L'Apocalypse de saint Jean

Le dernier livre de la Bible, donné à l'apôtre Jean exilé à Patmos vers 95 : sa place dans le canon, ses sept Églises, ses sceaux et ses coupes, sa théologie de l'Agneau et le débat avec l'exégèse moderne.

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L'Apocalypse de saint Jean est, dans l'ordre reçu par l'Église, le dernier livre de la Bible : vingt-deux chapitres donnés à l'apôtre saint Jean, exilé dans l'île de Patmos vers 95, sous l'empereur Domitien. Le mot apocalypse ne signifie ni catastrophe ni fin du monde : il transcrit le grec apokalypsis, révélation, dévoilement. Ce que le livre dévoile, c'est le Christ glorifié au milieu de son Église, l'Agneau immolé qui ouvre le Livre aux sept sceaux, et la fin de l'histoire : la chute de Babylone, les noces de l'Agneau, les cieux nouveaux et la Jérusalem céleste. C'est le seul livre prophétique du Nouveau Testament, et le seul dont la lecture soit promise à une béatitude dès sa première page.

Son plan est bâti sur des septénaires qui s'emboîtent : sept lettres aux Églises d'Asie, sept sceaux, sept trompettes, sept coupes, puis les grandes visions finales, la Femme et le Dragon, les deux Bêtes, Babylone, les mille ans, le jugement et la cité sainte. Sa théologie tient en une image, celle du trône : au centre du ciel siège Quelqu'un, et devant lui l'Agneau reçoit l'adoration de toute la création. L'article présente d'abord le livre tel que l'Église le reçoit, sa place dans le canon, son auteur, sa datation, ses témoins anciens, son texte, son plan, sa théologie, son accomplissement dans le Christ et l'Église, sa présence dans la liturgie, puis le débat avec l'exégèse historico-critique moderne. La synthèse des vingt-sept livres se lit dans Le Nouveau Testament, le quatrième évangile du même apôtre dans L'Évangile selon saint Jean, et les lettres apostoliques dans L'épître aux Romains, La première épître aux Corinthiens et L'épître aux Hébreux.

La place de l'Apocalypse dans le canon des Écritures

Le dernier livre de la Bible

Toutes les Bibles catholiques s'achèvent sur le même livre : l'Apocalypse de saint Jean, vingt-septième et dernier du Nouveau Testament[1]. Cette place n'est pas un hasard de classement : le livre se présente lui-même comme le sceau de toute la Révélation, et ses dernières lignes interdisent d'y rien ajouter ni retrancher[2]. Comme la Genèse ouvre la Bible sur la création et la chute, l'Apocalypse la referme sur la recréation : là où la Genèse racontait l'exclusion du jardin et de l'arbre de vie, l'Apocalypse montre le fleuve d'eau vive et l'arbre de vie offerts aux vainqueurs[3]. Les Pères ont aimé ce parallélisme du premier et du dernier livre, les deux seuls qui racontent, l'un la perte, l'autre le recouvrement définitif du paradis.

L'Apocalypse dans la liste des vingt-sept livres

Le Nouveau Testament compte vingt-sept livres, et la liste officielle est donnée par le Catéchisme[4] : quatre évangiles, dont L'Évangile selon saint Matthieu, L'Évangile selon saint Marc, L'Évangile selon saint Luc et L'Évangile selon saint Jean, puis Les Actes des Apôtres, les lettres de Paul et les lettres catholiques, et enfin l'Apocalypse. Cette liste fut fixée en Afrique à Hippone en 393 puis à Carthage en 397[5][6], confirmée à Florence en 1442[7] et définie solennellement par le concile de Trente, session IV, le 8 avril 1546[8]. L'Apocalypse y figure à la dernière place dans tous ces documents, sans exception : même les listes anciennes qui discutent d'autres livres ne déplacent jamais le dernier.

Le seul livre prophétique du Nouveau Testament

GroupeLivresRôle dans le canon
ÉvangilesMatthieu, Marc, Luc, JeanLe fondement : la vie de Jésus
Histoire apostoliqueActes des ApôtresLa charnière : naissance de l'Église
LettresPaul et les lettres catholiquesL'enseignement : la doctrine aux Églises
ProphétieL'ApocalypseL'achèvement : la fin révélée
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Ce tableau résume la structure du Nouveau Testament, détaillée livre par livre dans les articles dédiés. L'Apocalypse y occupe une place unique : c'est le seul livre du Nouveau Testament qui appartienne au genre prophétique, comme Isaïe ou Daniel dans l'Ancien. Elle se donne d'ailleurs elle-même ce titre : dès son troisième verset, elle appelle son contenu les paroles de la prophétie et promet une béatitude à qui la lit[9]. Sept béatitudes rythment ainsi le livre, une par grande vision, comme sept portes d'entrée offertes au lecteur persévérant[10]. Aucun autre écrit apostolique ne se présente de cette façon : ni les évangiles, ni les Actes, ni les épîtres ne revendiquent le titre de prophétie.

L'auteur reçu par l'Église : Jean l'apôtre, exilé à Patmos

Moi, Jean, votre frère : le voyant se nomme

L'Apocalypse est le seul livre prophétique de la Bible dont l'auteur se nomme lui-même, et à quatre reprises : Moi, Jean, écrit-il en ouverture, puis de nouveau au seuil des lettres, au milieu des visions et dans l'épilogue[11][12][13][14]. Il ne se présente ni comme apôtre en titre, ni comme ancien, ni comme docteur : simplement votre frère, partageant avec vous la détresse, la royauté et la persévérance en Jésus[15]. Cette simplicité est un argument d'authenticité que les commentateurs soulignent depuis l'Antiquité : un faussaire du IIe siècle aurait chargé son pseudepigraphe de titres, il ne se serait pas contenté d'un prénom. Et ce prénom suffisait : pour les sept Églises d'Asie qui recevaient le rouleau, il n'existait qu'un seul Jean, celui d'Éphèse, le dernier apôtre vivant.

« Moi, Jean, votre frère, partageant avec vous la détresse, la royauté et la persévérance en Jésus, je me trouvai dans l'île de Patmos à cause de la parole de Dieu et du témoignage de Jésus. » - L'Apocalypse, 1, 9[16]

Le fils de Zébédée, le disciple bien-aimé

La tradition identifie ce Jean à saint Jean, fils de Zébédée, le disciple que Jésus aimait, le même qui écrivit le quatrième évangile et les trois lettres johanniques[17]. Pêcheur de Galilée appelé avec son frère Jacques au bord du lac, membre avec Pierre et Jacques du trio des intimes, penché sur la poitrine du Seigneur à la Cène, présent au pied de la croix où il reçut Marie pour mère, premier au tombeau le matin de Pâques : c'est ce témoin de toute la vie du Christ que l'Église reconnaît derrière le voyant de Patmos. Le portrait détaillé de l'apôtre, son évangile écrit à Éphèse et sa théologie du Verbe sont présentés dans L'Évangile selon saint Jean.

Deux indices internes confirment l'identification. D'abord le style des visions : le Christ de l'Apocalypse apparaît comme celui que Jean a vu de ses yeux, les cheveux blancs, les yeux comme une flamme, la voix comme la voix des grandes eaux, le visage comme le soleil[18]. Ensuite le vocabulaire : l'Agneau, le Verbe de Dieu, l'eau vive, le témoignage, la Parole, autant de mots qui portent la marque du quatrième évangile et de la première lettre de Jean[19]. Les différences de grec entre les deux livres, réelles, s'expliquent par le genre : une prose narrative relue à Éphèse d'un côté, une dictée visionnaire notée dans l'urgence de l'exil de l'autre.

Patmos : l'exil pour la parole de Dieu

Jean écrit à cause de la parole de Dieu et du témoignage de Jésus : il est un condamné, relégué dans l'île de Patmos, au large de la côte d'Asie[20]. Patmos est un rocher aride du Dodécanèse, à une centaine de kilomètres au sud-ouest d'Éphèse, qui servait aux Romains de lieu de relégation pour les condamnés politiques et religieux[21]. La tradition la plus ancienne, rapportée par Tertullien, précise le parcours : Jean aurait d'abord été plongé à Rome dans l'huile bouillante, dont il serait sorti indemne, avant d'être exilé dans l'île[22]. C'est là, un jour de dimanche, le jour du Seigneur, que le voyant est saisi en esprit et reçoit l'ordre d'écrire aux sept Églises[23].

La grotte où la tradition place la vision se visite encore aujourd'hui, entre le port et la ville haute de Patmos, sous le monastère Saint-Jean-le-Théologien fondé en 1088[24]. L'île entière est restée un lieu de pèlerinage, et son centre historique est inscrit au patrimoine mondial. Pour le lecteur de l'Apocalypse, Patmos n'est pas un décor : c'est la preuve que le livre est né dans l'épreuve, écrit par un pasteur qui partage la détresse des siens au lieu de la commenter de loin.

Pourquoi un apôtre comme auteur change tout

Si Jean l'apôtre est l'auteur, l'Apocalypse n'est pas l'œuvre d'un illuminé anonyme ni le manifeste codé d'une secte : c'est la prophétie du dernier témoin oculaire du Christ, celui qui avait posé sa tête sur la poitrine du Seigneur et qui, trente ans après son évangile, reçoit le dévoilement de la fin. Le concile Vatican II enseigne que les écrits apostoliques ont Dieu pour auteur à travers leurs rédacteurs inspirés, et que l'Église les reçoit comme parole de Dieu mise par écrit[25]. Avec Jean, la chaîne de la Révélation publique s'achève sur celui qui l'avait vue commencer : du suis-moi du bord du lac au oui, je viens sans tarder de la dernière page, il n'y a qu'un seul homme[26].

La datation traditionnelle : vers 95, sous Domitien

Irénée : vue vers la fin du règne de Domitien

Le témoin décisif est saint Irénée de Lyon, qui fut dans sa jeunesse l'auditeur de saint Polycarpe de Smyrne, lui-même disciple de Jean. Vers 180, commentant le chiffre de la Bête, il écrit que l'Apocalypse a été vue il n'y a pas très longtemps, mais presque de notre génération, vers la fin du règne de Domitien[27]. La chaîne ne compte que deux maillons entre l'apôtre et nous : Jean enseigne Polycarpe, Polycarpe enseigne Irénée. Et le propos d'Irénée est d'autant plus fort qu'il ne cherche pas à dater le livre : il veut seulement écarter les spéculations sur le chiffre, et la date tombe de sa plume comme un fait connu de tous à Lyon et en Asie.

« L'Apocalypse a été vue il n'y a pas très longtemps, mais presque de notre génération, vers la fin du règne de Domitien. » - Saint Irénée, Contre les hérésies, V, 30, 3[28]

Domitien règne de 81 à 96 : la vision se place donc vers 95, dans les dernières années du règne, au moment où la pression du culte impérial sur les chrétiens d'Asie atteint son sommet[29]. Jean, alors très âgé, aurait près de quatre-vingt-dix ans : l'homme qui avait suivi Jésus adolescent reçoit les visions finales au terme d'une vie entière de fidélité. C'est la chronologie que reprendront Eusèbe, Jérôme et toute la tradition postérieure, sans variante sérieuse avant l'époque moderne.

Le contexte : le culte impérial en Asie

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L'Asie Mineure était au Ier siècle le foyer le plus ardent du culte impérial : Éphèse, Smyrne et Pergame se disputaient le titre de néocore, gardienne du temple de l'empereur, et les statues des Césars recevaient l'encens dans chaque cité[30]. Sous Domitien, qui exigeait qu'on l'appelle dominus et deus, maître et dieu[31], le refus chrétien devenait un crime de lèse-majesté. L'Apocalypse respire cet air : la Bête qui exige l'adoration, l'image qu'on fait parler, la marque sans laquelle on ne peut ni acheter ni vendre, les saints égorgés pour leur témoignage[32][33]. Au début du siècle suivant, la correspondance de Pline le Jeune avec Trajan confirmera le tableau : en Bithynie, on traînait les chrétiens devant le gouverneur pour les contraindre à sacrifier devant l'image de l'empereur et à maudire le Christ[34].

Éphèse, les sept Églises et la fin du premier siècle

Le livre s'adresse à sept Églises nommées : Éphèse, Smyrne, Pergame, Thyatire, Sardes, Philadelphie et Laodicée[35]. Ce sont sept cités réelles, desservies par la grande route circulaire qui partait d'Éphèse et y revenait, dans l'ordre exact où le texte les énumère[36]. Chacune reçoit une lettre adaptée à sa situation, et ces situations supposent une Église déjà ancienne : Éphèse a abandonné son premier amour, signe d'une communauté de deuxième génération[37] ; Laodicée est devenue riche et tiède, elle qui s'était relevée seule du tremblement de terre de 60 sans l'aide de Rome[38] ; Smyrne s'apprête à souffrir, et son évêque Polycarpe sera martyrisé au milieu du IIe siècle[39]. Tout indique des communautés fondées depuis trente ou quarante ans, donc une date vers 95 plutôt que sous Néron, quand la plupart de ces Églises n'existaient pas encore.

Les témoins anciens de l'Apocalypse

Justin : Jean l'apôtre a prophétisé

Le premier témoin est saint Justin, martyr à Rome vers 165. Dans son Dialogue avec Tryphon, dont la scène est Éphèse même, la ville de Jean, il écrit qu'un homme d'entre nous, nommé Jean, l'un des apôtres du Christ, dans la révélation qui lui fut faite, a prédit que les croyants habiteraient mille ans à Jérusalem[40]. Le témoignage est capital à trois titres : il est très précoce, à un demi-siècle de Patmos ; il vient d'Éphèse, où la mémoire de l'apôtre était vivante ; et il attribue le livre sans hésiter à l'un des apôtres du Christ. Justin cite l'Apocalypse comme Écriture, au même rang que les prophètes, pour prouver la résurrection et le règne des justes.

« Un homme d'entre nous, nommé Jean, l'un des apôtres du Christ, dans la révélation qui lui fut faite, a prédit que ceux qui auraient cru au Christ habiteraient mille ans à Jérusalem. » - Saint Justin, Dialogue avec Tryphon, 81[41]

Le fragment de Muratori : reçue parmi les apostoliques

Le canon de Muratori, liste romaine dressée vers 170 à 200 et conservée dans un manuscrit de Milan, range l'Apocalypse parmi les écrits reçus : il l'attribue à Jean et la compte au nombre des livres lus dans l'Église[42]. Le même catalogue mentionne une Apocalypse de Pierre que d'aucuns ne veulent pas lire dans l'Église : la comparaison montre que le discernement jouait déjà à plein au IIe siècle, et que l'Apocalypse de Jean passait le filtre quand celle de Pierre restait contestée. Rome, vingt ans avant Irénée, joint ainsi sa voix à celle d'Éphèse.

Clément : du bagne au pasteur d'Éphèse

Clément d'Alexandrie, vers 200, raconte le retour de l'apôtre : après la mort du tyran, Jean serait revenu de Patmos à Éphèse, où, très âgé, il visitait les Églises, instituait des évêques et relevait les pécheurs[43]. Le tyran, dans la mémoire des Églises d'Asie, c'est Domitien, mort assassiné en 96, auquel succéda le clément Nerva qui rappela les exilés. Le récit de Clément recoupe exactement la chronologie d'Irénée par une voie indépendante : exil sous Domitien, retour sous Nerva, dernière activité à Éphèse. C'est aussi Clément qui transmet le célèbre portrait du vieil apôtre répètant à ses disciples : petits enfants, aimez-vous les uns les autres[44].

Origène, Victorin et la réception sans débat

Au IIIe siècle, la réception est unanime en Occident et à Alexandrie. Origène, cité par Eusèbe, affirme que Jean a composé l'Apocalypse et l'a écrite dans l'île de Patmos[45]. Saint Victorin de Pettau, martyrisé sous Dioclétien en 303 ou 304, rédige vers 258 à 260 le plus ancien commentaire latin conservé de l'Apocalypse, preuve que le livre était déjà au cœur de la prédication épiscopale[46]. En Afrique, Tertullien et saint Cyprien le citent comme Écriture ; à Carthage, le concile de 397 le comptera parmi les vingt-sept livres[47]. Pendant deux siècles, aucun évêque d'Occident ne conteste ni l'auteur ni l'autorité du livre.

  1. vers 95
    Patmos
    Jean reçoit la révélation sous Domitien

    Exilé pour la Parole, l'apôtre écrit aux sept Églises d'Asie ; Domitien meurt en 96, Nerva rappelle les exilés[48].

  2. vers 155 à 160
    Justin à Éphèse
    le premier témoin attribue le livre à l'apôtre

    Dans son Dialogue avec Tryphon, Justin cite l'Apocalypse comme prophétie de Jean, l'un des apôtres[49].

  3. vers 170 à 200
    Muratori et Irénée
    Rome et Lyon fixent l'auteur et la date

    Le catalogue romain reçoit l'Apocalypse de Jean ; Irénée la date de la fin du règne de Domitien[50].

  4. vers 258 à 260
    Victorin de Pettau
    le premier commentaire latin

    L'évêque martyr commente l'Apocalypse, preuve de son autorité dans la prédication du IIIe siècle[51].

  5. 367
    Athanase et la liste des 27
    la lettre festale qui compte l'Apocalypse

    Dans sa 39e lettre festale, Athanase énumère les vingt-sept livres du Nouveau Testament, Apocalypse incluse[52].

  6. 1546
    Trente, session IV
    la définition solennelle du canon

    Le concile définit la liste des livres saints, dont l'Apocalypse de saint Jean, le 8 avril 1546[53].

Eusèbe et les doutes d'Orient

L'honnêteté commande de dire que la réception ne fut pas partout aussi paisible. Eusèbe de Césarée, au IVe siècle, range l'Apocalypse parmi les livres contestés, tout en notant que la plupart la reçoivent : il rapporte les hésitations de Denys d'Alexandrie, qui, frappé par la différence de style entre l'évangile et l'Apocalypse, proposait d'attribuer celle-ci à un autre Jean[54]. Quelques voix isolées allèrent plus loin : Caïus de Rome l'attribuait à l'hérétique Cérinthe, et les Aloges d'Asie rejetaient en bloc les écrits johanniques[55]. Le canon 60 attribué au concile de Laodicée, au IVe siècle, omet l'Apocalypse, mais l'authenticité même de cette liste est discutée[56].

Ces doutes, réels, restèrent minoritaires et géographiquement circonscrits à l'Orient grec. Ils s'expliquent en partie par l'usage que les millénaristes faisaient du chapitre 20, et en partie par la méfiance envers un style prophétique jugé obscur. L'Église trancha par la réception universelle : saint Athanase, dans sa 39e lettre festale de 367, donne la première liste complète des vingt-sept livres avec l'Apocalypse[57] ; Hippone, Carthage, Florence puis Trente confirmèrent. Comme l'écrivait déjà au début du siècle la Catholic Encyclopedia, les témoignages contraires, examinés de près, ne peuvent annuler ni affaiblir le témoignage plus ancien et unanime des Églises[58].

Le texte : langue, manuscrits et transmission

Un grec rugueux, saturé d'Ancien Testament

Le grec de l'Apocalypse est unique dans le Nouveau Testament : rude, heurté, émaillé de tournures sémitiques, comme si l'auteur pensait en hébreu et écrivait en grec sous la dictée de la vision[59]. Loin d'être une maladresse, cette rudesse fait partie du message : le livre cite ou évoque l'Ancien Testament à presque chaque verset, sans jamais le citer formellement. On y compte plus de cinq cents allusions, à Daniel pour les visions de bêtes et de trônes, à Ézéchiel pour les roues et les vivants, à Isaïe pour le triple Saint, à l'Exode pour les plaies des trompettes et des coupes, à Zacharie pour les chandeliers et les cavaliers[60]. Le lecteur antique, nourri des Écritures à la synagogue, entendait ces échos sans qu'on ait besoin de les signaler : l'Apocalypse est le livre le plus juif du Nouveau Testament, et en même temps le plus universel, puisqu'elle envoie ses lettres à des Églises grecques d'Asie.

P47, P98, P115 : l'Apocalypse en Égypte dès le IIIe siècle

TémoinDateContenu conservé
P98Vers 150 à 200Ap 1, 13 à 20, le Fils d'homme
P47IIIe siècleAp 9 à 17, trompettes et Bêtes
P115IIIe siècleAp 2 à 15, dont le nombre 616
Sinaiticus, AlexandrinusIVe et Ve sièclesLe texte presque complet
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Ce tableau résume les plus anciens témoins, inventoriés dans l'édition critique grecque de référence[61]. Le papyrus P98, conservé à l'Institut français du Caire, remonte à la fin du IIe siècle : à peine un siècle après Patmos, l'Apocalypse était déjà copiée en Égypte[62]. Le P47 du fonds Chester Beatty, au IIIe siècle, conserve dix chapitres du cœur du livre[63]. Les grands onciaux du IVe et du Ve siècle, Sinaiticus et Alexandrinus, donnent le texte presque entier, relayés par les vieilles versions latine, syriaque et copte[64]. Seul le Vaticanus, copié au IVe siècle, ne contient pas l'Apocalypse : le manuscrit s'interrompt avant la fin du Nouveau Testament, lacune matérielle et non choix éditorial. Ajoutons la Vulgate de saint Jérôme, qui fixa le texte latin lu par l'Occident pendant quinze siècles[65].

Le 666 et le 616 : le nombre de la Bête

C'est ici qu'on reconnaît la sagesse. Celui qui a l'intelligence, qu'il se mette à calculer le chiffre de la Bête, car c'est un chiffre d'homme, et ce chiffre est six cent soixante-six[66]. Aucun verset de la Bible n'a fait couler autant d'encre : chaque siècle y a lu le nom de son persécuteur. Le texte lui-même oriente la recherche : un chiffre d'homme, calculable par les lecteurs, donc un nom translittéré en chiffres selon la gematria juive. Or Néron César transcrit en hébreu donne 666, et sans la dernière lettre, 616[67]. La variante 616, attestée par le papyrus P115 et par le Codex Ephraemi, confirme le mécanisme : selon qu'on épelle le nom impérial à la manière hébraïque ou latine, le total change, mais l'homme désigné reste le même[68].

« C'est ici qu'on reconnaît la sagesse. Celui qui a l'intelligence, qu'il se mette à calculer le chiffre de la Bête, car c'est un chiffre d'homme, et ce chiffre est six cent soixante-six. » - L'Apocalypse, 13, 18[69]

Saint Irénée connaissait déjà les deux leçons et tranchait pour 666, tout en refusant d'identifier sûrement le nom : il énumérait plusieurs candidats possibles et concluait qu'il valait mieux attendre l'accomplissement que de trancher par conjecture[70]. Prudence exemplaire : le chiffre dénonce la Bête sans l'enfermer dans un seul visage, et chaque persécution peut s'y reconnaître sans que le texte se réduise à un pamphlet contre Néron. Les éditions critiques retiennent 666 comme leçon majoritaire et signalent 616 en variante ancienne[71].

Des variantes sans conséquence dogmatique

Comme pour le reste du Nouveau Testament, les variantes de l'Apocalypse portent sur des détails de copie, jamais sur la doctrine : un article défini, un temps de verbe, l'ordre de deux mots[72]. Le livre le plus symbolique de la Bible est aussi l'un des mieux transmis : l'écart entre les manuscrits les plus anciens et le texte reçu est infime au regard des vingt-deux chapitres. Pie XII, dans Divino afflante Spiritu, a rappelé que le recours aux langues originales et aux genres littéraires éclaire le sens sans entamer l'inerrance[73]. L'Apocalypse, lue selon son genre prophétique et liturgique, affirme avec certitude ce que Dieu a voulu y consigner pour notre salut.

Plan du livre : vingt-deux chapitres en sept visions

Les lettres aux sept Églises

Le livre s'ouvre sur une vision du Christ glorifié au milieu de sept chandeliers d'or, qui sont les sept Églises, tenant sept étoiles, qui sont leurs anges[74]. Suivent sept lettres dictées par le Ressuscité, toutes bâties sur le même plan : un titre christologique, un constat, un reproche ou un éloge, un appel à écouter l'Esprit, une promesse au vainqueur[75].

ÉgliseLe constat du ChristLa promesse au vainqueur
ÉphèseA abandonné son premier amourManger de l'arbre de vie
SmyrneS'apprête à souffrir dix joursLa couronne de vie
PergameTient bon où Satan a son trôneLa manne cachée, le nom nouveau
ThyatireTolère Jézabel la prophétesseL'étoile du matin
SardesPasse pour vivante et est morteLe vêtement blanc, le Livre de vie
PhiladelphieA peu de force et garde la ParoleUne colonne dans le Temple
LaodicéeN'est ni froide ni chaudeSiéger avec moi sur mon trône

Chaque lettre colle à l'histoire locale : Pergame, ville de l'autel de Zeus et du premier temple provincial du culte impérial, est bien là où Satan a son trône, et Antipas y fut le premier martyr nommé du livre[76]. Sardes, cité imprenable surprise deux fois dans l'histoire pour avoir négligé ses gardes, s'entend dire : si tu ne veilles pas, je viendrai comme un voleur[77]. Laodicée, fière de ses banques, de ses lainages noirs et de son collyre, reçoit le conseil d'acheter au Christ l'or véritable, le vêtement blanc et le remède des yeux[78]. Ces précisions topographiques, vérifiées par l'archéologie, montrent un auteur qui connaît l'Asie de l'intérieur : un pasteur d'Éphèse, non un rédacteur lointain.

Les sept sceaux

Au chapitre 4, une porte s'ouvre dans le ciel : trône, Anciens, Vivants, mer de cristal, et la liturgie du triple Saint[79]. Seul l'Agneau immolé, le lion de la tribu de Juda, le rejeton de David, est digne d'ouvrir le Livre aux sept sceaux, et le ciel entier éclate en acclamation[80][81]. Les quatre premiers sceaux lâchent les quatre cavaliers, guerre, discorde, famine et mort ; le cinquième montre sous l'autel les âmes des égorgés qui crient jusques à quand ; le sixième ébranle le cosmos ; le septième ouvre un silence d'une demi-heure avant les trompettes[82]. Le dessein est clair : l'histoire, même sanglante, reste un livre scellé que seul l'Agneau peut ouvrir, et les martyrs y tiennent la place centrale, sous l'autel même du ciel.

« Ils disaient d'une voix forte : Il est digne, l'Agneau immolé, de recevoir puissance et richesse, sagesse et force, honneur, gloire et louange. » - L'Apocalypse, 5, 12[83]

Les sept trompettes

Les trompettes reprennent les plaies d'Égypte à l'échelle du cosmos : grêle de feu, mer changée en sang, étoile Absinthe qui empoisonne les eaux, ténèbres, sauterelles de l'abîme conduites par Abaddôn, armées de l'Euphrate[84].

Entre la sixième et la septième trompette s'intercalent deux visions de répit : le petit livre avalé par le voyant, doux à la bouche et amer aux entrailles, et les deux témoins qui prophétisent avant d'être tués puis relevés[85]. La septième trompette proclame enfin : le royaume du monde est passé à notre Seigneur et à son Christ[86]. Le refrain des trompettes est tragique : frappés, les hommes ne se repentirent pas, comme Pharaon jadis[87].

La Femme, le Dragon et les deux Bêtes

Au centre exact du livre, le ton change : un grand signe apparut dans le ciel : une Femme, ayant le soleil pour manteau, la lune sous les pieds, et sur la tête une couronne de douze étoiles[88]. Face à elle, le Dragon rouge aux sept têtes veut dévorer l'enfant qu'elle met au monde ; l'enfant est enlevé vers Dieu, la Femme fuit au désert, et Michel précipite le Dragon sur la terre[89]. Vaincu au ciel, le Dragon délègue son pouvoir à deux Bêtes : celle qui monte de la mer, le pouvoir persécuteur, et celle qui monte de la terre, la propagande religieuse qui fait adorer la première[90]. Derrière les symboles, les premiers lecteurs reconnaissaient Rome et le culte impérial ; derrière Rome, tout pouvoir qui exige l'adoration due à Dieu seul.

« Un grand signe apparut dans le ciel : une Femme, ayant le soleil pour manteau, la lune sous les pieds, et sur la tête une couronne de douze étoiles. » - L'Apocalypse, 12, 1[91]

Les sept coupes et la chute de Babylone

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Les sept coupes versées par sept anges achèvent les plaies : ulcères, mer et eaux changées en sang, soleil brûlant, ténèbres sur le trône de la Bête, assèchement de l'Euphrate, puis Harmaguédon, le lieu du dernier rassemblement[92]. Suit le sort de Babylone la grande, la prostituée assise sur les grandes eaux, ivre du sang des saints, parée d'or et de pourpre[93]. Babylone, nom codé transparent pour les lecteurs juifs depuis l'exil, désigne Rome : la ville aux sept collines, qui règne sur les rois de la terre[94]. Sa chute est chantée en deux cantiques croisés, lamentation des marchands et allégresse du ciel, car en un seul jour s'effondre l'empire du luxe bâti sur le sang[95]. Le chapitre s'achève sur le cavalier Fidèle-et-Vrai, dont le nom est le Verbe de Dieu, qui frappe les nations et foule la cuve du vin de la fureur[96].

Les mille ans, le jugement et la Jérusalem céleste

Satan est alors lié pour mille ans, et les martyrs règnent avec le Christ : c'est la première résurrection[97]. Puis vient le jugement dernier, les livres ouverts, la mort et le séjour des morts jetés dans l'étang de feu, et enfin un ciel nouveau et une terre nouvelle, car le premier monde s'en est allé[98]. La Jérusalem céleste descend, parée comme une épouse, cube parfait de douze mille stades aux douze portes et aux douze fondements, illuminée non par le soleil mais par la gloire de Dieu et l'Agneau[99]. Le livre s'achève comme il avait commencé, sur une béatitude et une invitation : l'Esprit et l'Épouse disent : Viens, et le Christ répond : oui, je viens sans tarder[100][101].

« Il essuiera toute larme de leurs yeux, et la mort ne sera plus, et il n'y aura plus ni deuil, ni cri, ni douleur : ce qui était en premier s'en est allé. » - L'Apocalypse, 21, 4[102]

La théologie de l'Apocalypse : l'Agneau vainqueur

L'Agneau immolé, debout

Le titre christologique qui revient vingt-huit fois dans le seul livre, quand le reste du Nouveau Testament ne l'emploie qu'une fois, c'est l'Agneau[103]. Mais l'Agneau de l'Apocalypse n'a rien d'une victime passive : il est immolé et debout, égorgé et vivant, portant les sept cornes de la toute-puissance et les sept yeux de l'omniscience[104]. Il est à la fois le lion qui vainc et l'agneau qui se laisse immoler, le rejeton de David et le serviteur souffrant d'Isaïe réconciliés en une seule figure[105]. Toute la théologie du livre tient dans ce paradoxe : la victoire s'obtient par l'immolation, le trône se conquiert sur la croix. Eux-mêmes l'ont vaincu par le sang de l'Agneau, chante le ciel au chapitre 12, et cette phrase vaut pour le Christ comme pour ses martyrs[106].

Le Temple retrouvé et la liturgie céleste

L'Apocalypse est le livre le plus liturgique de la Bible : encens offert avec les prières des saints, coupes d'or, autel, chants antiphonés, Amen et Alléluia des foules[107][108]. Le Catéchisme enseigne que ce livre, lu dans la liturgie de l'Église, révèle d'abord un trône dressé dans le ciel : la liturgie terrestre y apparaît comme participation à la liturgie céleste, célébrée par le Christ avec les anges et les saints[109]. Les sept chandeliers, la mer de cristal comme le bassin d'airain du Temple, les vingt-quatre Anciens comme les vingt-quatre classes sacerdotales, les parfums et les harpes : tout le mobilier du culte de Jérusalem se retrouve transfiguré dans le ciel[110]. Comprendre cela change la lecture : l'Apocalypse n'est pas un scénario de catastrophe, c'est une messe célébrée à l'échelle du cosmos, où chaque vision est une strophe de l'adoration.

« Aussitôt je fus saisi en esprit. Voici qu'un trône était là dans le ciel, et sur le Trône siégeait quelqu'un. » - L'Apocalypse, 4, 2[111]

Le combat, le martyre et la persévérance

Le mot qui revient comme un refrain dans les lettres, c'est vainqueur : à celui qui vaincra, l'arbre de vie, la couronne, le vêtement blanc, le trône[112]. Mais la victoire promise n'est jamais militaire : les saints vainquent par le sang de l'Agneau et par la parole de leur témoignage, détachés de leur propre vie jusqu'à mourir[113]. Le livre appelle cette attitude la persévérance, l'endurance des saints qui gardent les commandements au milieu de la tribulation[114]. C'est pourquoi l'Apocalypse est devenue, dès les persécutions, le bréviaire des martyrs : les Actes des martyrs de Lyon en 177 la citent, et les confesseurs y puisaient le sens de leur supplice[115]. Le message aux Églises menacées de Domitien valait pour toutes les Églises menacées de tous les siècles : tenir bon, car l'Agneau a déjà vaincu.

Babylone et les deux cités

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Tout le livre oppose deux villes, deux femmes, deux festins : Babylone la prostituée et Jérusalem l'épouse, la coupe d'or des abominations et la coupe des noces, le festin des oiseaux sur les cadavres des rois et le festin des noces de l'Agneau[116]. Babylone, c'est la cité de l'homme sans Dieu, bâtie sur le commerce, le luxe et le sang : marchands, armateurs et rois pleurent sur elle quand elle tombe, car avec elle s'effondre leur profit[117]. Jérusalem, c'est la cité de Dieu, qui descend du ciel, donc qu'on ne construit pas par ses propres forces mais qu'on reçoit[118]. Saint Augustin y reconnaîtra la matrice des deux cités qu'il opposera dans sa grande œuvre : la cité terrestre bâtie sur l'amour de soi jusqu'au mépris de Dieu, et la cité céleste bâtie sur l'amour de Dieu jusqu'au mépris de soi[119]. L'Apocalypse est ainsi la charte théologique de toute la doctrine chrétienne de l'histoire.

L'accomplissement chrétien : la Femme, l'Église, les martyrs

La Femme revêtue du soleil : Marie et l'Église

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Aucune page de l'Apocalypse n'est plus commentée que la vision de la Femme du chapitre 12. La tradition y reconnaît d'abord la Vierge Marie : c'est elle qui met au monde l'enfant mâle qui sera le berger de toutes les nations, elle que le Dragon poursuit, elle dont la liturgie de l'Assomption proclame le triomphe en lisant précisément ce chapitre[120]. Mais la Femme, couronnée de douze étoiles comme les douze tribus et les douze apôtres, c'est aussi l'Église, qui enfante les saints dans la douleur et fuit au désert de la persécution portée par les ailes de l'aigle[121]. Les deux lectures ne s'opposent pas : Marie est la figure et la mère de l'Église, et l'Église prolonge la maternité de Marie. Le concile Vatican II, contemplant Marie dans le mystère du Christ et de l'Église, cite le signe de la Femme comme image du peuple de Dieu en marche[122].

Les âmes sous l'autel : le culte des martyrs

Je vis sous l'autel les âmes de ceux qui furent égorgés à cause de la parole de Dieu et du témoignage qu'ils avaient rendu[123]. Ce verset fonde toute la théologie catholique des reliques et du culte des martyrs : dès le IIe siècle, on se rassemble sur la tombe des témoins à l'anniversaire de leur martyre, et les basiliques abritent leurs restes sous l'autel, exactement comme la vision[124]. Les martyrs ne sont pas des morts qu'on pleure : ils règnent, ils crient, ils intercèdent, et leur sang est semence de chrétiens selon le mot de Tertullien[125]. La foule immense de toutes nations qui se tient devant le Trône en robes blanchies, avec des palmes à la main, c'est la Toussaint anticipée : l'Église du ciel que l'Église de la terre fêtera chaque 1er novembre en lisant ce chapitre[126].

« Après cela, j'ai vu : et voici une foule immense, que nul ne pouvait dénombrer, une foule de toutes nations, tribus, peuples et langues. Ils se tenaient debout devant le Trône et devant l'Agneau, vêtus de robes blanches, avec des palmes à la main. » - L'Apocalypse, 7, 9[127]

Les noces de l'Agneau : l'Église épouse

La fin de l'histoire n'est pas une bataille, c'est un mariage : heureux les invités au repas des noces de l'Agneau[128].

L'image accomplit toute la Bible : Israël l'épouse infidèle des prophètes, la bien-aimée du Cantique, l'Église que Paul présente au Christ comme une vierge pure[129]. La Jérusalem céleste descend du ciel, parée comme une épouse pour son époux, et la dernière parole du livre est un dialogue d'amour : l'Esprit et l'Épouse disent : Viens, et l'Époux répond : oui, je viens sans tarder[130][131]. Chaque eucharistie anticipe ces noces : l'Église y reçoit déjà, sous les espèces du pain et du vin, l'Agneau du festin final. C'est pourquoi l'Apocalypse s'achève sur le plus court et le plus ardent appel de toute la Bible : Amen ! Viens, Seigneur Jésus[132].

« Puis l'ange me dit : Écris : Heureux les invités au repas des noces de l'Agneau ! Il ajouta : Ce sont les paroles véritables de Dieu. » - L'Apocalypse, 19, 9[133]

L'Apocalypse dans la prière de l'Église, les arts et le magistère

Le livre de la Toussaint et du Temps pascal

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L'Apocalypse est le livre de la liturgie des fins dernières et des fêtes des saints. À la Toussaint, la vision de la foule immense en robes blanches est proclamée comme la charte du ciel[134]. À l'Assomption, le chapitre 12 de la Femme couronnée d'étoiles chante le triomphe de Marie[135]. À la fête des saints archanges, le combat de Michel contre le Dragon donne ses mots à la prière[136]. Au Christ-Roi, l'Alpha et l'Oméga, le Témoin fidèle et le Prince des rois ouvrent la célébration[137]. Et tout au long du Temps pascal, puis dans les dernières semaines du temps ordinaire, l'office des lectures fait parcourir le livre entier, comme si l'Église voulait finir chaque année là où finit la Bible : sur les noces[138]. Le fidèle qui suit le lectionnaire lit ainsi l'Apocalypse sans même s'en apercevoir, portée par la prière commune.

Les grands commentateurs : Victorin, Augustin, Bède

Aucun livre du Nouveau Testament n'a été plus commenté, siècle après siècle. Après Victorin de Pettau, le premier, vint Tyconius le donatiste, dont les règles d'interprétation nourrirent toute l'exégèse latine[139]. Saint Augustin, dans le livre XX de la Cité de Dieu, donna la lecture qui allait dominer l'Occident pendant mille ans : les mille ans du chapitre 20 désignent le temps de l'Église, et la première résurrection est la résurrection spirituelle des âmes[140]. Saint Bède le Vénérable, vers 703 à 709, rédigea le commentaire qui fit entrer l'Apocalypse dans les écoles monastiques du haut Moyen Âge[141]. Au XIIIe siècle, les franciscains et les dominicains s'en disputèrent le sens face aux joachimites ; à l'époque moderne, Bossuet en donna un commentaire historique qui reste un modèle de lecture ecclésiale[142]. Chaque époque y a cherché, et trouvé, la clé de ses propres tribulations.

Le millénium : Cérinthe, Justin, Augustin et 1944

Le chapitre 20, avec ses mille ans de règne, a suscité la plus longue controverse d'interprétation du livre. Les premiers chiliastes, dont saint Justin et saint Irénée, attendaient un règne terrestre des justes à Jérusalem après la résurrection, lecture littérale et encore mesurée[143]. D'autres, comme Cérinthe, en faisaient un royaume de délices charnelles, ce qui discrédita la doctrine et alimenta les doutes orientaux sur le livre lui-même[144]. Origène puis Denys d'Alexandrie réfutèrent le chiliasme charnel, et Augustin fixa la lecture reçue : le millénium désigne la durée de l'Église militante, entre les deux avènements, et la première résurrection est celle des âmes par la grâce[145].

L'Église a tranché dans le même sens à l'âge moderne. Le Catéchisme rejette explicitement le millénarisme, cette falsification du Royaume à venir sous forme d'un règne terrestre intramondain[146], et enseigne que l'Église n'entrera dans la gloire qu'à travers l'épreuve finale, où elle suivra son Seigneur dans sa mort et sa Résurrection[147]. Dès 1944, le Saint-Office avait déclaré que le système du millénarisme mitigé ne peut être enseigné en sécurité[148]. La position catholique est donc claire : attendre le retour glorieux du Christ, oui ; programmer un millénaire terrestre intermédiaire, non.

Le magistère : Dei Verbum et le Catéchisme

Le concile Vatican II a rappelé que l'Écriture tout entière, Apocalypse incluse, a Dieu pour auteur et enseigne sans erreur la vérité que Dieu a voulu y consigner pour notre salut[149]. La constitution Dei Verbum demande de lire chaque livre selon son genre littéraire : l'Apocalypse se lit comme prophétie et comme liturgie, non comme chronique ni comme horoscope[150]. Le Catéchisme la cite à chaque étape des fins dernières : l'épreuve finale et l'Antéchrist[151], le rejet du millénarisme[152], la liturgie céleste[153], les cieux nouveaux et la terre nouvelle[154]. Loin d'être un livre embarrassant, l'Apocalypse est ainsi l'un des plus cités du Catéchisme pour l'eschatologie : l'Église y puise le vocabulaire de son espérance.

Ce que propose l'exégèse moderne, et ses limites

La datation néronienne

Une partie de l'exégèse contemporaine propose de dater l'Apocalypse du règne de Néron (54 à 68), voire des années 68 à 70, juste avant la ruine de Jérusalem[155]. Les arguments avancés : le chiffre 666 désignerait Néron, le Temple mesuré au chapitre 11 serait encore debout, et la Bête blessée à mort puis guérie évoquerait la légende du Nero redivivus, le retour de Néron[156]. La thèse a été défendue avec érudition, notamment par John A. T. Robinson dans sa relecture des datations néotestamentaires[157].

Elle se heurte pourtant au témoignage le plus direct dont on dispose : Irénée, deux maillons après l'apôtre, date la vision de la fin de Domitien, et il écrit à une époque où des témoins de la génération suivante vivaient encore[158].

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De plus, le Néron de 64 persécuta à Rome, non en Asie, alors que le livre suppose des Églises d'Asie établies, riches et tièdes, avec un passé de plusieurs décennies[159]. Enfin la Bête de l'Apocalypse exige l'adoration universelle et marque au front : c'est le culte impérial systématique de Domitien, non la lubie romaine de Néron[160]. La datation néronienne reste une hypothèse interprétative, non un résultat démontré, et elle paie son audace d'une contradiction avec le témoin le mieux placé.

Jean l'Ancien : un second Jean ?

Une autre hypothèse, née des doutes de Denys d'Alexandrie et reprise par une partie de la critique, distingue l'apôtre d'un Jean l'Ancien d'Éphèse, qui serait le véritable auteur de l'Apocalypse[161]. Elle s'appuie sur un passage de Papias, rapporté par Eusèbe, où l'évêque d'Hiérapolis cite parmi ses informateurs à la fois les apôtres et un certain Jean l'Ancien[162]. Eusèbe en déduit deux tombeaux de Jean à Éphèse et deux personnages.

Mais Papias peut tout aussi bien nommer deux fois le même homme : d'abord parmi les apôtres dont il recueille les paroles, ensuite comme Ancien encore vivant qu'on peut interroger[163]. Le titre d'Ancien convient d'ailleurs à l'apôtre vieillard, et l'auteur des deuxième et troisième lettres johanniques se présente lui-même comme l'Ancien[164]. Surtout, Irénée, qui tenait ses informations de Polycarpe, compagnon de Jean, ne connaît qu'un seul Jean, apôtre, évangéliste et prophète, et Justin, qui écrit à Éphèse, attribue l'Apocalypse à l'un des apôtres[165][166]. L'hypothèse du second Jean multiplie les personnages pour résoudre une difficulté de style que le changement de genre suffit à expliquer.

Le genre apocalyptique et les sources juives

Personne ne conteste que l'Apocalypse appartienne au genre florissant autour d'elle : Daniel, Hénoch, le quatrième Esdras, Baruch syriaque déploient les mêmes visions, les mêmes chiffres, les mêmes bêtes[167]. Une partie de l'exégèse en conclut que Jean n'aurait fait que christianiser des sources juives, voire assembler des oracles antérieurs. Mais l'Apocalypse se distingue de toute cette littérature par quatre traits décisifs : elle se nomme prophétie et non révélation secrète, son auteur se nomme au lieu de se cacher sous un pseudonyme vénérable, elle s'adresse à des Églises réelles et datées, et elle culmine dans une liturgie, non dans un calendrier de la fin[168]. Les rapprochements avec Qumrân, réels pour le dualisme de la lumière et des ténèbres, montrent un milieu juif commun, non une dépendance : le dualisme de Jean est moral et eschatologique, jamais cosmique ni fataliste[169].

Les présupposés en cause

Trois fragilités reviennent dans les reconstructions tardives. D'abord le présupposé anti-miraculeux et anti-prophétique : si une prophétie ne peut annoncer l'avenir, alors tout texte précis est nécessairement postérieur aux événements, et la datation se déduit de la prophétie au lieu de l'éclairer[170]. Ensuite les datations circulaires : on date la persécution de Domitien des allusions de l'Apocalypse, puis on date l'Apocalypse de cette persécution, ou inversement on nie la persécution pour rajeunir le livre[171]. Enfin l'argument du silence : parce que tel Père ne cite pas tel verset, on conclut qu'il ignorait le livre, comme si les citations patristiques formaient un inventaire exhaustif[172]. Ajoutons le double standard : la Tradition est traitée comme suspecte par principe, pendant que des sources hypothétiques sans un seul manuscrit sont reçues comme des faits[173].

Pourquoi la position traditionnelle reste défendable

Récapitulons le dossier : un auteur qui se nomme Jean et que ses destinataires connaissaient ; un témoin à deux maillons de l'apôtre qui nomme l'auteur et la date ; une ville, Éphèse, où la mémoire johannique est attestée par Justin, Polycarpe et Irénée ; un contexte, le culte impérial domitien, qui éclaire chaque page ; une réception romaine, africaine et alexandrine ininterrompue ; des manuscrits égyptiens dès la fin du IIe siècle ; une liste canonique qui ne varie plus à partir de 367[174]. En face, des hypothèses ingénieuses mais révisables, dont les défenseurs les plus sérieux, comme Allo ou Zahn, ont eux-mêmes conclu à l'apostolicité du livre[175]. Le lecteur qui retient la datation et l'attribution traditionnelles ne fait donc pas un acte de piété aveugle : il suit les témoins les mieux placés, avec les raisons les plus solides.

« Moi, je suis l'Alpha et l'Oméga, dit le Seigneur Dieu, Celui qui est, qui était et qui vient, le Souverain de l'univers. » - L'Apocalypse, 1, 8[176]

Pour aller plus loin

Le lecteur qui veut poursuivre peut d'abord lire le livre lui-même, d'un trait, en une heure : c'est une liturgie, et une liturgie s'éprouve avant de se disséquer. Il lira ensuite le quatrième évangile du même apôtre dans L'Évangile selon saint Jean, puis la synthèse des vingt-sept livres dans Le Nouveau Testament et le récit de la première expansion dans Les Actes des Apôtres. Les lettres apostoliques prolongent l'enseignement : L'épître aux Romains, La première épître aux Corinthiens, L'épître aux Hébreux. Et quand le voyant promet oui, je viens sans tarder, le lecteur pourra répondre avec toute l'Église : Amen ! Viens, Seigneur Jésus[177].

Notes et références

  1. Catéchisme de l'Église catholique, § 120 : la liste des livres de l'Ancien et du Nouveau Testament, dont l'Apocalypse en dernière place. Édition Mame-Plon, Paris, 1992.

    1 4
  2. Ap 22, 18 à 19 : l'interdiction d'ajouter ou de retrancher aux paroles de la prophétie. AELF, aelf.org.

    2
  3. Ap 22, 1 à 2 : le fleuve d'eau vive et l'arbre de vie. AELF, aelf.org.

    3
  4. Concile d'Hippone, 393 : le canon des Écritures incluant l'Apocalypse. Denzinger, Enchiridion, n. 186.

    5
  5. Concile de Carthage, 397, canon 47, confirmé en 419 : la liste des vingt-sept livres. Denzinger, Enchiridion, n. 186.

    6 47
  6. Concile de Florence, Décret pour les Jacobites, 1442 : le canon complet des Écritures. Denzinger, Enchiridion, n. 1335.

    7
  7. Concile de Trente, session IV, Décret sur les Écritures canoniques, 8 avril 1546. Denzinger, Enchiridion, n. 1501 à 1504.

    8
  8. Ap 1, 3 : la béatitude de qui lit les paroles de la prophétie. AELF, aelf.org.

    9
  9. Les sept béatitudes de l'Apocalypse : Ap 1, 3 ; 14, 13 ; 16, 15 ; 19, 9 ; 20, 6 ; 22, 7 ; 22, 14. AELF, aelf.org.

    10
  10. Ap 1, 1 : la révélation donnée à son serviteur Jean. AELF, aelf.org.

    11
  11. Ap 1, 9 : moi, Jean, votre frère, dans l'île de Patmos. AELF, vérifiée mot pour mot sur aelf.org le 9 octobre 2026.

    12 15 16 20
  12. Ap 21, 2 : la Jérusalem céleste parée comme une épouse. AELF, aelf.org.

    13 118 130
  13. Ap 22, 8 : moi, Jean, j'ai entendu et vu cela. AELF, aelf.org.

    14
  14. L'identification traditionnelle : Justin, Dialogue, 81 ; Irénée, Contre les hérésies, V, 30, 3 ; Clément, Quis dives, 42 ; Origène, cité par Eusèbe, Histoire ecclésiastique, VI, 25.

    17
  15. Ap 1, 14 : la tête et les cheveux blancs, les yeux comme une flamme. AELF, aelf.org.

    18
  16. L'Agneau (Ap 5 ; Jn 1, 29), le Verbe de Dieu (Ap 19, 13 ; Jn 1, 1), l'eau vive (Ap 21, 6 ; Jn 4, 10), le témoignage (Ap 1, 2 ; Jn 21, 24). AELF, aelf.org.

    19
  17. Patmos, île du Dodécanèse au large de Milet, lieu romain de relégation. Richard Bauckham, The Theology of the Book of Revelation, Cambridge University Press, 1993, p. 8 à 12.

    21
  18. Tertullien, De la prescription des hérétiques, 36 : Jean plongé dans l'huile bouillante à Rome avant son exil. Sources Chrétiennes 46, Paris, 1957, p. 130. Original latin : in oleum igneum demersus nihil passus est.

    22
  19. Ap 1, 10 : saisi en esprit le jour du Seigneur. AELF, aelf.org.

    23
  20. Le monastère Saint-Jean-le-Théologien, fondé en 1088, et la grotte de l'Apocalypse : centre historique de Patmos inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO en 1999.

    24
  21. Concile Vatican II, Dei Verbum, § 11 : l'inspiration et l'inerrance des Écritures. Texte sur vatican.va.

    25 149
  22. Ap 22, 20 : celui qui donne ce témoignage déclare : Oui, je viens sans tarder. AELF, vérifiée mot pour mot sur aelf.org le 9 octobre 2026.

    26 101
  23. Saint Irénée, Contre les hérésies, V, 30, 3. Sources Chrétiennes 153, Paris, 1969, p. 380.

    27 158 165
  24. Même passage. Traduction française : Sources Chrétiennes 153, p. 381. Original anglais (New Advent) : For that was seen no very long time since, but almost in our day, towards the end of Domitian's reign.

    28
  25. Domitien, empereur de 81 à 96 : Brian W. Jones, The Emperor Domitian, Routledge, Londres, 1992, p. 27 à 30.

    29
  26. Le culte impérial en Asie : Steven J. Friesen, Imperial Cults and the Apocalypse of John, Oxford University Press, 2001, p. 25 à 60.

    30 160
  27. Suétone, Vie de Domitien, 13 : l'exigence du dominus et deus. Collection Budé, Paris, 1931.

    31
  28. Ap 13, 15 à 17 : l'image de la Bête et la marque pour acheter et vendre. AELF, aelf.org.

    32
  29. Ap 20, 4 : les âmes des décapités pour le témoignage de Jésus. AELF, aelf.org.

    33 97
  30. Pline le Jeune, Lettres, X, 96 à 97 : le procès des chrétiens de Bithynie vers 112. Collection Budé, Paris, 1964.

    34
  31. Ap 1, 11 : écris aux sept Églises, Éphèse, Smyrne, Pergame, Thyatire, Sardes, Philadelphie, Laodicée. AELF, aelf.org.

    35
  32. La route circulaire d'Éphèse et l'ordre des sept cités : Colin J. Hemer, The Letters to the Seven Churches of Asia, Sheffield Academic Press, 1986, p. 13 à 19.

    36 159
  33. Ap 2, 4 : tu as abandonné ton premier amour. AELF, aelf.org.

    37
  34. Laodicée relevée du séisme de 60 sans aide impériale : Tacite, Annales, XIV, 27. Richesse et tiédeur, Ap 3, 15 à 17. AELF, aelf.org.

    38
  35. Le martyre de Polycarpe, évêque de Smyrne, au milieu du IIe siècle : Martyre de Polycarpe, 9 à 16. Sources Chrétiennes 10, Paris, 1951.

    39
  36. Saint Justin, Dialogue avec Tryphon, 81. Sources Chrétiennes, Dialogues, traduction Philippe Bobichon, 2003.

    40 166
  37. Même passage. Original anglais (New Advent, Dialogue, ch. 81) : And further, there was a certain man with us, whose name was John, one of the apostles of Christ, who prophesied, by a revelation that was made to him.

    41
  38. Le fragment de Muratori, lignes 71 à 73 : l'Apocalypse de Jean reçue dans l'Église. Édition Lietzmann, Das Muratorische Fragment, Bonn, 1921.

    42
  39. Clément d'Alexandrie, Quel riche sera sauvé ?, 42 : le retour de Jean après la mort du tyran. Sources Chrétiennes 537, Paris, 2011.

    43
  40. Clément d'Alexandrie, cité par Jérôme, Commentaire sur l'épître aux Galates, VI, 10 : petits enfants, aimez-vous les uns les autres.

    44
  41. Origène, cité par Eusèbe, Histoire ecclésiastique, VI, 25 : Jean a composé l'évangile, l'Apocalypse et les lettres. Sources Chrétiennes 41, Paris, 1955.

    45
  42. Victorin de Pettau, Sur l'Apocalypse, vers 258 à 260 : le plus ancien commentaire latin conservé. Sources Chrétiennes 423, éd. Martine Dulaey, Paris, 1997.

    46
  43. Eusèbe, Histoire ecclésiastique, III, 18 : l'exil sous Domitien ; III, 23 : le retour sous Nerva. Sources Chrétiennes 31, Paris, 1952.

    48
  44. Saint Justin, Dialogue avec Tryphon, 81. Sources Chrétiennes, 2003.

    49
  45. Fragment de Muratori, lignes 71 à 73 ; Irénée, Contre les hérésies, V, 30, 3. Sources Chrétiennes 153, p. 380.

    50
  46. Victorin de Pettau, Sur l'Apocalypse. Sources Chrétiennes 423, Paris, 1997.

    51
  47. Saint Athanase, 39e lettre festale, 367 : la liste des vingt-sept livres. Texte grec et traduction dans Schneemelcher, New Testament Apocrypha, Westminster, 1991, vol. 1, p. 32.

    52
  48. Concile de Trente, session IV, 8 avril 1546. Denzinger, Enchiridion, n. 1501 à 1504.

    53
  49. Eusèbe, Histoire ecclésiastique, III, 25 : les livres contestés ; VII, 25 : les objections de Denys d'Alexandrie sur le style. Sources Chrétiennes 31 et 55, Paris, 1952 et 1958.

    54
  50. Caïus de Rome contre Cérinthe et les Aloges, cités par Eusèbe, Histoire ecclésiastique, III, 28, et par Épiphane, Panarion, 51. Sources Chrétiennes 31, Paris, 1952.

    55
  51. Le canon 60 attribué au concile de Laodicée, IVe siècle : liste discutée omettant l'Apocalypse. Denzinger, Enchiridion, n. 60, note critique.

    56
  52. Saint Athanase, 39e lettre festale, 367. Schneemelcher, New Testament Apocrypha, Westminster, 1991, vol. 1, p. 32.

    57
  53. Catholic Encyclopedia, article Apocalypse, New York, 1907, vol. 1 : Although the authorities giving evidence against the authenticity deserve full consideration they cannot annul the older testimony of the churches.

    58
  54. Le grec sémitisant de l'Apocalypse : Henry Barclay Swete, The Apocalypse of St John, Macmillan, Londres, 1906, p. 120 à 129.

    59
  55. Plus de cinq cents allusions à l'Ancien Testament : Gregory K. Beale, The Book of Revelation, Eerdmans, Grand Rapids, 1999, p. 76 à 99.

    60
  56. Nestle-Aland, Novum Testamentum Graece, 28e édition, Stuttgart, 2012, Verzeichnis des papyrus et onciaux de l'Apocalypse.

    61
  57. P98, Institut français d'archéologie orientale du Caire, Ap 1, 13 à 20, fin du IIe siècle. Nestle-Aland, 28e édition, 2012, Verzeichnis.

    62
  58. P47, Chester Beatty Library de Dublin, Ap 9 à 17, IIIe siècle. Nestle-Aland, 28e édition, 2012, Verzeichnis.

    63
  59. Vieilles versions latine, syriaque et copte de l'Apocalypse, IIe au IVe siècle. Bruce M. Metzger, The Early Versions of the New Testament, Clarendon, Oxford, 1977.

    64
  60. Saint Jérôme, Vulgate : le texte latin de l'Apocalypse reçu en Occident. Weber-Gryson, Biblia Sacra Vulgata, 5e éd., Stuttgart, 2007.

    65
  61. Ap 13, 18 : le chiffre de la Bête, six cent soixante-six. AELF, vérifiée mot pour mot sur aelf.org le 9 octobre 2026.

    66 69
  62. Néron César en hébreu, 666 et 616 selon l'orthographe : David Aune, Revelation, Word Biblical Commentary 52, Dallas, 1998, vol. 2, p. 770 à 773.

    67
  63. P115, papyrus d'Oxyrhynchus, IIIe siècle : la leçon 616 en Ap 13, 18, avec le Codex Ephraemi. Nestle-Aland, 28e édition, 2012, apparat.

    68
  64. Saint Irénée, Contre les hérésies, V, 30, 1 : les variantes du chiffre et le refus de trancher le nom. Sources Chrétiennes 153, Paris, 1969, p. 372 à 378.

    70
  65. Nestle-Aland, 28e édition, 2012, apparat de Ap 13, 18 : 666 leçon retenue, 616 variante ancienne.

    71
  66. Bruce M. Metzger, The Text of the New Testament, Oxford University Press, 4e éd. 2005 : les variantes de l'Apocalypse, de détail, sans portée dogmatique.

    72
  67. Pie XII, Divino afflante Spiritu, 30 septembre 1943 : les langues originales et les genres littéraires. Actes du Saint-Siège.

    73
  68. Ap 1, 20 : les sept étoiles et les sept chandeliers. AELF, aelf.org.

    74
  69. La structure identique des sept lettres : Pierre Prigent, L'Apocalypse de saint Jean, Labor et Fides, Genève, 1981, p. 25 à 30.

    75
  70. Pergame, le trône de Satan et Antipas : Ap 2, 13. Tacite, Annales, III, 63, sur le temple provincial. AELF, aelf.org.

    76
  71. Sardes surprise deux fois et l'avertissement du voleur : Ap 3, 3. Hérodote, Histoires, I, 84, sur la prise par Cyrus. AELF, aelf.org.

    77
  72. Laodicée, l'or, le vêtement blanc et le collyre : Ap 3, 18. Tacite, Annales, XIV, 27, sur la reconstruction de 60. AELF, aelf.org.

    78
  73. Ap 4, 8 : les quatre Vivants et le triple Saint. AELF, aelf.org.

    79
  74. Ap 5, 5 : le lion de Juda, le rejeton de David. AELF, vérifiée mot pour mot sur aelf.org le 9 octobre 2026.

    80
  75. Ap 5, 12 : digne est l'Agneau immolé. AELF, vérifiée mot pour mot sur aelf.org le 9 octobre 2026.

    81 83
  76. Les sept sceaux, Ap 6, 1 à 8, 1 : Pierre Prigent, L'Apocalypse de saint Jean, Labor et Fides, Genève, 1981, p. 95 à 115.

    82
  77. Les sept trompettes, Ap 8, 6 à 11, 19 : Gregory K. Beale, The Book of Revelation, Eerdmans, 1999, p. 469 à 585.

    84
  78. Ap 10, 8 à 11 : le petit livre avalé ; Ap 11, 3 à 12 : les deux témoins. AELF, aelf.org.

    85
  79. Ap 11, 15 : le royaume du monde passé au Christ. AELF, aelf.org.

    86
  80. Ap 9, 20 à 21 : ils ne se repentirent pas. AELF, aelf.org.

    87
  81. Ap 12, 1 : la Femme revêtue du soleil. AELF, vérifiée mot pour mot sur aelf.org le 9 octobre 2026.

    88 91
  82. Ap 12, 7 à 9 : Michel précipite le Dragon. AELF, aelf.org.

    89
  83. Les deux Bêtes, Ap 13, 1 à 18 : Richard Bauckham, The Theology of the Book of Revelation, Cambridge University Press, 1993, p. 35 à 40.

    90
  84. Les sept coupes, Ap 15 à 16, et Harmaguédon : Pierre Prigent, L'Apocalypse de saint Jean, Labor et Fides, Genève, 1981, p. 225 à 245.

    92
  85. Ap 17, 4 : Babylone parée d'or et ivre du sang. AELF, aelf.org.

    93
  86. Ap 17, 9 : les sept collines ; 17, 18 : la ville qui règne. AELF, aelf.org.

    94
  87. Ap 18, 8 : en un seul jour, la chute. AELF, aelf.org.

    95
  88. Ap 19, 13 : son nom est le Verbe de Dieu. AELF, aelf.org.

    96
  89. Ap 21, 1 : un ciel nouveau et une terre nouvelle. AELF, aelf.org.

    98
  90. Ap 21, 16 : douze mille stades, douze portes, douze fondements. AELF, aelf.org.

    99
  91. Ap 22, 17 : l'Esprit et l'Épouse disent Viens. AELF, aelf.org.

    100 131
  92. Ap 21, 4 : toute larme essuyée. AELF, vérifiée mot pour mot sur aelf.org le 9 octobre 2026.

    102
  93. L'Agneau nommé vingt-huit fois dans l'Apocalypse, contre une seule occurrence ailleurs, Jn 21, 15 : Richard Bauckham, The Theology of the Book of Revelation, Cambridge University Press, 1993, p. 62.

    103
  94. Ap 5, 6 : l'Agneau immolé et debout, sept cornes et sept yeux. AELF, aelf.org.

    104
  95. Le lion et l'agneau, le rejeton de David et le serviteur d'Isaïe 53 : Henry Barclay Swete, The Apocalypse of St John, Macmillan, 1906, p. 77.

    105
  96. Ap 12, 11 : vainqueurs par le sang de l'Agneau. AELF, vérifiée mot pour mot sur aelf.org le 9 octobre 2026.

    106 113
  97. Ap 8, 3 à 4 : l'encens et les prières des saints. AELF, aelf.org.

    107
  98. Ap 19, 1 : l'Alléluia des foules. AELF, aelf.org.

    108
  99. Catéchisme de l'Église catholique, § 1137 : le livre de l'Apocalypse lu dans la liturgie révèle le trône et la liturgie céleste. Édition Mame-Plon, Paris, 1992.

    109 153
  100. Les vingt-quatre Anciens et les classes sacerdotales de 1 Ch 24 : David Aune, Revelation, Word Biblical Commentary 52, Dallas, 1997, vol. 1, p. 287 à 292.

    110
  101. Ap 4, 2 : le trône dressé dans le ciel. AELF, vérifiée mot pour mot sur aelf.org le 9 octobre 2026.

    111
  102. Le vainqueur dans chaque lettre, Ap 2, 7. 11. 17. 26 ; 3, 5. 12. 21. AELF, aelf.org.

    112
  103. Ap 14, 12 : la persévérance des saints. AELF, aelf.org.

    114
  104. Les martyrs de Lyon en 177 et l'Apocalypse : Eusèbe, Histoire ecclésiastique, V, 1 à 2. Sources Chrétiennes 41, Paris, 1955.

    115
  105. Les deux femmes et les deux festins, Ap 17 à 19 et 21 à 22 : Richard Bauckham, The Theology of the Book of Revelation, Cambridge University Press, 1993, p. 127 à 143.

    116
  106. Ap 18, 11 : les marchands qui pleurent. AELF, aelf.org.

    117
  107. Saint Augustin, La Cité de Dieu, XIV, 28 : les deux amours et les deux cités. Bibliothèque augustinienne, vol. 35.

    119
  108. L'Assomption, 15 août : première lecture Ap 11, 19 ; 12, 1 à 6. 10. Lectionnaire romain.

    120 135
  109. La Femme, Marie et l'Église : Pierre Prigent, L'Apocalypse de saint Jean, Labor et Fides, Genève, 1981, p. 185 à 195.

    121
  110. Concile Vatican II, Lumen Gentium, § 59 : Marie, figure de l'Église dans l'ordre de la foi. Texte sur vatican.va.

    122
  111. Ap 6, 9 : les âmes sous l'autel. AELF, aelf.org.

    123
  112. Le rassemblement sur la tombe à l'anniversaire du martyre : Martyre de Polycarpe, 18. Sources Chrétiennes 10, Paris, 1951 ; le dépôt des corps saints sous l'autel : saint Ambroise, Lettre 22, 13, sur Gervais et Protais, Milan, 386.

    124
  113. Tertullien, Apologétique, 50 : le sang des chrétiens est une semence. Collection Budé, Paris, 1929. Original latin : semen est sanguis Christianorum.

    125
  114. La Toussaint, 1er novembre : première lecture Ap 7, 2 à 4. 9 à 14. Lectionnaire romain.

    126 134
  115. Ap 7, 9 : la foule immense en robes blanches. AELF, vérifiée mot pour mot sur aelf.org le 9 octobre 2026.

    127
  116. Ap 19, 9 : heureux les invités aux noces. AELF, vérifiée mot pour mot sur aelf.org le 9 octobre 2026.

    128 133
  117. Les noces accomplies : Os 2, 21 ; Ct 8 ; Ep 5, 25 à 27. AELF, aelf.org.

    129
  118. Ap 22, 20 : Amen, viens, Seigneur Jésus. AELF, vérifiée mot pour mot sur aelf.org le 9 octobre 2026.

    132 177
  119. Les saints archanges, 29 septembre : première lecture Ap 12, 7 à 12. Lectionnaire romain.

    136
  120. Le Christ-Roi, année B : deuxième lecture Ap 1, 5 à 8. Lectionnaire romain.

    137
  121. L'Apocalypse à l'office des lectures du Temps pascal et des dernières semaines : Présentation générale de la Liturgie des Heures, n. 143 à 158.

    138
  122. Tyconius, Livre des règles, fin du IVe siècle : les sept règles d'interprétation reprises par Augustin. Sources Chrétiennes 488, Paris, 2004.

    139
  123. Saint Augustin, La Cité de Dieu, XX, 7 à 9 : le millénium comme temps de l'Église. Bibliothèque augustinienne, vol. 37.

    140 145
  124. Bède le Vénérable, Explication de l'Apocalypse, vers 703 à 709. Patrologie latine 93, col. 129 à 206.

    141
  125. Bossuet, L'Apocalypse avec une explication, Paris, 1689 : la lecture ecclésiale et historique.

    142
  126. Le chiliasme de Justin et d'Irénée : Justin, Dialogue, 80 à 81 ; Irénée, Contre les hérésies, V, 33 à 35. Sources Chrétiennes 153, p. 412 à 440.

    143
  127. Cérinthe et le royaume de délices, rapporté par Eusèbe, Histoire ecclésiastique, III, 28. Sources Chrétiennes 31, Paris, 1952.

    144
  128. Catéchisme de l'Église catholique, § 676 : le rejet du millénarisme. Édition Mame-Plon, Paris, 1992.

    146 152
  129. Catéchisme de l'Église catholique, § 677 : l'Église à travers l'ultime Pâque. Édition Mame-Plon, Paris, 1992.

    147
  130. Saint-Office, décret du 21 juillet 1944 : le millénarisme mitigé ne peut être enseigné en sécurité. Acta Apostolicae Sedis 36, 1944, p. 212.

    148
  131. Concile Vatican II, Dei Verbum, § 12 : les genres littéraires et l'intention des auteurs. Texte sur vatican.va.

    150
  132. Catéchisme de l'Église catholique, § 675 : l'épreuve finale et l'Antéchrist. Édition Mame-Plon, Paris, 1992.

    151
  133. Catéchisme de l'Église catholique, § 1042 : les cieux nouveaux et la terre nouvelle. Édition Mame-Plon, Paris, 1992.

    154
  134. John A. T. Robinson, Redating the New Testament, SCM, Londres, 1976, p. 221 à 253 : la datation de l'Apocalypse avant 70.

    155 157
  135. Les arguments néroniens : le Temple encore debout, le sixième roi, Nero redivivus. David Aune, Revelation, Word Biblical Commentary 52, Dallas, 1998, vol. 3, p. 1205 à 1209, présentation critique.

    156
  136. Denys d'Alexandrie, cité par Eusèbe, Histoire ecclésiastique, VII, 25 : un autre Jean. Sources Chrétiennes 55, Paris, 1958.

    161
  137. Papias, cité par Eusèbe, Histoire ecclésiastique, III, 39 : les apôtres et Jean l'Ancien. Sources Chrétiennes 31, Paris, 1952.

    162
  138. La double mention du même Jean : Richard Bauckham, Jesus and the Eyewitnesses, Eerdmans, Grand Rapids, 2e éd. 2017, p. 412 à 437.

    163
  139. 2 Jn 1 et 3 Jn 1 : moi, l'Ancien. AELF, aelf.org.

    164
  140. Le genre apocalyptique juif : Daniel, Hénoch, 4 Esdras. John J. Collins, The Apocalyptic Imagination, Eerdmans, Grand Rapids, 2e éd. 1998, p. 1 à 42.

    167
  141. Les quatre différences de l'Apocalypse : Richard Bauckham, The Theology of the Book of Revelation, Cambridge University Press, 1993, p. 1 à 7.

    168
  142. Qumrân et le dualisme : la Règle de la communauté. Joseph Fitzmyer, The Dead Sea Scrolls and Christian Origins, Eerdmans, 2000, p. 145 à 150.

    169
  143. Le présupposé anti-prophétique : C. S. Lewis, Fern-seed and Elephants, Fontana, Londres, 1975, p. 104 à 108.

    170
  144. Les datations circulaires : John A. T. Robinson lui-même notait le cercle des datations tardives, Redating the New Testament, SCM, 1976, p. 18 à 26.

    171
  145. L'argument du silence : Donald A. Carson, The Gospel According to John, Eerdmans, 1991, p. 85, principe applicable à l'Apocalypse.

    172
  146. Le double standard envers la Tradition : Richard Bauckham, Jesus and the Eyewitnesses, Eerdmans, 2e éd. 2017, p. 2 à 21.

    173
  147. La synthèse du dossier traditionnel : Henry Barclay Swete, The Apocalypse of St John, Macmillan, 1906, p. 91 à 100.

    174
  148. E.-B. Allo, L'Apocalypse, Gabalda, Paris, 3e éd. 1933, p. 7 à 22 ; Theodor Zahn, Einleitung in das Neue Testament, Deichert, Leipzig, 3e éd. 1907, vol. 2, p. 569 à 611 : la défense de l'apostolicité.

    175
  149. Ap 1, 8 : l'Alpha et l'Oméga. AELF, vérifiée mot pour mot sur aelf.org le 9 octobre 2026.

    176