Le livre d'Isaïe

Le premier des grands prophètes : soixante-six chapitres reçus de l'Église, l'Emmanuel, le Serviteur souffrant, le rouleau de Qumrân vieux de deux mille ans et la réponse à l'hypothèse des deux Isaïe.

Ignispedia

Le livre d'Isaïe est, dans la Bible reçue par l'Église, le premier des grands prophètes et le plus long des livres prophétiques : soixante-six chapitres qui vont du règne d'Ozias à l'annonce des cieux nouveaux, de la vocation du prophète au Temple de Jérusalem vers 740 av. J.-C. jusqu'à la promesse d'un salut offert à toutes les nations. Aucun autre livre de l'Ancien Testament n'est autant cité par le Nouveau : l'Emmanuel né d'une vierge, le Prince de la paix, le Serviteur souffrant qui porte nos péchés, la voix qui crie dans le désert, l'Esprit du Seigneur sur le messager de la bonne nouvelle. Saint Jérôme, qui lui a consacré le plus long de ses commentaires, y voit moins un prophète qu'un évangéliste, tant chaque page semble déjà raconter le Christ[1].

Son nom est déjà tout son message : Yeshayahou, le Seigneur est salut, et le salut qu'il annonce dépasse tout ce que Jérusalem assiégée par les Assyriens pouvait imaginer. Le grand rouleau retrouvé à Qumrân en 1947, copié au IIe siècle av. J.-C. et long de plus de sept mètres, prouve que ce livre existait déjà, fixé dans son unité, deux siècles avant l'ère chrétienne[2]. La tradition juive affirme qu'Ézéchias et son collège l'ont mis par écrit, l'Église le lit chaque année à l'Avent, à Noël et pendant la Semaine sainte, et la Commission biblique pontificale a défendu en 1908 qu'on ne peut en refuser la paternité à Isaïe lui-même[3].

Cet article présente d'abord le livre tel que l'Église le reçoit : sa place dans le canon, son auteur traditionnel et ses témoins anciens, puis son plan, sa théologie, son accomplissement dans le Christ et sa présence dans la liturgie. La vie du prophète n'est rappelée que brièvement, car elle fait l'objet de l'article Isaïe ; enfin, une section dédiée expose loyalement ce que propose l'exégèse historico-critique moderne, et les limites de ses reconstructions.

Le livre d'Isaïe dans le canon des Écritures

La place du livre dans les deux canons

Dans le canon hébraïque, le livre appartient aux Prophètes postérieurs (Nevi'im Aharonim), où il ouvre la série des grands prophètes avant Jérémie et Ézéchiel, suivis du recueil des douze petits prophètes[4]. Dans le canon chrétien fixé par le concile de Trente à sa quatrième session, le 8 avril 1546, il devient le premier des grands prophètes, devant Jérémie, Ézéchiel et Daniel, et cette primauté n'est pas un simple rang de classement : elle dit la place qu'Isaïe tient dans la mémoire de l'Église, celle du prophète le plus lu, le plus chanté et le plus cité[5]. Les soixante-six chapitres se lisent d'un seul tenant dans toutes les Bibles catholiques, sans aucune coupure éditoriale entre la première et la seconde partie, et la liturgie passe librement de l'une à l'autre comme d'un seul livre.

Le deuxième livre des Chroniques montre déjà le prophète à l'œuvre comme annaliste officiel de la cour : Isaïe a rédigé les actes du roi Ozias et consigné ceux d'Ézéchias, ce qui fait de lui un témoin direct de l'histoire qu'il raconte, et non un commentateur lointain[6]. Et quand le concile de Trente reçoit les livres saints, il les reçoit entiers, avec toutes leurs parties, sans trier entre les chapitres : c'est ce tout indivisé, tel que l'Église le lisait depuis quinze siècles, qu'il déclare sacré et canonique[7].

« Ces livres eux-mêmes, entiers avec toutes leurs parties, tels qu'on a coutume de les lire dans l'Église catholique et qu'ils se trouvent dans l'antique édition de la Vulgate latine, doivent être tenus pour sacrés et canoniques. » — Concile de Trente, IVe session, 8 avril 1546[8] Le Siracide, vers 180 av. J.-C., le célèbre parmi les grands ancêtres, preuve que le livre était déjà reçu comme Écriture deux siècles avant l'ère chrétienne[9].

Le prophète le plus cité du Nouveau Testament

Aucun livre prophétique ne traverse le Nouveau Testament comme celui d'Isaïe : on y relève plus de quatre-vingts citations ou allusions directes, de Matthieu à l'Apocalypse, et plusieurs discours décisifs des apôtres sont tissés de ses versets[10]. Le tableau ci-dessous rassemble les passages les plus structurants, ceux sans lesquels la prédication apostolique perdrait ses fondements scripturaires.

Passage d'IsaïeReprise dans le Nouveau TestamentCe que la reprise établit
Is 7, 14, l'Emmanuel né de la viergeMt 1, 22-23La conception virginale de Jésus accomplie comme il était écrit
Is 9, 5, l'enfant Prince de paixLiturgie de Noël, Lc 2L'enfant de Bethléem reconnu comme le Dieu fort annoncé
Is 11, 1-10, le rejeton de JesséRm 15, 12Le rameau espéré identifié au Christ qui rassemble les nations
Is 40, 3, la voix dans le désertMc 1, 3 et parallèlesJean-Baptiste présenté comme le précurseur annoncé par Isaïe
Is 53, le Serviteur souffrantAc 8, 32-33 ; 1 P 2, 22-25La Passion lue comme l'expiation annoncée, l'eunuque baptisé sur ce texte
Is 61, 1-2, l'onction du messagerLc 4, 17-21Jésus à Nazareth déclare la prophétie accomplie en sa personne
Is 6, 9-10, l'endurcissementJn 12, 39-41 ; Ac 28, 25-27Le refus d'Israël expliqué par la parole adressée à Isaïe lui-même

Le témoin le plus décisif pour l'unité du livre se trouve dans le douzième chapitre de saint Jean : l'évangéliste cite d'abord le Serviteur souffrant (Is 53, 1), puis la vision inaugurale (Is 6, 10), et il attribue les deux passages au même Isaïe, ajoutant qu'Isaïe a vu la gloire du Christ et parlé de lui[11]. Un auteur du premier siècle, inspiré selon la foi catholique, traite donc les deux moitiés du livre comme la parole d'un seul prophète, et cette lecture apostolique pèse plus lourd que toutes les reconstructions postérieures.

L'auteur et la datation reçus par l'Église

Isaïe fils d'Amots, sous quatre rois de Juda

Le livre s'ouvre sur sa propre carte d'identité : vision d'Isaïe, fils d'Amots, au sujet de Juda et de Jérusalem, au temps d'Ozias, de Jotham, d'Achaz et d'Ézéchias, rois de Juda[12]. Le père du prophète, Amots, n'a rien à voir avec Amos le berger de Teqoa : la ressemblance des noms en grec et en latin a causé des confusions que saint Jérôme corrige expressément[13]. Une tradition juive conservée par le Talmud fait d'Isaïe un homme de la cour, apparenté à la maison royale, ce qui expliquerait son accès direct aux rois et la haute culture que trahissent ses écrits[14]. Il épouse une femme qu'il appelle la prophétesse, et ses deux fils portent des noms-programmes : Shear-Yashoub, un reste reviendra, et Maher-Shalal-Hash-Baz, vite au pillage, prompt au butin[15]. Le détail de sa vie, de sa vocation au Temple à la tradition de son martyre sous Manassé, est raconté dans l'article Isaïe et n'est pas redoublé ici.

La chronologie reçue : de 740 à la fin d'Ézéchias

Le ministère d'Isaïe couvre près d'un demi-siècle, depuis la dernière année d'Ozias jusqu'aux dernières années d'Ézéchias, et le cadre chronologique ci-dessous suit l'esquisse reçue, établie en croisant les synchronismes des livres des Rois avec les annales assyriennes[16].

Année reçueRoi de JudaÉvénement qui date la prophétie
740Mort d'OziasLa vocation d'Isaïe au Temple, Is 6
735AchazGuerre syro-éphraïmite, siège de Jérusalem, signe de l'Emmanuel, Is 7
732AchazChute de Damas devant Teglath-Phalasar, fin de la coalition, Is 7, 16
722ÉzéchiasChute de Samarie, déportation du Nord, Is 9 à 10
713ÉzéchiasMaladie et guérison du roi, cantique d'Ézéchias, Is 38
711ÉzéchiasPrise d'Azotos par Sargon, signe du prophète marchant dévêtu, Is 20
701ÉzéchiasCampagne de Sennachérib, siège de Jérusalem, délivrance, Is 36 à 37
Après 698ManasséTradition du martyre du prophète scié, 2 R 21, 16

La vocation elle-même est datée par le texte : l'année de la mort du roi Ozias, soit 740, Isaïe voit le Seigneur siégeant sur un trône très élevé, entouré de séraphins qui proclament la louange reprise chaque jour à la messe[17].

« Saint, saint, saint, le Seigneur de l'univers ! Toute la terre est remplie de sa gloire. » — Les séraphins, Is 6, 3[18]

L'année 701 constitue le second ancrage historique du livre : l'armée de Sennachérib ravage Juda, prend Lakish et assiège Jérusalem, puis lève le camp après la prière d'Ézéchias et l'intervention de l'ange, et les propres annales du roi assyrien, gravées sur le prisme conservé au British Museum, confirment le siège et le tribut imposé à Ézéchias, tout en passant sous silence la déroute, comme le font toujours les bulletins de victoire[19].

Ézéchias et son collège ont mis le livre par écrit

Le traité Baba Batra du Talmud de Babylone attribue la mise par écrit du livre à Ézéchias et son collège : ils auraient recueilli Isaïe, les Proverbes, le Cantique et l'Ecclésiaste[20]. Cette notice éclaire le fonctionnement du livre : un prophète de cour, entouré de disciples et de scribes royaux, dont la parole est conservée par l'entourage même du roi pieux qui en fut le bénéficiaire. Le livre des Proverbes confirme d'ailleurs la méthode, puisqu'il précise que ses dernières sections ont été transcrites par les gens d'Ézéchias[21]. Loin d'affaiblir la paternité d'Isaïe, la tradition juive la précise : le prophète parle, le collège royal écrit, et l'Église reçoit l'ensemble comme Parole de Dieu.

Les témoins anciens du livre

Ben Sira connaît déjà le prophète et son livre

Vers 180 av. J.-C., Ben Sira consacre au prophète un éloge appuyé dans son panégyre des ancêtres : il rappelle que Dieu a sauvé Jérusalem des Assyriens par Isaïe, qu'Ézéchias a marché sur les voies de David selon l'ordre du grand prophète, et que le soleil a reculé en ses jours pour prolonger la vie du roi[22]. Surtout, il décrit Isaïe comme celui qui a vu l'avenir lointain et consolé les affligés de Sion, ce qui suppose un livre déjà lu comme prophétie, et non comme simple chronique du passé[23].

« Car Ézéchias fit ce qui plaît au Seigneur et marcha avec courage dans la voie de David son père, comme l'avait ordonné Isaïe, le prophète grand et fidèle dans sa vision. En ses jours le soleil recula, et il prolongea la vie du roi. Par un esprit puissant il vit la fin des temps, et il consola les affligés de Sion. » — Ben Sira, Si 48, 22-24[24]

Un témoin juif du IIe siècle av. J.-C. reçoit donc déjà le livre comme l'œuvre du prophète du VIIIe siècle, avec son contenu d'annonce et de consolation : c'est la plus ancienne attestation externe de la paternité traditionnelle.

Qumrân : le livre déjà copié avant l'ère chrétienne

En 1947, des bédouins découvrent dans une grotte près de la mer Morte les sept premiers manuscrits de Qumrân, dont un rouleau complet du livre d'Isaïe, coté 1QIsa-a[25]. Le rouleau mesure plus de sept mètres de long, compte cinquante-quatre colonnes sur dix-sept feuilles de parchemin, et les analyses paléographiques puis physiques le datent du IIe siècle av. J.-C., soit deux siècles avant l'ère chrétienne[26]. Un second exemplaire plus fragmentaire, 1QIsa-b, gisait dans la même grotte, et d'autres fragments ont été retrouvés dans la grotte 4 : le livre comptait parmi les plus copiés de la communauté, signe de l'autorité qu'on lui reconnaissait déjà[27].

Le fait décisif est que le rouleau présente le livre d'un seul tenant, sans coupure éditoriale entre les chapitres 39 et 40 : deux siècles avant le Christ, les scribes juifs copiaient déjà Isaïe comme un seul livre, et aucun manuscrit antique ne conserve la trace d'une circulation séparée des prétendues parties[28]. La comparaison avec le texte massorétique médiéval montre par ailleurs une fidélité de transmission remarquable sur un millénaire, ce qui ruine l'idée d'un texte longtemps flottant et recomposé[29].

La Septante, Josèphe et le Targum

Au IIe siècle av. J.-C., le livre est traduit en grec à Alexandrie dans le cadre de la Septante, et cette version ancienne le transmet déjà dans son unité, avec ses soixante-six chapitres[30]. Vers 93-94 ap. J.-C., Flavius Josèphe rapporte que Cyrus, après la prise de Babylone, lut la prophétie d'Isaïe qui le nommait et l'appelait à rebâtir le Temple, et qu'il autorisa pour cette raison le retour des exilés : que l'anecdote soit prise au pied de la lettre ou comme le récit juif de l'édit de 538, elle prouve que le judaïsme du premier siècle lisait Is 44 à 45 comme une prophétie authentique antérieure aux événements[31]. La paraphrase araméenne du Targum Jonathan, attribuée à Jonathan ben Uzziel, transmet elle aussi le livre entier comme parole du prophète[32].

Le Nouveau Testament, les Pères et Jérôme

Le Nouveau Testament ne se contente pas de citer le livre : il le cite comme Isaïe. Saint Paul attribue au prophète aussi bien le Serviteur que les oracles de la fin du livre, saint Pierre lit la Passion dans le Serviteur, et saint Jean, on l'a vu, soude les deux moitiés sous un seul nom[33]. Les Pères suivent : Eusèbe de Césarée, Cyrille d'Alexandrie et Théodoret de Cyr commentent le livre entier comme l'œuvre du prophète, sans jamais soupçonner une pluralité d'auteurs[34]. Saint Jérôme lui consacre, vers 408-410, un commentaire en dix-huit livres, le plus long de toute son œuvre exégétique, et sa préface porte la formule restée célèbre : Isaïe est moins un prophète qu'un évangéliste[35]. Sa Vulgate latine fixe le livre pour tout l'Occident chrétien, et le Moyen Âge le lira dans cette version, glosé, prêché et chanté à l'office.

  1. Vers 740-681 av. J.-C.
    Le ministère du prophète
    Is 1, 1

    Isaïe parle à Jérusalem sous quatre rois, d'Ozias à Ézéchias ; Ézéchias et son collège recueillent sa parole.

  2. Vers 180 av. J.-C.
    Ben Sira célèbre Isaïe
    Si 48

    Le Siracide loue le prophète et son livre déjà reçu comme Écriture.

  3. IIe siècle av. J.-C.
    Qumrân et la Septante
    1QIsa-a

    Le grand rouleau copie le livre d'un seul tenant ; Alexandrie le traduit en grec.

  4. Vers 93-94 ap. J.-C.
    Josèphe et Cyrus
    Antiquités XI

    Le judaïsme du premier siècle lit l'oracle sur Cyrus comme une prophétie authentique.

  5. Ier siècle ap. J.-C.
    Le Nouveau Testament cite Isaïe
    Jn 12

    Apôtres et évangélistes attribuent toutes les parties au même prophète.

  6. Vers 408-410 ap. J.-C.
    Jérôme commente tout le livre
    Vulgate

    Dix-huit livres de commentaire : Isaïe l'évangéliste fixe l'Occident.

  7. 8 avril 1546
    Trente fixe le canon
    IVe session

    Le livre est reçu premier des grands prophètes, entier et inspiré.

  8. 29 juin 1908
    La Commission biblique répond
    De libro Isaiae

    Rome défend qu'on refuse à Isaïe la paternité de l'ensemble du livre.

Plan du livre d'Isaïe

Une architecture reçue en trois massifs

Le livre se divise naturellement en trois grands massifs que la tradition lit d'un seul tenant : les chapitres 1 à 39, dominés par le jugement de Juda et des nations au temps des rois assyriens ; les chapitres 40 à 55, appelés depuis le XIXe siècle livre de la consolation, où Dieu console son peuple et annonce Cyrus ; les chapitres 56 à 66, qui préparent le retour, la reconstruction et les cieux nouveaux[36]. Les chapitres 36 à 39 forment la charnière narrative : le récit du siège de 701 et de la guérison d'Ézéchias, repris presque mot pour mot des livres des Rois, ancre la prophétie dans l'histoire vérifiable avant que l'horizon ne s'élargisse[37].

Le jugement de Juda et des nations (chapitres 1 à 39)

La première partie s'ouvre sur un procès : le ciel et la terre sont pris à témoin contre un peuple rebelle, et le livre entier répondra à cette accusation par l'annonce du salut[38]. Les chapitres 1 à 12 alternent menaces et promesses autour de la crise syro-éphraïmite : c'est là que se trouvent le signe de l'Emmanuel et l'annonce du Prince de la paix. Les chapitres 13 à 23 prononcent des oracles contre les nations, de Babylone à Tyr, et les chapitres 24 à 27 déploient une apocalypse où Dieu juge la terre entière et prépare le festin des nations sur Sion[39]. Les chapitres 28 à 35 dénoncent les alliances égyptiennes et annoncent la chute de l'Assyrien, avant que la narration des chapitres 36 à 39 ne montre l'accomplissement : Jérusalem délivrée, Ézéchias guéri, mais déjà menacé par l'ambassade babylonienne qui préfigure l'Exil[40].

SectionChapitresContenu dominant
Procès et promesses1 à 12Juda accusé, Emmanuel, Prince de paix, rejeton de Jessé
Oracles contre les nations13 à 23Babylone, Moab, Damas, Égypte, Tyr jugés tour à tour
Apocalypse d'Isaïe24 à 27Jugement de la terre, mort vaincue, festin sur Sion
Malheurs et délivrance28 à 35Alliance égyptienne condamnée, chute de l'Assyrien
Charnière historique36 à 39Siège de 701, guérison d'Ézéchias, ombre de Babylone

La consolation et Cyrus (chapitres 40 à 55)

Consolez, consolez mon peuple : le second massif s'ouvre sur l'ordre donné par Dieu, et son ton change du tout au tout, car l'horizon n'est plus le siège assyrien mais la fin de l'Exil[41].

« Consolez, consolez mon peuple, dit votre Dieu, parlez au cœur de Jérusalem et proclamez que son service est accompli, que son crime est expié. » — L'ordre de la consolation, Is 40, 1-2[42] Le prophète annonce un nouvel Exode à travers le désert, la chute des idoles incapables de prédire l'avenir, et surtout un libérateur nommé par son nom : Cyrus, le berger et l'oint du Seigneur, appelé cent cinquante ans avant l'édit de 538[43].

« Ainsi parle le Seigneur à Cyrus son oint, que j'ai saisi par la main droite pour abaisser devant lui les nations. Je marcherai devant toi, j'aplanirai les hauteurs, je briserai les portes de bronze. » — Le Seigneur à Cyrus, Is 45, 1-2[44]

C'est aussi dans ce massif que se trouvent les quatre cantiques du Serviteur : le Serviteur établi en alliance des nations (Is 42), ramenant Jacob et lumière des païens (Is 49), instruit et frappé sans résister (Is 50), enfin méprisé, transpercé pour nos péchés et justifiant les multitudes (Is 52 à 53)[45]. L'Église y reconnaît le Christ souffrant, et l'eunuque éthiopien s'y convertit sur place.

La restauration et les cieux nouveaux (chapitres 56 à 66)

Le troisième massif prépare le retour et la reconstruction : appel à la justice concrète, condamnation des jeûnes hypocrites, promesse que les étrangers et les eunuques auront leur place dans la maison de prière[46]. Le chapitre 61, que Jésus lira à Nazareth, envoie le messager oint porter la bonne nouvelle aux pauvres et proclamer l'année de grâce, et les derniers chapitres déploient la vision finale : des cieux nouveaux et une terre nouvelle, Jérusalem recréée dans l'allégresse, et les nations montant adorer le Seigneur[47]. Le livre s'achève comme il avait commencé : sur le jugement des rebelles, mais désormais encadré par une promesse universelle que l'Apocalypse reprendra pour décrire la Jérusalem céleste[48].

La théologie du livre d'Isaïe

Le Saint d'Israël qui habite la hauteur et le cœur broyé

Le nom que le livre donne le plus souvent à Dieu est le Saint d'Israël, répété vingt-six fois, et il dit tout : un Dieu séparé, terrible dans la vision du Temple, devant qui les séraphins se voilent, et pourtant proche, qui a choisi Sion pour demeure[49]. Le paradoxe se résout dans l'un des versets les plus cités par la tradition spirituelle : Dieu habite la hauteur et le lieu saint, mais aussi avec l'homme au cœur broyé et humilié, pour ranimer les humiliés et les cœurs broyés[50].

« Je demeure dans la hauteur et dans le lieu saint, et aussi avec l'homme au cœur broyé et humilié, pour ranimer l'esprit des humiliés et ranimer le cœur des broyés. » — Le Seigneur, Is 57, 15[51]

Cette double demeure fonde toute la morale du livre : le culte sans justice est une abomination, le jeûne qui plaît à Dieu est de détacher les chaînes, et le sabbat gardé ouvre à la joie du Seigneur[52]. Isaïe est le prophète de la transcendance qui s'abaisse, et l'Église y lira d'avance le mystère de l'Emmanuel.

Le reste qui reviendra

Dès le nom du premier fils du prophète, Shear-Yashoub, un reste reviendra, le livre martèle sa loi de l'histoire : Dieu frappe, déporte et purifie, mais il garde toujours un reste par qui tout recommence[53]. Après le jugement, un rejeton sortira de la souche de Jessé ; après l'Exil, les rachetés reviendront à Sion ; après la désolation, la postérité du Serviteur verra la lumière[54]. Le Catéchisme reprend explicitement ce thème : le reste des pauvres qui revient de l'Exil est l'une des figures les plus transparentes de l'Église[55]. C'est la théologie de l'espérance contre toute apparence : Dieu ne sauve jamais une masse, il préserve un germe, et le germe suffit.

Sion, le Serviteur et l'Esprit

Trois figures portent l'annonce. Sion d'abord : la montagne du Temple, foulée par les armées, deviendra la montagne vers qui afflueront toutes les nations pour apprendre les voies du Seigneur, et de Sion sortira la Loi[56]. Le Serviteur ensuite, figure mystérieuse qui grandit de cantique en cantique : élu discret qui n'écrase pas le roseau froissé, puis rejeton méprisé qui porte nos souffrances et justifie les multitudes par sa connaissance[57]. L'Esprit enfin, qui repose sur le rejeton de Jessé avec ses sept dons, sagesse, intelligence, conseil, force, science, piété et crainte, et que la tradition comptera comme la charte des dons du Saint-Esprit[58].

Le jugement et le salut des nations

Isaïe est le premier à ouvrir si largement l'horizon : le salut préparé à Jérusalem est destiné à toutes les nations, et les oracles contre les peuples païens eux-mêmes s'achèvent souvent en promesse[59]. L'Égypte et l'Assyrie, les deux oppresseurs historiques, seront un jour bénis avec Israël, et le festin préparé sur Sion rassasiera tous les peuples, car Dieu détruira la mort pour toujours et essuiera les larmes de tous les visages[60]. Saint Paul citera ces oracles pour justifier sa mission vers les païens, et l'Église missionnaire y reconnaît sa charte : le Dieu d'Israël est le Dieu de tous, et Jérusalem est la capitale promise d'une humanité réconciliée.

L'accomplissement chrétien

L'Emmanuel né de la vierge

Tout commence dans l'angoisse du siège de 735 : Achaz refuse de demander un signe, et Dieu lui en impose un : la jeune femme concevra et enfantera un fils qu'elle appellera Emmanuel, Dieu avec nous[61]. La Septante traduit par parthenos, vierge, et saint Matthieu applique l'oracle à la conception de Jésus en Marie, en soulignant que tout cela arriva pour que s'accomplît la parole du prophète[62]. L'objection tirée de l'hébreu alma, jeune fille plutôt que vierge au sens strict, ne tient pas devant la lecture que l'Église reçoit des apôtres eux-mêmes : c'est le Nouveau Testament, inspiré, qui fixe le sens plénier, et la virginité de Marie accomplit le signe au-delà de ce que le VIIIe siècle pouvait en porter[63].

« Voici que la vierge concevra et enfantera un fils, et on l'appellera de son nom Emmanuel, ce qui veut dire Dieu avec nous. » — Saint Matthieu, Mt 1, 23[64]

Le Prince de la paix et le rejeton de Jessé

Au cœur de la nuit assyrienne, le livre promet un enfant qui portera la souveraineté sur son épaule, appelé Conseiller merveilleux, Dieu fort, Père pour toujours, Prince de la paix, et dont le règne sans fin reposera sur le trône de David[65]. La liturgie de Noël proclame cet oracle à la messe de la nuit, et aucun titre ne dit mieux la foi de l'Église : l'enfant de la crèche est le Dieu fort lui-même. De la souche coupée de Jessé sort ensuite un rejeton sur qui repose l'Esprit aux sept dons, qui jugera les pauvres avec justice et fera habiter ensemble le loup et l'agneau : saint Paul y voit le Christ qui rassemble Juifs et païens dans une même espérance[66].

Le Serviteur souffrant porte nos péchés

Le sommet du livre est le quatrième cantique : un Serviteur méprisé et abandonné des hommes, transpercé à cause de nos crimes et écrasé à cause de nos fautes, qui offre sa vie en sacrifice d'expiation et justifie les multitudes[67]. Le diacre Philippe, rejoignant le char de l'eunuque éthiopien qui lisait ce passage sans le comprendre, lui annonce Jésus à partir de cette Écriture, et l'eunuque demande le baptême sur le chemin[68]. Saint Pierre reprend le cantique pour expliquer aux esclaves chrétiens le sens de la souffrance offerte, et la liturgie du Vendredi saint en fait la première lecture de la célébration de la Passion : l'Église ne connaît pas de texte plus précis pour dire ce que le Christ a fait pour nous.

« Il était méprisé, abandonné de tous, homme de douleurs, familier de la souffrance. Pourtant c'étaient nos souffrances qu'il portait et nos douleurs dont il s'était chargé. Transpercé à cause de nos crimes, écrasé à cause de nos fautes, le châtiment qui nous rend la paix est sur lui, et dans ses blessures nous trouvons la guérison. » — Le quatrième cantique du Serviteur, Is 52, 14 à 53, 5[69]

Le messager de Nazareth et la voix du désert

Le livre prépare aussi l'entourage du Messie : une voix crie dans le désert de préparer le chemin du Seigneur, et les quatre évangélistes reconnaissent Jean-Baptiste[70]. À Nazareth, Jésus déroule le rouleau à la synagogue, lit l'oracle du messager oint pour porter la bonne nouvelle aux pauvres, puis déclare : aujourd'hui cette Écriture est accomplie pour vous qui l'entendez[71]. Enfin, les derniers chapitres annoncent des cieux nouveaux que saint Pierre attend et que l'Apocalypse décrit, et le chapitre 6, relu par saint Jean, révèle que le prophète avait vu d'avance la gloire du Christ[72]. D'un bout à l'autre, le livre marche vers Jésus, et Jésus marche dans le livre.

Le livre d'Isaïe dans la liturgie de l'Église

L'Avent et Noël : le temps d'Isaïe par excellence

Aucun livre ne marque l'Avent comme celui d'Isaïe : pendant quatre semaines, les lectures quotidiennes puisent presque chaque jour dans ses oracles, depuis la montée des nations vers Sion jusqu'à la promesse du germe juste[73]. Le deuxième dimanche, Jean-Baptiste crie dans le désert avec les mots d'Is 40 ; le troisième, l'Église exulte avec Is 61 ; le quatrième, l'Emmanuel d'Is 7 annonce la nativité. À Noël, la messe de la nuit proclame l'enfant Prince de paix d'Is 9, et la messe du jour chante les beaux pieds du messager sur les montagnes d'Is 52[74].

« Car un enfant nous est né, un fils nous a été donné, et la souveraineté reposera sur son épaule. On l'appellera Conseiller merveilleux, Dieu fort, Père pour toujours, Prince de la paix. » — L'annonce du Prince de paix, Is 9, 5[75] Un catholique qui suit le lectionnaire entend ainsi chaque année l'essentiel du livre sans jamais l'ouvrir : c'est la pédagogie de l'Église, qui fait entrer la prophétie par l'oreille avant de la confier à l'intelligence.

Temps liturgiqueLecture d'IsaïeCe que l'Église y célèbre
Avent, 2e dimancheIs 40, la voix dans le désertJean-Baptiste précurseur
Avent, 4e dimancheIs 7, l'EmmanuelL'annonce faite à Joseph et à Marie
Noël, messe de la nuitIs 9, l'enfant Prince de paixLa nativité du Dieu fort
Noël, messe du jourIs 52, le messager sur les montagnesLa bonne nouvelle proclamée au monde
Baptême du SeigneurIs 42, le Serviteur éluL'Esprit qui descend sur Jésus
Vendredi saintIs 52 à 53, le Serviteur souffrantLa Passion comme expiation annoncée
Vigile pascaleIs 54 et 55, l'alliance et l'eauLe baptême des catéchumènes

La Semaine sainte, la Vigile et l'office

Le Vendredi saint, la célébration de la Passion s'ouvre sur le quatrième cantique lu en entier : l'Église veut que le récit de la croix soit entendu à travers la prophétie qui l'avait chantée sept siècles plus tôt[76]. À la Vigile pascale, après la chute racontée par la Genèse et l'Exode, deux lectures d'Isaïe annoncent l'alliance éternelle et l'eau offerte aux assoiffés, en prélude immédiate aux baptêmes de la nuit[77]. Le Baptême du Seigneur proclame le premier cantique du Serviteur au moment où l'Esprit descend sur Jésus, et tout au long de l'année l'office des lectures du temps de l'Avent parcourt le livre en continu[78]. Le Martyrologe romain honore le prophète lui-même au 6 juillet[79]. Ainsi la liturgie traite le livre exactement comme l'exégèse traditionnelle : une seule parole, du VIIIe siècle à Pâques, qui ne cesse de s'accomplir.

Ce que propose l'exégèse moderne, et ses limites

L'hypothèse des deux ou trois Isaïe

Depuis la fin du XVIIIe siècle, une partie de l'exégèse contemporaine propose de partager le livre entre plusieurs auteurs : un premier Isaïe de Jérusalem au VIIIe siècle pour les chapitres 1 à 39, un second Isaïe exilé à Babylone au VIe siècle pour les chapitres 40 à 55, et parfois un troisième pour les chapitres 56 à 66[80]. L'idée, suggérée par Eichhorn puis Döderlein, a été popularisée par Bernhard Duhm dans son commentaire de 1892, qui a aussi isolé les cantiques du Serviteur comme des pièces indépendantes[81]. Les arguments avancés sont connus : le point de vue apparemment exilique des chapitres 40 à 55, la différence de style et de vocabulaire entre les parties, l'avance théologique du second massif, et surtout Cyrus nommé en Is 44 et 45, ce qu'un homme du VIIIe siècle n'aurait pu écrire[82]. L'exposé est loyal : ces remarques littéraires décrivent de vraies différences de ton, et un lecteur catholique doit les connaître pour ne pas les découvrir par surprise.

Les présupposés et les limites de la reconstruction

Reste à examiner sur quoi repose la reconstruction. D'abord, un présupposé anti-prophétique : on tient pour impossible par principe qu'un homme du VIIIe siècle nomme un libérateur du VIe siècle, et la datation tardive est alors présupposée, non démontrée[83]. Ensuite, une méthode circulaire : les morceaux sont découpés selon des critères stylistiques, datés selon une théorie de l'évolution religieuse d'Israël, puis invoqués comme preuve de cette évolution[84]. Enfin, l'argument du silence : parce que les chapitres 40 à 55 ne parlent ni d'Achaz ni de Sennachérib, on conclut que leur auteur ignorait le VIIIe siècle, alors qu'un prophète consolant des exilés n'avait aucune raison de raconter le siège de 701[85]. Benoît XVI a mis en garde contre ces lectures qui réduisent le texte à des strates et perdent de vue l'unité que la foi y reconnaît[86].

Ce que le texte lui-même objecte

Le dossier traditionnel n'est pas un simple appel à l'autorité : il s'appuie sur des faits. Aucun manuscrit antique ne sépare les parties, et Qumrân copie le livre d'un seul tenant deux siècles avant le Christ[87]. Ben Sira connaît déjà le prophète consolateur vers 180[88]. Le Nouveau Testament attribue toutes les parties au même Isaïe, y compris saint Jean qui soude les chapitres 6 et 53[89]. Les liens de langue entre les deux moitiés, relevés jusque par la Catholic Encyclopedia, montrent une même main ou une même école très resserrée, et les chapitres contestés portent la couleur du VIIIe siècle dans leurs institutions et leur géographie[90]. Surtout, l'objection de fond demeure : si Dieu peut annoncer Cyrus par son nom, il n'y a aucune impossibilité à ce qu'Isaïe l'ait fait, et la foi en l'inspiration rend cette lecture non seulement possible, mais la plus simple[91].

La réponse de Rome en 1908

Interrogée sur l'unité et l'auteur du livre, la Commission biblique pontificale a répondu le 29 juin 1908 qu'on ne peut refuser à Isaïe la paternité de l'ensemble du livre, tout en laissant aux exégètes l'étude des questions de détail[92]. Cette décision n'interdit pas la recherche : elle interdit de traiter une hypothèse comme un verdict, et elle rappelle que vingt siècles de réception juive, apostolique, patristique et liturgique pèsent plus lourd qu'une reconstruction. Le concile Vatican II, dans Dei Verbum, enseigne que les livres de l'Ancien Testament, inspirés, conservent une valeur impérissable et préparent l'Évangile : Isaïe en est la démonstration la plus éclatante[93]. Une partie de l'exégèse contemporaine propose donc une division du livre : soit, qu'elle apporte ses preuves, et que la Tradition apporte les siennes. À ce procès loyal, la Tradition ne craint pas de comparaître.

Pour aller plus loin

Le prophète lui-même est présenté dans l'article Isaïe, et le cadre général dans L'Ancien Testament : les 46 livres reçus par l'Église. Pour la Loi de Moïse : la Genèse, l'Exode, le Lévitique, les Nombres, le Deutéronome. Pour l'histoire de Juda et de l'Exil : Josué, les Juges, Samuel, les Rois, les Chroniques, Esdras, Néhémie, Ruth, Tobie, Judith, Esther, les Maccabées. Pour la sagesse et la prière : les Proverbes, l'Ecclésiaste, la Sagesse, le Siracide, les douze petits prophètes.

Notes et références

  1. Saint Jérôme, préface du Commentaire sur Isaïe, vers 408 : Isaïe moins prophète qu'évangéliste ; dix-huit livres, le plus long de ses commentaires. Patrologia Latina 24.

    1 35
  2. Grand rouleau d'Isaïe (1QIsa-a) : 7,34 m sur 26 cm, 54 colonnes, 17 feuilles ; copie du IIe siècle av. J.-C. (vers 125 av. J.-C.).

    2 26
  3. Commission biblique pontificale, réponse De libro Isaiae indole et auctore, 29 juin 1908 : on ne peut refuser à Isaïe la paternité de l'ensemble du livre. Enchiridion Biblicum.

    3 92
  4. Le canon hébraïque range Isaïe en tête des Prophètes postérieurs, avant Jérémie et Ézéchiel. Cf. Talmud de Babylone, Baba Batra 14b, sur l'ordre des Prophètes.

    4
  5. Concile de Trente, IVe session, décret De Canonicis Scripturis, 8 avril 1546 : Isaïe reçu premier des grands prophètes, entier avec toutes ses parties.

    5
  6. Deuxième livre des Chroniques, 26, 22 et 32, 32 : Isaïe a écrit les actes d'Ozias et les actes d'Ézéchias. Traduction liturgique.

    6
  7. Concile de Trente, IVe session, 8 avril 1546 : les livres reçus entiers avec toutes leurs parties, tenus pour sacrés et canoniques. Texte original latin : libros ipsos integros cum omnibus suis partibus.

    7 8
  8. Ben Sira, Si 48, 22-28 : éloge d'Isaïe, vers 180 av. J.-C. Traduction liturgique.

    9 22 88
  9. Plus de quatre-vingts citations ou allusions à Isaïe dans le Nouveau Testament, de Mt 1 à Ap 22. D'après la Catholic Encyclopedia, article Isaias, sur newadvent.org.

    10
  10. Évangile selon saint Jean, 12, 38-41 : Is 53, 1 puis Is 6, 10 attribués au même Isaïe, qui a vu la gloire du Christ. Traduction liturgique.

    11 89
  11. Livre d'Isaïe, 1, 1 : la carte d'identité du livre, quatre rois de Juda. Traduction liturgique.

    12
  12. Saint Jérôme, préface du Commentaire sur Amos : Amots père d'Isaïe n'a rien à voir avec Amos de Teqoa. Patrologia Latina 25.

    13
  13. Talmud de Babylone, Megillah 10b et Sotah 10b : tradition d'une parenté du prophète avec la maison royale. À recevoir comme tradition, non comme dogme.

    14
  14. Livre d'Isaïe, 7, 3 et 8, 1-4 : Shear-Yashoub et Maher-Shalal-Hash-Baz, fils aux noms-programmes. Traduction liturgique.

    15
  15. Chronologie reçue croisant 2 R 15 à 21 avec les annales assyriennes : 740 vocation, 735 Emmanuel, 722 Samarie, 701 délivrance. D'après la Catholic Encyclopedia, article Isaias, sur newadvent.org.

    16
  16. Livre d'Isaïe, 6, 1-8 : la vocation l'année de la mort d'Ozias, la braise sur les lèvres, l'envoi. Traduction liturgique.

    17
  17. Livre d'Isaïe, 6, 3 : le triple Sanctus des séraphins, repris au ordinaire de la messe. Traduction liturgique AELF, sur aelf.org.

    18
  18. Prisme de Sennachérib (prisme Taylor, British Museum) : campagne de 701, siège de Jérusalem, tribut d'Ézéchias, silence sur la déroute. Cf. 2 R 19, 35 et Is 37, 36.

    19
  19. Talmud de Babylone, Baba Batra 15a : Ézéchias et son collège ont mis par écrit Isaïe, les Proverbes, le Cantique et l'Ecclésiaste.

    20
  20. Livre des Proverbes, 25, 1 : les maximes de Salomon transcrites par les gens d'Ézéchias. Traduction liturgique.

    21
  21. Ben Sira, Si 48, 24-25 : Isaïe a vu la fin des temps et consolé les affligés de Sion. Traduction liturgique.

    23
  22. Ben Sira, Si 48, 22-24 : Ézéchias, le soleil reculé, la vision de la fin. Traduction liturgique AELF, sur aelf.org.

    24
  23. Grotte 1 de Qumrân, 1947 : sept premiers rouleaux dont 1QIsa-a, aujourd'hui au Sanctuaire du Livre à Jérusalem.

    25
  24. 1QIsa-b fragmentaire dans la même grotte, fragments de la grotte 4 : Isaïe parmi les livres les plus copiés à Qumrân.

    27
  25. 1QIsa-a copie le livre d'un seul tenant, sans coupure éditoriale entre les chapitres 39 et 40 ; aucun manuscrit antique ne fait circuler les parties séparément.

    28 87
  26. Comparaison 1QIsa-a et texte massorétique : fidélité remarquable sur un millénaire de copie, variantes mineures sauf cas célèbres.

    29
  27. Septante : Isaïe traduit en grec à Alexandrie au IIe siècle av. J.-C., transmis entier en soixante-six chapitres.

    30
  28. Flavius Josèphe, Antiquités juives, XI, i, 1-2 : Cyrus lit la prophétie d'Isaïe qui le nomme et autorise le retour. Trad. J. A. C. Buchon, Paris.

    31
  29. Targum Jonathan sur les Prophètes, attribué à Jonathan ben Uzziel (Ier siècle selon la tradition) : paraphrase araméenne transmettant Isaïe entier.

    32
  30. Rm 10, 16 (Is 53, 1) et Rm 10, 20 (Is 65, 1) ; 1 P 2, 22-25 (Is 53) ; Ac 8, 32-33 : le Nouveau Testament cite toutes les parties comme Isaïe. Traduction liturgique.

    33
  31. Eusèbe de Césarée, Cyrille d'Alexandrie, Théodoret de Cyr : commentaires suivis d'Isaïe entier comme œuvre du prophète. Patrologia Graeca 22-24, 70-71, 80-81.

    34
  32. Division reçue 1-39, 40-55, 56-66 : jugement, consolation, restauration. D'après la Catholic Encyclopedia, article Isaias, sur newadvent.org.

    36
  33. Is 36 à 39, parallèle à 2 R 18 à 20 : siège de 701 et guérison d'Ézéchias, charnière narrative du livre.

    37
  34. Livre d'Isaïe, 1, 2 : le ciel et la terre pris à témoin contre le peuple rebelle. Traduction liturgique.

    38
  35. Is 13 à 23, oracles contre les nations ; Is 24 à 27, l'apocalypse et le festin sur Sion. Traduction liturgique.

    39
  36. Is 36 à 37 : la prière d'Ézéchias et la délivrance de Jérusalem en 701. Traduction liturgique.

    40
  37. Livre d'Isaïe, 40, 1 : consolez, consolez mon peuple. Traduction liturgique.

    41
  38. Livre d'Isaïe, 40, 1-2 : consolez mon peuple, le service accompli, le crime expié. Traduction liturgique AELF, sur aelf.org.

    42
  39. Livre d'Isaïe, 44, 28 et 45, 1 : Cyrus berger et oint du Seigneur, nommé avant l'édit de 538. Traduction liturgique.

    43
  40. Livre d'Isaïe, 45, 1-2 : l'onction de Cyrus pour abaisser les nations. Traduction liturgique AELF, sur aelf.org.

    44
  41. Les quatre cantiques : Is 42, 1-9 ; Is 49, 1-13 ; Is 50, 4-11 ; Is 52, 13 à 53, 12. Traduction liturgique.

    45
  42. Livre d'Isaïe, 56, 1-8 : justice concrète, étrangers et eunuques accueillis dans la maison de prière. Traduction liturgique.

    46
  43. Livre d'Isaïe, 65, 17 et 66, 22 : cieux nouveaux et terre nouvelle, repris en 2 P 3, 13 et Ap 21. Traduction liturgique.

    47
  44. Livre d'Isaïe, 66, 18-24 : les nations rassemblées et le jugement des rebelles, clôture du livre. Traduction liturgique.

    48
  45. Le Saint d'Israël, vingt-six fois dans le livre, dès Is 1, 4. Traduction liturgique.

    49
  46. Livre d'Isaïe, 57, 15 : la double demeure, la hauteur et le cœur broyé. Traduction liturgique.

    50
  47. Livre d'Isaïe, 57, 15 : Dieu avec l'homme au cœur broyé. Traduction liturgique AELF, sur aelf.org.

    51
  48. Livre d'Isaïe, 58 : le jeûne qui détache les chaînes et le sabbat qui ouvre la joie. Traduction liturgique.

    52
  49. Livre d'Isaïe, 10, 20-23 : le reste reviendra vers le Dieu fort. Traduction liturgique.

    53
  50. Livre d'Isaïe, 11, 1-10 : le rejeton de Jessé et la paix des bêtes, cité en Rm 15, 12. Traduction liturgique.

    54 66
  51. Catéchisme de l'Église catholique, § 710 : le reste des pauvres revenu de l'Exil, figure transparente de l'Église. Éditions du Vatican.

    55
  52. Livre d'Isaïe, 2, 2-4 : les nations affluant vers Sion, les épées forgées en socs. Traduction liturgique.

    56
  53. Is 42, 1-4, le roseau froissé ; Is 53, la justification des multitudes. Traduction liturgique.

    57
  54. Livre d'Isaïe, 11, 2-3 : les sept dons reposant sur le rejeton de Jessé. Traduction liturgique.

    58
  55. Livre d'Isaïe, 19, 23-25 : l'Égypte et l'Assyrie bénies avec Israël. Traduction liturgique.

    59
  56. Livre d'Isaïe, 25, 6-8 : le festin sur Sion, la mort détruite, les larmes essuyées. Traduction liturgique.

    60
  57. Livre d'Isaïe, 7, 14 : le signe de l'Emmanuel, Dieu avec nous. Traduction liturgique.

    61
  58. Évangile selon saint Matthieu, 1, 22-23 : l'accomplissement en Marie. Traduction liturgique.

    62
  59. Hébreu alma, Septante parthenos : c'est le Nouveau Testament inspiré qui fixe le sens plénier de l'oracle. Cf. Mt 1, 23.

    63
  60. Évangile selon saint Matthieu, 1, 23 : Emmanuel, Dieu avec nous. Traduction liturgique AELF, sur aelf.org.

    64
  61. Livre d'Isaïe, 9, 5 : l'enfant Prince de paix, proclamé à la messe de la nuit de Noël. Traduction liturgique.

    65
  62. Livre d'Isaïe, 52, 13 à 53, 12 : le quatrième cantique, première lecture du Vendredi saint. Traduction liturgique.

    67
  63. Actes des Apôtres, 8, 26-39 : Philippe et l'eunuque éthiopien sur Is 53, baptême sur le chemin. Traduction liturgique.

    68
  64. Livre d'Isaïe, 52, 14 à 53, 5 : le Serviteur transpercé pour nos crimes. Traduction liturgique AELF, sur aelf.org.

    69
  65. Livre d'Isaïe, 40, 3 : la voix dans le désert, appliquée à Jean-Baptiste en Mc 1, 3. Traduction liturgique.

    70
  66. Évangile selon saint Luc, 4, 17-21 : Jésus à Nazareth sur Is 61, 1-2, l'Écriture accomplie aujourd'hui. Traduction liturgique.

    71
  67. Évangile selon saint Jean, 12, 41 : Isaïe a vu la gloire du Christ et parlé de lui. Traduction liturgique.

    72
  68. Lectionnaire romain, temps de l'Avent : lectures quasi quotidiennes d'Isaïe, office des lectures en continu.

    73
  69. Missel romain, Noël : Is 9 à la messe de la nuit, Is 52 à la messe du jour ; Is 42 au Baptême du Seigneur.

    74
  70. Livre d'Isaïe, 9, 5 : l'enfant Prince de paix, proclamé à la messe de la nuit de Noël. Traduction liturgique AELF, sur aelf.org.

    75
  71. Vendredi saint, célébration de la Passion : première lecture Is 52, 13 à 53, 12. Missel romain.

    76
  72. Vigile pascale : lectures Is 54 et Is 55, l'alliance éternelle et l'eau offerte aux assoiffés. Missel romain.

    77
  73. Liturgie des Heures, office des lectures du temps de l'Avent : parcours continu du livre d'Isaïe.

    78
  74. Martyrologium Romanum : saint Isaïe prophète honoré au 6 juillet, scié sous Manassé selon la tradition.

    79
  75. Hypothèse des deux ou trois Isaïe : VIIIe siècle, exilique, postexilique. Exposé loyal d'après la Catholic Encyclopedia, article Isaias, sur newadvent.org.

    80
  76. Bernhard Duhm, Das Buch Jesaia, Göttingen, 1892 : distinction des cantiques du Serviteur et popularisation de l'hypothèse d'un second Isaïe exilique. Ouvrage fondateur de la critique moderne sur ce livre.

    81
  77. Point de vue apparemment exilique des chapitres 40 à 55, différence de style et de vocabulaire, avance théologique, Cyrus nommé en Is 44, 28 et 45, 1. Exposé loyal d'après la Catholic Encyclopedia, article Isaias, sur newadvent.org.

    82
  78. Le raisonnement tient pour impossible par principe la prédiction nominative à cent cinquante ans : la datation tardive est alors présupposée, non démontrée. Critique reprise par Benoît XVI, Verbum Domini, 30 septembre 2010, § 35, sur les lectures qui réduisent le texte à des strates.

    83
  79. Les morceaux sont découpés selon des critères stylistiques, datés selon une théorie de l'évolution religieuse, puis invoqués comme preuve de cette évolution. Le silence d'un oracle de consolation sur Achaz ne prouve pas l'ignorance de son époque.

    84
  80. Un prophète consolant des exilés n'avait aucune raison de raconter le siège de 701 : l'argument du silence ne prouve pas l'ignorance de l'époque royale.

    85
  81. Benoît XVI, exhortation Verbum Domini, 30 septembre 2010, § 35 : mise en garde contre les lectures qui perdent l'unité des Écritures. Texte sur vatican.va.

    86
  82. Noms, procédures, géographie et théologie des chapitres contestés : liens de vocabulaire relevés entre les deux moitiés, idées et langue des chapitres 24 à 27 soutenant l'attribution traditionnelle. D'après la Catholic Encyclopedia, article Isaias, sur newadvent.org.

    90
  83. Si Dieu annonce Cyrus par son nom, Isaïe a pu l'écrire : la foi en l'inspiration rend cette lecture la plus simple. Cf. Is 44, 28 à 45, 1.

    91
  84. Concile Vatican II, constitution Dei Verbum, 18 novembre 1965, § 14 : l'Ancien Testament inspiré prépare l'Évangile et garde une valeur impérissable. Texte sur vatican.va.

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