Peut-on être sauvé sans connaître Jésus ?

Personne n'est sauvé sans le Christ, l'unique médiateur ; mais on peut être sauvé sans le connaître explicitement. Ce que l'Église enseigne du baptême de désir, de l'ignorance invincible et du salut de ceux qui n'ont jamais entendu l'Évangile.

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Peut-on être sauvé sans connaître Jésus-Christ ? La question est l'une des plus posées à un catholique, et l'une des plus mal comprises. Elle paraît enfermer la foi dans un dilemme cruel : ou bien Dieu condamne des milliards d'hommes qui n'ont jamais entendu l'Évangile, ou bien la foi chrétienne n'est qu'une option parmi d'autres. L'Église refuse ces deux impasses.

La réponse catholique tient deux vérités ensemble, sans en sacrifier aucune. Première vérité : nul n'est sauvé sans le Christ. Il est l'unique médiateur entre Dieu et les hommes, la seule porte du salut ; aucune grâce ne parvient à personne sinon par lui. Seconde vérité : Dieu veut sincèrement que tous les hommes soient sauvés, y compris ceux qui, sans aucune faute de leur part, n'ont jamais pu connaître le visage de Jésus.

Tout le problème consiste à voir comment ces deux affirmations s'accordent. La solution est une distinction décisive : autre chose est d'être sauvé par le Christ — ce qui est absolument nécessaire — autre chose est de le connaître explicitement — ce qui, dans certaines conditions, peut être suppléé par un désir implicite du salut, un cœur droit et la docilité à la grâce. C'est ce que l'Église appelle le baptême de désir, le votum implicite et la prise en compte de l'ignorance invincible.

Cet article expose cette charnière doctrinale. Pour le sort concret de ceux qui n'ont jamais entendu parler du Christ, voir Qu'arrive-t-il à ceux qui n'ont jamais entendu parler de Jésus ? ; pour la position de l'Église sur les autres religions, Que dit l'Église sur le salut des non-chrétiens ?.

La double vérité qu'il faut tenir ensemble

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Avant toute distinction technique, il faut poser les deux pôles que la foi catholique refuse de séparer. Les hérésies sur ce sujet naissent toujours du sacrifice d'un pôle au profit de l'autre : le rigorisme oublie la miséricorde universelle de Dieu, le laxisme oublie l'unicité du Christ. La vérité catholique est plus exigeante que les deux, parce qu'elle les maintient simultanément.

« Nul ne vient au Père que par moi » : la nécessité absolue du Christ

Le Nouveau Testament ne laisse aucune marge à l'idée d'un salut conquis en dehors du Christ. Jésus lui-même se présente non comme un maître parmi d'autres, mais comme le passage obligé vers Dieu :

« Je suis le chemin, la vérité et la vie. Nul ne vient au Père que par moi. » — Évangile selon saint Jean, 14, 6[1]

Les Apôtres ne prêchent rien d'autre. Devant le Sanhédrin, Pierre affirme l'exclusivité du nom de Jésus avec une netteté absolue :

« Il n'y a sous le ciel aucun autre nom donné aux hommes, par lequel nous devions être sauvés. » — Actes des Apôtres, 4, 12[2]

Cette unicité n'est pas un slogan apologétique : elle est la conséquence de l'Incarnation. Si le Fils de Dieu s'est fait homme, est mort et ressuscité pour racheter le genre humain, alors il n'existe pas de second rédempteur, pas de salut « parallèle » qui contournerait la Croix. La déclaration Dominus Iesus, publiée par la Congrégation pour la doctrine de la foi en 2000, le redit contre toutes les théologies relativistes : il faut croire fermement « la vérité sur Jésus-Christ, Fils de Dieu, Seigneur et unique sauveur », qui par son incarnation, sa mort et sa résurrection a accompli l'histoire du salut[3]. Pourquoi cette nécessité de la Croix ? Voir Pourquoi Jésus devait-il mourir ? et Qu'est-ce que la rédemption ?.

« Dieu veut que tous les hommes soient sauvés » : la volonté salvifique universelle

Le second pôle est tout aussi ferme. Saint Paul énonce d'un même souffle la volonté salvifique universelle de Dieu et l'unicité du médiateur :

« Dieu veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité. Car il n'y a qu'un seul Dieu, et aussi un seul médiateur entre Dieu et les hommes : un homme, le Christ Jésus. » — Première lettre à Timothée, 2, 4-5[4]

La même lettre appelle Dieu « le Sauveur de tous les hommes, principalement des croyants »[5] — formule capitale : Dieu est réellement le Sauveur de tous, et d'une manière particulière de ceux qui croient. Le salut offert aux croyants ne supprime donc pas une offre faite à tous. Dieu ne crée pas des hommes pour les perdre ; il ne prend pas plaisir à la mort du méchant, mais veut qu'il se convertisse et qu'il vive (cf. Ez 33, 11).

Si l'on ne tenait que le premier pôle, on aboutirait à un Dieu qui condamne d'avance des continents entiers nés hors de portée de l'Évangile. Si l'on ne tenait que le second, on aboutirait à l'indifférentisme : peu importe ce qu'on croit, tout le monde arrive au même port. L'Église rejette les deux.

Le nœud du problème : connaître le Christ ou être sauvé par lui ?

Tout le débat se joue sur un glissement de sens. Quand on demande « peut-on être sauvé sans connaître Jésus ? », le mot « sans » peut signifier deux choses très différentes :

  • sans le Christ — c'est-à-dire en dehors de sa médiation, par ses propres forces ou par une autre voie de salut : cela, c'est impossible ;
  • sans le connaître explicitement — c'est-à-dire sans avoir jamais entendu son nom, ni reçu l'annonce de l'Évangile : cela, dans certaines conditions, n'est pas un obstacle absolu.

Le tableau suivant fixe cette distinction qui commande tout le reste de l'article.

Formulation de la questionSens précisRéponse de l'Église
Être sauvé sans le ChristAtteindre Dieu en dehors de la médiation du ChristNon, jamais — il est l'unique médiateur
Être sauvé sans connaître le Christ explicitementÊtre sauvé sans avoir entendu l'Évangile, sans fauteOui, c'est possible — par sa grâce, à des conditions précises
Être sauvé en refusant le Christ connu comme nécessaireRejeter sciemment l'Évangile reçuNon — c'est se fermer volontairement au salut

Toute la suite consiste à montrer comment la seconde ligne est possible sans contredire la première.

Ce que l'Écriture affirme

La distinction n'est pas une astuce tardive de théologiens : elle est enracinée dans l'Écriture, qui affirme à la fois l'unicité du Christ et la responsabilité de tout homme devant la lumière qu'il a reçue.

Le Christ, unique médiateur

On l'a vu, 1 Tm 2, 5 et Ac 4, 12 ferment toute porte de salut hors du Christ. Mais il faut noter comment Paul articule sa phrase : c'est parce que Dieu veut sauver tous les hommes **qu'**il y a un médiateur unique. L'unicité du médiateur n'est pas une restriction du salut, c'est son canal universel. Le Christ n'est pas une barrière qui exclut, mais la porte par laquelle tous peuvent entrer — y compris ceux qui ne savent pas que la porte porte un nom.

La loi écrite dans les cœurs

Comment un homme qui n'a jamais lu la Bible pourrait-il « faire la volonté de Dieu » ? Saint Paul répond par une intuition décisive : Dieu a inscrit sa loi dans la conscience de tout homme, même païen.

« Quand des païens privés de la Loi accomplissent naturellement les prescriptions de la Loi [...], ils montrent que l'œuvre prescrite par la Loi est inscrite dans leur cœur ; leur conscience en rend témoignage. » — Lettre aux Romains, 2, 14-16[6]

Il existe donc une loi naturelle, accessible à la raison et à la conscience, par laquelle un homme privé de la Révélation peut néanmoins reconnaître le bien, chercher Dieu et lui obéir « selon ce qu'il connaît ». Cette conscience droite n'est pas une seconde voie de salut concurrente du Christ : elle est le lieu où la grâce du Christ vient secrètement chercher l'homme. Sur ce point, voir Qu'est-ce que la conscience morale ? et Qu'est-ce que la loi naturelle ?.

Dieu, « le Sauveur de tous les hommes »

L'expression de 1 Tm 4, 10 — « le Sauveur de tous les hommes, principalement des croyants » — a été méditée par les Pères comme la clé de l'équilibre. Dieu est Sauveur de tous en intention et en offre ; il l'est « principalement » — c'est-à-dire pleinement, dans la clarté et la certitude des moyens — pour ceux qui croient et reçoivent le baptême. L'homme de bonne foi qui ignore le Christ n'est pas hors du rayon de cette volonté ; il en est atteint, mais d'une manière obscure et précaire, là où le croyant la reçoit en pleine lumière.

« Hors de l'Église, pas de salut » : un axiome mal compris

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Aucune formule n'a davantage nourri le malentendu que l'adage Extra Ecclesiam nulla salus — « Hors de l'Église, pas de salut ». Lu hors contexte, il semble damner d'avance tout non-catholique. Compris correctement, il dit exactement le contraire de ce que ses détracteurs lui prêtent.

Origine patristique de la formule

La formule est ancienne. On la trouve sous la plume de saint Cyprien de Carthage au IIIᵉ siècle — « Hors de l'Église, point de salut » — dans un contexte très précis : celui des schismatiques qui rompaient sciemment l'unité de l'Église. Cyprien ne visait pas les païens lointains, mais des chrétiens qui se séparaient volontairement du Corps. Les Pères comparaient volontiers l'Église à l'Arche de Noé, hors de laquelle on périt dans le déluge[7]. La formule désignait d'abord une faute : se couper du salut en se coupant de l'unité.

Le sens positif : tout salut vient du Christ par son Corps

Le Catéchisme de l'Église catholique donne la clé d'interprétation : la formule, « formulée de façon positive, [...] signifie que tout salut vient du Christ-Tête par l'Église qui est son Corps »[8]. C'est une affirmation christologique avant d'être une frontière administrative : il n'y a pas de salut qui ne passe par le Christ, et le Christ se rend présent dans son Corps qui est l'Église.

« Seul, en effet, le Christ est médiateur et voie de salut : or, il nous devient présent en son Corps qui est l'Église. [...] C'est pourquoi ceux qui refuseraient soit d'entrer dans l'Église catholique, soit d'y persévérer, alors qu'ils la sauraient fondée de Dieu par Jésus Christ comme nécessaire, ceux-là ne pourraient pas être sauvés. » — Concile Vatican II, Lumen Gentium, n° 14[9]

La condition est soulignée : « alors qu'ils la sauraient fondée de Dieu [...] comme nécessaire ». La damnation ne frappe que le refus conscient et volontaire, non l'ignorance involontaire.

Ce que l'axiome ne dit pas

Le Catéchisme prend soin de fermer immédiatement le contresens, dans le paragraphe qui suit :

« Cette affirmation ne vise pas ceux qui, sans leur faute, ignorent le Christ et son Église. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 847[10]

Voici donc ce que l'axiome ne signifie pas : il ne dit pas que tout homme né hors de l'Église visible est damné ; il ne dit pas que l'ignorance non coupable condamne ; il ne dit pas que Dieu punit l'homme pour une vérité qu'il n'a pas eu les moyens de connaître. Il dit seulement que tout salut, où qu'il s'opère, vient du Christ et conduit, au moins par le désir, à son Église.

L'affaire Feeney et la lettre du Saint-Office (1949)

Au XXᵉ siècle, un jésuite américain, le père Leonard Feeney, soutint une lecture rigoriste de l'axiome : selon lui, sans appartenance visible et sans baptême d'eau reçu, personne ne pouvait être sauvé. Le Saint-Office répondit en 1949 par une lettre doctrinale à l'archevêque de Boston, Suprema haec sacra — fait remarquable, c'est Feeney lui-même, non ses adversaires « laxistes », qui fut finalement excommunié pour son obstination. Rome y rappelle que la nécessité de l'Église, « moyen général du salut », peut être satisfaite par le désir :

« Pour que quelqu'un obtienne le salut éternel, il n'est pas toujours requis qu'il soit effectivement incorporé à l'Église comme un membre, mais il est au moins requis qu'il lui soit uni par le vœu et le désir. Cependant, il n'est pas toujours nécessaire que ce vœu soit explicite [...] : quand l'homme est victime d'une ignorance invincible, Dieu accepte aussi un vœu implicite. » — Saint-Office, lettre Suprema haec sacra, 8 août 1949[11]

Ce texte est devenu la charte de la doctrine moderne : il distingue l'incorporation réelle (par le baptême et la foi) et l'union par le désir (le votum), explicite chez le catéchumène, implicite chez l'homme de bonne foi.

  1. IIIᵉ siècle
    Saint Cyprien de Carthage

    Formulation patristique de l'adage Extra Ecclesiam nulla salus, visant les schismatiques qui rompent volontairement l'unité de l'Église.

  2. 1442
    Concile de Florence

    Le décret pour les Jacobites énonce la formule sous sa forme la plus stricte. Elle sera relue par le Magistère ultérieur à la lumière du baptême de désir et de l'ignorance invincible.

  3. 10 août 1863
    Pie IX — Quanto conficiamur moerore

    Le pape enseigne que ceux qui souffrent d'une ignorance invincible et suivent la loi naturelle peuvent, par la lumière et la grâce divines, atteindre la vie éternelle.

  4. 8 août 1949
    Saint-Office — Suprema haec sacra

    La lettre sur l'affaire Feeney distingue l'union réelle à l'Église et l'union par le vœu, et reconnaît le votum implicite.

  5. 1964-1965
    Concile Vatican II

    Lumen Gentium 16, Gaudium et Spes 22 et Ad Gentes 7 fixent la formulation classique sur le salut de ceux qui cherchent Dieu d'un cœur sincère.

  6. 6 août 2000
    Dominus Iesus

    La Congrégation pour la doctrine de la foi rappelle, contre le relativisme, que cette possibilité de salut passe toujours et uniquement par le Christ.

La réponse catholique : nécessité de moyen et nécessité de précepte

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La théologie classique dispose d'un outil précis pour résoudre l'apparente contradiction : la distinction entre la nécessité de moyen et la nécessité de précepte. C'est elle qui permet de comprendre comment une chose peut être « nécessaire au salut » tout en pouvant, dans certains cas, être suppléée.

Distinguer ce qui est requis « en soi » et ce qui peut être suppléé

Une chose est nécessaire de nécessité de moyen quand, sans elle, la fin est absolument impossible — comme l'air pour respirer. Une chose est nécessaire de nécessité de précepte quand elle est commandée par Dieu et oblige tout homme qui la connaît, mais que son absence involontaire peut être suppléée.

Appliquons :

  • Le Christ et sa grâce sont nécessaires de nécessité de moyen : absolument indispensables, sans substitut possible. Aucun homme, nulle part, n'est sauvé sans la grâce du Christ.
  • Le baptême d'eau est nécessaire de nécessité de moyen — mais son absence involontaire est suppléée par le baptême de désir ou de sang ; la foi explicite lie par précepte ceux qui ont reçu l'annonce, et peut être suppléée par la foi implicite chez l'ignorant non coupable.

Le Catéchisme l'exprime d'une formule lapidaire à propos du baptême : « Dieu a lié le salut au sacrement du baptême, mais il n'est pas lui-même lié à ses sacrements. »[12] Dieu impose la voie ordinaire ; il n'est pas prisonnier de cette voie quand l'homme ne peut l'emprunter.

RéalitéType de nécessitéPeut-elle être suppléée ?
La grâce du ChristNécessité de moyen, absolueNon — rien ne la remplace
Le baptême d'eauNécessité de moyen (pour qui peut le recevoir)Oui, par le baptême de désir ou de sang
La foi explicite au ChristPrécepte pour qui a reçu l'annonceSuppléée par la foi implicite chez l'ignorant non coupable
L'appartenance visible à l'ÉgliseNécessité de moyen (relue par le désir)Oui, par le votum, explicite ou implicite

Le baptême de désir : recevoir le fruit sans le sacrement

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L'Église enseigne depuis toujours que le désir du baptême, joint à la charité, peut en porter les fruits avant ou à défaut du sacrement. Le concile de Trente l'avait déjà dit du passage à l'état de grâce, qui « ne peut se faire, après la promulgation de l'Évangile, sans le bain de la régénération ou le désir de celui-ci »[13]. Le Catéchisme distingue trois manières d'atteindre le fruit du baptême :

« Pour les catéchumènes qui meurent avant leur baptême, leur désir explicite de le recevoir, uni à la repentance de leurs péchés et à la charité, leur assure le salut qu'ils n'ont pas pu recevoir par le sacrement. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 1259[14]

Trois « baptêmes » conduisent au même salut : le baptême d'eau (le sacrement lui-même), le baptême de sang (le martyre de qui meurt pour la foi sans avoir été baptisé), et le baptême de désir (le votum de qui désire le baptême, explicitement ou implicitement). Le détail propre du sacrement est traité dans Le baptême est-il nécessaire au salut ? et Qu'est-ce qu'un sacrement ?.

Le votum implicite : désirer sans savoir ce qu'on désire

Reste le cas le plus délicat : celui qui n'a jamais entendu parler du baptême ni du Christ ne peut évidemment pas en former le désir explicite. C'est ici qu'intervient la notion de votum implicite. La lettre Suprema haec sacra la définit avec précision : le vœu implicite est « inclus dans la bonne disposition d'âme par laquelle l'homme veut conformer sa volonté à la volonté de Dieu »[15].

Autrement dit : celui qui, ignorant le Christ, veut sincèrement faire la volonté de Dieu telle qu'il la connaît, désire déjà, sans le savoir, ce que le baptême donnerait — car ce qu'il cherche au fond, c'est Dieu lui-même. Le Catéchisme conclut de même : « On peut supposer que de telles personnes auraient désiré explicitement le baptême si elles en avaient connu la nécessité. »[16] Le désir de Dieu enveloppe le désir des moyens que Dieu a institués, même quand ils restent ignorés.

La foi implicite selon saint Thomas d'Aquin

Saint Thomas d'Aquin avait préparé cette doctrine. Il enseigne qu'une foi implicite suffit, là où la foi explicite est impossible : croire que « Dieu existe et qu'il rémunère ceux qui le cherchent » (He 11, 6) enveloppe implicitement la foi au Médiateur[17] — c'est croire que Dieu délivre les hommes par les voies qu'il lui plaît. Thomas tient fermement la nécessité de la foi au Christ — mais il admet que, pour qui n'a pas reçu l'annonce, cette foi peut demeurer enveloppée dans la foi en un Dieu sauveur. Le Catéchisme reprend exactement cette logique : « Tout homme qui, ignorant l'Évangile du Christ et son Église, cherche la vérité et fait la volonté de Dieu selon qu'il la connaît, peut être sauvé. »[18]

L'ignorance invincible : quand ne pas savoir n'est pas une faute

Toute la doctrine repose sur une condition : l'ignorance du Christ doit être invincible, c'est-à-dire non coupable. C'est le concept-charnière qui sépare l'homme de bonne foi du refus délibéré.

Définition : une ignorance dont on n'est pas responsable

L'ignorance invincible est celle qu'un homme ne peut, malgré une diligence raisonnable, ni surmonter ni dissiper : il n'a tout simplement pas eu accès à la vérité, par sa situation géographique, historique, culturelle ou personnelle. Elle s'oppose à l'ignorance vincible — celle que l'on entretient par paresse, négligence ou mauvaise volonté, et dont on demeure responsable. Une ignorance invincible n'est pas une faute : on ne peut être condamné pour n'avoir pas connu ce qu'on ne pouvait pas connaître.

Pie IX et l'encyclique Quanto conficiamur moerore

Pie IX, Adolphe Braun, 13 mai 1875. Tonalités ajustées par Donrdg54. Wikimedia Commons, domaine public.

Le bienheureux Pie IX — pape pourtant réputé pour sa fermeté doctrinale — a donné la formulation magistérielle la plus claire de ce principe, en 1863 :

« Ceux qui souffrent d'une ignorance invincible concernant notre très sainte religion, en observant avec soin la loi naturelle et ses préceptes gravés par Dieu dans le cœur de tous, et qui sont disposés à obéir à Dieu et mènent ainsi une vie honnête et droite, peuvent, avec l'aide de la lumière et de la grâce divines, acquérir la vie éternelle. » — Bienheureux Pie IX, encyclique Quanto conficiamur moerore, 10 août 1863[19]

Et Pie IX ajoute aussitôt la raison de fond, qui touche à la justice même de Dieu : « Dieu [...], dans sa très grande bonté et sa clémence, ne permet pas que quelqu'un soit puni des supplices éternels sans être coupable de quelque faute volontaire. »[20] Aucune damnation sans faute volontaire : tel est le roc de la miséricorde divine.

Mais — et c'est capital — le même pape, dans la même encyclique, maintient l'autre pôle : « En dehors de l'Église catholique personne ne peut être sauvé », et ceux qui sont « opiniâtrement séparés de l'unité de cette Église [...] ne peuvent obtenir le salut éternel. »[21] Pie IX ne sacrifie ni la miséricorde envers l'ignorant ni la nécessité de l'Église : il tient les deux dans une seule page. C'est exactement l'équilibre que cet article défend.

Les conditions exigées

L'ignorance invincible n'ouvre pas le salut à n'importe quel prix. Les textes magistériels énoncent plusieurs conditions conjointes, qu'on aurait tort de réduire à « être sincère » :

  1. Une ignorance réellement non coupable — n'avoir pas refusé volontairement la vérité accessible ;
  2. Chercher Dieu d'un cœur sincère — non l'indifférence, mais une quête authentique du vrai et du bien ;
  3. Suivre sa conscience droite — accomplir la volonté de Dieu telle que la conscience la révèle ;
  4. Être docile à la grâce — agir « sous l'influence de sa grâce », car même cette recherche est déjà un don du Christ.

Ces conditions sont exigeantes. Elles excluent aussi bien le rigorisme (qui damne l'ignorant de bonne foi) que le laxisme (qui sauve tout le monde sans conversion du cœur).

Ce que l'ignorance invincible ne garantit pas

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Il faut résister à une lecture rassurante qui transformerait cette doctrine en assurance tous risques. L'ignorance invincible rend le salut possible ; elle ne le rend pas automatique. Elle lève l'obstacle de l'ignorance, mais elle n'efface pas la nécessité d'une vie droite et d'une coopération réelle à la grâce. Un homme qui, ignorant le Christ, mènerait sciemment une vie de mal et étoufferait sa conscience ne serait pas sauvé « parce qu'il n'a pas connu Jésus » : il se perdrait par ses propres refus. La doctrine ne dispense personne de répondre à la lumière reçue — elle dit seulement que Dieu ne demande de compte à personne pour une lumière qu'il n'a pas reçue.

Vatican II : une formulation devenue classique

Le concile Vatican II n'a rien inventé sur ce point : il a recueilli et formulé de manière limpide une doctrine déjà mûre chez Pie IX et dans la lettre de 1949. Trois textes sont devenus les références obligées.

Lumen Gentium 16 : ceux qui cherchent Dieu d'un cœur sincère

La constitution dogmatique sur l'Église énonce le principe avec une sobriété parfaite :

« En effet, ceux qui, sans qu'il y ait de leur faute, ignorent l'Évangile du Christ et son Église, mais cherchent pourtant Dieu d'un cœur sincère et s'efforcent, sous l'influence de sa grâce, d'agir de façon à accomplir sa volonté telle que leur conscience la leur révèle et la leur dicte, eux aussi peuvent arriver au salut éternel. » — Concile Vatican II, Lumen Gentium, n° 16[22]

Chaque membre de phrase compte : « sans qu'il y ait de leur faute » (ignorance invincible), cherchent Dieu d'un cœur sincère (quête authentique), sous l'influence de sa grâce (toujours le Christ qui agit), selon leur conscience (la loi naturelle de Rm 2). On retrouve mot pour mot les conditions de Pie IX.

Gaudium et Spes 22 : associés au mystère pascal

La constitution pastorale ajoute la note décisive : cette possibilité passe par le mystère pascal du Christ, donc par sa mort et sa résurrection, même quand l'homme l'ignore.

« Puisque le Christ est mort pour tous, et que la vocation dernière de l'homme est réellement unique, à savoir divine, nous devons tenir que l'Esprit Saint offre à tous, d'une façon que Dieu connaît, la possibilité d'être associé au mystère pascal. » — Concile Vatican II, Gaudium et Spes, n° 22, § 5[23]

L'expression « d'une façon que Dieu connaît » est d'une grande honnêteté : l'Église affirme que Dieu peut sauver l'ignorant de bonne foi, sans prétendre savoir comment dans chaque cas. Elle ne lit pas dans les cœurs ; elle proclame la miséricorde de Dieu sans en dresser la statistique.

Le Catéchisme : la synthèse

Le Catéchisme de l'Église catholique, au paragraphe 1260, réunit Gaudium et Spes 22, Lumen Gentium 16 et Ad Gentes 7 en une seule synthèse, citée plus haut, qui conclut sur le votum implicite. Le décret Ad Gentes y ajoute la note missionnaire :

« Bien que Dieu puisse par des voies connues de lui amener à la foi sans laquelle il est impossible de plaire à Dieu (He 11, 6) des hommes qui, sans faute de leur part, ignorent l'Évangile, la nécessité incombe cependant à l'Église – et en même temps elle en a le droit sacré – d'évangéliser. » — Concile Vatican II, Ad Gentes, n° 7 (cité par le Catéchisme, § 848)[24]

La possibilité du salut pour l'ignorant ne supprime pas le devoir d'annoncer le Christ : elle le fonde, on le verra plus loin.

Toujours par le Christ, jamais à côté de lui

Le danger guette à la sortie : transformer cette doctrine généreuse en relativisme. « Si l'on peut être sauvé sans connaître Jésus, alors toutes les religions se valent, et l'évangélisation est inutile. » C'est précisément ce que l'Église refuse avec la dernière énergie.

Dominus Iesus : contre la tentation du relativisme

En 2000, devant la diffusion des théologies pluralistes, la Congrégation pour la doctrine de la foi a publié Dominus Iesus pour réaffirmer que le salut des non-chrétiens, réel mais mystérieux, ne se fait jamais en dehors du Christ ni « à côté » de l'Église :

« Pour ceux qui ne sont pas formellement et visiblement membres de l'Église, le salut du Christ est accessible en vertu d'une grâce qui, tout en ayant une relation mystérieuse avec l'Église, ne les y introduit pas formellement mais les éclaire d'une manière adaptée à leur état d'esprit et à leur cadre de vie. » — Congrégation pour la doctrine de la foi, Dominus Iesus, n° 20 (reprenant Redemptoris Missio, n° 10)[25]

Le document met en garde : elle « exclut radicalement la mentalité indifférentiste » imprégnée de relativisme religieux, qui porte à considérer que « toutes les religions se valent »[26]. Les autres religions ne sont pas des voies de salut parallèles ; ce qu'elles peuvent contenir de vrai et de bon est précisément ce que la grâce du Christ y a déposé. Cette question des religions est développée dans Que dit l'Église sur le salut des non-chrétiens ?.

Le Christ présent par sa grâce, même chez qui l'ignore

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Saint Jean-Paul II, dans l'encyclique missionnaire Redemptoris Missio (1990), résume tout en une phrase : le Christ est « l'unique médiateur entre Dieu et les hommes »[27], et la grâce qui sauve les non-évangélisés découle de lui :

« Pour eux, le salut du Christ est accessible en vertu d'une grâce qui, tout en ayant une relation mystérieuse avec l'Église, ne les y introduit pas formellement mais les éclaire d'une manière adaptée à leur état d'esprit et à leur cadre de vie. Cette grâce vient du Christ, elle est le fruit de son sacrifice et elle est communiquée par l'Esprit Saint : elle permet à chacun de parvenir au salut avec sa libre coopération. » — Saint Jean-Paul II, Redemptoris Missio, n° 10[28]

L'homme sauvé sans connaître Jésus n'est donc pas sauvé par lui-même ni par sa religion : il est sauvé par le Christ qui agit secrètement en lui, par une grâce qu'il reçoit sans pouvoir la nommer. Le salut reste, de bout en bout, l'œuvre du seul Médiateur.

Les « semences du Verbe » : saint Justin et Socrate

Cette intuition est aussi ancienne que la théologie chrétienne. Dès le IIᵉ siècle, saint Justin martyr, philosophe converti, parlait des « semences du Verbe » (logos spermatikos) répandues dans le cœur des hommes avant la venue du Christ :

« Le Christ est le Verbe auquel tout le genre humain a part. Ceux qui ont vécu selon le Verbe sont chrétiens, même s'ils ont passé pour athées : tels furent, chez les Grecs, Socrate, Héraclite et leurs semblables. » — Saint Justin, Apologie I, 46[29]

Justin ne dit pas que Socrate était sauvé sans le Christ : il dit que le peu de vérité que Socrate a saisi venait déjà du Verbe, le Christ, « dont tout le genre humain a part ». Toute lumière vraie, où qu'elle brille, est une étincelle du Verbe. C'est la même logique que Dominus Iesus quinze siècles plus tard : pas de vérité salvatrice qui ne vienne du Christ, même chez ceux qui ne le connaissent pas.

Alors, à quoi bon évangéliser ?

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L'objection est inévitable, et l'Église la prend au sérieux : si l'on peut être sauvé sans connaître Jésus, pourquoi se donner la peine de l'annoncer ? La réponse découle de tout ce qui précède.

Une possibilité n'est pas une certitude

L'ignorance invincible rend le salut possible ; elle ne le rend ni facile ni certain. L'homme privé de l'Évangile est privé des moyens les plus sûrs : les sacrements, la doctrine claire, la communauté, la grâce visible. Il marche dans une demi-lumière, exposé à mille erreurs et tentations, sans la boussole de la Révélation. Dominus Iesus parle d'une « situation de grave indigence » par rapport à ceux qui ont la plénitude des moyens de salut dans l'Église[30]. Annoncer le Christ, c'est faire passer un homme de la pénombre périlleuse à la pleine lumière.

Le devoir missionnaire demeure entier

C'est pourquoi le même Concile qui ouvre si largement la porte du salut maintient avec force le devoir d'évangéliser. Ad Gentes 7 le dit sans détour : Dieu peut sauver l'ignorant par des voies connues de lui, mais « la nécessité incombe cependant à l'Église – et en même temps elle en a le droit sacré – d'évangéliser »[31]. Et le Christ a donné un ordre exprès :

« Allez donc, de toutes les nations faites des disciples, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. » — Évangile selon saint Matthieu, 28, 19[32]

La possibilité extraordinaire ne dispense jamais de la voie ordinaire. Un médecin qui sait que Dieu peut guérir par miracle ne cesse pas pour autant de soigner ses malades : il use des moyens donnés, tout en sachant Dieu libre au-delà d'eux.

La voie ordinaire et les voies extraordinaires

C'est la juste articulation, et le mot de la fin. La voie ordinaire du salut — celle que Dieu a instituée et confiée à son Église — est la foi explicite au Christ, le baptême et la vie sacramentelle. Les voies extraordinaires — baptême de désir, votum implicite, salut de l'ignorant invincible — sont des chemins que Dieu se réserve pour ceux qui ne peuvent emprunter la voie ordinaire sans leur faute. Mais voies ordinaire et extraordinaires conduisent au même Sauveur, et toutes deux passent par le même Christ.

« Le Seigneur lui-même affirme que le baptême est nécessaire pour le salut. [...] Dieu a lié le salut au sacrement du baptême, mais il n'est pas lui-même lié à ses sacrements. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 1257[33]

Telle est la réponse catholique, dans sa double fidélité : personne n'est sauvé sans le Christ — c'est la nécessité absolue du Médiateur ; mais on peut être sauvé sans l'avoir connu — c'est l'infinie délicatesse d'un Dieu qui « ne permet pas que quelqu'un soit puni sans être coupable de quelque faute volontaire » et qui « veut que tous les hommes soient sauvés ».

Pour aller plus loin

Notes et références

  1. Évangile selon saint Jean, 14, 6. Parole de Jésus au cours du discours après la Cène, affirmant son unicité comme accès au Père.

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  2. Actes des Apôtres, 4, 12. Discours de saint Pierre devant le Sanhédrin après la guérison de l'infirme à la Belle Porte du Temple.

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  3. Congrégation pour la doctrine de la foi, déclaration Dominus Iesus (6 août 2000), n° 13 : il faut croire fermement, « comme un élément permanent de la foi de l'Église, la vérité sur Jésus-Christ, Fils de Dieu, Seigneur et unique sauveur », qui par son incarnation, sa mort et sa résurrection a accompli l'histoire du salut, dont il est la plénitude et le centre.

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  4. Première lettre de saint Paul à Timothée, 2, 4-5. Texte fondateur articulant la volonté salvifique universelle de Dieu et l'unicité du médiateur, le Christ Jésus.

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  5. Première lettre de saint Paul à Timothée, 4, 10 : Dieu « est le Sauveur de tous les hommes, principalement des croyants ».

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  6. Lettre de saint Paul aux Romains, 2, 14-16. La loi naturelle inscrite dans la conscience des païens, qui peuvent ainsi accomplir « naturellement » les prescriptions de la Loi.

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  7. Catéchisme de l'Église catholique, § 846, citant le concile Vatican II, Lumen Gentium, n° 14. Sens positif de l'adage Extra Ecclesiam nulla salus : « tout salut vient du Christ-Tête par l'Église qui est son Corps » ; image patristique de l'Arche de Noé.

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  8. Concile Vatican II, constitution dogmatique Lumen Gentium (21 novembre 1964), n° 14, cité au Catéchisme § 846 : nécessité de l'Église pour le salut, et condition du refus conscient d'y entrer.

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  9. Catéchisme de l'Église catholique, § 847 (citant Lumen Gentium, n° 16 ; cf. DS 3866-3872) : l'affirmation « Hors de l'Église, pas de salut » « ne vise pas ceux qui, sans leur faute, ignorent le Christ et son Église ».

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  10. Suprême Congrégation du Saint-Office, lettre Suprema haec sacra à l'archevêque de Boston Mgr Cushing (8 août 1949), Protocole 122/49 — DS 3866-3872 (Denzinger, éd. FR). Affaire du P. Leonard Feeney : distinction entre l'incorporation réelle à l'Église et l'union « par le vœu et le désir » ; « quand l'homme est victime d'une ignorance invincible, Dieu accepte aussi un vœu implicite [...] inclus dans la bonne disposition d'âme par laquelle l'homme veut conformer sa volonté à la volonté de Dieu ».

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  11. Catéchisme de l'Église catholique, § 1257 : le baptême est nécessaire au salut « pour ceux auxquels l'Évangile a été annoncé et qui ont eu la possibilité de demander ce sacrement » ; « Dieu a lié le salut au sacrement du baptême, mais il n'est pas lui-même lié à ses sacrements. »

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  12. Concile de Trente, session VI (13 janvier 1547), Décret sur la justification, chap. 4 — DS 1524 (Denzinger, éd. FR) : après la promulgation de l'Évangile, le passage à l'état de grâce « ne peut se faire sans le bain de la régénération ou le désir de celui-ci » (cf. Jn 3, 5). Fondement conciliaire du baptême de désir.

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  13. Catéchisme de l'Église catholique, § 1259 : le désir explicite du baptême chez le catéchumène, uni à la repentance et à la charité, « assure le salut ». Cf. § 1258 sur le baptême du sang (martyre).

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  14. Catéchisme de l'Église catholique, § 1260, citant Gaudium et Spes n° 22 (cf. Lumen Gentium n° 16 ; Ad Gentes n° 7) : « Tout homme qui, ignorant l'Évangile du Christ et son Église, cherche la vérité et fait la volonté de Dieu selon qu'il la connaît, peut être sauvé. On peut supposer que de telles personnes auraient désiré explicitement le baptême si elles en avaient connu la nécessité. »

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  15. Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, IIᵉ-IIᵃᵉ, q. 2, a. 7, ad 3 (texte latin de l'édition léonine, Corpus Thomisticum) : « Si qui tamen salvati fuerunt quibus revelatio non fuit facta, non fuerunt salvati absque fide mediatoris. Quia etsi non habuerunt fidem explicitam, habuerunt tamen fidem implicitam in divina providentia, credentes Deum esse liberatorem hominum secundum modos sibi placitos... » — « Ceux qui furent sauvés sans avoir reçu de révélation ne le furent pas sans la foi au Médiateur : sans foi explicite, ils eurent la foi implicite dans la divine Providence, croyant que Dieu délivre les hommes selon les voies qu'il lui plaît. » (traduction Ignispedia).

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  16. Bienheureux Pie IX, encyclique Quanto conficiamur moerore aux évêques d'Italie (10 août 1863) — DS 2866 (Denzinger, éd. FR) : ceux qui souffrent d'une ignorance invincible et observent la loi naturelle « peuvent, avec l'aide de la lumière et de la grâce divines, acquérir la vie éternelle » ; Dieu « ne permet pas que quelqu'un soit puni des supplices éternels sans être coupable de quelque faute volontaire ».

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  17. Bienheureux Pie IX, Quanto conficiamur moerore (10 août 1863) — DS 2865 et 2867 : condamnation de l'indifférentisme (DS 2865) et rappel du dogme « en dehors de l'Église catholique personne ne peut être sauvé » pour ceux qui en sont « opiniâtrement séparés » (DS 2867). Le même texte tient les deux pôles.

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  18. Concile Vatican II, Lumen Gentium, n° 16, cité au Catéchisme § 847 : ceux qui, « sans qu'il y ait de leur faute », ignorent l'Évangile mais cherchent Dieu d'un cœur sincère et suivent leur conscience sous l'influence de la grâce « peuvent arriver au salut éternel ».

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  19. Concile Vatican II, constitution pastorale Gaudium et Spes (7 décembre 1965), n° 22, § 5, cité au Catéchisme § 1260 : l'Esprit Saint offre à tous, « d'une façon que Dieu connaît », la possibilité d'être associé au mystère pascal.

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  20. Concile Vatican II, décret Ad Gentes (7 décembre 1965), n° 7, cité au Catéchisme § 848 : Dieu peut amener à la foi « par des voies connues de lui » ceux qui ignorent l'Évangile « sans faute de leur part », mais « la nécessité incombe cependant à l'Église » d'évangéliser, et « en même temps elle en a le droit sacré ».

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  21. Congrégation pour la doctrine de la foi, Dominus Iesus (6 août 2000), n° 20 : nécessité de l'Église pour le salut ; pour ceux qui n'en sont pas formellement et visiblement membres, « le salut du Christ est accessible en vertu d'une grâce qui, tout en ayant une relation mystérieuse avec l'Église, ne les y introduit pas formellement mais les éclaire d'une manière adaptée à leur état d'esprit et à leur cadre de vie » (citation de Redemptoris Missio, n° 10).

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  22. Congrégation pour la doctrine de la foi, Dominus Iesus (6 août 2000), n° 22 : cette vérité de foi « exclut radicalement la mentalité indifférentiste » imprégnée d'un relativisme religieux qui porte à considérer que « toutes les religions se valent » ; ceux qui sont hors de l'Église se trouvent objectivement « dans une situation de grave indigence » par rapport à ceux qui, dans l'Église, ont la plénitude des moyens de salut.

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  23. Saint Jean-Paul II, encyclique Redemptoris Missio (7 décembre 1990), n° 5 : le Christ est « l'unique médiateur entre Dieu et les hommes » ; « le concours de médiations de types et d'ordres divers n'est pas exclu, mais celles-ci tirent leur sens et leur valeur uniquement de celle du Christ ».

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  24. Saint Jean-Paul II, Redemptoris Missio (7 décembre 1990), n° 10 : pour ceux qui ne connaissent pas l'Évangile, « le salut du Christ est accessible en vertu d'une grâce qui, tout en ayant une relation mystérieuse avec l'Église, ne les y introduit pas formellement mais les éclaire d'une manière adaptée à leur état d'esprit et à leur cadre de vie. Cette grâce vient du Christ, elle est le fruit de son sacrifice et elle est communiquée par l'Esprit Saint : elle permet à chacun de parvenir au salut avec sa libre coopération. »

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  25. Saint Justin martyr, Première Apologie, ch. 46. Le Christ est le Verbe (Logos) « auquel tout le genre humain a part » ; « ceux qui ont vécu selon le Verbe sont chrétiens, même s'ils ont passé pour athées », tels Socrate et Héraclite chez les Grecs. Doctrine des « semences du Verbe » (logos spermatikos), reprise en Apologie II, 13.

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  26. Évangile selon saint Matthieu, 28, 19. Le mandat missionnaire du Christ ressuscité, fondement du devoir d'évangéliser.

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