Peut-on être chrétien sans Église ? La question est devenue l'une des plus fréquentes dans un monde sécularisé où l'on entend partout la même formule : « Jésus, oui ; l'Église, non. » Beaucoup gardent une foi, une sympathie pour l'Évangile, parfois une vraie vie de prière, tout en rejetant l'institution, la messe dominicale, les sacrements ou l'autorité des pasteurs. On croit sans appartenir. On se veut « spirituel, mais pas religieux ». La foi devient une affaire strictement privée : Dieu dans mon cœur, sans intermédiaire, sans communauté, sans structure.
Cette objection est sincère et souvent nourrie de blessures réelles. Elle mérite mieux qu'un rappel disciplinaire. Mais elle repose sur un présupposé qu'il faut examiner : que l'on pourrait recevoir le Christ à la carte, en gardant sa personne et en jetant son Corps. Or c'est précisément ce que le Nouveau Testament rend impossible. Le christianisme n'est pas une doctrine que chacun s'approprierait dans son coin : c'est une vie reçue, un peuple, un corps dont on devient membre.
La réponse catholique tient deux choses ensemble, sans en sacrifier aucune. Première vérité : on ne peut pas être pleinement chrétien sans l'Église, parce que c'est par elle que le Christ nous rejoint — par le baptême qu'elle donne, la foi qu'elle transmet, l'Eucharistie qu'elle célèbre. Seconde vérité : l'appartenance à l'Église connaît des degrés, et Dieu seul juge le cœur de ceux qui, sans faute grave, se tiennent au seuil ou à la marge. Cet article traite la première ; pour le sort de ceux qui ignorent le Christ sans faute, voir Peut-on être sauvé sans connaître Jésus ?.
« Jésus oui, l'Église non » : l'objection contemporaine
Avant de répondre, il faut écouter l'objection dans sa version la plus forte. Elle n'est pas d'abord un raisonnement, mais une expérience de génération : celle d'hommes et de femmes qui ont gardé une foi personnelle et perdu toute confiance dans l'institution.
Le « croire sans appartenir »
La sociologue britannique Grace Davie a donné un nom à ce phénomène : believing without belonging, « croire sans appartenir » — titre de son livre Religion in Britain since 1945 (1994). On garde une foi diffuse en Dieu, une estime pour Jésus, un attachement à quelques prières ou fêtes, mais on rompt le lien avec la communauté visible et ses rites obligés. La foi cesse d'être une appartenance pour devenir une conviction intérieure, révisable, sans témoins.
Cette configuration a une conséquence rarement perçue : une foi sans appartenance devient une foi sans mémoire et sans contrôle. Nul ne me contredit quand je me trompe, nul ne me nourrit quand je faiblis, nul ne me transmet ce que je n'ai pas inventé. Le croyant solitaire finit presque toujours par croire, non plus au Dieu de la Révélation, mais au Dieu qu'il se compose lui-même.
Les racines de la défiance
La défiance envers l'institution n'est pas née de rien. Elle se nourrit de causes réelles qu'il serait malhonnête de nier :
- Les scandales — abus, silences, contre-témoignages de clercs — qui ont blessé des victimes et scandalisé des générations. Sur ce point précis, voir Comment répondre à l'objection des abus sexuels ?.
- Le soupçon anti-institutionnel propre à la modernité, qui voit dans toute structure une machine de pouvoir et dans toute médiation une confiscation.
- L'individualisme religieux, hérité d'une certaine sécularisation, pour qui la conscience personnelle est l'unique tribunal et l'appartenance une aliénation.
- La lassitude de croyants réels, fatigués d'une pratique qu'ils trouvent formaliste, et qui confondent l'Église avec la paroisse décevante qu'ils ont connue.
Aucune de ces causes n'est méprisable. Mais aucune ne prouve la thèse qu'elle sert. Qu'une institution ait des membres pécheurs ne démontre pas qu'elle soit de trop, pas plus que la trahison d'un ami ne démontre que l'amitié soit une erreur.
Ce que l'objection présuppose
Pour tenir, le « chrétien sans Église » doit admettre, souvent sans le dire, un présupposé précis : que le christianisme serait une religion individuelle, un rapport privé entre l'âme et Dieu, dont l'Église ne serait que l'emballage historique, utile jadis, dispensable aujourd'hui. Le Christ serait le noyau ; l'Église, la coquille.
C'est exactement ce présupposé que le Nouveau Testament interdit. Non par autoritarisme, mais parce que, selon l'Évangile, le Christ n'a pas laissé un message à diffuser : il a fait naître un corps auquel on s'agrège. Reprenons donc la question à la racine.
Le christianisme est nativement ecclésial
Le point décisif n'est pas disciplinaire mais théologal : on ne se fait pas chrétien soi-même. Tout, dans la foi chrétienne, est d'abord reçu — et ce qui se reçoit suppose quelqu'un qui le donne. Ce quelqu'un, historiquement et sacramentellement, c'est l'Église.
On ne devient pas chrétien tout seul
Personne n'entre dans la foi par génération spontanée. Le premier chrétien de l'histoire, au matin de la Pentecôte, ne s'est pas auto-converti : il a entendu une prédication, reçu un baptême, rejoint une communauté. Le livre des Actes décrit ce christianisme originel sans la moindre ambiguïté : il est d'emblée communautaire, sacramentel, assidu.
« Ils étaient assidus à l'enseignement des Apôtres et à la communion fraternelle, à la fraction du pain et aux prières. » — Actes des Apôtres, 2, 42[1]
Quatre piliers, et pas un seul n'est privé : l'enseignement reçu des Apôtres, la communion fraternelle, l'Eucharistie (la « fraction du pain »), la prière commune. Le christianisme des origines ne connaît pas le croyant solitaire. Devenir chrétien, c'est être ajouté à un corps : « Chaque jour, le Seigneur leur adjoignait ceux qui allaient être sauvés » (Ac 2, 47)[2].
« Personne ne peut croire seul » : la foi est reçue
Le Catéchisme tire de cette donnée une conséquence que l'on oublie trop souvent : la foi elle-même, avant d'être ma conviction, est un don porté par d'autres. Croire est personnel — nul ne croit à ma place — mais ce n'est pas un acte solitaire.
« La foi est un acte personnel : la réponse libre de l'homme à l'initiative de Dieu qui se révèle. Mais la foi n'est pas un acte isolé. Nul ne peut croire seul, comme nul ne peut vivre seul. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 166[3]
Le Catéchisme va plus loin : je n'ai pas fabriqué ma foi, je l'ai reçue, et je l'ai reçue d'un sujet plus ancien et plus vaste que moi — l'Église, qui croyait avant moi et croira après moi.
« "Croire" est un acte ecclésial. La foi de l'Église précède, engendre, porte et nourrit notre foi. L'Église est la mère de tous les croyants. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 181[4]
C'est renverser complètement l'objection. Le « chrétien sans Église » se croit à la source ; il n'est qu'au bout d'un fleuve. La foi qu'il garde, jusqu'au nom de Jésus qu'il prononce, jusqu'aux Évangiles qu'il lit, lui est parvenue par une communauté qui les a reçus, gardés, traduits, transmis pendant deux mille ans. Retrancher l'Église, ce serait scier la branche sur laquelle sa propre foi est assise.
C'est d'abord l'Église qui croit
Ce primat de l'Église sur le croyant individuel n'est pas une pieuse image : il structure jusqu'à la liturgie du baptême. Quand on baptise un petit enfant qui ne peut encore rien professer, c'est la foi de l'Église qui répond pour lui — et cette foi le porte réellement.
« C'est d'abord l'Église qui croit, et qui ainsi porte, nourrit et soutient ma foi. C'est d'abord l'Église qui, partout, confesse le Seigneur. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 168[5]
D'où l'image constante de la tradition : l'Église est une mère. Or on ne se met pas soi-même au monde. Le nouveau-né ne s'engendre pas ; il est engendré, nourri, éduqué. Le chrétien qui voudrait garder la vie de la grâce en congédiant l'Église ressemble à un enfant qui prétendrait vivre après avoir renié sa mère : la vie qu'il possède encore, il la lui doit.
L'Église, Corps du Christ : séparer le Christ de l'Église est impossible
Le « Jésus oui, l'Église non » suppose qu'on puisse détacher la tête du corps. Or c'est précisément l'image que saint Paul rend inséparable. L'Église n'est pas une organisation fondée par le Christ à la manière dont on fonde une société : elle est son Corps, tissée à lui d'un lien vital.
Un seul corps, plusieurs membres
Aux Corinthiens tentés par la division, Paul oppose l'image organique du corps : le corps ne fait qu'un tout en ayant plusieurs membres, et il en va de même du Christ. On n'appartient pas au Christ à côté des autres, mais avec eux, comme des membres d'un même organisme.
« Or, vous êtes corps du Christ et, chacun pour votre part, vous êtes membres de ce corps. » — Première lettre aux Corinthiens, 12, 27[6]
La conséquence est vertigineuse : se dire « chrétien sans Église », c'est se vouloir membre sans corps, main coupée du poignet qui croit garder la vie hors de l'organisme. Paul le dit ailleurs sans détour : « nous qui sommes plusieurs, nous sommes un seul corps dans le Christ, et membres les uns des autres, chacun pour sa part » (Rm 12, 5)[7]. Non seulement membres du Christ, mais membres les uns des autres : mon lien au Christ passe par mon lien aux autres membres. C'est aussi ce que dit le baptême, qui « fait de nous des membres du Corps du Christ » — et donc « membres les uns des autres »[8].
La vigne et les sarments : hors de lui, rien
Le Christ avait donné lui-même l'image la plus nette de cette dépendance vitale. Le sarment ne porte pas de fruit à part du cep : détaché, il se dessèche. La vie chrétienne n'est pas une adhésion mentale que l'on entretiendrait seul ; elle est une sève reçue, qui circule dans un corps.
« Moi, je suis la vigne, et vous, les sarments. Celui qui demeure en moi et en qui je demeure, celui-là porte beaucoup de fruit, car, en dehors de moi, vous ne pouvez rien faire. » — Évangile selon saint Jean, 15, 5[9]
Se vouloir chrétien « sans Église », c'est prétendre rester sarment vivant tout en se coupant du courant qui traverse tous les autres sarments. Le Christ n'a pas dit « restez près de moi, chacun de son côté » ; il a fait de ses disciples les rameaux d'une même vigne, où la sève de l'un n'est jamais séparée de celle des autres.
« Saul, pourquoi me persécutes-tu ? »
L'identification du Christ à son Église atteint son sommet dans la conversion de saint Paul. Sur le chemin de Damas, Saul persécute les chrétiens ; mais la voix qui le terrasse ne dit pas « pourquoi persécutes-tu les miens ? ».
« Saul, Saul, pourquoi me persécuter ? […] Je suis Jésus, celui que tu persécutes. » — Actes des Apôtres, 9, 4-5[10]
Le Christ dit me. Toucher à l'Église, c'est le toucher lui. Il ne se distingue pas de son Corps au point qu'on pourrait l'aimer, lui, en méprisant les siens. C'est ici que la formule « Jésus oui, l'Église non » se brise : elle prétend séparer ce que le Christ lui-même déclare inséparable.
« Le Christ a aimé l'Église et s'est livré pour elle »
Au Corps s'ajoute une seconde image, nuptiale : l'Église n'est pas seulement le prolongement du Christ, elle est son Épouse, celle pour laquelle il a donné sa vie.
« Vous, les hommes, aimez votre femme à l'exemple du Christ : il a aimé l'Église, il s'est livré lui-même pour elle. » — Lettre aux Éphésiens, 5, 25[11]
On ne peut donc pas aimer l'Époux en méprisant l'Épouse qu'il a acquise au prix de son sang. Celui qui dit aimer le Christ tout en rejetant l'Église aime un Christ mutilé, dépouillé de ce qu'il a le plus aimé. Saint Paul VI l'a résumé d'une question qui atteint droit le cœur de l'objection :
« Et comment vouloir aimer le Christ sans aimer l'Église, si le plus beau témoignage rendu au Christ est celui de saint Paul : "Il a aimé l'Église, il s'est livré pour Elle" ? » — Saint Paul VI, exhortation Evangelii Nuntiandi, n° 16[12]
C'est la conviction commune des témoins déjà cités — Cyprien (De l'unité de l'Église, 6), Paul VI (Evangelii Nuntiandi, 16), Vatican II (Lumen Gentium, 14) : on n'aime pas vraiment le Christ si l'on refuse le Corps et l'Épouse qu'il ne cesse d'aimer.
Le Christ a voulu une Église visible
On pourrait concéder l'image du Corps mystique tout en refusant l'Église institutionnelle — comme si le vrai christianisme était une communion invisible, et la hiérarchie une trahison tardive. C'est oublier ce que le Christ a concrètement fait de son vivant.
Il n'a pas écrit un livre, il a rassemblé un peuple
Fait décisif, trop peu médité : Jésus n'a laissé aucun écrit. Il n'a pas fondé une école de sagesse ni publié une doctrine. Il a fait autre chose : il a appelé, formé et envoyé des hommes, il a institué les Douze, leur a confié un pouvoir, leur a promis l'Esprit. Le christianisme ne s'est pas répandu comme un texte que chacun lirait seul, mais comme un peuple qui accueille de nouveaux membres.
« Et moi, je te le déclare : Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église ; et la puissance de la Mort ne l'emportera pas sur elle. » — Évangile selon saint Matthieu, 16, 18[13]
« Je bâtirai mon Église » : c'est le Christ lui-même qui parle d'un édifice à construire, doté d'un fondement nommé (Pierre) et d'une durée promise. L'Église visible, avec sa structure et ses pasteurs, n'est pas une déviation de l'Évangile : elle est voulue par celui qui l'a fondée. Sur la place et la nécessité de ce fondement, voir Pourquoi le pape est-il nécessaire ?.
« Qui vous écoute m'écoute »
Cette Église visible reçoit une autorité qui n'est pas la sienne, mais celle du Christ délégué à ses envoyés. Les rejeter, ce n'est pas gagner en liberté : c'est rejeter celui qui les envoie.
« Celui qui vous écoute m'écoute ; celui qui vous rejette me rejette ; et celui qui me rejette rejette celui qui m'a envoyé. » — Évangile selon saint Luc, 10, 16[14]
Le Christ va jusqu'à faire de l'Église l'instance ultime de la réconciliation fraternelle : « S'il refuse de les écouter, dis-le à l'assemblée de l'Église ; s'il refuse encore d'écouter l'Église, considère-le comme un païen et un publicain. »[15] Une Église à qui l'on peut « dire » les choses, qui tranche, qui réconcilie : ce n'est pas une nébuleuse invisible, c'est un corps concret, structuré, doté d'une parole.
L'Église que le Christ a voulue, et celle qu'on rêve
Le « chrétien sans Église » n'abolit pas l'Église : il en substitue une autre, invisible, sans exigence, taillée à sa mesure. Le tableau suivant confronte les deux.
| L'Église que le Christ a voulue | L'« Église » rêvée par le croyant solitaire | |
|---|---|---|
| Nature | Corps visible et spirituel, à la fois | Communion purement intérieure et invisible |
| Entrée | Baptême reçu d'un autre | Adhésion privée, décidée seul |
| Autorité | Pasteurs envoyés (« qui vous écoute m'écoute ») | Ma seule conscience |
| Sacrements | Reçus, sources objectives de grâce | Facultatifs, voire supprimés |
| Transmission | Foi reçue et gardée par un peuple | Foi recomposée à chaque génération |
| Correction | Possible : l'Église peut me reprendre | Impossible : nul ne me contredit |
Le second modèle est plus confortable, mais il n'est pas celui de l'Évangile. Il a surtout un défaut fatal : privé de tout critère extérieur, il ne peut jamais distinguer la foi reçue du Christ de l'idée qu'on se fait de lui.
Ce que perd le chrétien « sans Église »
Il ne s'agit pas de menacer, mais de constater. Se couper de l'Église, ce n'est pas alléger sa foi de scories inutiles : c'est se priver de biens que le Christ ne donne nulle part ailleurs que par elle.
Sans sacrements : on ne se baptise pas soi-même
Le premier de ces biens est le plus élémentaire : on ne peut pas se donner à soi-même les sacrements. Nul ne se baptise lui-même ; nul ne s'absout lui-même ; nul ne se consacre le pain eucharistique. Les sacrements sont, par nature, reçus d'un autre — et cet autre agit au nom de l'Église et du Christ. Le baptême lui-même « fait de nous des membres du Corps du Christ » et « incorpore à l'Église »[16].
C'est pourquoi un christianisme « sans Église » se condamne à un appauvrissement sacramentel radical : plus de pardon reçu dans la confession — voir Pourquoi se confesser à un prêtre ? —, et surtout plus d'Eucharistie, alors qu'elle est « source et sommet de toute la vie chrétienne »[17]. Sur ce qu'est un sacrement, voir Qu'est-ce qu'un sacrement ?.
« On ne peut pas prier chez soi comme à l'église »
L'objection classique — « je prie chez moi, Dieu m'écoute aussi bien » — est vraie et fausse à la fois. Vraie : la prière personnelle est indispensable, et Dieu écoute partout. Fausse : elle oublie que le Christ a voulu un culte commun, et qu'aucune prière privée ne remplace le rassemblement du peuple autour de l'Eucharistie. Le Catéchisme le dit sans détour :
« L'Eucharistie du dimanche fonde et sanctionne toute la pratique chrétienne. C'est pourquoi les fidèles sont obligés de participer à l'Eucharistie les jours de précepte. […] Ceux qui délibérément manquent à cette obligation commettent un péché grave. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 2181[18]
L'Écriture avait déjà mis en garde contre la désertion de l'assemblée : « Ne délaissons pas nos assemblées, comme certains en ont pris l'habitude » (He 10, 25)[19]. Prier seul est nécessaire ; ce ne l'est jamais à la place du corps rassemblé. Voir Pourquoi la messe est-elle obligatoire le dimanche ?.
Sans communion des saints ni transmission
Le troisième bien perdu est la communion des saints : ce vaste échange de prière, de mérites et de charité qui relie les vivants, les défunts et les bienheureux. Le chrétien solitaire se prive de cette solidarité surnaturelle où « si un seul membre souffre, tous les membres partagent sa souffrance » (1 Co 12, 26)[20]. Il se coupe de l'intercession des saints — voir Faut-il prier les saints ? et Qu'est-ce que la communion des saints ?.
Enfin, il se prive de la transmission. Une foi qui ne s'appuie plus sur un corps vivant ne se transmet pas : elle s'éteint souvent en une génération, ou dérive sans garde-fou. L'histoire des christianismes « sans Église » est celle d'une évaporation rapide ou d'une dissolution dans le vague religieux. Ce que l'Église offre — une doctrine gardée, des sacrements assurés, une communion élargie — n'est pas un supplément : c'est le canal normal de la vie chrétienne. Le tableau suivant résume ces biens reçus et ce que perd celui qui s'en coupe.
| Bien reçu | Comment il se reçoit | Ce qu'en perd le « chrétien sans Église » |
|---|---|---|
| Le baptême et l'incorporation au Christ | D'un ministre, au nom de l'Église | L'entrée même dans la vie chrétienne |
| L'Eucharistie | Célébrée par l'Église rassemblée | La « source et le sommet » de la grâce |
| Le pardon sacramentel | Reçu d'un prêtre | La certitude objective d'être absous |
| La foi transmise et gardée | Par la Tradition vivante | Le risque de se recomposer un Christ sur mesure |
| La communion des saints | Par appartenance au Corps | L'intercession et la solidarité surnaturelles |
Ce tableau dessine, en creux, la réponse aux objections qui restent à affronter une à une.
Répondre aux objections concrètes
Reste à affronter, une à une, les raisons que l'on donne pour se tenir « chrétien sans Église ». Aucune n'est méprisable ; aucune ne tient jusqu'au bout.
« L'Église est pleine d'hypocrites et de pécheurs »
C'est vrai — et le Christ l'a prévu. Il a comparé son Royaume à un champ où le bon grain et l'ivraie poussent ensemble jusqu'à la moisson (Mt 13, 24-30), à un filet qui ramène de bons et de mauvais poissons (Mt 13, 47-48)[21]. L'Église est sainte par sa Tête, ses sacrements et ses saints, et composée de pécheurs dans ses membres — elle est « sainte et toujours appelée à se purifier »[22]. Quitter l'Église parce qu'elle a des pécheurs, c'est vouloir un hôpital sans malades : or c'est justement pour les malades que le médecin est venu (« ce ne sont pas les gens bien portants qui ont besoin du médecin », Mc 2, 17)[23]. Le scandale des membres ne prouve pas la fausseté du Corps ; il prouve que nous en avons tous besoin. Pour l'objection des scandales graves, voir Comment répondre à l'objection des abus sexuels ?.
« L'Église m'a blessé »
Cette objection-là ne se réfute pas, elle se respecte. Des blessures réelles ont été infligées par des membres de l'Église, parfois par ses ministres. Rien de ce qui suit ne les minimise. Mais il faut distinguer : la blessure vient de tel homme, de telle communauté — non de l'Église comme Corps du Christ. Fuir toute l'Église à cause de la faute d'un de ses membres, c'est laisser le coupable décider de notre rapport à Dieu. Souvent, la guérison passe justement par une autre part de l'Église : une paroisse différente, un prêtre droit, une communauté fraternelle. Le Corps qui a blessé est aussi celui qui peut soigner.
« Je n'ai pas besoin d'intermédiaire entre Dieu et moi »
L'objection paraît spirituelle ; elle repose sur un malentendu. L'Église et ses ministres ne s'interposent pas entre l'âme et Dieu comme un péage : ils sont les canaux voulus par le Christ pour se donner. Le prêtre qui absout ne remplace pas le Christ, il le rend présent ; l'Église qui baptise ne s'intercale pas devant Dieu, elle transmet ce qu'elle a reçu de lui. Refuser tout « intermédiaire », ce serait aussi refuser l'humanité du Christ — car Dieu, le premier, a choisi de nous rejoindre par une médiation : celle d'un homme, Jésus (1 Tm 2, 5)[24]. L'Incarnation elle-même est le refus divin d'un rapport « sans intermédiaire ». Sur ce point, voir Comment expliquer l'Incarnation simplement ?.
« Dieu est partout, pas seulement dans une institution »
Assurément, Dieu est partout, et nul lieu ne l'enferme. Mais de ce que Dieu soit partout, il ne suit pas qu'il se donne de la même manière partout. Il se rend présent d'une façon unique dans les sacrements, dans sa Parole proclamée, dans l'assemblée réunie en son nom : « Quand deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis là, au milieu d'eux » (Mt 18, 20)[25]. Dire « Dieu est partout » pour justifier qu'on ne le cherche nulle part précisément, c'est confondre l'omniprésence de Dieu avec les moyens qu'il a choisis pour se communiquer. La question n'est pas où Dieu est, mais comment il a voulu se donner.
« Hors de l'Église, pas de salut » : ni laxisme ni rigorisme
Il faut enfin lever l'équivoque qui empoisonne le débat. Beaucoup entendent, derrière cet article, la vieille formule Extra Ecclesiam nulla salus — « Hors de l'Église, pas de salut » — et y flairent une condamnation en bloc de tous ceux qui n'appartiennent pas visiblement à l'Église. C'est mal comprendre la formule.
Le sens exact de la formule
Cet adage, hérité de saint Cyprien au IIIᵉ siècle, ne vise pas d'abord les lointains, mais ceux qui rompent sciemment l'unité. Le Catéchisme en donne le sens positif : formulée de façon positive, elle signifie « que tout salut vient du Christ-Tête par l'Église qui est son Corps »[26]. Ce n'est pas une frontière administrative, c'est une vérité christologique : tout salut vient du Christ, et le Christ se donne par son Corps. Le concile Vatican II précise aussitôt la condition subjective : « ceux qui refuseraient soit d'entrer dans l'Église catholique, soit d'y persévérer, alors qu'ils la sauraient fondée de Dieu par Jésus Christ comme nécessaire »[27].
L'appartenance connaît des degrés
Voilà pourquoi la réponse à « peut-on être chrétien sans Église ? » n'est pas un couperet mais une distinction. L'appartenance à l'Église n'est pas un tout-ou-rien : elle connaît des degrés. On peut y être pleinement incorporé, imparfaitement uni, ou ordonné à elle par le désir. Le baptisé qui prie encore, mais a déserté la pratique, n'est pas « hors » de l'Église : il en est un membre blessé, endormi, en dette — non un étranger. Et Dieu seul juge le degré de responsabilité de chacun. Le refus coupable et l'éloignement sans faute sont deux réalités que rien n'autorise à confondre : sur ce discernement, voir Peut-on être sauvé sans connaître Jésus ?.
L'Église mère, patiente, qui attend
L'attitude juste n'est donc ni le rigorisme qui exclut, ni le laxisme qui dit « cela n'a aucune importance ». C'est celle d'une mère : ferme sur ce qui est vital — car il y va de la vie de ses enfants — et infiniment patiente avec ceux qui s'éloignent. L'Église ne dit pas au chrétien tenté par la solitude : « sans nous, tu es perdu » comme une menace ; elle lui dit : « ce que tu cherches — le Christ vivant, la grâce, le pardon, la communion — c'est ici que je te le donne, parce que c'est ici qu'il a choisi de te le donner. »
L'Église, notre mère
Reste le mot de la fin, qui n'est pas une définition mais une image, la plus ancienne et la plus juste. Depuis les Pères, l'Église se dit mère : elle engendre à la vie divine, elle nourrit, elle éduque, elle porte. Et l'on ne choisit pas sa mère comme une option.
« Il ne peut avoir Dieu pour Père, celui qui n'a pas l'Église pour Mère. » — Saint Cyprien de Carthage, De l'unité de l'Église catholique, 6[28]
La phrase de Cyprien, écrite vers 251, résume tout : la paternité de Dieu et la maternité de l'Église ne se séparent pas. Vouloir Dieu pour Père en refusant l'Église pour Mère, c'est vouloir l'origine sans le sein qui l'a portée jusqu'à nous. On peut être un enfant fâché avec sa mère, éloigné, blessé — on n'est jamais un enfant sans mère. C'est pourquoi la réponse catholique à la question posée est, au fond, une bonne nouvelle : nul n'est réduit à porter seul sa foi. Le Christ n'a pas laissé ses disciples orphelins ; il leur a donné une Mère, un Corps, un peuple. Être chrétien, ce n'est pas croire tout seul : c'est être tenu.
- vers 33La Pentecôte et la première communauté
Le christianisme naît d'emblée communautaire : les premiers croyants sont « assidus à l'enseignement des Apôtres, à la communion fraternelle, à la fraction du pain et aux prières » (Ac 2, 42).
- vers 55Saint Paul : l'Église, Corps du Christ
Aux Corinthiens divisés, Paul enseigne : « vous êtes corps du Christ et, chacun pour votre part, vous êtes membres de ce corps » (1 Co 12, 27) : on n'appartient au Christ qu'avec les autres.
- 251Saint Cyprien : Dieu pour Père, l'Église pour Mère
Dans le De l'unité de l'Église, Cyprien fixe la formule décisive : « Il ne peut avoir Dieu pour Père celui qui n'a pas l'Église pour Mère. »
- 1943Pie XII : Mystici Corporis Christi
L'encyclique reprend et approfondit la doctrine paulinienne de l'Église comme Corps mystique du Christ, à la fois visible et spirituel.
- 1964Vatican II : Lumen Gentium
Le concile enseigne l'Église comme « en quelque sorte le sacrement, c'est-à-dire à la fois le signe et le moyen de l'union intime avec Dieu et de l'unité de tout le genre humain » (Lumen Gentium, n° 1), et précise les degrés d'appartenance.
- 1992Le Catéchisme de l'Église catholique
Le Catéchisme codifie l'enseignement : « "Croire" est un acte ecclésial » (§ 181) ; « Nul ne peut croire seul » (§ 166).
Pour aller plus loin
- Qu'est-ce que le Corps mystique du Christ ? — la doctrine paulinienne de l'Église-Corps, développée.
- Pourquoi l'Église est-elle une, sainte, catholique et apostolique ? — les quatre notes de l'Église visible.
- Pourquoi le pape est-il nécessaire ? — le fondement visible voulu par le Christ.
- Qu'est-ce qu'un sacrement ? — pourquoi la grâce se reçoit et ne se prend pas.
- Pourquoi la messe est-elle obligatoire le dimanche ? — pourquoi prier seul ne remplace pas l'assemblée.
- Qu'est-ce que la communion des saints ? — la solidarité surnaturelle dont se prive le solitaire.
- Peut-on être sauvé sans connaître Jésus ? — le cas de ceux qui ignorent le Christ sans faute.
Notes et références
Actes des Apôtres, 2, 42 (traduction liturgique). Description de la première communauté chrétienne après la Pentecôte : les quatre piliers de la vie de l'Église naissante — enseignement des Apôtres, communion fraternelle, fraction du pain (Eucharistie), prières.
1Actes des Apôtres, 2, 47 (traduction liturgique) : « Chaque jour, le Seigneur leur adjoignait ceux qui allaient être sauvés. » Devenir chrétien, c'est être ajouté à un corps déjà rassemblé — jamais un acte solitaire.
2Catéchisme de l'Église catholique, § 166. « La foi est un acte personnel : la réponse libre de l'homme à l'initiative de Dieu qui se révèle. Mais la foi n'est pas un acte isolé. Nul ne peut croire seul, comme nul ne peut vivre seul. »
3Catéchisme de l'Église catholique, § 181, citant saint Cyprien (De l'unité de l'Église : PL 4, 503A). « "Croire" est un acte ecclésial. La foi de l'Église précède, engendre, porte et nourrit notre foi. L'Église est la mère de tous les croyants. »
4Catéchisme de l'Église catholique, § 168. « C'est d'abord l'Église qui croit, et qui ainsi porte, nourrit et soutient ma foi. C'est d'abord l'Église qui, partout, confesse le Seigneur. » Cf. § 169 : « parce que nous recevons la vie de la foi à travers l'Église, celle-ci est notre mère […] elle est aussi l'éducatrice de notre foi » (Faustus de Riez, De Spiritu Sancto 1, 2 : CSEL 21, 104). L'Église comme sujet premier de la foi, spécialement manifeste au baptême des enfants.
5Première lettre de saint Paul aux Corinthiens, 12, 27 (traduction liturgique) : « Or, vous êtes corps du Christ et, chacun pour votre part, vous êtes membres de ce corps. » Image organique développée en 1 Co 12, 12-26 : un seul corps aux membres multiples. Cf. Rm 12, 5.
6Lettre de saint Paul aux Romains, 12, 4-5 (traduction liturgique) : « nous qui sommes plusieurs, nous sommes un seul corps dans le Christ, et membres les uns des autres, chacun pour sa part ». Application de l'image du corps à la diversité des charismes dans l'Église.
7Catéchisme de l'Église catholique, § 1267 : « Le Baptême fait de nous des membres du Corps du Christ. "Dès lors, […] ne sommes-nous pas membres les uns des autres ?" (Ep 4, 25). Le Baptême incorpore à l'Église. » Cf. § 1213 : le baptême nous fait « membres du Christ » et nous « incorpore à l'Église ».
8 16Évangile selon saint Jean, 15, 5 (traduction liturgique). Allégorie de la vigne : « Moi, je suis la vigne, et vous, les sarments […] en dehors de moi, vous ne pouvez rien faire. » La vie chrétienne est une sève reçue, non une adhésion entretenue seul.
9Actes des Apôtres, 9, 4-5 (récit de la conversion de Saul sur le chemin de Damas ; cf. Ac 22, 7-8 ; 26, 14-15). Le Christ s'identifie à l'Église persécutée : « Je suis Jésus, celui que tu persécutes. »
10Lettre de saint Paul aux Éphésiens, 5, 25 (traduction liturgique), cf. 5, 26-27 et 5, 31-32. Image nuptiale : l'Église est l'Épouse pour laquelle le Christ « s'est livré lui-même » afin de la sanctifier ; « ce mystère est grand : je le dis en référence au Christ et à l'Église ».
11Saint Paul VI, exhortation apostolique Evangelii Nuntiandi (8 décembre 1975), n° 16. Le texte enchaîne l'unicité du lien Christ-Église : « Et comment vouloir aimer le Christ sans aimer l'Église, si le plus beau témoignage rendu au Christ est celui de saint Paul : "Il a aimé l'Église, il s'est livré pour Elle" (Ep 5, 25) ? »
12Évangile selon saint Matthieu, 16, 18. Parole du Christ à Simon-Pierre à Césarée de Philippe : « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église. » Fondation explicite d'une Église durable, dotée d'un fondement nommé.
13Évangile selon saint Luc, 10, 16. Parole du Christ aux soixante-douze disciples envoyés : l'autorité des envoyés est celle même du Christ, et à travers lui du Père. « Qui vous écoute m'écoute. »
14Évangile selon saint Matthieu, 18, 15-17. Procédure de la correction fraternelle : l'Église est l'instance ultime de la réconciliation — « dis-le à l'assemblée de l'Église » — ce qui suppose un corps concret, identifiable et doté d'une parole qui tranche.
15Catéchisme de l'Église catholique, § 1324, citant le concile Vatican II, Lumen Gentium, n° 11 : « L'Eucharistie est "source et sommet de toute la vie chrétienne". » Cf. Sacrosanctum Concilium, n° 10.
17Catéchisme de l'Église catholique, § 2181 : « L'Eucharistie du dimanche fonde et sanctionne toute la pratique chrétienne. C'est pourquoi les fidèles sont obligés de participer à l'Eucharistie les jours de précepte […]. Ceux qui délibérément manquent à cette obligation commettent un péché grave. » Cf. § 2179 : la paroisse est « le lieu où tous les fidèles peuvent être rassemblés par la célébration dominicale de l'Eucharistie » ; He 10, 25.
18Lettre aux Hébreux, 10, 25 (traduction liturgique) : « Ne délaissons pas nos assemblées, comme certains en ont pris l'habitude, mais encourageons-nous, d'autant plus que vous voyez s'approcher le Jour du Seigneur. » Mise en garde contre la désertion de l'assemblée commune.
19Première lettre de saint Paul aux Corinthiens, 12, 26 (traduction liturgique) : « Si un seul membre souffre, tous les membres partagent sa souffrance ; si un membre est à l'honneur, tous partagent sa joie. » La solidarité surnaturelle de la communion des saints.
20Évangile selon saint Matthieu, 13, 24-30 (parabole du bon grain et de l'ivraie : le maître laisse croître ensemble jusqu'à la moisson) et 13, 47-48 (parabole du filet : le Royaume ramène des poissons de toute espèce, bons et mauvais, triés seulement à la fin). Le Christ a prévu des pécheurs mêlés aux saints dans son Église jusqu'au jugement.
21Concile Vatican II, constitution dogmatique Lumen Gentium (21 novembre 1964), n° 8 : « l'Église, elle, enferme des pécheurs dans son propre sein, elle est donc à la fois sainte et toujours appelée à se purifier, poursuivant constamment son effort de pénitence et de renouvellement ». Repris au Catéchisme de l'Église catholique, § 827 (citant LG 8 ; cf. UR 3 ; 6).
22Évangile selon saint Marc, 2, 17 (traduction liturgique) : « Ce ne sont pas les gens bien portants qui ont besoin du médecin, mais les malades. Je ne suis pas venu appeler des justes, mais des pécheurs. » L'Église-hôpital : la présence de pécheurs est sa raison d'être, pas la preuve de son inutilité.
23Première lettre de saint Paul à Timothée, 2, 5 (traduction liturgique) : « En effet, il n'y a qu'un seul Dieu ; il n'y a aussi qu'un seul médiateur entre Dieu et les hommes : un homme, le Christ Jésus. » Dieu lui-même a choisi la médiation d'un homme pour nous rejoindre — l'Incarnation fonde toute médiation ecclésiale.
24Évangile selon saint Matthieu, 18, 20 (traduction liturgique) : « En effet, quand deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis là, au milieu d'eux ». Présence spéciale du Christ à l'assemblée réunie en son nom, distincte de son omniprésence divine.
25Catéchisme de l'Église catholique, § 846, citant le concile Vatican II, Lumen Gentium, n° 14. Sens positif de l'adage Extra Ecclesiam nulla salus : « tout salut vient du Christ-Tête par l'Église qui est son Corps ».
26Concile Vatican II, constitution dogmatique Lumen Gentium (21 novembre 1964), n° 14, citée au Catéchisme § 846 : « C'est pourquoi ceux qui refuseraient soit d'entrer dans l'Église catholique, soit d'y persévérer, alors qu'ils la sauraient fondée de Dieu par Jésus Christ comme nécessaire, ceux-là ne pourraient pas être sauvés. »
27Saint Cyprien de Carthage, De l'unité de l'Église catholique (De catholicae ecclesiae unitate), ch. 6 (vers 251) : « Habere iam non potest Deum patrem qui ecclesiam non habet matrem » — « Il ne peut avoir Dieu pour Père, celui qui n'a pas l'Église pour Mère. » Citée au Catéchisme § 181.
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