Aaron (vers 1363-1240 av. J.-C.)

Aaron, frère aîné de Moïse et premier grand prêtre d'Israël : sa vie de l'Égypte au mont Hor, le sacerdoce perpétuel promis à sa race, son accomplissement dans le Christ et sa place dans la prière de l'Église.

Ignispedia

Aaron est, selon l'Écriture reçue par l'Église, le frère aîné de Moïse et le premier grand prêtre d'Israël : la bouche qui parle au Pharaon quand Moïse se dit lourd de langue, la main qui étend le bâton sur les eaux d'Égypte, puis l'homme oint dont les fils portent pour toujours le sacerdoce. Son histoire se lit dans quatre des cinq livres du Pentateuque, de l'appel au buisson ardent jusqu'au sommet du mont Hor où il meurt à 123 ans, revêtu de ses ornements, sous les yeux de tout le peuple.

Ni héros sans faute ni prêtre décoratif, Aaron est un homme réel avec ses grandeurs et sa chute : le même qui façonne le veau d'or devient l'intercesseur dont l'encensoir arrête le fléau, et le bâton d'amandier qui fleurit dans la tente fait de lui l'élu de Dieu face aux révoltés. L'Église le tient pour une personne qui a vécu, citée par les Psaumes, louée par Ben Sira, commentée par les Pères, et relue par l'épître aux Hébreux comme la mesure de tout sacerdoce : nul ne s'attribue cet honneur s'il n'est appelé comme Aaron. L'article présente d'abord le récit tel que l'Église le reçoit, sa place dans le canon, son auteur traditionnel et ses témoins anciens, puis sa vie, sa théologie, son accomplissement dans le Christ, sa présence dans la liturgie, et enfin le débat avec l'exégèse historico-critique moderne.

Aaron dans le canon des Écritures

Les quatre livres qui racontent Aaron

Aaron n'a pas de livre à son nom : il traverse le Pentateuque, les cinq livres que la tradition juive puis chrétienne attribuent à Moïse. Quatre d'entre eux le mettent en scène, chacun avec son apport propre, et le tableau ci-dessous donne les passages qui structurent tout le dossier[1].

Livre bibliquePassages principauxCe que le livre apporte sur Aaron
ExodeEx 4 à 12 ; Ex 28 à 29 ; Ex 32Porte-parole devant Pharaon, les trois premières plaies par sa main, les vêtements et l'onction, puis le veau d'or
LévitiqueLv 8 à 10 ; Lv 16 ; Lv 21Consécration sur sept jours, le feu du ciel, la mort de Nadab et Abihu, le rituel du grand pardon et la sainteté exigée des prêtres
NombresNb 12 ; Nb 16 à 18 ; Nb 20 ; Nb 33La critique avec Myriam, la révolte de Coré, le bâton qui fleurit, l'encensoir qui arrête le fléau, la faute de Meriba et la mort sur le Hor
DeutéronomeDt 9 à 10 ; Dt 32 à 33Le rappel du veau d'or et de la prière de Moïse pour Aaron, la mort à Moséra, la bénédiction de Lévi et de ses Urim

Aucun de ces livres ne fonctionne seul : l'Exode donne l'appel et la chute, le Lévitique donne la consécration, les Nombres donnent l'épreuve et la mort, le Deutéronome donne la relecture. C'est l'ensemble, reçu comme un tout, qui fait d'Aaron le premier prêtre : le séparer de ce cadre, c'est perdre le sens de sa figure[2].

Les autres mentions d'Aaron dans la Bible

Aaron n'est pas confiné au Pentateuque : une quinzaine de livres bibliques le nomment, le supposent ou le chantent, ce qui interdit de traiter son dossier comme une pièce rapportée tardive. Le tableau ci-dessous rassemble les principales mentions hors Pentateuque.

Livre bibliquePassageCe que le texte apporte sur Aaron
JosuéJos 24, 5.33Dieu a envoyé Moïse et Aaron, puis a frappé l'Égypte ; Éléazar, fils d'Aaron, enterré à Guibea
1 Chroniques1 Ch 5, 27-29 ; 1 Ch 6Généalogie lévitique détaillée : Qehath, Amram, Aaron, puis Éléazar et la lignée jusqu'à l'exil
EsdrasEsd 7, 1-5Esdras le scribe fait remonter sa propre généalogie jusqu'à Aaron par Éléazar et Phinées
PsaumesPs 77, 20 ; Ps 99, 6 ; Ps 105, 26 ; Ps 106, 16 ; Ps 115 ; Ps 133, 2Moïse et Aaron guides du troupeau, Aaron parmi les prêtres qui invoquent, Aaron le saint du Seigneur, la maison d'Aaron bénie, l'huile qui descend sur sa barbe
MichéeMi 6, 4Dieu rappelle qu'il a envoyé devant son peuple Moïse, Aaron et Myriam
Ben SiraSi 44 à 45Long éloge : l'alliance éternelle, les vêtements sacrés, l'onction, le sacerdoce perpétuel donné à sa race
SagesseSg 18, 20-25L'homme irréprochable qui arrête la colère avec la prière et l'encens, lu traditionnellement d'Aaron à la révolte de Coré
Actes des ApôtresAc 7, 40Étienne rappelle devant le Sanhédrin : le peuple a dit à Aaron de lui faire des dieux qui marchent en tête
HébreuxHe 5, 1-5 ; He 7 ; He 9Nul ne s'attribue l'honneur du sacerdoce s'il n'est appelé comme Aaron ; le sacerdoce lévitique dépassé par Melchisédech ; le bâton d'Aaron dans l'arche

Le témoin le plus décisif reste le Nouveau Testament lui-même : Étienne et l'auteur de l'épître aux Hébreux parlent d'Aaron comme d'un homme qui a vécu, et en tirent des doctrines qui s'effondreraient s'il n'avait pas existé. On ne fonde ni une généalogie sacerdotale (Esd 7, 1-5), ni une théologie du sacerdoce (He 5 à 9), ni une accusation publique devant le Sanhédrin (Ac 7, 40) sur un personnage dont on saurait qu'il n'a jamais vécu[3].

L'auteur et la datation reçus par l'Église

Moïse, auteur du Pentateuque

La tradition juive, unanime dans le Talmud, attribue l'ensemble du Pentateuque à Moïse, à l'exception des derniers versets du Deutéronome qui racontent sa mort[4]. Les Pères reprennent cette attribution sans débat : pour eux, le livre de Moïse cité par le Christ comprend aussi bien la Genèse que l'Exode, et l'auteur du récit d'Aaron est le frère même du grand prêtre[5]. Le Christ lui-même traite Moïse en auteur : il parle du livre de Moïse au buisson ardent, il déclare que Moïse a écrit de lui, et il reproche à ses auditeurs de ne pas croire ses écrits[6].

« Si vous croyiez Moïse, vous me croiriez aussi, car c'est de moi qu'il a écrit. »

Le Christ, Évangile selon saint Jean 5, 46[7]

Cette parole fixe le cadre catholique : le Pentateuque n'est pas une compilation anonyme de rédacteurs tardifs imaginant leurs origines, mais le témoignage écrit du temps de l'Exode, transmis et reçu comme tel par Israël puis par l'Église. La Commission biblique pontificale, le 27 juin 1906, a confirmé l'authenticité mosaïque substantielle du Pentateuque : Moïse en est bien l'auteur au sens plein, ce qui n'exclut ni secrétaires, ni retouches postérieures, ni le récit de sa propre mort ajouté par une autre main[8]. Le concile Vatican II enseigne que les livres de l'Ancien Testament, écrits sous l'inspiration du Saint-Esprit, gardent une valeur impérissable et préparent l'Évangile[9]. Ce qui vaut pour le Pentateuque vaut pour le dossier d'Aaron : il est raconté par son contemporain et son frère.

La chronologie : 83 ans, 123 ans, 430 ans

L'Écriture donne elle-même les trois nombres qui datent Aaron. À la sortie d'Égypte, Moïse a 80 ans et Aaron 83 ans (Ex 7, 7)[10]. Aaron meurt sur le mont Hor à 123 ans, la 40e année après la sortie, le premier jour du cinquième mois (Nb 33, 38-39)[11]. Le séjour en Égypte a duré 430 ans (Ex 12, 40)[12]. En combinant ces données avec la chronologie des patriarches reçue sur Ignispedia (Jacob entre en Égypte à 130 ans, soit vers 1710 av. J.-C.), la sortie se situe vers 1280 av. J.-C., au XIIIe siècle, et Aaron naît donc vers 1363 pour mourir vers 1240[13]. Ce calcul suit exactement la méthode de l'article Abraham : les âges donnés par le texte sont pris au sérieux, le millésime exact n'est pas dogmatisé, et l'ordre de grandeur, le XIIIe siècle de l'Exode, est tenu avec la chronologie reçue[14].

Repère (référence)Donnée du texteComputation reçue
Entrée de Jacob en Égypte (Gn 47, 9)Jacob âgé de 130 ans, soit vers 1710Point de départ du séjour
Séjour en Égypte (Ex 12, 40)430 ansSortie vers 1280 av. J.-C., XIIIe siècle
Âge d'Aaron à la sortie (Ex 7, 7)83 ansNaissance vers 1363 av. J.-C.
Mort sur le Hor (Nb 33, 38-39)123 ans, 40e année, 5e mois, 1er jourMort vers 1240 av. J.-C.
Computation d'Ussher (Annales, 1650)Sortie en 1491Aaron vers 1574-1451 av. J.-C.

James Ussher, dans ses Annales de 1650-1654, place la sortie en 1491 et obtient Aaron vers 1574-1451 av. J.-C.[15]. L'écart avec la computation ci-dessus vient du point d'ancrage choisi, non d'un désaccord sur les âges du texte : dans les deux systèmes, Aaron a 83 ans à la sortie et meurt à 123 ans. Ce qui est reçu, c'est la cohérence interne des nombres bibliques et leur ancrage au Bronze récent, non un millésime imposé à la foi[16].

Les témoins anciens d'Aaron

La chaîne des témoins qui parlent d'Aaron comme d'un homme réel part du IIe siècle avant Jésus-Christ et ne s'interrompt plus. Vers 180 av. J.-C., le sage Jésus, fils de Sira, consacre à Aaron un éloge de dix-sept versets (Si 45, 6-22) : alliance éternelle, onction sainte, vêtements de gloire, sacerdoce perpétuel donné à sa race[17]. Le premier livre des Maccabées, au IIe siècle, suppose la même histoire connue quand Mattathias rappelle Phinées, petit-fils d'Aaron, et son zèle pour l'alliance (1 M 2, 54)[18].

« Il fit grandir Aaron, saint comme Moïse, son frère, de la tribu de Lévi. Il conclut avec lui une alliance éternelle, il lui donna le sacerdoce du peuple. »

Ben Sira, 45, 6-7[19]

Vers 20 à 50 ap. J.-C., Philon d'Alexandrie présente Aaron au monde grec dans sa Vie de Moïse comme le frère et l'interprète du législateur[20]. Vers 93-94, Flavius Josèphe raconte la mort d'Aaron sur le Hor en historien, pour des lecteurs romains, avec la transmission des ornements à Éléazar[21]. Le Talmud de Babylone, au traité Baba Batra, attribue le Pentateuque à Moïse et conserve les généalogies lévitiques[22]. Les Pères prennent le relais : Origène commente le Lévitique en seize homélies, Grégoire de Nysse médite Aaron dans sa Vie de Moïse, saint Augustin traite l'Exode dans ses Questions sur l'Heptateuque, saint Jérôme décrit les vêtements sacerdotaux dans sa lettre à Fabiola[23]. Aucun de ces témoins, juif, païen cultivé ou chrétien, ne traite Aaron en symbole : tous parlent d'un homme.

  1. IIIe siecle av. J.-C.
    La Septante traduit le Pentateuque

    Le dossier d'Aaron circule en grec à Alexandrie : Exode, Lévitique, Nombres achevés.

  2. Vers 180 av. J.-C.
    Ben Sira loue Aaron

    Le Siracide 45 célèbre l'alliance éternelle et le sacerdoce perpétuel de sa race.

  3. IIe siecle av. J.-C.
    Les Maccabées supposent Aaron

    Mattathias rappelle Phinées, petit-fils d'Aaron, comme modèle du zèle (1 M 2, 54).

  4. Vers 20-50
    Philon écrit la Vie de Moïse

    Le philosophe juif d'Alexandrie présente Aaron au monde grec comme frère et interprète.

  5. Vers 93-94
    Josèphe publie les Antiquités judaïques

    Les livres II à IV racontent Aaron en historien, jusqu'à la mort sur le Hor.

  6. IIIe-IVe siecle
    Origène et les Pères commentent

    Seize homélies sur le Lévitique, puis Grégoire de Nysse, Augustin et Jérôme sur Aaron.

  7. 27 juin 1906
    La Commission biblique tranche

    Authenticité mosaïque substantielle du Pentateuque : Aaron est raconté par son temps.

  8. 1965
    Dei Verbum

    Le concile Vatican II confirme la valeur impérissable des livres de l'Ancien Testament.

La vie d'Aaron

Fils d'Amram, frère de Moïse et de Myriam

Aaron naît en Égypte dans la tribu de Lévi : son père s'appelle Amram, sa mère Yokébed, elle-même fille de Lévi née en Égypte, et la généalogie d'Exode 6 aligne Qehath, Amram, puis Aaron, avec la durée de chaque vie[24]. Son frère Moïse est de trois ans son cadet, et sa sœur Myriam garde l'enfant du Nil avant de devenir prophétesse : trois enfants d'une même maison portent à eux seuls l'Exode, la Loi et le chant de la délivrance[25]. Aaron épouse Élishéba, fille d'Amminadab et sœur de Nahshon, prince de Juda : le sacerdoce naissant s'allie ainsi à la tribu royale, Lévi à Juda, comme pour annoncer de loin l'alliance du prêtre et du roi[26]. Quatre fils naissent : Nadab, Abihu, Éléazar et Ithamar, dont les deux derniers seuls transmettront le sacerdoce[27].

La bouche de Moïse devant Pharaon

Quand Dieu appelle Moïse au buisson ardent, celui-ci objecte qu'il n'est pas un homme de parole : il a, dit-il, la bouche lourde et la langue lourde (Ex 4, 10)[28]. La réponse de Dieu est Aaron : son frère aîné vient déjà à sa rencontre, il parlera au peuple et au Pharaon, et Moïse lui mettra les paroles dans la bouche[29]. La formule est solennelle : Dieu dit à Moïse qu'Aaron sera sa bouche et que lui, Moïse, sera pour Aaron comme un Dieu (Ex 4, 16), puis devant Pharaon : Moïse tient lieu de Dieu et Aaron son frère sera son prophète (Ex 7, 1)[30]. Le couple est inséparable : l'un reçoit, l'autre proclame, et c'est le modèle de toute parole prophétique.

C'est la main d'Aaron qui ouvre les plaies d'Égypte. Son bâton, jeté devant Pharaon, devient serpent et engloutit les serpents des magiciens (Ex 7, 8-13)[31]. Sur l'ordre transmis par Moïse, il étend la main sur les eaux et elles deviennent sang (Ex 7, 19-20), il fait monter les grenouilles du Nil (Ex 8, 1-6), il frappe la poussière qui devient moustiques, et les magiciens eux-mêmes doivent avouer que le doigt de Dieu est là (Ex 8, 12-15)[32]. Aaron n'est donc pas un figurant : pendant tout le duel avec Pharaon, il est l'acteur visible du jugement de Dieu sur les dieux d'Égypte.

Le veau d'or : la chute et le pardon

Resté seul avec Hour pendant que Moïse demeure quarante jours sur la montagne, Aaron cède au peuple qui réclame des dieux qui marchent en tête : il fait fondre les anneaux d'or, façonne un veau, bâtit un autel et proclame une fête pour le Seigneur (Ex 32, 1-6)[33]. Le lendemain, le peuple offre des holocaustes et se livre à la débauche, et Dieu annonce à Moïse qu'il va l'exterminer. Moïse intercède, descend, brise les tables, réduit le veau en poudre, et trois mille hommes tombent par l'épée des lévites (Ex 32, 27-28)[34]. Face à son frère, Aaron s'excuse platement : le peuple est porté au mal, il a jeté l'or au feu et le veau en est sorti (Ex 32, 22-24)[35].

Le Deutéronome ajoute l'essentiel : la colère du Seigneur s'est enflammée aussi contre Aaron, au point de vouloir le détruire, et Moïse a prié aussi pour lui en ce temps-là (Dt 9, 20)[36]. Le premier prêtre est donc sauvé par l'intercession de son frère avant de devenir lui-même intercesseur pour le peuple : toute sa théologie tient dans ce renversement. Étienne, devant le Sanhédrin, rappellera la scène sans adoucir : le peuple a dit à Aaron de lui faire des dieux, et Dieu s'est détourné (Ac 7, 40-42)[37]. L'Église ne cache pas la faute : elle y voit la preuve qu'Aaron est un homme réel, et que le sacerdoce ne repose pas sur l'impeccabilité de son premier titulaire.

L'onction du premier grand prêtre

Après le pardon vient la consécration. Dieu choisit Aaron et ses fils pour exercer le sacerdoce, et Moïse reçoit le patron des vêtements sacrés : éphod brodé d'or et de pourpre, pectoral du jugement serti de douze pierres aux noms des douze tribus, robe bordée de clochettes d'or et de grenades, turban surmonté d'une lame d'or pur gravée des mots consacrés au Seigneur (Ex 28)[38]. Ces vêtements sont faits, dit le texte, pour la gloire et l'ornement, et le pectoral fait porter à Aaron les noms d'Israël sur son cœur chaque fois qu'il entre dans le sanctuaire (Ex 28, 29)[39]. L'Urim et le Thummim, placés dans le pectoral, servent à consulter Dieu dans les décisions graves[40].

La consécration dure sept jours : ablutions, onction d'huile, sacrifices, sang appliqué à l'oreille, au pouce et à l'orteil, aspersion des vêtements (Ex 29 ; Lv 8)[41]. Le huitième jour, Aaron bénit le peuple, et un feu sort de devant le Seigneur et consume l'holocauste sous les yeux de la foule qui pousse des cris de joie (Lv 9, 23-24)[42]. Le sacerdoce aaronique naît ainsi d'en haut, par le feu et non par un vote : nul ne s'est donné cet honneur, Dieu l'a allumé lui-même.

Nadab et Abihu, Myriam : l'épreuve des proches

Le feu qui consacre est aussi le feu qui juge. Nadab et Abihu, les deux fils aînés, offrent devant le Seigneur un feu étranger qu'il ne leur avait pas ordonné : un feu sort et les dévore, et Moïse rappelle la parole de Dieu, il sera sanctifié par ceux qui s'approchent de lui (Lv 10, 1-3)[43]. Aaron, à qui il est interdit de se découvrir la tête et de déchirer ses vêtements en signe de deuil, garde le silence : son premier acte de grand prêtre est d'accepter le jugement sur sa propre maison[44].

Plus tard, Myriam et Aaron critiquent Moïse à cause de la femme couchite qu'il a épousée, et ajoutent que le Seigneur n'a pas parlé par Moïse seul (Nb 12, 1-2)[45]. Dieu les convoque à la tente, s'affirme pour son serviteur Moïse à qui il parle face à face, et frappe Myriam de lèpre blanche comme neige. Aaron alors supplie : il reconnaît la folie commise, il demande que sa sœur ne devienne pas comme un mort-né, et Moïse crie vers Dieu pour la guérir (Nb 12, 11-13)[46]. Myriam reste sept jours hors du camp, et le peuple attend son retour : l'intercession d'Aaron a obtenu le délai de la miséricorde.

Coré et le bâton qui fleurit

La contestation la plus grave vient de Coré, lévite lui-même, avec Datan, Abiram et deux cent cinquante princes : c'en est assez, toute la communauté est sainte, pourquoi Moïse et Aaron s'élèvent-ils (Nb 16, 1-3)[47]. L'épreuve des encensoirs tourne au désastre : la terre ouvre sa bouche et engloutit les révoltés, un feu dévore les deux cent cinquante hommes, et le lendemain le peuple murmure encore contre Moïse et Aaron (Nb 16, 31-41)[48]. Une plaie éclate dans le camp. Moïse ordonne à Aaron de prendre l'encensoir, d'y mettre le feu de l'autel et l'encens, et de courir faire l'expiation : Aaron se tient entre les morts et les vivants, et le fléau s'arrête, après avoir fait quatorze mille sept cents victimes (Nb 17, 11-15)[49]. L'image est saisissante : le prêtre debout, l'encensoir à la main, entre la mort qui avance et le peuple qui recule.

Pour clore le débat, Dieu ordonne de déposer douze bâtons, un par tribu, dans la tente du Témoignage : le bâton de l'homme choisi fleurira (Nb 17, 16-20)[50]. Le lendemain, le bâton d'Aaron, pour la maison de Lévi, a bourgeonné, fleuri et mûri des amandes : Dieu ordonne de le replacer devant le Témoignage comme un signe pour les rebelles (Nb 17, 23-26)[51]. Le bois mort qui porte du fruit en une nuit devient le sceau visible de l'élection : l'épître aux Hébreux notera que ce bâton, avec la manne et les tables, reposait dans l'arche (He 9, 4)[52]. Les Pères y verront la figure du sacerdoce qui porte la vie au milieu de la mort.

Meriba et la mort sur le mont Hor

À Qadesh, après la mort de Myriam, le peuple manque d'eau et se révolte : Moïse et Aaron tombent face contre terre, la gloire du Seigneur apparaît, et Dieu ordonne de parler au rocher (Nb 20, 1-8)[53]. Mais Moïse, excédé, crie aux rebelles et frappe le rocher deux fois de son bâton au lieu de lui parler : l'eau jaillit en abondance, et le jugement tombe aussitôt, parce que vous ne m'avez pas cru pour me sanctifier aux yeux des fils d'Israël, vous ne ferez pas entrer cette assemblée dans le pays que je lui donne (Nb 20, 10-12)[54]. Aaron partage la faute et partage la sentence : le pardon du veau d'or n'efface pas l'exigence de la sainteté jusqu'au bout.

Peu après, sur le mont Hor, à la frontière d'Édom, Dieu annonce que c'est le dernier jour d'Aaron : Moïse monte avec lui et Éléazar son fils, il dépouille Aaron de ses vêtements et en revêt Éléazar, et Aaron meurt là, au sommet, à 123 ans, sous les yeux de tout le peuple qui le pleure trente jours (Nb 20, 22-29 ; Nb 33, 38-39)[55]. La succession ne connaît aucune vacance : le sacerdoce passe du père au fils avant même la mort, et le deuil national dit ce que le premier prêtre était devenu pour Israël. Le Deutéronome précise qu'il mourut à Moséra et y fut enterré (Dt 10, 6), et que Moïse lui-même mourra sur le Nébo pour la même faute (Dt 32, 48-52)[56].

La théologie du sacerdoce aaronique

Appelé par Dieu, non auto-institué

Le premier principe du sacerdoce d'Aaron tient en une phrase de l'épître aux Hébreux : nul ne s'attribue à soi-même cet honneur, il faut y être appelé par Dieu, comme Aaron (He 5, 4)[57]. Tout le récit des Nombres illustre ce principe : quand Coré et les princes revendiquent le sacerdoce, ce n'est pas un vote qui les départage mais le feu, la terre et le bâton qui fleurit. Dieu choisit, l'homme reçoit, et toute auto-institution finit engloutie. Le Psaume appelle Aaron le saint du Seigneur, et c'est contre lui précisément que la jalousie s'allume dans le camp (Ps 106, 16)[58]. La sainteté ici ne désigne pas l'impeccabilité du veau d'or, déjà pardonnée, mais la mise à part : Aaron appartient à Dieu, et toucher à son élection, c'est toucher à Dieu qui l'a faite.

Les vêtements de gloire et le jugement

Les vêtements décrits en Exode 28 ne sont pas un uniforme mais une théologie portée sur le corps. L'éphod aux deux pierres d'onyx gravées des noms des douze tribus fait porter Israël sur les épaules du prêtre ; le pectoral du jugement, avec ses douze pierres serties d'or, le fait porter sur le cœur chaque fois qu'il entre dans le sanctuaire[59]. Épaules pour le fardeau, cœur pour l'amour : le prêtre porte le peuple devant Dieu dans tout son être. Ben Sira s'émerveille de cette parure : lin, pourpre, or, clochettes dont le son se fait entendre dans le Temple, couronne d'or sur la tiare (Si 45, 8-13)[60]. La lame d'or gravée proclame la raison de cette gloire : sainteté au Seigneur (Ex 28, 36)[61].

« Comme un olivier qui bourgeonne, comme un cyprès qui s'élève dans les nues, tel il paraissait quand il revêtait la robe de gloire et se parait de la parure de fête. »

Ben Sira, 45, 7-8, sur la parure d'Aaron[62]

L'intercession et l'expiation

Le cœur du ministère aaronique est le grand jour du pardon. Une fois l'an, Aaron entre dans le Saint des saints avec le sang du taureau et du bouc, il fait l'expiation pour lui, sa maison et toute l'assemblée, et il envoie au désert le bouc chargé de toutes les fautes (Lv 16)[63]. Le Lévitique donne la raison : c'est le sang, en tant qu'il est vie, qui fait l'expiation (Lv 17, 11)[64]. Le prêtre ne pardonne pas de lui-même : il porte le sang là où Dieu a dit qu'il se laisserait trouver, au-dessus du propitiatoire.

Mais l'intercession d'Aaron déborde le rituel. À la révolte de Coré, c'est l'encensoir brandi entre les morts et les vivants qui arrête le fléau, et le livre de la Sagesse chante cet homme irréprochable qui se hâta de défendre le peuple avec la prière et l'encens, et qui fit cesser le fléau (Sg 18, 21-23)[65]. La tradition lit ce passage d'Aaron : le prêtre y apparaît comme un rempart vivant, celui dont la prière fait écran entre la colère méritée et le peuple menacé.

« Il se tint entre les morts et les vivants, armé de sa prière et de l'encens pour l'expiation, et il arrêta le fléau. »

Le livre de la Sagesse, 18, 21-23, lu traditionnellement de l'intercession d'Aaron[66]

La perpétuité promise à sa race

Dieu attache au sacerdoce d'Aaron une promesse de durée : le sacerdoce leur appartiendra par décret perpétuel (Ex 29, 9), et l'onction les consacre pour un sacerdoce éternel au fil des générations (Ex 40, 15)[67]. Ben Sira confirme : alliance éternelle, sacerdoce donné à sa race pour toujours (Si 45, 15)[68]. La promesse se resserre encore sur Phinées, petit-fils d'Aaron, dont le zèle arrête le fléau de Baal-Peor : Dieu lui donne son alliance de paix, pour lui et sa descendance, une alliance de sacerdoce perpétuel (Nb 25, 11-13)[69]. C'est cette lignée, dite sadoqide du nom de Sadoq, prêtre de David descendant d'Éléazar, qui desservira le Temple jusqu'à sa chute, et qu'Ézéchiel désigne comme les prêtres légitimes, les fils de Sadoq (Ez 44, 15)[70]. Les Psaumes chantent la maison d'Aaron comme une maison bénie entre toutes : maison d'Aaron, confiez-vous dans le Seigneur, il est leur secours et leur bouclier (Ps 115, 10)[71]. Et le plus beau des psaumes des montées compare la concorde des frères à l'huile précieuse qui descend sur la barbe, la barbe d'Aaron, et sur le col de ses vêtements (Ps 133, 2)[72] : l'unité du peuple a pour image l'onction même du grand prêtre.

L'accomplissement dans le Christ

L'épître aux Hébreux : Aaron comme mesure et comme limite

Aucun texte du Nouveau Testament ne parle plus d'Aaron que l'épître aux Hébreux, et aucun ne fait mieux apparaître le double rapport du Christ au premier prêtre : continuité de l'appel, dépassement de l'ordre. Le principe d'abord : tout grand prêtre est pris parmi les hommes et établi pour intervenir en faveur des hommes dans leurs relations avec Dieu, et nul ne s'attribue cet honneur, il faut y être appelé par Dieu, comme Aaron (He 5, 1-4)[73]. Aaron est ainsi la mesure de toute vocation sacerdotale : le prêtre ne se prend pas, il est pris.

« Nul ne s'attribue à soi-même cet honneur : il faut y être appelé par Dieu, comme Aaron. »

L'épître aux Hébreux, 5, 4[74]

Puis vient la limite : si la perfection avait été atteinte par le sacerdoce lévitique, pourquoi fallait-il qu'un autre prêtre se lève selon l'ordre de Melchisédech et non selon l'ordre d'Aaron (He 7, 11)[75] ? L'auteur accumule les différences : les prêtres aaroniques sont devenus nombreux parce que la mort les empêchait de demeurer, tandis que le Christ, parce qu'il demeure pour toujours, possède un sacerdoce qui ne passe pas (He 7, 23-24)[76]. Ils offraient chaque jour des sacrifices, d'abord pour leurs propres péchés, lui s'est offert une fois pour toutes (He 7, 27)[77]. Le tabernacle de Moïse n'était que l'ébauche et l'ombre des réalités célestes, et le Christ est entré dans le sanctuaire véritable avec son propre sang (He 8, 5 ; He 9, 11-14)[78]. Aaron n'est donc pas aboli comme un faux prêtre : il est accompli comme une ombre par le corps, selon le mot de saint Paul sur les réalités anciennes (Col 2, 17)[79].

« Les prêtres sont devenus nombreux parce que la mort les empêchait de demeurer ; lui, parce qu'il demeure pour toujours, possède un sacerdoce qui ne passe pas. »

L'épître aux Hébreux, 7, 23-24[80]

Le Catéchisme ramasse cette doctrine : tout ce que le sacerdoce de l'Ancienne Alliance préfigurait trouve son accomplissement dans le Christ, unique médiateur entre Dieu et les hommes, et c'est à son unique sacerdoce que participent le sacerdoce ministériel des évêques et des prêtres comme le sacerdoce commun des fidèles[81]. Le même Catéchisme rappelle que Dieu avait constitué Israël en royaume de prêtres, puis choisi la tribu de Lévi pour le service, avec Aaron à sa tête : l'élection du premier prêtre préparait l'élection du peuple sacerdotal tout entier[82].

Les Pères lisent Aaron comme figure du Christ

Les Pères n'ont jamais lu Aaron comme un simple administrateur du culte ancien : ils y ont vu, à travers ses actes, l'annonce du vrai Grand Prêtre. Origène, dans ses seize homélies sur le Lévitique, lit la consécration d'Aaron comme la figure de l'onction du Christ, le seul vraiment saint, vraiment oint, vraiment sans péché parmi les prêtres[83]. Grégoire de Nysse, dans sa Vie de Moïse, médite le couple Moïse-Aaron : la parole intérieure reçue dans la montagne ne touche le peuple que par la bouche qui la proclame, image de la loi devenue parole et de la parole devenue chair[84]. Saint Augustin, dans ses Questions sur l'Heptateuque, suit pas à pas l'Exode et les Nombres et défend l'unité du dessein divin contre les lectures qui voudraient opposer le Dieu du Sinaï à celui de l'Évangile[85]. Saint Jérôme, dans sa lettre à Fabiola sur le vêtement sacerdotal, détaille l'éphod, le pectoral et la lame d'or comme autant de vertus exigées du prêtre du Nouveau Testament[86]. Saint Jean Chrysostome, dans ses homélies sur l'épître aux Hébreux, explique pourquoi Aaron, malgré sa gloire, devait céder la place : son sacerdoce était lié au sang des boucs et à la mort de ses titulaires, celui du Christ au sang propre et à la vie impérissable[87].

Aaron dans la prière de l'Église

Le 1er juillet au Martyrologe et les psaumes de l'office

L'Église n'a pas relégué Aaron aux archives : elle le nomme dans sa prière. Le Martyrologe romain l'inscrit au 1er juillet comme le premier prêtre de l'ordre lévitique, déposé sur le mont Hor[88]. Chaque jour, l'office chante Aaron dans les psaumes : Moïse et Aaron parmi les prêtres qui invoquaient le Seigneur et qu'il exauçait (Ps 99, 6), Aaron choisi avec Moïse son serviteur (Ps 105, 26), la maison d'Aaron appelée à la confiance (Ps 115, 10-11 ; Ps 118, 3), et l'onction de sa barbe devenue l'image de la concorde fraternelle (Ps 133, 2)[89]. Nommer Dieu par ses prêtres, c'est confesser qu'il s'est lié à des hommes précis et que ce lien tient toujours.

Les lectures du Lévitique et des Nombres

Le lectionnaire férial fait lire en continu l'Exode, le Lévitique et les Nombres : le chrétien qui suit la messe quotidienne traverse chaque année la consécration d'Aaron, la mort de ses fils, le grand pardon, la révolte de Coré et la mort sur le Hor[90]. La vigile pascale, sommet de l'année, proclame la traversée de la mer où Aaron tenait son rôle aux côtés de Moïse (Ex 14, 15-16)[91]. Et quand l'Église célèbre le Christ Souverain Prêtre, c'est l'épître aux Hébreux qui est proclamée, avec Aaron pour mesure de tout appel[92]. Le premier prêtre n'est donc pas un souvenir d'école : il est une voix de la liturgie.

« Moïse et Aaron, parmi ses prêtres, Samuel avec ceux qui invoquaient son nom, invoquaient le Seigneur, et lui leur répondait. »

Psaume 99, verset 6[93]

Ce que propose l'exégèse moderne, et ses limites

La source sacerdotale et le sacerdoce postexilique

Depuis le XVIIIe siècle, une partie de l'exégèse contemporaine propose de lire le Pentateuque comme l'assemblage tardif de sources indépendantes : Jean Astruc y distingue en 1753 les mémoires aux noms divins différents, Wilhelm de Wette identifie en 1805 le Deutéronome au livre découvert sous Josias, et Julius Wellhausen systématise en 1878 l'hypothèse des quatre documents, dont la source sacerdotale, dite P, rédigée pendant ou après l'exil à Babylone[94]. Dans ce schéma, Aaron devient le héros de la caste sacerdotale hiérosolymitaine : ses privilèges, ses vêtements, son élection divine raconteraient moins le XIIIe siècle que les prétentions du clergé du Second Temple[95]. Le veau d'or, dans la même veine, est lu par plusieurs comme une polémique retournée contre les sanctuaires du Nord : la formule de Jéroboam devant ses veaux de Béthel et de Dan reprend mot pour mot celle d'Aaron (1 R 12, 28), et le récit d'Exode 32 servirait à disqualifier le schisme[96].

« Voici tes dieux, Israël, qui t'ont fait monter du pays d'Égypte. »

Le veau d'Aaron, Exode 32, 4, et les veaux de Jéroboam, 1 Rois 12, 28 : la même formule, deux fautes[97]

Les fragilités de la reconstruction

Exposée loyalement, cette hypothèse montre aussitôt ses limites. D'abord, aucun manuscrit d'aucune des sources supposées n'existe : ni J, ni E, ni D, ni P n'ont jamais été retrouvés, et leurs frontières comme leurs dates varient selon les écoles[98]. Ensuite, la datation procède souvent en cercle : les morceaux sont découpés selon des critères de style, datés selon un schéma présupposé d'évolution religieuse, puis invoqués comme preuve de cette évolution[99]. Surtout, le schéma repose sur un présupposé anti-miraculeux : une prophétie précise, un prodige, une institution d'origine divine étant exclus d'avance, tout texte qui les rapporte est classé d'office parmi les fictions tardives, et la datation basse est présupposée, non démontrée[100]. Enfin, l'argument du silence fait office de preuve : parce que tel livre postérieur ne cite pas tel détail, on conclut que le détail n'existait pas encore, comme si les auteurs anciens étaient tenus de tout citer[101].

Face à cela, le dossier d'Aaron oppose des faits têtus. Ben Sira loue déjà Aaron vers 180 av. J.-C. avec toute la doctrine du sacerdoce perpétuel : la tradition aaronide est donc fixée bien avant les datations les plus basses qu'on propose pour la source P[102]. Les noms propres du dossier portent la marque de l'Égypte du Bronze récent : Phinées, petit-fils d'Aaron, porte un nom égyptien, l'homme du Sud, inexplicable chez des faussaires perses inventant leurs origines[103]. La généalogie d'Exode 6 aligne des durées de vie et des parentés précises, vérifiables en interne, là où une fiction aurait préféré le flou prestigieux[104]. Et la faute du veau d'or, conservée au cœur même du dossier sacerdotal, ruine l'idée d'une propagande cléricale : aucun faussaire au service des prêtres n'invente une telle infamie contre leur fondateur[105].

Pourquoi la datation et l'attribution traditionnelles restent défendables

La chaîne des témoins, la cohérence interne des nombres, l'ancrage égyptien des noms, l'ancienneté attestée de la tradition et la lecture constante de l'Église convergent : Moïse auteur substantiel du Pentateuque au temps de l'Exode, Aaron son frère et son premier prêtre, XIIIe siècle av. J.-C. La Commission biblique de 1906 l'a tenu pour compatible avec la critique honnête, Vatican II a confirmé la valeur historique des livres anciens, et Benoît XVI a averti contre une exégèse qui réduirait le texte à des strates sans jamais rencontrer les personnes[106]. Une partie de l'exégèse contemporaine propose d'autres reconstructions : elles sont examinées, pesées, et trouvées trop fragiles pour renverser vingt-trois siècles de réception. Le lecteur comprend ainsi pourquoi la tradition tient toujours : non par entêtement, mais parce que le dossier, lu sans présupposé contre le surnaturel, la porte.

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Pour aller plus loin

Notes et références

  1. Concile de Trente, session IV, 8 avril 1546 : les livres reçus en entier avec toutes leurs parties.

    1
  2. Genèse, Exode, Lévitique, Nombres, Deutéronome : le récit d'Aaron suppose l'ensemble tenu ensemble.

    2
  3. Ac 7, 40 ; He 5, 4 ; Esd 7, 1-5 : Étienne, l'épître aux Hébreux et Esdras parlent d'Aaron en faits et en généalogie.

    3
  4. Talmud de Babylone, Baba Batra, 14b-15a : Moïse écrivit le Pentateuque, Josué, Samuel, Jérémie et les autres leurs livres.

    4 22
  5. Lecture patristique constante : le livre de Moïse comprend la Genèse, et l'auteur du cycle d'Aaron est celui de l'Exode.

    5
  6. Mc 12, 26 (le livre de Moïse au buisson) ; Jn 5, 46-47 (Moïse a écrit de lui) ; Lc 24, 27 (Moïse et les Prophètes).

    6
  7. Évangile selon saint Jean, 5, 46-47 : Moïse a écrit du Christ. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.

    7
  8. Commission biblique pontificale, réponse De mosaica authentia Pentateuchi, 27 juin 1906 : authenticité mosaïque substantielle.

    8
  9. Concile Vatican II, constitution Dei Verbum, 18 novembre 1965 : les livres de l'Ancien Testament gardent une valeur impérissable.

    9
  10. Livre de l'Exode, 7, 1-13 : Aaron prophète de Moïse, le bâton-serpent ; 7, 7 : Moïse 80 ans, Aaron 83 ans. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.

    10 30 31
  11. Livre des Nombres, 33, 38-39 : Aaron meurt sur le Hor à 123 ans, la 40e année, le 1er jour du 5e mois. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.

    11
  12. Livre de l'Exode, 12, 40 : le séjour en Égypte dura 430 ans. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.

    12
  13. Gn 47, 9 (Jacob entre en Égypte à 130 ans, soit vers 1710) ; Ex 12, 40 (430 ans) : sortie vers 1280 ; Ex 7, 7 (Aaron 83 ans) : naissance vers 1363 ; Nb 33, 38-39 (mort à 123 ans, 40e année) : mort vers 1240.

    13
  14. Le millésime exact n'est pas dogmatisé : ce qui est reçu, c'est l'ordre de grandeur, le XIIIe siècle, et la cohérence interne des âges du texte.

    14
  15. James Ussher, Annales Veteris Testamenti, Londres, 1650-1654 : sortie en 1491, Aaron vers 1574-1451 av. J.-C.

    15
  16. Degré d'autorité : interprétation traditionnelle reçue, tenue avec ses témoins, non un dogme imposé à la foi.

    16
  17. Ben Sira, 45, 6-22 : l'éloge d'Aaron, alliance éternelle, onction, vêtements, sacerdoce perpétuel.

    17 19 60 62 68
  18. Premier livre des Maccabées, 2, 52-54 : Abraham, Joseph, Phinées rappelés par Mattathias comme modèles.

    18
  19. Philon d'Alexandrie, Vie de Moïse, livres I-II, vers 20-50 : Aaron frère et interprète du législateur.

    20
  20. Flavius Josèphe, Antiquités judaïques, livres II-IV, vers 93-94 : le récit d'Aaron jusqu'à la mort sur le Hor et Éléazar successeur.

    21
  21. Origène, seize Homélies sur le Lévitique ; Grégoire de Nysse, Vie de Moïse ; saint Augustin, Questions sur l'Heptateuque, II ; saint Jérôme, lettre 64 à Fabiola sur le vêtement sacerdotal.

    23
  22. Livre de l'Exode, 6, 16-25 : Qehath, Amram, Yokébed, Aaron, Élishéba et les quatre fils. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.

    24 26
  23. Livre des Nombres, 26, 59 : Yokébed, fille de Lévi née en Égypte, mère d'Aaron, de Moïse et de Myriam. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.

    25
  24. Livre du Lévitique, 10, 1-3 : Nadab et Abihu, le feu étranger ; 10, 6 : l'interdit du deuil pour Aaron. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.

    27 43 44
  25. Livre de l'Exode, 4, 10-17 : la bouche lourde de Moïse, Aaron donné pour bouche ; 4, 27-31 : la rencontre. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.

    28 29
  26. Livre de l'Exode, 7, 19-20 ; 8, 1-15 : le sang, les grenouilles, les moustiques par la main d'Aaron. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.

    32
  27. Livre de l'Exode, 32, 1-28 : le veau d'or, l'intercession, les trois mille morts. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.

    33 34 35
  28. Livre du Deutéronome, 9, 20 : la colère contre Aaron et la prière de Moïse pour lui. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.

    36
  29. Actes des Apôtres, 7, 40-42 : Étienne rappelle le veau d'or devant le Sanhédrin. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.

    37
  30. Livre de l'Exode, 28 : éphod, pectoral aux douze pierres, Urim et Thummim, lame d'or ; 28, 29 : les noms sur le cœur. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.

    38 39 59 61
  31. Ex 28, 30 ; Lv 8, 8 ; Nb 27, 21 ; Esd 2, 63 : l'Urim et le Thummim pour consulter Dieu ; leur usage cesse après l'exil.

    40
  32. Livre du Lévitique, 8 : la consécration d'Aaron et de ses fils sur sept jours. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.

    41
  33. Livre du Lévitique, 9, 23-24 : la bénédiction d'Aaron et le feu sorti de devant le Seigneur. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.

    42
  34. Livre des Nombres, 12, 1-13 : la critique de Myriam et d'Aaron, la lèpre, la supplication. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.

    45 46
  35. Livre des Nombres, 16 : la révolte de Coré, Datan, Abiram et les deux cent cinquante hommes. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.

    47 48
  36. Livre des Nombres, 17, 11-26 : l'encensoir entre les morts et les vivants, les 14 700 victimes, le bâton d'amandier qui fleurit. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.

    49 50 51
  37. Épître aux Hébreux, 9, 4 : le bâton d'Aaron dans l'arche ; 8, 5 et 9, 11-14 : l'ombre et le sanctuaire véritable. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.

    52 78
  38. Livre des Nombres, 20, 1-29 : Myriam à Qadesh, Meriba, la sentence, la mort sur le Hor et les trente jours de deuil. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.

    53 54 55
  39. Livre du Deutéronome, 10, 6 (Moséra) ; 32, 48-52 (le Nébo et la même sentence pour Moïse). Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.

    56
  40. Épître aux Hébreux, 5, 1-4 : le grand prêtre pris parmi les hommes, appelé comme Aaron. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.

    57 73 74
  41. Psaume 106, 16 : la jalousie dans le camp contre Moïse et Aaron, le saint du Seigneur. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.

    58
  42. Livre du Lévitique, 16 : le rituel du grand pardon, le bouc émissaire. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.

    63
  43. Livre du Lévitique, 17, 11 : c'est le sang, en tant qu'il est vie, qui fait l'expiation. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.

    64
  44. Livre de la Sagesse, 18, 20-25 : l'homme irréprochable, la prière et l'encens qui arrêtent le fléau. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.

    65 66
  45. Livre de l'Exode, 29, 9 (décret perpétuel) ; 40, 15 (onction pour un sacerdoce éternel). Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.

    67
  46. Livre des Nombres, 25, 11-13 : Phinées, l'alliance de paix et le sacerdoce perpétuel. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.

    69
  47. 2 S 8, 17 (Sadoq prêtre de David) ; 1 Ch 5, 34 (lignée d'Éléazar) ; Ez 44, 15 (les fils de Sadoq, prêtres légitimes).

    70
  48. Psaume 115, 9-12 : la maison d'Aaron appelée à la confiance, secours et bouclier. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.

    71
  49. Psaume 133, 2 : l'huile sur la barbe d'Aaron, image de la concorde des frères. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.

    72
  50. Épître aux Hébreux, 7, 11-28 : Melchisédech, la perfection inaccessible au sacerdoce lévitique, le sacerdoce qui ne passe pas. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.

    75 76 77 80
  51. Épître aux Colossiens, 2, 17 : les réalités anciennes, ombre des choses à venir, dont le corps est le Christ. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.

    79
  52. Catéchisme de l'Église catholique, § 1544 : tout ce que le sacerdoce de l'Ancienne Alliance préfigurait trouve son accomplissement dans le Christ.

    81
  53. Catéchisme de l'Église catholique, § 1539 : Israël royaume de prêtres, la tribu de Lévi choisie pour le service.

    82
  54. Origène, seize Homélies sur le Lévitique, IIIe siècle : la consécration d'Aaron figure de l'onction du Christ. Texte latin et grec, Sources Chrétiennes 286-287.

    83
  55. Grégoire de Nysse, Vie de Moïse, IVe siècle : Moïse et Aaron, la parole reçue et la bouche qui proclame. Sources Chrétiennes 1.

    84
  56. Saint Augustin, Questions sur l'Heptateuque, livre II sur l'Exode, vers 419 : l'unité du dessein divin du Sinaï à l'Évangile.

    85
  57. Saint Jérôme, lettre 64 à Fabiola, vers 396-397 : le vêtement sacerdotal, éphod, pectoral et lame d'or.

    86
  58. Saint Jean Chrysostome, Homélies sur l'épître aux Hébreux, homélies 9 à 13, vers 400 : pourquoi le sacerdoce d'Aaron devait céder la place.

    87
  59. Martyrologium Romanum, au 1er juillet : sur le mont Hor, la déposition de saint Aaron, premier prêtre de l'ordre lévitique.

    88
  60. Ps 77, 20 ; Ps 99, 6 ; Ps 105, 26 ; Ps 115, 10-11 ; Ps 118, 3 ; Ps 133, 2 : Aaron chanté dans l'office. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.

    89
  61. Ordo Lectionum Missae : lecture continue de l'Exode, du Lévitique et des Nombres au lectionnaire férial.

    90
  62. Livre de l'Exode, 14, 15-16 : Moïse et Aaron à la traversée de la mer, lecture de la Vigile pascale. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.

    91
  63. Fête de Jésus Christ Souverain et Éternel Prêtre, le jeudi après la Pentecôte : l'épître aux Hébreux proclamée, Aaron pour mesure de l'appel.

    92
  64. Psaume 99, 6 : Moïse et Aaron parmi ses prêtres invoquaient le Seigneur. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.

    93
  65. Jean Astruc, Conjectures, 1753 ; Wilhelm de Wette, dissertation d'Iéna, 1805 ; Julius Wellhausen, Prolegomena zur Geschichte Israels, Berlin, 1878 : les quatre documents J, E, D, P.

    94
  66. La source sacerdotale P, exilique ou postexilique, ferait d'Aaron le héros du clergé hiérosolymitain du Second Temple.

    95
  67. 1 R 12, 28 : Jéroboam reprend la formule d'Ex 32, 4 devant ses veaux ; une partie de l'exégèse y lit une polémique retournée contre Béthel et Dan.

    96
  68. Ex 32, 4 et 1 R 12, 28 : la même formule en hébreu, deux fautes séparées par plus de deux siècles.

    97
  69. Aucun manuscrit des sources supposées n'existe ; leurs frontières et leurs dates varient selon les écoles.

    98
  70. Les morceaux sont découpés selon des critères stylistiques, datés selon un présupposé d'évolution religieuse, puis invoqués comme preuve de cette évolution.

    99
  71. Quand toute intervention divine classe d'office un récit parmi les fictions tardives, la datation basse est présupposée, non démontrée.

    100
  72. L'absence de citation d'un détail dans un livre postérieur est traitée comme preuve de son inexistence, comme si les auteurs anciens devaient tout citer.

    101
  73. Si 45, 6-22, vers 180 av. J.-C. : la doctrine du sacerdoce aaronique perpétuel est fixée bien avant les datations basses proposées pour P.

    102
  74. Phinées, petit-fils d'Aaron (Ex 6, 25 ; Nb 25, 11) : nom égyptien, l'homme du Sud, marque du Bronze récent dans le dossier.

    103
  75. Ex 6, 16-25 : durées de vie, parentés, alliance avec Juda par Élishéba ; une fiction prestigieuse aurait préféré le flou.

    104
  76. Aucune propagande cléricale n'invente contre son fondateur une infamie pareille, conservée au cœur du dossier sacerdotal.

    105
  77. Benoît XVI, exhortation Verbum Domini, 30 septembre 2010 : contre une exégèse qui réduirait le texte à des strates sans rencontrer les personnes.

    106