Le joachimisme radical (XIIIe-XIVe siècle)

De l'Évangile éternel de Gérard (1254) aux bûchers de 1318 : comment une poignée de disciples a transformé la vision de Joachim de Fiore en une Église parallèle, et comment l'Église a répondu, condamnation après condamnation.

Ignispedia

Le joachimisme radical désigne la dérive hérétique née, au milieu du XIIIᵉ siècle, de la lecture forcée de Joachim de Fiore (vers 1132-1202), l'abbé cistercien calabrais auteur de la doctrine des trois âges du Père, du Fils et du Saint-Esprit[9]. Là où Joachim soumettait tous ses écrits au jugement du pape, ses disciples radicaux firent de ses livres un « Évangile éternel » appelé à remplacer le Nouveau Testament vers 1260, et de son troisième âge une « Église spirituelle » appelée à abolir la hiérarchie[10].

L'affaire éclata à Paris en 1254 avec le livre du franciscain Gérard de Borgo San Donnino, fut jugée à Anagni en 1255 par une commission d'Alexandre IV, puis se prolongea pendant soixante-dix ans : Spirituels franciscains, Apostoliques de Segarelli et de Dolcino, prophètes apocryphes du pseudo-Joachim — jusqu'aux bûchers de Marseille (1318) et de Verceil (1307), au concile de Vienne (1311-1312) et aux bulles de Jean XXII[11][12].

Le point que cet article établit d'abord, parce que tout le reste en dépend : Joachim lui-même n'est pas un hérétique. Le IVᵉ concile du Latran (1215) ne condamna de lui qu'un seul opuscule trinitaire contre Pierre Lombard, en épargnant expressément son monastère de Flore[13] ; Dante le plaça au Paradis[14] ; saint Bonaventure reprit son attente d'un temps de l'Esprit en la corrigeant[15] ; Benoît XVI a rappelé en 2010 ce que l'Église garde de lui et ce qu'elle rejette[16]. La cible du présent article n'est donc pas le moine calabrais — traité dans Joachim de Fiore et le joachimisme — mais ce que des disciples en ont fait contre l'Église, et comment l'Église a répondu.

Joachim de Fiore n'est pas un hérétique : le point de départ obligatoire

Ce que Latran IV a condamné — et ce qu'il a épargné

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Treize ans après la mort de Joachim (30 mars 1202), le IVᵉ concile du Latran, sous Innocent III, promulgua le 30 novembre 1215 son canon 2 Damnamus (Denzinger nᵒˢ 803-807)[17]. L'objet condamné est étroit et précis : le libelle trinitaire par lequel Joachim accusait Pierre Lombard de quaternité — de faire de l'essence divine une quatrième réalité à côté des trois Personnes[18]. Le concile clôt son canon par une clause qui épargne expressément le monastère de Flore, « dont la règle est régulière et l'observance salutaire », et rapporte que Joachim avait ordonné que tous ses écrits fussent remis au Siège apostolique « pour être approuvés ou corrigés »[19].

Ni la théologie des trois status, ni l'attente d'un âge de l'Esprit à l'intérieur de la Nouvelle Alliance, ni la sainteté de vie du fondateur ne sont touchés par ce canon[20]. C'est la base juridique de tout le dossier : on ne peut pas faire de Joachim un condamné de l'Église, et toutes les condamnations postérieures frapperont des thèses que Joachim n'a ni écrites ni autorisées — à commencer par celle de Gérard[21].

Le témoin Dante : Joachim au Paradis, Dolcino en Enfer

Le plus beau témoignage de la distinction entre le maître et ses disciples dévoyés vient de Dante Alighieri, qui place les deux côtés dans l'au-delà — chacun à sa place. Au Paradis (chant XII), parmi les dominicains, brille l'abbé calabrais :

« et auprès de moi brillait l'abbé calabrais Joachim, doué de l'esprit prophétique »[22]

Le pape François a repris ce vers en 2024, saluant en Joachim ce « grand visionnaire croyant »[23]. Mais le même Dante, dans l'Enfer (chant XXVIII, parmi les semeurs de schisme), fait dire à Mahomet qu'il faut avertir Fra Dolcino, le chef joachimite des Apostoliques, de la fin qui l'attend s'il ne se repent — allusion transparente au siège et au bûcher de 1307[24]. Le maître au ciel, le disciple violent en enfer : la Comédie, composée entre 1308 et 1320, est le premier grand réquisitoire poétique contre le joachimisme radical[25].

Joachim authentique et joachimisme radical : le tableau de la rupture

Le tableau suivant fixe la frontière que tout le reste de l'article suppose : à gauche, ce que Joachim a réellement tenu ; à droite, ce que les radicaux y ont ajouté — et que l'Église a condamné[26][27].

Point de doctrineJoachim de Fiore (jamais condamné sur ce point)Joachimisme radical (condamné)
Les trois statusTrois âges à l'intérieur de l'économie du salut, le troisième restant dans la Nouvelle AllianceLe troisième âge abolit le deuxième : le Nouveau Testament expire vers 1260
L'« Évangile éternel » (Ap 14, 6)Expression biblique désignant l'annonce définitive du ChristLes livres de Joachim sont cet Évangile et remplacent la Bible
La hiérarchieSoumission de tous ses écrits au pape (1200) ; ordre florense approuvé (1196)Une « Église spirituelle » des parfaits rend papes, évêques et sacrements inutiles
L'an 1260Date computiste proposée comme repère possible du basculementDate dogmatisée : fin du Nouveau Testament, avènement des Justes
L'attitude envers l'ÉgliseRéforme par la sainteté, dans l'obéissanceDénonciation de l'Église « charnelle », refus du serment et des sacrements des indignes

Saint Thomas d'Aquin donna dès le XIIIᵉ siècle la réfutation doctrinale du point central : dans la Somme théologique (I-II, q. 106, a. 4), il établit que la Loi nouvelle durera jusqu'à la fin du monde et que « nul autre état ne succédera à cet état de la Loi nouvelle » — réfutant par avance l'idée d'un troisième âge qui abolirait le Nouveau Testament[28]. La Catholic Encyclopedia résume : « His central doctrine was confuted by St. Thomas »[29]. Saint Bonaventure, lui, garda l'intuition — un septième temps de paix et d'effusion de l'Esprit — en rejetant l'erreur : « Après le Nouveau Testament, il n'y en aura pas d'autre, et aucun sacrement de la Loi nouvelle ne peut en être retranché, car ce Testament est éternel » (Collationes in Hexaemeron XVI, 2)[30].

Paris 1254 : Gérard de Borgo San Donnino et l'« Évangile éternel »

Le livre qui fit scandale

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En 1254, à Paris, le franciscain Gérard de Borgo San Donnino (Borgo San Donnino, aujourd'hui Fidenza, en Émilie) publia un livre intitulé Introductorium in Evangelium aeternum — Introduction à l'Évangile éternel[31]. Le titre renvoyait au verset de l'Apocalypse où un ange porte « un Évangile éternel à annoncer » (Ap 14, 6)[32]. Gérard en tirait trois thèses qui firent l'effet d'une bombe dans l'Université alors déchirée par la querelle des séculiers et des Mendiants[33] :

  1. Les écrits de Joachim sont l'« Évangile éternel » annoncé par l'Apocalypse, supérieurs à l'Ancien comme au Nouveau Testament ;
  2. En 1260, le Nouveau Testament expirera : l'Évangile du Christ sera remplacé par l'Évangile de Joachim, comme l'Ancien l'avait été par le Nouveau ;
  3. L'« ordre des Justes » appelé à gouverner l'Église après l'avènement de l'âge du Saint-Esprit, c'est l'ordre franciscain — autrement dit, la hiérarchie ecclésiale existante sera abolie au profit d'une Église spirituelle des parfaits[34].

Jamais Joachim n'avait écrit cela : il avait placé son troisième status à l'intérieur de la Nouvelle Alliance et soumis tous ses écrits au pape[35]. Gérard transformait une espérance monastique en programme de remplacement de l'Église — c'est exactement ce passage du dedans au dehors qui définit le joachimisme radical[36].

Guillaume de Saint-Amour et la guerre universitaire

Le scandale tombait au plus fort de la querelle entre maîtres séculiers et Mendiants de l'Université de Paris[37]. Le chef des séculiers, Guillaume de Saint-Amour, s'empara de l'affaire : au début de 1256, il publia son grand réquisitoire De periculis novissimorum temporum (Des périls des derniers temps), qui utilisait l'Évangile éternel comme preuve des dangers que les nouveaux ordres faisaient courir à l'Église[38]. Le livre fut condamné à son tour par Alexandre IV à Anagni, le 5 octobre 1256 — l'Église refusant à la fois l'hérésie joachimite et l'instrumentalisation antimendiante du scandale[39]. Retenu : l'affaire de 1254-1256 condamne deux excès symétriques, et épargne les ordres mendiants comme tels — dont les saints (Bonaventure, Thomas, Claire) sont précisément contemporains[40].

Anagni 1255 : la commission d'Alexandre IV

Dès l'été 1255, le pape Alexandre IV confia l'examen du livre de Gérard à une commission de trois cardinaux réunie à Anagni : l'Introductorium fut confronté aux œuvres authentiques de Joachim, envoyées exprès du monastère de Fiore en Calabre[41]. Le protocole (rapport) d'octobre 1255, édité au XIXᵉ siècle par le P. Denifle, montre la méthode : comparer le disciple au maître, et condamner ce que le maître n'a jamais dit[42].

Sur la portée exacte de l'acte, les sources divergent et l'honnêteté oblige à le dire : la Catholic Encyclopedia tient que « the condemnation involved the teaching of Joachim himself » et date la condamnation solennelle de 1256 ; le Schaff-Herzog rapporte une bulle du 4 novembre 1255 condamnant l'Introductorium « without censuring, however, the writings of Joachim »[43]. Dans les deux versions, Gérard est condamné et finit ses jours en prison ; dans les deux versions, la question de Joachim reste distincte de celle de son disciple[44][45]. Aucune source sérieuse ne fait participer saint Bonaventure ou saint Thomas aux travaux de la commission[46].

Un synode réuni à Arles en 1260 ou 1263 condamna à son tour les écrits de Joachim, mais cette décision d'autorité locale n'obtint jamais de portée ecclésiale générale[47]. Elle illustre pourtant le climat : après 1254, le nom de Joachim sent le soufre, et seuls les grands esprits — Bonaventure, Thomas — sauront encore distinguer le maître de ses disciples[48].

Le pseudo-Joachim : une fabrique d'apocryphes

Le Super Hieremiam, best-seller apocalyptique des années 1240

Figure trinitaire du Liber Figurarum, codex de Reggio Emilia, XIIIe siècle : un document à distinguer des apocryphes. Wikimedia Commons, domaine public.

Le joachimisme radical ne vécut pas seulement de Gérard : il vécut d'une littérature apocryphe mise sous le nom du Calabrais pour lui faire dire ce qu'il n'avait jamais dit[49]. Le plus influent de ces faux est le commentaire Super Hieremiam prophetam, rédigé dans les années 1240 — en pleine lutte entre Frédéric II et la papauté — et faussement attribué à Joachim[50]. L'ouvrage identifie l'empereur Frédéric II au persécuteur apocalyptique et annonce le triomphe prochain de l'Église spirituelle : c'est ce texte, et non Joachim, qui fournit aux radicaux leur lecture politique de l'Apocalypse — un empereur-tyran, un pape angélique à venir, une Église à purifier par le glaive de la prophétie[51].

Le procédé est constant : prendre l'autorité du moine mort en odeur de sainteté en 1202, et la mettre au service des passions du moment[52]. Marjorie Reeves, l'historienne anglaise qui a reconstitué ce dossier (The Influence of Prophecy in the Later Middle Ages, Oxford, 1969), montre que la quasi-totalité de la littérature « joachimite » du XIIIᵉ siècle est ainsi postiche — et que c'est elle, et non Joachim, que les condamnations visent quand elles parlent d'« écrits de Joachim »[53].

Vaticinia, Oraculum Cyrilli et le pape angélique

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Dans les dernières décennies du XIIIᵉ siècle parurent, toujours sous le couvert du nom de Joachim, les Vaticinia de summis pontificibus — galerie de papes à venir, bons et mauvais, qui nourrira pendant deux siècles l'attente d'un pape angélique (pastor angelicus) appelé à réformer l'Église[54]. L'Oraculum Cyrilli, autre pièce de la même fabrique, prophétisait de même une purification de la papauté[55]. Ces textes n'ont rien du Calabrais : ce sont des machines de guerre ecclésiastiques, utilisées tour à tour par les Spirituels contre les papes d'Avignon, puis par les conciliaristes, puis par les prédicateurs de tout bord[56]. Le joachimisme radical devient ainsi, dès la fin du XIIIᵉ siècle, moins une doctrine qu'un réservoir de prophéties interchangeables — trait qui le distingue de toutes les autres hérésies médiévales, cathares ou vaudois, qui avaient au moins une doctrine stable[57].

Arnaud de Villeneuve, le médecin prophète

Le cas le plus savant de cette nébuleuse est celui d'Arnaud de Villeneuve (vers 1240-1311), médecin de rois et de papes, alchimiste et exégète[58]. Vers 1299-1300, il présenta aux théologiens de Paris son De tempore adventus Antichristi, qui annonçait l'Antéchrist comme proche et appelait à la réforme : le livre fut saisi et son auteur brièvement arrêté par l'official de Paris[59]. Arnaud mourut en 1311, mais ses écrits spirituels furent réexaminés et condamnés après sa mort par le concile provincial de Tarragone (1316)[60]. Son dossier montre le mécanisme : une piété réformatrice sincère, greffée sur le comput joachimite, glissant vers la date et la dénonciation — et l'Église tranchant non sur la personne, mais sur les propositions[61].

Les Spirituels franciscains : quand la pauvreté devient apocalypse

Jean de Parme (1247-1257) et l'aile joachimite de l'ordre

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Le joachimisme entra dans l'ordre franciscain par le sommet : Jean de Parme, sixième ministre général (1247-1257), entouré de frères marqués par Joachim — dont le prédicateur provençal Hugues de Digne — laissa l'espérance du troisième âge colorer le gouvernement de l'ordre[62]. La crise éclata avec l'affaire de l'Évangile éternel, portée par un franciscain : au chapitre romain du 2 février 1257, Jean de Parme dut démissionner, et c'est saint Bonaventure qui lui succéda (1257-1274) pour remettre l'ordre dans l'orthodoxie — sans renier l'attente d'un temps de l'Esprit, mais en la purgeant de l'erreur de la substitution[63][64].

Jean de Parme n'est pas un hérétique : c'est un modéré débordé, que l'Église traita avec une mansuétude significative — il proposa lui-même Bonaventure comme successeur[65]. La leçon vaut pour tout le dossier : l'Église frappa les thèses, pas les hommes quand ils se soumettaient — et elle sut garder, avec Bonaventure, ce que Joachim avait de vrai[66].

Célestin V (1294) : l'espoir déçu des Spirituels

À l'été 1294, l'élection du vieil ermite Pierre de Morrone — Célestin V — souleva l'enthousiasme des Spirituels : voici le pape angélique annoncé, le pontife de la pauvreté absolue qui allait inaugurer l'âge de l'Esprit[67]. Cinq mois plus tard, le 13 décembre 1294, Célestin abdiquait — et son successeur Boniface VIII le faisait enfermer[68]. La déception fut terrible et structura durablement le joachimisme radical : désormais, le pape régnant ne serait plus l'espérance mais l'Antéchrist probable, et la vraie Église serait la petite troupe des fidèles à la pauvreté — ecclésiologie de rupture qui mène droit aux Fraticelli[69].

Pierre Jean Olivi († 1298) et la Lectura condamnée en 1326

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Le théologien des Spirituels fut Pierre Jean Olivi (Sérignan, 1248 — Narbonne, 14 mars 1298), franciscain languedocien d'une rigueur intellectuelle redoutable[70]. Sa Lectura (ou Postilla) super Apocalipsim lisait l'histoire de l'Église comme le combat des deux cités, avec de larges emprunts à Joachim — au point qu'une commission de théologiens y marqua soixante sentences comme suspectes, pour l'essentiel des citations joachimites[71].

Olivi mourut en paix avec l'Église, vénéré par ses frères au point que sa tombe de Narbonne devint un lieu de pèlerinage — les supérieurs finirent par disperser ses restes et détruire le sanctuaire[72]. Mais ses écrits survécurent : quand l'empereur Louis IV de Bavière les utilisa dans son appel de Sachsenhausen (1324) contre Jean XXII, le pape fit condamner les sentences extraites de la Lectura le 8 février 1326 — vingt-huit ans après la mort de l'auteur[73]. Notez la méthode romaine, constante depuis Anagni : juger des propositions écrites, datées, vérifiables — jamais une mémoire, jamais un parti[74].

Ubertin de Casale, Ange Clareno et les quatre de Marseille

Deux noms incarnent la génération suivante. Ubertin de Casale (1259 — vers 1329), convoqué devant Benoît XI pour ses critiques excessives puis relégué au couvent de La Verna, y écrivit en 1305, en trois mois et sept jours dit-il, son œuvre immense, l'Arbor vitae crucifixae Jesu — où il reprend et développe de larges parties du commentaire apocalyptique d'Olivi, et désigne nommément les persécuteurs[75]. Ange Clareno († 1337), chef des ermites pauvres d'Italie centrale protégés un temps par Célestin V, organisa la résistance des Clareni et écrivit l'histoire de la persécution des Spirituels — forgeant la mémoire martyrologique du mouvement[76].

La répression culmina au printemps 1318 à Marseille : quatre Spirituels, refusant de se soumettre au jugement de l'ordre et du pape sur la pauvreté et l'obéissance, furent brûlés[77]. C'est peu — quatre hommes — et c'est tout le dossier : l'Église ne poursuivit jamais la pauvreté (qu'elle venait de défendre solennellement à Vienne), mais l'obstination dans la désobéissance et l'ecclésiologie de rupture[78]. La suite de cette histoire — les Fraticelli d'Italie et les béguins du Languedoc — appartient aux articles voisins : Fraticelles et Béguins et béghards hétérodoxes.

Les Apostoliques : Segarelli († 1300) et Dolcino († 1307)

Gérard Segarelli et l'habit des Apôtres

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Vers 1260, à Parme, un homme du peuple, Gérard Segarelli, fonda l'Ordre des Apôtres (Apostolici) : barbe et cheveux longs, habit blanc grossier, vie d'errance et de mendicité à l'imitation littérale des Apôtres[79]. Le mouvement mêlait l'idéal franciscain de pauvreté à l'attente joachimite du troisième âge — sans doctrine très fixée, mais avec un refus croissant de l'autorité ecclésiastique qui le fit condamner par Honorius IV (11 mars 1286) puis par Nicolas IV (1290)[80].

Segarelli fut emprisonné en 1294, s'évada, fut repris, abjura ses erreurs, puis retomba — et, en relaps, fut livré au bras séculier et brûlé à Parme le 18 juillet 1300[81]. Sa fin illustre la discipline médiévale à l'égard de l'hérésie : on ne brûlait ni pour une erreur (pardonnée après abjuration), ni pour la pauvreté (que les franciscains vivaient à côté), mais pour l'obstination du relaps qui, après avoir abjuré, replongeait[82].

Fra Dolcino, Marguerite et la croisade de Verceil

Après 1300, le mouvement passa à Fra Dolcino (Novare, vers 1250), entré chez les Apôtres entre 1288 et 1292[83]. Dolcino durcit la doctrine en système apocalyptique : lettres prophétiques annonçant la ruine de l'Église charnelle, attente d'un pape saint, organisation quasi militaire de ses fidèles — avec à ses côtés sa « sœur spirituelle » Marguerite[84]. Traqués, les Apostoliques se retranchèrent sur le mont Rubello près de Verceil, où la faim et le froid firent autant de ravages que les croisés convoqués contre eux : pris en mars 1307, une centaine de survivants furent capturés par l'évêque de Verceil[85].

Dolcino et Marguerite, refusant de se rétracter, furent brûlés à Verceil le 1ᵉʳ juin 1307[86]. C'est cette fin — et non une doctrine bien définie — qui fit entrer Dolcino dans la mémoire : Dante, qui écrivait l'Enfer dans ces années-là, l'y fait annoncer par avance[87]. Les historiens notent que la propagande dolcinienne se prolongea bien après 1307 dans l'Italie du Nord, preuve que le joachimisme radical survivait à ses chefs comme un état d'esprit plus que comme une Église[88].

La réponse de l'Église, acte par acte

Le tableau suivant rassemble tous les actes officiels qui jalonnent le dossier — c'est la colonne vertébrale juridique de l'article, et la preuve que l'Église procéda par jugements précis, jamais par persécution indistincte[89][90].

DateActe et autoritéCiblePortée
30 novembre 1215Canon 2 Damnamus, Latran IV (Innocent III)Le libelle trinitaire de Joachim contre Pierre LombardLe monastère de Flore est épargné ; la théologie de l'histoire n'est pas touchée
1255 (protocole d'octobre)Commission de trois cardinaux à Anagni (Alexandre IV)L'Introductorium de GérardCondamnation solennelle en 1256 (ou bulle du 4 novembre 1255 selon Schaff-Herzog)
5 octobre 1256Condamnation du De periculis (Alexandre IV, Anagni)Guillaume de Saint-AmourL'instrumentalisation antimendiante est refusée elle aussi
1260 ou 1263Synode d'ArlesLes écrits de JoachimAutorité locale seulement, sans portée générale
11 mars 1286, puis 1290Honorius IV, puis Nicolas IVL'Ordre des Apôtres de SegarelliCondamnation du mouvement, avant les personnes
18 juillet 1300Bûcher de ParmeSegarelli, relapsPeine du relaps obstiné, non de la pauvreté
1ᵉʳ juin 1307Bûcher de VerceilDolcino et MargueriteFin militaire et judiciaire des Apostoliques
6 mai 1312 (Vienne)Cum de quibusdam, Ad nostrum, Exivi de paradiso (Clément V)Béghards et béguines hétérodoxes ; pauvreté franciscaine défendueHuit erreurs condamnées ; la pauvreté orthodoxe est confirmée solennellement
1316Concile provincial de TarragoneÉcrits spirituels d'Arnaud de VilleneuveCondamnation posthume, sur propositions
Octobre 1317 — 30 décembre 1317 — 23 janvier 1318Quorundam exigit, Sancta Romana, Gloriosam Ecclesiam (Jean XXII)Spirituels insoumis, Fraticelli (cinq erreurs spécifiées)L'excommunication frappe l'ecclésiologie de rupture
Printemps 1318Bûcher de MarseilleQuatre Spirituels insoumisL'obstination, non la pauvreté
8 décembre 1322 — 12 novembre 1323 — 10 novembre 1324Ad conditorem, Cum inter nonnullos, Quia quorundam (Jean XXII)Thèses sur la pauvreté absolue du ChristTranchent un débat théologique, non une hérésie joachimite
8 février 1326Condamnation des sentences extraites de la Lectura (Jean XXII)Pierre Jean Olivi, mort en 1298Soixante sentences, surtout joachimites ; l'homme n'est pas condamné comme hérétique

Deux remarques s'imposent. D'abord, le concile de Vienne (1311-1312) condamna les erreurs tout en défendant la pauvreté : sa constitution Exivi de paradiso confirma solennellement l'idéal franciscain — preuve décisive que la pauvreté n'était pas le crime poursuivi[91]. Ensuite, Jean XXII distingua toujours les plans : Gloriosam Ecclesiam excommunie une ecclésiologie (Église « charnelle », sacerdoce nié, serment refusé), tandis que les constitutions sur la pauvreté tranchent un débat d'école devenu conflit d'obéissance[92].

Ce que l'Église a condamné, et ce qu'elle a gardé

La règle du discernement : CEC 676

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Le Catéchisme de l'Église catholique donne la règle qui juge tout le dossier — et qui juge aussi, aujourd'hui, les millénarismes de tout bord :

« Cette imposture antichristique se dessine déjà dans le monde chaque fois que l'on prétend accomplir dans l'histoire l'espérance messianique qui ne peut s'achever qu'au-delà d'elle à travers le jugement eschatologique : même sous sa forme mitigée, l'Église a rejeté cette falsification du Royaume à venir sous le nom de millénarisme. »[93]

Le joachimisme radical tombe exactement sous cette définition : prétendre accomplir dans l'histoire — en 1260, par une Église spirituelle visible — ce qui ne s'achèvera qu'au-delà d'elle[94]. C'est pourquoi cet article renvoie, pour le fond doctrinal, à Le millénarisme et le Règne de l'Esprit : le joachimisme radical est une espèce du genre millénariste, sa forme médiévale la plus savante[95].

Ce que les saints ont gardé : Bonaventure, Thomas, et Ratzinger

Saint Bonaventure, dans ses Collations sur l'Hexaéméron prêchées à Paris en 1273, reprend l'attente d'un septième temps de paix après la tribulation — mais en la purifiant : le Nouveau Testament est éternel, aucun sacrement n'en sera retranché[96]. Le jeune Joseph Ratzinger a montré dans son habilitation de 1957 que c'est là toute la différence entre la gnose joachimite et l'espérance catholique : l'une remplace, l'autre accomplit[97]. Devenu Benoît XVI, il l'a redit en 2010 :

« 1. Saint Bonaventure repousse l'idée du rythme trinitaire de l'histoire. Dieu est un pour toute l'histoire et il ne se divise pas en trois divinités. […] 2. Jésus Christ est la dernière parole de Dieu »[98]

Et Henri de Lubac, dans sa grande synthèse La postérité spirituelle de Joachim de Flore (1979-1981), a tracé la ligne que suit cet article : distinguer sans relâche le moine orthodoxe et la postérité hérétique, pour garder l'espérance sans l'imposture[99]. C'est aussi la ligne de la thèse du P. Iannuzzi sur la Divine Volonté (Grégorienne, 2012) : l'accomplissement intra-testamentaire attendu par Bonaventure n'a rien à voir avec l'abolition du Nouveau Testament prêchée par Gérard[100].

Réponse à l'objection : « l'Église a brûlé des pauvres »

L'objection est honnête et mérite réponse franche : oui, des hommes qui se voulaient pauvres comme François ont fini sur des bûchers — Segarelli (1300), Dolcino (1307), quatre Spirituels (1318)[101][102][103]. Mais trois faits interdisent d'en faire une persécution de la pauvreté. Un : l'Église n'a jamais condamné la pauvreté — elle l'a défendue à Vienne (Exivi de paradiso, 1312) pendant qu'elle condamnait les erreurs[104]. Deux : les franciscains pauvres et obéissants — l'immense Observance du XVᵉ siècle — ont fleuri après ces drames sans jamais être inquiétés[105]. Trois : chaque bûcher frappa des relaps ou des insoumis obstinés après abjuration ou sommation, selon le droit pénal de l'époque, que l'Église appliquait aussi à bien d'autres matières[106]. On peut discuter ce droit pénal — l'article voisin sur l'Inquisition le fait — mais on ne peut pas dire que la pauvreté fut le crime : le crime fut la rupture d'obéissance doublée d'une Église parallèle[107].

Pour aller plus loin

Notes et références

  1. Henri de Lubac, s.j., La postérité spirituelle de Joachim de Flore, 2 vol. : t. I — De Joachim à Schelling, Paris, Lethielleux (avec Culture et Vérité, Namur), 1979 ; t. II — De Saint-Simon à nos jours, Paris, Lethielleux, 1981. L'ouvrage de référence sur la réception ultérieure de Joachim et la ligne de partage entre le moine orthodoxe et sa postérité hérétique.

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  2. Wikipedia, Gerardo of Borgo San Donnino (consulté le 4 octobre 2026) : publication à Paris en 1254 de l'Introductorium in Evangelium Aeternum, identification de l'« ordre des Justes » appelé à gouverner l'Église après l'avènement de l'âge du Saint-Esprit avec l'ordre franciscain ; M. Reeves, The Influence of Prophecy, 1969, pp. 59-70.

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  3. Condamnation des sentences extraites de la Lectura (Postilla) super Apocalipsim d'Olivi par Jean XXII, le 8 février 1326 : réserve du jugement (27 septembre 1322), deux examens (1318-1319, 1322-1326), soixante sentences marquées, pour l'essentiel des citations joachimites ; le texte de l'acte pontifical est perdu. Le déclencheur fut l'usage des écrits d'Olivi par Louis IV de Bavière dans son appel de Sachsenhausen (1324). Cf. revue Oliviana 4 (2012) ; Catholic Encyclopedia, Peter John Olivi.

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  4. Marjorie Reeves, The Influence of Prophecy in the Later Middle Ages: A Study in Joachimism, Oxford, Clarendon Press, 1969, pp. 59-70 (Gérard de Borgo San Donnino, Commission d'Anagni 1255, et la distinction maintenue entre Joachim et son disciple) ; sur l'ensemble de la littérature postiche, l'ouvrage entier, notamment la démonstration que les condamnations visent le plus souvent le pseudo-Joachim.

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  5. Catholic Encyclopedia, Joachim of Flora, vol. VIII, New York, Robert Appleton Company, 1910 (newadvent.org/cathen/08406c.htm) : Joachim (Celico, vers 1132 — 30 mars 1202), abbé cistercien, fondateur de Flore ; culte comme beatus au 29 mai, « though never officially beatified » ; condamnation de 1256 impliquant selon elle l'enseignement de Joachim lui-même.

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  6. Commission de trois cardinaux réunie à Anagni (juillet-octobre 1255) sur mandat du pape Alexandre IV : examen du Liber introductorius in Evangelium aeternum de Gérard (Paris, 1254), confronté aux œuvres authentiques de Joachim envoyées de Fiore ; protocole d'octobre 1255, édité par H. Denifle (Das Evangelium aeternum und die Commission zu Anagni, Archiv für Litteratur- und Kirchengeschichte, t. I, Berlin, 1885). La Catholic Encyclopedia date la condamnation solennelle de 1256 ; Schaff-Herzog rapporte une bulle du 4 novembre 1255 condamnant l'Introductorius « without censuring, however, the writings of Joachim ». M. Reeves, The Influence of Prophecy, 1969, pp. 59-70.

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  7. Pierre Jean Olivi (Sérignan, 1248 — Narbonne, 14 mars 1298) ; tombeau de Narbonne devenu lieu de pèlerinage, restes dispersés par les supérieurs. Cf. Wikipedia, Peter John Olivi (consulté le 4 octobre 2026) ; Catholic Encyclopedia, Peter John Olivi.

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  8. IVᵉ Concile du Latran (1215), canon 2 Damnamus (Denzinger nᵒˢ 803-807) ; Norman P. Tanner, s.j. (éd.), Decrees of the Ecumenical Councils, vol. I, Washington (Georgetown University Press) / Londres (Sheed & Ward), 1990, pp. 231-232 (texte latin et traduction anglaise, avec la clause qui épargne le monastère de Flore).

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  9. Concile de Vienne (1311-1312) : constitutions Cum de quibusdam et Ad nostrum (huit erreurs des béghards et béguines hétérodoxes) et Exivi de paradiso (6 mai 1312, défense solennelle de l'idéal franciscain de pauvreté). Cf. Wikipedia, Council of Vienne (consulté le 4 octobre 2026) ; article Ignispedia « Béguins et béghards hétérodoxes ».

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  10. Dante Alighieri, La Divine Comédie, Paradis, Chant XII, vers 139-141 : « e luce mi da lato / il calavrese abate Giovacchino, / di spirito profetico dotato ». Édition critique : Giorgio Petrocchi, La Commedia secondo l'antica vulgata, Milan, Mondadori, 1966-1967.

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  11. Saint Bonaventure, Collationes in Hexaemeron XVI, 2, dans Opera omnia S. Bonaventurae, t. V, Ad Claras Aquas (Quaracchi), 1891 : « Post novum testamentum non erit aliud, nec aliquod sacramentum novae legis subtrahi potest, quia illud testamentum aeternum est » — « Après le Nouveau Testament, il n'y en aura pas d'autre, et aucun sacrement de la Loi nouvelle ne peut en être retranché, car ce Testament est éternel ». Collations prêchées à Paris en 1273.

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  12. Benoît XVI, audience générale du 10 mars 2010, catéchèse sur saint Bonaventure (2) : Joachim « affirmait l'existence d'un rythme trinitaire de l'histoire » et « 1. Saint Bonaventure repousse l'idée du rythme trinitaire de l'histoire. Dieu est un pour toute l'histoire et il ne se divise pas en trois divinités. […] 2. Jésus Christ est la dernière parole de Dieu ». Texte sur vatican.va.

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  13. IVᵉ Concile du Latran (canon 2 De errore abbatis Ioachim, promulgué le 30 novembre 1215 en clôture du concile ouvert le 11 novembre), Enchiridion Symbolorum (Denzinger), nᵒˢ 803-807.

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  14. IVᵉ Concile du Latran (canon 2, promulgué le 30 novembre 1215), clause finale, Denzinger nᵒ 807 — « In nullo tamen per hoc Florensi monasterio … volumus derogari » : le concile ne veut en rien qu'il soit porté préjudice au monastère de Flore, et rapporte que Joachim a ordonné que tous ses écrits soient remis au Siège apostolique pour être approuvés ou corrigés.

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  15. Pape François, message pour la Journée mondiale de prière pour la sauvegarde de la création, 1ᵉʳ septembre 2024 (signé le 27 juin 2024), § 3 : « Mi piace ricordare quel grande visionario credente che fu Gioacchino da Fiore, l'abate calabrese "di spirito profetico dotato", secondo Dante Alighieri » (note [2] : Divina Commedia, Paradiso, XII, 141). Texte sur vatican.va.

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  16. Dante Alighieri, La Divine Comédie, Enfer, Chant XXVIII (huitième cercle, neuvième bolge, les semeurs de schisme) : Mahomet charge Dante d'avertir Fra Dolcino. Composition du chant dans les années 1314-1315, juste après le bûcher de Verceil (1307).

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  17. Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, I-II, q. 106, a. 4 (« Whether the New Law will last till the end of the world ? ») : la Loi nouvelle durera jusqu'à la fin du monde et « no other state will succeed this state of the New Law » (corps de l'article) ; Catholic Encyclopedia, Joachim of Flora : « His central doctrine was confuted by St. Thomas in the Summa Theologica (I-II, Q. cvi, a. 4) ».

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  18. Ap 14, 6 : l'ange qui porte l'« evangelium aeternum » (Vulgate) — la formule scripturaire dont Gérard fit le titre de son livre et l'annonce du remplacement du Nouveau Testament.

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  19. Catholic Encyclopedia, William of St-Amour (studylight.org/encyclopedias/eng/tce/w/william-of-st-amour.html) : professeur de théologie à Paris vers 1250, chef des séculiers contre les Mendiants ; De periculis novissimorum temporum publié au début de 1256, condamné par Alexandre IV à Anagni le 5 octobre 1256.

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  20. Schaff-Herzog Encyclopedia of Religious Knowledge, art. Joachim of Fiore : « a synod at Arles (1260 or 1263) afterward condemned the writings of Joachim, this decision obtained no general ecclesiastical authority ».

    47
  21. Joseph Ratzinger, Die Geschichtstheologie des heiligen Bonaventura (habilitation, Munich, 1957 ; livre, München-Zürich, Schnell & Steiner, 1959) ; trad. anglaise : The Theology of History in St. Bonaventure, trans. Z. Hayes, O.F.M., Chicago, Franciscan Herald Press, 1989. Sur la conscience eschatologique joachimite et sa correction bonaventurienne : rejet de la limitation du Nouveau Testament au deuxième âge, et rejet décisif de Joachim (pp. 104-118).

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  22. Sur l'ensemble de la littérature pseudo-joachimite : M. Reeves, The Influence of Prophecy, 1969 ; B. McGinn, The Calabrian Abbot: Joachim of Fiore in the History of Western Thought, New York, Macmillan, 1985.

    49
  23. Bernard McGinn, Angel Pope and Papal Antichrist, 1978 (sur le Super Hieremiam, œuvre apocryphe rédigée dans les années 1240, au cœur de la lutte entre Frédéric II et la papauté, faussement attribuée à Joachim ; l'empereur comme persécuteur apocalyptique).

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  24. Vaticinia de summis pontificibus (groupe Genus nequam, dernières décennies du XIIIᵉ siècle) et Oraculum Cyrilli : pièces pseudo-joachimites de la fabrique du « pape angélique » (pastor angelicus) ; cf. M. Reeves, The Influence of Prophecy, 1969 ; B. McGinn, The Calabrian Abbot, 1985.

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  25. Arnaud de Villeneuve (vers 1240-1311), De tempore adventus Antichristi (présenté à Paris vers 1299-1300, saisi, auteur brièvement arrêté) ; écrits spirituels réexaminés et condamnés après sa mort par le concile provincial de Tarragone (1316). Cf. F. Andrews, Influence of Joachim in the 13th Century (St Andrews) ; R. Manselli et la littérature sur Arnau de Vilanova.

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  26. Jean de Parme (1209-1289), sixième ministre général des franciscains (1247-1257) ; chapitre romain du 2 février 1257, démission, succession de saint Bonaventure (1257-1274), qu'il proposa lui-même. Sur l'aile joachimite (Hugues de Digne) et la crise : M. Reeves, The Influence of Prophecy, 1969 ; D. Burr, The Spiritual Franciscans (2001).

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  27. Célestin V (Pierre de Morrone, 1215-1296), pape du 5 juillet au 13 décembre 1294 (abdication), puis prisonnier de Boniface VIII ; l'espoir des Spirituels et le tournant vers l'ecclésiologie de rupture après la déception de 1294.

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  28. Ubertin de Casale (1259 — vers 1329) : convoqué devant Benoît XI, interdit de prédication à Pérouse, relégué à La Verna, où il conçut et écrivit en 1305, en trois mois et sept jours dit-il, l'Arbor vitae crucifixae Jesu Christi. Cf. Catholic Encyclopedia, Ubertino of Casale ; Wikipedia, Ubertino of Casale (consulté le 4 octobre 2026 : reprise et développement du commentaire apocalyptique d'Olivi).

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  29. Ange Clareno († 1337), chef des ermites pauvres d'Italie centrale (Clareni), protégés un temps par Célestin V, puis organisateur de la résistance spirituelle et historien de la persécution. Cf. Wikipedia, Spiritual Franciscanism (consulté le 4 octobre 2026) ; D. Douie, The Nature and Effect of the Heresy of the Fraticelli, 1932.

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  30. Printemps 1318, Marseille : quatre Spirituels insoumis brûlés après refus de se soumettre au jugement de l'ordre et du pape. L'année 1318 vit aussi la bulle Gloriosam Ecclesiam (23 janvier 1318). Sur la pauvreté défendue au même moment à Vienne, voir note Vienne.

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  31. Gérard Segarelli (Parme) : fondation de l'Ordre des Apôtres vers 1260 ; condamnations d'Honorius IV (11 mars 1286) et de Nicolas IV (1290) ; emprisonné en 1294, évadé, repris, abjuration, rechute, bûcher à Parme le 18 juillet 1300. Cf. Catholic Encyclopedia, vol. I (Apostolici) ; Wikipedia, Gerard Segarelli et Apostolic Brethren (consultés le 4 octobre 2026).

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  32. Fra Dolcino (Novare, vers 1250 — Verceil, 1ᵉʳ juin 1307) : entré chez les Apôtres entre 1288 et 1292, chef après 1300, lettres prophétiques, retranchement au mont Rubello, prise en mars 1307 (environ cent cinquante captifs dont Dolcino et Marguerite), bûcher de Verceil le 1ᵉʳ juin 1307. Propagande dolcinienne prolongée en Italie du Nord après 1307. Cf. Wikipedia, Fra Dolcino, Dulcinian, Apostolici (sects) (consultés le 4 octobre 2026) ; Encyclopaedia Britannica, 11ᵉ éd.

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  33. Pape Jean XXII : Quorundam exigit (octobre 1317), Sancta Romana (décembre 1317, dont le 30 décembre — condamnation des Fraticelli), Gloriosam Ecclesiam (23 janvier 1318, excommunication des Fraticelli avec cinq erreurs spécifiées : Église romaine dite « charnelle », sacerdoce romain nié, serment refusé, sacrements des prêtres indignes niés, observance exclusive de l'Évangile revendiquée), Ad conditorem canonum (8 décembre 1322), Cum inter nonnullos (12 novembre 1323), Quia quorundam mentes (10 novembre 1324). Cf. Catholic Encyclopedia, Fraticelli ; D. Douie, The Nature and Effect of the Heresy of the Fraticelli, 1932.

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  34. Catéchisme de l'Église catholique, editio typica 1997, §676 : « Cette imposture antichristique se dessine déjà dans le monde chaque fois que l'on prétend accomplir dans l'histoire l'espérance messianique qui ne peut s'achever qu'au-delà d'elle à travers le jugement eschatologique : même sous sa forme mitigée, l'Église a rejeté cette falsification du Royaume à venir sous le nom de millénarisme [...] » (texte vérifié verbatim sur vatican.va ; la référence interne renvoie au décret du Saint-Office du 21 juillet 1944, DS 3839).

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  35. R. P. Joseph Leo Iannuzzi, Le don de la vie dans la Divine Volonté dans les écrits de Luisa Piccarreta, thèse doctorale, Université Pontificale Grégorienne, Rome, 2012 — sur la distinction entre l'accomplissement intra-testamentaire de l'attente bonaventurienne et le joachimisme radical.

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