Ézéchiel (vers 593-571 av. J.-C.)

Ézéchiel, prêtre déporté à Babylone : le char de la gloire au Kebar, Jérusalem jugée, les ossements relevés, le cœur nouveau, le Temple d'où coule le fleuve de vie. Sa vie, son livre, son accomplissement dans le Christ et le débat historico-critique.

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Ézéchiel, fils de Buzi, est, selon l'Écriture reçue par l'Église, le prophète de l'exil : le prêtre déporté à Babylone qui vit les cieux ouverts au bord du fleuve Kebar, contempla le char de la gloire divine, annonça la chute de Jérusalem sept ans avant qu'elle n'arrive, puis prophétisa le relèvement des ossements desséchés, le cœur nouveau donné au peuple et le Temple d'où coulerait un fleuve de vie. Son livre compte quarante-huit chapitres et occupe la troisième place parmi les grands prophètes du canon chrétien, après Isaïe et Jérémie. Aucun autre livre de l'Ancien Testament ne date ses oracles avec une telle précision : quatorze dates jalonnent le ministère, de la cinquième année de la déportation de Joiakîn jusqu'à la vingt-septième, ce qui enferme toute l'œuvre entre 593 et 571 avant Jésus-Christ[1].

Son nom est déjà tout son programme : Yehezkel, Dieu fortifie, et il fallait toute la force de Dieu pour porter la mission qui lui fut confiée. Saint Jérôme, qui lui consacra un commentaire en quatorze livres rédigé à Bethléem vers 410-414, admire chez lui le prêtre devenu prophète sans cesser d'être prêtre : personne n'a décrit le Temple avec une telle exactitude de desservant[2]. Le fils de Sirac, vers 180 avant Jésus-Christ, le célèbre déjà comme celui qui vit la vision de la gloire montrée sur le char des chérubins[3]. Les grottes de Qumrân ont livré plusieurs copies hébraïques du livre, antérieures de deux siècles à l'ère chrétienne[4]. L'Église le proclame aux catéchumènes dans la nuit de Pâques, aux pénitents du Carême, et le Martyrologe romain l'inscrit au 10 avril[5].

L'article présente d'abord le livre tel que l'Église le reçoit, sa place dans le canon, son auteur traditionnel et ses témoins anciens, puis la vie du prophète, le plan du livre, sa théologie, son accomplissement dans le Christ, sa présence dans la liturgie, et enfin le débat avec l'exégèse historico-critique moderne.

Ézéchiel dans le canon des Écritures

La place du livre dans les deux canons

Le livre d'Ézéchiel appartient aux Prophètes postérieurs (Nevi'im Aharonim) du canon hébraïque, où il suit Isaïe et Jérémie avant les douze petits prophètes[6]. Dans le canon chrétien fixé par le concile de Trente, qui reçoit les livres en entier avec toutes leurs parties, il devient le troisième des grands prophètes, après Isaïe et Jérémie, devant Daniel[7]. Ce rang n'est pas un simple numéro d'inventaire : il dit l'ordre dans lequel l'Église lit l'histoire du jugement et de l'espérance, d'abord la sainteté offensée avec Isaïe, puis les larmes du siège avec Jérémie, puis la gloire entrevue en exil avec Ézéchiel.

Le livre se lit d'un seul tenant dans toutes les Bibles catholiques, sans coupure éditoriale entre ses grandes parties, et la liturgie passe librement de l'une à l'autre comme d'un seul livre. C'est le plus daté des livres prophétiques : là où les autres prophètes situent parfois leurs oracles par le seul nom d'un roi, Ézéchiel donne l'année de l'exil, le mois et le jour, selon un système de double référence qui croise le calendrier de la déportation et les mois babyloniens[8]. Cette précision de scribe, jointe aux détails de couleur locale babylonienne qui parsèment le texte, ancre le livre dans le VIe siècle comme peu d'écrits antiques sont ancrés dans leur temps.

Le prophète de la déportation

Ézéchiel est le seul grand prophète dont tout le ministère se déroule hors de la terre promise, parmi les déportés de 597. Isaïe avait prophétisé à Jérusalem devant les rois, Jérémie allait pleurer sur les ruines, mais Ézéchiel parle à Tel-Abib, au bord d'un canal de Babylonie, à des exilés qui ont tout perdu sauf la Parole[9]. Cette situation fait de lui le prophète de la question la plus angoissante d'Israël : Dieu peut-il encore parler quand le Temple est loin, quand l'arche est perdue, quand la ville sainte va tomber ? La réponse du livre est que la gloire divine n'est pas prisonnière du sanctuaire : elle se déplace sur son char, elle visite les exilés, elle quitte le Temple souillé et elle reviendra dans un Temple nouveau.

Le tableau ci-dessous résume les quatre grands massifs du livre, reçus comme un seul dessein qui va du jugement à la vie retrouvée[10].

ChapitresContenuLe pivot du massif
1 à 24Le jugement de Jérusalem avant le siègeLa gloire quitte le Temple (ch. 10 à 11)
25 à 32Le jugement des nations voisinesLa chute de Tyr et les lamentations sur l'Égypte
33 à 39La restauration promise après la chuteLes ossements desséchés relevés (ch. 37)
40 à 48Le Temple nouveau et le pays partagéLa gloire revient par l'orient, le Seigneur est là (48, 35)

L'auteur et la datation reçus par l'Église

Ézéchiel fils de Buzi, prêtre déporté en 597

Le livre s'ouvre sur sa propre carte d'identité : la parole du Seigneur fut adressée à Ézéchiel, fils de Buzi, le prêtre, au pays des Chaldéens, près du fleuve Kebar[11]. Trois informations en une phrase, et chacune compte. Il est fils de Buzi, un nom par ailleurs inconnu qui suffit à l'identifier comme une personne datée, non comme une figure légendaire. Il est prêtre (kohen), ce qui explique sa science du Temple, des sacrifices et des lois de pureté qui irrigue tout le livre, et qui fait de lui le pendant sacerdotal d'Isaïe le courtisan et de Jérémie le lévite d'Anatot. Il est au pays des Chaldéens, parmi les déportés du roi Joiakîn, emmenés par Nabuchodonosor en 597 avec l'élite de Jérusalem, artisans et guerriers au nombre de dix mille selon le deuxième livre des Rois[12].

Il épouse en exil une femme que le texte appelle les délices de ses yeux, et Dieu la lui reprend d'un coup comme signe : le jour où le sanctuaire sera profané, le prophète ne portera pas le deuil, parce que le deuil de tout un peuple ne se porte pas comme celui d'un homme[13]. Ce veuvage ordonné, raconté sans un mot de révolte, fait d'Ézéchiel le prophète dont le corps lui-même devient Parole : il se tait quand Dieu le lie, il mange le rouleau qu'on lui tend, il dort sur un côté pour porter l'iniquité, il rase sa tête et pèse ses cheveux[14].

« Fils d'homme, mange ce rouleau, puis va parler à la maison d'Israël. Je l'ai mangé, et il fut dans ma bouche doux comme le miel. » — Ézéchiel, Ez 3, 1-3[15]

La chronologie reçue : de 593 à 571

La vocation est datée deux fois dans les premiers versets : la trentième année, puis la cinquième année de la déportation du roi Joiakîn, le cinquième jour du quatrième mois[16]. La tradition lit couramment la trentième année comme l'âge du prophète, trente ans étant l'âge où le prêtre entre en service selon la loi de Moïse[17]. La cinquième année de Joiakîn, comptée depuis 597, donne juillet 593 pour les cieux ouverts du chapitre premier. Le dernier oracle daté tombe la vingt-septième année, le premier jour du premier mois, soit avril 571[18]. Entre ces deux bornes, douze autres dates jalonnent le ministère, et le cadre ci-dessous suit l'esquisse reçue, établie en croisant les années d'exil avec les mois du calendrier babylonien[19].

Date reçueRéférenceÉvénement qui date l'oracle
5e année, 4e mois, 5e jour (juillet 593)Ez 1, 1-2Vocation au Kebar, vision du char de gloire
6e année, 6e mois, 5e jour (septembre 592)Ez 8, 1Transporté en vision à Jérusalem, abominations du Temple
7e année, 5e mois, 10e jour (août 591)Ez 20, 1Les anciens consultent, grande récapitulation de l'histoire sainte
9e année, 10e mois, 10e jour (janvier 588)Ez 24, 1-2Le jour même où Nabuchodonosor assiège Jérusalem ; mort de l'épouse
11e année, 1er mois, 7e jour (avril 587)Ez 30, 20Oracle contre l'Égypte, le bras de Pharaon brisé
11e année, 3e mois, 1er jour (juin 587)Ez 31, 1Le cèdre du Liban, allégorie de la chute des empires
12e année, 10e mois, 5e jour (janvier 585)Ez 33, 21Un fugitif annonce la chute de la ville, la bouche du prophète s'ouvre
25e année, début de l'année, 10e jour (avril 573)Ez 40, 1Vision du Temple nouveau, quatorze ans après la chute
27e année, 1er mois, 1er jour (avril 571)Ez 29, 17Dernier oracle daté : l'Égypte donnée en salaire contre Tyr

Le mutisme qui frappe le prophète au début du ministère appartient à la même chronologie : Dieu lui annonce que sa langue s'attachera à son palais et qu'il restera lié jusqu'au jour où la ville tombera, puis ce jour-là ta bouche s'ouvrira[20]. Et le texte tient parole : quand le fugitif arrive de Jérusalem dévastée, le soir même, la bouche d'Ézéchiel s'ouvre et il n'est plus muet[21]. Un récit inventé après coup n'aurait pas pris le risque d'enfermer son héros dans un calendrier aussi vérifiable, jour pour jour, sur vingt-deux ans.

La mort du prophète et son tombeau

L'Écriture ne raconte pas la mort d'Ézéchiel, mais la mémoire juive l'a conservée. Les Vies des prophètes, œuvre juive du premier siècle, rapportent qu'il fut mis à mort par le chef de son peuple en exil pour avoir repris son idolâtrie, et enseveli dans le champ de Maour, au pays des Chaldéens[22]. Une tradition vivante jusqu'à nos jours vénère son tombeau à Al Kifl, au sud de Bagdad en Irak, lieu de pèlerinage juif puis musulman sous le nom de Dhou el-Kifl, où une inscription ancienne l'identifie au prophète[23]. Que le souvenir du lieu ait traversé vingt-cinq siècles d'exils, d'invasions et de changements de religion dit assez que les communautés n'ont jamais tenu Ézéchiel pour un personnage de papier.

Les témoins anciens du livre

Ben Sira connaît déjà le voyant de la gloire

Le plus ancien témoin du livre est un sage de Jérusalem qui écrit vers 180 avant Jésus-Christ. Dans son éloge des Pères, Ben Sira célèbre Ézéchiel en deux versets qui résument tout le livre : il vit la vision de la gloire que Dieu lui montra sur le char des chérubins, et il prophétisa sur les ennemis en annonçant le relèvement[24]. Ce témoignage prouve trois choses deux siècles avant l'ère chrétienne : le livre existe, il est attribué au prophète déporté, et son contenu est déjà celui que nous lisons, visions du char et oracles contre les nations. Aucune théorie de rédaction tardive ne peut faire commencer l'histoire du livre après un témoin qui le tient déjà pour l'œuvre du voyant.

« Ce fut Ézéchiel qui vit la vision de la gloire que Dieu lui montra sur le char des chérubins. » — Ben Sira, Si 49, 8[25]

Qumrân : le livre déjà copié avant l'ère chrétienne

Les grottes de la mer Morte ont livré plusieurs copies fragmentaires d'Ézéchiel, en hébreu, réparties entre la grotte 4 et la grotte 11, et datées des IIe et Ier siècles avant Jésus-Christ[26]. Ces fragments couvrent des passages dispersés dans tout le livre, du début à la fin, ce qui prouve que le rouleau circulait déjà dans son étendue actuelle. Le texte qu'ils portent est proche du texte massorétique reçu, avec les variantes ordinaires de toute transmission manuscrite, et rien qui suggère un livre encore en chantier à cette date.

La Septante et le papyrus 967

La traduction grecque d'Ézéchiel, réalisée à Alexandrie, est plus courte que l'hébreu massorétique d'environ un vingtième, et les spécialistes débattent depuis un siècle pour savoir si ses traducteurs lisaient un original plus bref ou s'ils abrégeaient[27]. Le débat prouve au moins l'ancienneté du dossier. Le témoin grec le plus précieux est le papyrus 967 de la collection Chester Beatty, copié vers l'an 200 après Jésus-Christ : il conserve Ézéchiel en grec pré-hexaplaire avec un ordre des chapitres différent dans la zone des chapitres 36 à 40, attestant une fluidité de présentation qui n'affecte ni l'attribution ni le contenu doctrinal[28]. Un livre dont on possède une copie grecque complète dès le IIIe siècle n'est pas une composition tardive.

Josèphe, le Talmud et le canon

Flavius Josèphe, à la fin du premier siècle, range Ézéchiel parmi les prophètes qui ont écrit l'histoire de leur temps, et il rapporte d'après l'historien phénicien Ménandre le siège de treize ans que Nabuchodonosor mit devant Tyr, ce qui cadre avec l'oracle d'Ézéchiel sur le salaire de l'armée contre la ville[29]. Le Talmud de Babylone, au traité Baba Batra, attribue la mise par écrit du livre aux hommes de la Grande Assemblée, l'autorité qui fixa les Écritures au retour de l'exil[30]. C'est donc la tradition juive elle-même, et non une invention chrétienne, qui fait d'Ézéchiel un livre du retour, rédigé par les sages de la restauration.

Le tableau ci-dessous rassemble ces témoins dans l'ordre du temps[31].

TémoinDateCe qu'il établit
Ben Sira, chapitre 49Vers 180 av. J.-C.Le livre existe, attribué au voyant du char
Copies de Qumrân (grottes 4 et 11)IIe-Ier s. av. J.-C.Le rouleau circule en hébreu dans son étendue
Traduction des SeptanteIIIe-IIe s. av. J.-C.Le livre est déjà traduit à Alexandrie
Papyrus 967 (grec)Vers 200 ap. J.-C.Copie complète, texte fixé, variantes d'ordre
Flavius JosèpheFin du Ier s. ap. J.-C.Le prophète historien, Tyr assiégée treize ans
Talmud, Baba Batra 15aTradition du retour d'exilLa Grande Assemblée met le livre par écrit

Plan du livre d'Ézéchiel

Une architecture reçue en quatre massifs

Le livre se présente comme une progression voulue, et la tradition le lit ainsi depuis toujours : d'abord le jugement qui frappe Jérusalem, puis le jugement qui frappe les nations, puis la restauration promise, puis le Temple nouveau où la gloire revient habiter. Chaque massif s'ouvre par une date, comme les actes d'un drame dont le calendrier serait affiché. Cette architecture n'est pas une reconstruction moderne : elle suit l'ordre des chapitres, les dates portées par le texte et les charnières marquées par le récit lui-même, la chute de la ville au chapitre 33 et la vision finale au chapitre 40.

Le jugement de Jérusalem (chapitres 1 à 24)

Tout commence par la plus grandiose des vocations prophétiques : un vent du nord, une nuée embrasée, quatre vivants aux quatre faces, des roues dans les roues pleines d'yeux, et au-dessus un trône de saphir où siège une forme humaine dans la gloire[32]. Le char de feu qui avait emporté Élie au ciel revient ici comme le char de la gloire qui visite les exilés : le Dieu qui avait pris son prophète prend désormais tout son peuple en charge. Ézéchiel tombe sur sa face, Dieu le relève en l'appelant fils d'homme, titre qui reviendra plus de quatre-vingt-dix fois, comme pour rappeler que le voyant reste un homme devant le Dieu trois fois saint[33]. Suit une série d'actions symboliques sans équivalent : la maquette du siège tracée sur une brique, les trois cent quatre-vingt-dix jours couché sur un côté puis quarante sur l'autre pour porter les années d'iniquité, la nourriture pesée, les cheveux partagés au fil de l'épée[34].

« Je vis comme un éclat de vermeil, comme l'aspect du feu enfermé dans un cercle, depuis ses reins vers le haut et depuis ses reins vers le bas. C'était l'aspect de la ressemblance de la gloire du Seigneur. » — Ézéchiel, Ez 1, 27-28[35]

Au chapitre 8, le prophète est transporté en vision à Jérusalem où il voit les abominations du Temple : l'idole de la jalousie, les anciens encensant des images peintes, les femmes pleurant Tammouz, les hommes adorant le soleil dos au sanctuaire[36]. Alors la gloire du Seigneur quitte le Temple, par étapes solennelles : du chérubin au seuil, du seuil à la montagne à l'orient de la ville[37]. C'est le cœur théologique du premier massif : Dieu ne périt pas avec sa maison, il la quitte avant qu'elle ne tombe, et ce départ mesuré laisse une espérance, celle d'un retour. Les chapitres 16 et 23 déploient les deux grandes allégories de l'infidélité, Jérusalem l'enfant trouvée devenue prostituée, puis les deux sœurs Ohola et Oholiba, Samarie et Jérusalem, jugées pour leurs alliances adultères[38]. Le chapitre 18 coupe court au proverbe des exilés, les pères ont mangé du raisin vert et les dents des fils sont agacées, en proclamant la responsabilité de chacun[39].

« L'âme qui pèche, c'est elle qui mourra. Le fils ne portera pas l'iniquité du père, et le père ne portera pas l'iniquité du fils. » — Ézéchiel, Ez 18, 20[40]

Le jugement des nations (chapitres 25 à 32)

Après la chute annoncée de Jérusalem, le regard se tourne vers les voisins qui ont applaudi ou profité : Ammon, Moab, Édom et les Philistins reçoivent chacun un oracle bref et mesuré[41]. Puis viennent les deux grands dossiers, Tyr et l'Égypte. Contre Tyr la marchande, le chapitre 27 dresse le catalogue le plus précis de l'antiquité sur le commerce phénicien, navires, ports, marchandises et comptoirs depuis Tarsis jusqu'à la mer Égée, avant d'annoncer le naufrage[42]. La lamentation sur le roi de Tyr, plein de sagesse et parfait en beauté, devenu orgueilleux jusqu'à se prendre pour un dieu, sera relue par les Pères comme une image de la chute de l'ange rebelle[43]. Contre l'Égypte et Pharaon, comparé au grand crocodile du Nil et au cèdre abattu, s'accumulent sept oracles datés qui accompagnent mois par mois l'effondrement de la puissance du sud[44].

La restauration promise (chapitres 33 à 39)

La charnière du livre est une nouvelle : un fugitif venu de Jérusalem annonce la ville a été prise, et le même soir la bouche du prophète s'ouvre[45]. Les restes se réclament d'Abraham pour garder la terre, Abraham était seul et il a possédé le pays, et Dieu leur répond que le droit du sol ne remplace pas la justice[46]. Dieu le rétablit comme sentinelle : s'il n'avertit pas le méchant, le sang retombera sur lui, mais s'il avertit, il sauvera sa vie[47]. Le chapitre 34 prononce le réquisitoire contre les mauvais pasteurs qui se paissent eux-mêmes, puis la promesse qui traverse tout le Nouveau Testament : Dieu suscitera un seul pasteur, David son serviteur, et fera avec ses brebis une alliance de paix[48].

« Je susciterai pour elles un seul pasteur qui les fera paître, David, mon serviteur. C'est lui qui les fera paître, c'est lui qui sera leur pasteur. » — Ézéchiel, Ez 34, 23[49]

Le chapitre 36 contient la promesse la plus citée du livre, celle que l'Église proclame dans la nuit de Pâques : Dieu aspergera son peuple d'une eau pure, ôtera le cœur de pierre, donnera un cœur de chair et mettra son esprit au-dedans[50]. Et le chapitre 37 déploie la vision des ossements desséchés : la plaine couverte d'ossements, la question ces ossements pourront-ils revivre, le souffle qui entre en eux, l'armée immense qui se lève[51].

« Fils d'homme, ces ossements pourront-ils revivre ? Je répondis : Seigneur Dieu, c'est toi qui le sais. » — Ézéchiel, Ez 37, 3[52]

Viennent ensuite Gog et Magog, l'assaut final des nations contre le peuple restauré, brisé par Dieu lui-même pour que les nations sachent qu'il est le Seigneur[53]. L'Apocalypse reprendra ces noms pour le dernier combat, preuve que l'Église primitive lisait déjà Ézéchiel comme une prophétie qui dépasse son siècle.

Le Temple nouveau et le pays partagé (chapitres 40 à 48)

Quatorze ans après la chute, Ézéchiel est transporté sur une très haute montagne où un homme à l'aspect d'airain, le cordeau et la canne à mesurer en main, lui fait visiter un Temple qui n'existe pas encore, coudée par coudée, porte par porte[54]. La liturgie y est réglée, les fils de Sadoq, de la lignée d'Aaron restés fidèles quand les autres s'égaraient, réservés au service, la part du prince fixée, et la gloire revient par le chemin de l'orient avec un bruit d'eaux abondantes[55]. Un fleuve sort alors du seuil oriental : il grossit à chaque mesure, assainit les eaux de la mer Morte, et sur ses rives poussent des arbres dont le fruit nourrit et la feuille guérit[56]. Puis le pays est partagé entre les douze tribus comme au temps de Josué, dans une géométrie sainte, avec la part réservée au sanctuaire au centre, et le livre s'achève sur le nouveau nom de la cité : le Seigneur est là[57]. Le premier Temple, celui de Salomon, avait été quitté par la gloire ; le Temple nouveau est décrit pour son retour.

« La gloire du Dieu d'Israël venait du chemin de l'orient, et sa voix était comme la voix des grandes eaux, et la terre resplendissait de sa gloire. » — Ézéchiel, Ez 43, 2[58]

« Voici le nom de la ville : le Seigneur est là. » — Ézéchiel, Ez 48, 35[59]

La théologie d'Ézéchiel

La gloire qui part et qui revient

Le mot qui gouverne tout le livre est la gloire, kabod, le poids de la présence divine. Ézéchiel la voit arriver au Kebar dans un déploiement de feu, il la suit quand elle traverse Jérusalem d'est en ouest pour la quitter, il la voit revenir par le chemin de l'orient dans le Temple nouveau avec une splendeur qui remplit la maison[60]. Entre le départ et le retour se joue toute la théologie de l'exil : la gloire n'est pas attachée aux pierres, elle juge en partant et elle sauve en revenant. C'est pourquoi le livre est devenu, dans le judaïsme comme dans l'Église, le texte de référence de la mystique du char, la merkabah, méditée par les sages et reprise par les liturgies[61].

« La gloire du Dieu d'Israël s'éleva de dessus le chérubin où elle était vers le seuil de la maison. Et la gloire du Seigneur sortit du seuil de la maison. » — Ézéchiel, Ez 10, 4. 18[62]

Le saint Nom et la formule de reconnaissance

Le second mot du livre est le Nom : Dieu agit à cause de son saint Nom, non à cause des mérites d'Israël, pour que les nations sachent qu'il est le Seigneur[63]. De là vient la formule qui scande le livre plus de soixante-dix fois, comme un refrain de jugement et de salut : ils sauront que je suis le Seigneur[64]. Les exilés sauront, les nations sauront, les rois sauront : toute l'histoire racontée par Ézéchiel a pour fin la connaissance de Dieu, et cette insistance fait du livre une théologie de la révélation avant d'être une chronique du malheur.

La responsabilité de chacun

Au chapitre 18, Ézéchiel tranche le débat qui empoisonnait les exilés : puisqu'on souffre pour les fautes des pères, à quoi bon se convertir ? La réponse retourne le proverbe et fonde la morale individuelle de toute la Bible à venir : chacun sera jugé selon ses voies, le juste vivra de sa justice, le méchant qui se détourne vivra de son retour[65]. Le principe est répété au chapitre 14 avec les trois justes que leur justice ne sauverait qu'eux-mêmes, Noé, Daniel et Job, preuve que le prophète tient ses patriarches pour des personnes aussi réelles que ses contemporains[66]. Et le chapitre se clôt sur l'appel le plus pressant du livre, repris par la prédication de Carême dans tous les siècles chrétiens.

« Rejetez loin de vous toutes vos transgressions. Faites-vous un cœur nouveau et un esprit nouveau. Pourquoi mourriez-vous, maison d'Israël ? » — Ézéchiel, Ez 18, 31[67]

Le cœur nouveau et l'esprit donné

La promesse du chapitre 36 dépasse tout ce que l'ancienne alliance avait formulé : Dieu ne demande plus seulement un cœur obéissant, il le donne, il remplace la pierre par la chair, il verse l'eau qui purifie et l'esprit qui fait marcher dans ses lois[68]. Les Pères y ont reconnu l'annonce du baptême et de la confirmation, et le Nouveau Testament en reprend les mots quand il parle de la naissance d'en haut et de l'Esprit répandu. Aucun prophète n'avait lié aussi étroitement le pardon, l'eau et l'esprit : Ézéchiel est en ce sens le plus sacramentel des prophètes.

« Je répandrai sur vous une eau pure et vous serez purifiés. Je vous donnerai un cœur nouveau, je mettrai en vous un esprit nouveau. J'ôterai de votre chair le cœur de pierre, je vous donnerai un cœur de chair. » — Ézéchiel, Ez 36, 25-26[69]

David le pasteur, prince pour toujours

Deux fois, aux chapitres 34 et 37, Ézéchiel annonce que Dieu établira sur son peuple David son serviteur, comme pasteur unique et comme prince pour toujours[70]. David est mort depuis quatre siècles, et le texte parle au futur : la tradition juive puis chrétienne y a donc lu une promesse messianique, le roi à venir de la lignée de David qui rassemblera le troupeau dispersé. Les chrétiens y reconnaissent le Christ bon pasteur, les rameaux d'Isaïe à la main, et l'alliance de paix annoncée ici éclaire l'alliance nouvelle scellée dans son sang.

L'accomplissement chrétien

Le bon pasteur et les brebis dispersées

Quand Jésus déclare je suis le bon pasteur, il se place dans la lignée directe d'Ézéchiel 34 : les mauvais pasteurs d'Israël se sont repus eux-mêmes, Dieu viendra lui-même chercher ses brebis, et David son serviteur les conduira[71]. L'évangile de saint Jean reprend jusqu'au vocabulaire du chapitre, la connaissance mutuelle du pasteur et des brebis, la porte de la bergerie, la vie donnée pour le troupeau. Les Pères n'ont jamais lu ce discours autrement que comme l'accomplissement signé de la promesse faite aux exilés.

L'eau, l'esprit et le baptême

Si quelqu'un ne naît de l'eau et de l'Esprit, il ne peut entrer dans le royaume de Dieu : la parole à Nicodème reprend la double promesse d'Ézéchiel 36, l'eau pure qui lave et l'esprit nouveau qui fait vivre[72]. Saint Pierre, le jour de la Pentecôte, promet aux baptisés le don du Saint-Esprit, et saint Paul écrit aux baptisés que Dieu les a sauvés par le bain de la régénération et le renouvellement du Saint-Esprit[73]. L'Église qui plonge ses catéchumènes dans la nuit de Pâques en proclamant Ézéchiel ne fait que rendre au texte ce qu'il annonçait.

Les ossements et la résurrection des corps

La vision des ossements desséchés visait d'abord le relèvement national d'Israël après l'exil, et le texte le dit lui-même : ces ossements, c'est toute la maison d'Israël[74]. Le prodige a un précédent dans l'histoire sainte : un mort jeté sur les ossements d'Élisée reprit vie au contact du prophète, comme si Dieu avait voulu habituer son peuple à croire que ses envoyés portent la vie jusque dans la tombe[75]. Mais l'image débordait déjà sa première application, car un souffle qui fait revivre des morts ne parle jamais seulement de politique. Les Pères y ont lu l'annonce de la résurrection des corps, et l'Église proclame ce texte quand elle médite la victoire du Christ sur la mort, lui qui appelle Lazare hors du tombeau et qui sort lui-même du sépulcre au matin de Pâques[76].

La porte fermée et la Vierge Marie

L'oracle du chapitre 44 sur la porte orientale, cette porte restera fermée, on ne l'ouvrira pas, personne n'y passera, car le Seigneur, le Dieu d'Israël, est entré par là, est devenu dans la Tradition l'une des figures les plus aimées de la virginité perpétuelle de Marie[77]. Saint Ambroise, vers 391, puis saint Jérôme dans son commentaire, y voient le sein virginal par où le Seigneur est entré dans le monde sans l'ouvrir[78]. La liturgie mariale a repris l'image, et les iconographes ont peint la Mère de Dieu comme la porte close du Temple nouveau.

« Cette porte restera fermée, on ne l'ouvrira pas, personne n'y passera, car le Seigneur, le Dieu d'Israël, est entré par là. » — Ézéchiel, Ez 44, 2[79]

Gog, le fleuve et la cité mesurée dans l'Apocalypse

Aucun livre prophétique ne nourrit l'Apocalypse comme Ézéchiel : Gog et Magog reviennent pour le dernier assaut des nations contre le camp des saints[80], la cité céleste est mesurée au roseau comme le Temple d'Ézéchiel[81], le fleuve d'eau vive coule du trône avec l'arbre de vie dont les feuilles guérissent les nations[82], et les quatre vivants du trône portent les quatre faces vues au Kebar[83]. Le tableau ci-dessous rassemble les reprises les plus structurantes, celles sans lesquelles la dernière page de la Bible perdrait ses images[84].

Passage d'ÉzéchielReprise dans le Nouveau TestamentCe que la reprise établit
Ez 34, le pasteur DavidJn 10, le bon pasteurJésus accomplit la promesse faite aux exilés
Ez 36, l'eau pure et l'espritJn 3, 5 ; Tt 3, 5Le baptême annoncé comme naissance d'en haut
Ez 37, les ossements relevésJn 5, 28-29 ; 1 Co 15La résurrection des corps déjà figurée
Ez 38 à 39, Gog et MagogAp 20, 7-10Le dernier assaut des nations lu dans Ézéchiel
Ez 40 à 42, le Temple mesuréAp 21, 15-17, la cité mesuréeLa Jérusalem céleste comme Temple définitif
Ez 47, le fleuve et l'arbreAp 22, 1-2, le fleuve et l'arbre de vieLa guérison des nations sortie du sanctuaire
Ez 1, les quatre vivantsAp 4, les quatre vivantsLa liturgie du ciel contemplée dès l'exil

Ézéchiel dans la liturgie de l'Église

La nuit de Pâques : l'eau pure et l'esprit nouveau

La septième et dernière lecture de l'Ancien Testament à la Vigile pascale est tirée d'Ézéchiel 36 : je répandrai sur vous une eau pure, je vous donnerai un cœur nouveau[85]. Chaque année, pendant que les catéchumènes descendent vers la cuve baptismale, l'Église fait retentir la promesse faite aux exilés de Babylone, comme si le baptême de chaque nouveau chrétien était la réalisation personnelle de ce que le prophète avait vu pour tout un peuple. Aucun usage liturgique ne dit plus fortement ce que l'Église pense de ce livre : il annonce le sacrement qui fait les chrétiens.

Le Carême : les ossements et le retour

Le cinquième dimanche de Carême de l'année A, quand l'Église fait lire la résurrection de Lazare, la première lecture proclame Ézéchiel 37 : j'ouvrirai vos tombeaux et je vous en ferai sortir, ô mon peuple, et je mettrai mon esprit en vous[86]. Les scrutins des catéchumènes, les pénitents qui préparent Pâques, les fidèles qui méditent la mort prochaine du Christ : tous entendent que le Dieu d'Ézéchiel ouvre les tombeaux avant même que son Fils ne sorte du sien. Le rapprochement avec Lazare n'est pas un hasard de calendrier, c'est la lecture chrétienne du chapitre 37 dans sa forme la plus solennelle.

L'office, les Pères et la mémoire du 10 avril

Quatorze homélies d'Origène sur Ézéchiel nous sont parvenues dans la traduction latine de saint Jérôme, preuve que le livre était déjà prêché systématiquement au IIIe siècle[87]. Saint Grégoire le Grand y consacra vingt-deux homélies prêchées à Rome vers 591-593, pendant que les Lombards assiégeaient la ville : le pape y lisait le siège de Jérusalem comme l'image du siège de toute âme, et la restauration promise comme celle de l'Église éprouvée[88]. Le Martyrologe romain inscrit le prophète au 10 avril, les Églises byzantines le fêtent le 21 juillet et l'Église arménienne le 28 août : trois calendriers, un même prophète[89].

Ce que propose l'exégèse moderne, et ses limites

L'hypothèse d'un livre tardif ou composite

Une partie de l'exégèse contemporaine propose de ne voir dans Ézéchiel ni l'œuvre du déporté de 597 ni un livre du VIe siècle. Dès 1924, Gustav Hölscher soutenait que seuls les oracles en vers étaient authentiques, à peine un sixième du livre, le reste étant l'œuvre d'éditeurs postérieurs[90]. Charles Torrey alla plus loin en faisant du livre un pseudépigraphe bien plus tardif, composé pour antidater des préoccupations récentes[91]. D'autres reconstructions déplacent les visions du Temple, les oracles contre les nations ou les lois finales vers des mains multiples étalées sur plusieurs siècles, en découpant le texte selon des critères de style et de vocabulaire[92].

Les présupposés et les limites de la reconstruction

Ces hypothèses reposent d'abord sur un présupposé philosophique, non sur une découverte : une prophétie datée avec une telle précision, annonçant la chute puis le relèvement, ne pouvant précéder les événements, le texte est déclaré postérieur aux faits qu'il raconte[93]. Ensuite vient la datation circulaire : on découpe les morceaux selon des critères stylistiques, on date chaque morceau selon une théorie de l'évolution religieuse d'Israël, puis on invoque le découpage comme preuve de l'évolution[94]. Enfin, aucun manuscrit d'aucune des strates supposées n'existe : leurs frontières et leurs dates varient selon les écoles, et ce que l'une attribue au prophète, l'autre l'attribue à son école[95].

Ce que le texte lui-même objecte

Or le livre résiste à ce traitement mieux que la plupart des écrits antiques. La couleur babylonienne y est partout : le système de datation par années d'exil croisé avec les mois mésopotamiens, les emprunts au vocabulaire akkadien relevés par les commentateurs, la topographie exacte des canaux, le catalogue commercial de Tyr au chapitre 27 dont chaque comptoir est vérifiable, le siège de treize ans confirmé par Josèphe[96]. Les grands commentateurs du XXe siècle qui ont le plus étudié le livre, Walther Zimmerli, Moshé Greenberg et Daniel Block, ont défendu tour à tour son unité substantielle et son enracinement babylonien, contre les découpages de leurs prédécesseurs[97]. Et le témoin de Ben Sira interdit de toute façon de faire descendre la composition en dessous du IIe siècle, tandis que Qumrân montre un rouleau déjà fixé dans son étendue : les reconstructions qui placent l'essentiel de la rédaction à l'époque hellénistique se heurtent à des manuscrits plus anciens qu'elles[98].

Benoît XVI, dans l'exhortation Verbum Domini, a mis en garde contre une exégèse qui réduirait le texte à des strates anonymes sans jamais rencontrer les personnes que Dieu a appelées : le livre saint n'est pas d'abord un dossier de rédaction, c'est une parole adressée[99]. Le lecteur catholique reste donc parfaitement libre de tenir la position traditionnelle : un prêtre déporté en 597, qui prophétisa de 593 à 571 au bord du Kebar, et dont les successeurs, les hommes de la Grande Assemblée, mirent l'œuvre par écrit. C'est ce que dit le texte, ce que confirme la tradition juive, et ce qu'aucun manuscrit n'a jamais démenti.

Pour aller plus loin

Le livre d'Ézéchiel se lit en premier dans la Bible elle-même, chapitres 1 à 48, en suivant les dates portées par le texte. On consultera ensuite le commentaire de saint Jérôme en quatorze livres, les homélies de saint Grégoire le Grand sur les visions du début et de la fin, et les quatorze homélies d'Origène conservées en latin. Parmi les travaux modernes, les commentaires de Walther Zimmerli, de Moshé Greenberg et de Daniel Block défendent avec une érudition reconnue l'unité et l'ancienneté du livre. La Vigile pascale et le cinquième dimanche de Carême de l'année A font entendre chaque année les deux sommets du livre, le cœur nouveau et les ossements relevés.

Notes et références

  1. Ez 1, 2 ; Ez 29, 17 : quatorze dates de la 5e à la 27e année de l'exil de Joiakîn, soit 593 à 571 av. J.-C. ; système de double référence croisant années d'exil et mois babyloniens.

    1
  2. Saint Jérôme, Commentaire sur Ézéchiel, 14 livres rédigés à Bethléem vers 410-414 : le plus ample commentaire latin du livre, jalon de toute l'exégèse occidentale.

    2
  3. Si 49, 8-10 : Ézéchiel vit la vision de la gloire sur le char des chérubins et prophétisa le relèvement ; témoignage vers 180 av. J.-C.

    3 24
  4. Copies fragmentaires d'Ézéchiel en hébreu dans les grottes 4 et 11 de Qumrân, IIe-Ier siècle av. J.-C. : le rouleau circule déjà dans son étendue.

    4 26
  5. Martyrologium Romanum (2004) au 10 avril : mémoire du prophète Ézéchiel, déporté à Babylone, qui vit la gloire du Seigneur.

    5
  6. Prophètes postérieurs (Nevi'im Aharonim) : Isaïe, Jérémie, Ézéchiel puis les douze petits prophètes, ordre du canon hébraïque reçu.

    6
  7. Concile de Trente, session IV, 8 avril 1546 : canon des Écritures reçu en entier avec toutes ses parties, dont Ézéchiel parmi les grands prophètes.

    7
  8. Années comptées depuis la déportation de Joiakîn (597), mois nommés selon l'usage mésopotamien : ancrage du livre dans la Babylonie du VIe siècle.

    8
  9. Ez 3, 15 : Tel-Abib, colonie des déportés près du fleuve Kebar, canal de Babylonie dans la région de Nippour.

    9
  10. Architecture suivie par l'exégèse traditionnelle depuis les Pères : jugement de Jérusalem, jugement des nations, restauration, Temple nouveau.

    10
  11. Ez 1, 3 : la parole du Seigneur fut adressée à Ézéchiel, fils de Buzi, le prêtre, au pays des Chaldéens, près du fleuve Kebar.

    11
  12. 2 R 24, 14-16 : en 597 Nabuchodonosor déporte Joiakîn avec l'élite de Jérusalem, dix mille captifs dont artisans et guerriers.

    12
  13. Ez 24, 15-27 : la mort de l'épouse, les délices de tes yeux, devient le signe du deuil interdit quand le sanctuaire sera profané.

    13
  14. Ez 3, 26-27 ; Ez 4 ; Ez 5, 1-4 : mutisme, siège figuré sur la brique, jours d'iniquité portés couché, cheveux pesés et dispersés.

    14
  15. Ez 3, 1-3 : le rouleau mangé, doux comme le miel ; vocation à parler à la maison d'Israël.

    15
  16. Ez 1, 1-2 : la trentième année, la cinquième année de la déportation du roi Joiakîn, le 5e jour du 4e mois, soit juillet 593.

    16
  17. Nb 4, 3 : le prêtre entre en service à trente ans ; lecture traditionnelle de la trentième année d'Ez 1, 1 comme l'âge du prophète-prêtre.

    17
  18. Ez 29, 17 : la 27e année, le 1er jour du 1er mois, soit avril 571 ; dernier oracle daté du livre, l'Égypte donnée en salaire contre Tyr.

    18
  19. Esquisse reçue croisant les années d'exil (depuis 597) avec le calendrier babylonien ; repères extérieurs : siège de Jérusalem 588-586, chute 586.

    19
  20. Ez 3, 26-27 : la langue attachée au palais jusqu'au jour de la chute ; signe du jugement qui ferme la bouche.

    20
  21. Ez 33, 21-22 : le fugitif annonce la chute, le soir même la bouche s'ouvre ; fin du mutisme datée comme son début.

    21
  22. Vies des prophètes (Ier siècle), Vie d'Ézéchiel : mis à mort par le chef du peuple en exil pour avoir repris l'idolâtrie, enseveli au champ de Maour.

    22
  23. Al Kifl (Irak), tombeau vénéré comme celui d'Ézéchiel (Dhou el-Kifl), pèlerinage juif puis musulman, inscription ancienne ; continuité de mémoire depuis l'exil.

    23
  24. Si 49, 8 : ce fut Ézéchiel qui vit la vision de la gloire montrée sur le char des chérubins.

    25
  25. Septante d'Ézéchiel plus brève d'environ un vingtième que le massorétique ; débat ouvert sur Vorlage brève ou abrègement des traducteurs.

    27
  26. Papyrus 967 (Chester Beatty), vers 200 ap. J.-C. : Ézéchiel grec pré-hexaplaire, texte déjà fixé, ordre différent dans la zone des ch. 36 à 40.

    28
  27. Flavius Josèphe, Contre Apion I, d'après Ménandre de Tyr : siège de treize ans mis par Nabuchodonosor devant Tyr ; cadre de l'oracle sur le salaire de l'armée.

    29
  28. Talmud de Babylone, Baba Batra 15a : les hommes de la Grande Assemblée ont mis par écrit Ézéchiel, les douze petits prophètes, Daniel et Esther.

    30
  29. Chaîne continue de Ben Sira (vers 180 av. J.-C.) au concile de Trente (1546) : attribution et contenu stables.

    31
  30. Ez 1, 4-28 : vent du nord, nuée, quatre vivants aux quatre faces (homme, lion, taureau, aigle), roues pleines d'yeux, trône de saphir.

    32
  31. Ben-'adam, fils d'homme : adresse divine au prophète plus de quatre-vingt-dix fois, marque du voyant resté homme devant la gloire.

    33
  32. Ez 4, 1-17 ; Ez 5, 1-4 : brique du siège, 390 jours puis 40 jours d'iniquité, nourriture pesée, cheveux partagés au fil de l'épée.

    34
  33. Ez 1, 27-28 : l'éclat de vermeil, le feu, la ressemblance de la gloire ; Ézéchiel tombe sur sa face.

    35
  34. Ez 8, 5-18 : idole de la jalousie, chambres d'images, femmes pleurant Tammouz, vingt-cinq hommes adorant le soleil.

    36
  35. Ez 10, 4. 18-19 ; Ez 11, 22-23 : la gloire gagne le seuil puis la montagne à l'orient ; Dieu quitte sa maison avant sa chute.

    37
  36. Ez 16 (Jérusalem, l'enfant trouvée) ; Ez 23 (Ohola et Oholiba, Samarie et Jérusalem) : les deux grandes allégories de l'infidélité.

    38
  37. Ez 18, 2 : les pères ont mangé du raisin vert et les dents des fils sont agacées ; proverbe des exilés réfuté par tout le chapitre.

    39
  38. Ez 18, 20 : l'âme qui pèche mourra ; le fils ne porte pas l'iniquité du père.

    40
  39. Ez 25, 1-17 : Ammon, Moab, Édom, Philistins ; oracles brefs contre les voisins qui ont profité de la chute.

    41
  40. Ez 27 : catalogue du commerce phénicien, navires de Tarsis, comptoirs et marchandises ; le naufrage annoncé de la ville marchande.

    42
  41. Ez 28, 11-19 : lamentation sur le roi de Tyr, plein de sagesse et parfait en beauté ; les Pères y lisent la chute de l'ange rebelle.

    43
  42. Ez 29 à 32, sept oracles datés : Pharaon crocodile du Nil, cèdre abattu, bras brisé ; effondrement de la puissance du sud.

    44
  43. Ez 33, 21 : le fugitif annonce la ville a été prise ; la bouche du prophète s'ouvre le soir même.

    45
  44. Ez 33, 24-29 : Abraham était seul et il a possédé le pays ; réponse divine : la terre se garde par la justice, non par le titre.

    46
  45. Ez 33, 1-9 : la sentinelle qui n'avertit pas porte le sang, celle qui avertit sauve sa vie ; charge rétablie après la chute.

    47
  46. Ez 34, 23-24 ; Ez 37, 24-25 : David mon serviteur pasteur unique et prince pour toujours ; promesse messianique.

    48
  47. Ez 34, 23 : je susciterai pour elles un seul pasteur, David, mon serviteur.

    49
  48. Ez 36, 25-28 : eau pure, cœur nouveau, esprit nouveau ; la promesse proclamée à la Vigile pascale.

    50
  49. Ez 37, 1-14 : la plaine d'ossements, la question, le souffle, l'armée immense ; relèvement promis à tout Israël.

    51
  50. Ez 37, 3 : ces ossements pourront-ils revivre ? Seigneur Dieu, c'est toi qui le sais.

    52
  51. Ez 38 à 39 : Gog du pays de Magog, assaut final brisé par Dieu ; les nations sauront qu'il est le Seigneur.

    53
  52. Ez 40 à 42 : l'homme d'airain, la canne à mesurer, portes, parvis et sanctuaire visités coudée par coudée.

    54
  53. Ez 43, 1-5 : la gloire revient par l'orient, remplit la maison ; pendant du départ d'Ez 10 à 11.

    55
  54. Ez 47, 1-12 : le fleuve du seuil oriental, eaux assainies, arbres aux fruits nourrissants et feuilles guérissantes.

    56
  55. Ez 47, 13 à 48, 35 : partage entre les douze tribus, part sainte au centre, nouveau nom de la cité.

    57
  56. Ez 43, 2 : la gloire venue de l'orient, voix des grandes eaux, terre resplendissante.

    58
  57. Ez 48, 35 : le Seigneur est là (YHWH-Shamma), dernier mot du livre.

    59
  58. Ez 1, 28 ; Ez 10 à 11 ; Ez 43, 1-5 : kabod, la gloire-poids ; départ par l'orient, retour par l'orient.

    60
  59. Mystique juive du char (merkabah) adossée à Ez 1 et 10 ; liturgies chrétiennes reprenant les vivants et les roues.

    61
  60. Ez 10, 4. 18 : la gloire gagne le seuil puis sort de la maison.

    62
  61. Ez 36, 22-23 : ce n'est pas à cause de vous que j'agis, mais à cause de mon saint Nom profané parmi les nations.

    63
  62. Ils sauront que je suis le Seigneur : formule de reconnaissance scandant le livre plus de soixante-dix fois, en jugement comme en salut.

    64
  63. Ez 18, 5-32 : le juste vivra, le méchant qui se détourne vivra ; chacun jugé selon ses voies.

    65
  64. Ez 14, 14. 20 : Noé, Daniel et Job ; même leur justice ne délivrerait qu'eux-mêmes.

    66
  65. Ez 18, 31 : faites-vous un cœur nouveau et un esprit nouveau ; appel repris par la prédication du Carême.

    67
  66. Ez 36, 26-27 : cœur de chair contre cœur de pierre, esprit mis au-dedans ; le prophète le plus sacramentel.

    68
  67. Ez 36, 25-26 : l'eau pure, le cœur nouveau, l'esprit nouveau.

    69
  68. Ez 34, 23-24 et Ez 37, 24-25 : David pasteur et prince, alliance de paix ; lecture messianique reçue.

    70
  69. Jn 10, 11-16 : je suis le bon pasteur ; vocabulaire et promesse d'Ez 34 accomplis.

    71
  70. Jn 3, 5 : naître de l'eau et de l'Esprit ; double promesse d'Ez 36, 25-27.

    72
  71. Tt 3, 5 : le bain de la régénération et le renouvellement du Saint-Esprit ; langage d'Ez 36.

    73
  72. Ez 37, 11 : ces ossements, c'est toute la maison d'Israël ; premier sens national du relèvement.

    74
  73. 2 R 13, 20-21 : le mort jeté sur les ossements d'Élisée reprend vie ; précédent du relèvement d'Ez 37.

    75
  74. Lecture patristique unanime : les ossements figurent la résurrection des corps accomplie dans le Christ.

    76
  75. Ez 44, 1-3 : la porte orientale fermée, car le Seigneur est entré par là ; figure mariale reçue.

    77
  76. Saint Ambroise, De Institutione Virginis 8, 52 (vers 391) ; saint Jérôme, Commentaire sur Ézéchiel (vers 410-414) : la porte close, figure de la virginité perpétuelle.

    78
  77. Ez 44, 2 : cette porte restera fermée car le Seigneur, le Dieu d'Israël, est entré par là.

    79
  78. Ap 20, 7-10 : Gog et Magog pour le dernier combat ; reprise explicite d'Ez 38 à 39.

    80
  79. Ap 21, 15-17 : la cité mesurée au roseau d'or ; reprise du Temple mesuré d'Ez 40 à 42.

    81
  80. Ap 22, 1-2 : le fleuve d'eau vive et l'arbre aux douze récoltes ; reprise d'Ez 47.

    82
  81. Ap 4, 6-8 : les quatre vivants autour du trône ; reprise des vivants d'Ez 1.

    83
  82. Sept reprises structurantes sans lesquelles l'Apocalypse et le discours du bon pasteur perdraient leurs images.

    84
  83. Ordo Lectionum Missae, Vigile pascale, 7e lecture : Ez 36, 16-28, proclamée avant les baptêmes de la nuit.

    85
  84. 5e dimanche de Carême, année A, 1re lecture : Ez 37, 12-14, avec la résurrection de Lazare en évangile.

    86
  85. Origène, 14 homélies sur Ézéchiel, conservées dans la traduction latine de saint Jérôme ; prédication systématique dès le IIIe siècle.

    87
  86. Saint Grégoire le Grand, 22 homélies sur Ézéchiel prêchées à Rome vers 591-593 pendant le siège lombard ; le siège de Jérusalem lu comme siège de l'âme.

    88
  87. Martyrologe romain au 10 avril ; Églises byzantines au 21 juillet ; Église arménienne au 28 août.

    89
  88. Gustav Hölscher, Hesekiel, der Dichter und das Buch (1924) : seuls les oracles en vers seraient authentiques, à peine un sixième du livre.

    90
  89. Charles C. Torrey, Pseudo-Ezekiel and the Original Prophecy (1930) : le livre serait un pseudépigraphe bien postérieur à l'exil.

    91
  90. Reconstructions répartissant visions, oracles contre les nations et lois finales entre plusieurs mains sur plusieurs siècles, selon style et vocabulaire.

    92
  91. Présupposé nommé par la tradition critique elle-même : une prophétie précise étant tenue pour impossible, le texte est déclaré postérieur aux faits.

    93
  92. Morceaux découpés selon des critères stylistiques, datés selon une théorie de l'évolution religieuse, puis invoqués comme preuve de cette évolution.

    94
  93. Aucun manuscrit des strates supposées n'existe ; frontières et dates variant selon les écoles, d'un commentateur à l'autre.

    95
  94. Datation par années d'exil, mois mésopotamiens, emprunts akkadiens, topographie des canaux, catalogue de Tyr, siège confirmé par Josèphe.

    96
  95. Walther Zimmerli (commentaire BKAT, 1969), Moshé Greenberg (Anchor Bible, 1983 et 1997), Daniel Block (NICOT, 1997 et 1998) : unité substantielle et enracinement babylonien défendus.

    97
  96. Ben Sira (vers 180 av. J.-C.) puis Qumrân (IIe-Ier s. av. J.-C.) : le rouleau existe et circule avant les datations basses proposées pour sa rédaction.

    98
  97. Benoît XVI, exhortation apostolique Verbum Domini, 30 septembre 2010 : contre une exégèse qui réduirait le texte à des strates sans rencontrer les personnes appelées.

    99