réforme, qui n'ont pas conservé l'Eucharistie valide[51].

Les mariages mixtes

L'Église permet le mariage entre un catholique et un protestant baptisé, mais le soumet à une autorisation de l'autorité ecclésiastique. Le conjoint catholique doit « déclarer qu'il est prêt à écarter les dangers d'abandon de la foi » et promettre de faire son possible pour que les enfants soient baptisés et éduqués dans l'Église catholique[52]. Ces mariages, fréquents, sont une réalité pastorale délicate, où l'Église cherche à concilier le respect de la liberté des conjoints et la transmission de la foi.

Le piège à éviter : l'indifférentisme

Le danger, dans la pratique œcuménique, n'est pas de trop aimer les protestants — on ne saurait trop aimer un frère — mais de glisser vers l'indifférentisme : l'idée que la vérité doctrinale serait secondaire, que « toutes les Églises se valent ». Vatican II l'a expressément écarté en demandant d'« exposer clairement la doctrine intégrale », car « rien n'est plus étranger à l'œcuménisme que ce faux irénisme qui altère la pureté de la doctrine catholique et obscurcit son sens authentique et assuré »[53]. Le vrai œcuménisme avance dans la vérité, jamais à son détriment.

La charité dans la vérité : la juste attitude du catholique

Au terme de ce parcours, la position de l'Église envers les protestants se résume en une formule : la charité dans la vérité. Ni la dureté qui oublierait que le protestant est un frère baptisé, ni la mollesse qui oublierait que des questions de salut sont réellement en jeu.

L'Église demande au catholique trois attitudes simultanées. D'abord, la fraternité : reconnaître en tout protestant un chrétien, prier avec lui, collaborer au bien commun, l'aimer sincèrement. Ensuite, la clarté : ne pas dissimuler ce qui demeure en cause, ne pas faire semblant que tout est réglé, exposer la foi catholique entière et sereine. Enfin, l'espérance : croire que l'unité voulue par le Christ est possible, la demander dans la prière, et y travailler — sachant qu'elle reste finalement un don de Dieu, non une simple négociation humaine.

Les saints eux-mêmes ont vécu cette tension. Saint François de Sales, envoyé en 1594 dans le Chablais calviniste, y ramena en quelques années une grande partie de la population à la foi catholique par sa prédication à Thonon et ses tracts des Controverses : sa méthode à lui fut la douceur et l'argument — la prédication, la visite des familles, l'écrit —, non la contrainte, même si le duc de Savoie appuyait par ailleurs l'entreprise de son autorité politique. C'est cette même union de fermeté doctrinale et de tendresse pastorale que l'Église propose aujourd'hui à ses fidèles dans leur rapport aux frères séparés.

« Que tous soient un, comme toi, Père, tu es en moi et moi en toi. Qu'ils soient un en nous, eux aussi, pour que le monde croie que tu m'as envoyé. » — Jésus, Évangile selon saint Jean 17, 21[54]

Tant que cette prière du Christ ne sera pas pleinement exaucée, l'Église se tiendra dans cette double fidélité : fidèle à la vérité qu'elle a reçue, et fidèle à la charité envers tous ceux qui, par le baptême, portent avec elle le beau nom de chrétiens.

Pour aller plus loin

Notes et références

  1. Catéchisme de l'Église catholique, §838, citant Unitatis Redintegratio §3 : « Ceux qui croient au Christ et qui ont reçu validement le Baptême, se trouvent dans une certaine communion, bien qu'imparfaite, avec l'Église catholique. » Texte officiel sur vatican.va.

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  2. Concile œcuménique Vatican II, décret sur l'œcuménisme Unitatis Redintegratio, §3, 21 novembre 1964, vatican.va : « Ceux qui naissent aujourd'hui dans de telles communautés et qui vivent de la foi au Christ, ne peuvent être accusés de péché de division, et l'Église catholique les entoure de respect fraternel et de charité. »

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  3. Jean-Paul II, Ut Unum Sint, §3, 25 mai 1995, vatican.va : « Au concile Vatican II, l'Église catholique s'est engagée de manière irréversible à prendre la voie de la recherche œcuménique. »

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  4. Catéchisme de l'Église catholique, §818, reprenant Unitatis Redintegratio §3 : « Ceux qui naissent aujourd'hui dans des communautés issues de telles ruptures et qui vivent la foi au Christ, ne peuvent être accusés de péché de division, et l'Église catholique les entoure de respect fraternel et de charité. »

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  5. Catéchisme de l'Église catholique, §1271 : « Le Baptême constitue le fondement de la communion entre tous les chrétiens, aussi avec ceux qui ne sont pas encore en pleine communion avec l'Église catholique. »

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  6. Code de droit canonique (1983), canon 751 : définition de l'hérésie (« négation obstinée, après la réception du baptême, d'une vérité qui doit être crue de foi divine et catholique, ou le doute obstiné sur cette vérité »), du schisme et de l'apostasie. L'hérésie formelle suppose l'obstination consciente.

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  7. Vatican II, Unitatis Redintegratio, §3 : ces Églises et communautés séparées, « bien que nous croyions qu'elles souffrent de déficiences, ne sont nullement dépourvues de signification et de valeur dans le mystère du salut. »

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  8. Jean-Paul II, lettre encyclique Ut Unum Sint, §36, 25 mai 1995, vatican.va : « L'amour de la vérité est la dimension la plus profonde d'une recherche authentique de la pleine communion entre les chrétiens. Sans cet amour, il serait impossible d'aborder les difficultés objectives d'ordre théologique, culturel, psychologique et social que l'on rencontre dans l'examen des divergences. »

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  9. Center for the Study of Global Christianity (séminaire Gordon-Conwell, Status of Global Christianity) : plus de 45 000 dénominations chrétiennes dans le monde. Le recensement compte les déclinaisons nationales séparément — une même famille présente dans cent pays compte pour cent unités — : le nombre de familles mondiales distinctes est donc bien moindre que ce total.

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  10. Vatican II, Unitatis Redintegratio, §3 : « Justifiés par la foi reçue au baptême, incorporés au Christ, ils portent à juste titre le nom de chrétiens, et les fils de l'Église catholique les reconnaissent à bon droit comme des frères dans le Seigneur. »

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  11. Vatican II, Unitatis Redintegratio, §22 : « Bien qu'elles n'aient pas avec nous la pleine unité dont le baptême est la source et bien que nous croyions que, en raison surtout de la déficience du sacrement de l'Ordre, elles n'ont pas conservé la substance propre et intégrale du mystère eucharistique. »

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  12. Congrégation pour la Doctrine de la Foi, déclaration Dominus Iesus, §17, 6 août 2000, vatican.va : « Les Communautés ecclésiales qui n'ont pas conservé l'épiscopat valide et la substance authentique et intégrale du mystère eucharistique, ne sont pas des Églises au sens propre. »

    13
  13. Vatican II, Unitatis Redintegratio, §22, vatican.va : « Le baptême constitue donc le lien sacramentel d'unité existant entre tous ceux qui ont été régénérés par lui. »

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  14. Vatican II, constitution dogmatique Lumen Gentium, §15, 21 novembre 1964, vatican.va : énumération des liens de l'Église avec les chrétiens non catholiques baptisés — foi en Dieu et au Christ, vénération de l'Écriture sainte, baptême, autres sacrements chez certains, épiscopat et Eucharistie chez d'autres, dévotion à la Mère de Dieu.

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  15. Catéchisme de l'Église catholique, §819, citant Lumen Gentium §8 et Unitatis Redintegratio §3 : « beaucoup d'éléments de sanctification et de vérité » — « la parole de Dieu écrite, la vie de la grâce, la foi, l'espérance et la charité, d'autres dons intérieurs du Saint-Esprit et d'autres éléments visibles » — existent « en dehors des limites visibles de l'Église catholique ».

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  16. Code de droit canonique (1983), canon 845 §2 (latin : « Si, diligenti inquisitione peracta, prudens adhuc dubium supersit num sacramenta [...] revera aut valide collata fuerint, sub condicione conferantur ») : seul un doute prudent subsistant après enquête diligente justifie le baptême sous condition ; un rite certainement invalide appelle le baptême pur et simple.

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  17. Catéchisme de l'Église catholique, §1256 : le ministre ordinaire du baptême ; en cas de nécessité, « toute personne peut baptiser » avec l'intention de faire ce que fait l'Église — fondement de la reconnaissance du baptême conféré hors de l'Église catholique. Cf. controverse Cyprien / pape Étienne Ier (IIIᵉ siècle).

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  18. Jean-Paul II, Ut Unum Sint, §10, citant Lumen Gentium §8 : les éléments de sanctification et de vérité présents hors de l'Église catholique, « en tant que dons propres à l'Église du Christ, portent à l'unité catholique. »

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  19. Vatican II, constitution dogmatique sur la Révélation Dei Verbum, §9-10, 18 novembre 1965, vatican.va : la sainte Tradition et la Sainte Écriture, « jaillissant de la même source divine, ne forment pour ainsi dire qu'un tout » (§9) ; « la charge d'interpréter de façon authentique la Parole de Dieu, écrite ou transmise, a été confiée au seul Magistère vivant de l'Église », qui « n'est pas au-dessus de la Parole de Dieu, mais il est à son service » (§10).

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  20. Concile œcuménique de Trente, session VI, décret sur la justification, canon 24, 13 janvier 1547 ; DH 1574 (latin : « Si quis dixerit, iustitiam acceptam non conservari atque etiam non augeri coram Deo per bona opera, sed opera ipsa fructus solummodo et signa esse iustificationis adeptae, non autem ipsius augendae causam : anathema sit » ; le français ci-dessous est notre traduction) : condamne l'affirmation que les bonnes œuvres ne sont « que le fruit et le signe » de la justification obtenue, « et non une cause de son accroissement ». À lire avec Ga 5, 6 (« la foi opérant par la charité »).

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  21. Concile de Trente, session VI, canon 9, 13 janvier 1547 ; DH 1559 (latin : « Si quis dixerit, sola fide impium iustificari, ita ut intelligat nihil aliud requiri, quod ad iustificationis gratiam consequendam cooperetur [...] : anathema sit » ; le français cité dans l'article est notre traduction) : « Si quelqu'un dit que l'impie est justifié par la foi seule, en entendant par là que rien d'autre n'est requis pour coopérer à l'obtention de la grâce de la justification… : qu'il soit anathème. »

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  22. Vatican II, Lumen Gentium, §62 : la maternité de Marie dans l'économie de la grâce est à entendre « de telle sorte que nulle dérogation, nulle addition n'en résulte quant à la dignité et à l'efficacité de l'unique Médiateur, le Christ » — elle en découle et y participe, sans jamais se mettre sur le même plan que lui.

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  23. Concile de Trente, session VI, canon 11, 13 janvier 1547 ; DH 1561 (latin : « Si quis dixerit, homines iustificari vel sola imputatione iustitiae Christi, vel sola peccatorum remissione, exclusa gratia et caritate [...] : anathema sit » ; le français cité dans l'article est notre traduction) : condamne la justification « par la seule imputation de la justice du Christ » à l'exclusion de la grâce et de la charité répandue dans les cœurs par l'Esprit Saint.

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  24. Concile de Trente, session IV, décret Sacrosancta, 8 avril 1546 ; DH 1501 (latin : pari pietatis affectu ac reverentia ; le français ci-dessous est notre traduction) : l'Église reçoit les livres saints et les traditions apostoliques avec un égal sentiment de piété et de respect, et les vénère.

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  25. Vatican II, Unitatis Redintegratio, §11, vatican.va : « il y a un ordre ou une "hiérarchie" des vérités de la doctrine catholique, en raison de leur rapport différent avec le fondement de la foi chrétienne » ; « il faut absolument exposer clairement la doctrine intégrale » ; « rien n'est plus étranger à l'œcuménisme que ce faux irénisme qui altère la pureté de la doctrine catholique et obscurcit son sens authentique et assuré ».

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  26. Vatican II, Unitatis Redintegratio, §3 : « L'Esprit du Christ, en effet, ne refuse pas de se servir d'elles comme de moyens de salut, dont la vertu dérive de la plénitude de grâce et de vérité qui a été confiée à l'Église catholique. »

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  27. Catéchisme de l'Église catholique, §846-848 : sens de l'axiome « Hors de l'Église, pas de salut » — il vise ceux qui, sachant l'Église nécessaire, refuseraient d'y entrer ou d'y demeurer ; il n'impute pas le salut perdu à ceux qui, sans faute de leur part, ignorent l'Évangile du Christ et son Église.

    39
  28. Vatican II, Unitatis Redintegratio, §3 : « C'est, en effet, par la seule Église catholique du Christ, laquelle est le "moyen général de salut", que peut s'obtenir toute la plénitude des moyens de salut. »

    40
  29. Vatican II, Unitatis Redintegratio, §4, vatican.va : « Par "mouvement œcuménique", on entend les entreprises et les initiatives provoquées et organisées en faveur de l'unité des chrétiens, selon les besoins variés de l'Église et selon les circonstances. »

    41
  30. Vatican II, Unitatis Redintegratio, §7 : « Il n'y a pas de véritable œcuménisme sans conversion intérieure. » La conversion du cœur et la sainteté de vie sont l'âme du mouvement œcuménique.

    42
  31. Jean-Paul II, Ut Unum Sint, §95-96, 25 mai 1995 : invitation faite aux pasteurs et théologiens des autres Églises à chercher ensemble les formes selon lesquelles le ministère de l'évêque de Rome pourrait être « un service d'amour reconnu par les uns et par les autres ».

    44
  32. Fédération luthérienne mondiale & Église catholique, Déclaration commune sur la doctrine de la justification, §15, signée à Augsbourg le 31 octobre 1999, christianunity.va : « Nous confessons ensemble : c'est seulement par la grâce au moyen de la foi en l'action salvifique du Christ, et non sur la base de notre mérite, que nous sommes acceptés par Dieu et que nous recevons l'Esprit Saint qui renouvelle nos cœurs, nous habilite et nous appelle à accomplir des œuvres bonnes. »

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  33. Déclaration commune sur la doctrine de la justification, §41, 31 octobre 1999 : « Il en découle que les condamnations doctrinales du XVIᵉ siècle, dans la mesure où elles se réfèrent à l'enseignement de la justification, apparaissent dans une lumière nouvelle : l'enseignement des Églises luthériennes présenté dans cette déclaration n'est plus concerné par les condamnations du Concile de Trente. Les condamnations des Confessions de foi luthériennes ne concernent plus l'enseignement de l'Église catholique romaine présenté dans cette déclaration. » — périmètre strict : l'enseignement de la justification, non l'ensemble du luthéranisme.

    46
  34. Vatican II, Lumen Gentium, §8, 21 novembre 1964, vatican.va : l'unique Église du Christ « subsiste dans l'Église catholique » (subsistit in), gouvernée par le successeur de Pierre, « quoique de nombreux éléments de sanctification et de vérité se trouvent hors de son enceinte ». Repris par Dominus Iesus §16.

    47
  35. Jean-Paul II, Ut Unum Sint, §1, 25 mai 1995 : « Le témoignage courageux de nombreux martyrs de notre siècle, y compris ceux qui sont membres d'autres Églises et d'autres Communautés ecclésiales qui ne sont pas en pleine communion avec l'Église catholique, donne à l'appel conciliaire une force nouvelle ; il nous rappelle l'obligation d'accueillir son exhortation et de la mettre en pratique. » — l'« œcuménisme des martyrs ».

    48
  36. Vatican II, Unitatis Redintegratio, §8 : « Cette conversion du cœur et cette sainteté de vie, ensemble avec les prières publiques et privées pour l'unité des chrétiens, doivent être regardées comme l'âme de tout l'œcuménisme » — l'âme du mouvement, c'est donc la conversion, la sainteté de vie et la prière ensemble, non la prière seule.

    49
  37. Code de droit canonique (1983), canon 844 (latin vérifié sur vatican.va) : §1 — les ministres catholiques administrent licitement les sacrements aux seuls fidèles catholiques, qui les reçoivent licitement des seuls ministres catholiques ; §2 — en cas de nécessité et d'impossibilité d'accéder à un ministre catholique, un fidèle peut les recevoir d'un ministre non catholique « dans l'Église duquel existent validement lesdits sacrements » (in quorum Ecclesia valida exsistunt praedicta sacramenta) ; §3 (Orientaux non catholiques : demande spontanée + dispositions requises, sans condition de péril) ; §4 (autres chrétiens, dont les protestants : « s'il y a péril de mort ou si, au jugement de l'Évêque diocésain ou de la conférence des Évêques, une autre nécessité grave presse » — si adsit periculum mortis aut, iudicio Episcopi dioecesani aut Episcoporum conferentiae, alia urgeat gravis necessitas —, plus impossibilité d'accéder à un ministre de sa communauté, demande spontanée, foi catholique manifestée et dispositions requises). Les traductions françaises ci-dessus sont les nôtres, d'après le latin.

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  38. Code de droit canonique (1983), canons 1124-1125 : le mariage mixte requiert l'autorisation de l'autorité compétente ; le conjoint catholique doit déclarer écarter les dangers d'abandon de la foi et promettre sincèrement de faire son possible pour que les enfants soient baptisés et éduqués dans l'Église catholique.

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  39. Évangile selon saint Jean, 17, 20-21 — prière sacerdotale du Christ pour l'unité de ses disciples, fondement biblique de tout l'œcuménisme catholique et source du titre de l'encyclique Ut Unum Sint.

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