Pendant un siècle et demi, des Marches d'Ancône à la Sicile et de Naples à Florence, des groupes de frères en habit rapiécé ont vécu dans les bois, les ermitages et les maisons des riches, se disant les seuls vrais fils de saint François — et tenant Rome pour une Église déchue. On les appelait les Fraticelles, les « petits frères »[1]. Ils n'étaient pas un ordre, ni tout à fait une secte unique : plutôt une nébuleuse de communautés nées de la plus grave crise interne qu'ait connue l'ordre franciscain, la querelle de la pauvreté[2].
Tout part d'une exigence de François d'Assise : ne rien posséder, ni en propre ni en commun[3]. Quand l'ordre grandit et s'institutionnalise, deux lectures s'affrontent : les Spirituels, qui veulent la lettre de la pauvreté, et la Communauté, qui accepte les aménagements autorisés par les papes[4]. Ni Nicolas III (Exiit qui seminat, 1279), ni Clément V au concile de Vienne (Exivi de paradiso, 1312) ne parviennent à réconcilier les deux camps[5]. Sous Jean XXII, la rupture devient schisme, puis hérésie condamnée : Sancta Romana (30 décembre 1317), Gloriosam ecclesiam (23 janvier 1318), Cum inter nonnullos (12 novembre 1323)[6].
Les Fraticelles ne sont pourtant ni des cathares ni des Albigeois ni des Vaudois : ils ne proposent ni cosmologie dualiste ni Église parallèle née d'une autre racine. Leur drame est intérieur au franciscanisme : à force de faire de la pauvreté absolue le critère de la vraie Église, ils en viennent à déclarer que tout pape qui la conteste a cessé d'être pape — et qu'eux seuls constituent désormais l'Église[7]. C'est cette logique, du bûcher de Marseille (7 mai 1318) aux procès de l'Inquisition du XVe siècle, que raconte cet article.
D'où viennent les Fraticelles : la querelle franciscaine de la pauvreté
François avait tout refusé — même en commun
La Règle approuvée par Honorius III en 1223 (Regula bullata) est sans équivoque : les frères ne doivent rien s'approprier, ni maison, ni lieu, ni aucune chose[8] :
« Fratres nihil sibi approprient, nec domum, nec locum, nec aliquam rem. » — Règle de saint François (1223), chapitre 6[9]
« Que les frères ne s'approprient rien, ni maison, ni lieu, ni aucune chose. » (traduction Ignispedia)
Mais un ordre de plusieurs milliers de frères, chargé d'églises, de couvents et d'études, peut-il vivre sans rien posséder ? Dès le XIIIe siècle, les papes interviennent : Grégoire IX, Innocent IV, puis Nicolas III qui, dans Exiit qui seminat (14 août 1279), transfère à l'Église romaine la propriété de tous les biens des Mineurs — les frères n'en gardant que le simple usage[10]. La fiction juridique tient tant que personne ne la conteste. Or toute une aile de l'ordre la conteste : les Zelanti, qu'on appellera les Spirituels[11].
Spirituels contre Communauté : deux lectures de François
Le partage est simple à énoncer, durable à résorber. Les Spirituels veulent l'observance à la lettre : pauvreté stricte, refus des mitigations, méfiance envers les études et les honneurs, attente fréquemment teintée de joachimisme d'une Église spirituelle à venir[12]. La Communauté — la masse de l'ordre, bientôt appelée conventuelle — accepte les déclarations pontificales et l'organisation nécessaire à un grand ordre[13]. Les papes du XIIIe siècle multiplient les arbitrages, mais l'unité ne revient jamais complètement[14].
Célestin V : l'espoir de 1294, révoqué en quelques mois
Au cœur des Marches d'Ancône, un petit groupe de Spirituels intransigeants, mené par Ange Clareno (Angelo da Clareno, ou da Cingoli) et Libérat de Macerata, a déjà connu la prison : condamnés vers 1278 à l'emprisonnement à vie, ils sont libérés par le général Raimondo Gaufredi (1289-1295) et envoyés en mission en Arménie, d'où ils sont expulsés fin 1293[15]. En 1294, l'élection du vieil ermite Célestin V change tout : le pape ascète les autorise volontiers à vivre en ermites dans la stricte observance de la Règle[16]. Son pontificat dure à peine six mois ; son successeur Boniface VIII révoque toutes ses concessions[17]. Les ermites s'enfuient en Grèce, contestent la légalité de l'acte pontifical, sont poursuivis par l'intermédiaire du patriarche de Constantinople, puis refluent en Italie[18]. Libérat tente de faire valoir leurs droits devant Boniface VIII (mort le 11 octobre 1303), puis devant Benoît XI (mort le 7 juillet 1304), et meurt en 1307 sur la route de Lyon, où il allait plaider devant Clément V[19]. Ange Clareno prend seul la tête de la petite communauté[20].
Vienne (1312) : la dernière tentative de réconciliation
Pendant ce temps, la crise gagne toute l'Italie. En 1309, le conflit entre Relaxati et Spirituels atteint un point critique ; Clément V convoque les deux partis devant la Curie[21]. Le résultat est la constitution Exivi de paradiso, promulguée à la dernière session du concile de Vienne (6 mai 1312) : une explication de la Règle plus stricte que celle de Nicolas III, qui donne raison aux Spirituels sur plusieurs points[22]. Loin d'apaiser, le texte provoque les supérieurs de la Communauté, qui sévissent contre les zélés[23]. Fin 1312, des Spirituels toscans quittent leurs couvents, s'emparent par la force de ceux de Carmignano (près de Florence), Arezzo et Asciano, puis, craignant le châtiment, une cinquantaine d'entre eux s'enfuient en Sicile[24]. Ils protestent solennellement, le 7 juillet 1313, contre la violation de la Règle par les Conventuels[25]. Le 14 mai 1314, le prieur de San Fedele de Sienne, chargé d'exécuter le mandat pontifical, les déclare excommuniés et frappe leurs couvents d'interdit[26]. En Sicile, le roi Frédéric les accueille après examen de leurs statuts : ils ont désormais un chef, Henri de Ceva (Enrico da Ceva), et bientôt un nom nouveau[27].
1317-1318 : la rupture avec Jean XXII
Sommation, excommunication, fuite d'Ange Clareno
Ange Clareno s'était rendu à Avignon en 1311, protégé par ses patrons, les cardinaux Giacomo Colonna et Napoléon Orsini[28]. Mais le nouveau pape, Jean XXII (élu en 1316), ne veut plus d'un ordre parallèle : début 1317, en vertu d'un décret de Boniface VIII, il déclare Ange excommunié et le fait placer sous garde[29]. Ange se défend avec talent dans son Epistola excusatoria, se présentant comme un franciscain zélé ; le pape refuse sa requête — Ange est un ermite célestin, non un Mineur en règle — et, par le décret Sancta Romana et universalis ecclesia (30 décembre 1317), refuse d'autoriser sa congrégation[30]. Ange se soumet un temps, puis s'enfuit en 1318 en Italie centrale : agissant comme général, il nomme provinciaux, ministres et custodes, fonde de nouveaux monastères, envoie des lettres pastorales, reçoit des novices — en un mot, il fonde un ordre franciscain indépendant, celui des Fraticelles[31].
Ses partisans se déclarent les Mineurs authentiques et professent désormais trois thèses qui les coupent de Rome : Jean XXII n'est pas vraiment pape, parce qu'il a abrogé la Règle de François — laquelle est l'Évangile pur et simple ; ses décrets sont invalides ; et le péché mortel prive les prêtres de leur dignité et de leurs pouvoirs sacerdotaux[32]. Ces vues apparaissent dans les procès intentés à ses partisans emprisonnés, notamment en 1334, et dans les nombreuses bulles pontificales, où ils sont appelés en règle générale Fraticelli seu fratres de paupere vita — « Fraticelles, ou frères de la pauvre vie »[33].
Marseille, 7 mai 1318 : quatre bûchers
Jean XXII avait sommé les Spirituels récalcitrants de Provence de se soumettre : vingt-cinq comparurent, la plupart cédèrent, mais quatre irréductibles persistèrent à traiter le pape d'hérétique et à refuser toute obéissance[34]. Le 7 mai 1318, quatre frères franciscains sont brûlés vifs à Marseille pour hérésie — le refus de l'autorité pontificale — et un cinquième est condamné à la prison perpétuelle[35]. La date marque le point de non-retour : désormais, chaque camp tient l'autre pour sorti de l'Église.
Gloriosam ecclesiam et les cinq erreurs des Siciliens
Le 23 janvier 1318, par la bulle Gloriosam ecclesiam, Jean XXII excommunie les Spirituels réfugiés en Sicile, en retenant cinq erreurs[36] :
| Erreur condamnée | Ce que professaient les dissidents |
|---|---|
| L'Église romaine est charnelle | Ils se disent l'Église spirituelle, seule fidèle |
| Négation du sacerdoce romain | Tout pouvoir et juridiction refusés aux prêtres de Rome |
| Interdiction du serment | Refus de jurer en toute circonstance |
| Sacrements invalidés par le péché | Un prêtre en état de péché ne confère pas validement les sacrements |
| Monopole de l'Évangile | Eux seuls observeraient vraiment l'Évangile |
Ils ont alors adopté un habit étroit, court et sale comme signe de ralliement[37]. Dès le 15 mars 1317, le pape avait pressé le roi Frédéric de sévir ; chassés de Sicile — quelques-uns s'y maintiennent au moins jusqu'en 1328 —, ils s'établissent solidement dans le royaume de Naples[38]. Le 1er août 1322, décret général contre eux ; puis Jean XXII envoie au roi Robert les bulles visant Ceva (4 février 1325) et exige leur emprisonnement (10 mai 1325), admonestation répétée en 1327, 1330 et 1331, avec renouvellement de Gloriosam ecclesiam le 5 décembre 1329[39]. À partir de là, les partisans de Ceva se distinguent à peine du troisième groupe — ils rejoignent les micaélites et partagent leurs attaques contre la papauté[40].
La querelle théorique : le Christ possédait-il quelque chose ?
Narbonne, 1321 : un béguin jugé, un lecteur qui se rebiffe
Jusqu'ici la dispute portait sur la pratique de la pauvreté. En 1321, elle devient théorique — et c'est cette querelle, bien plus que les ermitages des Marches, qui donnera aux Fraticelles leur doctrine[41]. L'inquisiteur dominicain de Narbonne, Jean de Belna, fait condamner comme hérétique l'affirmation d'un béguin emprisonné : le Christ et les Apôtres n'auraient rien possédé, ni en propre ni en commun[42]. Le lecteur franciscain Bérenger Talon prend la défense du condamné et, menacé de châtiment, en appelle au pape[43]. L'affaire dégénère en controverse générale entre dominicains et franciscains — et, chez ces derniers, Relaxati comme zélés soutiennent Bérenger sur la base de la bulle Exiit qui seminat de Nicolas III[44].
Le chapitre de Pérouse (juin 1322) défie le pape
Jean XXII rouvre le dossier : par Quia nonnunquam (26 mars 1322), il lève l'interdiction de discuter le point tranché par Nicolas III et soumet la question à un consistoire (6 mars 1322)[45]. L'ordre est vigoureusement défendu par les cardinaux franciscains Vital du Four et Bertrand de La Tour, l'archevêque Arnaldo Royardi de Salerne et plusieurs évêques ; d'autres cardinaux s'y opposent, et le pape penche vers l'opposition[46]. Ubertin de Casale, célèbre chef spirituel, consulté, propose le 28 mars 1322 une distinction subtile, dont la Catholic Encyclopedia rapporte ainsi la substance : le Christ et les Apôtres possédaient des biens en tant qu'ils gouvernaient l'Église, mais non comme particuliers ni comme modèles de perfection chrétienne[47].
La distinction aurait pu satisfaire les deux camps — mais le chapitre général de l'ordre, convoqué à Pérouse pour le 1er juin 1322 par le général Michel de Césène (élu en 1316), ruine toute chance de paix : le 4 juin, sur avis des cardinaux Vital et Bertrand, il déclare solennellement la « pauvreté absolue » du Christ, et publie ses décrets à toute la chrétienté le 11 juin[48]. Le document est signé par le général, les provinciaux d'Allemagne du Sud, d'Angleterre, d'Aquitaine, de France du Nord et plusieurs savants renommés[49].
Ad conditorem, Cum inter nonnullos : Rome tranche — et condamne
Indigné, Jean XXII réplique par Ad conditorem canonum (8 décembre 1322) : l'Église romaine renonce à tous ses droits sur les biens meubles et immeubles de l'ordre — révoquant du même coup la bulle Exiit de Nicolas III et supprimant le fondement juridique de la pauvreté franciscaine[50]. Au nom de l'ordre, Bonagrazia (Boncortese) de Bergame, juriste habile et jusque-là ennemi acharné des zélés, présente au consistoire une protestation audacieuse (14 janvier 1323) : le pape le fait emprisonner, retouche le texte de la bulle puis la réédite sous sa date d'origine[51]. Enfin, par Cum inter nonnullos (12 novembre 1323), Jean XXII déclare hérétique l'affirmation que le Christ et les Apôtres n'ont rien possédé, ni en particulier ni en commun[52] :
« Déclarer avec obstination que notre Rédempteur et Seigneur Jésus-Christ et ses Apôtres n'ont rien possédé ni en particulier ni même en commun doit être taxé d'hérésie. » — Jean XXII, Cum inter nonnullos, 12 novembre 1323 (Denzinger, n. 930-935)[53]
Par Quia quorundam (10 novembre 1324), le pape interdit toute contradiction de ses constitutions ; le chapitre de Lyon (20 mai 1325), présidé par Michel de Césène, interdit à son tour toute parole irrespectueuse envers le pape[54]. La boucle semble bouclée. Elle ne l'est pas : c'est précisément cette condamnation doctrinale qui fournira aux Fraticelles leur argument massue — un pape qui déclare hérétique la pauvreté du Christ a lui-même cessé d'être catholique[55].
L'alliance impériale : Louis de Bavière et l'antipape
De la querelle des Mineurs au conflit Empire-papauté
La controverse prend vite un tour politique : les Mineurs deviennent les conseillers de Louis IV de Bavière, roi d'Allemagne, lui-même en conflit avec le pape[56]. Après sa victoire de Mühldorf sur Frédéric d'Autriche (28 septembre 1322) et son entrée en Lombardie pour soutenir les Visconti gibelins, Jean XXII traduit toute la question du trône allemand devant son tribunal et ouvre la procédure canonique contre Louis (8 octobre 1323)[57]. L'appel de Nuremberg (18 décembre 1323) accuse encore le pape de favoriser indûment les Mineurs — sans être publié ; mais l'appel de Sachsenhausen (22 mai 1324) est rempli d'invectives contre « l'hérétique qui se fait faussement appeler pape Jean XXII » pour avoir aboli la pauvreté du Christ[58]. Cette fameuse « digression spiritualiste », nourrie de l'appel de Bonagrazia et des écrits d'Ubertin de Casale et de Pierre de Jean Olivi, vient bien des franciscains placés sous la protection du roi — quoique Louis en ait plus tard nié toute responsabilité[59]. Louis est excommunié le 11 juillet 1324[60].
Rome 1328 : un empereur couronné, un antipape franciscain
Michel de Césène, sommé de comparaître à Avignon, obéit (2 décembre 1327) ; publiquement réprimandé par le pape le 9 avril 1328 pour l'action du chapitre de Pérouse, il rédige une protestation secrète (13 avril) puis s'enfuit, malgré les ordres, vers Aigues-Mortes (28 mai) et Pise, avec Bonagrazia de Bergame et Guillaume d'Ockham[61]. Pendant ce temps, Louis le Bavarois entre à Rome avec son armée, accueilli par les gibelins, accompagné d'Ubertin de Casale, de Jean de Jandun et de Marsile de Padoue — auteurs du Defensor pacis, qui soumet le pape à l'empereur et à l'Église universelle[62]. Il se fait couronner empereur des Romains par Sciarra Colonna (17 janvier 1328), puis fait élire et sacrer antipape, sous le nom de Nicolas V, le franciscain Pietro Rainalducci de Corvara (12 mai 1328)[63]. Les trois fugitifs d'Avignon rejoignent Louis et le suivent en Bavière, où ils demeureront jusqu'à leur mort[64].
Jean XXII dépose Michel comme général de l'ordre (6 juin 1328), nomme le cardinal Bertrand de La Tour vicaire général, et fait élire au chapitre de Paris (2 juin 1329) Gérard Odon de Châteauroux : la majorité de l'ordre se soumet au Siège apostolique, et Michel de Césène et ses adhérents — les micaélites — sont désavoués par l'ordre[65]. L'antipape Nicolas V, qui avait nommé six cardinaux (15 mai 1328) puis d'autres entre septembre 1328 et décembre 1329, abandonné après le retour de Louis en Bavière, se réfugie chez le comte de Donoratico, finit par se jeter aux pieds de Jean XXII à Avignon et se soumet : il y reste en honorable captivité jusqu'à sa mort, le 16 octobre 1333[66].
Munich : Ockham, Marsile et la guerre des plumes
À Munich, Michel de Césène (mort en 1342), Bonagrazia de Bergame (mort en 1340) et Guillaume d'Ockham (mort en 1347) multiplient les dénonciations du pape et de ses successeurs, tenus pour hérétiques : ils s'attachent à réfuter, une à une, des propositions isolées des bulles de Jean XXII[67]. À la querelle de la pauvreté s'ajoute, en 1333, celle de la vision béatifique : Jean XXII avait prêché, sans vouloir rien définir, que les saints ne la verraient qu'au Jugement dernier — position que Benoît XII tranchera plus tard par Benedictus Deus (1336)[68]. Les micaélites essaiment : Angleterre (1329), Allemagne, Carcassonne, Portugal (1330), Espagne (1329), Sicile et Lombardie, Sardaigne, Arménie, Perse — partout Jean XXII et ses successeurs immédiats ouvrent des procédures[69].
Les trois familles : claréniens, siciliens, micaélites
Une nébuleuse, pas un ordre
Il faut se garder d'une classification rigide : les historiens qui ont voulu faire des Fraticelles une secte aux dogmes arrêtés ont forcé la matière[70]. Ce sont trois courants d'origine et de date différentes, qui finissent par se rejoindre dans la même opposition à la papauté — et qu'après 1329 il devient difficile de distinguer avec précision[71].
| Famille | Chef et origine | Terrain | Note propre |
|---|---|---|---|
| Claréniens | Ange Clareno, ermites des Marches (dès 1294) | Italie centrale et méridionale : province de Rome, Ombrie, Marche d'Ancône, Campagne, Basilicate, Naples | Les plus « spirituels » : ermites, lettres pastorales, novices, ordre parallèle dès 1318 |
| Siciliens (de paupere vita) | Henri de Ceva, Spirituels toscans réfugiés en Sicile (1312-1314) | Sicile puis Naples | Habit court et étroit ; cinq erreurs condamnées en 1318 ; fusionnent avec les micaélites |
| Micaélites (de opinione) | Michel de Césène, querelle théorique (1321-1328) | Toute l'Europe et l'Orient : couvents de Todi, Cortona, Pise, Angleterre, Espagne, Arménie | La branche intellectuelle : réfutent les bulles point par point ; nient la papauté depuis 1323 |
Ce qu'ils croyaient — et ce que l'Église a condamné
Réduite à l'essentiel, leur doctrine tient en trois affirmations, condamnées l'une après l'autre[72] :
- Eux seuls observent l'Évangile. La Règle de François, c'est l'Évangile pur et simple ; qui l'a abrogée a abrogé l'Évangile[73].
- La papauté a déchu. Depuis les décrétales de Jean XXII sur la pauvreté (1323) — certains remontent même à Boniface VIII ou à Clément V — le Siège est vacant : Jean et ses successeurs ont perdu la papauté, et nul prêtre de leur obédience ne peut absoudre validement[74].
- Le péché mortel ôte le sacerdoce. Tout religieux ou prélat en état de péché mortel est dépouillé du pouvoir sacerdotal et de la juridiction[75] — vieille erreur donatiste, déjà condamnée au IVe siècle, qui rend toute l'Église otage du jugement porté sur la conscience des prêtres.
Ce que l'Église n'a jamais condamné : la pauvreté elle-même
Il faut le dire nettement, car c'est le cœur catholique du dossier : l'Église n'a jamais condamné le désir de pauvreté[76]. Les papes ont abondamment approuvé les franciscains qui vivaient pauvrement dans l'obéissance : Paoluccio Trinci, fondateur de l'Observance, reçoit en 1374 le petit couvent du mont Ripide près de Pérouse — cédé par les Conventuels eux-mêmes comme réponse aux Fraticelles — et ses disputes publiques avec eux font expulser les hérétiques de la ville[77]. Les Claréniens restés orthodoxes sont approuvés comme vrais franciscains par Sixte IV en 1474[78]. Et les grands saints réformateurs du XVe siècle chargés de l'Inquisition contre les Fraticelles — Jean de Capistran et Jacques de la Marche — sont eux-mêmes des franciscains de la stricte observance, canonisés par l'Église[79]. Ce qui fut condamné, ce n'est pas l'amour de la pauvreté : c'est la prétention d'en faire le juge du pape, et de rebâtir une Église à côté de l'Église[80].
Un siècle et demi de clandestinité (1330-1466)
Protecteurs puissants, ermitages imprenables
Traqués, les Fraticelles survivent grâce à leurs protecteurs : l'abbé de Subiaco couvre Ange Clareno malgré l'ordre d'arrestation du 21 février 1334 — après un premier mandat déjà resté sans effet le 22 novembre 1331[81]. À Naples, Louis de Duras, neveu du roi Robert, entretient des Fraticelles dans un hôpital jouxtant son château du mont Sant'Angelo et assiste à leurs offices : on y compte en 1362 trois groupes — ceux de Tommaso da Bojano, ancien évêque d'Aquino ; ceux du prétendu ministre général Bernard de Sicile ; ceux qui se réclament d'Ange Clareno — tous d'accord pour tenir la papauté éteinte depuis Jean XXII[82]. Les « Pauvres Ermites » du mont de la Majella, près de Sulmona, abritent même le tribun Cola di Rienzi en 1349, protégés par les moines célestins de l'abbaye voisine de Santo Spirito[83]. Les rois de Naples eux-mêmes freinent la répression : Robert compose un traité favorable au chapitre de Pérouse, la reine Sancia s'interroge sur la « sainte pauvreté » (lettre pontificale du 10 août 1333), Philippe de Majorque, frère de la reine, prêche ouvertement contre le pape après le refus de 1328, et cinquante micaélites vivent sous protection royale au château de Lettere avant de se soumettre au milieu des années 1330[84]. En 1336, des Fraticelles « à robe courte » occupent encore le monastère Sainte-Claire de Naples fondé par la reine — Benoît XII en exige l'expulsion (24 juin 1336), et Clément VI doit réitérer les décrets en 1344[85]. Ce n'est qu'entre 1363 et 1370 que les franciscains peuvent reprendre plusieurs couvents de Calabre et de Sicile — et Grégoire XI se plaint encore, le 12 septembre 1372, qu'on y vénère cendres et ossements de Fraticelles comme des reliques, avec des églises bâties en leur honneur[86].
Florence 1389 : le Te Deum de Michele Berti
En Toscane, les Fraticelles, probablement claréniens, deviennent si puissants à Florence qu'ils invitent les « théologiens » — le clergé officiel — à des débats publics, restés sans réponse[87]. Les prieures promulguent un statut contre eux (13 octobre 1378), puis le conseil leur ordonne de quitter la ville sous deux jours (8 juillet 1381) — mesure à laquelle un conseiller s'oppose courageusement le 14 décembre suivant[88]. Le 20 avril 1389, Michele Berti, de Calci près de Pise, membre de la branche d'Ancône, est arrêté alors qu'il vient de prêcher le carême à ses compagnons ; condamné par l'archevêque franciscain de Florence Bartolomeo Oleari, il meurt sur le bûcher le 30 avril en chantant le Te Deum, exhorté par ses partisans à demeurer ferme — soutenant jusqu'au bout que Jean XXII était devenu hérétique par ses quatre décrétales et que nul prêtre de son obédience ne pouvait absoudre[89] :
« Te Deum laudamus, te Dominum confitemur. » — Hymne du Te Deum, chantée par Michele Berti montant au bûcher, Florence, 30 avril 1389[90]
« Nous te louons, ô Dieu, nous te confessons Seigneur. » (traduction Ignispedia)
Pérouse : lettres, insultes et faux papes
À Pérouse, les Fraticelles jouissent d'une liberté complète : installés dans les maisons de campagne des riches, ils vont jusqu'à insulter publiquement les Mineurs au couvent Saint-François-du-Pré[91]. Ils ont élu leurs propres papes, évêques et généraux, et se divisent en factions — d'où leur surnom de Fraticelli della opinione, peut-être parce qu'ils tiennent la papauté romaine pour éteinte[92]. Une lettre subsiste, adressée vers 1353-1355 aux magistrats de Narni pour réclamer la libération d'un des leurs, Fra Stefano, emprisonné par l'Inquisition douze ou quinze ans plus tôt — en citant l'exemple de Todi, Pérouse, Assise et Pise, où les leurs vivent en paix[93]. En Ombrie, un procès de 1360 révèle un groupe fondé par Francesco Niccolò de Pérouse, qui prétend observer la Règle de saint Augustin, taxe tous les prélats de simonie et ne voit de salut que dans son ordre prétendument parfait[94]. Jusqu'en Orient, un procès irrégulier de 1334 contre les Fraticelles du couvent de Tauris (dénoncés par des dominicains) montre des frères invectivant ouvertement Jean XXII, soutenant Michel de Césène et annonçant, dans leur style apocalyptique, que l'ordre est divisé en trois parts et que seuls seront sauvés ceux qui marcheront vers l'Orient — c'est-à-dire eux-mêmes[95]. Clément VI, le 29 mai 1344, ordonne à tous les évêques d'Orient de les poursuivre[96].
La fin : Capistran, Jacques de la Marche et les derniers procès
1426 : deux saints inquisiteurs
Florence avait formellement banni dès 1415 les « Fraticelles de la pauvre vie, partisans de Michel de Césène d'infâme mémoire », et à Lucques cinq Fraticelles avaient abjuré solennellement en 1411[97]. Martin V passe à l'offensive : mêmes droits aux franciscains de la province romaine (14 novembre 1418), don du monastère de Palestrina, place forte des Fraticelles (7 avril 1426), occupation par les Observants d'Ancône de leur couvent de Castro l'Ermita (27 janvier 1427), consignes aux évêques de Porto et d'Albe contre tous les Fraticelles « de la province romaine, de la Marche d'Ancône, du duché de Spolète et d'autres lieux » (7 juin 1427)[98]. Surtout, le 27 mai 1426, il nomme saint Jean de Capistran, et le 11 octobre saint Jacques de la Marche, inquisiteurs généraux contre les Fraticelles[99]. Les deux promoteurs de l'Observance remplissent leur office avec rigueur et frappent la secte au cœur : trente-six de leurs établissements sont brûlés ou dispersés, plusieurs sont brûlés à Florence et à Fabriano — en ce dernier lieu en présence du pape[100].
Maiolati 1428 : la rigueur extrême de Martin V
Le 1er juin 1428, Martin V ordonne à l'évêque d'Ancône de faire appliquer ses décisions à Maiolati avec une sévérité qui glace : mettre les suspects à la question, détruire leur village, séparer les enfants des parents hérétiques, disperser les plus âgés[101]. Une lettre circulaire des Fraticelles à toute la chrétienté reste sans effet : leur sort est scellé[102]. Ces mesures, dures au regard d'aujourd'hui, s'expliquent — sans se justifier dans tous leurs détails — par un siècle de clandestinité organisée, de faux clergés et de refus obstiné de toute réconciliation : sur la répression de l'hérésie au Moyen Âge, voir l'objection de l'Inquisition[103].
Le Dialogus de Jacques de la Marche et la fin de la secte
Chargé par Nicolas V de procéder contre eux (1449), saint Jacques de la Marche rédige le célèbre Dialogus contra Fraticellos, publié d'abord en 1452 puis augmenté[104]. On y apprend que leurs principaux établissements se situent dans la vallée de Jesi — Maiolati, Poggio Cupo, Massaccia, Mergo —, qu'ils se sont donné des évêques partout où ils sont assez nombreux, qu'ils voyagent sans relâche pour la propagande, surtout en Toscane, habillés tantôt en Mineurs, tantôt en ermites, souvent déguisés[105]. Leur doctrine y est résumée : toute l'Église romaine a déserté la vraie foi depuis Jean XXII (1323) ; eux seuls constituent la vraie Église et conservent sacrements et sacerdoce ; le prêtre immoral perd pouvoirs d'ordre et de juridiction[106]. Une forme tardive et excentrique paraît en Espagne avec Philippe de Berbegni, observant fanatique qui tente d'établir en 1433 une stricte société de la Capuciola — vigoureusement combattue par Capistran[107]. Les dernières mesures connues datent de 1466 : des Fraticelles de Poli (près de Palestrina) et de Maiolati sont capturés à Assise pendant la fête de la Portioncule, enfermés au château Saint-Ange et jugés — protégés à Poli par le comte Stefano de' Conti, emprisonné, et par les Colonna de Palestrina[108]. On dit la moitié des habitants de Poli gagnés à leur cause ; ils tiennent leurs réunions la nuit dans des maisons privées, gardent un évêque nommé Nicolas, et envoient des émissaires jusqu'en Grèce, leur refuge et centre important[109]. L'accusation d'immoralité portée contre leurs offices nocturnes n'a jamais pu être prouvée[110]. Malgré les persécutions, des restes survécurent, mais brisés : ils ne constituèrent plus jamais un danger sérieux pour l'Église romaine[111].
En quelques dates
- Vers 1278Des Spirituels des Marches, dont Ange Clareno, condamnés à la prison à vie.
- 1294Célestin V autorise les ermites à vivre selon la Règle ; Boniface VIII révoque tout après son abdication.
- 1307Mort de Libérat de Macerata sur la route de Lyon ; Ange Clareno prend la tête du groupe.
- 6 mai 1312Le concile de Vienne promulgue Exivi de paradiso : ultime tentative de réconciliation.
- 30 décembre 1317Sancta Romana : Jean XXII refuse d'autoriser la congrégation d'Ange Clareno.
- 23 janvier 1318Gloriosam ecclesiam : excommunication des Spirituels de Sicile, cinq erreurs retenues.
- 7 mai 1318Quatre Spirituels irréductibles brûlés à Marseille.
- 8 décembre 1322Ad conditorem canonum : l'Église renonce aux biens des Mineurs.
- 12 novembre 1323Cum inter nonnullos : la pauvreté absolue du Christ déclarée hérétique.
- 22 mai 1324Appel de Sachsenhausen de Louis de Bavière contre « l'hérétique » Jean XXII.
- 12 mai 1328Un franciscain, Pietro Rainalducci, sacré antipape sous le nom de Nicolas V.
- 15 juillet 1337Mort d'Ange Clareno, vénéré comme thaumaturge par les siens.
- 30 avril 1389Michele Berti brûlé à Florence en chantant le Te Deum.
- 1426Martin V nomme Capistran et Jacques de la Marche inquisiteurs généraux.
- 1452Jacques de la Marche publie le Dialogus contra Fraticellos.
- 1466Dernières mesures connues : Fraticelles de Poli et Maiolati capturés à Assise.
- 1474Sixte IV approuve les Claréniens orthodoxes comme vrais franciscains.
Pour aller plus loin
- Les cousins languedociens : les béguins et béghards hétérodoxes, issus de la même matrice spirituelle.
- Les autres grandes hérésies médiévales : le catharisme, les Albigeois, les Vaudois (1170-1532), le bogomilisme et le paulicianisme.
- Le cadre : la fondation des franciscains, l'ordre franciscain, saint François d'Assise, le concile de Vienne, la papauté d'Avignon et Jean XXII.
- L'objection classique : comment répondre à l'objection de l'Inquisition.
Notes et références
Catholic Encyclopedia, « Fraticelli » (Michael Bihl, vol. 6, New York, Robert Appleton, 1909 ; New Advent) : Fraticelli est un diminutif de l'italien frate (pluriel frati), équivalent étymologique de Fratres Minores.
1Catholic Encyclopedia, « Fraticelli » : il faut distinguer les divers groupes, bien qu'un même nom puisse s'appliquer à tous.
2Règle de saint François (Regula bullata, 1223), ch. 6 ; cf. saint François d'Assise.
3Catholic Encyclopedia, « Fraticelli » : les disciples se divisent en Zelanti (Spirituels) et Relaxati (plus tard Conventuels) ; cf. aussi « Spirituals ».
4Catholic Encyclopedia, « Fraticelli » : Grégoire IX, Innocent IV et Nicolas III donnent des explications autorisées ; sans rétablir pleinement l'unité avec la Communauté (Fratres de Communitate).
5Bulles Sancta Romana et universalis ecclesia (30 décembre 1317), Gloriosam ecclesiam (23 janvier 1318), Cum inter nonnullos (12 novembre 1323) ; Bullarium Franciscanum, éd. Eubel, t. V (Rome, 1898).
6Catholic Encyclopedia, « Fraticelli » : les partisans d'Ange nient que Jean XXII soit vraiment pape et tiennent ses décrets pour invalides.
7Regula bullata (1223), ch. 6.
8Regula bullata, ch. 6 : « Fratres nihil sibi approprient, nec domum, nec locum, nec aliquam rem » (traduction Ignispedia).
9Nicolas III, Exiit qui seminat (14 août 1279) ; Innocent IV avait déjà transféré les biens à l'Église romaine (14 novembre 1245).
10Catholic Encyclopedia, « Fraticelli » et « Spirituals ».
11Catholic Encyclopedia, « Fraticelli » ; David Burr, The Spiritual Franciscans (Pennsylvania State University Press, 2001).
12Catholic Encyclopedia, « Fraticelli » : la Communauté (Fratres de Communitate), corps principal de l'ordre.
13Catholic Encyclopedia, « Fraticelli » : les différences ne furent jamais pleinement aplanies.
14Catholic Encyclopedia, « Fraticelli » : Ange da Clareno (ou da Cingoli) et frères de la Marche d'Ancône, condamnés vers 1278, libérés par Raimondo Gaufredi (général 1289-1295), envoyés en Arménie, expulsés fin 1293.
15Catholic Encyclopedia, « Fraticelli » : en 1294, Célestin V, noté pour son ascétisme malgré un pontificat d'à peine six mois, les autorise à vivre en ermites dans la stricte observance.
16Catholic Encyclopedia, « Fraticelli » : après l'abdication de Célestin, Boniface VIII révoque toutes ses concessions.
17Catholic Encyclopedia, « Fraticelli » : émigration en Grèce, contestation de la légalité de l'acte pontifical, mesures prises par l'intermédiaire du patriarche de Constantinople, fuite en Italie.
18Catholic Encyclopedia, « Fraticelli » : Fra Liberatus tente une justification de leurs droits devant Boniface VIII (mort le 11 octobre 1303) puis Benoît XI (mort le 7 juillet 1304) ; meurt en 1307 sur la route de Clément V à Lyon.
19Catholic Encyclopedia, « Fraticelli » : Angelo da Clareno succède à la tête de la communauté.
20Catholic Encyclopedia, « Fraticelli » : fin 1309, les différends entre Relaxati et Spirituels atteignent un point critique ; Clément V cite les deux partis devant la Curie.
21Clément V, Exivi de paradiso, promulguée à la session finale du concile de Vienne (6 mai 1312) ; explication plus stricte que celle de Nicolas III, justifiant les Spirituels sur plusieurs points.
22Catholic Encyclopedia, « Fraticelli » : la constitution ne fait que provoquer les supérieurs Relaxati à des mesures énergiques contre les zélés.
23Catholic Encyclopedia, « Fraticelli » : fin 1312, des Spirituels toscans occupent par la force Carmignano (près de Florence), Arezzo et Asciano ; une cinquantaine fuient en Sicile.
24Catholic Encyclopedia, « Fraticelli » : protestation solennelle du 7 juillet 1313 contre la violation de la Règle par la Communauté.
25Catholic Encyclopedia, « Fraticelli » : le 14 mai 1314, le prieur de San Fedele de Sienne les déclare excommuniés et met leurs couvents sous interdit.
26Catholic Encyclopedia, « Fraticelli » : le roi Frédéric de Sicile (frère de Jacques II d'Aragon) les admet après inspection de leurs statuts ; Fra Enrico da Ceva devient leur chef.
27Catholic Encyclopedia, « Fraticelli » : Ange reste en Italie centrale jusqu'en 1311, puis gagne Avignon, protégé par les cardinaux Giacomo Colonna et Napoléon Orsini.
28Catholic Encyclopedia, « Fraticelli » : début 1317, Jean XXII, en vertu d'un décret de Boniface VIII, déclare Ange excommunié et le place sous garde.
29Jean XXII, Sancta Romana et universalis ecclesia (30 décembre 1317) ; Ange s'y défend dans son Epistola excusatoria.
30Catholic Encyclopedia, « Fraticelli » : en 1318, Ange fuit en Italie centrale et, comme général, nomme provinciaux, ministres et custodes, fonde des monastères, envoie des lettres pastorales, reçoit des novices — fondant un ordre franciscain indépendant.
31Catholic Encyclopedia, « Fraticelli » : ils nient que Jean XXII soit vraiment pape (ayant abrogé la Règle, qui est l'Évangile pur et simple), tiennent ses décrets pour invalides et professent que le péché mortel prive les prêtres de la dignité et des pouvoirs sacerdotaux.
32Catholic Encyclopedia, « Fraticelli » : dans les procès (notamment 1334) et les bulles, ils sont appelés Fraticelli seu fratres de paupere vita.
33Catholic Encyclopedia, « Spirituals » ; Henry Charles Lea, A History of the Inquisition of the Middle Ages (New York, 1888), t. III : vingt-cinq Spirituels sommés, quatre irréductibles.
34Religions (MDPI), « Franciscan Prophets and the Inquisition (1226–1326) » : quatre frères brûlés à Marseille le 7 mai 1318, un cinquième à la prison perpétuelle, pour négation de l'autorité pontificale.
35Jean XXII, Gloriosam ecclesiam (23 janvier 1318) : cinq erreurs spécifiées.
36Catholic Encyclopedia, « Fraticelli » : habit étroit, court et sale adopté comme signe distinctif.
37Catholic Encyclopedia, « Fraticelli » : admonestation à Frédéric (15 mars 1317), bannissement de Sicile (quelques-uns jusqu'en 1328 au moins), établissement à Naples.
38Catholic Encyclopedia, « Fraticelli » : décret général du 1er août 1322 ; bulles au roi Robert (4 février 1325) ; exigence d'emprisonnement (10 mai 1325) réitérée en 1327, 1330, 1331 ; renouvellement de Gloriosam ecclesiam (5 décembre 1329).
39Catholic Encyclopedia, « Fraticelli » : les partisans de Ceva se distinguent à peine du groupe suivant ; ils rejoignent les micaélites.
40Catholic Encyclopedia, « Fraticelli » : la controverse « théorique » sur la pauvreté, menée contre Jean XXII, donne naissance au groupe des micaélites — à distinguer de la controverse « pratique » des Spirituels.
41Catholic Encyclopedia, « Fraticelli » : en 1321, l'inquisiteur dominicain de Narbonne Jean de Belna déclare hérétique l'enseignement d'un béguin emprisonné sur la pauvreté du Christ et des Apôtres.
42Catholic Encyclopedia, « Fraticelli » : le lecteur franciscain Bérenger Talon défend le béguin et, menacé, en appelle au pape.
43Catholic Encyclopedia, « Fraticelli » : controverse générale dominicains-franciscains ; Relaxati et zélés soutiennent Bérenger sur la base d'Exiit qui seminat.
44Jean XXII, Quia nonnunquam (26 mars 1322) ; consistoire du 6 mars 1322.
45Catholic Encyclopedia, « Fraticelli » : défense par les cardinaux Vital du Four et Bertrand de La Tour, l'archevêque Arnaldo Royardi de Salerne et d'autres évêques ; opposition d'autres cardinaux, pape penchant vers l'opposition.
46Catholic Encyclopedia, « Fraticelli » : Ubertin de Casale, consulté (avis du 28 mars 1322), déclare avec une distinction subtile que le Christ et les Apôtres possédaient en tant qu'ils gouvernaient l'Église, mais non comme particuliers ni modèles de perfection.
47Catholic Encyclopedia, « Fraticelli » : chapitre convoqué à Pérouse pour le 1er juin 1322 par Michel de Césène (général élu en 1316) ; le 4 juin, déclaration solennelle de la « pauvreté absolue » du Christ ; publication le 11 juin.
48Catholic Encyclopedia, « Fraticelli » : signé par Michel, les provinciaux d'Allemagne du Sud, d'Angleterre, d'Aquitaine, de France du Nord et plusieurs savants.
49Jean XXII, Ad conditorem canonum (8 décembre 1322).
50Catholic Encyclopedia, « Fraticelli » : Fra Bonagrazia (Boncortese) de Bergame, juriste et jusque-là ennemi des zélés, proteste au consistoire (14 janvier 1323) ; emprisonné ; bulle révisée et rééditée sous sa date d'origine.
51Jean XXII, Cum inter nonnullos (12 novembre 1323).
52Denzinger, Enchiridion symbolorum, n. 930-935 (n. 494 des anciennes éditions) : Cum inter nonnullos (traduction Ignispedia sur le latin).
53Jean XXII, Quia quorundam (10 novembre 1324) ; chapitre de Lyon (20 mai 1325) sous Michel de Césène.
54Catholic Encyclopedia, « Fraticelli » : tous les Fraticelles montrent, après l'éclatement de la controverse (1321-1328), une opposition renforcée à la papauté.
55Catholic Encyclopedia, « Fraticelli » : les Mineurs deviennent conseillers de Louis IV de Bavière, lui-même en conflit avec le pape.
56Bataille de Mühldorf (28 septembre 1322) ; procédure canonique contre Louis (8 octobre 1323).
57Appel de Nuremberg (18 décembre 1323, non publié) ; appel de Sachsenhausen (22 mai 1324) contre « l'hérétique qui se fait faussement appeler pape Jean XXII ».
58Catholic Encyclopedia, « Fraticelli » : le « Spiritualist excursus » se rattache à l'appel de Bonagrazia et aux écrits d'Ubertin de Casale et de Pierre de Jean Olivi ; origine franciscaine sous protection royale, responsabilité niée ensuite par Louis.
59Louis IV excommunié (11 juillet 1324).
60Catholic Encyclopedia, « Fraticelli » : Michel obéit et gagne Avignon (2 décembre 1327) ; réprimande publique (9 avril 1328) ; protestation secrète (13 avril) ; fuite vers Aigues-Mortes (28 mai) puis Pise, avec Bonagrazia et Guillaume d'Ockham.
61Marsile de Padoue et Jean de Jandun, Defensor pacis : l'empereur et l'Église universelle au-dessus du pape.
62Louis couronné par Sciarra Colonna (17 janvier 1328) ; Pietro Rainalducci de Corvara sacré antipape Nicolas V (12 mai 1328).
63Catholic Encyclopedia, « Fraticelli » : les trois fugitifs rejoignent Louis et l'accompagnent en Bavière, où ils restent jusqu'à leur mort.
64Catholic Encyclopedia, « Fraticelli » : Michel déposé (6 juin 1328) ; Bertrand de La Tour vicaire général ; chapitre de Paris (2 juin 1329) élisant Gérard Odon ; soumission de la majorité ; micaélites désavoués.
65Catholic Encyclopedia, « Fraticelli » : Nicolas V nomme six cardinaux (15 mai 1328) puis d'autres (septembre 1328-décembre 1329) ; abandonné, il se réfugie chez le comte de Donoratico, se soumet à Avignon et y demeure en captivité honorable jusqu'à sa mort (16 octobre 1333).
66Catholic Encyclopedia, « Fraticelli » : à Munich, Michel (mort en 1342), Bonagrazia (mort en 1340) et Ockham (mort en 1347) dénoncent Jean et ses successeurs comme hérétiques en réfutant isolément ses propositions.
67Catholic Encyclopedia, « Fraticelli » : s'y ajoute en 1333 la question de la vision béatifique (Jean XXII, sans vouloir définir, la reportant au Jugement dernier).
68Catholic Encyclopedia, « Fraticelli » : micaélites attestés en Angleterre (1329), Allemagne, Carcassonne, Portugal (1330), Espagne (1329), Sicile, Lombardie, Sardaigne, Arménie, Perse.
69Catholic Encyclopedia, « Fraticelli » (citant la Britannica de 1911) : certains historiens, par zèle classificatoire, ont fait des Fraticelles une secte distincte et cherché ses dogmes — forçant la matière.
70Catholic Encyclopedia, « Fraticelli » : peu après 1329, il devient difficile de différencier les groupes avec précision.
71Catholic Encyclopedia, « Fraticelli » ; Jacques de la Marche, Dialogus contra Fraticellos (éd. 1452 et augmentations).
72Catholic Encyclopedia, « Fraticelli » : la Règle de François représente, selon leur doctrine, l'Évangile pur et simple.
73Catholic Encyclopedia, « Fraticelli » : la vraie papauté aurait cessé avec l'hérésie supposée de Jean XXII (1323) — voire dès Célestin V selon certains groupes.
74Catholic Encyclopedia, « Fraticelli » et Gloriosam ecclesiam (erreurs 2, 4) : le péché mortel priverait prêtres et prélats de tout pouvoir et juridiction.
75Catholic Encyclopedia, « Fraticelli » : les erreurs morales d'individus ne doivent pas être imputées à tout le corps ; l'ordre, dans sa grande majorité, resta fidèle à l'Église.
76Catholic Encyclopedia, « Fraticelli » : les Conventuels cèdent à Paoluccio Trinci, fondateur des Observants, le petit couvent du mont Ripide près de Pérouse (1374) ; ses disputes font expulser les hérétiques de la ville.
77Catholic Encyclopedia, « Fraticelli » : les Claréniens orthodoxes, approuvés comme vrais franciscains par Sixte IV en 1474 — sans qu'on sache s'ils évitèrent l'erreur ou s'en rétractèrent.
78Jean de Capistran (nommé 27 mai 1426) et Jacques de la Marche (nommé 11 octobre 1426), inquisiteurs généraux nommés par Martin V ; tous deux canonisés.
79Sur le discernement entre condamnation doctrinale et fidélité franciscaine, cf. aussi béguins et béghards hétérodoxes (section sur ce que l'Église n'a jamais condamné).
80Catholic Encyclopedia, « Fraticelli » : mandat d'arrêt du 22 novembre 1331 (fuite en Italie du Sud) ; le 21 février 1334, ordre au gardien d'Ara Cœli d'emprisonner Ange, « hérétique dément qui s'intitule général » — en vain, protégé par l'abbé de Subiaco.
81Catholic Encyclopedia, « Fraticelli » : en 1362, Louis de Duras, neveu de Robert de Naples, entretient des Fraticelles à l'hôpital du mont Sant'Angelo ; trois sectes (Tommaso da Bojano ; Bernard de Sicile ; successeur d'Ange Clareno).
82Catholic Encyclopedia, « Fraticelli » : les « Pauvres Ermites » de la Majella abritent Cola di Rienzi (1349), protégés par les célestins de Santo Spirito.
83Catholic Encyclopedia, « Fraticelli » : Philippe de Majorque, frère de la reine, pétition de 1328 refusée ; lettre du 10 août 1333 sur la « sainte pauvreté » ; traité du roi en faveur de Pérouse ; admonestation du 8 juillet 1331 ; Fra Andrea de Galiano acquitté à Avignon (1338) ; cinquante micaélites au château de Lettere, soumis au milieu des années 1330.
84Catholic Encyclopedia, « Fraticelli » : en 1336, Fraticelles « à robe courte » à Sainte-Claire de Naples ; expulsion exigée par Benoît XII (24 juin 1336) ; réitération par Clément VI (1344).
85Catholic Encyclopedia, « Fraticelli » : reprise de couvents de Calabre et Sicile (1363-1370) ; plainte de Grégoire XI (12 septembre 1372) sur la vénération des cendres et ossements comme reliques.
86Catholic Encyclopedia, « Fraticelli » : les Fraticelles invitent les « théologiens » à des débats publics ; le clergé officiel ne répond pas.
87Catholic Encyclopedia, « Fraticelli » : statut des prieurs de Florence (13 octobre 1378) ; ordre d'expulsion du conseil (8 juillet 1381) ; opposition d'un conseiller (14 décembre 1381).
88Catholic Encyclopedia, « Fraticelli » : Michele Berti, de Calci près de Pise (branche d'Ancône), arrêté le 20 avril 1389, condamné par l'archevêque Bartolomeo Oleari, brûlé le 30 avril en chantant le Te Deum.
89Hymne ambrosienne Te Deum laudamus : « Te Deum laudamus, te Dominum confitemur » (traduction Ignispedia).
90Catholic Encyclopedia, « Fraticelli » : liberté complète à Pérouse, maisons de campagne des riches, insultes publiques aux Mineurs de Saint-François-du-Pré.
91Catholic Encyclopedia, « Fraticelli » : propres papes, évêques et généraux, factions diverses ; désignés Fraticelli della opinione — peut-être pour leur opinion que la papauté romaine a cessé d'exister.
92Catholic Encyclopedia, « Fraticelli » : lettre des Fraticelles de la Campagne (1353-1355) aux magistrats de Narni pour Fra Stefano, emprisonné douze ou quinze ans plus tôt ; exemple de Todi, Pérouse, Assise et Pise.
93Catholic Encyclopedia, « Fraticelli » : procès de 1360 contre un groupe ombrien fondé par Francesco Niccolò de Pérouse — prétendue Règle augustinienne, fanatisme de la pauvreté, prélats simoniaques, salut réservé à leur ordre.
94Catholic Encyclopedia, « Fraticelli » : procès irrégulier de 1334 contre les Fraticelles de Tauris (dénoncés par des dominicains) — invectives contre Jean XXII, vues de Michel de Césène, ordre divisé en trois parts, seuls sauvés ceux qui marcheront vers l'Orient.
95Clément VI ordonne à tous les évêques d'Orient de les poursuivre (29 mai 1344).
96Catholic Encyclopedia, « Fraticelli » : Florence bannit en 1415 les « Fraticelles de la pauvre vie, partisans de Michel de Césène d'infâme mémoire » ; à Lucques, cinq Fraticelles abjurent solennellement (1411).
97Catholic Encyclopedia, « Fraticelli » : Martin V concède les mêmes droits aux franciscains de la province romaine (14 novembre 1418) ; don de Palestrina (7 avril 1426) ; occupation de Castro l'Ermita par les Observants d'Ancône (27 janvier 1427) ; consignes aux évêques de Porto et d'Albe (7 juin 1427).
98Martin V nomme saint Jean de Capistran (27 mai 1426) et saint Jacques de la Marche (11 octobre 1426) inquisiteurs généraux contre les Fraticelles.
99Catholic Encyclopedia, « Fraticelli » : trente-six établissements brûlés ou dispersés ; bûchers à Florence et à Fabriano, en ce dernier lieu en présence du pape.
100Catholic Encyclopedia, « Fraticelli » : le 1er juin 1428, ordre à l'évêque d'Ancône — question, destruction du village de Maiolati, séparation des enfants, dispersion des anciens.
101Catholic Encyclopedia, « Fraticelli » : lettre circulaire des Fraticelles à toute la chrétienté, sans effet.
102Cf. comment répondre à l'objection de l'Inquisition.
103Jacques de la Marche, Dialogus contra Fraticellos, première publication en 1452, avec ajouts postérieurs ; commission de Nicolas V (1449).
104Catholic Encyclopedia, « Fraticelli » : principaux établissements dans la vallée de Jesi (Maiolati, Poggio Cupo, Massaccia, Mergo) ; évêques propres ; propagande surtout en Toscane ; déguisements en Mineurs ou ermites.
105Catholic Encyclopedia, « Fraticelli » : résumé doctrinal du Dialogus — défection de Rome depuis Jean XXII (1323), vraie Église réduite à eux, sacrements et sacerdoce conservés, prêtre immoral dépouillé des pouvoirs d'ordre et de juridiction.
106Catholic Encyclopedia, « Fraticelli » : Philippe de Berbegni, observant espagnol excentrique, tente d'établir en 1433 une société de la Capuciola ; dissertation de Capistran contre lui.
107Catholic Encyclopedia, « Fraticelli » : en 1466, Fraticelles de Poli (près de Palestrina) et de Maiolati capturés à Assise pendant la Portioncule ; château Saint-Ange ; comte Stefano de' Conti emprisonné ; protection des Colonna.
108Catholic Encyclopedia, « Fraticelli » : moitié des habitants de Poli gagnés ; réunions nocturnes ; évêque Nicolas ; centre en Grèce, émissaires et refuge.
109Catholic Encyclopedia, « Fraticelli » : l'allégation de pratiques immorales dans leurs offices ne peut être prouvée.
110Catholic Encyclopedia, « Fraticelli » : des restes survécurent malgré les persécutions, mais sans constituer un danger sérieux pour l'Église romaine ; ces hérétiques avaient été expulsés de l'ordre et de l'Église — l'ordre, dans sa grande majorité, resta fidèle.
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