Saint Méliton de Sardes (100-180)

Saint Méliton, évêque de Sardes au IIᵉ siècle, fut « l'eunuque qui vécut tout entier dans l'Esprit Saint ». Son œuvre, presque toute perdue, a livré au XXᵉ siècle le Peri Pascha, la plus ancienne grande homélie pascale chrétienne connue.

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Saint Méliton de Sardes (vers 100 – vers 180) est l'un des plus grands Pères de l'Église d'Asie au IIᵉ siècle, et l'un des plus mal connus. Évêque de Sardes, l'antique capitale de la Lydie, il fut de son vivant une autorité considérable : un contemporain le range parmi les « grands astres » de l'Asie chrétienne, aux côtés de saint Polycarpe et de l'apôtre Jean[1]. Son œuvre, immense, comptait une vingtaine de traités sur l'Écriture, la foi, le baptême, l'âme et le corps, la création, l'Apocalypse. Presque tout a disparu.

Et puis, en plein XXᵉ siècle, un texte est sorti du sable d'Égypte. En 1940, l'érudit américain Campbell Bonner publie, d'après des papyrus, une homélie pascale grecque dont l'auteur est enfin identifié : c'est le Peri Pascha de Méliton[2]. D'un coup, ce Père réduit à des citations redevenait une voix — une voix poétique, martelée, lyrique, qui chante le passage de la Pâque juive au Christ. Du même mouvement, on redécouvrait la grandeur et l'ombre de Méliton : l'une des plus anciennes professions christologiques poétiques conservées[3], mais aussi l'une des pages les plus dures de l'antijudaïsme chrétien primitif, qu'un catholique d'aujourd'hui doit lire à la lumière du Concile.

Cet article présente le saint lui-même : son siège de Sardes et sa virginité consacrée, son œuvre engloutie et le miracle de sa redécouverte, sa doctrine sur la Pâque et sur le Christ « Dieu et homme », son témoignage capital sur le canon de l'Ancien Testament, sa Supplique à l'empereur, sa pratique de la Pâque, et enfin son culte. Sur les autres témoins de l'Asie chrétienne, voir saint Papias de Hiérapolis et saint Irénée de Lyon ; sur la controverse pascale où Méliton tient son rang, voir saint Polycarpe de Smyrne.

Qui est saint Méliton de Sardes ?

Un évêque d'Asie au cœur du IIᵉ siècle

Méliton fut évêque de Sardes, métropole de la Lydie, l'une des sept Églises auxquelles s'adresse l'Apocalypse (Ap 3, 1-6). Sa vie nous échappe presque entièrement : on ne connaît ni l'année exacte de sa naissance, ni celle de sa mort, ni les circonstances de son épiscopat. La chronologie usuelle le situe vers 100 pour la naissance et vers 180 pour la mort : en pleine activité sous Marc Aurèle, il est déjà compté parmi les défunts quand Polycrate écrit vers 194[4][5]. Ce que l'on tient pour sûr, c'est qu'il fut en pleine activité sous Marc Aurèle (161-180), à qui il adressa une apologie, et qu'il appartenait au foyer chrétien d'Asie Mineure issu de la prédication de l'apôtre Jean.

Son rayonnement fut grand. Eusèbe de Césarée, qui lui consacre tout un chapitre de son Histoire ecclésiastique, le compte parmi les écrivains « illustres » de cette génération, à côté d'Apollinaire de Hiérapolis et de saint Irénée[6]. Saint Jérôme, à la génération suivante, louait son « génie élégant et oratoire » (elegans et declamatorium ingenium), tout en rapportant que Tertullien, dans son ouvrage montaniste perdu Sur l'extase, le raillait — et que beaucoup de chrétiens tenaient Méliton pour un prophète[7]. C'est dire la place que cet évêque d'Asie occupait dans la mémoire de l'Église ancienne — une place que la perte de ses livres a longtemps masquée.

« L'eunuque qui vécut tout entier dans l'Esprit Saint »

Infographie originale Ignispedia créée par IA : Sardes dans le réseau johannique d'Asie Mineure.

Le témoignage le plus précieux sur la personne de Méliton ne vient pas d'Eusèbe mais de Polycrate, évêque d'Éphèse. Vers 194, dans une lettre au pape Victor sur la date de Pâques, Polycrate énumère les « grands astres » que l'Asie a vu se coucher en attendant la résurrection. Après l'apôtre Philippe, l'apôtre Jean, Polycarpe et d'autres martyrs, il nomme Méliton :

« … et encore Méliton l'eunuque, qui vécut tout entier dans l'Esprit Saint, qui repose à Sardes, attendant la visite d'en haut, lorsqu'il ressuscitera d'entre les morts. » — Polycrate d'Éphèse, lettre au pape Victor, citée par Eusèbe, Histoire ecclésiastique V, 24, 5[8]

Deux mots arrêtent le lecteur. « L'eunuque » (ton eunouchon) : Rufin d'Aquilée, traduisant Eusèbe en latin, y voit « la vierge » — la continence consacrée, la virginité offerte à Dieu des « eunuques pour le Royaume des cieux » de Matthieu 19, 12, un état que la première Église entoure d'une grande estime. Les historiens restent partagés entre ce sens spirituel et un sens littéral : Eusèbe ne tranche pas[9]. « Qui vécut tout entier dans l'Esprit Saint » (ton en hagiô pneumati panta politeusamenon) : la formule décrit un homme dont toute la conduite, toute la « citoyenneté » terrestre, fut gouvernée par l'Esprit. C'est, en une ligne, le portrait d'un saint : un évêque qui ne fut pas seulement savant et éloquent, mais sanctifié.

Polycrate ajoute qu'il « repose à Sardes », attendant la résurrection. Cette mention atteste qu'il fut enseveli à Sardes, dans l'attente de la résurrection des morts.

Sardes, une grande cité chrétienne

Synagogue antique de Sardes, intégrée au complexe du gymnase : photo Wikimedia Commons, CC BY-SA / GFDL.

Sardes n'était pas une bourgade. Ancienne capitale du royaume de Lydie — celui du légendaire Crésus —, elle était au IIᵉ siècle une cité prospère de la province romaine d'Asie, dotée d'un temple d'Artémis, d'un gymnase monumental et d'une importante communauté juive. Les fouilles américaines de Sardes ont mis au jour l'une des plus vastes synagogues de l'Antiquité, intégrée au cœur même de la ville[10]. Ce détail archéologique n'est pas anecdotique : il éclaire le contexte du Peri Pascha, prêché dans une cité où chrétiens et juifs se côtoyaient, débattaient, et célébraient l'un et l'autre la Pâque.

Évêque de cette Église, Méliton héritait de la tradition apostolique d'Asie. C'est la même région qui avait donné Polycarpe à Smyrne et Papias à Hiérapolis ; la même qui se distinguerait par sa manière de fixer la date de Pâques. Méliton appartient pleinement à cette « école johannique » d'Asie Mineure, fière de remonter à l'apôtre Jean.

Une œuvre immense, presque toute perdue

Le catalogue d'Eusèbe

La meilleure preuve de la stature de Méliton est la liste de ses écrits qu'Eusèbe nous a conservée. C'est un catalogue impressionnant : une vingtaine de traités embrassant l'exégèse, la dogmatique, la morale, la vie spirituelle, l'apologétique.

« De Méliton : les deux livres Sur la Pâque, le traité Sur la conduite de la vie et les Prophètes, le discours Sur l'Église, celui Sur le jour du Seigneur, encore celui Sur la foi de l'homme, et celui Sur sa création, et l'autre Sur l'obéissance de la foi, et celui Sur les sens ; outre ceux-là, l'ouvrage Sur l'âme et le corps, et celui Sur le baptême, et celui Sur la vérité, et Sur la création et la génération du Christ ; son discours encore Sur la prophétie, et celui Sur l'hospitalité ; et la Clef, et les livres Sur le diable et l'Apocalypse de Jean, et l'ouvrage Sur l'incarnation de Dieu, et enfin le livre adressé à Antonin. » — Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique IV, 26, 2[11]

Infographie originale Ignispedia créée par IA : la bibliothèque presque perdue de Méliton.

Aucun de ces traités ne nous est parvenu intact par la voie manuscrite ordinaire. Nous n'en connaissions, jusqu'au XXᵉ siècle, que les fragments sauvés par Eusèbe et par quelques chaînes exégétiques. Que de tels titres aient pu disparaître — un livre Sur l'âme et le corps, un Sur la vérité, un commentaire de l'Apocalypse de Jean — donne la mesure de ce que l'Antiquité chrétienne nous a légué et de ce qu'elle a perdu.

DomaineŒuvres de Méliton recensées par Eusèbe
Liturgie / PâqueSur la Pâque (deux livres), Sur le jour du Seigneur
Écriture / prophétieSur la conduite de la vie et les Prophètes, Sur la prophétie, Sur l'Apocalypse de Jean, les Extraits (canon de l'A.T.)
Dogme / christologieSur la création et la génération du Christ, Sur l'incarnation de Dieu, Sur la vérité, Sur la foi de l'homme
Anthropologie / moraleSur l'âme et le corps, Sur les sens, Sur la conduite de la vie, Sur l'hospitalité, Sur l'obéissance de la foi
Sacrements / ÉgliseSur le baptême, Sur l'Église
Apologétiquela Supplique (livre adressé à l'empereur Antonin / Marc Aurèle)
PolémiqueSur le diable, La Clef

La redécouverte du Peri Pascha au XXᵉ siècle

Infographie originale Ignispedia créée par IA : la redécouverte moderne du Peri Pascha.

L'histoire de cette redécouverte a quelque chose d'un petit miracle d'érudition. Dans les années 1930-1940, plusieurs papyrus acquis en Égypte — notamment ceux de la collection Chester Beatty et, plus tard, de la collection Bodmer — livrent le texte grec d'une longue homélie pascale anonyme. En 1940, Campbell Bonner, professeur à l'université du Michigan, l'édite et l'attribue à Méliton de Sardes ; l'attribution sera confirmée et l'édition critique portée à sa perfection par Othmar Perler dans la collection Sources chrétiennes (n° 123, 1966)[12]. On disposait désormais d'un texte presque complet de plusieurs centaines de lignes, bientôt complété par des versions latine, copte, syriaque, géorgienne — preuve de la diffusion considérable de l'œuvre dans l'Antiquité.

Le Peri Pascha est ainsi passé, en une génération, du néant à l'évidence : il figure aujourd'hui dans tous les manuels de patristique comme la plus ancienne homélie pascale chrétienne d'envergure que nous possédions, et l'un des plus beaux textes du IIᵉ siècle.

Le Peri Pascha : la plus ancienne grande homélie pascale

Le Christ, accomplissement de la Pâque

Le Peri Pascha est une homélie, sans doute prêchée dans la nuit pascale. Son point de départ est la lecture de l'Exode : l'agneau immolé, le sang sur les portes, la sortie d'Égypte. Méliton développe une typologie somptueuse : tout l'Ancien Testament était une figure (typos), une esquisse préparant le modèle réel, le Christ. Le procédé n'est pas une invention : il prolonge saint Paul (1 Co 5, 7 : « le Christ, notre Pâque, a été immolé »). Mais Méliton lui donne une ampleur poétique inégalée.

Infographie originale Ignispedia créée par IA : la typologie pascale chez Méliton.

« Le type a eu de la valeur avant la réalité, et l'esquisse était admirable avant son accomplissement. […] Le peuple a eu de la valeur avant que l'Église ne se levât, et la loi était admirable avant que l'Évangile ne fût mis en lumière. Mais lorsque l'Église se leva et que l'Évangile prit le devant, le type fut vidé, ayant transmis sa puissance à la réalité. » — Méliton de Sardes, Peri Pascha 41-43[13]

Cette logique de l'accomplissement est profondément catholique : l'Ancien Testament n'est pas aboli mais récapitulé dans le Christ ; la figure cède la place au modèle qu'elle annonçait. On reconnaît ici la grande loi de l'économie du salut, que reprendra le Catéchisme à la suite de saint Augustin : « le Nouveau Testament est caché dans l'Ancien, et l'Ancien devient manifeste dans le Nouveau ». Sur le sens chrétien des Écritures, voir Le sens spirituel de l'Écriture.

« Celui qui a suspendu la terre est suspendu »

Le sommet lyrique de l'homélie est la contemplation du paradoxe de la Croix : le Créateur livré à sa créature, l'Immortel mis à mort. Méliton accumule les antithèses dans un crescendo qui a fait sa célébrité :

« Celui qui a suspendu la terre est suspendu ; celui qui a fixé les cieux est fixé ; celui qui a affermi l'univers est affermi sur un bois ; le Maître est outragé ; Dieu est mis à mort ; le Roi d'Israël est supprimé par une main israélite. » — Méliton de Sardes, Peri Pascha 96[14]

La hardiesse de l'expression — « Dieu est mis à mort » — annonce le langage que les conciles préciseront plus tard : c'est bien Dieu, dans la personne du Verbe incarné, qui a souffert dans sa chair (la communicatio idiomatum). Méliton, deux siècles avant Éphèse et Chalcédoine, dit déjà l'essentiel de la foi : celui qui meurt sur la Croix n'est pas un autre que le Fils de Dieu. Mais la même phrase contient le membre redoutable — « par une main israélite » — sur lequel il faudra revenir.

Une christologie audacieuse : « Dieu et homme tout ensemble »

Infographie originale Ignispedia créée par IA : vrai Dieu et vrai homme, un seul Christ.

Le Peri Pascha contient l'une des plus belles professions christologiques du IIᵉ siècle. Méliton chante un Christ unique en qui se rejoignent toutes les fonctions divines et toute la condition humaine :

« Lui qui est tout : en tant qu'il juge, Loi ; en tant qu'il enseigne, Verbe ; en tant qu'il sauve, Grâce ; en tant qu'il engendre, Père ; en tant qu'il est engendré, Fils ; en tant qu'il souffre, brebis ; en tant qu'il est enseveli, homme ; en tant qu'il ressuscite, Dieu. Tel est Jésus-Christ : à lui la gloire pour les siècles. » — Méliton de Sardes, Peri Pascha 9-10[15]

Un fragment d'un autre traité, Sur l'incarnation de Dieu, confirme cette doctrine des deux réalités dans le Christ unique : « Dieu et homme parfait à la fois », capable de prouver, après son baptême, « la divinité cachée dans sa chair ». Méliton tient fermement ce que l'Église définira solennellement : le Christ est vrai Dieu et vrai homme, sans confusion ni division. C'est une raison de plus de le lire avec respect : sa rhétorique audacieuse n'est jamais hérétique ; elle est, au contraire, étonnamment orthodoxe pour son temps. Sur le mystère qu'il chante, voir L'Incarnation du Verbe.

La question juive du Peri Pascha

Une rhétorique de rupture

Il serait malhonnête de présenter Méliton sans aborder la part la plus difficile de son œuvre. Le Peri Pascha contient un long réquisitoire contre « Israël », accusé d'avoir mis à mort son Roi et son Dieu. La formule « Dieu est mis à mort … par une main israélite », jointe à des apostrophes véhémentes (« Ô Israël ingrat… »), fait de cette homélie l'un des textes fondateurs de ce que les historiens appellent l'accusation de déicide — l'idée que le peuple juif, collectivement, serait coupable de la mort de Dieu. Méliton développe aussi une théologie de la substitution où l'Église « se lève » tandis que « le peuple » perd sa valeur[16].

Il faut comprendre ce langage dans son contexte : une cité, Sardes, où la communauté juive était nombreuse, prospère et sûre d'elle ; une homélie pascale qui rivalise, la même nuit, avec la célébration juive ; un genre rhétorique — la Seconde Sophistique — qui cultive l'antithèse violente et l'invective. Comprendre n'est pas excuser : les historiens reconnaissent dans ces pages l'un des antijudaïsmes les plus durs de la littérature chrétienne ancienne, dont la postérité a été tragique[17].

Ce que l'Église enseigne aujourd'hui

Un catholique ne lit pas ces pages comme une norme de foi, mais à la lumière de l'enseignement authentique et définitif de l'Église, qui rejette explicitement l'accusation de déicide collectif. Le Concile Vatican II l'a déclaré sans ambiguïté :

« Encore que des autorités juives, avec leurs partisans, aient poussé à la mort du Christ, ce qui a été commis durant sa Passion ne peut être imputé ni indistinctement à tous les Juifs vivant alors, ni aux Juifs de notre temps. […] On ne saurait présenter le peuple juif comme réprouvé par Dieu ni maudit, comme si cela découlait de la Sainte Écriture. » — Concile Vatican II, Nostra Aetate, n° 4[18]

Le Catéchisme reprend et précise cette doctrine : la responsabilité historique de la mort de Jésus est complexe et ne peut être rejetée sur le peuple juif dans son ensemble ; bien plus, ce sont nos péchés à tous qui ont conduit le Christ à la Croix[19]. Méliton, dans la ferveur poétique d'une nuit pascale du IIᵉ siècle, n'avait pas cette précision doctrinale ; il maniait une rhétorique de combat que l'Église a depuis purifiée. Reconnaître cela, ce n'est ni renier le saint ni embellir son texte : c'est faire ce que demande la vérité — distinguer le témoin admirable du Christ Dieu-et-homme de l'orateur de son siècle, et tenir fermement, contre toute lecture antisémite, ce que le Magistère enseigne aujourd'hui.

Méliton, témoin du canon de l'Ancien Testament

Le voyage en Orient

Au-delà du Peri Pascha, Méliton occupe une place de premier plan dans l'histoire de la Bible. Un de ses correspondants, un certain Onésime, lui avait demandé un relevé exact et sûr des livres de l'Ancien Testament. Pour répondre, Méliton fit un voyage resté célèbre : il se rendit « en Orient », au lieu même « où ces choses furent prêchées et accomplies », pour vérifier sur place — c'est tout ce qu'en dit Eusèbe. Les historiens y voient généralement la Palestine et les lieux saints : à ce titre, ce déplacement passe pour le plus ancien voyage chrétien attesté vers les lieux saints[20].

Infographie originale Ignispedia créée par IA : le voyage de Méliton en Orient et son relevé des livres.

« Étant donc allé en Orient et parvenu au lieu où ces choses furent prêchées et accomplies, ayant appris avec exactitude les livres de l'Ancien Testament, je t'en envoie la liste ci-dessous. » — Méliton de Sardes, Extraits, cité par Eusèbe, Histoire ecclésiastique IV, 26, 13-14[21]

Ce court passage est doublement précieux. Il atteste un réflexe historique — aller voir, vérifier aux sources — et il emploie, peut-être pour la première fois sous une plume chrétienne, l'expression « Ancien Testament » (palaia diathêkê, l'« Ancienne Alliance ») pour désigner le corpus des Écritures d'Israël, par contraste implicite avec la « Nouvelle Alliance ».

La première liste chrétienne connue des Écritures

La liste que Méliton transmet à Onésime est la plus ancienne énumération chrétienne connue des livres de l'Ancien Testament. Elle suit de très près le canon hébraïque : on y remarque l'absence d'Esther et des livres deutérocanoniques, sauf la Sagesse (que Méliton range, selon une lecture ancienne, parmi les écrits salomoniens).

GroupeLivres énumérés par Méliton (Eusèbe IV, 26, 14)
Loi (Pentateuque)Genèse, Exode, Nombres, Lévitique, Deutéronome
HistoriquesJosué (Jésus Navé), Juges, Ruth ; les quatre livres des Règnes ; deux livres des Chroniques (Paralipomènes)
SapientiauxPsaumes de David, Proverbes de Salomon (et la Sagesse), l'Ecclésiaste, le Cantique des cantiques, Job
ProphètesIsaïe, Jérémie ; les Douze (petits prophètes) en un seul livre ; Daniel, Ézéchiel, Esdras

Cette liste est un jalon majeur dans l'histoire du canon. Elle montre qu'au IIᵉ siècle, en Asie, un évêque soucieux d'exactitude se réfère au canon des Juifs de Palestine pour l'Ancien Testament. La question des livres deutérocanoniques (Tobie, Judith, Maccabées, Sagesse, Siracide, Baruch), reçus par l'Église dans le sillage de la Septante et fixés définitivement au Concile de Trente, est plus large que ce seul témoignage ; mais le geste de Méliton — chercher une base sûre — reste exemplaire. Sur l'ensemble du dossier, voir Le canon des Écritures.

Méliton apologiste : la Supplique à Marc Aurèle

Défendre les chrétiens persécutés

Le « livre adressé à Antonin » que mentionne Eusèbe est une apologie — une Supplique (Enteuxis) adressée à l'empereur Marc Aurèle (officiellement Marcus Aurelius Antoninus), vers 170-177, alors que de nouvelles persécutions frappaient les chrétiens d'Asie. Méliton y plaide pour la justice impériale.

« La race des pieux est aujourd'hui persécutée, pourchassée en Asie par des décrets nouveaux, ce qui n'était jamais arrivé : des hommes éhontés, avides du bien d'autrui, prennent prétexte de ces ordonnances pour piller ouvertement, dépouillant nuit et jour des gens qui n'ont rien fait de mal. » — Méliton de Sardes, Supplique à Marc Aurèle, citée par Eusèbe, Histoire ecclésiastique IV, 26, 5-6[22]

Le ton est ferme et digne : Méliton ne demande pas une faveur, il réclame que l'empereur examine la cause des chrétiens et ne laisse pas des délateurs cupides se servir de la loi pour piller des innocents. C'est l'attitude classique des grands apologistes du IIᵉ siècle, dont saint Justin est le modèle : non pas la révolte, mais l'appel à la raison et à la justice du prince.

L'Empire et l'Église nés ensemble

Le fragment le plus original de la Supplique propose une lecture providentielle de l'histoire romaine. Méliton observe que le christianisme et l'Empire d'Auguste sont nés en même temps, et il y voit un signe favorable :

« Notre philosophie a d'abord fleuri chez les Barbares ; mais ayant pris son essor parmi les peuples soumis à ton empire, sous le grand règne d'Auguste ton ancêtre, elle est devenue pour ton empire surtout un présage de bonheur. » — Méliton de Sardes, Supplique, citée par Eusèbe, Histoire ecclésiastique IV, 26, 7-8[23]

L'argument est habile et neuf : loin d'être un ennemi de Rome, la foi chrétienne a grandi avec elle et lui porte bonheur ; persécuter les chrétiens, c'est se priver d'une bénédiction. Méliton ajoute que seuls les mauvais empereurs — Néron, Domitien — ont persécuté l'Église, tandis que les bons l'ont laissée en paix. Cette théologie d'une concordance providentielle entre la pax romana et la diffusion de l'Évangile aura une grande postérité chez Eusèbe lui-même.

Méliton et la querelle de la Pâque

Méliton appartenait à la tradition dite quartodécimane : comme saint Polycarpe et les Églises d'Asie, il célébrait la Pâque le 14 du mois de Nisan, jour de la Pâque juive, quel que soit le jour de la semaine — et non le dimanche suivant, comme à Rome. C'est précisément à propos de cette divergence que Polycrate d'Éphèse, citant Méliton parmi les grandes autorités d'Asie, défendra l'usage asiatique face au pape Victor à la fin du IIᵉ siècle.

Le Peri Pascha est très probablement une homélie quartodécimane, prêchée dans la nuit du 14 Nisan : cela explique son dialogue serré avec le récit de l'Exode et sa rivalité avec la célébration juive de la même nuit. La controverse pascale n'opposait pas la vérité à l'erreur, mais deux traditions liturgiques anciennes ; elle fut finalement tranchée en faveur de l'usage romain (Pâque le dimanche), sans que la sainteté des évêques d'Asie soit jamais mise en doute. L'Église honore aujourd'hui comme saints Polycarpe, Méliton et les autres tenants de l'usage asiatique. Sur cet épisode, voir La querelle de la Pâque.

Mort, culte et mémoire de saint Méliton

« Il repose à Sardes »

Infographie originale Ignispedia créée par IA : les grands astres de l'Asie selon Polycrate.

Méliton mourut vers 180, sans qu'aucune source ancienne ne parle d'un martyre : il fut un confesseur de la foi, non un martyr de sang. Polycrate atteste qu'il fut enseveli à Sardes, « attendant la visite d'en haut »[24]. La cité qui l'avait eu pour pasteur gardait sa mémoire comme celle d'un saint « attendant la visite d'en haut » — c'est-à-dire la résurrection des justes.

  1. vers 100
    Naissance en Asie Mineure

    Méliton naît au début du IIᵉ siècle, dans le foyer chrétien d'Asie issu de la prédication de l'apôtre Jean.

  2. milieu du IIᵉ siècle
    Évêque de Sardes

    Il devient évêque de Sardes, capitale de la Lydie, et mène une vie de continence consacrée — « l'eunuque qui vécut tout entier dans l'Esprit Saint ».

  3. vers 160-170
    L'homélie Peri Pascha

    Il compose et prêche son homélie Sur la Pâque, la plus ancienne grande homélie pascale conservée.

  4. vers 170-177
    Supplique à Marc Aurèle

    Il adresse à l'empereur une apologie pour défendre les chrétiens d'Asie persécutés par de « nouveaux décrets ».

  5. vers 180
    Mort et sépulture à Sardes

    Confesseur de la foi, il meurt et est enseveli à Sardes.

  6. vers 194
    Cité par Polycrate d'Éphèse

    Dans la controverse pascale, Polycrate le nomme parmi les « grands astres » de l'Asie chrétienne.

  7. 1940
    Redécouverte du Peri Pascha

    Campbell Bonner identifie et édite l'homélie d'après des papyrus ; Méliton redevient une voix vivante.

La fête du 1ᵉʳ avril

L'Église honore saint Méliton de Sardes le 1ᵉʳ avril. Les martyrologes latins le commémorent à cette date comme l'évêque de Sardes, savant et saint, célèbre dans l'Église ancienne pour sa science et son éloquence[25]. Les Églises d'Orient en font également mémoire le même jour. Cette persistance liturgique, à travers dix-huit siècles, atteste que la mémoire de l'Église a retenu le saint bien avant que l'érudition ne lui rende sa voix.

Méliton dans la mémoire de l'Église

Le destin de Méliton est singulier. Pendant près de dix-sept siècles, il ne fut plus qu'un nom dans la liste d'Eusèbe : un grand évêque dont on louait le génie sans pouvoir le lire. Puis le sable d'Égypte rendit son chef-d'œuvre, et le IIᵉ siècle retrouva l'une de ses plus belles voix. On admire aujourd'hui chez lui le poète de la Croix, le théologien hardi du Christ « Dieu et homme », le pionnier du canon biblique et du voyage aux lieux saints. On lit aussi, avec lucidité, les pages où sa rhétorique pascale a nourri un antijudaïsme que l'Église a depuis condamné. Méliton offre ainsi l'exemple d'un saint qu'il faut recevoir en entier et avec discernement : grand par ce qu'il chante du Christ, daté par ce qu'il dit de son siècle.

Ce que saint Méliton nous laisse

Au terme de ce parcours, la figure de Méliton se précise. Il fut un homme de l'Esprit — « l'eunuque qui vécut tout entier dans l'Esprit Saint » — qui mit toute sa science et toute son éloquence au service du Christ. De lui, l'Église retient trois choses.

D'abord la beauté de la liturgie : le Peri Pascha nous apprend que, dès le IIᵉ siècle, l'Église célébrait la Pâque du Christ avec une intensité poétique bouleversante, contemplant le paradoxe du Créateur crucifié pour nous sauver. Ensuite le soin de l'Écriture : par son voyage en Orient et sa liste des livres saints, Méliton montre qu'aimer la Parole de Dieu, c'est aussi en vérifier les sources avec exactitude. Enfin une leçon de discernement : un saint n'est pas un oracle infaillible sur tout. On peut chanter le Christ comme un docteur inspiré et se tromper, par excès d'éloquence, sur le peuple de l'Alliance. L'Église garde le meilleur de ses Pères et corrige, à la lumière du Christ, ce que leur siècle leur a fait dire de trop dur. C'est cette mémoire à la fois fidèle et lucide qui fait de Méliton de Sardes un saint pour aujourd'hui.

Pour aller plus loin

  • Saint Polycarpe de Smyrne — l'autre grand astre de l'Asie chrétienne, tenant comme Méliton de la Pâque quartodécimane.
  • Saint Papias de Hiérapolis — le témoin de la tradition apostolique d'Asie à la génération précédente.
  • Saint Irénée de Lyon — le théologien d'Asie qui porta sa tradition jusqu'en Gaule.
  • Saint Justin Martyr — l'apologiste contemporain qui plaida lui aussi la cause des chrétiens devant l'empereur.
  • Le canon des Écritures — le dossier d'ensemble où s'inscrit la liste de Méliton.
  • La querelle de la Pâque — la controverse quartodécimane où Méliton tient son rang.

Notes et références

  1. Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique V, 24, 2-5 : lettre de Polycrate d'Éphèse au pape Victor sur la Pâque ; énumération des « grands astres » d'Asie (l'apôtre Philippe et ses filles, l'apôtre Jean, Polycarpe de Smyrne, Thraséas, Sagaris, Papirius), puis « Méliton l'eunuque, qui vécut tout entier dans l'Esprit Saint, qui repose à Sardes, attendant la visite d'en haut, lorsqu'il ressuscitera d'entre les morts ». NPNF II/I. Sur « l'eunuque » : Rufin d'Aquilée, dans sa traduction latine d'Eusèbe, rend le mot par « la vierge » (Catholic Encyclopedia, art. « St. Melito ») ; les éditeurs de Schaff notent que le sens reste disputé — littéral ou simple « continence de virginité » (note à HE V, 24).

    1 8 9 24
  2. Campbell Bonner, The Homily on the Passion by Melito Bishop of Sardis, Studies and Documents 12, Londres, 1940 : édition princeps du Peri Pascha d'après les papyrus (collection Chester Beatty, puis Bodmer) ; attribution à Méliton. Édition critique de référence : Othmar Perler, Sources chrétiennes n° 123, Cerf, 1966 ; trad. anglaise A. Stewart-Sykes, On Pascha, St Vladimir's, 2001. L'œuvre est attestée par des versions latine, copte, syriaque et géorgienne : épitomé latin (H. Chadwick, « A Latin Epitome of Melito's Homily on the Pascha », JTS 11 (1960), p. 76) ; fragments coptes (P. Oxy. 1600 ; codex Crosby-Schøyen, éd. J. E. Goehring, CSCO 521, 1990) ; deux versions syriaques, dont une attribuée à Alexandre d'Alexandrie (signalées par Chadwick, art. cit. ; cf. A. Stewart-Sykes, The Peri Pascha Attributed to Melito of Sardis) ; version géorgienne (J. N. Birdsall, « Melito of Sardis Περὶ τοῦ πάσχα in a Georgian Version », Le Muséon 80 (1967), p. 121-138). Ancienneté : les patristiciens la tiennent pour la plus ancienne homélie pascale conservée (cf. l'introduction de la traduction anglaise : « the earliest surviving Paschal Homily, c. 170 »).

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  3. Méliton de Sardes, Peri Pascha 9-10 : profession christologique — le Christ « qui est tout » : Loi, Verbe, Grâce, Père et Fils, brebis qui souffre, homme enseveli, Dieu qui ressuscite ; doctrine du Christ unique, à la fois Dieu et homme parfait (confirmée par le fragment Sur l'incarnation de Dieu). Éd. Perler, SC 123.

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  4. Catholic Encyclopedia, article « Melito » (newadvent.org/cathen/10166d.htm) : Méliton évêque de Sardes en Lydie, en activité sous Marc Aurèle ; catalogue de ses œuvres d'après Eusèbe ; apologie à l'empereur ; Eclogae et canon de l'Ancien Testament ; fête au 1ᵉʳ avril. Chronologie usuelle : naissance au début du IIᵉ siècle (vers 100), mort vers 180 — déjà compté parmi les défunts dans la lettre de Polycrate au pape Victor vers 194 (HE V, 24).

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  5. Notices de synthèse sur Méliton de Sardes (Encyclopedia.com ; éditions des fragments par Perler, SC 123, et Stewart-Sykes) : dates approximatives (vers 100 / vers 180) ; rôle dans la fixation du canon de l'Ancien Testament ; rédaction du Peri Pascha vers 160-170 ; reconnaissance par les historiens du caractère particulièrement dur de son antijudaïsme, à lire dans son contexte de la Seconde Sophistique et de la rivalité pascale de Sardes.

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  6. Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, livre IV, ch. 26, § 1-2 : Eusèbe présente Méliton, évêque de Sardes, parmi les écrivains illustres du temps de Marc Aurèle, et donne le catalogue de ses œuvres (deux livres Sur la Pâque, Sur l'Église, Sur le jour du Seigneur, Sur l'âme et le corps, Sur le baptême, Sur la vérité, Sur la création et la génération du Christ, Sur l'incarnation de Dieu, Sur l'Apocalypse de Jean, la Clef, le livre à Antonin, etc.). Trad. de référence : NPNF, série II, vol. I (newadvent.org/fathers/250104.htm) ; éd. critique Sources chrétiennes n° 31 (G. Bardy).

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  7. Jérôme, De viris illustribus (Les hommes illustres), ch. 24 : notice sur Méliton, évêque de Sardes ; Jérôme loue son « génie élégant et oratoire » (elegans et declamatorium ingenium), donne la liste de ses ouvrages, et rapporte que Tertullien, dans son traité (perdu) Sur l'extase, le raillait — tout en notant que « beaucoup des nôtres » le tenaient pour prophète. Trad. NPNF II/III ; New Advent, fathers/2708.htm.

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  8. Sardes (Sart, province de Manisa, Turquie) : ancienne capitale de la Lydie, l'une des sept Églises de l'Apocalypse (Ap 3, 1-6). Les fouilles de la mission archéologique de Harvard-Cornell y ont dégagé l'une des plus grandes synagogues antiques connues, intégrée au complexe du gymnase — indice d'une communauté juive importante au temps de Méliton, arrière-plan du Peri Pascha.

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  9. Méliton de Sardes, Peri Pascha (Sur la Pâque), § 40-45 : développement de la typologie — l'Ancien Testament comme « type » (typos) et « esquisse » du Christ ; « le peuple a eu de la valeur avant que l'Église ne se levât, et la loi était admirable avant que l'Évangile ne fût mis en lumière » ; le type est « vidé » lorsque la réalité paraît. Éd. critique Othmar Perler, Méliton de Sardes, Sur la Pâque et fragments, Sources chrétiennes n° 123, Cerf, 1966.

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  10. Méliton de Sardes, Peri Pascha 96 : crescendo d'antithèses sur la Croix — « Celui qui a suspendu la terre est suspendu ; celui qui a fixé les cieux est fixé ; celui qui a affermi l'univers est affermi sur un bois ; le Maître est outragé ; Dieu est mis à mort ; le Roi d'Israël est supprimé par une main israélite. » Éd. Perler, SC 123 ; éd. princeps Campbell Bonner, 1940. Le membre « par une main israélite » est l'une des sources de l'accusation chrétienne de déicide (cf. Nostra Aetate 4 et CEC 597).

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  11. Concile Vatican II, déclaration Nostra Aetate (1965), n° 4 : sur les liens de l'Église avec le peuple juif ; rejet de l'imputation collective de la mort du Christ « ni indistinctement à tous les Juifs vivant alors, ni aux Juifs de notre temps », et refus de présenter le peuple juif comme « réprouvé » ou « maudit ». Texte de référence vatican.va.

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  12. Catéchisme de l'Église catholique, n° 597-598 : la responsabilité historique de la mort de Jésus, juridiquement complexe, ne peut être imputée à l'ensemble des Juifs de Jérusalem ni, encore moins, aux autres Juifs dans le temps et l'espace ; l'Église rappelle que ce sont les péchés de tous les hommes qui furent cause de la mort du Christ. Texte de référence vatican.va.

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  13. Le voyage en Orient : Eusèbe écrit seulement que Méliton, « étant allé en Orient » (eis tên anatolên), parvint « au lieu où ces choses furent prêchées et accomplies » (HE IV, 26, 13-14). Les historiens y voient généralement la Palestine et les lieux saints — ainsi l'ISBE (« made a journey to Palestine ») et le martyrologe œcuménique de Bose (« travelled to the Holy Land ») ; à ce titre, ce déplacement passe pour le plus ancien voyage chrétien attesté vers les lieux saints, sans que le mot « pèlerinage » au sens moderne figure dans la source.

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  14. Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique IV, 26, 13-14 : extraits des Eclogae (Extraits) de Méliton adressés à Onésime ; voyage « en Orient », au lieu où « ces choses furent prêchées et accomplies », pour établir avec exactitude les livres de l'« Ancien Testament » (palaia diathêkê) ; liste canonique (Pentateuque ; Josué, Juges, Ruth ; quatre livres des Règnes, deux des Paralipomènes ; Psaumes, Proverbes/Sagesse, Ecclésiaste, Cantique, Job ; Isaïe, Jérémie, les Douze, Daniel, Ézéchiel, Esdras), sans Esther. NPNF II/I. Primauté de cette liste : Catholic Encyclopedia, art. « Canon of the Old Testament » — « St. Melito, Bishop of Sardis (c. 170), first drew up a list of the canonical books of the Old Testament » ; International Standard Bible Encyclopedia, art. « Canon of the Old Testament » — « His list, which is the first Christian list we have ».

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  15. Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique IV, 26, 5-11 : extraits de la Supplique (apologie) de Méliton à Marc Aurèle. § 5-6 : la « race des pieux » persécutée en Asie par de « nouveaux décrets » dont profitent des délateurs cupides. § 7-8 : la « philosophie » chrétienne, née chez les Barbares, a fleuri sous le règne d'Auguste et est devenue pour l'Empire un « présage de bonheur » ; seuls Néron et Domitien l'ont persécutée. NPNF II/I.

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  16. Fête du 1ᵉʳ avril : Catholic Encyclopedia (1911, vol. X, art. « Melito ») — « Melito's feast is observed on 1 April » ; McClintock-Strong, Cyclopedia (art. « Melito of Sardis ») — « The Church of Rome commemorates him as a saint April 1 » ; calendriers orientaux : saint Méliton de Sardes, évêque, au 1ᵉʳ avril.

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