Le canon de l'Ancien Testament est la liste des 46 livres que l'Église catholique reçoit comme Écriture Sainte inspirée par Dieu : du Pentateuque aux douze petits prophètes, en passant par les livres historiques, les psaumes, les sapientiaux et les grands prophètes. Ces livres forment le Premier Testament, la première partie de la Bible chrétienne : ils racontent l'alliance de Dieu avec Israël, préparent la venue du Christ et gardent pour les chrétiens une valeur permanente que le Nouveau Testament n'abolit pas mais accomplit[1][2].
Le mot canon vient du grec kanôn, la règle de mesure du charpentier : la liste des livres qui servent de règle de foi. L'Église n'a pas inventé ces livres au XVIe siècle face à Luther, comme on l'entend parfois : elle a reconnu solennellement en 1546 une collection déjà lue, citée et priée depuis plus de mille ans, attestée par les manuscrits de Qumrân, la Septante, les Pères et les conciles africains du IVe siècle[3].
Cet article présente d'abord les 46 livres et leur place dans la Bible, puis les témoins anciens de leur réception en Israël, la Bible des apôtres, les listes patristiques, les décisions de l'Église, la théologie du Premier Testament, son usage liturgique, le dossier de la Réforme et enfin, en fin d'article seulement, ce que propose l'exégèse moderne et les limites de ses reconstructions[4].
Les 46 livres reçus par l'Église catholique
Le Catéchisme de l'Église catholique donne la liste officielle : 46 livres pour l'Ancien Testament, suivis des 27 du Nouveau, soit 73 livres au total[5]. Ils se rangent en quatre groupes : le Pentateuque, les livres historiques, les livres poétiques et sapientiaux, les livres prophétiques.
| Groupe | Livres | Nombre |
|---|---|---|
| Pentateuque (la Loi) | Genèse, Exode, Lévitique, Nombres, Deutéronome | 5 |
| Livres historiques | Josué, Juges, Ruth, 1 et 2 Samuel, 1 et 2 Rois, 1 et 2 Chroniques, Esdras, Néhémie, Tobie, Judith, Esther, 1 et 2 Maccabées | 16 |
| Livres poétiques et sapientiaux | Job, Psaumes, Proverbes, Ecclésiaste (Qohélet), Cantique des cantiques, Sagesse, Siracide (Ecclésiastique) | 7 |
| Livres prophétiques | Isaïe, Jérémie, Lamentations, Baruch, Ézéchiel, Daniel, puis les douze petits prophètes : Osée, Joël, Amos, Abdias, Jonas, Michée, Nahum, Habacuc, Sophonie, Aggée, Zacharie, Malachie | 18 |
| Total | 46 |
Sept de ces livres, plus deux compléments, ne figurent pas dans la Bible hébraïque actuelle : Tobie, Judith, Sagesse, Siracide, Baruch, 1 et 2 Maccabées, avec les passages grecs de Daniel (Susanne, Bel et le dragon, prière d'Azarias) et les passages grecs d'Esther. L'Église les appelle deutérocanoniques, du grec deuteros, second : non qu'ils vaudraient moins que les autres, mais parce que leur reconnaissance universelle est venue en second, après celle des livres déjà reçus par le judaïsme rabbinique[6]. Leur histoire détaillée, livre par livre, est traitée dans l'article Pourquoi les catholiques ont-ils sept livres de plus ?. Le mot lui-même est tardif : c'est le dominicain Sixte de Sienne qui, dans sa Bibliotheca Sancta (Venise, 1566), forge le couple protocanonique et deutérocanonique pour distinguer les livres jamais contestés de ceux dont la réception universelle est venue en second[7].
Quelques précisions de comptage évitent les confusions. Esdras et Néhémie forment un seul livre dans la tradition hébraïque et deux dans nos Bibles : le contenu est identique, seul le découpage change[8]. Les Lamentations sont rattachées à Jérémie dans la Bible hébraïque mais comptées à part chez les chrétiens. Baruch comprend six chapitres, dont le dernier, la Lettre de Jérémie, circule parfois comme livre séparé dans la tradition grecque[9]. Les catholiques comptent ainsi 46 livres là où les Bibles protestantes en comptent 39 pour l'Ancien Testament : la différence porte exactement sur ces sept livres et ces compléments grecs, jamais sur le reste[10]. Les Églises orthodoxes reçoivent les mêmes livres, avec quelques textes en plus hérités de la Septante : 1 Esdras (le 3 Esdras de la Vulgate), 3 Maccabées, le Psaume 151 et la Prière de Manassé, dans la ligne du synode de Jérusalem de 1672[11].
Pourquoi 46 et non 39 : les trois comptes d'un même trésor
Le judaïsme rabbinique compte 24 livres : 5 de la Loi, 8 des Prophètes (Josué, Juges, Samuel, Rois, Isaïe, Jérémie, Ézéchiel, les Douze), 11 des Écrits (Psaumes, Proverbes, Job, Cantique, Ruth, Lamentations, Ecclésiaste, Esther, Daniel, Esdras-Néhémie, Chroniques)[12]. Ce sont exactement les mêmes textes que les 39 livres des Bibles protestantes : 24 et 39 ne sont que deux découpages du même contenu, puisque Samuel, Rois, Chroniques, Esdras-Néhémie et les Douze y sont scindés[13].
Un troisième compte, plus ancien encore, parle de 22 livres, chiffre des lettres de l'alphabet hébreu : Flavius Josèphe au Ier siècle, puis saint Jérôme vers 391, obtiennent 22 en rattachant Ruth aux Juges et les Lamentations à Jérémie[14][15]. Trois nombres donc, 22, 24, 39, pour un seul et même héritage : l'Église catholique le reçoit tout entier, avec en plus les sept livres que la Septante avait conservés en grec[16].
La place de l'Ancien Testament dans la Bible
L'Ancien Testament n'est pas un vestibule qu'on traverserait pour atteindre le Nouveau : il en est la première moitié vivante. Le concile Vatican II enseigne que Dieu, « dans son amour prévoyant », s'est choisi un peuple et a conclu avec lui des alliances, de sorte que l'économie de l'Ancien Testament avait pour raison d'être de préparer l'avènement du Christ[17]. Le Catéchisme ajoute que les chrétiens vénèrent l'Ancien Testament comme vraie Parole de Dieu et que toutes ses parties gardent une valeur permanente[18].
« L'Ancien Testament est une partie de l'Écriture Sainte que l'on ne peut mépriser. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 121[19]
Le Christ lui-même a fixé ce rapport en une phrase, le soir de Pâques : il fallait que s'accomplisse tout ce qui est écrit de lui dans la Loi de Moïse, les Prophètes et les Psaumes[20]. Peu avant, sur la route d'Emmaüs, « commençant par Moïse et par tous les Prophètes, il leur expliqua dans toutes les Écritures ce qui le concernait »[21]. Moïse et les Prophètes : c'est déjà, dans la bouche de Jésus, le nom des Écritures d'Israël reçues comme un tout[22].
Saint Paul donne la clef d'usage : « tout ce qui a été écrit avant nous l'a été pour notre instruction, afin que, par la persévérance et le réconfort des Écritures, nous ayons l'espérance »[23]. Et il appelle la Loi le pédagogue qui nous a conduits au Christ[24]. Les réalités anciennes sont l'ombre des choses à venir, dont le corps est le Christ[25] ; les événements de l'Exode sont arrivés aux pères « comme des figures, et ils ont été écrits pour nous avertir »[26].
Saint Augustin a ramassé cette lecture en une formule que le Catéchisme reprend : le Nouveau Testament est caché dans l'Ancien, et l'Ancien est dévoilé dans le Nouveau[27].
« Le Nouveau Testament est caché dans l'Ancien, l'Ancien est dévoilé dans le Nouveau. » — Saint Augustin, Questions sur l'Heptateuque, II, 73[28]
Et saint Jérôme, le traducteur de la Bible latine, avertissait : ignorer les Écritures, c'est ignorer le Christ[29].
« L'ignorance des Écritures, c'est l'ignorance du Christ. » — Saint Jérôme, prologue du Commentaire sur Isaïe[30]
C'est pourquoi l'Église lit l'Ancien Testament à quatre niveaux inséparables, résumés par le Catéchisme : ce que les auteurs ont affirmé (sens littéral), ce que les événements annoncent du Christ et de l'Église (sens allégorique ou typologique), ce qu'il faut agir (sens moral), et ce vers quoi tout marche dans l'espérance (sens anagogique)[31]. Le détail de cette lecture est exposé dans Le sens spirituel de l'Écriture et L'interprétation catholique de la Bible.
Comment Israël a reçu ses Écritures : les témoins anciens
La tradition juive puis chrétienne attribue le Pentateuque à Moïse, et le texte lui-même le dit à plusieurs reprises : Moïse « écrivit toutes les paroles du Seigneur » après l'alliance du Sinaï[32], il écrivit le récit de la victoire sur Amalec sur l'ordre de Dieu[33], il mit par écrit les étapes de l'Exode[34], et il remit « cette Loi » aux prêtres lévites avec l'ordre de la lire à tout Israël tous les sept ans[35]. Josué, son successeur, écrivit à son tour « dans le livre de la Loi de Dieu »[36], et le roi d'Israël devra garder auprès de lui une copie de « cette Loi » et la lire tous les jours de sa vie[37]. L'Écriture se présente donc elle-même comme écrite dès l'origine, et non comme une tradition orale mise par écrit des siècles plus tard[38].
La Loi retrouvée, lue et fêtée : Josias, Esdras, Néhémie
Trois scènes fondatrices montrent Israël recevant le livre comme une autorité qui le juge. Vers 622 av. J.-C., sous le roi Josias, le grand prêtre Helcias découvre dans le Temple « le livre de la Loi » : à sa lecture, le roi déchire ses vêtements, consulte la prophétesse Houlda et renouvelle l'alliance de tout le peuple[39]. Après l'exil, en 445 av. J.-C. environ, Esdras le scribe lit la Loi devant tout le peuple rassemblé à Jérusalem, du matin jusqu'à midi, pendant la fête des Tentes, et les lévites « donnaient le sens » pour faire comprendre la lecture[40]. C'est l'acte de naissance de la lecture publique de l'Écriture, ancêtre de la synagogue et de notre liturgie de la Parole[41].
Un siècle plus tard, le deuxième livre des Maccabées rapporte que Néhémie, « en fondant une bibliothèque, rassembla les livres des rois et des prophètes, ceux de David et les lettres des rois au sujet des offrandes »[42]. Le texte ajoute que Judas Maccabée, après la profanation d'Antiochus IV Épiphane (167-164 av. J.-C.), « rassembla de même tous les livres dispersés par la guerre »[43]. Dès le IIe siècle av. J.-C., Israël possède donc l'idée d'une collection rassemblée, conservée et complétée après les persécutions : le noyau du canon[44].
Le Siracide et la triple formule : Loi, Prophètes, autres écrits
Vers 180 av. J.-C., le sage Jésus, fils de Sira, compose en hébreu le livre du Siracide. Vers 132 av. J.-C., son petit-fils, installé en Égypte, le traduit en grec et signe un prologue où il désigne trois fois le corpus déjà reçu : « la Loi, les Prophètes et les autres livres des Pères », « la Loi, les Prophètes et les autres écrits », « la Loi elle-même, les Prophètes et le reste des livres »[45]. La tripartition est donc attestée en toutes lettres au IIe siècle av. J.-C., dans un livre que l'Église recevra elle-même comme Écriture[46].
Le Nouveau Testament confirme cette tripartition dans la bouche du Christ ressuscité : « tout ce qui est écrit de moi dans la Loi de Moïse, les Prophètes et les Psaumes »[47]. Ailleurs, Jésus dénonce le sang versé « depuis le sang d'Abel jusqu'au sang de Zacharie »[48] : Abel ouvre la Genèse, Zacharie est lapidé à la fin des Chroniques, dernier livre de la Bible hébraïque rangée dans son ordre[49]. En une phrase, Jésus embrasse l'Écriture d'un bout à l'autre, dans l'ordre juif lui-même[50].
Saint Paul, enfin, donne la doctrine : les Juifs ont reçu « les oracles de Dieu » en dépôt[51], et « toute Écriture est inspirée de Dieu et utile pour enseigner »[52].
« Toute Écriture est inspirée de Dieu et utile pour enseigner, réfuter, redresser, former à la justice. » — Saint Paul, 2 Timothée 3, 16[53]
Josèphe, Esdras IV et les rabbins : 22 livres, 24 livres
Vers 93-94 ap. J.-C., l'historien juif Flavius Josèphe répond aux détracteurs du judaïsme dans le Contre Apion : les Juifs n'ont pas « des myriades de livres en désaccord », mais vingt-deux livres seulement, cinq de Moïse, treize des prophètes qui ont raconté l'histoire jusqu'à Artaxerxès, et quatre d'hymnes et de préceptes ; depuis Artaxerxès, dit-il, la succession exacte des prophètes a cessé, ce qui explique qu'on n'ait plus rien ajouté au même rang[54].
« Nous n'avons pas chez nous des myriades de livres en désaccord et en contradiction, mais vingt-deux livres seulement, qui contiennent les annales de tous les temps et qui ont mérité créance. » — Flavius Josèphe, Contre Apion, I, 8[55]
Vers la même époque, l'apocalypse juive du quatrième livre d'Esdras (vers 100 ap. J.-C.) raconte qu'Esdras aurait récrit sous dictée divine 24 livres publics pour tout Israël, plus 70 réservés aux sages : le chiffre de 24 est déjà là, un siècle avant les rabbins[56].
Le Talmud de Babylone, au traité Baba Batra (folio 14b, VIe siècle mais reprenant des traditions bien plus anciennes), fixe l'ordre des 24 livres et leurs attributions : Moïse écrivit le Pentateuque et Job, Josué son livre, Samuel écrivit Samuel, les Juges et Ruth, Jérémie écrivit Jérémie, les Rois et les Lamentations, Ézéchiel et les Douze leurs livres, Esdras écrivit Esdras-Néhémie et les Chroniques[57]. La tradition rabbinique elle-même attribue donc les livres à ces auteurs, exactement comme l'Église[58].
Et les rabbins discutaient : la Mishna (Yadayim, III, 5, vers 200) rapporte un débat sur le Cantique des cantiques et l'Ecclésiaste : « souillent-ils les mains », c'est-à-dire sont-ils vraiment saints ? Rabbi Aqiba tranche : « personne en Israël n'a jamais contesté que le Cantique des cantiques souille les mains », et il appelle ce livre le Saint des saints[59]. On discutait donc de tel ou tel livre au Ier et au IIe siècle, comme on discute d'un héritage déjà reçu, non comme on crée une liste de rien : la discussion prouve la collection, elle ne la fonde pas[60].
La Bible des apôtres : Septante, deutérocanoniques et Qumrân
Jésus et les apôtres n'ont pas lu la Bible hébraïque des rabbins : ils ont lu et cité très majoritairement la Bible grecque d'Alexandrie, la Septante, traduite du IIIe au Ier siècle av. J.-C.[61]. Sur les quelque 300 citations de l'Ancien Testament dans le Nouveau, la très grande majorité suit le grec contre l'hébreu massorétique, jusque dans les formulations décisives[62]. L'histoire de cette traduction est racontée dans l'article La Septante ; on n'en retient ici que ce qui touche au canon.
Le Nouveau Testament respire les deutérocanoniques
L'épître aux Hébreux évoque ceux qui furent « sciés, torturés, et refusèrent la délivrance pour obtenir une meilleure résurrection »[63] : c'est le martyre d'Éléazar et de la mère aux sept fils raconté au chapitre 6 et 7 du deuxième livre des Maccabées, livre absent de la Bible hébraïque[64]. Saint Paul décrit l'idolâtrie des païens en suivant pas à pas les chapitres 13 et 14 de la Sagesse[65], il compare Dieu au potier comme Sagesse 15, 7[66], et son armure du chrétien reprend l'armure de Dieu de Sagesse 5, 17-20[67]. L'épître aux Hébreux appelle le Fils « reflet de la gloire » de Dieu[68], reprenant Sagesse 7, 26 presque mot pour mot[69]. Et la moquerie des grands prêtres au pied de la croix, « s'il est le Fils de Dieu, que Dieu le délivre »[70], accomplit à la lettre le piège tendu au juste en Sagesse 2, 18 : « si le juste est fils de Dieu, Dieu l'assistera »[71].
| Écho du Nouveau Testament | Livre deutérocanonique correspondant |
|---|---|
| Hébreux 11, 35-38 : martyrs torturés en vue de la résurrection | 2 Maccabées 6-7 : Éléazar et la mère aux sept fils |
| Hébreux 1, 3 : le Fils « reflet de la gloire » | Sagesse 7, 26 : la Sagesse « reflet de la lumière éternelle » |
| Romains 1, 19-32 : l'idolâtrie rendue inexcusable | Sagesse 13-14 : le grand réquisitoire contre les idoles |
| Romains 9, 21 : le potier et l'argile | Sagesse 15, 7 : le même potier et la même argile |
| Éphésiens 6, 13-17 : l'armure du chrétien | Sagesse 5, 17-20 : l'armure dont Dieu se revêt |
| Matthieu 27, 43 : « que Dieu le délivre » | Sagesse 2, 18 : « Dieu l'assistera » si le juste est son fils |
Les apôtres ne citent jamais ces livres avec la formule solennelle « il est écrit », il est vrai, mais ils ne citent ainsi ni Esther, ni l'Ecclésiaste, ni le Cantique, ni Abdias, ni Sophonie, que personne ne conteste[72]. Et surtout ils vivent dedans : leur vocabulaire, leurs images, leur théologie de la résurrection et des anges sont imprégnés de ces livres, lus comme Écriture dans les synagogues de langue grecque[73].
Qumrân : le contrôle inespéré des grottes
Découverts entre 1947 et 1956 au bord de la mer Morte, les manuscrits de Qumrân ont offert un contrôle archéologique inespéré : des copies bibliques mille ans plus anciennes que les manuscrits hébreux connus jusque-là[74]. Le bilan pour le canon est double, et l'article Les manuscrits de Qumrân (mer Morte, 1947-1956) le détaille. D'un côté, tous les livres de la Bible hébraïque sauf Esther y sont représentés, y compris Daniel en huit exemplaires et le grand rouleau d'Isaïe (1QIs-a, IIe-Ier siècle av. J.-C.) copié d'un seul tenant, d'Isaïe 1 à 66[75]. De l'autre, les grottes livrent en hébreu le Siracide et en araméen et en hébreu Tobie, avec des psaumes supplémentaires (151, 154, 155) dans le grand rouleau des Psaumes (11Q5)[76].
Qumrân prouve donc deux choses à la fois : la fidélité extraordinaire de la transmission du texte hébreu sur mille ans, et le fait qu'au temps du Christ les frontières de la collection restaient ouvertes dans le judaïsme, avec des livres deutérocanoniques lus et copiés en langue originale[77]. Qumrân éclaire le canon, il ne le tranche pas : le discernement appartient à une autre autorité que l'archéologie[78].
Les grands codex chrétiens : le canon relié
Au IVe et au Ve siècle, les chrétiens relient l'Ancien Testament grec en grands codex qui transmettent les deutérocanoniques au même rang que les autres livres : le Vaticanus, le Sinaiticus et l'Alexandrinus copient la Sagesse, le Siracide, Judith, Tobie, Baruch et les Maccabées dans la suite du texte, sans marque d'infériorité[79]. C'est dans ces livres-là, lus chaque dimanche, que l'Église a reconnu sa Bible : le canon vécu précède le canon défini, comme la prière précède le dogme[80]. Le pendant latin de ces grands livres est le Codex Amiatinus : copié avant 716 dans le double monastère anglais de Wearmouth-Jarrow sous l'abbé Ceolfrith, Bible complète de la Vulgate en un seul volume destinée au pape Grégoire II, il est conservé à la Bibliothèque Laurentienne de Florence et reste la plus ancienne Bible latine complète[81].
Les Pères et les listes anciennes
Dès le IIe siècle, les chrétiens dressent des listes de livres reçus, et ces listes recouvrent déjà, à peu de chose près, notre Ancien Testament. Le plus ancien témoin est Méliton, évêque de Sardes, qui voyage jusqu'en Orient vers 170 pour vérifier « les livres de l'Ancien Testament » et en rapporte la liste : les cinq de Moïse, Josué, Juges, Ruth, les quatre Règnes, les deux Paralipomènes, les Psaumes, les Proverbes, l'Ecclésiaste, le Cantique, Job, Isaïe, Jérémie, les Douze, Daniel, Ézéchiel, Esdras[82]. Il omet Esther, comme le fera Athanase après lui : omission de catalogage, non rejet, car ni Méliton ni Athanase n'excluent ces livres de la lecture de l'Église[83].
Origène, vers 230-240, donne à son tour la liste des 22 livres hébreux, en les nommant en hébreu translittéré, preuve qu'il travaille avec des informateurs juifs ; il signale les Maccabées comme circulant « en dehors de ceux-là », tout en les citant lui-même comme Écriture dans ses homélies[84]. Mieux : dans sa Lettre à Africanus, il défend contre le savant païen les parties grecques de Daniel (Susanne, Bel et le dragon) et d'Esther, parce que l'Église les lit : le critère n'est pas la philologie juive, c'est l'usage ecclésial[85].
Au IVe siècle, les listes se multiplient et convergent. Eusèbe de Césarée recense les témoignages antérieurs dans son Histoire ecclésiastique (IV, 26 pour Méliton ; VI, 25 pour Origène)[86]. Cyrille de Jérusalem, vers 348, énumère dans ses Catéchèses les 22 livres à apprendre par cœur aux catéchumènes, en interdisant de lire en assemblée « aucun livre apocryphe »[87]. Le synode de Laodicée (vers 360-364) joint à sa liste l'interdiction de psalmodier en église des « psaumes privés » et des livres non canoniques : l'authenticité du canon 60, qui donne la liste, est discutée entre savants, mais le canon 59, incontesté, suppose déjà une liste reçue[88].
| Témoin | Date | Contenu de la liste |
|---|---|---|
| Méliton de Sardes (via Eusèbe, HE IV, 26) | vers 170 | 22 livres hébreux, sans Esther |
| Origène (via Eusèbe, HE VI, 25) | vers 230-240 | 22 livres nommés en hébreu ; Maccabées signalés à part |
| Cyrille de Jérusalem, Catéchèses IV, 35-36 | vers 348 | 22 livres pour les catéchumènes |
| Synode de Laodicée, canons 59-60 | vers 360-364 | Liste reçue ; liste du canon 60 discutée |
| Saint Athanase, Lettre festale 39 | Pâques 367 | 22 livres, sans Esther, avec Baruch ; anathème contre les apocryphes |
| Saint Jérôme, Prologus Galeatus | vers 391 | 22 livres ; deutérocanoniques « bons à lire » pour l'édification |
| Saint Augustin, De doctrina christiana II, 8 | 397 | 44 livres dont les deutérocanoniques, cités comme Écriture |
La Lettre festale 39 de saint Athanase, pour Pâques 367, est la première liste chrétienne qui distingue explicitement les livres canoniques, les livres « à lire » aux catéchumènes (Sagesse, Siracide, Esther, Judith, Tobie) et les apocryphes à rejeter[89]. Athanase omet Esther du canon tout en rangeant la Sagesse parmi les livres à lire : sa liste n'est donc pas notre canon, et les catholiques ne le cachent pas. Elle prouve autre chose, de décisif : dès 367, l'Église d'Alexandrie lit déjà tous nos livres, et la seule question est leur rang exact, non leur usage[90].
« Que personne n'y ajoute rien, et que personne n'en retranche rien. » — Saint Athanase, Lettre festale 39, pour Pâques 367[91]
Saint Jérôme mérite une attention particulière, car on l'enrôle tantôt pour, tantôt contre les deutérocanoniques. Dans son Prologus Galeatus, le « prologue casqué » placé en tête de sa traduction de Samuel et des Rois (vers 391), il compte 22 livres à l'image des 22 lettres hébraïques et relègue Sagesse, Siracide, Judith, Tobie et les Maccabées parmi les apocryphes, « bons à la lecture de l'Église » mais non à l'établissement des dogmes[92].
« De même qu'il y a vingt-deux lettres hébraïques, de même compte-t-on vingt-deux livres de l'Ancien Testament. » — Saint Jérôme, Prologus Galeatus[93]
Mais Jérôme traduit ensuite Tobie et Judith à la demande des évêques, commente Daniel avec ses parties grecques, et cite la Sagesse et le Siracide comme Écriture dans ses lettres[94]. Sa position savante, alignée sur le texte hébreu, n'a jamais gouverné sa pratique d'homme d'Église : il a servi la Bible que lisait l'Église, pas celle de ses préférences de philologue[95]. Face à lui, saint Augustin tranche en pasteur : dans De doctrina christiana (II, 8, 12-13, en 397), il énumère 44 livres de l'Ancien Testament, deutérocanoniques inclus, et demande qu'on les reçoive comme Écriture parce que les Églises les tiennent pour tels[96]. Dans sa correspondance avec Jérôme, il défend la Septante contre une retraduction sur l'hébreu seul, au nom de l'unité des Églises[97].
Avant eux, les apologistes avaient déjà montré le chemin. Saint Justin, vers 160, accuse les docteurs juifs d'avoir retranché des passages messianiques des Écritures (Dialogue avec Tryphon, 71-73) : la dispute porte sur le texte, et les deux parties se reconnaissent la même Bible[98]. Saint Irénée défend l'inspiration des Septante : les soixante-dix traducteurs, enfermés séparément, auraient rendu le même grec, preuve que Dieu parlait par eux (Contre les hérésies, III, 21)[99]. Saint Cyprien, vers 248-250, cisaille des centaines de versets pour ses Témoignages à Quirinus, et il y range la Sagesse et le Siracide parmi les Écritures sans s'en excuser[100].
Les décisions de l'Église : du synode de Rome à Trente
L'Église n'a pas attendu 1546 pour savoir quelle était sa Bible. Dès que des hérésies ou des disputes l'exigent, papes et conciles confirment par écrit la collection déjà lue. Voici la chaîne des décisions, sans rupture, sur douze siècles.
- 382Synode de Rome sous Damase Ier
Un synode romain approuve la liste complète des Écritures, Ancien et Nouveau Testament. La teneur exacte nous est parvenue par le Décret gélasien (VIe siècle), qui associe cette liste au nom de Damase : Tobie, Judith, Maccabées et les autres deutérocanoniques y figurent au même rang[101].
- 8 octobre 393Concile d'Hippone, canon 36
Les évêques d'Afrique, Augustin présent comme prêtre, arrêtent le canon des Écritures « reçues dans l'Église » : la liste comprend nommément la Sagesse, le Siracide, Tobie, Judith et les deux Maccabées[102].
- 28 août 397IIIe concile de Carthage, canon 47
Carthage reprend la liste d'Hippone et demande qu'elle soit confirmée par « l'Église d'outre-mer », c'est-à-dire Rome : la collégialité africaine cherche l'accord du Siège apostolique[103].
- 405Innocent Ier à Exupère de Toulouse
Consulté par l'évêque de Toulouse, le pape Innocent Ier répond par la lettre Consulenti tibi (Épître 6) : après avoir énuméré les livres du Nouveau Testament, il donne la liste complète de l'Ancien, deutérocanoniques inclus[104].
- 419XVIe concile de Carthage
Carthage confirme de nouveau le même canon et l'envoie à Rome pour approbation : la liste africaine devient la liste romaine[105].
- 4 février 1442Florence, bulle Cantate Domino
Le concile de Florence, dans le décret d'union avec les coptes Cantate Domino, professe « qu'un seul et même Dieu est l'auteur de l'Ancien et du Nouveau Testament » et énumère tous les livres, Genèse aux Maccabées, comme reçus par l'Église[106].
- 8 avril 1546Trente, session IV, décret Sacrosancta
Face aux retranchements protestants, le concile définit solennellement le canon : tous les livres « avec toutes leurs parties, tels qu'on a coutume de les lire dans l'Église catholique et tels qu'ils sont contenus dans l'ancienne Vulgate latine », sous peine d'anathème[107].
- 24 avril 1870Vatican I, Dei Filius
La constitution dogmatique Dei Filius reprend le décret de Trente : l'Église tient ces livres pour sacrés et canoniques « non parce que, composés par l'industrie humaine, ils auraient été ensuite approuvés par son autorité, ni seulement parce qu'ils contiennent sans erreur la Révélation, mais parce que, écrits sous l'inspiration du Saint-Esprit, ils ont Dieu pour auteur »[108].
Le décret de Trente mérite d'être lu dans sa rigueur, car il ne crée rien : il ferme une liste ouverte par douze siècles d'usage.
« Si quelqu'un ne reçoit pas comme sacrés et canoniques ces livres eux-mêmes, dans toutes leurs parties, tels qu'on a coutume de les lire dans l'Église catholique et tels qu'ils sont contenus dans l'ancienne édition de la Vulgate latine, et méprise sciemment et de propos délibéré les traditions susdites, qu'il soit anathème. » — Concile de Trente, session IV, décret Sacrosancta, 8 avril 1546[109]
Deux précisions honnêtes complètent le tableau. D'une part, à la veille de Trente, le débat n'était pas éteint chez les savants : le cardinal Cajetan, dans son commentaire de 1532, distinguait encore le canon des Hébreux et les livres reçus par l'Église pour fixer les dogmes[110]. Trente a donc tranché un vrai débat, non une formalité : c'est ce qui donne à sa décision son poids. D'autre part, Trente définit la liste des livres, non le texte original mot à mot : Divino afflante Spiritu (1943) ordonnera le retour aux langues originales et aux méthodes critiques pour établir le meilleur texte, et la Néo-Vulgate, promulguée par Jean-Paul II en 1979 (Scripturarum thesaurus, 25 avril 1979), donnera à l'Église latine une édition typique révisée sur l'hébreu et le grec[111].
Théologie : ce que le Premier Testament révèle
Un Dieu qui crée, qui appelle, qui pardonne
L'Ancien Testament n'est pas d'abord un code, c'est une histoire d'amour têtu. Il révèle un Dieu qui crée par sa parole : « Dieu dit, et cela fut »[112]. Un Dieu qui appelle : Abraham quitte son pays sur une promesse[113], Moïse se déchausse devant le buisson ardent et reçoit le Nom, « Je suis qui je suis »[114]. Un Dieu qui délivre : la sortie d'Égypte, Pâque après Pâque remémorée, fonde la mémoire d'Israël et préfigure la rédemption[115]. Un Dieu qui pardonne : après le veau d'or, Moïse obtient que Dieu marche encore au milieu d'un peuple « à la nuque raide »[116].
Au sommet de cette révélation, la prophétie du Serviteur souffrant (Isaïe 52, 13 – 53, 12) : méprisé, broyé par la souffrance, il « portait nos fautes » et « par ses blessures nous sommes guéris »[117]. L'Église y a toujours reconnu le portrait anticipé du Christ en croix, et le Nouveau Testament cite ce passage plus qu'aucun autre d'Isaïe[118].
Dès la chute, Dieu pose la première espérance, le protovangile : à Ève est annoncée une descendance qui écrasera la tête du serpent[119]. Le Catéchisme y voit « la première annonce du Rédempteur » et le germe de la victoire de Marie et du Christ sur le mal[120].
Les figures du Christ : lire l'Ancien dans le Nouveau
Adam, figure de celui qui devait venir[121] ; Melchisédech, roi de Salem qui offre le pain et le vin, prêtre « à jamais »[122] ; l'agneau pascal dont on ne brise aucun os[123] ; le serpent d'airain élevé dans le désert, « ainsi faut-il que le Fils de l'homme soit élevé »[124] ; Jonas trois jours dans le poisson, « signe » de la résurrection[125] ; le rocher qui donne l'eau et « ce rocher, c'était le Christ »[126]. Ces figures sont détaillées une à une dans Les figures du Christ dans l'Ancien Testament : on n'en retient ici que le principe, donné par saint Paul : ces événements « sont arrivés comme des figures » et ont été écrits pour nous[127].
Ce que les sept livres apportent à la foi
Les deutérocanoniques ne sont pas un supplément décoratif : ils portent des doctrines que le Nouveau Testament suppose. Le deuxième livre des Maccabées confesse la résurrection des morts avec une netteté sans égale dans l'Ancien Testament : « le Roi du monde nous ressuscitera pour une vie éternelle »[128]. Il fonde la prière pour les morts : Judas Maccabée fait offrir un sacrifice expiatoire « pour qu'ils soient délivrés de leur péché », et le narrateur conclut que c'est là « une pensée sainte et pieuse »[129]. Le livre de Tobie révèle l'ange Raphaël, « l'un des sept qui se tiennent devant le Seigneur », guide, guérisseur et intercesseur qui « présente les prières »[130]. La Sagesse chante l'immortalité des justes et annonce le jugement[131]. Le Siracide fait de l'aumône une rançon du péché et de la prière du pauvre un cri qui monte au ciel[132]. Sans ces livres, des pans entiers de la foi catholique, purgatoire, intercession, résurrection, perdraient leurs racines vétérotestamentaires[133].
L'Ancien Testament dans la prière de l'Église
Les chrétiens n'ont jamais cessé de prier avec le Premier Testament, parce que le Christ lui-même priait avec lui. À la synagogue de Nazareth, Jésus se lève, on lui remet le rouleau d'Isaïe, il proclame « l'Esprit du Seigneur est sur moi » et déclare : « aujourd'hui s'accomplit ce passage »[134]. Sur la croix, il meurt en priant les psaumes : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ? »[135], puis « entre tes mains je remets mon esprit »[136].
Le psautier, respiration quotidienne
Les 150 psaumes forment le cantique officiel de l'Église : la Liturgie des Heures les distribue sur quatre semaines, de sorte que le prêtre, le religieux et un nombre croissant de laïcs chantent chaque mois tout le psautier[137]. Le Gloire au Père qui scande chaque psaume les baptise : la louange d'Israël devient louange trinitaire[138]. Saint Augustin, qui a commenté les 150 psaumes dans ses Enarrationes, y entend le Christ prier en son corps : tantôt sa voix, tantôt la nôtre, tantôt les deux ensemble[139].
« Le Christ prie pour nous, il prie en nous, et nous prions vers lui : il prie pour nous comme notre prêtre, il prie en nous comme notre tête, et il est prié par nous comme notre Dieu. » — Saint Augustin, Enarrationes in Psalmos, 85, 1[140]
Le lectionnaire : l'année rythmée par le Premier Testament
Chaque messe du dimanche et de semaine comporte une première lecture tirée de l'Ancien Testament, choisie en harmonie avec l'évangile du jour : pendant le temps pascal, les Actes remplacent l'Ancien Testament, preuve par l'exception que le reste de l'année lui appartient[141]. La Vigile pascale, sommet de l'année, proclame sept lectures vétérotestamentaires, de la Création au passage de la mer Rouge jusqu'aux prophètes de l'eau vive[142]. Et les grands cantiques du bréviaire viennent de l'Ancien Testament : le cantique des trois enfants dans la fournaise (Daniel 3), le cantique de Moïse après la mer Rouge (Exode 15), celui d'Anne (1 Samuel 2), d'Isaïe, de Jérémie et des prophètes[143].
C'est ainsi que des fêtes juives deviennent des fêtes chrétiennes sans perdre leur racine : la Pâque juive, mémorial de la sortie d'Égypte, devient la Pâque du Christ, « notre agneau pascal a été immolé »[144] ; la Pentecôte, fête du don de la Loi au Sinaï, devient le don de l'Esprit[145]. L'Église ne remplace pas Israël : greffée sur lui, elle en recueille la prière[146].
La Réforme et la question des sept livres
Le dossier complet de la controverse est traité dans Pourquoi les catholiques ont-ils sept livres de plus ? ; on n'en donne ici que l'ossature, pour situer le canon dans l'histoire.
Martin Luther, dans sa Bible allemande complète de 1534 (Wittenberg, Hans Lufft), déplace les deutérocanoniques dans une section à part entre les deux Testaments, sous le titre d'Apocryphes, avec cet avertissement : des livres « bons et utiles à lire », mais non mis « au même rang que l'Écriture Sainte »[147]. Le critère affiché est le retour au « canon hébreu » ; le mobile doctrinal n'est pas absent, puisque c'est sur le deuxième livre des Maccabées que s'appuie la prière pour les morts[148]. Dès 1520, le catholique Thomas de Vio, dit Cajetan, avait du reste admis la distinction savante entre livres canoniques et livres ecclésiastiques, ce qui montre que la question agitait aussi les exégètes catholiques[149].
Les Églises réformées vont plus loin : la Confession de Westminster (1646-1647, chapitre I, article 3) déclare que ces livres « n'étant pas d'inspiration divine, ne font pas partie du canon » et ne doivent servir qu'à l'usage humain[150]. En 1826, la Société biblique britannique et étrangère décide de ne plus financer l'impression de Bibles contenant les apocryphes : c'est de cette décision éditoriale, et non d'un concile, que date la Bible protestante à 66 livres telle qu'on la connaît[151].
La réponse catholique tient en deux points. D'abord, le critère n'est pas la langue : si l'hébreu seul faisait l'Écriture, il faudrait retrancher aussi les passages araméens de Daniel et d'Esdras, et des morceaux entiers du Nouveau Testament citent le grec contre l'hébreu[152]. Ensuite, le critère est la réception par l'Église : les livres que les apôtres ont lus en grec, que les martyrs ont cités, que les conciles ont énumérés et que les fidèles ont priés pendant quinze siècles ne peuvent être retranchés au nom d'un judaïsme postérieur qui, lui-même, s'est défini après et contre l'Église[153]. Trente, en 1546, n'a rien ajouté : il a interdit de retrancher[154].
Ce que propose l'exégèse moderne, et ses limites
Cette section expose loyalement les hypothèses dominantes à l'université depuis deux siècles, puis leurs fragilités. Le lecteur comprendra pourquoi les datations et attributions traditionnelles restent défendables, même quand elles ne sont plus majoritaires dans les facultés[155].
Deux siècles de reconstructions : Simon, Astruc, de Wette, Wellhausen
Le paradoxe est que la critique biblique naît chez un prêtre catholique : Richard Simon, de l'Oratoire, publie en 1678 son Histoire critique du Vieux Testament, qui distingue dans le Pentateuque plusieurs mains et y voit l'œuvre d'archivistes successifs ; l'ouvrage est saisi par la police de Colbert[156]. En 1753, le médecin Jean Astruc publie ses Conjectures : il repère dans la Genèse deux noms de Dieu, Yahvé et Élohim, et en déduit deux « mémoires » originaux assemblés par Moïse[157]. En 1805, Wilhelm de Wette, dans sa dissertation d'Iéna, identifie le Deutéronome au « livre de la Loi » découvert sous Josias : le Deutéronome deviendrait un écrit du VIIe siècle, antidaté à Moïse[158].
Le système est couronné par Julius Wellhausen et ses Prolegomena zur Geschichte Israels (1878, réédition 1883) : le Pentateuque résulterait de quatre sources, J, E, D, P (yahviste Xe siècle, élohiste VIIIe, deutéronomiste VIIe, sacerdotale Ve), assemblées après l'exil[159]. Dans la foulée, Daniel est redaté vers 164 av. J.-C., au temps d'Antiochus Épiphane : ses « prophéties » seraient de l'histoire déguisée, et ses erreurs historiques présumées (Balthazar « roi », Darius le Mède) trahiraient un auteur tardif[160]. Isaïe est partagé en deux ou trois : les chapitres 40 à 66 dateraient de l'exil ou d'après, sous la plume d'un « second Isaïe » anonyme[161].
Moïse, Daniel, Isaïe : ce que répond la tradition
Moïse. Le Pentateuque se donne pour écrit par Moïse sur l'ordre de Dieu, le Christ parle du « livre de Moïse » et déclare : « si vous croyiez Moïse, vous me croiriez aussi, car c'est de moi qu'il a écrit »[162]. Josèphe, Philon, le Talmud et tous les Pères tiennent Moïse pour l'auteur[163]. La Commission biblique pontificale, le 27 juin 1906, confirme l'authenticité mosaïque substantielle du Pentateuque : Moïse peut avoir employé secrétaires et sources, et le texte peut avoir reçu retouches et gloses, mais l'œuvre est la sienne[164]. La portée disciplinaire de ces décrets a été assouplie depuis Divino afflante Spiritu, mais ils témoignent de la tradition reçue, que l'exégèse n'a pas réfutée, seulement contournée[165].
Daniel. L'objection n'est pas neuve : au IIIe siècle, le païen Porphyre écrivait déjà que Daniel datait d'Antiochus Épiphane, et saint Jérôme lui répondait point par point dans son Commentaire sur Daniel : si le livre annonce avec précision les royaumes successifs, c'est qu'il est prophétique, et la précision est une preuve, non un délit[166]. Qumrân a depuis versé une pièce au dossier : huit exemplaires de Daniel, dont certains copiés dès le IIe siècle av. J.-C., avec un texte déjà stabilisé, ce qui laisse peu de place à une composition vers 164[167]. Et Jésus cite « le prophète Daniel » en l'attribuant à Daniel lui-même[168].
Isaïe. Le Nouveau Testament attribue à Isaïe les passages du « second Isaïe » : « Isaïe a dit » pour le chapitre 53[169], et Philippe explique à l'eunuque que ce passage annonce Jésus[170]. Le grand rouleau d'Isaïe de Qumrân (1QIs-a) copie les 66 chapitres d'un seul tenant, sans coupure ni marque de changement d'auteur[171]. L'unité du livre est donc attestée matériellement deux siècles avant le Christ : la partition en deux ou trois Isaïe repose sur des critères de style et de théologie, non sur un manuscrit[172].
Le mythe du concile de Jamnia
Pendant un siècle, les manuels ont enseigné qu'un concile de Jamnia (Yavné), vers 90 ap. J.-C., aurait fixé le canon hébreu en rejetant les deutérocanoniques. Cette thèse fut proposée par l'historien Heinrich Graetz en 1871[173]. Elle s'est effondrée : dès 1925, William Christie la contestait, puis Jack P. Lewis, en avril 1964 dans le Journal of Bible and Religion (« What Do We Mean by Jabneh ? »), démontra qu'aucune source ne parle d'un concile ni d'une décision canonique à Yavné : on y discutait, comme ailleurs, de tel livre, sous la présidence de Yohanan ben Zakkaï, sans clore aucune liste[174]. Sid Leiman, en 1976, confirma par les sources talmudiques et midrashiques qu'il n'y eut jamais de fixation solennelle[175].
Il n'y a donc ni concile juif qui aurait « retranché » les deutérocanoniques, ni concile catholique qui les aurait « ajoutés » : il y a une collection reçue, discutée à la marge, puis discernée par l'Église[176].
Reste la thèse la plus sérieuse du camp adverse, celle d'Albert Sundberg (1964) : les juifs d'Alexandrie et de Palestine auraient partagé le même canon court, et ce seraient les chrétiens qui, après la rupture de 70, se seraient composé un Ancien Testament élargi en canonisant la Septante[177]. L'argument est honnête et documenté, mais il se heurte à trois faits : les listes chrétiennes les plus anciennes (Méliton, Origène) recopient le canon hébreu de 22 livres tout en citant les autres comme Écriture, ce qui prouve une réception à deux vitesses, non une invention ; les manuscrits chrétiens (Vaticanus, Sinaiticus) transmettent les deutérocanoniques sans marque d'infériorité ; et les grottes de Qumrân montrent des deutérocanoniques lus en hébreu et en araméen avant le Christ, donc un judaïsme aux frontières ouvertes, non un canon court déjà verrouillé[178]. Sundberg a raison contre le mythe d'un « canon alexandrin » rival : il a tort d'en conclure que l'Église aurait inventé le sien[179].
Judith, Tobie et les difficultés historiques : l'objection loyale et sa réponse
L'objection la plus sérieuse ne vient pas des reconstructions de sources, mais de l'histoire elle-même. Judith s'ouvre sur un Nabuchodonosor « roi des Assyriens » régnant dans Ninive[180], alors que le Nabuchodonosor de l'histoire est roi de Babylone et que Ninive est tombée avant son règne. Tobie mêle de même noms, chiffres et itinéraires qui résistent à une lecture de chronique[181]. Faut-il en conclure que l'Église reçoit comme Parole de Dieu des livres qui se trompent ?
La réponse tient au genre littéraire, principe rappelé par Pie XII : l'inerrance couvre ce que l'auteur affirme vraiment, selon la manière d'écrire de son temps, et non ce qu'un lecteur moderne projette sur son texte[182]. Vatican II précise que les livres enseignent « solidement, fidèlement et sans erreur la vérité que Dieu a voulu voir consignée » : c'est cette vérité voulue par Dieu qui est sans erreur, non chaque détail d'un récit édifiant[183]. Judith et Tobie appartiennent aux livres d'édification : sous des noms et des décors parfois arrangés, ils affirment ce qui compte, la providence qui délivre Israël, la prière exaucée, l'ange qui conduit[184][185], et c'est cette affirmation que l'Église reçoit comme vraie.
Les fragilités de méthode : présupposés, cercles, silences
Une partie de l'exégèse contemporaine propose ces reconstructions avec assurance ; il faut en voir les ressorts[186].
D'abord le présupposé anti-prophétique : si la prophétie précise est impossible par principe, alors tout texte qui prédit avec précision est nécessairement postérieur à l'événement. La datation de Daniel en 164 n'est pas le résultat d'une découverte, c'est la conclusion imposée par le postulat : Porphyre raisonnait déjà ainsi au IIIe siècle, et Jérôme l'avait vu[187].
Ensuite les datations circulaires : on date les sources J, E, D, P par une théorie de l'évolution religieuse d'Israël (du naturisme au monothéisme éthique), puis on prouve la théorie par la succession des sources ainsi datées. Le cercle est vicieux : la chronologie des textes et l'histoire de la religion se prouvent l'une par l'autre, sans point d'appui extérieur[188].
Puis l'argument du silence : le Siracide (chapitres 44 à 50) fait l'éloge des Pères sans nommer Daniel, Esdras ni Esther, donc ces livres n'existeraient pas encore vers 180. Mais le même Siracide omet aussi des figures incontestées et ne cite nommément presque aucun livre : un panégyrique n'est pas un catalogue, et Qumrân montre Daniel déjà multiplié et stabilisé[189]. Le silence d'un auteur prouve son propos, non l'inexistence de ce qu'il tait[190].
Enfin la confusion entre possibilité littéraire et preuve historique : montrer qu'un texte pourrait résulter de plusieurs sources ne prouve pas qu'il en résulte, pas plus que repérer deux styles chez un auteur ne prouve deux auteurs[191].
La voie catholique : critique des textes, oui ; dissolution, non
L'Église ne refuse ni la philologie ni l'archéologie : Léon XIII (Providentissimus Deus, 1893) encouragea les études orientales, Pie XII (Divino afflante Spiritu, 1943) ordonna le recours aux langues originales et reconnut les genres littéraires, Vatican II (Dei Verbum, 11-13) demanda de chercher l'intention des auteurs sacrés à travers leurs modes d'expression, et la Commission biblique pontificale (1993, L'interprétation de la Bible dans l'Église) fit le tri des méthodes en rappelant que l'exégèse historico-critique est indispensable mais insuffisante sans la lecture dans la Tradition et dans la foi[192]. Benoît XVI (Verbum Domini, 2010) rappela qu'une exégèse qui sépare le texte de l'Église qui l'a reçu finit par ne plus entendre ce qu'il dit[193].
Le protestant Brevard Childs lui-même, pourtant loin de Rome, a montré la voie avec son Introduction à l'Ancien Testament comme Écriture (1979) : lire les livres dans la forme canonique où la communauté les a reçus, plutôt que de les dissoudre en sources hypothétiques[194]. Et le grand recueil œcuménique The Canon Debate (2002, dir. Lee McDonald et James Sanders) constate honnêtement l'absence de consensus sur presque tout : ni la date de clôture du canon hébreu, ni l'existence d'un canon alexandrin distinct, ni le rôle exact de Jamnia ne font l'unanimité[195].
En somme : les hypothèses critiques décrivent ce que le texte pourrait être si la tradition se trompait ; les témoins anciens, les manuscrits et l'usage de l'Église disent ce qu'il est depuis qu'on le lit. Au catholique de tenir les deux bouts : étudier les hypothèses sans les confondre avec des résultats, et recevoir l'Écriture des mains qui l'ont portée[196].
Pour aller plus loin
- La formation de la Bible : Comment la Bible a-t-elle été formée ? et La Bible
- La Bible grecque des apôtres : La Septante
- Les sept livres en débat : Pourquoi les catholiques ont-ils sept livres de plus ?
- Les manuscrits : Les manuscrits de la Bible et Les manuscrits de Qumrân (mer Morte, 1947-1956)
- Lire et interpréter : Comment lire la Bible catholiquement ?, L'interprétation catholique de la Bible, Le sens spirituel de l'Écriture et Quelle Bible acheter ?
- Le pendant du Nouveau Testament : Le canon du Nouveau Testament
- L'accomplissement en Christ : Les figures du Christ dans l'Ancien Testament
Notes et références
Catéchisme de l'Église catholique, § 121 : « L'Ancien Testament est une partie de l'Écriture Sainte que l'on ne peut mépriser. » Édition Mame-Plon, Paris, 1992.
1 19Concile de Trente, session IV, décret Sacrosancta (De libris sacris et de traditionibus recipiendis), 8 avril 1546 : liste des livres saints et anathème. Denzinger-Hünermann 1501-1505 ; texte sur vatican.va.
2 107 109 154Edmon L. Gallagher, John D. Meade, The Biblical Canon Lists from Early Christianity : Texts and Analysis, Oxford University Press, Oxford, 2017 : recueil et analyse des listes canoniques des quatre premiers siècles, textes originaux et traductions.
3 79 83 90 153 178Catéchisme de l'Église catholique, § 120 : liste des 46 livres de l'Ancien Testament et des 27 du Nouveau. Édition Mame-Plon, Paris, 1992.
4 5 16Article Ignispedia « Pourquoi les catholiques ont-ils sept livres de plus ? » (slug : pourquoi-les-catholiques-ont-ils-sept-livres-de-plus) : histoire détaillée des sept deutérocanoniques, livre par livre.
6 133Sixte de Sienne, Bibliotheca Sancta ex praecipuis Catholicae Ecclesiae auctoribus collecta, Venise, 1566 : invention des termes protocanonique et deutérocanonique. Cf. Jimmy Akin, recherche sur l'origine du terme, sur jimmyakin.com.
7Emanuel Tov, Textual Criticism of the Hebrew Bible, Fortress Press, Minneapolis, 3e éd. 2012 : critique textuelle, Qumrân et transmission du texte hébreu.
8 75 171La Bible d'Alexandrie, collection dirigée par Marguerite Harl, Cerf, Paris, depuis 1986 : traduction française de la Septante avec introductions, livre par livre.
9 46Gary G. Michuta, Why Catholic Bibles Are Bigger, Grotto Press, 2007 : dossier catholique complet sur le canon, les listes anciennes et les objections protestantes.
10 44 72 152 181 190Synode de Jérusalem, confession de Dosithée, 1672 : réception des livres de la Septante comme Écriture. Les éditions grecques ajoutent au canon catholique 1 Esdras, le Psaume 151, la Prière de Manassé et 3 Maccabées. Cf. The New Oxford Annotated Bible, introduction aux livres apocryphes.
11Talmud de Babylone, traité Baba Batra, folio 14b : ordre des 24 livres et attributions (Moïse, Josué, Samuel, Jérémie, Esdras). Édition Vilna ; traduction anglaise Soncino.
12 57 163Roger T. Beckwith, The Old Testament Canon of the New Testament Church and Its Background in Early Judaism, SPCK, Londres, et Eerdmans, Grand Rapids, 1985 : somme sur le canon juif au temps du Christ, ses 22 livres et ses témoignages.
13 49 73 176Flavius Josèphe, Contre Apion, I, 8 (37-43) : les 22 livres, rédigés vers 93-94 ap. J.-C. Traduction Théodore Reinach, Les Belles Lettres, Paris, 1930.
14 54 55Saint Jérôme, Prologus Galeatus (vers 391) : les 22 livres à l'image des 22 lettres. Texte latin : Biblia Sacra Vulgata, éd. Weber-Gryson, Deutsche Bibelgesellschaft.
15 92 93Concile Vatican II, constitution Dei Verbum, § 14 : Dieu se choisit Israël et l'économie de l'Ancien Testament prépare le Christ. Texte sur vatican.va.
17Catéchisme de l'Église catholique, § 122-123 : préparation de l'avènement du Christ et valeur permanente de l'Ancien Testament. Édition Mame-Plon, Paris, 1992.
18Évangile selon saint Luc, 24, 27 et 24, 44 : Emmaüs et « la Loi de Moïse, les Prophètes et les Psaumes ». Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.
20 21 47Paul Beauchamp, L'un et l'autre Testament, vol. 1 : Essai de lecture, Seuil, Paris, 1976 : l'Ancien Testament lu comme promesse et accomplissement.
22 41 80Épître de saint Paul aux Romains, 15, 4 : les Écritures écrites pour notre instruction. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.
23Épître de saint Paul aux Galates, 3, 24 : la Loi pédagogue vers le Christ. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.
24Épître de saint Paul aux Colossiens, 2, 17 : les réalités anciennes, ombre des choses à venir. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.
25Première épître de saint Paul aux Corinthiens, 10, 1-11 : les figures de l'Exode écrites pour nous avertir. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.
26 126 127Catéchisme de l'Église catholique, § 128-130 : unité de l'Ancien et du Nouveau Testament, typologie. Édition Mame-Plon, Paris, 1992.
27Saint Augustin, Questions sur l'Heptateuque, II, 73 : « Novum in Vetere latet, Vetus in Novo patet. » Édition : Bibliothèque augustinienne.
28Saint Jérôme, prologue du Commentaire sur Isaïe : « Ignoratio enim Scripturarum ignoratio Christi est. » Édition : Sources Chrétiennes.
29 30Catéchisme de l'Église catholique, § 115-119 : les sens de l'Écriture, littéral et spirituel. Édition Mame-Plon, Paris, 1992.
31Livre de l'Exode, 24, 4 : Moïse écrivit toutes les paroles du Seigneur. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.
32Livre de l'Exode, 17, 14 : l'ordre d'écrire le récit contre Amalec. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.
33Livre des Nombres, 33, 2 : Moïse mit par écrit les étapes. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.
34Livre du Deutéronome, 31, 9-13 et 31, 24-26 : remise de la Loi aux lévites et lecture septennale. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.
35Livre de Josué, 24, 26 : Josué écrivit dans le livre de la Loi de Dieu. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.
36Livre du Deutéronome, 17, 18-19 : le roi et sa copie de la Loi. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.
37Pierre Grelot, articles sur le Pentateuque et le canon dans le Dictionnaire de la Bible, Supplément, Letouzey et Ané, Paris : défense de l'attribution mosaïque substantielle.
38Deuxième livre des Rois, 22, 8 – 23, 3 : le livre retrouvé sous Josias (622 av. J.-C.). Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.
39Livre de Néhémie, 8, 1-10 : la lecture d'Esdras pendant la fête des Tentes. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.
40Deuxième livre des Maccabées, 2, 13-15 : la bibliothèque de Néhémie et les livres rassemblés par Judas. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.
42 43Prologue du Siracide (petit-fils de Jésus fils de Sira, vers 132 av. J.-C.) : triple désignation « la Loi, les Prophètes et les autres livres ». Texte dans la Bible de Jérusalem, Cerf, Paris.
45Évangile selon saint Luc, 11, 51 : d'Abel à Zacharie. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.
48Évangile selon saint Matthieu, 23, 35 : d'Abel à Zacharie fils de Barachie. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.
50Épître de saint Paul aux Romains, 3, 2 : les oracles de Dieu confiés aux Juifs. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.
51Deuxième épître de saint Paul à Timothée, 3, 16-17 : toute Écriture inspirée. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.
52 53Quatrième livre d'Esdras, 14, 44-47 : les 24 livres publics et les 70 réservés (apocalypse juive, vers 100 ap. J.-C.). Texte dans les Bibles avec apocryphes, cf. Bible de Jérusalem, Cerf.
56Sid Z. Leiman, The Canonization of Hebrew Scripture : The Talmudic and Midrashic Evidence, Archon Books, Hamden, 1976 : réfutation documentée d'une clôture solennelle du canon rabbinique.
58 60 175Mishna, traité Yadayim, III, 5 (vers 200) : le débat sur le Cantique et l'Ecclésiaste, sentence de Rabbi Aqiba. Édition Danby, Oxford University Press, 1933.
59Gilles Dorival, Marguerite Harl, Olivier Munnich, La Bible grecque des Septante, Cerf, Paris, 1988 : histoire et contenu de la Septante d'Alexandrie.
61F. W. Mozley, cité dans les études sur les citations néotestamentaires de la Septante : la très grande majorité des quelque 300 citations suit le grec. Cf. R. H. Gundry et les relevés dans Novum Testamentum Graece, Deutsche Bibelgesellschaft, Stuttgart.
62Épître aux Hébreux, 11, 35-38 : les martyrs en vue de la résurrection. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.
63Deuxième livre des Maccabées, 6, 18 – 7, 42 : Éléazar et la mère aux sept fils. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.
64 128Épître de saint Paul aux Romains, 1, 19-32 : l'idolâtrie inexcusable, dans le sillage de Sagesse 13-14. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.
65Épître de saint Paul aux Romains, 9, 21 : le potier et l'argile, comme Sagesse 15, 7. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.
66Épître de saint Paul aux Éphésiens, 6, 13-17 : l'armure du chrétien, comme Sagesse 5, 17-20. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.
67Épître aux Hébreux, 1, 3 : le Fils reflet de la gloire, comme Sagesse 7, 26. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.
68Livre de la Sagesse, 7, 26 : la Sagesse reflet de la lumière éternelle. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.
69Évangile selon saint Matthieu, 27, 39-43 : la moquerie au pied de la croix. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.
70 135Livre de la Sagesse, 2, 12-20 : le complot contre le juste, fils de Dieu. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.
71Eugene Ulrich (éd.), The Biblical Qumran Scrolls, Brill, Leyde, 2010-2013 : édition des manuscrits bibliques de la mer Morte, grotte par grotte.
74 76 167 189Timothy H. Lim, The Formation of the Jewish Canon, Yale University Press, New Haven, 2013 : canon juif, Qumrân et frontières ouvertes de la collection au Ier siècle.
77 179Article Ignispedia « Les manuscrits de la Bible » (slug : les-manuscrits-de-la-bible) : transmission du texte, massorètes et critique textuelle.
78Codex Amiatinus (avant 716), copié à Wearmouth-Jarrow sous l'abbé Ceolfrith et destiné au pape Grégoire II : plus ancienne Bible latine complète conservée. Biblioteca Medicea Laurenziana, Florence.
81Méliton de Sardes, liste des livres (vers 170), transmise par Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, IV, 26, 13-14. Édition Sources Chrétiennes, Cerf, Paris.
82Origène, liste des 22 livres (vers 230-240), transmise par Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, VI, 25, 1-2. Édition Sources Chrétiennes, Cerf, Paris.
84Origène, Lettre à Africanus (vers 240) : défense des parties grecques de Daniel et d'Esther au nom de l'usage de l'Église. Édition Sources Chrétiennes, Cerf, Paris.
85Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, IV, 26 et VI, 25 : recension des listes de Méliton et d'Origène (IVe siècle). Édition Sources Chrétiennes, Cerf, Paris.
86Saint Cyrille de Jérusalem, Catéchèses mystagogiques, IV, 35-36 (vers 348) : les 22 livres à apprendre par cœur. Édition Sources Chrétiennes, Cerf, Paris.
87Synode de Laodicée (vers 360-364), canons 59-60 : liste reçue et interdiction des livres non canoniques. Cf. Hefele-Leclercq, Histoire des conciles, t. I, Letouzey, Paris.
88Saint Athanase, Lettre festale 39, pour Pâques 367 : première liste distinguant canoniques, livres à lire et apocryphes. Édition : Sources Chrétiennes ; traduction dans Gallagher-Meade 2017.
89 91Saint Jérôme, préfaces à Tobie et à Judith, commentaire sur Daniel : traduction et usage ecclésial des deutérocanoniques malgré la préférence savante pour l'hébreu. Texte latin : Vulgate de Weber-Gryson.
94 95Saint Augustin, De doctrina christiana, II, 8, 12-13 (397) : les 44 livres de l'Ancien Testament reçus comme Écriture. Édition : Bibliothèque augustinienne.
96Correspondance Augustin-Jérôme (Lettres 28, 71, 82) : défense de la Septante au nom de l'unité des Églises. Édition : Bibliothèque augustinienne.
97Saint Justin, Dialogue avec Tryphon, 71-73 (vers 160) : les passages messianiques et la dispute sur le texte. Édition Sources Chrétiennes, Cerf, Paris.
98Saint Irénée, Contre les hérésies, III, 21 (vers 180) : l'inspiration des Septante. Édition Sources Chrétiennes, Cerf, Paris.
99Saint Cyprien, Témoignages à Quirinus (vers 248-250) : Sagesse et Siracide cités comme Écritures. Édition Sources Chrétiennes, Cerf, Paris.
100Synode de Rome sous Damase Ier (382), liste transmise par le Décret gélasien (De libris recipiendis, VIe siècle). Texte latin : éditions du Décret gélasien ; cf. Denzinger-Hünermann 84.
101Concile d'Hippone (8 octobre 393), canon 36 : canon des Écritures reçues. Cf. Hefele-Leclercq, Histoire des conciles, t. II, Letouzey, Paris.
102Conciles de Carthage (28 août 397, canon 47 ; 419) : reprise de la liste d'Hippone, envoyée à Rome. Cf. Hefele-Leclercq, Histoire des conciles, t. II.
103 105Saint Innocent Ier, lettre Consulenti tibi à Exupère de Toulouse, Épître 6 (405) : liste complète des livres saints. Texte latin : Patrologia Latina, t. 20.
104Concile de Florence, bulle Cantate Domino (4 février 1442) : Dieu auteur des deux Testaments et énumération des livres. Denzinger-Hünermann 1334-1336.
106Concile Vatican I, constitution Dei Filius, ch. 2 (24 avril 1870) : les livres ont Dieu pour auteur. Denzinger-Hünermann 3006 ; texte sur vatican.va.
108Thomas de Vio, dit Cajetan, commentaire sur les livres historiques (1532) : distinction entre canon des Hébreux et livres ecclésiastiques. Édition de Lyon, 1639.
110 149Pie XII, encyclique Divino afflante Spiritu, 30 septembre 1943 : langues originales, genres littéraires, critique textuelle. Texte sur vatican.va.
111 165 182 192Livre de la Genèse, 1, 3 : « Dieu dit, et cela fut. » Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.
112Livre de la Genèse, 12, 1-3 : l'appel d'Abraham. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.
113Livre de l'Exode, 3, 14 : le Nom révélé à Moïse. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.
114Livre de l'Exode, 12, 1-14 : l'agneau pascal. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.
115 123Livre de l'Exode, 34, 6-9 : le pardon après le veau d'or. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.
116Livre d'Isaïe, 52, 13 – 53, 12 : le Serviteur souffrant. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.
117Actes des Apôtres, 8, 26-35 : Philippe et l'eunuque sur Isaïe 53. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.
118 170Livre de la Genèse, 3, 15 : le protovangile. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.
119Catéchisme de l'Église catholique, § 410-411 : le protovangile, première annonce du Rédempteur. Édition Mame-Plon, Paris, 1992.
120Épître de saint Paul aux Romains, 5, 14 : Adam figure de celui qui devait venir. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.
121Livre de la Genèse, 14, 18-20 : Melchisédech, le pain et le vin. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.
122Évangile selon saint Jean, 3, 14 : le serpent d'airain élevé. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.
124Évangile selon saint Matthieu, 12, 40 : le signe de Jonas. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.
125Deuxième livre des Maccabées, 12, 43-45 : le sacrifice pour les morts, « pensée sainte et pieuse ». Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.
129Livre de Tobie, 12, 12-15 : Raphaël présente les prières. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.
130 185Livre de la Sagesse, 3, 1-9 : l'immortalité des justes. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.
131Livre du Siracide, 3, 30 – 4, 10 : l'aumône et la prière du pauvre. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.
132Évangile selon saint Luc, 4, 16-21 : Jésus à la synagogue de Nazareth sur Isaïe 61. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.
134Évangile selon saint Luc, 23, 46 : « entre tes mains je remets mon esprit » (Psaume 30). Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.
136Liturgia Horarum, psautier réparti sur quatre semaines : les 150 psaumes chantés chaque mois. Typis Polyglottis Vaticanis, 1971-1972.
137 143Saint Augustin, Enarrationes in Psalmos, 85, 1 et commentaires des 150 psaumes : le Christ qui prie en son corps. Édition : Bibliothèque augustinienne.
138 139 140Ordo Lectionum Missae (1969) : première lecture vétérotestamentaire et sept lectures de la Vigile pascale. Typis Polyglottis Vaticanis, 1969.
141 142Première épître de saint Paul aux Corinthiens, 5, 7 : notre agneau pascal immolé. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.
144Actes des Apôtres, 2, 1-11 : la Pentecôte et le don de l'Esprit. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.
145Épître de saint Paul aux Romains, 11, 17-24 : l'olivier et la greffe des nations. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.
146Martin Luther, Bible allemande complète, Wittenberg, Hans Lufft, 1534 : les deutérocanoniques relégués en Apocryphes entre les Testaments. Édition originale, Weimarer Ausgabe.
147Controverse sur la prière pour les morts et 2 Maccabées 12 : cf. article Ignispedia sur les sept livres et Gary Michuta, Why Catholic Bibles Are Bigger, Grotto Press, 2007.
148Confession de Westminster, 1646-1647, ch. I, § 3 : les apocryphes sans inspiration divine. Texte des standards de Westminster.
150Société biblique britannique et étrangère, résolution de 1826 : fin du financement des Bibles avec apocryphes. Archives de la BFBS, Cambridge.
151Brevard S. Childs, Introduction to the Old Testament as Scripture, Fortress Press, Philadelphie, 1979 : lire les livres dans leur forme canonique reçue.
155 172 188 194Richard Simon, Histoire critique du Vieux Testament, Paris, 1678 : les plusieurs mains du Pentateuque, ouvrage saisi.
156Jean Astruc, Conjectures sur les mémoires originaux dont il paraît que Moyse s'est servi pour composer le livre de la Genèse, Bruxelles, 1753 : les deux noms de Dieu et les deux sources.
157Wilhelm M. L. de Wette, dissertation d'Iéna, 1805 : le Deutéronome identifié au livre découvert sous Josias.
158Julius Wellhausen, Prolegomena zur Geschichte Israels, Reimer, Berlin, 1878 (rééd. 1883) : les quatre sources J, E, D, P.
159Frederick F. Bruce, The Canon of Scripture, InterVarsity Press, Downers Grove, 1988 : formation du canon, objections et réponses.
160Lee M. McDonald, James A. Sanders (dir.), The Canon Debate, Hendrickson, Peabody, 2002 : état œcuménique des questions, sans consensus sur la clôture.
161 195Évangile selon saint Jean, 5, 46-47 : « c'est de moi que Moïse a écrit. » Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.
162Commission biblique pontificale, réponse De mosaica authentia Pentateuchi, 27 juin 1906 : authenticité mosaïque substantielle. Actes du Saint-Siège.
164Porphyre, Contre les chrétiens, livre XII (IIIe siècle, par fragments), et saint Jérôme, Commentaire sur Daniel, prologue et livre I (vers 407) : la réponse à la datation tardive. Texte latin : Sources Chrétiennes.
166 187Évangile selon saint Matthieu, 24, 15 : « le prophète Daniel ». Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.
168Évangile selon saint Jean, 12, 38 : « Isaïe a dit » pour Isaïe 53, 1. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.
169Jack P. Lewis, « What Do We Mean by Jabneh ? », Journal of Bible and Religion, avril 1964 : aucun concile ni décision canonique à Yavné ; la thèse venait de Heinrich Graetz (1871).
173 174Albert C. Sundberg Jr., The Old Testament of the Early Church, Harvard University Press, Cambridge (Mass.), 1964 : les juifs d'Alexandrie et de Palestine auraient partagé le même canon court.
177Livre de Judith, 1, 1 : Nabuchodonosor, roi des Assyriens dans Ninive. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.
180Concile Vatican II, constitution Dei Verbum, § 11-13 : inspiration, inerrance et recherche de l'intention des auteurs. Texte sur vatican.va.
183 196Livre de Judith, 13, 1-10 : Judith délivre Béthulie par la main d'une veuve. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.
184Benoît XVI, exhortation Verbum Domini, 30 septembre 2010 : l'exégèse dans la foi et l'Église. Texte sur vatican.va.
186 193Commission biblique pontificale, L'interprétation de la Bible dans l'Église, 1993 : méthodes historico-critiques indispensables mais insuffisantes sans la Tradition. Texte sur vatican.va.
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