La Cène

Le dernier repas de Jésus avec ses apôtres, la veille de sa Passion : le repas pascal, le lavement des pieds, l'institution de l'Eucharistie. Récits, Cénacle, théologie, liturgie et débat historico-critique.

Ignispedia

Le soir du jeudi qui précède sa mort, Jésus prend une dernière fois place à table avec ses douze apôtres. Au cours de ce repas de la Pâque juive, il lave les pieds de ses disciples, annonce la trahison de Judas, puis prononce sur le pain et la coupe les paroles que chaque messe reprend depuis vingt siècles : « Ceci est mon Corps » et « Cette coupe est la nouvelle Alliance en mon Sang ». La Cène est à la fois l'aboutissement de toute la vie publique de Jésus et le point de départ de la vie sacramentelle de l'Église.

Cet article présente d'abord ce que les Écritures racontent et ce que l'Église en a toujours cru, avec les témoins anciens qui l'attestent et la liturgie qui le célèbre encore. Le débat soulevé par une partie de l'exégèse contemporaine (date exacte, rapport entre saint Jean et les Synoptiques) est exposé en fin d'article, avec les réponses qu'il appelle.

La Cène dans les Écritures : cinq témoins pour un seul repas

Aucun autre épisode de la vie de Jésus n'est attesté par autant de récits indépendants. La Cène nous est parvenue par cinq voies : les trois évangiles synoptiques, l'évangile de saint Jean et la première lettre de saint Paul aux Corinthiens. Le Catéchisme résume ainsi le dossier : « Les trois évangiles synoptiques et S. Paul nous ont transmis le récit de l'institution de l'Eucharistie ; de son côté, S. Jean rapporte les paroles de Jésus dans la synagogue de Capharnaüm, paroles qui préparent l'institution de l'Eucharistie : Le Christ se désigne comme le pain de vie, descendu du ciel (cf. Jn 6) »[1].

TémoinDate traditionnelleCe qu'il apporte en propre
Saint Matthieu (Mt 26, 17-29)Apôtre et témoin direct, évangile reçu le premier par l'Église« pour la rémission des péchés » ; les Douze boivent tous à la coupe
Saint Marc (Mc 14, 12-25)Interprète de saint Pierre à Rome, témoin de la prédication apostoliqueLe récit le plus sobre ; « pour la multitude » ; le vœu de ne plus boire « du fruit de la vigne »
Saint Luc (Lc 22, 7-20)Compagnon de saint Paul, enquête auprès des témoins (Lc 1, 1-4)Le désir ardent (« J'ai désiré avec ardeur ») ; la coupe avant le pain ; « Faites ceci en mémoire de moi »
Saint Jean (Jn 13 à 17)L'apôtre bien-aimé, présent au repas contre la poitrine de JésusLe lavement des pieds, la bouchée donnée à Judas, le commandement nouveau, le grand discours d'adieu
Saint Paul (1 Co 11, 23-26)Lettre écrite d'Éphèse vers 53-55, moins de vingt-cinq ans après les faitsLe plus ancien récit écrit : « J'ai moi-même reçu du Seigneur ce que je vous ai transmis »

Loin de se contredire, ces cinq témoins s'accordent sur le noyau dur : un repas pascal pris avec les Douze la veille de la Passion, du pain rompu identifié à son Corps, une coupe identifiée à son Sang versé pour l'alliance nouvelle, et l'ordre de refaire ces gestes en mémoire de lui. Cette convergence, alors que les auteurs écrivent pour des communautés éloignées (Rome, Antioche, Éphèse, Corinthe), est le premier fait que toute théorie doit expliquer.

Un repas de la Pâque juive

Pour comprendre la Cène, il faut d'abord comprendre la Pâque. Chaque année, Israël célébrait la nuit où Dieu l'avait libérée d'Égypte : un agneau immolé par famille, des pains sans levain mangés à la hâte, des herbes amères en souvenir de l'esclavage (Ex 12). Ce repas rituel accompagnait un pèlerinage à Jérusalem (Dt 16, 1-8) et se prolongeait par le chant du Hallel, les psaumes 113 à 118. C'est cet hymne que Jésus chante avec les siens avant de sortir vers le mont des Oliviers : « Ayant chanté les psaumes, ils sortirent » (Mt 26, 30).

Le maître de maison rompait le pain et le distribuait, puis faisait circuler les coupes, dont la dernière, appelée « coupe de bénédiction » (1 Co 10, 16), ajoutait à la joie du vin une attente : celle du Royaume à venir. Les bénédictions juives prononcées pendant le repas proclamaient les œuvres de Dieu, la création, la rédemption et la sanctification : ce sont elles que Jésus reprend quand il « rend grâces » sur le pain et la coupe[2]. Le Catéchisme note que « Jésus a institué son Eucharistie en donnant un sens nouveau et définitif à la bénédiction du pain et de la coupe »[3]. Rien n'est improvisé ce soir-là : chaque geste de Jésus s'appuie sur un rite que ses apôtres connaissent par cœur, et chacun reçoit une portée nouvelle.

C'est aussi pourquoi le pain et le vin comptent tant. Le pain azyme rappelle la sortie d'Égypte, la manne du désert et le pain quotidien promis dans la Terre promise ; la coupe de bénédiction porte l'espérance messianique du rétablissement de Jérusalem. En prenant ces deux aliments, Jésus prend toute l'histoire d'Israël et la fait basculer dans son Heure.

Le lieu et la date

La salle haute du mont Sion

Jésus envoie Pierre et Jean préparer le repas chez un hôte resté anonyme, reconnaissable à un signe convenu : « un homme portant une cruche d'eau » (Mc 14, 13). L'hôte montre « une grande salle haute, aménagée » (Mc 14, 15) : le mot grec anôgaion désigne une pièce à l'étage, assez vaste pour treize convives allongés autour de la table selon l'usage antique. La tradition, très ancienne, situe cette salle sur le mont Sion, à l'ouest de la Jérusalem du premier siècle, dans le bâtiment appelé depuis le Cénacle (du latin cenaculum, salle à manger à l'étage).

Le même livre des Actes place dans une « chambre haute » la prière des apôtres après l'Ascension (Ac 1, 13), et la mémoire chrétienne a très tôt identifié les deux lieux. Une basilique dédiée à Sainte-Marie de Sion s'y dresse dès le IVe siècle ; les croisés la rebâtissent au XIIe siècle ; en 1333, le roi Robert d'Anjou rachète le Cénacle pour les franciscains de la Custodie de Terre Sainte ; en 1551, les autorités ottomanes le transforment en lieu musulman (le tombeau de David, Nebi Daoud, vénéré à l'étage inférieur) ; depuis 1948, l'État d'Israël en a la garde et les pèlerins chrétiens y sont de nouveau accueillis. En mai 2014, le pape François y a célébré la messe avec les ordinaires catholiques de Terre Sainte[4]. Voir Jeudi saint pour la fête qui s'y rattache.

Un jeudi de Pâque, vers l'an 30 ou 33

Les trois Synoptiques situent la Cène « le premier jour des Azymes, où l'on devait immoler la Pâque » (Lc 22, 7), donc un jeudi soir selon le comput juif où le jour commence au coucher du soleil. L'année exacte dépend du début du ministère public : « l'an quinze du règne de Tibère » (Lc 3, 1), soit 28 ou 29 de notre ère, et la mention des « quarante-six ans » de construction du Temple (Jn 2, 20), entamée en 20 ou 19 avant Jésus-Christ, convergent vers une Passion placée en 30 ou en 33.

Les calculs astronomiques confirment que le 14 Nisan (jour de l'immolation de l'agneau) tombait un vendredi ces deux années-là : le 7 avril 30 ou le 3 avril 33. Une partie de la recherche retient plutôt le 3 avril 33, à la suite des travaux de Colin Humphreys et Graeme Waddington publiés dans la revue Nature[5] ; d'autres maintiennent le 7 avril 30. Dans les deux cas, la Cène a lieu le jeudi soir et la crucifixion le vendredi, exactement comme la liturgie du Triduum pascal le célèbre encore.

Le soir de la Cène, pas à pas

  1. En fin d'après-midi
    Les préparatifs

    Pierre et Jean préparent l'agneau et la salle (Lc 22, 8). Tout est prêt quand Jésus arrive avec les Douze à la tombée du jour.

  2. Le repas commence
    Le désir ardent

    « J'ai désiré avec ardeur manger cette Pâque avec vous avant de souffrir » (Lc 22, 15). Jésus sait ce qui l'attend et il l'attend : rien de subi, tout est offert.

  3. Pendant le repas
    Le lavement des pieds

    Jésus se lève, verse l'eau et lave les pieds de ses disciples, geste de l'esclave que Pierre refuse d'abord (Jn 13, 1-17). Le Maître donne la leçon de tout service chrétien.

  4. Au milieu du repas
    L'annonce de la trahison

    « L'un de vous me livrera » (Mt 26, 21). À Jean, Jésus désigne Judas par la bouchée trempée ; « aussitôt, après la bouchée, Satan entra en lui » (Jn 13, 27) et Judas sort dans la nuit.

  5. Après le repas
    Le pain et la coupe

    Prenant du pain et rendant grâce, Jésus le rompt et le donne ; puis la coupe après le repas (Lc 22, 19-20). C'est l'institution de l'Eucharistie.

  6. La nuit tombée
    L'hymne et le départ

    Ayant chanté les psaumes, ils sortent vers le mont des Oliviers (Mt 26, 30). Commence alors l'agonie de Gethsémani. Voir L'agonie de Jésus à Gethsémani.

« J'ai désiré avec ardeur »

Luc seul rapporte cette confidence qui ouvre le repas, et elle éclaire tout le reste : « J'ai désiré avec ardeur manger cette Pâque avec vous avant de souffrir ; car je vous le dis, je ne la mangerai jamais plus jusqu'à ce qu'elle s'accomplisse dans le Royaume de Dieu » (Lc 22, 15-16)[6]. Le désir vient du Christ, pas de la contrainte : il veut ce repas, il veut cette Heure, il veut ces apôtres-là, Judas compris, autour de lui une dernière fois.

Le lavement des pieds

Jean ne rapporte pas les paroles sur le pain et la coupe, déjà connues de ses lecteurs, mais le geste que les autres taisent : Dieu à genoux devant les hommes, l'eau versée sur des pieds poussiéreux, et la parole qui l'accompagne : « Si je ne te lave, tu n'auras point de part avec moi » (Jn 13, 8), puis « Je vous ai donné l'exemple, pour que vous fassiez, vous aussi, comme moi j'ai fait pour vous » (Jn 13, 15). Saint Augustin médite longuement cette page : la Pâque, explique-t-il, signifie en hébreu le passage, et Jean le montre quand il écrit que Jésus savait « que son heure était venue de passer de ce monde à son Père » (Jn 13, 1)[7]. Le lavement des pieds est déjà ce passage : Dieu passe de la hauteur vers le bas pour faire passer les siens du péché vers la grâce.

La trahison annoncée

Au milieu du repas, Jésus trouble la fête : « En vérité, je vous le dis, l'un de vous me livrera » (Mt 26, 21). Chacun s'interroge, « serait-ce moi ? », et Jésus désigne Judas par un geste d'honneur oriental, la bouchée trempée offerte à l'invité de marque. L'honneur refusé devient jugement : Judas sort, « et il faisait nuit » (Jn 13, 30). Sur la question débattue de savoir si Judas a communié ce soir-là, voir Judas a-t-il reçu la sainte communion à la Cène ?.

« Ceci est mon Corps, ceci est mon Sang »

Puis vient le cœur du soir, rapporté presque dans les mêmes termes par Matthieu, Marc, Luc et Paul :

« Puis, prenant du pain et rendant grâces, il le rompit et le leur donna, en disant : "Ceci est mon Corps, qui va être donné pour vous ; faites ceci en mémoire de moi." Il fit de même pour la coupe après le repas, disant : "Cette coupe est la nouvelle Alliance en mon Sang, qui va être versé pour vous." »[8]

Quatre remarques s'imposent. D'abord, Jésus parle au présent d'un don à venir (« qui va être donné », « qui va être versé ») : le sacrifice du lendemain est déjà offert, anticipé dans le signe. Ensuite, il ordonne de répéter (« faites ceci ») : ce n'est pas un adieu, c'est une fondation. Puis il nomme l'alliance nouvelle annoncée par Jérémie (« Je conclurai avec la maison d'Israël une alliance nouvelle », Jr 31, 31), scellée non plus par le sang des taureaux mais par le sien. Enfin, il ouvre l'avenir : « Je ne boirai plus désormais de ce fruit de la vigne jusqu'au jour où je le boirai, nouveau, avec vous dans le Royaume de mon Père » (Mt 26, 29). Le repas s'achève sur une promesse de noces. Voir L'Eucharistie pour le sacrement qui en découle, et Les noces de Cana pour le premier signe qui l'annonçait.

Ce que Jésus accomplit ce soir-là

La Pâque reçoit son sens définitif

« En célébrant la dernière Cène avec ses apôtres au cours du repas pascal, Jésus a donné son sens définitif à la pâque juive. En effet, le passage de Jésus à son Père par sa mort et sa résurrection, la Pâque nouvelle, est anticipée dans la Cène et célébrée dans l'Eucharistie qui accomplit la pâque juive et anticipe la pâque finale de l'Église dans la gloire du Royaume »[9]. Chaque Pâque juive regardait en arrière vers l'Égypte ; celle-ci regarde en avant vers la croix et vers le Royaume. L'agneau immolé au Temple ce jour-là ne disparaît pas : il révèle qui il figurait depuis Moïse. Saint Paul le dira sans détour : « Notre Pâque, le Christ, a été immolée » (1 Co 5, 7).

Saint Jean Chrysostome, prêchant sur ces versets de Matthieu, va droit au même mystère : là où se trouvait la figure, le Christ pose la réalité.

« Pourquoi a-t-il institué ce sacrement au temps de la Pâque ? Pour que tu apprennes par tout qu'il est le législateur de l'Ancien Testament, et que les figures qu'il contient annonçaient ces réalités. Là où est la figure, là il pose la vérité. »[10]

L'alliance nouvelle

Jérémie avait promis des jours où Dieu conclurait « avec la maison d'Israël et avec la maison de Juda une alliance nouvelle », inscrite non plus sur des tables de pierre mais dans les cœurs, avec le pardon des fautes (Jr 31, 31-34). Au Sinaï, Moïse avait scellé l'ancienne alliance en aspergeant le peuple du sang des victimes : « Voici le sang de l'alliance que le Seigneur a conclue avec vous » (Ex 24, 8). Jésus reprend ce langage et le porte à son terme : « Cette coupe est la nouvelle Alliance en mon Sang ». Le sang versé n'est plus celui des bêtes, c'est le sien, et l'alliance n'est plus réservée à un peuple, elle s'ouvre « pour la multitude » (Mc 14, 24), « pour vous » (Lc 22, 20).

Le sacerdoce nouveau

En ordonnant « faites ceci en mémoire de moi », Jésus ne demande pas un simple souvenir : il confie à ses apôtres la célébration liturgique de son mémorial, « les établissant alors prêtres du Nouveau Testament » (concile de Trente, cité par le Catéchisme)[11]. C'est l'institution du sacerdoce ministériel, que l'Église reconnaît dans ce geste fondateur : dès l'origine, seuls les apôtres et leurs successeurs président à la fraction du pain (Ac 2, 42 ; 20, 7). Le lavement des pieds, de son côté, donne à ce sacerdoce son visage : présider, c'est servir, jusqu'à se mettre à genoux.

De Cana à la Cène

Le vin de la coupe éclaire le premier signe de Jésus. Aux noces de Cana, l'eau des purifications était devenue un vin excellent ; à la Cène, le vin de la Pâque devient le Sang de l'alliance. Le Catéchisme relie les deux heures : « Le signe de l'eau changée en vin à Cana annonce déjà l'Heure de la glorification de Jésus. Il manifeste l'accomplissement du repas des noces dans le Royaume du Père, où les fidèles boiront le vin nouveau devenu le Sang du Christ »[12]. Voir Les noces de Cana. Le repas des noces promis par les prophètes (Is 25, 6) et attendu dans la Jérusalem céleste comme « le repas des noces de l'Agneau » (Ap 19, 9) commence ce soir-là, dans une salle haute de Jérusalem : c'est le sens du nom de Repas du Seigneur, donné à l'Eucharistie parce qu'il s'agit de la Cène prise avec les disciples la veille de la Passion, anticipation du festin céleste[13].

Les témoins anciens

Saint Paul, le plus proche des faits

Vers 53-55, écrivant d'Éphèse à des Corinthiens divisés sur la manière de célébrer le repas du Seigneur, Paul ne propose pas une méditation : il transmet. « J'ai moi-même reçu du Seigneur ce que je vous ai transmis » (1 Co 11, 23), puis suivent les paroles sur le pain et la coupe, avec la mention du soir où Jésus « fut livré ». Moins de vingt-cinq ans séparent ce texte de l'événement, et Paul, qui n'était pas au Cénacle, dit tenir son récit du Seigneur lui-même, par la chaîne des apôtres. Aucune autre parole de Jésus ne nous est parvenue avec une attestation aussi précoce et aussi solennelle.

La Didachè, saint Justin, saint Irénée

La Didachè, manuel de vie chrétienne rédigé entre la fin du Ier siècle et le début du IIe, donne déjà les prières d'action de grâces sur la coupe puis sur le pain, et réserve cette Eucharistie aux seuls baptisés[14]. Vers 155, saint Justin, philosophe devenu martyr, décrit à l'empereur Antonin la liturgie dominicale des chrétiens : lectures, prières, baiser de paix, puis « on apporte au président du pain ainsi qu'une coupe d'eau et de vin », avec l'action de grâces et la distribution aux présents et aux absents par les diacres ; et il atteste que « cet aliment est appelé chez nous Eucharistie », que nul n'y prend part sans croire à l'enseignement reçu et sans avoir été lavé par le baptême[15]. Vers 180, saint Irénée de Lyon, disciple de saint Polycarpe qui avait connu saint Jean, affirme l'accord de la foi et de l'Eucharistie : « Notre manière de penser s'accorde avec l'Eucharistie, et l'Eucharistie en retour confirme notre manière de penser »[16].

Saint Augustin et saint Jean Chrysostome

Au Ve siècle comme au IVe, les Pères lisent la Cène dans la continuité du récit évangélique, sans soupçonner qu'il faille choisir entre l'histoire et le mystère. Augustin consacre une série entière de prédications à l'évangile de Jean, dont le Tractate 55 sur le lavement des pieds, où il déploie le sens de la Pâque comme passage : le passage d'Israël par la mer, le passage du Christ vers le Père, et notre propre passage « du démon au Christ »[17]. Chrysostome, dans son Homélie 82 sur saint Matthieu, commente verset par verset les paroles de l'institution et s'arrête sur le soir lui-même : « le soir est un signe assuré de la plénitude des temps, et que les choses étaient parvenues à leur terme »[18]. Sur Judas, présent à la table sainte, il s'émeut sans atténuer : même admis « à la table la plus sainte », le traître « ne changea pas », et le Christ ne l'en écarta pourtant pas, « pour que tu apprennes qu'il n'omet rien de ce qui regarde la correction »[19]. La fermeté du fait et la charité du regard vont ensemble : c'est la marque des Pères, et la ligne de cet article.

La réception dans le canon

Les quatre évangiles figurent dans la plus ancienne liste romaine des Écritures, le fragment de Muratori (fin du IIe siècle), puis dans les décisions qui fixent le canon pour l'Église latine : Hippone en 393, Carthage en 397, confirmées par le concile de Trente en 1546. Le concile de Trente définira aussi, en 1551 (XIIIe session), la doctrine de l'Eucharistie en s'appuyant directement sur les récits de la Cène. Quant à la liturgie, la plus ancienne prière eucharistique conservée, celle de la Tradition apostolique attribuée à saint Hippolyte de Rome (vers 215), reprend déjà le récit de l'institution au cœur de l'anaphore : l'Église n'a jamais célébré l'Eucharistie sans raconter la Cène.

La Cène dans la vie de l'Église

Chaque messe reprend ses gestes et ses paroles

« Le commandement de Jésus de répéter ses gestes et ses paroles "jusqu'à ce qu'il vienne" ne demande pas seulement de se souvenir de Jésus et de ce qu'il a fait. Il vise la célébration liturgique, par les apôtres et leurs successeurs, du mémorial du Christ, de sa vie, de sa mort, de sa résurrection et de son intercession auprès du Père »[20]. C'est pourquoi « depuis ces temps-là jusqu'à nos jours la célébration de l'Eucharistie s'est perpétuée, de sorte qu'aujourd'hui nous la rencontrons partout dans l'Église, avec la même structure fondamentale »[21]. Le prêtre qui dit « Ceci est mon Corps » ne joue pas une scène : il fait ce que le Seigneur a ordonné de faire. Chrysostome l'affirmait déjà à ses fidèles de Constantinople : « Celui qui fit alors ces choses à cette Cène, c'est le même qui les opère encore maintenant » et « cette table est la même que celle-là, et elle n'a rien de moins »[22].

Le Jeudi saint

Une fois l'an, l'Église retourne au Cénacle. Le Jeudi saint, la messe chrismale rassemble le matin le clergé autour de l'évêque pour la bénédiction des saintes huiles ; le soir, la Messe de la Cène du Seigneur (Missa in Cena Domini) rejoue l'événement : le prêtre lave les pieds de douze fidèles (Mandatum), l'orgue se tait après le Gloria, et après la communion le Saint-Sacrement est porté en procession au reposoir, où les fidèles veillent comme Jésus avait demandé aux siens de veiller à Gethsémani. L'autel est ensuite dépouillé : l'Église entre dans le deuil du Triduum. Voir Jeudi saint.

Au XIIIe siècle, ce trésor reçoit une fête propre : à la demande de sainte Julienne de Cornillon, le pape Urbain IV institue en 1264 la Fête-Dieu (Corpus Christi), et saint Thomas d'Aquin, qui rédige alors la Somme (IIIa, questions 73 à 83, traite de l'Eucharistie), compose pour son office la séquence Lauda Sion, dont le verset le plus célèbre chante : « Voici le pain des anges, devenu nourriture des voyageurs »[23].

Paroles qui portent

« J'ai désiré avec ardeur manger cette Pâque avec vous avant de souffrir. » (Lc 22, 15)

« Ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, il les aima jusqu'à la fin. » (Jn 13, 1)

« Ceci est mon Corps, qui va être donné pour vous ; faites ceci en mémoire de moi. Cette coupe est la nouvelle Alliance en mon Sang, qui va être versé pour vous. » (Lc 22, 19-20 ; 1 Co 11, 24-25)

« Je vous donne un commandement nouveau : aimez-vous les uns les autres ; comme je vous ai aimés, aimez-vous les uns les autres. » (Jn 13, 34)

Le débat historico-critique et ses limites

La difficulté : saint Jean et les Synoptiques

Le dossier est solide, mais il comporte une vraie difficulté, qu'il faut exposer honnêtement. Les Synoptiques présentent clairement la Cène comme un repas pascal : c'est « le premier jour des Azymes, où l'on devait immoler la Pâque » (Mc 14, 12). Or saint Jean écrit que le repas a lieu « avant la fête de la Pâque » (Jn 13, 1), que les Juifs refusent d'entrer dans le prétoire « pour pouvoir manger la Pâque » (Jn 18, 28), et que la condamnation survient « vers la sixième heure » du « jour de la Préparation de la Pâque » (Jn 19, 14). Si la Cène n'était pas un repas pascal, que faut-il en conclure ? Et si elle l'était, comment Jean peut-il placer la Pâque officielle le lendemain ?

Ce qu'une partie de l'exégèse contemporaine propose

Plusieurs réponses ont été proposées. Annie Jaubert, en 1957, a soutenu que Jésus suivait un calendrier solaire sacerdotal (attesté à Qumrân), où la Pâque tombait toujours un mardi : la Cène aurait eu lieu le mardi soir, l'arrestation dans la nuit, et la Passion se serait étirée jusqu'au vendredi[24]. D'autres, à l'inverse, tiennent le récit synoptique pour une mise en scène théologique tardive : Jésus aurait pris un simple repas d'adieu avec les siens, et la communauté primitive l'aurait ensuite « pascalisé » pour lui donner sens. Dans cette lecture, l'évangile de Jean, daté vers 90-100 voire au IIe siècle, conserverait le souvenir le plus sobre (un repas avant la fête), tandis que les paroles d'institution elles-mêmes seraient une formulation liturgique de l'Église des années 50, non les mots prononcés par Jésus.

Pourquoi ces reconstructions restent fragiles

D'abord, elles se heurtent à l'ancienneté du témoignage. La première lettre aux Corinthiens, écrite moins de vingt-cinq ans après les faits, transmet déjà les paroles d'institution avec leur cadre nocturne (« la nuit où il fut livré », 1 Co 11, 23) et leur ancrage pascal. Entre l'événement et Paul vivent encore la plupart des témoins, à Jérusalem même : une invention pure du cadre pascal aurait été invérifiable dans aucune communauté, et contredite dans plusieurs.

Ensuite, les quatre récits d'institution, issus de milieux différents (Antioche, Rome, la mission paulinienne, Éphèse), convergent sur le noyau : le pain identifié au Corps, la coupe au Sang, l'alliance nouvelle, l'ordre de mémoire. Une création liturgique tardive expliquerait mal cette stabilité du noyau jointe à la diversité des détails : c'est la signature d'un souvenir commun, non d'une légende uniformisée.

Puis vient le critère de l'embarras : aucune communauté inventant son repas fondateur n'y aurait placé la trahison de l'un des Douze, la fuite de tous et le reniement de son chef. Ces traits humiliants, conservés par tous les témoins, sentent le fait rapporté, non la légende dorée. De même, les paroles sur la chair à manger et le sang à boire (préparées en Jn 6, 60 : « Ce langage-là est trop fort ! Qui peut l'écouter ? ») ont scandalisé dès l'origine : on n'invente pas un scandale pour fonder une religion, on le transmet parce qu'on l'a reçu.

Enfin, saint Jean lui-même ancre son récit dans la Pâque d'un bout à l'autre : le repas a lieu dans la semaine de la fête (Jn 13, 1), Jésus meurt à l'heure où l'on immole les agneaux, et l'évangéliste souligne que ses jambes ne furent pas brisées, « afin que l'Écriture fût accomplie » sur l'agneau pascal dont aucun os ne doit être rompu (Jn 19, 36 ; cf. Ex 12, 46). Loin d'ignorer la Pâque, Jean présente Jésus comme l'Agneau véritable : les deux chronologies disent la même foi, l'une en racontant le repas, l'autre en contemplant la victime.

Benoît XVI, dans le chapitre de Jésus de Nazareth consacré à la Cène, conclut dans le même sens : la Cène fut bien une Pâque, célébrée par Jésus selon un rite qu'il a transformé de l'intérieur, y anticipant sa mort et son don[25]. La divergence apparente des calendriers (dont la thèse de Jaubert reste une hypothèse ingénieuse mais invérifiable, faute de preuve que Jésus suivait le calendrier de Qumrân) ne doit pas faire oublier l'essentiel : tous les témoins, sans exception, placent ce repas dans la Pâque, à la veille de la mort de Jésus, et lui attribuent les mêmes paroles fondatrices.

Reste la méthode. Quand une étude date le quatrième évangile très tard parce que sa théologie est haute, puis déclare son témoignage peu historique parce qu'il est tardif, le raisonnement tourne en cercle. Quand elle écarte par principe tout récit de don surnaturel, elle ne conclut pas d'après les textes, elle présuppose avant de les lire. Et quand elle reconstruit un « repas d'adieu ordinaire » à partir du seul silence de Jean sur les paroles d'institution, elle fait de l'argument du silence une preuve : or Jean tait aussi la plupart des paraboles, sans que personne en déduise qu'elles n'ont jamais été prononcées. Ces limites rappelées, le lecteur comprend pourquoi la lecture traditionnelle, celle d'un repas pascal authentique où Jésus a réellement prononcé les paroles qui fondent l'Eucharistie, reste pleinement défendable.

Pour aller plus loin

  • Les noces de Cana : le premier signe, où l'eau devient vin et annonce déjà l'Heure de la Cène.
  • L'Eucharistie : le sacrement institué ce soir-là, sa doctrine et sa célébration.
  • Judas a-t-il reçu la sainte communion à la Cène ? : la question débattue du traître à la table sainte.
  • La Cène de Léonard de Vinci : le tableau le plus célèbre du monde, son histoire et ce qu'il montre vraiment.
  • Jeudi saint : la fête liturgique qui rejoue chaque année le soir du Cénacle.
  • L'agonie de Jésus à Gethsémani : ce qui suit immédiatement la Cène, de l'autre côté du Cédron.
  • La Passion selon les quatre évangiles : le récit continu dont la Cène ouvre le premier chapitre.
  • La crucifixion de Jésus : le lendemain, l'offrande anticipée à la Cène s'accomplit sur la croix.

Notes et références

  1. Catéchisme de l'Église catholique, § 1338 (vatican.va) : « Les trois évangiles synoptiques et S. Paul nous ont transmis le récit de l'institution de l'Eucharistie ; de son côté, S. Jean rapporte les paroles de Jésus dans la synagogue de Capharnaüm, paroles qui préparent l'institution de l'Eucharistie : Le Christ se désigne comme le pain de vie, descendu du ciel (cf. Jn 6). »

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  2. Catéchisme de l'Église catholique, § 1328 (vatican.va) : « Les mots eucharistein (Lc 22, 19 ; 1 Co 11, 24) et eulogein (Mt 26, 26 ; Mc 14, 22) rappellent les bénédictions juives qui proclament, surtout pendant le repas, les œuvres de Dieu : la création, la rédemption et la sanctification. »

    2
  3. Catéchisme de l'Église catholique, § 1334 (vatican.va) : « La "coupe de bénédiction" (1 Co 10, 16), à la fin du repas pascal des juifs, ajoute à la joie festive du vin une dimension eschatologique, celle de l'attente messianique du rétablissement de Jérusalem. Jésus a institué son Eucharistie en donnant un sens nouveau et définitif à la bénédiction du pain et de la coupe. »

    3
  4. En mai 2014, le pape François a célébré la messe au Cénacle avec les ordinaires catholiques de Terre Sainte, lors de son pèlerinage en Terre Sainte (26 mai 2014).

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  5. Colin Humphreys et Graeme Waddington, « Dating the Crucifixion », revue Nature, décembre 1983 : par le calcul astronomique du 14 Nisan, la crucifixion un vendredi correspond au 3 avril 33 (l'autre vendredi possible étant le 7 avril 30).

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  6. Évangile selon saint Luc, 22, 15-16 : « J'ai désiré avec ardeur manger cette Pâque avec vous avant de souffrir ; car je vous le dis, je ne la mangerai jamais plus jusqu'à ce qu'elle s'accomplisse dans le Royaume de Dieu. »

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  7. Saint Augustin, Tractate 55 sur l'évangile de Jean (Jn 13, 1-5), texte anglais sur newadvent.org/fathers/1701055.htm : « Pascha (passover) is not, as some think, a Greek noun, but a Hebrew... in Hebrew, pascha means passover... And now that prophetic emblem is fulfilled in truth, when Christ is led as a sheep to the slaughter (Is 53, 7)... and a most salutary transit we make when we pass over from the devil to Christ. » En français : « Pâque n'est pas un mot grec, comme certains le croient, mais un mot hébreu : il signifie passage... Et voici que la figure prophétique s'accomplit en vérité, quand le Christ est mené comme une brebis à l'immolation... et nous faisons un passage salutaire quand nous passons du démon au Christ. »

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  8. Catéchisme de l'Église catholique, § 1339 (vatican.va), citant Lc 22, 7-20 : « "J'ai désiré avec ardeur manger cette pâque avec vous avant de souffrir ; car je vous le dis, je ne la mangerai jamais plus jusqu'à ce qu'elle s'accomplisse dans le Royaume de Dieu"... "Ceci est mon Corps, qui va être donné pour vous ; faites ceci en mémoire de moi." ... "Cette coupe est la nouvelle Alliance en mon Sang, qui va être versé pour vous." »

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  9. Catéchisme de l'Église catholique, § 1340 (vatican.va) : « En célébrant la dernière Cène avec ses apôtres au cours du repas pascal, Jésus a donné son sens définitif à la pâque juive. En effet, le passage de Jésus à son Père par sa mort et sa résurrection, la Pâque nouvelle, est anticipée dans la Cène et célébrée dans l'Eucharistie qui accomplit la pâque juive et anticipe la pâque finale de l'Église dans la gloire du Royaume. »

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  10. Saint Jean Chrysostome, Homélie 82 sur saint Matthieu (Mt 26, 26-28), texte anglais sur newadvent.org/fathers/200182.htm : « Why can it have been that He ordained this sacrament then, at the time of the passover ? That you might learn from everything, both that He is the lawgiver of the Old Testament, and that the things therein are foreshadowed because of these things. Therefore, I say, where the type is, there He puts the truth. » En français : « Pourquoi a-t-il institué ce sacrement au temps de la Pâque ? Pour que tu apprennes par tout qu'il est le législateur de l'Ancien Testament, et que les figures qu'il contient annonçaient ces réalités. Là où est la figure, là il pose la vérité. »

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  11. Catéchisme de l'Église catholique, § 1337 (vatican.va) : « Pour leur laisser un gage de cet amour, pour ne jamais s'éloigner des siens et pour les rendre participants de sa Pâque, il institua l'Eucharistie comme mémorial de sa mort et de sa résurrection, et il ordonna à ses apôtres de le célébrer jusqu'à son retour, "les établissant alors prêtres du Nouveau Testament" (Cc. Trente : DS 1740). »

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  12. Catéchisme de l'Église catholique, § 1335 (vatican.va) : « Le signe de l'eau changée en vin à Cana (cf. Jn 2, 11) annonce déjà l'Heure de la glorification de Jésus. Il manifeste l'accomplissement du repas des noces dans le Royaume du Père, où les fidèles boiront le vin nouveau (cf. Mc 14, 25) devenu le Sang du Christ. »

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  13. Catéchisme de l'Église catholique, § 1329 (vatican.va) : « Repas du Seigneur (cf. 1 Co 11, 20) parce qu'il s'agit de la Cène que le Seigneur a pris avec ses disciples la veille de sa passion et de l'anticipation du repas des noces de l'Agneau (cf. Ap 19, 9) dans la Jérusalem céleste. »

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  14. Didachè, 9-10 : actions de grâces sur la coupe puis sur le pain rompu, avec la règle « que nul ne mange ni ne boive de votre Eucharistie, sinon ceux qui ont été baptisés au nom du Seigneur ».

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  15. Saint Justin, I Apologie, 66 (vers 155) : description de la liturgie dominicale (lectures, prières, pain et coupe d'eau et de vin apportés au président, action de grâces, distribution par les diacres) ; « cet aliment est appelé chez nous Eucharistie », réservé à qui croit à l'enseignement reçu et a été lavé par le baptême.

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  16. Saint Irénée de Lyon, Contre les hérésies, IV, 18, 5, cité par le Catéchisme § 1327 (vatican.va) : « Notre manière de penser s'accorde avec l'Eucharistie, et l'Eucharistie en retour confirme notre manière de penser. »

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  17. Saint Jean Chrysostome, Homélie 82 sur saint Matthieu, même page : « But the evening is a sure sign of the fullness of times, and that the things were now come to the very end. And He gives thanks, to teach us how we ought to celebrate this sacrament, and to show that not unwillingly does He come to the passion. » En français : « Le soir est un signe assuré de la plénitude des temps. Et il rend grâces pour nous apprendre comment célébrer ce sacrement, et pour montrer que ce n'est pas malgré lui qu'il va à la Passion. »

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  18. Saint Jean Chrysostome, Homélie 82 sur saint Matthieu, même page : « Even partaking of the mysteries, he remained the same ; and admitted to the most holy table, he changed not... But Christ forbad him not, although He knew all things, that you might learn that He omits none of the things that pertain to correction. » En français : « Même en prenant part aux mystères, il resta le même ; admis à la table la plus sainte, il ne changea pas... Mais le Christ ne l'écarta pas, bien qu'il sût tout, pour que tu apprennes qu'il n'omet rien de ce qui regarde la correction. »

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  19. Catéchisme de l'Église catholique, § 1341 (vatican.va) : « Le commandement de Jésus de répéter ses gestes et ses paroles "jusqu'à ce qu'il vienne", ne demande pas seulement de se souvenir de Jésus et de ce qu'il a fait. Il vise la célébration liturgique, par les apôtres et leurs successeurs, du mémorial du Christ, de sa vie, de sa mort, de sa résurrection et de son intercession auprès du Père. »

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  20. Catéchisme de l'Église catholique, § 1343 (vatican.va) : « Depuis ces temps-là jusqu'à nos jours la célébration de l'Eucharistie s'est perpétuée, de sorte qu'aujourd'hui nous la rencontrons partout dans l'Église, avec la même structure fondamentale. Elle demeure le centre de la vie de l'Église. »

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  21. Saint Jean Chrysostome, Homélie 82 sur saint Matthieu, même page : « He that then did these things at that supper, this same now also works them... This table is the same as that, and has nothing less. » En français : « Celui qui fit alors ces choses à cette Cène, c'est le même qui les opère encore maintenant... Cette table est la même que celle-là, et elle n'a rien de moins. »

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  22. Saint Thomas d'Aquin, séquence Lauda Sion composée pour l'office de la Fête-Dieu (1264) : « Ecce panis Angelorum, factus cibus viatorum » (« Voici le pain des anges, devenu nourriture des voyageurs »). Sa Somme de théologie traite de l'Eucharistie dans la IIIa, questions 73 à 83.

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  23. Annie Jaubert, La Date de la Cène. Calendrier biblique et liturgie chrétienne, Paris, 1957 : thèse d'une Cène célébrée le mardi soir selon un calendrier sacerdotal solaire, dont Benoît XVI discute longuement les forces et les limites dans Jésus de Nazareth.

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  24. Benoît XVI, Jésus de Nazareth, deuxième partie, chapitre consacré à la Cène : la Cène fut une Pâque véritable, célébrée par Jésus selon un rite qu'il transforme de l'intérieur en y anticipant sa mort ; la divergence apparente entre Jean et les Synoptiques ne remet pas en cause ce cadre pascal unanime.

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