La messe chrismale

La messe chrismale est la messe où l'évêque, entouré des prêtres de son diocèse, consacre le saint chrême et bénit les huiles saintes, le matin du Jeudi saint. Le sens, les trois huiles, le renouvellement des promesses sacerdotales et l'unité du sacerdoce.

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La messe chrismale — on dit aussi messe du chrême (en latin Missa chrismatis) — est la messe au cours de laquelle l'évêque, entouré des prêtres de tout son diocèse, consacre le saint chrême et bénit l'huile des catéchumènes et l'huile des malades. Ces trois huiles serviront, pendant toute l'année, à célébrer le baptême, la confirmation, l'ordination, l'onction des malades et la consécration des autels et des églises.

Elle se célèbre traditionnellement le matin du Jeudi saint, dans l'église cathédrale, et ne peut avoir lieu qu'une seule fois par diocèse : tout le presbyterium est convié à concélébrer autour de son évêque. C'est pourquoi la messe chrismale est, plus qu'aucune autre, le signe visible de l'unité du sacerdoce — celui de l'évêque et celui de ses prêtres, l'un et l'autre participations à l'unique sacerdoce du Christ. Depuis la réforme de Paul VI (1970), elle comporte aussi le renouvellement des promesses sacerdotales.

Cette messe occupe une place singulière dans le cycle liturgique. Elle n'appartient pas encore au Triduum pascal, qui s'ouvre seulement le soir du Jeudi saint à la messe de la Cène : elle en est le seuil. Au matin de ce jour où l'Église fait mémoire de l'institution de l'Eucharistie et du sacerdoce, l'évêque prépare l'huile sainte par laquelle, toute l'année, l'Esprit marquera de son sceau les nouveaux baptisés, les confirmands, les prêtres et les mourants. Comprendre la messe chrismale, c'est donc saisir comment l'onction traverse toute la vie chrétienne.

Qu'est-ce que la messe chrismale ?

Avant l'histoire et la théologie, il faut fixer ce qu'est exactement cette célébration : son jour, son lieu, son caractère unique et la raison de son nom. Beaucoup de fidèles la confondent avec la messe du soir du Jeudi saint ; ce sont pourtant deux célébrations bien distinctes.

Une messe unique pour tout le diocèse

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La messe chrismale n'est pas une messe paroissiale parmi d'autres. Elle est, par nature, diocésaine : elle ne se célèbre qu'une seule fois dans chaque diocèse, parce qu'elle est liée à la personne de l'évêque et à la vie du diocèse tout entier. La lettre Paschalis Sollemnitatis, qui fixe en 1988 les règles de la Semaine sainte, est explicite :

« La célébration de cette messe ne peut être qu'unique, en raison de sa signification dans la vie du diocèse, et elle doit se faire dans l'église cathédrale ou, pour des raisons pastorales, dans une autre église, de préférence une église insigne. » — Congrégation pour le culte divin, Paschalis Sollemnitatis, § 36[1]

Le célébrant principal est donc toujours l'évêque diocésain. Lui seul peut consacrer le chrême ; lui seul rassemble autour de lui les prêtres venus des différentes régions du diocèse pour concélébrer. Là où un évêque dispose de plusieurs lieux, c'est l'unicité de la célébration qui prime : un seul autel, un seul chrême, pour toute l'Église locale.

Le jour : le matin du Jeudi saint

La messe chrismale se célèbre traditionnellement le Jeudi saint au matin. Ce choix n'est pas arbitraire : le Jeudi saint est le jour où l'Église fait mémoire de la dernière Cène, c'est-à-dire de l'institution conjointe de l'Eucharistie et du sacerdoce. Bénir les huiles ce jour-là, c'est les rattacher à la source même des sacrements.

Mais l'Église connaît les contraintes pastorales. Dans un grand diocèse, réunir tout le clergé et le peuple un jeudi matin peut être difficile. Le droit prévoit donc une souplesse :

« Traditionnellement, la messe chrismale se célèbre le jeudi de la Semaine sainte. Mais si ce jour-là on ne peut que difficilement réunir le clergé et le peuple autour de l'évêque, on peut anticiper cette messe à un autre jour, mais qui soit proche de Pâques. » — Congrégation pour le culte divin, Paschalis Sollemnitatis, § 35[2]

De fait, beaucoup de diocèses la célèbrent un autre jour de la Semaine sainte — souvent le mardi ou le mercredi saint — afin de permettre une large participation. L'essentiel demeure : les huiles doivent être prêtes pour la nuit de Pâques, car « on a besoin du nouveau chrême et de la nouvelle huile des catéchumènes pour célébrer les sacrements de l'initiation dans la nuit pascale »[3].

Sa place dans la Semaine sainte : le seuil du Triduum

C'est un point souvent mal compris. La messe chrismale n'appartient pas au Triduum pascal au sens strict. Le Triduum ne commence qu'au soir du Jeudi saint, avec la messe de la Cène du Seigneur (In Cena Domini), qui ouvre les trois jours saints jusqu'aux vêpres de Pâques. La messe chrismale, célébrée le matin, en est donc le dernier prélude : elle clôt en quelque sorte le Carême et prépare l'entrée dans les jours décisifs.

Cette distinction commande tout le reste. Le soir, à la messe de la Cène, on lit le lavement des pieds et l'institution de l'Eucharistie ; on dépouille les autels ; on entre dans la nuit de la Passion. Le matin, à la messe chrismale, on ne pleure pas encore : on bénit l'huile, on chante la joie du sacerdoce, on rend grâce pour les sacrements. Les deux célébrations, séparées de quelques heures, disent ensemble la richesse du Jeudi saint. Pour la vue d'ensemble de ce temps, on se reportera à l'année liturgique et au Triduum pascal.

Pourquoi « chrismale » ? Du chrême au nom de chrétien

Le nom de la messe vient de son acte central : la consécration du chrême. Le mot mérite qu'on s'y arrête, car il touche au cœur de l'identité chrétienne. « Chrême » vient du grec khrisma (χρῖσμα), qui signifie « ce qui sert à oindre », l'onction. De la même racine viennent Khristos (Χριστός), « l'Oint » — le Christ — et le mot khristianos, « chrétien », c'est-à-dire celui qui est marqué de l'onction du Christ. Le Catéchisme le dit avec netteté :

« L'onction du saint chrême, huile parfumée consacrée par l'évêque, signifie le don de l'Esprit Saint au nouveau baptisé. Il est devenu un chrétien, c'est-à-dire "oint" de l'Esprit Saint, incorporé au Christ, qui est oint prêtre, prophète et roi. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 1241[4]

Nommer cette messe « chrismale », ce n'est donc pas désigner un détail rituel : c'est dire qu'elle prépare l'huile par laquelle des hommes deviennent chrétiens, c'est-à-dire des « oints » à l'image de l'Oint par excellence.

Les trois huiles saintes

Le cœur matériel de la messe chrismale, ce sont trois huiles. Toutes trois ont pour base l'huile d'olive, signe biblique de force, de joie et de guérison ; mais elles diffèrent par leur composition, leur bénédiction et leur usage. La tradition latine les désigne par des sigles que l'on retrouve gravés sur les vases sacrés : OS ou OC pour l'huile des catéchumènes, OI pour l'huile des malades, SC pour le saint chrême[5].

Le tableau ci-dessous résume leurs différences. On notera la distinction fondamentale : les deux premières huiles sont bénies, tandis que le chrême est consacré — un acte plus solennel — et mêlé de baume parfumé.

HuileSigleCompositionBénie ou consacréeUsages principaux
Huile des catéchumènesOS / OChuile d'olivebénieonction avant le baptême ; préparation au combat spirituel
Huile des maladesOIhuile d'olivebéniesacrement de l'onction des malades
Saint chrêmeSChuile d'olive + baumeconsacréeconfirmation, baptême, ordination, consécration des autels et des églises

L'huile des catéchumènes

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L'huile des catéchumènes (en latin Oleum catechumenorum ou Oleum sanctorum, d'où le sigle OS, parfois noté OC) est de l'huile d'olive simplement bénie. Elle sert à oindre les catéchumènes avant le baptême et, dans le rite des petits enfants, à oindre la poitrine du nourrisson. Son sens est de fortification et de purification : le Catéchisme explique que « l'onction avant le Baptême avec l'huile des catéchumènes signifie purification et fortification »[6]. L'ancienne tradition y voyait une préparation au combat spirituel — comme l'athlète antique se frottait d'huile avant la lutte, le futur baptisé est oint pour affronter et renoncer aux puissances du mal[7].

L'huile des malades

L'huile des malades (Oleum infirmorum, sigle OI) est, elle aussi, de l'huile d'olive bénie. Elle est la matière du sacrement de l'onction des malades, par lequel l'Église confie au Seigneur souffrant et glorifié ceux qui sont gravement atteints, pour les relever et, s'il le faut, leur remettre leurs péchés. Sa racine scripturaire est l'épître de saint Jacques :

« Quelqu'un parmi vous est-il malade ? Qu'il appelle les presbytres de l'Église et qu'ils prient sur lui après l'avoir oint d'huile au nom du Seigneur. » — Épître de saint Jacques 5, 14[8]

Le Catéchisme résume : « l'onction des malades exprime la guérison et le réconfort »[9]. C'est la seule des trois huiles que, en cas de nécessité, un prêtre peut bénir lui-même au chevet du malade — mais la règle ordinaire reste la bénédiction par l'évêque à la messe chrismale.

Le saint chrême : huile et baume

Le saint chrême (Sacrum chrisma, sigle SC) est d'une autre nature. Il n'est pas seulement béni mais consacré, et il est composé d'huile d'olive mêlée de baume (ou baume aromatique), ce qui lui donne son parfum caractéristique. La Catholic Encyclopedia le définit comme « un mélange d'huile d'olive et de baume, béni par l'évêque d'une manière spéciale »[10]. C'est de loin la plus noble des trois huiles, et celle qui donne son nom à toute la célébration.

Le baume et la « bonne odeur du Christ »

Pourquoi ajouter du baume à l'huile ? La tradition y lit un riche symbolisme. L'huile, qui pénètre et fortifie, figure la grâce abondante répandue dans l'âme ; le baume, dont le parfum se diffuse et qui préserve de la corruption, figure la douceur de la vertu chrétienne et l'incorruptibilité de la vie de la grâce[11]. Le chrême dit ainsi, dans sa matière même, que le chrétien est appelé à répandre autour de lui une bonne odeur :

« Par la Confirmation, les chrétiens […] participent davantage à la mission de Jésus-Christ et à la plénitude de l'Esprit Saint dont Il est comblé, afin que toute leur vie dégage "la bonne odeur du Christ". » — Catéchisme de l'Église catholique, § 1294, citant 2 Co 2, 15[12]

Les usages du saint chrême

Le chrême est l'huile des consécrations. On l'emploie chaque fois qu'il s'agit de marquer durablement, du sceau de l'Esprit, une personne ou un lieu voué à Dieu. Ses usages sont nombreux :

  • au baptême, pour l'onction du sommet de la tête du nouveau baptisé ;
  • à la confirmation, pour l'onction du front qui imprime le sceau de l'Esprit Saint ;
  • à l'ordination, pour l'onction des mains du prêtre et de la tête de l'évêque[13] ;
  • à la dédicace des églises et des autels, ainsi que pour la consécration des calices, des patènes et des cloches[14].

Le Catéchisme rassemble cette triple onction sacramentelle : « L'onction du saint chrême après le Baptême, dans la Confirmation et dans l'Ordination, est le signe d'une consécration »[15]. C'est pourquoi le chrême consacré à la messe chrismale est ensuite réparti entre toutes les paroisses du diocèse, où il sera conservé, avec les deux autres huiles, dans un lieu digne du sanctuaire[16].

La consécration du chrême et la bénédiction des huiles

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Le moment le plus solennel de la messe chrismale est la consécration du chrême, qui se déroule après la communion (ou, selon une autre disposition, à la fin de la liturgie de la Parole). C'est un acte réservé à l'évêque et porteur d'une grande charge symbolique.

Le geste de l'évêque

Le Catéchisme situe précisément ce geste dans le temps liturgique et dans la vie du diocèse :

« C'est l'évêque qui, le Jeudi Saint, au cours de la Messe chrismale, consacre le saint chrême pour tout son diocèse. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 1297[17]

L'évêque verse d'abord le baume dans l'huile et mélange les deux, puis prononce la prière de consécration. Dans le rite latin actuel — fixé par l'Ordo benedicendi oleum catechumenorum et infirmorum et conficiendi chrisma publié à la suite du Missel de Paul VI[18] — la bénédiction de l'huile des malades intervient avant la fin de la prière eucharistique, tandis que la bénédiction de l'huile des catéchumènes et la consécration du chrême ont lieu après la communion.

Le souffle sur le chrême : un signe de l'Esprit

Un geste ancien et expressif accompagne la consécration : l'évêque souffle sur l'ouverture du vase de chrême. Ce souffle (halitus) évoque à la fois le souffle créateur de Dieu sur les eaux (Gn 1, 2) et le geste du Christ ressuscité soufflant sur ses Apôtres — « Recevez l'Esprit Saint » (Jn 20, 22). La consécration du chrême est en effet une épiclèse : une invocation de l'Esprit Saint sur l'huile, pour qu'elle devienne, par sa puissance, le signe efficace de l'onction divine. La liturgie d'Antioche, citée par le Catéchisme, exprime cette épiclèse avec une grande densité :

« [Père… envoie ton Esprit Saint] sur nous et sur cette huile qui est devant nous et consacre-la, afin qu'elle soit pour tous ceux qui en seront oints et marqués : myron saint, myron sacerdotal, myron royal, onction d'allégresse, le vêtement de la lumière, le manteau du salut, le don spirituel, la sanctification des âmes et des corps, le bonheur impérissable, le sceau indélébile, le bouclier de la foi et le casque terrible contre toutes les œuvres de l'Adversaire. » — Épiclèse de la consécration du saint chrême (liturgie d'Antioche), citée par le CEC § 1297[19]

Une provision pour toute l'année

Les huiles bénies et consacrées ce jour-là ne sont pas pour le seul Jeudi saint : elles constituent la provision de l'année. Les anciennes huiles sont brûlées — souvent dans la lampe du sanctuaire ou lors de la veillée pascale — et remplacées par les nouvelles. Cette obligation de renouveler chaque année les saintes huiles donne à la messe chrismale son rythme : elle est le point de départ annuel à partir duquel l'huile sainte irrigue tous les sacrements du diocèse, du baptistère au lit des mourants.

Le renouvellement des promesses sacerdotales

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Depuis la réforme de Paul VI (1970), la messe chrismale comporte un rite propre qui n'existait pas auparavant : le renouvellement des promesses sacerdotales. Il prend place après l'homélie, et fait de cette messe la grande fête annuelle du sacerdoce.

Les questions de l'évêque

L'évêque interroge solennellement les prêtres présents, qui répondent ensemble. Le dialogue, hérité du Pontifical romain, rappelle d'abord le lien du jour avec l'institution du sacerdoce :

« Fils très chers, en cet anniversaire du jour où le Christ fit partager son sacerdoce à chacun d'entre nous, voulez-vous, devant votre évêque et le peuple de Dieu, renouveler les engagements que vous avez pris ? » — L'évêque aux prêtres, renouvellement des promesses sacerdotales[20]

Les prêtres répondent : « Oui, je le veux. » Suivent deux autres questions : voulez-vous vivre toujours plus unis au Seigneur Jésus, en renonçant à vous-mêmes et en restant fidèles aux engagements de votre mission ? Voulez-vous, à la suite du Christ Tête et Pasteur, être les fidèles intendants des mystères de Dieu par la Parole, l'Eucharistie et les autres célébrations, en accomplissant ce ministère avec désintéressement et charité[21] ?

L'appel adressé au peuple

Le rite ne s'adresse pas qu'aux prêtres. L'évêque se tourne ensuite vers les fidèles et leur demande de prier pour leurs prêtres, afin que le Seigneur les comble de ses dons et les garde fidèles à leur ministère. Puis il demande de prier pour lui-même, évêque, afin qu'il soit rendu conforme à l'image du Christ Prêtre, Bon Pasteur, Maître et serviteur de tous. Ce double appel manifeste que le sacerdoce n'est pas une affaire privée du clergé : il est porté par tout le peuple de Dieu, dans une prière réciproque.

Le lien avec le Jeudi saint et l'institution du sacerdoce

Si ce renouvellement a été placé à la messe chrismale, c'est parce que le Jeudi saint est, par excellence, le jour du sacerdoce. À la dernière Cène, en instituant l'Eucharistie et en disant « Faites ceci en mémoire de moi » (Lc 22, 19), le Christ institue aussi le sacerdoce ministériel. Renouveler ses promesses ce jour-là, c'est pour chaque prêtre revenir à la source de sa vocation, en communion avec son évêque et ses frères. La messe chrismale devient ainsi l'anniversaire commun de toutes les ordinations du diocèse.

La manifestation de l'unité du sacerdoce

Au-delà des huiles, la messe chrismale porte une signification ecclésiologique majeure : elle donne à voir l'unité du sacerdoce. C'est sans doute son sens le plus profond, et celui que la liturgie souligne avec le plus d'insistance.

Le presbyterium autour de l'évêque

Le texte de référence est, ici encore, Paschalis Sollemnitatis, dont la formule est devenue classique :

« La messe chrismale, au cours de laquelle l'évêque, concélébrant avec son presbyterium, consacre le Saint-Chrême et bénit les autres huiles, est comme une manifestation de la communion des prêtres avec leur évêque dans l'unique sacerdoce et l'unique ministère du Christ. » — Congrégation pour le culte divin, Paschalis Sollemnitatis, § 35[22]

Le presbyterium, c'est l'ensemble des prêtres d'un diocèse, unis à leur évêque dont ils sont, selon le même document, « les témoins et les coopérateurs dans la confection du chrême, comme ils sont ses auxiliaires et ses conseillers dans le ministère quotidien »[23]. Une fois l'an, ce corps habituellement dispersé dans les paroisses se rassemble visiblement autour d'un seul autel : l'image est celle d'une famille sacerdotale réunie autour de son père.

Les fidèles aussi sont invités

L'unité manifestée n'est pas seulement cléricale. Paschalis Sollemnitatis insiste : « Les fidèles seront aussi instamment invités à participer à cette messe et à y recevoir le sacrement de l'Eucharistie »[24]. Là où la messe chrismale a longtemps été une cérémonie quasi confidentielle, réservée au clergé, la réforme a voulu en faire une fête du peuple de Dieu : le diocèse tout entier — évêque, prêtres, diacres, religieux, laïcs — y prend conscience de former un seul corps, irrigué par les mêmes sacrements.

Les lectures de la messe chrismale

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Comme tout temps fort du cycle liturgique, la messe chrismale possède des textes propres qui en révèlent le sens. Les trois lectures convergent vers un même thème : l'onction et le sacerdoce.

Isaïe 61 : « L'Esprit du Seigneur est sur moi »

La première lecture est le grand oracle d'Isaïe sur le messager consacré par l'onction :

« L'Esprit du Seigneur est sur moi parce que le Seigneur m'a consacré par l'onction. Il m'a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres […]. Et vous, vous serez appelés "prêtres du Seigneur", on vous nommera "ministres de notre Dieu". » — Livre d'Isaïe 61, 1.6[25]

Ce texte dit d'avance ce que la messe chrismale accomplit : une onction qui consacre et qui envoie. Il fait du Messie l'Oint par excellence, et de son peuple un peuple sacerdotal.

Luc 4 : Jésus se lève dans la synagogue

L'Évangile prolonge exactement la première lecture. À Nazareth, Jésus ouvre le rouleau d'Isaïe, lit ce même passage — « L'Esprit du Seigneur est sur moi » — puis le referme et déclare :

« Aujourd'hui s'accomplit ce passage de l'Écriture que vous venez d'entendre. » — Évangile selon saint Luc 4, 21[26]

L'onction prophétisée par Isaïe trouve donc en Jésus son accomplissement : c'est lui, l'Oint de l'Esprit, dont toute onction chrétienne dérive. La messe chrismale célèbre cette continuité, de l'onction du Christ à celle de chaque baptisé.

Apocalypse 1 : « un royaume et des prêtres »

La deuxième lecture, tirée de l'Apocalypse, étend le sacerdoce à tout le peuple racheté :

« À celui qui nous aime, qui nous a délivrés de nos péchés par son sang, qui a fait de nous un royaume et des prêtres pour Dieu son Père, à lui la gloire et la souveraineté pour les siècles des siècles. » — Apocalypse 1, 5-6[27]

Ainsi les trois textes dessinent ensemble la théologie de la messe chrismale : le Christ, Oint de l'Esprit (Isaïe, Luc), communique son onction à toute l'Église, qui devient peuple sacerdotal (Apocalypse), tandis que le sacerdoce ministériel des prêtres, renouvelé ce jour-là, est au service de ce sacerdoce commun.

Une histoire : de la bénédiction antique à la messe chrismale d'aujourd'hui

La forme actuelle de la messe chrismale — une messe matinale distincte, avec renouvellement des promesses — est récente : elle ne remonte qu'au XXᵉ siècle. Mais la pratique de bénir les huiles le Jeudi saint, elle, est très ancienne. Retracer cette histoire éclaire la célébration d'aujourd'hui.

Les origines antiques

Dès les premiers siècles, l'Église bénit des huiles pour ses sacrements. On en trouve la trace dans plusieurs documents majeurs : le Sacramentaire de Sérapion (IVᵉ siècle), les Constitutions apostoliques, ou encore le Testamentum Domini syriaque (Vᵉ-VIᵉ siècle)[28]. Les grands sacramentaires romains — le gélasien et le grégorien (VIᵉ-VIIᵉ siècle) — contiennent déjà les formules de bénédiction des huiles et de consécration du chrême au Jeudi saint[29]. La règle qui réserve cette consécration à l'évêque est, elle aussi, primitive : très tôt, les conciles (Constantinople en 381, Tolède) rappellent que seul l'évêque consacre le chrême[30].

La bénédiction au sein de la messe du Jeudi saint

Pendant des siècles, il n'existe pas de « messe chrismale » séparée. La bénédiction des huiles est insérée à l'intérieur de l'unique messe du Jeudi saint matin, célébrée par l'évêque dans sa cathédrale, assisté d'un nombreux clergé. Le Pontifical romain prévoyait que l'évêque fût entouré de douze prêtres, sept diacres et sept sous-diacres — les douze prêtres figurant les douze Apôtres autour du Christ[31]. C'est de cette forme ancienne, riche et solennelle, qu'est issue la célébration actuelle.

La réforme de Pie XII (1955) : une messe chrismale distincte

Le tournant décisif vient au milieu du XXᵉ siècle. Par le décret « Maxima Redemptionis nostrae mysteria » (16 novembre 1955) et l'Ordo Hebdomadae Sanctae instauratus (1956), Pie XII réforme en profondeur la Semaine sainte. La messe du Jeudi saint, qui avait lieu le matin, est reportée au soir (messe de la Cène). Pour ne pas perdre la bénédiction des huiles, on institue alors une messe chrismale propre, célébrée le matin, distincte de la messe du soir[32]. Pour la première fois, la consécration du chrême reçoit ainsi son propre formulaire de messe.

  1. IVᵉ-VIᵉ siècle
    Les premières bénédictions

    Sérapion, les Constitutions apostoliques et les sacramentaires gélasien et grégorien attestent la bénédiction des huiles et la consécration du chrême par l'évêque au Jeudi saint.

  2. Moyen Âge
    La bénédiction dans la messe du matin

    Le Pontifical romain insère la bénédiction des huiles dans l'unique messe du Jeudi saint matin ; l'évêque est entouré de douze prêtres, image des Apôtres.

  3. 1955
    Pie XII — « Maxima Redemptionis »

    La réforme de la Semaine sainte reporte la messe du Jeudi saint au soir et institue une messe chrismale propre, célébrée le matin et dotée de son formulaire.

  4. 1970
    Paul VI — le Missel romain

    La messe chrismale est révisée ; on y ajoute le renouvellement des promesses sacerdotales et l'invitation pressante aux fidèles d'y participer.

  5. 1988
    « Paschalis Sollemnitatis »

    La Congrégation pour le culte divin fixe les règles actuelles : unicité diocésaine, lieu cathédral, possibilité d'anticiper, sens de communion du presbyterium.

La réforme de Paul VI (1970) : le renouvellement des promesses

La réforme issue du concile Vatican II achève l'évolution. Le Missel romain de Paul VI (1970) révise la messe chrismale, lui donne ses lectures actuelles (Isaïe 61, Apocalypse 1, Luc 4) et y introduit deux nouveautés majeures : le renouvellement des promesses sacerdotales et l'invitation explicite faite aux fidèles d'y participer[33]. Le rite de bénédiction des huiles est lui-même refondu dans l'Ordo benedicendi oleum… et conficiendi chrisma (1970)[34]. La messe chrismale devient alors ce qu'elle est aujourd'hui : non plus une cérémonie technique de bénédiction d'huiles, mais une fête diocésaine du sacerdoce et des sacrements.

Le sens spirituel : le temps de l'onction

Au terme du parcours, il faut revenir à l'essentiel. Que vient dire la messe chrismale dans le cycle de l'année chrétienne ? Pourquoi l'Église a-t-elle voulu, chaque printemps, ce rassemblement autour de l'huile sainte ?

Sanctifier l'année par l'huile sainte

La réponse rejoint celle de toute l'année liturgique : sanctifier le temps. En consacrant chaque année, à date fixe, l'huile qui servira à tous les sacrements, l'Église inscrit l'onction du Christ dans le calendrier. De la messe chrismale partent, comme d'une source, tous les gestes d'onction de l'année : le front des confirmands, les mains des nouveaux prêtres, le corps des malades, la tête des nouveaux baptisés. Le chrême consacré au matin du Jeudi saint irrigue ainsi, douze mois durant, la vie sacramentelle d'un diocèse entier. La messe chrismale n'est pas une fête d'obligation — elle ne figure pas parmi les jours de précepte —, mais elle est l'un des sommets discrets du cycle, celui où l'on touche la matière même de la grâce.

Le Jeudi saint, jour de l'onction et du sacerdoce

Enfin, la messe chrismale dit quelque chose du Jeudi saint tout entier. Ce jour est celui de l'Eucharistie et du sacerdoce ; il est aussi, par la messe du matin, le jour de l'onction. Les deux se répondent : il n'y a pas de sacerdoce sans onction, ni d'onction qui ne tende à l'autel. Le matin, l'évêque consacre l'huile et les prêtres renouvellent leurs promesses ; le soir, à la messe de la Cène, le Christ lave les pieds et donne son Corps. De l'huile parfumée du matin à la nuit de la Passion, le Jeudi saint déploie ainsi tout le mystère du Christ Prêtre, qui s'est offert pour faire de son peuple, selon la parole de l'Apocalypse, « un royaume et des prêtres pour Dieu son Père »[35].

Pour aller plus loin

Cet article fait partie de la série d'Ignispedia sur le temps et le cycle liturgique. Pour replacer la messe chrismale dans l'ensemble du cycle et en approfondir le contexte :

Notes et références

  1. Congrégation pour le culte divin, Paschalis Sollemnitatis (16 janvier 1988), § 36 : « La célébration de cette messe ne peut être qu'unique, en raison de sa signification dans la vie du diocèse, et elle doit se faire dans l'église cathédrale ou, pour des raisons pastorales, dans une autre église, de préférence une église insigne. On peut faire dans les diverses paroisses du diocèse la réception des saintes huiles soit avant la célébration de la messe du soir en mémoire de la Cène du Seigneur, soit à un autre moment qui sera jugé plus opportun. »

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  2. Congrégation pour le culte divin, lettre circulaire Paschalis Sollemnitatis sur la préparation et la célébration des fêtes pascales (16 janvier 1988), § 35. Texte français : « La messe chrismale, au cours de laquelle l'évêque, concélébrant avec son presbyterium, consacre le Saint-Chrême et bénit les autres huiles, est comme une manifestation de la communion des prêtres avec leur évêque dans l'unique sacerdoce et l'unique ministère du Christ. […] Traditionnellement, la messe chrismale se célèbre le jeudi de la Semaine sainte. Mais si ce jour-là on ne peut que difficilement réunir le clergé et le peuple autour de l'évêque, on peut anticiper cette messe à un autre jour, mais qui soit proche de Pâques. On a besoin du nouveau chrême et de la nouvelle huile des catéchumènes pour célébrer les sacrements de l'initiation dans la nuit pascale. »

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  3. Catéchisme de l'Église catholique, § 1241 : « L'onction du saint chrême, huile parfumée consacrée par l'évêque, signifie le don de l'Esprit Saint au nouveau baptisé. Il est devenu un chrétien, c'est-à-dire "oint" de l'Esprit Saint, incorporé au Christ, qui est oint prêtre, prophète et roi. » (cf. Ordo baptismi parvulorum, n° 62). L'étymologie rattache khrisma (onction), Khristos (l'Oint) et khristianos (chrétien).

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  4. « Holy Oils », The Catholic Encyclopedia, vol. 7, Robert Appleton Company, New York, 1910 (newadvent.org) : « The consecration and benediction of the holy oils now take place on Holy Thursday at a very solemn ceremony reserved for the bishop », qui bénit l'huile des catéchumènes (préalable au baptême), l'huile des malades et consacre le chrême (mélange d'huile et de baume). L'article distingue les trois huiles et leurs sigles (OS/OC, OI, SC) et cite parmi les sources anciennes le Sacramentaire de Sérapion, les Constitutions apostoliques, le Testamentum Domini et les sacramentaires gélasien et grégorien.

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  5. Catéchisme de l'Église catholique, § 1294 : « L'onction avant le Baptême avec l'huile des catéchumènes signifie purification et fortification ; l'onction des malades exprime la guérison et le réconfort. L'onction du saint chrême après le Baptême, dans la Confirmation et dans l'Ordination, est le signe d'une consécration. Par la Confirmation, les chrétiens […] participent davantage à la mission de Jésus-Christ […] afin que toute leur vie dégage "la bonne odeur du Christ" (cf. 2 Co 2, 15). »

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  6. Épître de saint Jacques 5, 14-15, fondement scripturaire du sacrement de l'onction des malades : « Quelqu'un parmi vous est-il malade ? Qu'il appelle les presbytres de l'Église et qu'ils prient sur lui après l'avoir oint d'huile au nom du Seigneur. La prière de la foi sauvera le malade. » Cf. Catéchisme de l'Église catholique, § 1510-1513.

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  7. « Chrism », The Catholic Encyclopedia, vol. 3, Robert Appleton Company, New York, 1908 (newadvent.org). Le chrême y est défini comme « un mélange d'huile d'olive et de baume, béni par l'évêque » ; l'huile, « riche, diffusive et durable », figure l'effusion de la grâce, tandis que le baume « préserve de la corruption » et « figure la douceur de la vertu chrétienne ». L'article rappelle l'usage du chrême au baptême, à la confirmation, à l'ordination et à la consécration des églises, autels, calices et cloches, sa consécration par l'évêque à la grand-messe du Jeudi saint (assisté de douze prêtres, sept diacres et sept sous-diacres), et son attestation dans le sacramentaire grégorien et les conciles de Constantinople (381) et de Tolède.

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  8. Catéchisme de l'Église catholique, § 1574, sur les rites de l'ordination : « pour l'évêque et le prêtre l'onction du saint chrême, signe de l'onction spéciale du Saint-Esprit qui rend fécond leur ministère ».

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  9. Catéchisme de l'Église catholique, § 1183 : « Le saint chrême (myron), dont l'onction est le signe sacramentel du sceau du don de l'Esprit Saint est traditionnellement conservé et vénéré dans un lieu sûr du sanctuaire. On peut y joindre l'huile des catéchumènes et celle des malades. »

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  10. Catéchisme de l'Église catholique, § 1297 : « Un moment important qui précède la célébration de la Confirmation, mais qui, d'une certaine façon, en fait partie, est la consécration du saint chrême. C'est l'évêque qui, le Jeudi Saint, au cours de la Messe chrismale, consacre le saint chrême pour tout son diocèse. » Le paragraphe cite ensuite l'épiclèse de consécration du saint chrême (myron) selon la liturgie d'Antioche.

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  11. Ordo benedicendi oleum catechumenorum et infirmorum et conficiendi chrisma (« Ordre pour bénir l'huile des catéchumènes et des malades et confectionner le chrême »), promulgué par la Congrégation pour le culte divin le 3 décembre 1970 à la suite du Missel romain de Paul VI. Ce livre liturgique régit le déroulement actuel de la bénédiction des huiles et de la consécration du chrême à la messe chrismale.

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  12. Renouvellement des promesses sacerdotales à la messe chrismale, d'après le Pontifical romain / Missel romain (rite introduit par Paul VI en 1970). Texte français : « Fils très chers, en cet anniversaire du jour où le Christ fit partager son sacerdoce à chacun d'entre nous, voulez-vous, devant votre évêque et le peuple de Dieu, renouveler les engagements que vous avez pris ? », suivi des questions sur l'union au Seigneur Jésus et sur la fidélité à être « les fidèles intendants des mystères de Dieu » par la Parole, l'Eucharistie et les célébrations liturgiques. L'évêque demande ensuite au peuple de prier pour ses prêtres et pour lui-même.

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  13. Livre d'Isaïe 61, 1-3a.6a.8b-9, première lecture de la messe chrismale dans le Missel romain : « L'Esprit du Seigneur est sur moi parce que le Seigneur m'a consacré par l'onction. Il m'a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres […]. Et vous, vous serez appelés "prêtres du Seigneur", on vous nommera "ministres de notre Dieu". »

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  14. Évangile selon saint Luc 4, 16-21, évangile de la messe chrismale : à Nazareth, Jésus lit le rouleau d'Isaïe (Is 61, 1-2) puis déclare : « Aujourd'hui s'accomplit ce passage de l'Écriture que vous venez d'entendre » (Lc 4, 21).

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  15. Apocalypse de saint Jean 1, 5-8, deuxième lecture de la messe chrismale : « À celui qui nous aime, qui nous a délivrés de nos péchés par son sang, qui a fait de nous un royaume et des prêtres pour Dieu son Père, à lui la gloire et la souveraineté pour les siècles des siècles. »

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  16. Pie XII, décret de la Sacrée Congrégation des Rites Maxima Redemptionis nostrae mysteria (16 novembre 1955) et Ordo Hebdomadae Sanctae instauratus (editio typica 1956). La réforme de la Semaine sainte reporte la messe du Jeudi saint au soir (messe in Cena Domini) et institue, pour la bénédiction des huiles et la consécration du chrême, une messe chrismale propre célébrée le matin du Jeudi saint, distincte de la messe du soir.

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  17. Paul VI, Missale Romanum, editio typica (1970), à la suite du concile Vatican II (Sacrosanctum Concilium, 1963). La messe chrismale y reçoit son formulaire actuel — lectures d'Isaïe 61, de l'Apocalypse 1 et de Luc 4 — et le rite nouveau du renouvellement des promesses sacerdotales, ainsi que l'invitation faite aux fidèles d'y participer (cf. Paschalis Sollemnitatis, § 35).

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