Le livre de Daniel

Le livre de Daniel dans la Bible : place dans le canon, auteur et datation traditionnels, texte en hébreu, araméen et grec, plan des récits et des visions, Fils d'homme, soixante-dix semaines, résurrection et débat historico-critique.

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Le livre de Daniel est, dans la Bible reçue par l'Église, le livre de l'exil qui voit le plus loin : écrit à Babylone entre 605 et 536 avant Jésus-Christ selon la datation traditionnelle, il raconte la fidélité d'un jeune déporté et de ses compagnons sous Nabuchodonosor, Belschatsar, Darius et Cyrus, puis déploie les plus vastes visions de tout l'Ancien Testament sur la succession des empires, la venue du Fils d'homme sur les nuées, les soixante-dix semaines jusqu'au Messie et la résurrection des morts. Il compte douze chapitres en hébreu et en araméen, auxquels la Septante puis l'Église ajoutent trois passages grecs : Suzanne, le Cantique des trois enfants et Bel et le Dragon. Jésus lui-même l'appelle le prophète Daniel et fait de sa vision du Fils d'homme le titre qu'il se donne le plus souvent dans les évangiles[1].

Son originalité tient à son bilinguisme, unique avec Esdras : l'hébreu encadre l'ouvrage pendant que l'araméen, langue de la chancellerie impériale, en occupe tout le centre. Les grottes de Qumrân en ont livré huit copies antérieures à l'ère chrétienne[2]. L'Église chante chaque dimanche aux Laudes le Cantique des trois enfants tiré de son chapitre 3, lit ses visions aux fêtes du Christ Roi et de la fin des temps, et le concile de Trente l'a reçu en entier avec toutes ses parties[3].

L'article présente d'abord le livre tel que l'Église le reçoit : sa place dans le canon, son auteur et sa datation traditionnels, son texte en trois langues, ses témoins anciens, puis son plan détaillé, sa théologie, son accomplissement dans le Christ, sa présence dans la liturgie et la Tradition, et enfin le débat avec l'exégèse historico-critique moderne. La vie du prophète lui-même est traitée dans l'article Daniel (vers 620-536 av. J.-C.) ; ici, c'est le livre qui est l'objet.

La place du livre dans le canon

Parmi les Écrits dans la Bible hébraïque

Dans la Bible hébraïque, le livre de Daniel figure parmi les Écrits (Ketouvim), la troisième partie du canon, et non parmi les Prophètes[4]. Ce classement ne dit rien d'une moindre autorité : les Écrits contiennent les Psaumes et il a pour voisins Esther et Esdras, autres mémoires de la diaspora. Il reflète l'ordre de réception des livres après l'exil, et c'est aussi pourquoi le Siracide, qui suit l'ordre des Prophètes, ne le nomme pas[5]. Dans le canon chrétien fixé par le concile de Trente, qui reçoit les livres en entier avec toutes leurs parties, Daniel devient le quatrième des grands prophètes, après Isaïe, Jérémie et Ézéchiel[6]. Ce rang dit l'ordre dans lequel l'Église lit la crise de l'exil : la sainteté offensée, les larmes du siège, la gloire entrevue au Kebar, puis les royaumes pesés à Babylone.

Les trois passages grecs reçus par l'Église

La Bible hébraïque transmise par les massorètes donne Daniel en hébreu et en araméen, en douze chapitres. La Septante, traduite à Alexandrie aux IIIe et IIe siècles avant Jésus-Christ, transmet en plus trois ensembles en grec : Suzanne (l'innocente sauvée par le jeune Daniel), le Cantique des trois enfants dans la fournaise, et Bel et le Dragon (le repas du dieu démasqué, Habacuc porté jusqu'à Daniel dans la fosse)[7]. L'Église a reçu ces passages avec le reste du livre : saint Jérôme les traduit en latin d'après la version de Théodotion, et Trente les confirme dans le canon[8]. Le lecteur qui ouvre sa Bible y trouve Suzanne au chapitre 13 et Bel et le Dragon au chapitre 14, exactement comme Tobie, Judith et la Sagesse ne se lisent qu'en entier.

Un livre connu de tout le judaïsme ancien

Daniel n'est pas un livre tardif redécouvert par hasard : il est supposé connu par les auteurs juifs bien avant l'ère chrétienne. Le premier livre des Maccabées loue la foi d'Ananias, Azarias et Misaël sauvés de la flamme et l'innocence de Daniel sauvé des lions[9]. Flavius Josèphe consacre à Daniel de longs chapitres de ses Antiquités judaïques et le loue comme le plus grand des prophètes, dont les écrits se lisent encore[10]. Le Nouveau Testament le cite avec le titre de prophète, et le Talmud de Babylone attribue sa mise par écrit aux hommes de la Grande Assemblée[11]. Cette réception continue, du VIe siècle à Trente, est le premier fait que toute théorie sur le livre doit expliquer.

L'auteur et la datation reçus par l'Église

Daniel, jeune déporté de la troisième année de Joiaqim

Le livre s'ouvre sur une date précise : la troisième année du règne de Joiaqim, roi de Juda, Nabuchodonosor assiège Jérusalem et emmène à Babylone une partie des ustensiles du Temple avec des jeunes gens de la lignée royale[12]. Cette troisième année correspond à 605 avant Jésus-Christ, année de la bataille de Karkémish où Babylone brise l'Égypte et devient la puissance dominante[13]. Daniel fait partie de ces jeunes captifs, avec Ananias, Misaël et Azarias, renommés par le chef des eunuques en Baltassar, Sidrak, Misak et Abdénago[14]. S'il a une quinzaine d'années à la déportation, sa naissance se situe vers 620, sous le règne de Josias, dans les dernières années du royaume de Juda. Le récit détaillé de cette déportation appartient à la vie du voyant, résumée dans l'article Daniel ; ce qui importe ici, c'est que le livre se présente lui-même comme l'œuvre d'un témoin, et non comme une méditation rétrospective.

« La troisième année du règne de Joiaqim, roi de Juda, Nabuchodonosor, roi de Babylone, vint à Jérusalem et l'assiégea. » — Daniel, Dn 1, 1[15]

Soixante-dix ans à la cour de Babylone

Daniel reste à la cour jusqu'à la première année de Cyrus, et l'une de ses dernières visions est datée de la troisième année de ce même Cyrus, soit 536 avant Jésus-Christ[16]. Entre ces deux bornes s'écoule une vie entière au service des rois païens sans jamais adorer leurs dieux : il refuse les mets du roi pour garder la Loi, interprète le songe de la statue sous Nabuchodonosor, lit l'écriture de feu sous Belschatsar, prie vers Jérusalem sous Darius malgré l'édit, et conseille Cyrus[17]. Cette longévité fait de lui le témoin de tout l'exil, de la première déportation à l'édit du retour, comme Moïse avait été le témoin de la sortie d'Égypte. Pour l'Église, l'attribution du livre à Daniel lui-même n'est pas un arrangement tardif : c'est ce que suppose la parole du Christ, ce que confirme Ézéchiel dès le temps de l'exil, et ce que la liturgie et le Martyrologe ont toujours tenu[18].

La chronologie reçue : de 605 à 536

Les dates portées par le livre dessinent une carrière complète à la cour babylonienne puis perse :

  1. Vers 620 av. J.-C.
    Naissance en Juda

    Daniel naît dans le royaume de Juda, sous le règne de Josias, dans une famille de la lignée royale selon la tradition reçue.

  2. 605 av. J.-C.
    Déportation à Babylone

    Troisième année de Joiaqim : première déportation. Daniel, Ananias, Misaël et Azarias sont emmenés à Babylone et formés à la cour (Dn 1).

  3. Vers 602 av. J.-C.
    Le songe de la statue

    Deuxième année de Nabuchodonosor : Daniel interprète le songe de la statue aux pieds d'argile et devient chef des sages de Babylone (Dn 2).

  4. Vers 586-570 av. J.-C.
    Fournaise et folie du roi

    Les trois compagnons refusent l'adoration de la statue d'or et sortent indemnes de la fournaise (Dn 3). Nabuchodonosor, frappé de folie sept temps, retrouve la raison et loue le Très-Haut (Dn 4).

  5. 539 av. J.-C.
    Le festin de Belschatsar

    Nuit de la prise de Babylone : la main écrit sur le mur, Daniel lit la sentence, Belschatsar est tué (Dn 5).

  6. Vers 538 av. J.-C.
    La fosse aux lions

    Sous Darius le Mède, Daniel prie vers Jérusalem malgré l'édit, passe une nuit dans la fosse et en sort indemne (Dn 6).

  7. 536 av. J.-C.
    Dernière vision sous Cyrus

    Troisième année de Cyrus : la vision de l'homme vêtu de lin et l'annonce du temps de la fin, avec la promesse de la résurrection (Dn 10 à 12).

Le texte du livre : langues et versions

L'hébreu, l'araméen et le grec

Daniel est avec Esdras le seul livre biblique rédigé en deux langues sémitiques : l'hébreu encadre l'ouvrage (chapitre 1 et chapitres 8 à 12) tandis que l'araméen en occupe tout le centre, du chapitre 2 verset 4 au chapitre 7[19]. Le basculement se fait au milieu d'une phrase, quand les Chaldéens répondent au roi en araméen, et le texte continue dans cette langue jusqu'à la fin du chapitre 7. Cet araméen est celui de la chancellerie impériale, la langue diplomatique des Perses, et non l'araméen tardif des paraphrases : un faussaire du IIe siècle écrivant pour des Juifs persécutés n'aurait pas rédigé la moitié de son livre dans la langue administrative d'un empire disparu depuis trois siècles[20]. Les parties grecques (Suzanne, Cantique, Bel) complètent l'ensemble transmis par Alexandrie.

La Septante, Théodotion et la Vulgate

La traduction grecque de Daniel à Alexandrie suppose un original sémitique déjà fixé aux IIIe et IIe siècles[21]. La vieille Septante de Daniel, jugée maladroite, fut supplantée dans l'usage chrétien par la révision de Théodotion au IIe siècle après Jésus-Christ, au point que les Églises lisent encore Daniel dans cette forme[22]. Le papyrus Chester Beatty 967, copié vers l'an 200, conserve déjà le texte grec d'Ézéchiel, de Daniel et d'Esther, preuve d'un recueil prophétique stable dès le IIIe siècle[23]. Saint Jérôme traduit ensuite Daniel en latin d'après Théodotion, avec les parties grecques, et cette Vulgate fixe le texte de l'Occident jusqu'à nos jours[24]. L'histoire de la transmission montre un livre lu, traduit et recopié sans interruption, et non une pièce maccabéenne restée confidentielle.

Les témoins anciens du livre

Ézéchiel connaît déjà Daniel

Le plus ancien témoin du livre est un contemporain : Ézéchiel, exilé comme Daniel, le nomme à deux reprises. Dans le chapitre 14, Dieu déclare que même Noé, Daniel et Job ensemble ne sauveraient qu'eux-mêmes par leur justice[25]. Dans le chapitre 28, le prince de Tyr est interpellé : te voilà plus sage que Daniel, aucun mystère ne te dépasse[26]. Ces deux passages supposent un Daniel déjà célèbre pour sa justice et sa sagesse du vivant même d'Ézéchiel, vers 590 avant Jésus-Christ. Un livre fabriqué quatre siècles plus tard ne pourrait pas être cité comme une autorité reconnue au temps de l'exil.

« Même si ces trois hommes s'y trouvaient, Noé, Daniel et Job, ils ne sauveraient, par leur justice, que leur propre vie. Oracle du Seigneur Dieu. » — Ézéchiel, Ez 14, 14[27]

Les Maccabées supposent son historicité

Vers 100 avant Jésus-Christ, le premier livre des Maccabées fait dire à Mattathias mourant : Ananias, Azarias et Misaël, par leur foi, furent sauvés de la flamme ; Daniel, par son innocence, fut délivré de la gueule des lions[28]. L'argument n'a de force que si les auditeurs tiennent ces délivrances pour des faits : on n'encourage pas des combattants à mourir en citant des contes que personne ne croit. Ce témoignage est d'autant plus remarquable que la datation tardive place justement la composition du livre à l'époque des Maccabées : le livre des Maccabées traite Daniel comme une histoire déjà ancienne et exemplaire, non comme une nouveauté de sa propre génération.

Qumrân : huit copies avant l'ère chrétienne

Les grottes de la mer Morte ont livré des fragments de Daniel dans les grottes 1, 4 et 6, soit huit manuscrits au total, dont le grand rouleau 4QDana qui conserve de larges portions des chapitres 1 à 11[29]. Les écritures les plus anciennes remontent à la fin du IIe siècle avant Jésus-Christ, et l'on y trouve déjà le texte sous sa forme connue, avec le passage de l'hébreu à l'araméen au même endroit. Le chapitre 12, absent des fragments conservés, est cité dans le Florilegium (4Q174), preuve que le livre de Qumrân ne manquait pas de cette conclusion[30]. À cela s'ajoutent les paraphrases et prières apparentées (Prière de Nabonide, Fils de Dieu araméen) qui montrent un milieu déjà nourri du livre[31]. Quel que soit le jugement porté sur la date de composition, le livre circule, se copie et fait autorité plus d'un siècle avant l'ère chrétienne.

Josèphe, le Talmud et le Christ

Flavius Josèphe, à Rome vers 93 après Jésus-Christ, raconte longuement Daniel : la cour de Nabuchodonosor, les songes, la fosse, et les prophéties sur les Romains qu'il dit accomplies de son temps, appelant Daniel le plus grand des prophètes[32]. Le Talmud de Babylone attribue la mise par écrit de Daniel, comme celle d'Ézéchiel et d'Esther, aux hommes de la Grande Assemblée au retour de l'exil[33]. Surtout, Jésus lui-même cite l'abomination de la désolation dont a parlé le prophète Daniel et ordonne au lecteur de comprendre[34]. Le titre de prophète donné par le Christ tranche pour le chrétien : celui que le Seigneur appelle prophète ne peut être un pseudonyme pieux du IIe siècle.

« Lorsque vous verrez l'Abomination de la désolation, installée dans le Lieu saint comme l'a dit le prophète Daniel – que le lecteur comprenne ! » — Jésus, Mt 24, 15[35]

Plan détaillé du livre de Daniel

Une architecture reçue en deux massifs

Le livre se divise naturellement en deux moitiés : les récits de la cour (chapitres 1 à 6), où Daniel et ses compagnons traversent les épreuves des rois, puis les visions (chapitres 7 à 12), où Dieu montre à Daniel l'avenir des royaumes jusqu'au temps de la fin[36]. Les récits sont racontés à la troisième personne, comme une chronique du témoin ; les visions sont racontées à la première personne, comme le journal du voyant. Cette architecture est suivie par l'exégèse traditionnelle depuis les Pères : d'abord l'histoire qui prouve la fidélité de Dieu, puis la prophétie qui déploie son dessein.

Les récits de la cour (chapitres 1 à 6)

ChapitreÉpisodeRoi
1Les légumes et la fidélité des quatre jeunes gensNabuchodonosor
2Le songe de la statue et la pierreNabuchodonosor
3La fournaise des trois compagnonsNabuchodonosor
4La folie sept temps et la confession du roiNabuchodonosor
5L'écriture sur le mur au festinBelschatsar
6La fosse aux lions et l'édit de DariusDarius le Mède

Chaque récit se termine par la confession d'un roi païen : Nabuchodonosor loue le Dieu des dieux, Belschatsar reçoit la sentence, Darius ordonne la crainte du Dieu vivant. Les puissants de ce monde finissent par rendre gloire malgré eux, et c'est déjà toute la théologie du livre en actes. Le détail de ces épisodes appartient à la vie du voyant, résumée dans l'article Daniel ; ce qui compte ici, c'est leur fonction dans le livre : ils établissent que le Dieu qui révèle l'avenir est le même que celui qui délivre dans le présent.

Les visions (chapitres 7 à 12)

ChapitreVisionDate portée par le texte
7Les quatre bêtes et le Fils d'homme sur les nuéesPremière année de Belschatsar
8Le bélier, le bouc et la petite corneTroisième année de Belschatsar
9Les soixante-dix semaines révélées à GabrielPremière année de Darius
10 à 12L'homme vêtu de lin, les rois et le temps de la finTroisième année de Cyrus

Les visions reprennent le songe de la statue avec des images de plus en plus précises : les métaux deviennent des bêtes, les bêtes deviennent des rois nommés par leurs gestes, et le calendrier se resserre jusqu'aux soixante-dix semaines puis jusqu'au temps, des temps et la moitié d'un temps[37]. La dernière vision s'achève sur la première annonce claire de la résurrection dans l'Ancien Testament. Les trois langues du livre suivent ce plan : l'araméen couvre les chapitres 2 à 7, c'est-à-dire les récits destinés à la cour et la première vision, tandis que l'hébreu reprend pour les visions les plus précises adressées au peuple[38].

Les trois passages grecs : Suzanne, le Cantique, Bel

Suzanne ouvre le livre grec comme un prologue judiciaire : calomniée par deux juges corrompus, sauvée par le discernement du jeune Daniel qui confond les témoins[39]. Le Cantique des trois enfants s'insère dans la fournaise du chapitre 3 : trente-deux versets appelant le ciel, la terre et toutes les créatures à la louange, devenus le Benedicite dominical[40]. Bel et le Dragon clôt l'ensemble par deux enquêtes où Dieu confond les idoles : le repas nocturne du dieu démasqué par la cendre, puis le dragon empoisonné, avant qu'Habacuc, porté par les cheveux, n'apporte à Daniel son repas dans la fosse[41]. Ces trois récits, lus chaque année par l'Église, montrent la même doctrine que le reste du livre : les idoles sont creuses, et Dieu nourrit les siens jusque dans la fosse.

La théologie du livre de Daniel

Dieu gouverne les royaumes et les dépose

Le premier article du credo de Daniel est la souveraineté universelle : le Très-Haut domine sur la royauté des hommes et la donne à qui il veut, comme le répètent les décrets de Nabuchodonosor et de Darius (Dn 4 et 6)[42]. Nabuchodonosor l'apprend par la folie, Belschatsar l'apprend par la mort, Darius l'apprend par la fosse. Aucun empire n'est éternel, aucun roi ne tient son pouvoir de lui-même, et les dates des règnes sont comptées par Dieu avant de l'être par les scribes. Cette théologie console les exilés de tous les temps : les empires passent, le royaume donné aux saints subsiste, et les persécuteurs d'aujourd'hui ont déjà leur sentence écrite. C'est la même leçon que les Rois et les Chroniques tirent de la chute de Jérusalem, mais ici elle est adressée aux vaincus eux-mêmes, dans la langue de leurs vainqueurs.

La succession des empires et la petite corne

Le songe de la statue, les quatre bêtes montant de la mer et le bélier brisé par le bouc racontent trois fois la même histoire : quatre royaumes humains, puis le jugement[43]. La tradition reçue y lit Babylone, les Mèdes et les Perses, la Grèce d'Alexandre, puis Rome, dont les dix cornes et la petite corne annoncent les persécuteurs des saints[44]. Le chapitre 8 précise le troisième acte : le bélier à deux cornes (Mèdes et Perses), le bouc velu venu d'Occident (la Grèce), la grande corne brisée en quatre, puis la petite corne qui profane le sanctuaire et fait cesser le sacrifice[45]. Cette lecture nourrit l'espérance maccabéenne puis chrétienne : le persécuteur blasphème un temps compté, puis vient la purification. Daniel est ainsi le premier livre à donner aux fidèles une carte des empires : savoir où l'on est dans l'histoire, c'est déjà savoir que l'histoire a une fin.

Le Fils d'homme venant sur les nuées

Au centre des visions se tient la scène la plus citée du livre : je regardais, au cours des visions de la nuit, et je voyais venir, avec les nuées du ciel, comme un Fils d'homme ; il parvint jusqu'au Vieillard, et on le fit avancer devant lui. Et il lui fut donné domination, gloire et royauté[46]. Le Vieillard aux vêtements blancs comme la neige et aux cheveux comme la laine immaculée siège avec des livres ouverts et un fleuve de feu ; le Fils d'homme reçoit un empire qui ne passera pas et que tous les peuples serviront[47]. Jamais l'Ancien Testament n'avait montré avec une telle netteté une figure à la fois humaine et céleste, recevant l'adoration due à Dieu seul.

« Je regardais, au cours des visions de la nuit, et je voyais venir, avec les nuées du ciel, comme un Fils d'homme ; il parvint jusqu'au Vieillard, et on le fit avancer devant lui. Et il lui fut donné domination, gloire et royauté ; tous les peuples, toutes les nations et les gens de toutes langues le servirent. Sa domination est une domination éternelle, qui ne passera pas, et sa royauté, une royauté qui ne sera pas détruite. » — Daniel, Dn 7, 13-14[48]

Les soixante-dix semaines et la venue du Messie

En exil, Daniel médite la prophétie de Jérémie sur les soixante-dix ans de la désolation, et Gabriel lui répond par soixante-dix semaines d'années, soit quatre cent quatre-vingt-dix ans, pour faire cesser la perversité et mettre un terme au péché, pour expier la faute et amener la justice éternelle[49]. Après soixante-neuf semaines, un messie sera supprimé, puis le peuple d'un chef détruira la ville et le Lieu saint[50]. Les Pères et les chronologistes chrétiens, depuis Jules l'Africain jusqu'aux commentateurs modernes, font partir le compte de l'édit du retour et aboutissent à la vie publique du Christ puis à sa mort, suivie de la ruine de Jérusalem en 70[51]. Les millésimes varient selon le décret retenu, mais la structure demeure : un Messie mis à mort avant la destruction du second Temple, ce que l'histoire a vérifié.

La résurrection et le temps de la fin

Le dernier chapitre contient la promesse la plus explicite de tout l'Ancien Testament sur l'au-delà : beaucoup de gens qui dormaient dans la poussière de la terre s'éveilleront, les uns pour la vie éternelle, les autres pour la honte et la déchéance éternelles, et ceux qui ont l'intelligence resplendiront comme la splendeur du firmament[52]. Le Catéchisme de l'Église catholique cite ce passage au cœur de son exposé sur la résurrection des morts[53]. Daniel reçoit l'ordre de sceller le livre jusqu'au temps de la fin, puis la promesse personnelle qui clôt l'ouvrage : va jusqu'à la fin, tu te reposeras, puis tu te tiendras debout pour recevoir ta part à la fin des jours[54]. Le voyant qui a tout vu finit sur une parole d'espérance adressée à lui seul. Après les Psaumes et Job qui l'espèrent, après l'Ecclésiaste qui en mesure le prix, Daniel est le premier à la nommer.

« Beaucoup de gens qui dormaient dans la poussière de la terre s'éveilleront, les uns pour la vie éternelle, les autres pour la honte et la déchéance éternelles. Ceux qui ont l'intelligence resplendiront comme la splendeur du firmament. » — Daniel, Dn 12, 2-3[55]

Gabriel, Michel et les princes des nations

Daniel est le premier livre canonique où les anges portent un nom : Gabriel explique au prophète la vision du bélier puis la prophétie des soixante-dix semaines, s'approchant de lui d'un vol rapide à l'heure de l'offrande du soir[56]. Michel paraît comme le chef des anges, celui qui se tient auprès des fils de ton peuple, et se lèvera au temps de la détresse[57]. Le chapitre 10 ouvre ainsi la doctrine des anges des nations, reprise par toute la tradition : chaque peuple a son prince invisible, et les batailles de la terre se jouent aussi dans le ciel.

L'accomplissement chrétien du livre

Le Fils d'homme des évangiles

Aucune prophétie n'est autant reprise par Jésus que celle du Fils d'homme : l'expression revient près de quatre-vingts fois dans les évangiles, toujours dans sa bouche, et elle vient de Daniel 7[58]. Devant le sanhédrin, à l'heure décisive, il fusionne Daniel et le Psaume 110 : vous verrez le Fils d'homme siéger à la droite du Tout-Puissant et venir sur les nuées du ciel[59]. Le grand prêtre déchire ses vêtements parce qu'il a compris : Jésus s'applique la vision réservée au juge eschatologique. Chaque fois que le Christ dit Fils d'homme, il renvoie son auditoire au livre de l'exilé de Babylone. Aucun autre livre de l'Ancien Testament n'a fourni au Seigneur autant de paroles pour se désigner lui-même.

L'abomination de la désolation et la pierre

Jésus cite Daniel une seconde fois dans son discours sur la ruine du Temple : l'Abomination de la désolation, installée dans le Lieu saint comme l'a dit le prophète Daniel[60]. La première réalisation vise Antiochus IV Épiphane profanant le sanctuaire en 167, la seconde vise les aigles romaines de 70 : la prophétie a deux horizons, comme souvent chez Daniel, et le Nouveau Testament assume les deux. La pierre détachée sans main d'homme qui brise la statue puis devient une montagne remplissant la terre est lue par les Pères comme le Christ né sans semence humaine et son Église couvrant le monde[61]. Saint Jérôme, dans son commentaire rédigé à Bethléem vers 407, y voit le Christ retranchant les royaumes par sa croix puis grandissant en montagne universelle[62]. L'Apocalypse reprend les bêtes de Daniel pour décrire la Bête persécutrice, le Vieillard pour décrire le Fils d'homme aux cheveux blancs, et Michel pour le combat du ciel[63]. Daniel est ainsi le livre de l'Ancien Testament le plus présent dans le dernier livre du Nouveau.

« Or, au temps de ces rois, le Dieu du ciel suscitera un royaume qui ne sera jamais détruit, et dont la royauté ne passera pas à un autre peuple. Ce dernier royaume pulvérisera et anéantira tous les autres, mais lui-même subsistera à jamais. » — Daniel, Dn 2, 44[64]

Suzanne, figure de l'Église persécutée

Suzanne, calomniée par deux juges corrompus et sauvée par le discernement du jeune Daniel, est lue depuis les catacombes comme une figure de l'Église persécutée et de l'âme chaste : les fresques des catacombes la montrent les bras en orante entre les deux vieillards, comme l'agneau entre les loups[65]. Le cri de Suzanne, qui préfère tomber innocente aux mains des hommes plutôt que pécher devant Dieu, rejoint celui des trois jeunes gens et de Daniel dans la fosse : tout le livre apprend à préférer Dieu aux puissants, jusqu'au martyre s'il le faut.

Daniel dans la liturgie et la Tradition

Le Benedicite des Laudes du dimanche

Chaque dimanche, aux Laudes, l'Église entière chante le Cantique des trois enfants : Toutes les œuvres du Seigneur, bénissez le Seigneur, avec ses trente-deux versets appelant le ciel, la terre, les bêtes et les fils de l'homme à la louange[66]. Aucun autre texte de l'Ancien Testament n'a une place aussi régulière dans la prière hebdomadaire des chrétiens. Le fidèle qui chante le dimanche matin chante avec Ananias, Azarias et Misaël au milieu des flammes : la liturgie fait entrer le peuple de Dieu dans la fournaise devenue chapelle.

Les visions aux fêtes du Christ Roi et de la fin des temps

Le lectionnaire romain puise trois fois aux sommets du livre : la vision du Fils d'homme (Dn 7, 13-14) ouvre la solennité du Christ Roi l'année B, la promesse de la résurrection (Dn 12, 1-3) se lit au trente-troisième dimanche ordinaire l'année B, quand l'année liturgique s'achève sur le jugement, et le festin de Belschatsar nourrit les lectures de la fin des temps[67]. L'Église lit donc Daniel exactement comme il se présente : le livre du royaume qui vient et du jugement qui sépare. Le Martyrologe romain inscrit le prophète au 21 juillet, mort à Babylone selon la tradition ancienne, tandis que les Églises d'Orient le fêtent avec les trois jeunes gens en décembre, avant Noël[68].

Hippolyte, Jérôme et la chaîne des Pères

Le grand commentaire latin du livre est celui de saint Jérôme, rédigé à Bethléem vers 407 pour réfuter le païen Porphyre qui faisait de Daniel un écrit maccabéen : Jérôme répond point par point et fixe pour l'Occident la lecture reçue, historique et messianique[69]. Avant lui, Hippolyte de Rome avait déjà commenté Daniel et Suzanne au début du IIIe siècle, premier commentaire suivi d'un livre biblique conservé en Occident[70]. Saint Augustin cite la prière de Daniel dans la Cité de Dieu parmi les modèles de la confession des péchés du peuple[71]. La chaîne va ainsi sans rupture du Christ citant Daniel jusqu'au Martyrologe : vingt siècles de lecture continue.

Lecture spirituelle : ce que le livre enseigne aujourd'hui

La fidélité quotidienne avant les grandes épreuves

Avant les songes et les lions, le premier acte de résistance de Daniel est alimentaire : avec ses compagnons, il refuse les mets de la table royale qui auraient souillé la Loi, et ne demande que des légumes et de l'eau[72]. Au bout de dix jours, leurs visages paraissent en meilleure mine que ceux des jeunes gens nourris royalement. L'épisode fonde toute la suite : celui qui reste fidèle dans la nourriture restera fidèle devant la fournaise, et Dieu donne aux quatre jeunes gens la science, l'intelligence des lettres et, à Daniel, l'intelligence des visions et des songes[73]. Comme Ruth la Moabite ou Tobie en déportation, Daniel montre que la sainteté ne dépend pas du lieu : on peut garder la Loi au milieu de Babylone.

Prier vers Jérusalem, fenêtres ouvertes

Sous Darius, Daniel monte dans sa chambre haute, ouvre les fenêtres vers Jérusalem et prie trois fois par jour comme avant, malgré l'édit qui l'interdit pendant trente jours[74]. Il ne provoque pas le roi, il ne se cache pas non plus : il continue simplement. Cette prière obstinée, orientée vers la ville sainte, traverse les édits des rois et vaut à Daniel la fosse, puis la délivrance. Pour le lecteur moderne, la leçon est concrète : garder ses heures de prière quand tout pousse à les abandonner, sans ostentation et sans négociation.

L'espérance des persécutés

Tout le livre est adressé à des fidèles écrasés par un empire : les Juifs de l'exil, les résistants d'Antiochus, les chrétiens des persécutions, et aujourd'hui les Églises éprouvées. Daniel leur donne trois certitudes : les empires sont comptés et passeront, le Fils d'homme reçoit déjà le royaume, et les morts ressusciteront[75]. La dernière parole du livre n'est pas une menace mais une promesse adressée au voyant lui-même : se reposer, puis se lever pour recevoir sa part à la fin des jours[76]. C'est pourquoi l'Église fait lire Daniel à la fin de l'année liturgique : quand tout semble finir, le livre annonce le commencement.

Ce que propose l'exégèse moderne, et ses limites

L'hypothèse d'un livre maccabéen

Une partie de l'exégèse contemporaine propose de dater le livre des années 167-164 avant Jésus-Christ, sous la persécution d'Antiochus IV Épiphane : un auteur inconnu aurait placé sous le nom de Daniel des récits édifiants et des visions soi-disant prédictives pour soutenir les résistants[77]. L'objection fondatrice vient du philosophe païen Porphyre au IIIe siècle après Jésus-Christ, qui niait la possibilité d'une prophétie précise et concluait que le livre avait été écrit après les événements qu'il annonce[78]. L'hypothèse suppose donc d'emblée ce qu'elle devrait prouver : qu'une prédiction détaillée est impossible, et que tout texte précis est nécessairement postérieur aux faits.

Les objections classiques et leurs réponses

Quatre objections reviennent dans la littérature, et chacune a reçu une réponse documentée.

Belschatsar, le roi inconnu des Grecs

Les historiens grecs ne connaissent que Nabonide comme dernier roi de Babylone, et Daniel fait régner Belschatsar la nuit de la chute. Or les cylindres de Nabonide, découverts à Our et à Sippar et conservés au British Museum, nomment Bel-shar-usur, fils premier-né de Nabonide, à qui son père confie la royauté pendant sa longue retraite dans l'oasis de Teima[79]. Belschatsar est le régent de Babylone pendant dix ans, ce que confirme la promesse du troisième rang faite à Daniel : Nabonide premier, Belschatsar second, Daniel troisième[80]. L'objection s'est ainsi retournée : un auteur maccabéen du IIe siècle, quatre siècles après les faits, n'aurait pas pu inventer un corégent oublié des Grecs et confirmé par l'épigraphie.

Darius le Mède, l'inconnu des listes perses

Daniel fait succéder à Belschatsar Darius le Mède, fils d'Assuérus, de la race des Mèdes, âgé de soixante-deux ans[81]. Les listes royales perses ne connaissent aucun Darius avant Darius Ier, et les critiques y voient une confusion. Plusieurs identifications défendables ont été proposées à partir des sources : Gubaru, général mède de Cyrus qui prit Babylone en 539 et la gouverna, ou Cyaxare II, que Xénophon dans la Cyropédie présente comme l'oncle et le beau-père de Cyrus régnant sur les Mèdes[82]. Le titre de Daniel, reçut le royaume, convient à un gouverneur installé par Cyrus plutôt qu'à un souverain indépendant. L'identité exacte reste débattue, et l'article n'impose aucune solution : il suffit de noter que l'obscurité d'un titre de cour perse n'est pas une preuve de fiction.

Les mots grecs du chapitre 3

La liste des instruments de la plaine de Doura contient des noms à consonance grecque : cithare, psaltérion, symphonie[83]. Les partisans de la datation basse y voient la marque de l'époque hellénistique. Mais les instruments de musique voyagent avec le commerce, et la présence de quelques termes d'emprunt dans une liste d'instruments de cour, au carrefour des routes entre la mer Égée et la Mésopotamie, n'exige aucune colonie grecque à Babylone au VIe siècle[84]. Surtout, l'araméen du livre reste celui de la chancellerie impériale, antérieur de plusieurs siècles à l'araméen des paraphrases maccabéennes : on ne peut retenir trois mots grecs comme preuve décisive en écartant tout le profil linguistique du texte[85].

Le silence de Ben Sira

Le Siracide, vers 180 avant Jésus-Christ, loue Isaïe, Jérémie, Ézéchiel et les douze petits prophètes, mais ne nomme pas Daniel[86]. L'argument du silence est fragile : Ben Sira ne nomme pas non plus Esdras, pourtant héros du retour, ni aucun des Écrits, et son catalogue suit l'ordre des Prophètes où Daniel ne figure pas dans le canon hébraïque[87]. Ne pas citer n'est pas nier : l'auteur du premier livre des Maccabées, un demi-siècle plus tard, cite Daniel comme une autorité historique reconnue[88].

Les présupposés et les limites de la reconstruction

Au-delà des objections de détail, la méthode elle-même porte des présupposés qu'il faut nommer. Quand toute prédiction précise classe d'office un passage parmi les retouches après coup, la datation basse est présupposée, non démontrée : le raisonnement tourne en cercle[89]. Les morceaux sont découpés selon des critères stylistiques, datés selon une théorie de l'évolution religieuse d'Israël, puis invoqués comme preuve de cette évolution[90]. Aucun manuscrit des sources supposées, aucune trace d'un original hébreu court, aucune archive d'une rédaction maccabéenne : Qumrân montre au contraire le texte déjà fixé et copié avec vénération[91]. L'exhortation Verbum Domini de Benoît XVI met en garde contre une exégèse qui séparerait l'analyse historique de la rencontre vivante avec les personnes que le texte raconte[92]. Le lecteur jugera : d'un côté vingt siècles de réception juive, patristique, liturgique et magistérielle ; de l'autre une reconstruction hypothétique qui exige de tenir pour légende ce que le Christ appelle prophétie.

Pour aller plus loin

Le livre de Daniel se lit en premier dans la Bible elle-même, chapitres 1 à 12, puis Suzanne, le Cantique et Bel et le Dragon dans la TOB ou la Bible de Jérusalem, avant de prolonger par l'article Daniel sur la vie du prophète et par l'Ancien Testament sur l'ensemble des 46 livres reçus par l'Église. On consultera ensuite le commentaire de saint Jérôme sur Daniel, rédigé à Bethléem vers 407, la réfutation la plus ancienne et la plus complète de la datation tardive, et le commentaire d'Hippolyte de Rome, le plus ancien conservé en Occident. Pour situer le livre parmi ses voisins de l'exil et du retour, voir Judith, Tobie, Esther, Esdras et Néhémie ; pour les persécutions qui en éclairent la lecture, voir les Maccabées ; pour les autres sommets de la sagesse et de la prophétie, voir l'Ecclésiaste, la Sagesse, le Siracide et les douze petits prophètes. La solennité du Christ Roi et le trente-troisième dimanche ordinaire de l'année B font entendre chaque année les deux sommets du livre, le Fils d'homme et la résurrection.

Notes et références

  1. Mt 24, 15 : l'Abomination de la désolation, installée dans le Lieu saint comme l'a dit le prophète Daniel. Traduction liturgique de l'AELF, vérifiée sur aelf.org.

    1 34 35 60
  2. Grottes 1, 4 et 6 de Qumrân : huit manuscrits de Daniel (deux en grotte 1, cinq en grotte 4, un en grotte 6), dont 4QDana ; écritures les plus anciennes de la fin du IIe siècle av. J.-C.

    2 29 91
  3. Concile de Trente, session IV, 8 avril 1546, décret sur les livres saints reçus en entier avec toutes leurs parties (Denzinger 1501).

    3 6
  4. Bible hébraïque : Daniel parmi les Écrits (Ketouvim), après les Prophètes ; ordre reçu du canon juif.

    4 87
  5. Si 44 à 50 (Éloge des Pères) : Ben Sira loue Isaïe, Jérémie, Ézéchiel et les Douze sans nommer Daniel ni Esdras ; catalogue ordonné aux Prophètes, où Daniel ne figure pas dans le canon hébraïque.

    5 86
  6. Septante d'Alexandrie, IIIe-IIe siècle av. J.-C. : Daniel traduit avec les passages grecs (Suzanne, Cantique, Bel et le Dragon), preuve d'un original sémitique antérieur.

    7 21
  7. Saint Jérôme, traduction latine de Daniel d'après la version de Théodotion, avec les parties grecques reçues dans la Vulgate.

    8 24
  8. 1 M 2, 59-60 : Ananias, Azarias et Misaël sauvés de la flamme par leur foi ; Daniel sauvé des lions par son innocence, dans le testament de Mattathias.

    9 28 88
  9. Flavius Josèphe, Antiquités judaïques, livre X : Daniel le plus grand des prophètes, ses écrits lus encore et ses prédictions sur les Romains.

    10 32
  10. Talmud de Babylone, Baba Batra 15a : les hommes de la Grande Assemblée ont mis par écrit Ézéchiel, les douze petits prophètes, Daniel et Esther.

    11 33
  11. Dn 1, 1 : la troisième année de Joiaqim, soit 605 av. J.-C., année de Karkémish. Traduction liturgique de l'AELF, vérifiée sur aelf.org.

    12 15
  12. 605 av. J.-C. : à Karkémish, Nabuchodonosor brise l'Égypte de Nékao ; Babylone devient la puissance dominante, cadre de la première déportation.

    13
  13. Dn 1, 6-7 : Daniel, Ananias, Misaël, Azarias renommés Baltassar, Sidrak, Misak, Abdénago par Aschpenaz, chef des eunuques.

    14
  14. Dn 1, 21 : Daniel jusqu'à la première année du roi Cyrus ; Dn 10, 1 : troisième année de Cyrus, soit 536, dernière vision datée.

    16
  15. Dn 1 à 6 : continuité du service sous Nabuchodonosor, Belschatsar, Darius et Cyrus, de 605 à 536, sans adoration des dieux des rois.

    17
  16. Martyrologium Romanum (2004) au 21 juillet : à Babylone, le saint prophète Daniel ; les Églises d'Orient le fêtent avec les trois jeunes gens en décembre.

    18 68
  17. Dn 1, 1 à 2, 4a en hébreu ; Dn 2, 4b à 7, 28 en araméen ; Dn 8 à 12 en hébreu ; parties grecques transmises par Alexandrie.

    19 38
  18. L'araméen de Daniel est celui de la chancellerie perse, antérieur de plusieurs siècles à l'araméen moyen des paraphrases ; profil linguistique favorable à l'ancienneté.

    20 85
  19. Théodotion, IIe siècle ap. J.-C. : révision grecque de Daniel adoptée par les Églises à la place de la vieille Septante.

    22
  20. Papyrus Chester Beatty 967, vers 200 ap. J.-C. : texte grec pré-hexaplaire d'Ézéchiel, Daniel et Esther, recueil prophétique déjà stable.

    23
  21. Ez 14, 14.20 : Noé, Daniel et Job, les trois justes qui ne sauveraient qu'eux-mêmes. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.

    25 27
  22. Ez 28, 3 : te voilà plus sage que Daniel, au prince de Tyr ; Daniel déjà proverbial en sagesse vers 590.

    26
  23. 4Q174 (Florilegium) : citation de Dn 12, 10 à Qumrân, preuve que le livre s'y lisait avec sa conclusion.

    30
  24. Prière de Nabonide (4Q242) et Fils de Dieu araméen (4Q246) : le milieu de Qumrân médite déjà les figures et le vocabulaire de Daniel.

    31
  25. Architecture suivie par l'exégèse traditionnelle depuis les Pères : récits de la cour (1 à 6), visions (7 à 12).

    36
  26. Dn 12, 7 : un temps, des temps et la moitié d'un temps, la durée comptée de la persécution finale.

    37
  27. Dn 13 (grec) : Suzanne calomniée par deux juges, sauvée par le discernement du jeune Daniel qui sépare les témoins.

    39
  28. Dn 3, 52-90 grec : le Cantique des trois enfants, chanté aux Laudes du dimanche dans la Liturgie des Heures (Benedicite).

    40 66
  29. Dn 14 (grec) : Bel démasqué par la cendre, le dragon empoisonné, Habacuc porté jusqu'à Daniel dans la fosse aux lions.

    41
  30. Dn 4 et 6 : le Très-Haut domine sur la royauté des hommes, sentence des décrets de Nabuchodonosor et de Darius.

    42
  31. Dn 2 (métaux), Dn 7 (bêtes), Dn 8 (bélier et bouc) : trois reprises de la même succession des empires jusqu'au jugement.

    43
  32. Dn 7, 8.24-25 : la petite corne aux yeux d'homme, blasphèmes et persécution des saints un temps compté ; lecture reçue des persécuteurs, d'Antiochus aux empereurs.

    44
  33. Dn 8, 20-25 : le bélier Mèdes et Perses, le bouc la Grèce, la corne brisée en quatre, la petite corne contre le sanctuaire.

    45
  34. Dn 7, 13-14 : le Fils d'homme sur les nuées devant le Vieillard, domination éternelle servie par tous les peuples. Traduction liturgique de l'AELF, vérifiée sur aelf.org.

    46 48
  35. Dn 7, 14 : royauté qui ne sera jamais détruite ; verset lu au Christ Roi, année B.

    47
  36. Dn 9, 24 : soixante-dix semaines pour faire cesser la perversité, expier la faute, amener la justice éternelle. Traduction liturgique de l'AELF, vérifiée sur aelf.org.

    49
  37. Dn 9, 26 : après soixante-deux semaines un messie sera supprimé, puis ville et sanctuaire détruits par le peuple d'un chef.

    50
  38. Jules l'Africain, Chronographies, IIIe siècle : premier comput chrétien des soixante-dix semaines aboutissant au Christ ; lectures patristiques convergentes malgré des décrets de départ discutés.

    51
  39. Dn 12, 2-3 : la multitude réveillée, vie éternelle ou déchéance, les intelligents comme la splendeur du firmament. Traduction liturgique de l'AELF, vérifiée sur aelf.org.

    52 55 75
  40. Catéchisme de l'Église catholique, 992 : la résurrection des morts annoncée par Dn 12, 2, accomplie dans le Christ ressuscité.

    53
  41. Dn 12, 13 : va jusqu'à la fin, tu te reposeras, puis tu te tiendras debout pour recevoir ta part à la fin des jours. Traduction liturgique de l'AELF, vérifiée sur aelf.org.

    54 76
  42. Dn 9, 21 : Gabriel s'approchant de Daniel d'un vol rapide à l'heure de l'offrande du soir. Traduction liturgique de l'AELF, vérifiée sur aelf.org.

    56
  43. Dn 12, 1 : en ce temps-là se lèvera Michel, le chef des anges, au temps de la détresse ; Dn 10, 13 : l'un des princes éminents.

    57
  44. Près de quatre-vingts emplois de Fils d'homme dans les évangiles, toujours dans la bouche de Jésus, renvoyant à Dn 7, 13.

    58
  45. Mt 26, 64 : devant le sanhédrin, le Fils d'homme à la droite du Tout-Puissant sur les nuées, fusion de Dn 7, 13 et du Ps 110, 1.

    59
  46. Lecture patristique constante : la pierre sans main d'homme, naissance virginale du Christ, et la montagne, l'Église remplissant la terre.

    61
  47. Saint Jérôme, Commentaire sur Daniel, Bethléem, vers 407 : réfutation point par point de Porphyre, lecture historique et messianique fixée pour l'Occident.

    62 69
  48. Ap 1 (Vieillard), Ap 12, 7 (Michel), Ap 13 (les bêtes) : Daniel est le livre de l'Ancien Testament le plus repris par l'Apocalypse.

    63
  49. Dn 2, 44 : le royaume suscité par le Dieu du ciel, qui ne sera jamais détruit et ne passera pas à un autre peuple. Traduction liturgique de l'AELF, vérifiée sur aelf.org.

    64
  50. Fresques des catacombes : Suzanne en orante entre les vieillards, figure de l'Église persécutée et de l'âme chaste.

    65
  51. Lectionnaire romain : Dn 7, 13-14 au Christ Roi année B ; Dn 12, 1-3 au 33e dimanche ordinaire année B ; Dn 3 et Dn 5 aux lectures de la fin des temps.

    67
  52. Hippolyte de Rome, Commentaire sur Daniel, vers 204 : le plus ancien commentaire suivi d'un livre biblique conservé en Occident.

    70
  53. Saint Augustin, La Cité de Dieu : la prière pénitentielle de Daniel (Dn 9) parmi les modèles de la confession du peuple.

    71
  54. Dn 1, 12 : légumes et eau demandés par Daniel, le test des dix jours.

    72
  55. Dn 1, 17 : Dieu donne aux quatre jeunes gens science et intelligence, et à Daniel l'intelligence des visions et des songes.

    73
  56. Dn 6, 11 : fenêtres ouvertes vers Jérusalem, trois prières par jour comme avant l'édit des trente jours.

    74
  57. Hypothèse courante d'une partie de l'exégèse : composition en 167-164 av. J.-C. sous Antiochus IV Épiphane, récits édifiants et visions postdatées.

    77
  58. Porphyre de Tyr, Contre les chrétiens, livre XII, IIIe siècle, perdu et connu par Jérôme : Daniel écrit après les faits, thèse reprise par la critique moderne.

    78
  59. Cylindres de Nabonide d'Our et de Sippar (British Museum) : Bel-shar-usur, fils premier-né, investi de la royauté pendant la retraite de Nabonide à Teima ; corégence expliquant le troisième rang.

    79
  60. Dn 5, 16.29 : le troisième rang s'explique par la corégence, Nabonide premier, Belschatsar second ; un faussaire tardif n'invente pas un rang qui suppose la corégence.

    80
  61. Dn 5, 31 et 6, 1 : Darius le Mède, âgé de soixante-deux ans, reçut le royaume ; Dn 9, 1 : fils d'Assuérus, de la race des Mèdes.

    81
  62. Identifications proposées : Gubaru, général de Cyrus gouverneur de Babylone en 539, ou le Cyaxare II de la Cyropédie de Xénophon ; titre de cour débattu, non preuve de fiction.

    82
  63. Dn 3, 5 : trompe, flûte, cithare, psaltérion et symphonie à la plaine de Doura ; ordre de se prosterner devant la statue d'or.

    83
  64. Dn 3, 5 : quelques noms d'instruments à consonance grecque dans une liste de cour au carrefour des routes ; emprunts commerciaux possibles dès le VIe siècle, sans exiger une date hellénistique.

    84
  65. Quand toute prédiction précise est classée d'office parmi les retouches après coup, la datation basse est présupposée par la méthode, non démontrée par les manuscrits.

    89
  66. Morceaux découpés selon des critères stylistiques, datés selon une théorie de l'évolution religieuse, puis invoqués comme preuve de cette évolution : le raisonnement tourne en cercle.

    90
  67. Benoît XVI, exhortation Verbum Domini, 30 septembre 2010 : contre une exégèse séparant l'analyse historique de la rencontre vivante avec les personnes que le texte raconte.

    92