Le bogomilisme est la grande hérésie dualiste des Balkans médiévaux : née en Bulgarie au Xe siècle autour d'un prêtre nommé Bogomil, sous le règne du tsar Pierre Ier (927-969), elle enseigne que le monde visible est l'œuvre non de Dieu mais de Satanael, son fils aîné révolté, et que le salut consiste à mépriser la matière, les sacrements, les églises et les prêtres.[1] Pendant cinq siècles, des montagnes de Macédoine aux faubourgs de Constantinople, de la Serbie à la Bosnie et jusqu'à Novgorod, des communautés de « parfaits » itinérants, sans églises ni croix, défient empereurs, tsars et patriarches.[2]
Le dossier vaut pour deux raisons. D'abord, il est remarquablement documenté : un traité slavon du Xe siècle, une lettre patriarcale, la grande Panoplie dogmatique d'Euthyme Zigabène, le récit d'Anne Comnène et les anathèmes du synode de Tirnovo permettent de reconstituer la doctrine presque mot à mot. Ensuite, il est le chaînon oriental du dualisme médiéval : c'est par les bogomiles que les thèses nées chez les pauliciens d'Arménie parviennent, selon la thèse classique, jusqu'aux cathares d'Occident.[3]
Cet article reste dans son angle : une hérésie médiévale d'Orient, sa doctrine, son histoire, sa répression et la réponse catholique. Pour les pauliciens d'Arménie et de Thrace, voir le paulicianisme ; pour l'aboutissement occidental, voir le catharisme et les albigeois — ces dossiers voisins ne sont pas redoublés ici.
D'où vient le nom « bogomile » ?
« Chers à Dieu » — ou « Dieu, aie pitié » ?
Le nom slave bogomil se décompose simplement : bogъ, « dieu », et milъ, « cher, aimé » — soit « cher à Dieu », l'équivalent exact du grec Théophile.[4] Reste une question ouverte, que les historiens n'ont jamais tranchée : le mouvement tient-il son nom de son fondateur présumé, le prêtre Bogomil, ou le prédicateur a-t-il pris ce nom de guerre après que la secte l'eut reçu ?[5] L'article de la Catholic Encyclopedia signale une autre piste : Bog milui, « Dieu, aie pitié », formule de prière dont les adeptes auraient fait un usage si fréquent qu'elle serait devenue leur surnom.[6]
Leurs adversaires les affublent de bien d'autres noms — babuni (« superstitieux ») dans les documents slavons d'Église, messaliens ou euchites dans les actes grecs des XIIe-XIVe siècles[7] — mais eux-mêmes ne se donnent qu'un titre : chrétiens.[8] La toponymie garde leur trace : la rivière et le mont Babuna, la cascade et le village de Bogomila, dans la région d'Azot en Macédoine du Nord actuelle, dessinent encore sur la carte l'aire où le mouvement fut le plus actif.[9]
Comment connaît-on les bogomiles ? Les cinq sources
Presque toute la littérature propre des bogomiles a été perdue ou détruite, et ce que nous savons d'eux vient d'abord de leurs adversaires — avec les déformations que cela suppose — puis, heureusement, de quelques-uns de leurs livres apocryphes parvenus jusqu'à nous.[10] Le tableau ci-dessous présente les témoins, dans l'ordre chronologique : c'est sur eux que tout l'article s'appuie.
| Témoin et date | Nature du texte | Ce qu'il apporte |
|---|---|---|
| Lettre du patriarche Théophylacte à Pierre Ier, vers 950 | Réponse patriarcale à une consultation du tsar | La plus ancienne description de l'hérésie naissante |
| Cosmas le Prêtre, Sermon contre les bogomiles, vers 970 | Traité polémique en slavon | Le fondateur Bogomil, la doctrine, la charge sociale |
| Euthyme Zigabène, Panoplie dogmatique, titre 27, vers 1110 | Réfutation commandée par Alexis Ier | L'exposé doctrinal le plus complet (Satanael, sacrements) |
| Anne Comnène, Alexiade, livre XV, vers 1148 | Chronique impériale | L'interrogatoire et le bûcher de Basile le Médecin |
| Synodikon du tsar Boril, Tirnovo, 11 février 1211 | Anathèmes conciliaires slaves | La condamnation officielle bulgare et ses formules |
À ces cinq témoins s'ajoutent les livres des bogomiles eux-mêmes : le Livre de la Cène secrète — aussi appelé Interrogation de Jean —, la Vision d'Isaïe, l'Histoire de l'arbre de la Croix et la Prière contre la fièvre du pope Jérémie, ainsi que des apocryphes remaniés pour la propagande comme l'Apocalypse d'Abraham ou 2 Hénoch.[11] Leur canon scripturaire est significatif : les quatre évangiles, quatorze épîtres de Paul, trois de Jean, Jacques, Jude et une épître aux Laodicéens — mais de l'Ancien Testament, presque rien, sinon les Psaumes et les Prophètes.[12]
La Bulgarie du Xe siècle : le terreau de l'hérésie
Un État jeune, une Église neuve, une langue que le peuple ne comprend pas
Quand naît le bogomilisme, la Bulgarie chrétienne n'a même pas un siècle : le tsar Boris Ier s'est fait baptiser en 864-865, et son fils Siméon Ier (893-927) a porté l'État à son apogée territoriale avant de l'épuiser par des guerres incessantes, notamment contre Byzance en Thrace.[13] Cosmas lui-même ouvre son réquisitoire par la phrase qui fixe le berceau du mouvement :
« Au temps du tsar orthodoxe Pierre vivait en Bulgarie un prêtre nommé Bogomil, qui le premier répandit l'hérésie dans le pays. » — Cosmas le Prêtre, Sermon contre les bogomiles, incipit[14]
Sous Pierre Ier (927-969), la paix byzantine ramène la prospérité à la cour mais alourdit les impôts, tandis que l'office se célèbre encore en grec, langue que seule l'élite comprend : le paysan récemment converti assiste à une religion qu'il ne comprend pas, servie par un clergé dont la richesse nouvelle le scandalise.[15] Le pape Nicolas Ier avait déjà mis en garde Boris contre le danger des faux enseignements[16] ; c'est le patriarche Théophylacte de Constantinople qui, répondant à une consultation inquiète de Pierre Ier, donne la première description écrite des bogomiles.[17]
Misère, impôts et clergé riche : la colère qui couve
Cosmas le Prêtre, notre témoin le plus proche des événements, ne cache pas la dimension sociale du succès bogomile. Les terres proches de la frontière byzantine, ravagées par les guerres de Siméon, sont ruinées ; les impôts de Pierre pèsent sur des paysans sans occupation ; la corruption de l'Église comme institution achève de dégoûter un troupeau converti de fraîche date.[18] C'est à ces déshérités que les prédicateurs bogomiles s'adressent, et leur discours est d'une violence inouïe contre l'ordre établi :
« Ils enseignent à leurs adeptes de ne pas obéir à leurs maîtres ; ils méprisent les riches, ils haïssent les tsars, ils raillent leurs supérieurs, ils reprochent aux boyards ; ils tiennent que Dieu regarde avec horreur ceux qui peinent pour le tsar, et conseillent à tout serf de ne pas travailler pour son maître. » — Cosmas le Prêtre, Sermon contre les bogomiles[19]
Les pauliciens transplantés : le ferment venu d'Arménie
Le ferment doctrinal vient d'Orient. En 970, l'empereur byzantin Jean Ier Tzimiskès transplante en masse des pauliciens d'Arménie vers la Thrace, autour de Philippopolis (Plovdiv actuelle), pour en faire des soldats-frontière.[20] Ces chrétiens dissidents, eux-mêmes héritiers des vieux courants dualistes d'Arménie et du manichéisme, s'assimilent linguistiquement aux Bulgares — qui les appellent pavlikiani — et leur enseignement irrigue directement le milieu où prêche Bogomil.[21] Sur les pauliciens eux-mêmes, leur histoire arménienne et leur doctrine propre, voir le paulicianisme : on ne les confondra pas avec les bogomiles, qui sont une création slave originale, mais sans eux le bogomilisme est inexplicable.
Ce que croyaient les bogomiles
Deux fils au ciel : Satanael l'aîné et Michel le cadet
Le fond du système est un dualisme d'origine manichéenne : l'admission de deux principes créateurs, l'un bon, l'autre mauvais.[22] Dans sa forme première, ce dualisme reste « modéré » — Satan, créateur de la matière, demeure inférieur à Dieu dont il est le fils — avant de durcir, avec le temps, vers un affrontement de deux éternels adversaires, comme chez les cathares postérieurs.[23] L'exposé le plus précis vient de Zigabène, résumé par la Catholic Encyclopedia :
« Dieu le Père avait deux fils, l'aîné Satanael et le cadet Jésus-Christ, ou Michel. Satanael, assis à la droite du Père et doué de puissance créatrice, se révolta et fut chassé du ciel avec les anges qui l'avaient suivi. Il créa un second ciel et une seconde terre, et forma l'homme de terre et d'eau. Incapable de lui donner un esprit vivant, il supplia le Père d'accorder la vie à cette créature nouvelle, qui serait leur bien commun — et Dieu y consentit. » — N. A. Weber, « Bogomili », Catholic Encyclopedia[24]
La suite du récit est d'une logique implacable. Ève, créée de la même manière, est séduite par Satanael ; en punition, celui-ci perd sa puissance créatrice mais garde l'empire sur sa création et travaille à la ruine de l'homme.[25] Pour sauver l'humanité, Dieu envoie son second fils : Jésus pénètre par l'oreille droite de Marie et revêt d'elle une simple apparence de corps humain — tout ce qui est matériel en lui n'est qu'apparence.[26] Vainqueur, il dépouille Satanael de son nom divin El — désormais simple Satan — et occupe sa place au ciel ; le Saint-Esprit est envoyé, mais ne demeure que dans les bogomiles ; à la fin, Jésus et l'Esprit seront absorbés par le Père, seule personne subsistante en Dieu.[27]
Un Christ sans chair, une croix sans bois
On mesure l'abîme avec la foi de Nicée et de Chalcédoine : le Christ bogomile n'est ni vrai Dieu consubstantiel au Père, ni vrai homme né de Marie — c'est un ange, Michel, porteur d'une chair fantôme, « élu » de Dieu après le baptême du Jourdain, quand l'Esprit descend sous forme de colombe et lui donne la force de briser le pacte d'argile (hierographon) par lequel Adam s'était vendu à Satanael.[28] La crucifixion elle-même, machination de Satan, n'atteint qu'une apparence ; et c'est Satan, disent-ils, qui est à l'origine de toute la communauté orthodoxe visible — églises, vêtements, cérémonies, sacrements, jeûnes, moines et prêtres.[29] Quant au Logos, il n'est pas pour eux la seconde Personne de la Trinité faite chair, mais la simple parole proférée de Dieu, manifestée dans l'enseignement oral du Christ[30] ; des anathèmes dès 1027 environ les accusent formellement de rejeter la Trinité.[31]
Ni baptême d'eau, ni messe, ni mariage
De cette cosmologie découle tout un programme de refus. L'Ancien Testament est rejeté presque en bloc — seuls les Psaumes et les Prophètes trouvent grâce[32] — ; au lieu du baptême d'eau, les bogomiles n'admettent qu'un baptême spirituel ; ils nient la présence réelle dans l'eucharistie, dont le pain et le vin ne seraient jamais transformés[33] ; ils condamnent le mariage, rejettent les images, interdisent la viande[34] ; ils refusent le jeûne des lundis et vendredis, rejettent le monachisme, prient dans les maisons privées et non dans des églises, et tiennent que l'ordination est conférée par la congrégation, non par un ministre spécialement désigné.[35] La croix et les images sont des idoles, la vénération des saints et des reliques une idolâtrie ; le Christ n'est Fils de Dieu que par grâce, comme les autres prophètes ; et le jugement dernier sera exécuté par Dieu, non par Jésus.[36] Le tableau suivant résume l'affrontement, point par point :
| Point de doctrine | Ce qu'enseignent les bogomiles | Ce que tient l'Église catholique |
|---|---|---|
| Création du monde | Œuvre de Satanael, principe mauvais | Un seul Dieu créateur de tout, visible et invisible |
| Le Christ | Ange Michel sous une apparence de chair | Vrai Dieu et vrai homme, consubstantiel au Père |
| La Trinité | Niée ou vidée ; Père seul subsistant à la fin | Un seul Dieu en trois Personnes coéternelles |
| Baptême | Seulement spirituel, jamais d'eau | Sacrement d'eau et d'Esprit qui régénère |
| Eucharistie | Pain et vin jamais transformés | Corps et Sang réels du Christ sous les espèces |
| Mariage | Condamné | Sacrement, alliance sainte des époux |
| Église et prêtres | Sataniques ; prière à la maison, ordination par l'assemblée | Église corps du Christ, sacerdoce ministériel institué |
La vie des parfaits : élus, prière et mission
Les parfaits et les simples croyants
Comme leurs héritiers cathares, les bogomiles distinguent deux degrés : une minorité de parfaits — les « élus », hommes ou femmes, car les femmes peuvent accéder à ce rang — et la masse des simples croyants qui les écoutent et les hébergent.[37] Chaque communauté s'organise autour de douze « apôtres » à l'imitation du collège apostolique ; les parfaits portent des vêtements semblables à ceux des frères mendiants et mènent une vie itinérante.[38] Ils refusent tout excès des plaisirs du monde — ce monde étant l'œuvre de Satan — mais sans verser dans un ascétisme forcené : leur marque est plutôt la simplicité, le jeûne et la pureté revendiquée.[39]
Prière, jeûne et mission itinérante
Leur piété est intense et reconnaissable : Cosmas note qu'ils prient quatre fois le jour et quatre fois la nuit, armés avant tout du Notre Père, tenu pour l'arme la plus puissante contre Satan, avec tout un arsenal de conjurations contre les mauvais esprits.[40] Surtout, ce sont des missionnaires enthousiastes : guérissant les malades, chassant les démons, ils parcourent les pays, propagent leurs doctrines et sèment partout leur littérature apocryphe — Bibles historiées, Lettre tombée du ciel, Voyages au ciel et en enfer, légendes d'Adam et de la Croix — au point que plusieurs de ces récits populaires d'Orient et d'Occident doivent leur diffusion à leur activité.[41] C'est ainsi que l'hérésie, née dans un coin de Macédoine, devient en un siècle une puissance balkanique.
L'expansion dans les Balkans (XIe-XIIIe siècle)
Vers l'ouest : Serbie, Bosnie et la mer Adriatique
Dès le temps du tsar Samuel (976-1014) — sous le règne duquel aucune persécution n'est attestée, le souverain révolté contre Byzance s'appuyant plutôt sur le soutien populaire du mouvement[42] — le bogomilisme gagne la Serbie et la Bosnie ; le foyer le plus actif devient la Bosnie occidentale, centrée sur la vallée de la Bosna, avec la province de Hum (Herzégovine actuelle) et jusque dans les cités dalmates de Split et Trogir.[43] À la fin du XIIe siècle, le grand-prince serbe Étienne Nemanja, avec son concile, déclare le bogomilisme hérésie et expulse ses adeptes du pays : une fresque de 1290 conserve le souvenir de ce concile anti-bogomile.[44] Les expulsés se réfugient en Bosnie et en Dalmatie, où on les appelle patarins ; protéger ces « hérétiques » devient dès lors le prétexte récurrent des rois de Hongrie pour lancer des croisades contre la Bosnie et y étendre leur influence.[45]
Constantinople, l'Anatolie et la Russie
Vers l'est, l'hérésie pénètre jusqu'au cœur de l'Empire : on la signale nommément à Philippopolis dès 1115[46], et jusque dans la capitale, où l'empereur devra sévir lui-même. Les condamnations synodales échelonnent la résistance officielle : destruction ordonnée des écrits bogomiles en 1140, déposition de deux évêques de Cappadoce gagnés à la secte en 1143, et même la chute du patriarche Cosmas II, déposé en 1147 pour la faveur accordée à l'adhérent Niphon.[47] Le patriarche Germain II poursuit le combat au XIIIe siècle, et de nouvelles condamnations sont portées par les synodes de Constantinople en 1316 et 1325.[48] Vers le nord-est, des variantes du bogomilisme gagnent la Russie kiévienne dès le XIe siècle ; au XIVe siècle, Karp Strigolnik prêche à Novgorod une doctrine issue de la même souche — élection des « enseignants » parmi les simples fidèles, refus d'un sacerdoce séparé —, souche des strigolniks russes.[49]
La répression : du bûcher de Basile à l'anathème de Tirnovo
Alexis Comnène et Basile le Médecin : le bûcher de 1118
L'épisode le plus célèbre est constantinopolitain. Le chef de la secte dans la capitale, Basile, moine et médecin entouré de douze apôtres à la manière des parfaits, est mandé par l'empereur Alexis Ier Comnène (1081-1118), qui obtient habilement de lui un exposé franc de la doctrine — canevas exact de la réfutation que rédigera Zigabène.[50] Sommés de se rétracter, certains adeptes arrêtés cèdent et sont relâchés ; les obstinés meurent en prison ; Basile seul est condamné à mort et brûlé en 1118, au terme d'une procédure engagée vers 1110.[51] La répression, pour vigoureuse qu'elle fût, n'éteignit pas l'hérésie : c'est l'unique exécution publique de bogomiles dans l'Empire byzantin, mais la secte survit à son chef.[52]
Tirnovo, 11 février 1211 : l'anathème du tsar Boril
En Bulgarie restaurée, c'est le pouvoir lui-même qui frappe le grand coup. Le 11 février 1211, dans la capitale Tirnovo, le tsar Boril (1207-1218) préside en personne un concile contre les bogomiles : la doctrine y est condamnée et l'anathème est prononcé contre son fondateur, le pope Bogomil.[53] Les actes en sont conservés dans le Livre de Boril — le Synodikon de l'Orthodoxie traduit et complété sur ordre du tsar —, qui aligne les anathèmes anti-bogomiles dans la tradition du Discours de Cosmas.[54] La politique de Boril prolonge celle de Manuel Ier à Byzance et de Nemanja en Serbie : partout au XIIIe siècle, le bogomilisme est éradiqué de Bulgarie, de Rascie et de Byzance comme force organisée, même si des restes subsistent en Hum et en Bosnie jusqu'à la conquête ottomane de 1463.[55]
La Bosnie : croisades, abjuration de Kulin et Église bosnienne
Le cas bosniaque mérite d'être distingué avec soin. En 1203, le pape Innocent III, appuyé par le roi de Hongrie, arrache au ban Kulin une abjuration publique et la reconnaissance de l'autorité romaine — largement ignorée dans la pratique.[56] À la mort de Kulin en 1216, une mission de conversion échoue ; en 1234, le pape Grégoire IX dépose l'évêque catholique de Bosnie pour tolérance des pratiques hérétiques et fait prêcher la croisade au prince Coloman de Slavonie, dont l'expédition est repoussée par les nobles bosniaques.[57] En 1252, la décision d'Innocent IV de soumettre l'évêché bosniaque à l'archevêché hongrois de Kalocsa provoque le schisme : les chrétiens bosniaques refusent et rompent avec Rome, donnant naissance à l'Église bosniaque autonome.[58] Or — et les historiens modernes y insistent — aucune trace de bogomilisme, de catharisme ou de dualisme ne se trouve dans les documents originaux des krstjani bosniaques, comme ils s'appelaient eux-mêmes : identifier purement et simplement l'Église bosniaque aux bogomiles est une confusion née de la rareté des documents après la conquête ottomane.[59] L'inquisition dominicaine, imposée en 1291 par la bulle Prae cunctis de Nicolas IV, signale bien encore une secte dualiste en Bosnie à la fin du XVe siècle, mais il ne s'agit très probablement plus de la même réalité que l'Église bosniaque.[60]
- 864-927Boris et Siméon : la Bulgarie chrétiennebaptême, apogée, guerres
Boris Ier reçoit le baptême (864-865) ; Siméon Ier porte l'Empire bulgare à son apogée puis l'épuise en guerres contre Byzance.
- 927-969Pierre Ier : naissance de l'hérésiele prêtre Bogomil prêche
Sous le tsar Pierre Ier, le prêtre Bogomil répand sa doctrine ; le patriarche Théophylacte répond à la consultation du tsar ; Cosmas rédige son Sermon.
- 970Les pauliciens en Thracetransplantation de Tzimiskès
Jean Ier Tzimiskès installe des pauliciens d'Arménie autour de Philippopolis : le ferment dualiste oriental gagne les Balkans slaves.
- 1110-1118Basile le Médecin interrogé puis brûléAlexis Ier Comnène, Constantinople
Alexis Ier obtient de Basile l'exposé de la doctrine, fait rédiger la Panoplie de Zigabène, puis fait brûler le chef bogomile en 1118.
- 1140-1325Synodes et patriarches contre la secteConstantinople
Destruction des écrits (1140), évêques déposés (1143), patriarche Cosmas II déposé (1147), lutte de Germain II, condamnations de 1316 et 1325.
- vers 1176Nemanja expulse les bogomiles de Serbieconcile serbe
Le grand-prince Étienne Nemanja et son concile déclarent l'hérésie et chassent ses adeptes, qui se réfugient en Bosnie et en Dalmatie.
- 11 février 1211Tirnovo : l'anathème de BorilSynodikon de l'Orthodoxie
Le tsar Boril préside le concile de Tirnovo : condamnation de la doctrine et anathème contre le fondateur Bogomil.
- 1203-1291La Bosnie entre Rome et le schismeKulin, croisades, Église bosniaque
Abjuration de Kulin (1203), croisade de Coloman (1234), schisme de 1252 et naissance de l'Église bosniaque, inquisition dominicaine (1291).
- 1463La conquête ottomane efface les restesfin du bogomilisme organisé
La prise de la Bosnie par les Ottomans met fin aux persécutions — et aux derniers restes organisés de l'hérésie.
Bogomiles et cathares : le chaînon manquant ?
Au XIIe et au XIIIe siècle, l'Occident connaît les dualistes sous le nom de « Bulgares » : en 1207 on mentionne l'hérésie des Bulgares, en 1223 les albigeois sont dits bougres locaux, et l'on parle d'un « pape » des albigeois résidant aux confins de la Bulgarie.[61] Le Rituel slavon du Bosniaque Radoslav ressemble de très près au rituel cathare publié par Cunitz en 1853[62] ; et c'est un mot français né de cette rencontre — bougre, du latin Bulgarus — qui donne à l'anglais buggery, attesté dès 1330 au sens d'« abominable hérésie ».[63] La thèse classique, formulée magistralement par Dimitri Obolensky dans The Bogomils (1948), fait des bogomiles le trait d'union entre les sectes dualistes d'Orient et d'Occident, et les missionnaires itinérants de la secte les agents de cette transmission jusqu'en Italie — au Piémont — et en France.[64]
Il faut dire honnêtement que le débat savant reste ouvert : une partie des médiévistes souligne que les inquisiteurs du XIIIe siècle avaient la gâchette facile des filiations, rattachant tout dualisme au manichéisme comme ils auraient prêté Apollon et Mercure aux païens de la Baltique, et que des mouvements ont pu naître indépendamment en plusieurs lieux.[65] Ce qui est assuré, c'est la circulation des hommes, des livres — la Cène secrète devient une écriture cathare — et du nom ; le reste appartient à la discussion historique, que les articles le catharisme et les albigeois reprendront pour l'Occident.
La réponse catholique : ce que l'Église tient contre les bogomiles
Le monde est bon, parce que Dieu l'a fait
Contre le mépris bogomile de la matière, l'Église n'a jamais cessé de confesser avec l'Écriture que tout ce que Dieu a créé est bon : « Dieu vit tout ce qu'il avait fait, et voici que cela était très bon » (Genèse 1, 31), et « tout a été créé par lui et pour lui » (Colossiens 1, 16).[66] Le IVe concile du Latran (1215) — réuni précisément au moment où le catharisme ravage l'Occident — définit contre tout dualisme qu'il n'y a qu'un seul vrai Dieu, créateur de toutes les choses visibles et invisibles, et que le diable lui-même, créé bon par Dieu, est devenu mauvais par sa propre faute.[67] Le mal n'est donc pas une seconde divinité coéternelle : c'est le refus libre de la créature.
Vrai Dieu et vrai homme : le Christ de Nicée et de Chalcédoine
Contre le fantôme docète des bogomiles, l'Église tient le Christ intégral des conciles : consubstantiel au Père selon la divinité depuis Nicée (325), consubstantiel à nous selon l'humanité depuis Chalcédoine (451) — vrai Dieu né du Père avant les siècles, vrai homme né de la Vierge Marie.[68] L'apôtre saint Jean avait prévenu d'avance contre la gnose naissante :
« C'est à ceci que vous reconnaissez l'Esprit de Dieu : tout esprit qui confesse Jésus Christ venu dans la chair est de Dieu ; et tout esprit qui ne confesse pas Jésus n'est pas de Dieu. » — Saint Jean, Première épître, 4, 2-3[69]
L'Église, ses sacrements et ses prêtres
Contre le refus des sacrements, l'Église répond que le Christ a confié à des hommes de chair des signes efficaces de la grâce : l'eau du baptême qui régénère, le pain et le vin de l'eucharistie devenus réellement son Corps et son Sang, l'alliance du mariage élevée au rang de sacrement.[70] Et contre la thèse d'une Église réservée aux purs sans prêtres ni hiérarchie, elle rappelle que les sacrements agissent par la puissance du Christ et non par la dignité du ministre — doctrine exposée dans la validité des sacrements — et que l'Église, sainte par son Époux, rassemble jusqu'à la fin des temps le froment et l'ivraie.[71] Les rigorismes jumeaux du novatianisme romain et du montanisme phrygien avaient déjà tenté, des siècles plus tôt, de réduire l'Église aux seuls saints : la réponse est la même, de Cyprien à Augustin et jusqu'aux conciles qui frappèrent les bogomiles.
Pour aller plus loin
Notes et références
Cosmas le Prêtre, Sermon contre les bogomiles, incipit : « Au temps du tsar orthodoxe Pierre vivait en Bulgarie un prêtre nommé Bogomil, qui le premier répandit l'hérésie dans le pays » — texte original anglais : « In the days of the orthodox czar Peter, there lived in Bulgaria a priest named Bogomil, who was the first to disseminate the heresy in the land of Bulgaria » ; Cosmas ajoute que l'œuvre est en réalité celle du diable lui-même.
1 14Du règne de Pierre Ier (927-969) à la conquête ottomane de la Bosnie (1463), soit environ cinq siècles d'existence documentée ; voir N. A. Weber, « Bogomili », Catholic Encyclopedia, vol. 2, New York, Robert Appleton, 1913 — texte intégral sur wikisource.org/wiki/Catholic_Encyclopedia_(1913)/Bogomili.
2Dimitri Obolensky, The Bogomils : A Study in Balkan Neo-Manichaeism, Cambridge University Press, 1948 : thèse classique des bogomiles comme trait d'union entre dualistes d'Orient et d'Occident ; reprise dans D. Obolensky, Byzantium and the Slavs, St Vladimir's Seminary Press, 1994, p. 272.
3Bogъ (« dieu ») + milъ (« cher, aimé ») en slavon commun ; équivalent du grec Theophilos, « cher à Dieu ».
4On ne sait pas si le nom vient du fondateur présumé ou si le prédicateur l'a pris après coup, une fois donné à la secte.
5N. A. Weber, « Bogomili » : le nom a été rattaché par certains à Bog Milui (« Dieu, aie pitié »), formule de prière d'usage fréquent chez les adeptes ; d'autres le tirent de Bogomil, « bien-aimé de Dieu », nom d'un représentant marquant de la doctrine au Xe siècle.
6Les adeptes sont dits Babuni dans les documents slavons d'Église (de babonъ, « superstition ») et identifiés aux messaliens dans les documents grecs et slavons des XIIe-XIVe siècles.
7N. A. Weber, « Bogomili » : les membres de la secte s'appelaient eux-mêmes chrétiens.
8Rivière et mont Babuna, cascade et village de Bogomila, région d'Azot (Macédoine du Nord actuelle) : aire d'activité intense du mouvement, très probablement autour du berceau de Kutmichevitsa.
9La littérature propre bogomile est en grande partie perdue ou détruite par les Églises contemporaines ; les listes slavonnes de livres interdits des XVe-XVIe siècles renseignent sur cette littérature et ses moyens de diffusion.
10Le prêtre Jérémie est donné pour auteur de l'Histoire de l'arbre de la Croix et de la Prière contre la fièvre ; le Livre de la Cène secrète (Interrogatio Johannis) devient aussi une écriture cathare en Occident ; Vision d'Isaïe, Apocalypse d'Abraham, 2 Hénoch figurent parmi les apocryphes utilisés.
11Quatre évangiles, quatorze épîtres de Paul, trois de Jean, Jacques, Jude et une épître aux Laodicéens professée comme authentique ; de l'Ancien Testament, seuls les Psaumes et les Prophètes sont reçus.
12Baptême de Boris Ier en 864-865 ; apogée sous Siméon Ier (893-927), épuisé par les guerres contre Byzance, notamment en Thrace.
13Christianisation progressive, office en grec compris de la seule élite, impôts alourdis sous Pierre Ier, terres frontalières dévastées et sans occupation après les guerres de Siméon, corruption de l'Église institutionnelle : le terreau social du succès bogomile.
15Le pape Nicolas Ier met en garde Boris Ier contre le danger des faux enseignements.
16La lettre du patriarche Théophylacte de Constantinople à Pierre Ier de Bulgarie est la plus ancienne description des bogomiles.
17En 970, l'empereur Jean Ier Tzimiskès transplante des pauliciens d'Arménie en Thrace, autour de Philippopolis (Plovdiv), comme soldats-frontière.
20Les pauliciens, assimilés linguistiquement aux Bulgares qui les nomment pavlikiani, irriguent le milieu d'où sort le bogomilisme ; voir le paulicianisme.
21N. A. Weber, « Bogomili » : l'admission d'un double principe créateur, l'un bon, l'autre mauvais, forme la base du système, comme de toutes les sectes manichéennes.
22Dualisme d'abord modéré — Satan inférieur à Dieu dont il est le fils — puis durci vers deux éternels adversaires, comme chez les cathares postérieurs.
23N. A. Weber, « Bogomili ». Texte original anglais : « God the Father, according to them, had a human appearance but was incorporeal. He had two sons, the first-born, Satanael, and the younger, Jesus Christ or Michael. Satanael, though seated at the right hand of the Father and endowed with creative power, rebelled and was, with some of the angels, his followers, cast out of heaven. »
24Ève, créée comme Adam, est séduite par Satanael ; en punition celui-ci perd sa puissance créatrice mais garde l'empire sur sa création et travaille à la ruine de l'homme (N. A. Weber, « Bogomili »).
25Jésus pénètre par l'oreille droite de Marie et prend d'elle une apparence de corps humain ; tout ce qui est matériel en lui n'est qu'apparence (N. A. Weber, « Bogomili »).
26Satanael vaincu perd son nom divin El et devient Satan ; le vainqueur occupe sa place ; le Saint-Esprit, envoyé, ne demeure que dans les bogomiles ; Jésus et l'Esprit seront finalement absorbés par le Père, seule personne subsistante (N. A. Weber, « Bogomili »).
27Michel, envoyé sous forme d'homme et identifié à Jésus, est « élu » par Dieu après le baptême du Jourdain : quand l'Esprit paraît en colombe, Jésus reçoit le pouvoir de briser le pacte d'argile (hierographon) détenu par Satanael depuis Adam.
28Par les machinations de Satan a lieu la crucifixion ; et Satan serait l'auteur de toute la communauté orthodoxe visible, avec ses églises, vêtements, cérémonies, sacrements, jeûnes, moines et prêtres.
29Pour les bogomiles, le Logos n'est pas la seconde Personne de la Trinité incarnée, mais la simple parole proférée de Dieu manifestée dans l'enseignement oral du Christ.
30Des anathèmes contre les bogomiles, vers 1027, les chargent du rejet de la Trinité, alors même qu'ils se disaient trinitaires.
31L'Ancien Testament est rejeté, à l'exception du Psautier et des livres prophétiques (N. A. Weber, « Bogomili »).
32Les bogomiles nient la présence réelle : le pain et le vin de l'eucharistie ne seraient jamais transformés en chair et en sang.
33Condamnation du mariage, rejet des images, interdiction de la viande (N. A. Weber, « Bogomili »).
34Refus du jeûne des lundis et vendredis, rejet du monachisme, prières dans les maisons privées, ordination conférée par la congrégation et non par un ministre désigné.
35M. Gaster, « Bogomils », Encyclopaedia Britannica, 11e éd., vol. 4, Cambridge University Press, 1911, p. 119 : le Christ Fils de Dieu seulement par grâce comme les autres prophètes ; le jugement dernier exécuté par Dieu et non par Jésus ; croix et images, idoles ; vénération des saints et des reliques, idolâtrie.
36Deux degrés : les parfaits (« élus »), hommes ou femmes, et les simples croyants.
37Chaque communauté compte ses douze « apôtres » ; vêtements semblables à ceux des frères mendiants ; vie itinérante.
38Le monde étant l'œuvre de Satan, le parfait fuit tout excès de ses plaisirs, sans pour autant verser dans l'ascétisme forcené.
39Quatre prières le jour et quatre la nuit selon Cosmas, le Notre Père comme arme principale contre Satan, avec des conjurations contre les mauvais esprits.
40Missionnaires enthousiastes parcourant les pays, guérissant les malades, exorcisant, semant la littérature apocryphe (Bibles historiées, Lettre tombée du ciel, Voyages au ciel et en enfer, légendes d'Adam et de la Croix), par où plusieurs récits populaires d'Orient et d'Occident doivent leur diffusion à leur activité.
41Sous Samuel de Bulgarie (976-1014), révolté contre Byzance et appuyé sur le soutien populaire du mouvement, aucune persécution n'est attestée.
42La Bosnie occidentale, vallée de la Bosna, devient le foyer le plus actif ; province de Hum, cités de Split et Trogir gagnées avant le repli vers la Bosnie.
43À la fin du XIIe siècle, le grand-prince Étienne Nemanja et son concile déclarent le bogomilisme hérésie et expulsent ses adeptes ; fresque de 1290 conservant le souvenir de ce concile anti-bogomile.
44La protection accordée aux « hérétiques », bogomiles compris, devient le prétexte récurrent des rois de Hongrie pour déclarer des croisades contre la Bosnie.
45Les bogomiles sont mentionnés nommément à Philippopolis en 1115 (N. A. Weber, « Bogomili »).
46Synode de Constantinople (1140) ordonnant la destruction des écrits de la secte ; en 1143, deux évêques de Cappadoce déposés pour avoir embrassé ses thèses ; la faveur accordée à l'adhérent Niphon cause la déposition du patriarche Cosmas II (1147) (N. A. Weber, « Bogomili »).
47Le patriarche Germain II combat les doctrines au XIIIe siècle ; nouvelles condamnations des synodes de Constantinople en 1316 et 1325 (N. A. Weber, « Bogomili »).
48Des variantes du bogomilisme gagnent la Russie kiévienne après le XIe siècle ; au XIVe siècle, Karp Strigolnik prêche à Novgorod : des « enseignants » élus parmi les simples fidèles, sans sacerdoce séparé — souche des strigolniks.
49Basile, moine et médecin entouré de douze apôtres, mandé à Constantinople : Alexis Ier obtient habilement de lui un exposé franc de la doctrine, canevas de la réfutation de Zigabène (N. A. Weber, « Bogomili » ; Anne Comnène, Alexiade, livre XV).
50Sommés de se rétracter, certains adeptes cèdent et sont relâchés, les obstinés meurent en prison ; Basile seul est condamné à mort et brûlé en 1118, au terme d'une procédure engagée vers 1110.
51Unique exécution publique de bogomiles dans l'Empire byzantin : la répression, pour vigoureuse, n'éteint pas l'hérésie.
52Concile de Tirnovo, 11 février 1211, présidé par le tsar Boril (1207-1218) en personne : condamnation de la doctrine et anathème contre son fondateur, le pope Bogomil.
53Le Livre de Boril — Synodikon de l'Orthodoxie traduit et complété sur ordre du tsar — conserve les anathèmes, dans la tradition du Discours de Cosmas le Prêtre.
54Au XIIIe siècle, le bogomilisme est éradiqué comme force organisée de Bulgarie, de Rascie et de Byzance ; des restes subsistent en Hum et en Bosnie jusqu'à la conquête ottomane de 1463.
55En 1203, le pape Innocent III, avec l'appui du roi de Hongrie, arrache au ban Kulin une abjuration publique et la reconnaissance de l'autorité romaine — largement ignorée dans la pratique.
56En 1234, Grégoire IX dépose l'évêque catholique de Bosnie et fait prêcher la croisade au prince Coloman de Slavonie, dont l'expédition est repoussée par les nobles bosniaques.
57En 1252, la soumission de l'évêché bosniaque à l'archevêché hongrois de Kalocsa, décidée par Innocent IV, provoque le schisme et la naissance de l'Église bosniaque autonome.
58Aucune trace de bogomilisme, de catharisme ou de dualisme dans les documents originaux des krstjani bosniaques : l'identification de l'Église bosniaque aux bogomiles est une confusion née de la rareté des documents après la conquête ottomane.
59Bulle Prae cunctis de Nicolas IV (1291) imposant l'inquisition dominicaine en Bosnie ; une secte dualiste y est encore signalée à la fin du XVe siècle, très probablement distincte de l'Église bosniaque.
60En 1207, mention de l'hérésie des Bulgares ; en 1223, les albigeois sont dits bougres locaux ; mention d'un « pape » des albigeois résidant aux confins de la Bulgarie.
61Le Rituel slavon du Bosniaque Radoslav ressemble de très près au rituel cathare publié par Cunitz en 1853.
62Bougre, du latin Bulgarus (« bulgare »), donne l'anglais buggery, attesté dès 1330 au sens d'« abominable hérésie ».
63Dimitri Obolensky, The Bogomils : A Study in Balkan Neo-Manichaeism, Cambridge University Press, 1948.
64Une partie des médiévistes souligne le réflexe filiateur des inquisiteurs du XIIIe siècle et plaide pour des naissances indépendantes en plusieurs lieux ; la circulation des hommes, des livres et du nom reste assurée.
65« Dieu vit tout ce qu'il avait fait, et voici que cela était très bon » (Genèse, 1, 31) ; « tout a été créé par lui et pour lui » (Saint Paul, Colossiens 1, 16).
66IVe concile du Latran (1215), constitution Firmiter (DS 800) : un seul vrai Dieu, créateur de toutes les choses visibles et invisibles ; le diable, créé bon, devenu mauvais par sa faute.
67Nicée I (325) : le Fils consubstantiel au Père ; Chalcédoine (451) : un seul Christ, vrai Dieu et vrai homme.
68Saint Jean, Première épître, 4, 2-3.
69L'eau du baptême qui régénère, le pain et le vin devenus réellement Corps et Sang du Christ, le mariage élevé au rang de sacrement.
70Parabole du froment et de l'ivraie (Matthieu, 13, 24-30) : l'Église rassemble saints et pécheurs jusqu'à la moisson.
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