C'est l'une des questions les plus vives que l'on puisse poser à la foi chrétienne. D'un côté, le Christ paraît trancher sans appel : « Amen, amen, je te le dis : personne, à moins de naître de l'eau et de l'Esprit, ne peut entrer dans le royaume de Dieu » (Jn 3, 5). De l'autre, la même foi confesse que « Dieu veut que tous les hommes soient sauvés » (1 Tm 2, 4) — et l'on songe aussitôt aux milliards d'êtres humains morts sans baptême : enfants, catéchumènes fauchés à la veille de leur baptême, martyrs non encore chrétiens, hommes de bonne volonté qui n'ont jamais entendu parler du Christ. Faut-il les tenir tous pour perdus ? Ou bien la parole du Christ ne veut-elle pas dire ce qu'elle semble dire ?
La réponse catholique n'est ni le rigorisme qui damne tout non-baptisé, ni le laxisme qui vide le baptême de sa nécessité. Elle tient dans une phrase d'équilibre du Catéchisme, à retenir avant tout le reste :
« Dieu a lié le salut au sacrement du Baptême, mais il n'est pas lui-même lié à ses sacrements. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 1257[1]
Tout l'article déplie cette phrase. Oui, le baptême est réellement nécessaire : ce n'est pas une option, une coutume ou un simple rite d'appartenance. Non, cette nécessité n'enferme pas la miséricorde de Dieu dans le seul canal du sacrement reçu. Nous verrons donc successivement : ce que dit l'Écriture ; la distinction décisive entre nécessité de précepte et nécessité de moyen ; les trois baptêmes de la Tradition (eau, sang, désir) ; la différence entre désir explicite et implicite ; le sens exact de la formule « hors de l'Église, pas de salut » et l'affaire Feeney ; enfin les grandes objections et ce que cette doctrine change pour la vie chrétienne. La question voisine du sort des enfants morts sans baptême, et celle du salut des non-chrétiens, ont leurs articles propres — Que devient un enfant mort sans baptême ? et Peut-on être sauvé sans connaître Jésus ? ; ici, l'objet est précis : le baptême est-il nécessaire, et en quel sens ?
Une réponse d'abord ferme : oui, le baptême est nécessaire
Il faut commencer par la fermeté, car c'est elle que l'on a le plus tendance à dissoudre aujourd'hui. Le baptême n'est pas, pour l'Église, un beau symbole facultatif. Il est la porte de la vie chrétienne, le sacrement sans lequel on n'entre pas ordinairement dans le Royaume.
Deux paroles du Christ qui ne font pas d'exception d'âge ni de mérite
La nécessité du baptême ne repose pas sur une déduction des théologiens, mais sur deux paroles du Seigneur lui-même. La première, adressée de nuit à Nicodème, est d'une universalité absolue :
« Amen, amen, je te le dis : personne, à moins de naître de l'eau et de l'Esprit, ne peut entrer dans le royaume de Dieu. » — Jésus à Nicodème, Jean 3, 5[2]
La seconde, placée par saint Marc à la fin de l'Évangile, dans le mandat missionnaire, lie explicitement le salut à la foi et au baptême :
« Celui qui croira et sera baptisé sera sauvé ; celui qui refusera de croire sera condamné. » — Marc 16, 16[3]
Le Catéchisme tire de ces textes une conclusion sans détour : « Le Seigneur lui-même affirme que le Baptême est nécessaire pour le salut. »[4] Et il ajoute cette précision qui vaut mandat missionnaire : « Le Baptême est nécessaire au salut pour ceux auxquels l'Évangile a été annoncé et qui ont eu la possibilité de demander ce sacrement. »[5] La restriction — « ceux auxquels l'Évangile a été annoncé » — n'est pas une échappatoire : elle désigne au contraire ceux pour qui le baptême devient une obligation dès qu'ils l'ont connu.
Le baptême « sauve », dit l'Écriture
Le Nouveau Testament ne présente jamais le baptême comme un geste extérieur sans effet réel. Il en parle comme d'un acte qui sauve, qui régénère, qui lave :
« C'était une figure du baptême qui vous sauve maintenant : le baptême ne purifie pas de souillures extérieures, mais il est l'engagement envers Dieu d'une conscience droite et il sauve par la résurrection de Jésus Christ. » — Première lettre de saint Pierre 3, 21[6]
« Il nous a sauvés, non pas à cause de la justice de nos propres actes, mais par sa miséricorde. Par le bain du baptême, il nous a fait renaître et nous a renouvelés dans l'Esprit Saint. » — Lettre à Tite 3, 5[7]
Saint Paul décrit le baptême comme une mort et une résurrection avec le Christ : « Si donc, par le baptême qui nous unit à sa mort, nous avons été mis au tombeau avec lui, c'est pour que nous menions une vie nouvelle, nous aussi, comme le Christ qui, par la toute-puissance du Père, est ressuscité d'entre les morts » (Rm 6, 4)[8]. Ce n'est pas le symbole d'un changement déjà acquis : c'est le sacrement qui opère réellement ce changement, effaçant le péché originel et faisant du baptisé « une création nouvelle », un « fils adoptif de Dieu »[9]. Il reste vrai, sans rien retirer à cette efficacité, que Dieu peut déjà avoir donné sa grâce avant le sacrement, par le désir du baptême — explicite ou implicite : saint Thomas note que Corneille et ceux qui lui ressemblent reçoivent grâce et vertus par leur foi et leur désir avant d'être baptisés, le sacrement donnant ensuite une rémission plus pleine (III, q.69, a.4, ad 2). On comprend pourquoi l'Église ne peut ni relativiser ce sacrement, ni négliger la mission de baptiser : « Elle ne connaît pas d'autre moyen que le baptême pour assurer l'entrée dans la béatitude éternelle. »[10]
Pourquoi Dieu a-t-il « lié » le salut à un signe d'eau ?
L'homme moderne bute souvent ici : pourquoi le salut passerait-il par un peu d'eau versée ? La réponse tient à ce que Dieu a voulu sauver l'homme tout entier, corps et âme, par des signes sensibles adaptés à sa nature. Le baptême n'est pas une formalité magique : il est le lieu où Dieu a promis de donner sa grâce avec certitude. En liant le salut à un sacrement visible, Dieu nous épargne l'angoisse du doute intérieur : nous n'avons pas à scruter si nous sommes assez dignes ou assez croyants, car la grâce est attachée à un acte concret, reçu de l'Église. C'est une condescendance de Dieu, non une contrainte arbitraire. La suite de l'article montre précisément comment cette liaison, réelle, n'enferme pourtant pas Dieu.
Nécessité de précepte, nécessité de moyen : la distinction qui éclaire tout
Pour comprendre la réponse de l'Église, il faut acquérir une distinction classique de la théologie, sans laquelle on tourne en rond. Quand on dit qu'une chose est « nécessaire au salut », cela peut vouloir dire deux choses très différentes.
La nécessité de précepte
Une chose est nécessaire de précepte lorsqu'elle est commandée : Dieu l'ordonne, et l'ignorer volontairement est une faute. Ainsi le Christ commande le baptême : « Allez ! De toutes les nations faites des disciples : baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit » (Mt 28, 19)[11]. Celui qui connaît ce commandement et le refuse pèche contre lui. La lettre du Saint-Office de 1949 le rappelle fermement : parmi les commandements du Christ, « celui-là n'est pas le moindre, qui nous ordonne d'être incorporés par le baptême dans le Corps mystique du Christ »[12].
La nécessité de moyen
Une chose est nécessaire de moyen lorsqu'elle n'est pas seulement commandée, mais qu'elle constitue le moyen même du but : sans elle, la fin ne peut être atteinte, comme la nourriture est nécessaire à la vie, non par décret mais par nature. Or la théologie précise aussitôt : un moyen peut être nécessaire en réalité (in re) ou en désir (in voto). Certains moyens doivent être effectivement possédés ; d'autres suffisent à être voulus quand on est empêché de les obtenir sans faute.
C'est ici que se noue toute la réponse : le baptême est nécessaire de moyen, mais d'une nécessité qui peut être remplie en réalité ou en désir. Là où le sacrement d'eau ne peut être reçu, son désir sincère — uni à la foi et à la charité — peut en tenir lieu. Ce n'est pas une invention moderne : c'est la doctrine du concile de Trente.
« Ce transfert, depuis la promulgation de l'Évangile, ne peut se faire sans le bain de la régénération ou le désir de celui-ci, selon ce qui est écrit : "Nul ne peut entrer dans le Royaume de Dieu s'il ne renaît de l'eau et de l'Esprit." » — Concile de Trente, session VI, décret sur la justification, ch. 4 (1547)[13]
Le mot latin est décisif : sine lavacro regenerationis aut eius voto — « sans le bain de la régénération ou son désir (votum) ». L'Église dogmatique a donc, dès le XVIᵉ siècle, inscrit le désir du baptême dans la définition même de la justification.
| Nécessité de précepte | Nécessité de moyen | |
|---|---|---|
| Nature | Un commandement à observer | Le moyen même d'atteindre la fin |
| Manque coupable | Refuser volontairement ce qu'on connaît | — |
| Manque non coupable | N'oblige pas ceux qui l'ignorent sans faute | Peut être suppléé in voto (par le désir) |
| Application au baptême | Obligatoire pour qui connaît le commandement du Christ | Reçu in re (le sacrement) ou in voto (désir + foi + charité) |
Les trois baptêmes de la Tradition
De cette doctrine découle une expression que l'on retrouve chez les Pères, chez saint Thomas d'Aquin et dans le Catéchisme : il y a trois manières dont la grâce baptismale peut atteindre une âme. La Tradition les appelle les trois baptêmes — non que trois sacrements existent, mais parce que deux voies extraordinaires produisent « les fruits du Baptême, sans être sacrement »[14].
Le baptême d'eau (baptismus fluminis)
C'est le sacrement au sens propre : l'eau versée avec la formule trinitaire. Il est la voie ordinaire, voulue, commandée, celle que l'Église administre et pour laquelle elle envoie ses missionnaires jusqu'au bout du monde. Les deux autres « baptêmes » ne le concurrencent pas : ils sont des suppléances pour les cas où le sacrement n'a pas pu être reçu.
Le baptême de sang (baptismus sanguinis)
Depuis les origines, l'Église tient que celui qui meurt pour la foi du Christ, sans avoir encore été baptisé, est sauvé par son martyre même :
« Depuis toujours, l'Église garde la ferme conviction que ceux qui subissent la mort en raison de la foi, sans avoir reçu le Baptême, sont baptisés par leur mort pour et avec le Christ. Ce Baptême du sang... porte les fruits du Baptême, sans être sacrement. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 1258[15]
L'exemple le plus ancien et le plus frappant est celui des saints Innocents, ces enfants de Bethléem massacrés par Hérode à la place du Christ : l'Église les vénère comme martyrs et les fête chaque 28 décembre, alors qu'ils n'avaient pas connu le baptême d'eau[16]. Le baptême de sang manifeste que ce qui sauve, ce n'est pas le rite pris matériellement, mais l'union au Christ que le rite opère ordinairement — et que le martyre opère à sa manière suprême, en configurant le témoin à la mort même du Sauveur.
Le baptême de désir (baptismus flaminis)
C'est le cas du catéchumène qui meurt avant d'avoir reçu le sacrement qu'il désirait, ou de tout homme dont la charité l'oriente réellement vers Dieu :
« Pour les catéchumènes qui meurent avant leur Baptême, leur désir explicite de le recevoir, uni à la repentance de leurs péchés et à la charité, leur assure le salut qu'ils n'ont pas pu recevoir par le sacrement. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 1259[17]
Cette doctrine est ancienne. Au début du XIIIᵉ siècle, le pape Innocent III (1198-1216) répond à l'évêque de Crémone au sujet d'un prêtre mort sans baptême d'eau :
« Puisqu'il a persévéré dans la foi de la sainte mère l'Église et dans la profession du nom du Christ, nous affirmons sans hésiter qu'il a été libéré du péché originel et a obtenu la joie de la patrie céleste. » — Innocent III, lettre Apostolicam Sedem (date incertaine)[18]
Le pape renvoie alors à deux Pères de l'Église : saint Augustin, pour qui, lorsque ce n'est pas le mépris de la religion mais la nécessité qui empêche de recevoir le baptême, celui-ci est suppléé de façon invisible[19], et saint Ambroise, dont l'oraison funèbre De obitu Valentiniani pleure l'empereur Valentinien II, mort catéchumène avant son baptême, en assurant qu'il l'a reçu dans son désir[20]. Saint Thomas d'Aquin systématisera : le baptême de désir donne la grâce de la justification à qui est empêché sans faute de recevoir le sacrement, sans toutefois en imprimer le caractère, propre au seul baptême d'eau[21].
L'image évangélique de cette voie, c'est le bon larron : crucifié aux côtés de Jésus, il entend cette parole qui est comme un baptême de désir exaucé à l'instant :
« Amen, je te le dis : aujourd'hui, avec moi, tu seras dans le Paradis. » — Jésus au bon larron, Luc 23, 43[22]
| Baptême | Nom latin | Bénéficiaire type | Ce qui supplée l'eau | Source magistérielle |
|---|---|---|---|---|
| d'eau | fluminis | Tout baptisé | — (le sacrement lui-même) | Jn 3, 5 ; CEC 1257 |
| de sang | sanguinis | Le martyr non baptisé | Le martyre pour la foi | CEC 1258 ; saints Innocents |
| de désir | flaminis | Le catéchumène, l'homme de charité | Le votum + foi + charité | Trente DS 1524 ; CEC 1259 |
Désir explicite et désir implicite
Reste une question redoutable : jusqu'où va le baptême de désir ? Faut-il savoir que le baptême existe et le vouloir nommément ? Ou bien un désir plus obscur peut-il suffire ? L'Église distingue ici deux degrés.
Le désir explicite : le catéchumène
Le cas clair est celui du catéchumène : il connaît le baptême, il le demande, il s'y prépare — et la mort le prend avant la célébration. Son désir est explicite, formellement tourné vers le sacrement. L'Église n'hésite pas sur son salut ; elle prie même pour ses catéchumènes défunts comme pour ses fidèles. C'est le cas visé mot pour mot par le Catéchisme au § 1259.
Le désir implicite : l'ignorance invincible
Plus délicat est le cas de l'homme qui n'a jamais entendu parler du Christ ni du baptême — non par sa faute, mais parce que l'Évangile ne l'a pas rejoint : on parle d'ignorance invincible. Peut-il désirer un baptême qu'il ignore ? Oui, répond l'Église, d'un désir implicite : inclus dans la volonté droite de faire le bien et de chercher Dieu tel qu'on le connaît. Vatican II l'énonce :
« Ceux qui, sans faute de leur part, ignorent l'Évangile du Christ et son Église, mais cherchent Dieu d'un cœur sincère et s'efforcent, sous l'influence de la grâce, d'accomplir par leurs œuvres sa volonté... peuvent obtenir le salut éternel. » — Concile Vatican II, Lumen gentium, n° 16[23]
Le Catéchisme reprend et conclut : « Tout homme qui, ignorant l'Évangile du Christ et son Église, cherche la vérité et fait la volonté de Dieu selon qu'il la connaît, peut être sauvé. On peut supposer que de telles personnes auraient désiré explicitement le Baptême si elles en avaient connu la nécessité. »[24] La logique est constante : ce n'est jamais le désir comme sentiment qui sauve, mais la charité vers laquelle il oriente, et qui unit réellement à Dieu.
Les limites : ni indifférentisme, ni « salut automatique »
Attention à ne pas caricaturer cette doctrine en un « tout le monde est sauvé de toute façon ». Le désir implicite a des conditions strictes, énoncées dès 1949 :
« Il ne faut pas penser que n'importe quelle sorte de désir d'entrer dans l'Église suffise pour être sauvé. Car il est nécessaire que le vœu qui ordonne quelqu'un à l'Église soit animé par la charité parfaite. Le vœu implicite ne peut avoir d'effet que si l'homme a la foi surnaturelle. » — Saint-Office, lettre à l'archevêque de Boston, 1949[25]
Autrement dit : le baptême de désir suppose la grâce, la foi surnaturelle, la charité — et une charité dite « parfaite », c'est-à-dire l'amour de Dieu aimé par-dessus tout — ainsi que la contrition, le regret sincère de ses péchés avec la volonté de s'amender. Ce n'est pas un salut sans Dieu ni sans conversion ; c'est le même salut du Christ, atteignant l'âme par un chemin que Dieu seul mesure. La lettre renvoie ici à He 11, 6 — croire que Dieu existe et qu'il récompense ceux qui le cherchent — sans pour autant réduire la foi requise à un minimum implicite : le Saint-Office avait condamné dès 1679 la proposition selon laquelle seule la foi en un seul Dieu serait nécessaire de nécessité de moyen, sans la foi explicite au Rémunérateur (DS 2122)[26]. Et l'Église ne condamne ici personne en particulier : elle garde la règle de la foi et s'en remet à Dieu pour le jugement des personnes (cf. LG 16).
« Hors de l'Église, pas de salut » : le sens exact
On ne peut traiter la nécessité du baptême sans affronter la formule qui l'accompagne depuis les Pères : extra Ecclesiam nulla salus, « hors de l'Église, pas de salut ». Bien comprise, elle éclaire tout. Mal comprise, elle a nourri au XXᵉ siècle encore un rigorisme que Rome a dû corriger.
Une formule ancienne et solennelle
La formule remonte à saint Cyprien de Carthage (IIIᵉ siècle) et traverse toute la Tradition : le concile de Latran IV (1215, DS 802), la bulle Unam Sanctam de Boniface VIII (1302, DS 870), le concile de Florence (décret pour les Jacobites, 1442, DS 1351) la répètent avec force. Elle exprime une vérité de foi : le Christ a fondé une Église comme sacrement du salut, et nul ne se sauve contre elle ou sans elle. Le Saint-Office le redit en 1949 : « Parmi les choses que l'Église a toujours prêchées se trouve cette affirmation infaillible : hors de l'Église, il n'y a pas de salut. »[27]
L'affaire Feeney : quand le rigorisme est corrigé par Rome
Au milieu du XXᵉ siècle, à Boston, le jésuite Leonard Feeney défend une lecture durcie de la formule, selon laquelle le salut exigerait l'incorporation visible à l'Église par le baptême d'eau — la position que la lettre de 1949 vise quand elle condamne ceux qui « excluent du salut éternel tous les hommes qui sont unis à l'Église par un vœu implicite seulement »[28]. L'affaire monte jusqu'à Rome. Le 8 août 1949, le Saint-Office adresse à l'archevêque de Boston une lettre qui devient un texte de référence : elle corrige Feeney en rappelant la doctrine constante :
« Pour obtenir le salut éternel, il n'est pas toujours requis d'être effectivement incorporé à l'Église comme un membre, mais il est au moins requis de lui être uni par le vœu et le désir. Il n'est pas toujours nécessaire que ce vœu soit explicite... quand l'homme est victime d'une ignorance invincible, Dieu accepte aussi un vœu implicite. » — Saint-Office, lettre à Boston, 1949[29]
La même lettre condamne d'un seul mouvement les deux excès : « Il condamne aussi bien ceux qui excluent du salut éternel tous les hommes qui sont unis à l'Église par un vœu implicite seulement, que ceux qui affirment faussement que les hommes peuvent également être sauvés dans toute religion. »[30] La correction de 1949 est doctrinale ; la sanction qui suivra est disciplinaire : refusant de se soumettre aux injonctions romaines, Feeney sera excommunié en 1953 — non par un nouveau jugement sur le fond, mais pour grave désobéissance, selon le décret publié aux Acta Apostolicae Sedis (AAS) 45 (1953), p. 100[31]. Il sera réconcilié avec l'Église en 1972, avant sa mort[32].
Vatican II : les deux versets de Lumen gentium
Le concile Vatican II n'a rien changé au dogme ; il l'a exposé avec équilibre en deux paragraphes complémentaires. Lumen gentium 14 vise ceux qui savent :
« Ne pourraient être sauvés ceux qui, n'ignorant pas que l'Église catholique a été fondée par Dieu au moyen du Christ comme nécessaire, refuseraient d'y entrer ou d'y persévérer. » — Lumen gentium, n° 14[33]
Et Lumen gentium 16 vise ceux qui ne savent pas, cité plus haut. Le premier ferme la porte à la mauvaise foi ; le second ouvre l'espérance pour l'ignorance invincible. Entre les deux, aucune contradiction : la nécessité du baptême demeure entière, et la miséricorde de Dieu aussi.
- IIIᵉ s.Saint Cyprien de Carthage
- IVᵉ s.Ambroise et Augustin
- 1198-1216Le pape Innocent III
- 1272-1273Saint Thomas d'Aquin (IIIᵉ partie de la Somme)
- 1547Concile de Trente
Décret sur la justification : la justification requiert « le bain de la régénération ou son désir » (DS 1524)[38].
- 1949Lettre du Saint-Office à Boston
Corrige le rigorisme de Feeney ; expose le désir explicite et implicite (DS 3866-3872)[39].
- 1964Concile Vatican II
Lumen gentium 14-16 : nécessité de l'Église pour qui la connaît, espérance pour l'ignorance invincible[40].
Objections et réponses
« Si le désir suffit, pourquoi se faire baptiser ? »
Parce que le désir n'est une suppléance que là où le sacrement est impossible sans faute. Là où il est possible, le refuser en se disant « mon désir suffira » détruit précisément le désir : car désirer vraiment le baptême, c'est vouloir le recevoir dès qu'on le peut. Le baptême d'eau donne en outre ce que le désir ne donne pas : le caractère sacramentel — la marque spirituelle ineffaçable qui configure le baptisé au Christ (cf. CEC 1272-1274) —, l'incorporation visible à l'Église, l'accès aux autres sacrements, la certitude objective de la grâce. Le désir sauve faute de mieux ; il n'égale jamais le don reçu.
« C'est injuste pour ceux qui n'ont jamais entendu parler du Christ »
C'est justement ce que la doctrine du désir implicite écarte. Dieu ne condamne personne pour une ignorance non coupable : « Tout homme qui... cherche la vérité et fait la volonté de Dieu selon qu'il la connaît, peut être sauvé »[41]. La volonté salvifique de Dieu est universelle (1 Tm 2, 4) ; ce qu'il demande à chacun, c'est de répondre à la lumière qu'il a reçue. Le sujet propre du salut des non-chrétiens est traité dans Peut-on être sauvé sans connaître Jésus ?.
« Alors le baptême n'est finalement pas nécessaire »
Faux : il reste nécessaire de moyen. Les voies du sang et du désir ne sont pas des alternatives que l'on choisirait à la place du sacrement ; ce sont des secours de Dieu pour les cas où le sacrement fait défaut sans faute. Nul ne se sauve sans le baptême — mais certains l'obtiennent in voto quand ils ne peuvent l'obtenir in re. La nécessité demeure ; c'est le mode de réalisation qui varie.
« Et les enfants morts sans baptême ? »
Cas particulier, car l'enfant ne peut former aucun désir personnel. L'Église ne connaît pas de certitude, mais elle « ne peut que les confier à la miséricorde de Dieu » et nous laisse « espérer qu'il y ait un chemin de salut pour les enfants morts sans baptême »[42]. La question, avec l'hypothèse des limbes et les documents récents, est développée dans Que devient un enfant mort sans baptême ? et Que dit l'Église sur les limbes ?.
| Objection | Réponse en une ligne |
|---|---|
| « Le désir suffit, donc le baptême est inutile » | Le désir ne supplée que là où le sacrement est impossible sans faute |
| « Injuste pour ceux qui ignorent le Christ » | Ceux qui, sans faute de leur part, ignorent l'Évangile mais cherchent Dieu et font sa volonté peuvent être sauvés : c'est leur réponse à la grâce qui compte, non l'ignorance elle-même (LG 16 ; CEC 1260) |
| « Donc le baptême n'est pas nécessaire » | Il l'est de moyen, réalisé in re ou in voto |
| « Feeney avait raison : pas d'eau, pas de salut » | Condamné par le Saint-Office en 1949 (DS 3870) |
| « Toutes les religions se valent » | Également condamné en 1949 (DS 3872) : indifférentisme |
Ce que cette doctrine change pour la vie chrétienne
Cette question, si abstraite en apparence, a des conséquences très concrètes.
D'abord, elle fonde l'urgence de la mission. Si Dieu peut sauver par le désir implicite, ce n'est jamais une raison de se taire : le baptême d'eau reste la voie voulue, sûre, pleine, et l'Église ne peut « négliger la mission qu'elle a reçue du Seigneur »[43]. Espérer pour ceux qui ne connaissent pas le Christ n'est pas la même chose que renoncer à le leur annoncer — ce serait les priver de la certitude et de la surabondance du salut sacramentel.
Ensuite, elle appelle à ne pas différer le baptême sans raison. Les parents, dit le droit de l'Église, doivent faire baptiser leur enfant « dans les premières semaines » (CIC, can. 867, § 1 ; voir Pourquoi baptiser les bébés ?) ; l'adulte qui reçoit la foi ne doit pas remettre indéfiniment le sacrement. Se fier à un « baptême de désir » qu'on pourrait toujours invoquer, tout en refusant le sacrement possible, serait une illusion dangereuse.
Enfin, elle nourrit la confiance et la prière. Devant un proche mort sans baptême, un enfant perdu, un ami athée mais droit, le catholique n'a pas à désespérer ni à mentir : il remet ces âmes à la miséricorde de Dieu, « qui n'est pas lié à ses sacrements », tout en continuant d'annoncer, de prier, de baptiser. La nécessité du baptême et l'immensité de la miséricorde ne s'opposent pas : elles se rejoignent dans le Christ, « qui veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité » (1 Tm 2, 4).
« Dieu a lié le salut au sacrement du Baptême, mais il n'est pas lui-même lié à ses sacrements. »[44]
Toute la réponse tient dans cet équilibre : assez ferme pour envoyer l'Église baptiser le monde entier, assez large pour ne jamais enfermer la miséricorde de Dieu.
Pour aller plus loin
- Qu'est-ce qu'un sacrement ? — pourquoi un signe sensible peut produire réellement la grâce qu'il signifie.
- Pourquoi baptiser les bébés ? — la gratuité de la grâce et le baptême des tout-petits.
- Que devient un enfant mort sans baptême ? — l'espérance pour les enfants morts avant le baptême.
- Peut-on être sauvé sans connaître Jésus ? — le baptême de désir et le salut des non-chrétiens.
- Que dit l'Église sur le salut des non-chrétiens ? — la volonté salvifique universelle de Dieu.
- Qu'est-ce que le salut ? — ce dont le baptême est la porte ordinaire.
- Qu'est-ce que la justification ? — le baptême, instrument de la première justification (Trente).
- Que dit l'Église sur les limbes ? — l'hypothèse théologique liée aux enfants non baptisés.
Notes et références
Catéchisme de l'Église catholique, § 1257, Librairie Éditrice Vaticane / Mame-Plon, Paris, 1992. Texte : « Le Seigneur lui-même affirme que le Baptême est nécessaire pour le salut (cf. Jn 3, 5)... Le Baptême est nécessaire au salut pour ceux auxquels l'Évangile a été annoncé et qui ont eu la possibilité de demander ce sacrement (cf. Mc 16, 16). L'Église ne connaît pas d'autre moyen que le baptême pour assurer l'entrée dans la béatitude éternelle... Dieu a lié le salut au sacrement du Baptême, mais il n'est pas lui-même lié à ses sacrements. » Renvois : DS 1618 ; LG 14 ; AG 5.
1 4 5 10 43 44Évangile selon saint Jean 3, 5 (AELF) : « Amen, amen, je te le dis : personne, à moins de naître de l'eau et de l'Esprit, ne peut entrer dans le royaume de Dieu. » Parole du Christ à Nicodème, fondement scripturaire majeur de la nécessité du baptême, sans distinction d'âge ni de condition.
2Évangile selon saint Marc 16, 16 (AELF) : « Celui qui croira et sera baptisé sera sauvé ; celui qui refusera de croire sera condamné. » Verset de la finale de Marc, dans le mandat missionnaire du Ressuscité, cité par le CEC 1257 et le concile de Trente. Fondement scripturaire du lien foi-baptême-salut également placé en ouverture de sa démonstration par Matthieu Lavagna, La question difficile de l'enfer, 2026, éditeur non précisé dans l'extrait, page PDF 36 (qui cite Mc 16, 15-16 avec le verset 15).
3Première lettre de saint Pierre 3, 20-21 (AELF) : dans l'arche « un petit nombre, en tout huit personnes, furent sauvées à travers l'eau. C'était une figure du baptême qui vous sauve maintenant : le baptême ne purifie pas de souillures extérieures, mais il est l'engagement envers Dieu d'une conscience droite et il sauve par la résurrection de Jésus Christ ». Le baptême y est explicitement dit « sauver ».
6Lettre de saint Paul à Tite 3, 5 (AELF) : « il nous a sauvés, non pas à cause de la justice de nos propres actes, mais par sa miséricorde. Par le bain du baptême, il nous a fait renaître et nous a renouvelés dans l'Esprit Saint. » Le « bain » (loutron) est lu par la Tradition comme le baptême ; verset central du décret de Trente sur la justification.
7Lettre de saint Paul aux Romains 6, 3-4 (AELF) : « Nous tous qui par le baptême avons été unis au Christ Jésus, c'est à sa mort que nous avons été unis par le baptême. Si donc, par le baptême qui nous unit à sa mort, nous avons été mis au tombeau avec lui, c'est pour que nous menions une vie nouvelle, nous aussi, comme le Christ qui, par la toute-puissance du Père, est ressuscité d'entre les morts. » Théologie paulinienne du baptême comme mort et résurrection avec le Christ.
8Catéchisme de l'Église catholique, § 1265, op. cit. : le Baptême « fait du néophyte "une création nouvelle" (2 Co 5, 17), un fils adoptif de Dieu (cf. Ga 4, 5-7)... "participant de la nature divine" (2 P 1, 4), membre du Christ... temple de l'Esprit Saint ». Sur l'effacement du péché originel et de tous les péchés, cf. § 1263 (DS 1316).
9Évangile selon saint Matthieu 28, 19-20 (AELF) : « Allez ! De toutes les nations faites des disciples : baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, apprenez-leur à observer tout ce que je vous ai commandé. [...] » Institution du mandat de baptiser, fondement de la nécessité de précepte. Coupure signalée : la finale « Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu'à la fin du monde » est omise dans la citation du corps.
11Suprême Congrégation du Saint-Office, lettre à l'archevêque de Boston (Mgr Cushing), 8 août 1949, dans H. Denzinger, Enchiridion Symbolorum (DS 3867). Texte : « Parmi les commandements du Christ, celui-là n'est pas le moindre, qui nous ordonne d'être incorporés par le baptême dans le Corps mystique du Christ, qui est l'Église. »
12Concile de Trente, session VI (13 janvier 1547), décret sur la justification, chap. 4, dans Denzinger, Enchiridion Symbolorum (DS 1524). Texte : « Après la promulgation de l'Évangile, ce transfert [de l'état de péché à l'état de grâce] ne peut se faire sans le bain de la régénération ou le désir de celui-ci (sine lavacro regenerationis aut eius voto), selon ce qui est écrit : "Nul ne peut entrer dans le Royaume de Dieu s'il ne renaît de l'eau et de l'Esprit" (Jn 3, 5). » Base dogmatique du baptême de désir.
13 38Catéchisme de l'Église catholique, § 1258, op. cit. : « Depuis toujours, l'Église garde la ferme conviction que ceux qui subissent la mort en raison de la foi, sans avoir reçu le Baptême, sont baptisés par leur mort pour et avec le Christ. Ce Baptême du sang, comme le désir du Baptême, porte les fruits du Baptême, sans être sacrement. » Cf. aussi § 1281.
14 15Saints Innocents : Mt 2, 16-18 (massacre des enfants de Bethléem par Hérode). L'Église les vénère comme martyrs — « fleurs des martyrs » (flores martyrum) selon Prudence, Cathemerinon XII (Hymnus Epiphaniae), v. 125-132 (« Salvete, flores martyrum » ; éd. M. Lavarenne, CUF, Les Belles Lettres, Paris ; texte critique M. P. Cunningham, CCSL 126, Brepols, 1966) — et les fête le 28 décembre, bien qu'ils n'aient pas reçu le baptême d'eau : exemple classique du baptême de sang appliqué à des enfants. La Commission théologique internationale y voit expressément une analogie avec le baptême de sang qui apporte le salut : L'espérance du salut pour les enfants qui meurent sans baptême (2007), § 86.
16Catéchisme de l'Église catholique, § 1259, op. cit. : « Pour les catéchumènes qui meurent avant leur Baptême, leur désir explicite de le recevoir, uni à la repentance de leurs péchés et à la charité, leur assure le salut qu'ils n'ont pas pu recevoir par le sacrement. »
17Pape Innocent III (pontificat 1198-1216), lettre Apostolicam Sedem à l'évêque de Crémone — Sicardo (1185-1215) —, de date incertaine, dans Denzinger, Enchiridion Symbolorum (DS 741 ; éd. P. Hünermann, Herder ; trad. fr. Cerf, Paris, 1996). Les anciennes éditions l'attribuaient à Innocent II, mais le destinataire (Sicardo, évêque de Crémone de 1185 à 1215) exclut Innocent II († 1143) : la critique l'attribue à Innocent III (cf. Corpus Iuris Canonici, éd. Friedberg). Traduction française de travail du latin : « Le prêtre dont tu as dit qu'il a fini ses jours sans l'eau du baptême, nous affirmons sans hésiter que, puisqu'il a persévéré dans la foi de la sainte mère l'Église et dans la profession du nom du Christ, il a été libéré du péché originel et a obtenu la joie de la patrie céleste. »
18 36Saint Augustin, De baptismo contra Donatistas, livre IV, ch. 22, § 30 : le défaut du baptême peut être suppléé par le martyre — et aussi, quand on ne peut recourir à la célébration du mystère, par la foi et la conversion du cœur ; cette suppléance invisible ne joue que lorsque c'est la nécessité du moment, et non le mépris de la religion, qui empêche de recevoir le sacrement. Texte critique : M. Petschenig, CSEL 51. La formule française entre guillemets à la fin de cette note est celle transmise par la lettre d'Innocent III (DS 741), non une citation directe vérifiée d'Augustin : « Le baptême est administré de façon invisible lorsque ce n'est pas le mépris de la religion, mais la barrière de la nécessité, qui l'exclut. »
19Saint Ambroise de Milan, De obitu Valentiniani, §§ 51-53 (oraison funèbre de l'empereur Valentinien II, † 392 ; texte critique : O. Faller, CSEL 73). Valentinien meurt catéchumène, avant le baptême qu'il avait demandé à Ambroise ; l'évêque assure l'assemblée que Valentinien n'a pas perdu la grâce qu'il avait demandée. C'est ce passage que saint Thomas cite en Somme théologique, III, q.68, a.2 — la formulation française souvent reproduite à cette occasion est une traduction de travail, non le texte d'une édition identifiée. Texte invoqué par Innocent III (DS 741) comme autorité en faveur du baptême de désir.
20 35Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique (synthèse, sans citation littérale) : les trois baptêmes — d'eau (fluminis), de sang (sanguinis) et de l'Esprit ou du désir (flaminis, aussi appelé baptême de repentir) — en III, q.66, a.11 ; seul le baptême d'eau est un sacrement et imprime le caractère, ce que le baptême de sang ne peut faire (III, q.66, a.12, obj. 1 et resp.) ; le désir du baptême, fruit de la foi opérant par la charité, permet d'obtenir le salut sans le sacrement reçu quand la mort devance (III, q.68, a.2) ; et l'homme reçoit déjà, avant le baptême, pardon des péchés, grâce et vertus par ce désir explicite ou implicite, le sacrement donnant ensuite une rémission plus pleine (III, q.69, a.4, ad 2).
21 37Évangile selon saint Luc 23, 42-43 (AELF) : « Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras dans ton Royaume. » — « Amen, je te le dis : aujourd'hui, avec moi, tu seras dans le Paradis. » Luc ne dit ni de quel côté se tenait ce condamné, ni s'il avait été baptisé : il rapporte seulement sa foi et la promesse reçue. C'est Augustin qui rapporte ici l'argument de Cyprien tiré du larron — non baptisé d'eau, il reçoit la promesse du Paradis — en De baptismo contra Donatistas, IV, 22, 30, exemple illustrant la doctrine des baptêmes de sang et de désir (cf. Thomas, III, q.66, a.11 ; q.68, a.2). Avec cette réserve, qu'Augustin formule lui-même plus tard : dans ses Retractationes (livre II, révision du De baptismo), il juge cet exemple du larron peu probant, son éventuel baptême restant incertain.
22Concile Vatican II, constitution dogmatique Lumen gentium (21 novembre 1964), n° 16. Texte : « Ceux qui, sans faute de leur part, ignorent l'Évangile du Christ et son Église, mais cherchent Dieu d'un cœur sincère et s'efforcent, sous l'influence de la grâce, d'accomplir par leurs œuvres sa volonté connue par la voix de la conscience, ceux-là peuvent obtenir le salut éternel. » Cité par le CEC 1260.
23 40Catéchisme de l'Église catholique, § 1260, op. cit. : « "Puisque le Christ est mort pour tous et que la vocation dernière de l'homme est réellement unique, à savoir divine, nous devons tenir que l'Esprit Saint offre à tous, d'une façon que Dieu connaît, la possibilité d'être associés au mystère pascal" (GS 22). Tout homme qui, ignorant l'Évangile du Christ et son Église, cherche la vérité et fait la volonté de Dieu selon qu'il la connaît, peut être sauvé. On peut supposer que de telles personnes auraient désiré explicitement le Baptême si elles en avaient connu la nécessité. »
24 41Saint-Office, lettre à l'archevêque de Boston, 8 août 1949 (DS 3872). Sur la foi explicite au Rémunérateur, cf. la proposition condamnée par le Saint-Office le 2 mars 1679, sous Innocent XI, dans H. Denzinger, Enchiridion Symbolorum (DS 2122 ; éd. P. Hünermann, Herder ; trad. fr. Cerf, Paris, 1996) — latin : « Non nisi fides unius Dei necessaria videtur necessitate medii, non autem explicita Remuneratoris », soit en traduction française : « Seule la foi en un seul Dieu semble nécessaire de nécessité de moyen, mais non la foi explicite au Rémunérateur ». Texte : « Il condamne aussi bien ceux qui excluent du salut éternel tous les hommes qui sont unis à l'Église par un vœu implicite seulement, que ceux qui affirment faussement que les hommes peuvent également être sauvés dans toute religion. Il ne faut pas penser non plus que n'importe quelle sorte de désir d'entrer dans l'Église suffise : il est nécessaire que le vœu... soit animé par la charité parfaite, et le vœu implicite ne peut avoir d'effet que si l'homme a la foi surnaturelle. » (cf. He 11, 6 ; Trente, sess. VI, ch. 8.)
25 26 28 30Saint-Office, lettre à l'archevêque de Boston, 8 août 1949 (DS 3866). Texte : « Parmi les choses que l'Église a toujours prêchées et ne cessera jamais de prêcher se trouve cette affirmation infaillible qui nous enseigne que "hors de l'Église il n'y a pas de salut". Ce dogme doit cependant être compris dans le sens où l'Église elle-même le comprend » — c'est-à-dire au sens du Magistère, non d'un jugement privé.
27Saint-Office, lettre à l'archevêque de Boston, 8 août 1949 (DS 3870). Texte : « Pour que quelqu'un obtienne le salut éternel, il n'est pas toujours requis qu'il soit effectivement incorporé à l'Église comme un membre, mais il est au moins requis qu'il lui soit uni par le vœu et le désir. Cependant, il n'est pas toujours nécessaire que ce vœu soit explicite, comme il l'est chez les catéchumènes ; mais, quand l'homme est victime d'une ignorance invincible, Dieu accepte aussi un vœu implicite. » Texte central corrigeant le rigorisme de Feeney.
29 39Affaire Feeney, repères : correction doctrinale par la lettre du Saint-Office du 8 août 1949 (DS 3866-3872) ; excommunication en 1953 pour grave désobéissance, décret publié aux Acta Apostolicae Sedis (AAS) 45 (1953), p. 100 ; réconciliation avec l'Église en 1972.
31 32Concile Vatican II, Lumen gentium, n° 14. Texte : « Ne pourraient être sauvés ceux qui, n'ignorant pas que l'Église catholique a été fondée par Dieu au moyen du Christ comme nécessaire, refuseraient cependant d'y entrer ou d'y persévérer. » Complément indispensable de LG 16 : la miséricorde envers l'ignorance invincible ne couvre jamais le refus lucide.
33Saint Cyprien de Carthage (†258), De Ecclesiae catholicae unitate (vers 251) et Lettres. Origine de la formule « Salus extra Ecclesiam non est » (« il n'y a pas de salut hors de l'Église », Lettre 73). Cyprien enseigne parallèlement que les catéchumènes martyrisés avant leur baptême « ne sont pas privés du baptême, mais baptisés du plus glorieux et du plus grand baptême, celui du sang » (Lettre 73, § 22 ; §§ 21-22 pour le contexte — texte critique W. Hartel, CSEL 3/2 ; la formulation française est une traduction de travail, non le texte d'une édition identifiée). Témoin ancien, mais non le premier : Tertullien enseignait déjà, vers 200, que le sang du martyre tient lieu de baptême (De baptismo, ch. 16, consacré au second baptême, celui du sang).
34Catéchisme de l'Église catholique, § 1261, op. cit. : « Quant aux enfants morts sans Baptême, l'Église ne peut que les confier à la miséricorde de Dieu... La grande miséricorde de Dieu qui veut que tous les hommes soient sauvés (1 Tm 2, 4), et la tendresse de Jésus envers les enfants — "Laissez les enfants venir à moi" (Mc 10, 14) — nous permettent d'espérer qu'il y ait un chemin de salut pour les enfants morts sans baptême. » Cf. aussi la Commission théologique internationale, L'espérance du salut pour les enfants qui meurent sans baptême (2007).
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