Les pauliciens (en grec Paulikianoi) sont un mouvement chrétien né en Arménie byzantine vers le milieu du VIIe siècle, qui refuse l'Ancien Testament, la maternité divine de Marie, la vénération de la croix, les sacrements et toute hiérarchie ecclésiastique, et qui professe un Christ adopté par le Père à son baptême plutôt que vrai Dieu de toute éternité. Persécuté par les empereurs, le mouvement prend les armes au IXe siècle et fonde autour de Tephrike un véritable État hérétique allié aux Arabes, avant d'être écrasé par Basile Ier en 872.
Transplantés en masse dans les Balkans — en Thrace dès le VIIIe siècle, puis autour de Philippopolis en 970 — les pauliciens y survivent jusqu'au XIIe siècle, où l'empereur Alexis Ier Comnène les dispute et les convertit en nombre. Leur trace s'efface ensuite, mais l'historiographie les a placés au cœur d'un grand débat : sont-ils le chaînon entre les dualistes d'Orient et les bogomiles puis les cathares d'Occident ?
Cet article expose ce que l'on sait de façon solide — les sources byzantines hostiles, les sources arméniennes, les acquis de Nina Garsoïan et de Paul Lemerle —, ce que les pauliciens croyaient d'après ces sources, leur histoire de deux siècles et demi, et le jugement que l'Église catholique porte sur leur doctrine.
D'où vient le nom de « pauliciens » ?
Les disciples de l'Apôtre, ou les fils de Paul de Samosate ?
Deux étymologies s'affrontent, et le choix entre elles résume à lui seul le problème des sources : presque tout ce que l'on sait des pauliciens vient de leurs ennemis[1].
Selon les polémistes byzantins — Pierre de Sicile vers 870, puis le patriarche Photius — le nom viendrait de deux frères hérétiques, Paul et Jean, fils d'une certaine Callinicé de Samosate, qui auraient semé l'erreur en Arménie[2]. Faire dériver une hérésie d'un obscur ancêtre éponyme est un procédé classique de l'hérésiologie ancienne : il prive le mouvement de toute racine apostolique et le réduit à une invention privée.
Selon les pauliciens eux-mêmes, le nom viendrait de l'Apôtre saint Paul : ils se disaient les vrais disciples de Paul, lecteurs exclusifs de ses épîtres, et leurs chefs prenaient les noms des compagnons de l'Apôtre — Silvanus, Titus, Timothée, Épaphras, Tychique[3]. Leurs communautés portaient les noms des Églises fondées par Paul : Macédoine, Achaïe, Philippes, Laodicée, Éphèse, Colosses[4].
Que retient l'histoire moderne ?
L'historienne Nina Garsoïan, dans l'étude la plus complète jamais consacrée au sujet à partir des sources grecques et arméniennes, tranche en faveur de la seconde étymologie : le paulicianisme est d'abord un mouvement de retour revendiqué à Paul, enraciné dans le christianisme arménien et syrien, et non l'importation d'un gnosticisme étranger[5]. Le byzantiniste Paul Lemerle, qui a repris tout le dossier d'après les sources grecques, confirme que les récits d'origine des polémistes sont des constructions hostiles, utiles pour dater les chefs du mouvement mais sans valeur sur sa nature profonde[6].
« Jésus ne semble pas être né Fils de Dieu, mais avoir plutôt été reconnu par le Père en récompense de la vertu de sa vie et de la qualité de sa foi. La reconnaissance de Jésus comme Fils de Dieu ne vint qu'à son baptême, qui était le plus important sacrement. » — Nina Garsoïan, The Paulician Heresy, La Haye, Mouton, 1967, p. 152[7]
Que sait-on d'eux ? Le dossier des sources
Pierre de Sicile, l'envoyé de Basile Ier
La source maîtresse est l'Histoire utile contre les manichéens, dits aussi pauliciens (Historia Manichaeorum qui et Pauliciani dicuntur), rédigée vers 870 par Pierre de Sicile, haut fonctionnaire que l'empereur Basile Ier avait envoyé à Tephrike pour négocier le rachat des prisonniers byzantins[8]. Pierre a séjourné neuf mois dans la capitale hérétique : il y a observé les chefs, recueilli leurs discours et, à son retour, adressé son réquisitoire à l'archevêque de Bulgarie pour le mettre en garde — preuve que l'hérésie menaçait déjà les Balkans[9]. C'est à lui que l'on doit la liste des sept didascales, la doctrine prêtée à Sergius et le récit des origines.
« Il se vantait d'avoir répandu son Évangile "de l'Orient à l'Occident, du Nord au Midi". » — Pierre de Sicile à propos de Sergius, Histoire des manichéens, 45, cité par la Catholic Encyclopedia[10]
Photius et les chroniqueurs byzantins
Le patriarche Photius a consacré aux pauliciens un Récit sur les manichéens dits pauliciens et quatre livres Contre les manichéens, qui reprennent et complètent Pierre de Sicile[11]. Les chroniques — Théophane le Confesseur, le Continuateur de Théophane, Genesios, plus tard Skylitzès, Zonaras et Anne Comnène (Alexiade, livre XIV) pour la période thrace — fournissent le cadre événementiel : persécutions, batailles, déportations[12]. Toutes ces plumes sont imperiales et orthodoxes : elles appellent constamment les pauliciens « manichéens », insulte générique que Byzance applique à tout dualisme supposé, et qu'il ne faut jamais prendre pour une filiation prouvée avec Mani[13].
Les sources arméniennes et le débat moderne
Du côté arménien, les témoignages sont plus rares et disputés : lettres catholicosales, chronique d'Aristakès de Lastivert, et surtout la Clé de la Vérité (Ban Ulug), rituel arménien édité et traduit par Frederick Conybeare en 1898, que celui-ci attribua aux pauliciens mais qui appartient plus probablement aux thondrakiens voisins — attribution que Garsoïan a fortement relativisée[14]. C'est sur ce terrain fragile que Conybeare avait bâti sa thèse d'un paulicianisme adoptioniste primitif, survivance du judéo-christianisme : accueillie avec scepticisme en son temps, elle a été reprise sur de meilleures bases par Garsoïan[15].
L'historiographie moderne tient donc le dossier en équilibre entre trois pôles : Steven Runciman, qui fit des pauliciens le premier anneau d'une chaîne dualiste allant jusqu'aux cathares (The Medieval Manichee, Cambridge, 1947)[16] ; Garsoïan (1967), qui démontra l'enracinement arménien et adoptioniste ; et Lemerle (1973), qui reconstitua l'histoire événementielle avec une prudence exemplaire et ramena plusieurs légendes à leurs proportions[17]. Le présent article suit ces trois guides, en signalant à chaque fois le degré de certitude.
Que croyaient les pauliciens ?
Tout exposé de la doctrine paulinicienne doit commencer par un avertissement d'honnêteté : aucun écrit paulinicien authentique et incontesté ne nous est parvenu. Nous lisons leur foi à travers le réquisitoire de leurs bourreaux et de leurs controversistes. Quand Pierre de Sicile et Photius s'accordent, quand Garsoïan retrouve le même trait dans une source arménienne indépendante, la probabilité grandit ; quand un grief n'apparaît que sous une plume, la prudence s'impose[18].
Un Christ adopté à son baptême
Le cœur du système est une christologie adoptioniste : Jésus, simple homme d'une vertu éminente, aurait été adopté comme Fils de Dieu à son baptême, vers l'âge de trente ans — d'où l'importance capitale que les pauliciens accordaient, selon Garsoïan, au baptême du Christ[19]. À cet adoptionisme se mêlent des traits docètes : le corps du Christ serait un corps céleste, passé à travers Marie « comme par un canal », sans rien prendre d'elle[20]. Le résultat est l'inverse exact de la foi de Nicée : au lieu du Verbe vrai Dieu devenu vrai homme, un homme vertueux élevé jusqu'à Dieu et revêtu d'une humanité d'emprunt.
L'Ancien Testament écarté, Marie effacée, la croix refusée
De ce Christ découle tout le reste. Les pauliciens ne recevaient, dit Pierre de Sicile, que les quatre Évangiles et les épîtres de Paul — avec une prédilection exclusive pour l'Apôtre — et rejetaient l'Ancien Testament, les épîtres de Pierre et, selon certains témoignages, les Actes des Apôtres[21]. Le Dieu de l'Ancien Testament, créateur de ce monde visible, était distingué du Père céleste annoncé par le Christ : c'est ce dualisme mitigé — deux principes dont l'un, inférieur, gouverne la matière — qui valut aux pauliciens l'étiquette byzantine de « manichéens », alors même que leur système ne doit probablement rien à Mani[22].
Logiquement, Marie n'est plus la Mère de Dieu (Theotokos) : simple canal d'un corps céleste, elle ne reçoit ni titre ni culte[23]. La croix, instrument du supplice, est tenue pour maudite et toute vénération d'images, de reliques et de lieux saints est refusée — point sur lequel les pauliciens se rencontrèrent objectivement avec les iconoclastes, sans pour autant se confondre avec eux[24].
Une Église sans prêtres, sans temples et sans sacrements ?
L'ecclésiologie paulinicienne est une table rase : ni sacerdoce, ni hiérarchie, ni bâtiments d'église — le temple, disent-ils, c'est l'assemblée des fidèles —, ni baptême d'eau (remplacé par un baptême d'esprit), ni eucharistie au sens catholique[25]. Les chefs, appelés didascales (didaskaloi, « maîtres »), enseignent entourés de compagnons de route, sans ordination ni succession apostolique[26]. Les sources leur prêtent en outre une morale rigoriste — jeûnes multipliés, continence valorisée, méfiance envers le mariage — dont il est difficile de faire le départ entre réalité ascétique et calomnie polémique[27].
| Ce que l'Église confesse | Ce que les pauliciens en faisaient |
|---|---|
| Le Christ vrai Dieu et vrai homme (Nicée, Chalcédoine) | Un homme adopté au baptême, au corps céleste |
| Toute l'Écriture inspirée, Ancien et Nouveau Testaments | Les seuls Évangiles et Paul ; l'Ancien Testament écarté |
| Marie Mère de Dieu, vénérée | Marie simple canal, sans culte |
| La croix glorieuse, les icônes, les reliques | La croix maudite, les images refusées |
| Baptême d'eau, eucharistie, sacerdoce ordonné | Baptême d'esprit, repas commémoratif, didascales sans ordination |
| L'Église visible, hiérarchique et sacramentelle | L'assemblée des fidèles, sans temples ni prêtres |
Ce tableau résume les griefs concordants de Pierre de Sicile et de Photius, relus par Garsoïan : il vaut comme acte d'accusation documenté, non comme profession de foi signée des accusés[28].
Dualistes ou non ? La question disputée
Faut-il ranger les pauliciens parmi les dualistes, aux côtés des manichéens et des marcionites ? Les polémistes disent oui ; Garsoïan répond : adoptionistes d'abord, devenus dualistes par développement propre, en poussant jusqu'au bout certaines prémisses — notamment iconoclastes — plutôt qu'en important un système étranger[29]. Des travaux récents soulignent même que leurs idées sur le diable s'accordent mal avec le dualisme absolu comme avec le dualisme mitigé classique : le dossier reste ouvert, et c'est une raison de plus de ne pas réduire les pauliciens à des « manichéens » sur la foi d'une insulte byzantine[30].
Deux siècles de didascales : la chronologie
Pierre de Sicile énumère sept maîtres successifs — Constantin-Silvanus, Syméon-Titus, Génésius-Timothée, Joseph-Épaphras, Zacharie, Baanes et Sergius-Tychique —, pour la plupart affublés du nom d'un compagnon de saint Paul : la liste vaut moins par son exactitude — les durées se chevauchent et les raccords sont artificiels — que comme ossature chronologique admise par tous les historiens depuis Lemerle[31].
- Vers 660 – vers 681Constantin-Silvanusle fondateur de Mananalis
- Vers 684 – vers 690Syméon-Titusle bourreau converti
L'officier Syméon, envoyé pour exécuter Constantin, se laisse convaincre par les fidèles, gagne Cibossa et devient Titus. Arrêté sous Justinien II, il est brûlé vif avec une partie des siens vers 690[34].
- Vers 690 – vers 715Paul et Génésius-Timothéela traversée du VIIIe siècle
Après un intermède obscur autour d'un certain Paul, Génésius prend le nom de Timothée. Convoqué à Constantinople sous Léon III, vers 722-726, il y est examiné puis relâché — signe que l'iconoclasme naissant ne le tient pas (encore) pour un ennemi[35].
- Vers 715 – vers 770Joseph-Épaphras, Zacharie et Baanes le Salecroissance et schisme
Joseph (Épaphras) puis Zacharie conduisent des communautés en expansion ; vers 745, Baanes, surnommé le Sale, provoque un schisme dont les polémistes se délectent et que les historiens peinent à reconstituer[36].
- Vers 801 – 835Sergius-Tychicusle réformateur missionnaire
Sergius prend le nom de Tychique et dirige le mouvement trente-quatre ans : il le réorganise, le discipline et lance une prédication tous azimuts dont il se vante lui-même. Assassiné en 835, il laisse une secte transformée en puissance — et, huit ans plus tard, la persécution impériale en fera une armée[37].
De la prédication à la guerre : persécutions et révoltes
Les premiers martyrs : Constantin IV et Justinien II
Le pouvoir impérial frappe tôt et fort : Constantin IV fait lapider le fondateur, Justinien II fait brûler son successeur. Mais la répression échoue comme souvent : le sang des suppliciés fait des prosélytes, et les communautés essaimées en Arménie et en Cappadoce survivent à leurs chefs[38].
L'accalmie iconoclaste et le premier transfert en Thrace
Paradoxe relevé par tous les historiens : les empereurs iconoclastes — Léon III, Constantin V et leurs successeurs — ménagent relativement les pauliciens, dont l'hostilité aux images rejoint la leur, et les utilisent comme garnisaires des frontières[39]. Vers le milieu du VIIIe siècle, Constantin V transfère des populations syriennes et arméniennes, dont de nombreux pauliciens, en Thrace, face aux Bulgares : c'est la première transplantation occidentale du mouvement, un siècle avant la grande déportation[40]. La Catholic Encyclopedia va jusqu'à écrire, en suivant Conybeare, que ces empereurs furent « pratiquement pauliciens eux-mêmes » — formule excessive, mais révélatrice d'une réelle convergence d'intérêts[41].
Théodora (843) : la grande persécution
Tout bascule avec la régence de Théodora, qui restaure les icônes (843) et entreprend l'éradication de l'hérésie : des inquisiteurs impériaux parcourent les provinces orientales, et les chroniques dénombrent les suppliciés — pendaisons, crucifixions, décapitations, noyades — jusqu'au chiffre manifestement enflé de cent mille victimes, que l'édition de 1911 de la Britannica reprend sans critique[42]. Exagéré ou non, le chiffre dit l'ampleur du traumatisme : des milliers de pauliciens, plutôt que d'abjurer, passent la frontière et se placent sous la protection de l'émir arabe de Mélitène[43]. La persécution religieuse vient de donner à l'Empire ce qu'il redoutait : une armée d'hérétiques entraînés, guidés par un chef militaire de premier ordre.
Tephrike, l'État hérétique allié des Arabes
Karbeas et la fondation (vers 843-863)
Le fondateur de la principauté paulinicienne est Karbeas, officier impérial passé aux Arabes avec plusieurs milliers des siens au plus fort de la persécution[44]. Accueilli par l'émir Omar al-Aqta de Mélitène, il fortifie Tephrike — l'actuelle Divrigi, en Turquie orientale — et en fait, avec les places d'Amara et d'Argaoun, une marche militaire d'où ses cavaliers razzient les thèmes byzantins, en coordination avec les incursions arabes[45]. Karbeas meurt en 863, l'année même où le général Pétronas écrase les Arabes à Lalakaon : son œuvre lui survit.
Chrysocheir jusqu'à Éphèse (863-872)
Son successeur, Chrysocheir (« Main-d'Or »), neveu — ou gendre, selon les sources — de Karbeas, porte la guerre au cœur de l'Empire : Nicée, Nicomédie, et en 867 une pointe jusqu'à Éphèse, dont les chroniqueurs affirment qu'il convertit en écurie la basilique Saint-Jean[46]. Pendant près de dix ans, Byzance subit ce qu'aucune hérésie ne lui avait jamais infligé : non plus des prédicants clandestins, mais une puissance territoriale alliée à l'Islam, capable de frapper à quelques journées de la capitale.
Bathys Ryax (872) : la chute
L'empereur Basile Ier — lui-même d'origine arménienne — prend l'affaire en main : après une première campagne en 871, ses généraux surprennent l'armée paulinicienne à Bathys Ryax (« le Profond Torrent »), en Cappadoce septentrionale, en 872 — date établie par Lemerle contre une variante manuscrite qui proposait 878[47]. L'armée hérétique est taillée en pièces ; Chrysocheir, en fuite, est rattrapé et tué près de Sébaste, au lieu dit la Colline de Constantin[48]. Tephrike tombe, ses fortifications sont rasées, et la principauté paulinicienne disparaît de la carte après trente ans d'existence.
« En 872 (ou, selon d'autres savants, en 878), les forces de Chrysocheir, chef des pauliciens, se heurtèrent aux Byzantins dans une bataille livrée à Vathys Ryax, en Cappadoce du Nord, et s'enfuirent en désordre. Les Byzantins les poursuivirent vers le nord-est jusqu'à une colline appelée Bounos de Constantin, près de Sébaste, et y tuèrent Chrysocheir avec nombre de ses soldats. » — Encyclopédie du monde hellénique, Asie Mineure, notice « Bataille de Vathys Ryax »[49]
De Philippopolis à Alexis Comnène : la fin byzantine
La déportation de Tzimiskès (970)
Vaincus en Orient, les pauliciens ressurgissent en Occident. En 970, l'empereur Jean Ier Tzimiskès — Arménien lui aussi — fait transplanter en masse les pauliciens d'Orient autour de Philippopolis (l'actuelle Plovdiv, en Bulgarie), avec liberté religieuse en échange du service de garde-frontière[50]. Zonaras chiffre la transplantation à deux cent mille âmes — chiffre repris par Gibbon et la Britannica de 1911, à recevoir avec la même prudence que les cent mille victimes de Théodora[51]. Philippopolis devient pour deux siècles le centre mondial du paulicianisme : c'est de là que l'hérésie rayonnera vers la Bulgarie et les Balkans.
Le patriarche Théophylacte et la Bulgarie
Dès le milieu du Xe siècle, le patriarche Théophylacte de Constantinople alerte le tsar Pierre de Bulgarie sur une « hérésie nouvelle » qui séduit son peuple : mêlés aux populations slaves, une partie des pauliciens glisse vers le mouvement naissant du pope Bogomil — sans s'y dissoudre entièrement, car des communautés pauliniciennes distinctes subsistent en Thrace jusqu'au XIIe siècle[52]. Pour le détail de cette filiation, on renverra à l'article Bogomilisme, traité dans cette encyclopédie comme un sujet propre.
Alexis Comnène dispute et convertit
Au début du XIIe siècle, l'empereur Alexis Ier Comnène séjourne à Philippopolis et s'attaque personnellement à l'hérésie : selon sa fille Anne Comnène, il dispute chaque jour avec les chefs pauliciens, en convertit un grand nombre et fonde pour les convertis, face à la ville, une cité nouvelle — Alexiopolis, ou Neokastra — dotée d'églises et de privilèges[53]. Les irréductibles sont repoussés vers l'hérésie bogomile, dont le chef Basile sera brûlé à Constantinople en 1118[54]. Après Alexis, les pauliciens cessent d'exister comme corps distinct dans l'Empire : convertis, absorbés ou effacés, ils sortent de l'histoire byzantine.
« Pendant son séjour à Philippopolis, [Alexis] s'entretint chaque jour avec les manichéens, qui habitaient en grand nombre la ville et ses environs, et il en ramena beaucoup à la vraie foi, pour lesquels il bâtit en face de Philippopolis une ville nouvelle. » — Anne Comnène, Alexiade, livre XIV, résumé d'après l'édition de B. Leib (Paris, Les Belles Lettres)[55]
Quelle postérité ? Bogomiles, cathares et pavlikeni
La thèse Runciman et ses limites
En 1947, Steven Runciman proposa dans The Medieval Manichee la grande synthèse qui fit la célébrité des pauliciens : une chaîne dualiste ininterrompue, des pauliciens d'Arménie aux bogomiles de Bulgarie, puis aux cathares et vaudois d'Occident[56]. La thèse séduit par sa simplicité et garde une part de vérité — le relais thrace entre pauliciens et bogomiles est documenté —, mais les médiévistes l'ont depuis fortement nuancée : Hamilton, Barber, Brenon et Pegg ont montré que le catharisme occidental naît aussi de prédications locales, de l'anticléricalisme grégorien et de lectures évangéliques propres à l'Occident, sans qu'aucune filiation directe et continue soit démontrable[57]. Ignispedia traite le catharisme et les vaudois dans leurs articles propres : on ne refera pas ici leur dossier.
Les pavlikeni de Bulgarie, réunis à Rome
Épilogue inattendu : au XVIIe siècle, des villages catholiques de Bulgarie du Nord — autour de Nikopol et de Plovdiv — se réclament d'une ascendance paulinicienne : ce sont les pavlikeni, évangélisés par les franciscains et réunis à Rome, dont une partie gagnera ensuite le Banat[58]. La continuité biologique avec les pauliciens du Moyen Âge reste discutée — les travaux récents parlent d'une « légende de Rome » entretenue par les intéressés eux-mêmes —, mais le nom, à treize siècles de distance, témoigne de l'extraordinaire longévité du souvenir[59].
Le jugement de l'Église catholique
L'erreur christologique : un autre Christ
Le paulicianisme contredit frontalement la foi définie à Nicée (325) et à Chalcédoine (451) : le Christ n'est pas un homme adopté, mais le Verbe vrai Dieu, né du Père avant tous les siècles, devenu vrai homme — « et le Verbe était Dieu » (Jn 1, 1), « de condition divine » (Ph 2, 6), « Mon Seigneur et mon Dieu » (Jn 20, 28)[60]. Le Catéchisme récapitule : « L'Église confesse ainsi que Jésus est inséparablement vrai Dieu et vrai homme » (CEC 464-469)[61]. Un Christ adopté ne peut ni révéler le Père en plénitude ni diviniser l'homme : comme l'avait déjà tranché saint Athanase contre les ariens, seul Dieu sauve[62].
« L'Église confesse ainsi que Jésus est inséparablement vrai Dieu et vrai homme. Il est vraiment le Fils de Dieu qui s'est fait homme, notre frère, et cela sans cesser d'être Dieu, notre Seigneur. » — Catéchisme de l'Église catholique, 469[63]
L'erreur ecclésiologique : une autre Église
Le reste suit : Marie est vraiment Mère de Dieu (CEC 495 ; cf. Lc 1, 43 : « la mère de mon Seigneur »)[64] ; la croix est l'instrument glorieux du salut (cf. Ga 6, 14) et sa vénération est légitime[65] ; le baptême d'eau fait entrer dans la mort et la résurrection du Christ (Mt 28, 19 ; CEC 1213)[66] ; l'eucharistie est vraiment le Corps et le Sang du Seigneur (1 Co 11, 23-25 ; CEC 1324)[67] ; et l'Église est une société visible, hiérarchique et apostolique (Mt 16, 18 ; 1 Tm 3 ; CEC 857-860)[68]. Rejeter l'Ancien Testament, c'est enfin rejeter l'Écriture que le Christ lui-même a déclarée inaccomplissable à abolir (Mt 5, 17-18) et que l'Église reçoit tout entière comme inspirée (CEC 121-123)[69].
Cela n'interdit pas de reconnaître, comme le fait Lemerle, la part des responsabilités byzantines : une Église d'État qui lapide, brûle et déporte fabrique des martyrs à l'hérésie qu'elle prétend extirper[70]. Mais la violence de la répression n'a jamais rendu vraie la doctrine des victimes : le paulicianisme reste, au jugement catholique, une hérésie christologique et ecclésiologique caractérisée, dont l'étude éclaire en retour la cohérence de la foi — du Christ vrai Dieu à l'Église visible, tout se tient.
Pour aller plus loin
Notes et références
« Paulicians », Catholic Encyclopedia, vol. 11, New York, Robert Appleton, 1911 — texte intégral sur newadvent.org/cathen/11583a.htm : origine du nom, les deux frères Paul et Jean fils de Callinicé selon les polémistes, et la revendication apostolique des pauliciens eux-mêmes.
1 2 3N. Garsoïan, The Paulician Heresy, La Haye-Paris, Mouton, 1967 : les communautés nommées d'après les Églises pauliniennes et les chefs affublés des noms des compagnons de l'Apôtre.
4N. Garsoïan, The Paulician Heresy (1967) : thèse centrale de l'enracinement arménien et adoptioniste, contre l'importation gnostique ou manichéenne.
5P. Lemerle, « L'histoire des Pauliciens d'Asie Mineure d'après les sources grecques », Travaux et Mémoires du Centre de recherche d'histoire et civilisation de Byzance, 5, Paris, 1973 : reconstitution événementielle prudente, critique des légendes polémiques.
6 17N. Garsoïan, The Paulician Heresy, La Haye, Mouton, 1967, p. 152 : le Christ reconnu Fils de Dieu à son baptême, « le plus important sacrement ».
7 19Pierre de Sicile, Histoire des manichéens dits pauliciens (Historia Manichaeorum qui et Pauliciani dicuntur), vers 870 : l'auteur, envoyé de Basile Ier à Tephrike pour le rachat des captifs, y séjourna neuf mois.
8Pierre de Sicile, Histoire des manichéens, adresse à l'archevêque de Bulgarie : mise en garde contre une hérésie déjà menaçante pour les Balkans.
9Pierre de Sicile, Histoire des manichéens, 45 : Sergius « se vantait d'avoir répandu son Évangile de l'Orient à l'Occident, du Nord au Midi » — cité par la Catholic Encyclopedia, art. « Paulicians ».
10Photius de Constantinople, Récit sur les manichéens dits pauliciens (Narratio de Manichaeis qui et Pauliciani dicuntur) et Contre les manichéens, en quatre livres.
11Théophane le Confesseur, Chronographie ; Continuateur de Théophane ; Genesios, Histoires ; Skylitzès, Synopsis ; Zonaras, Epitomé ; Anne Comnène, Alexiade, livre XIV : cadre événementiel des persécutions, batailles et déportations.
12Sur l'usage byzantin de « manichéens » comme injure générique contre tout dualisme supposé, voir S. Runciman, The Medieval Manichee, Cambridge, 1947, et la mise en garde de méthode de P. Lemerle (1973).
13La Clé de la Vérité (Ban Ulug), rituel arménien édité et traduit par F. C. Conybeare, The Key of Truth, Oxford, Clarendon Press, 1898 : attribution aux pauliciens contestée, rattachement plus probable aux thondrakiens ; voir N. Garsoïan (1967).
14F. C. Conybeare, The Key of Truth (1898) : thèse d'un paulicianisme adoptioniste primitif, survivance judéo-chrétienne — accueil sceptique des contemporains, reprise critique par Garsoïan.
15S. Runciman, The Medieval Manichee : A Study of the Christian Dualist Heresy, Cambridge University Press, 1947 (trad. fr. Le manichéisme médiéval, Paris, Payot, 1949) : la chaîne pauliciens-bogomiles-cathares.
16 56Aucun écrit paulinicien authentique et incontesté ne subsiste : toute la doctrine est connue par les polémistes (Pierre de Sicile, Photius) et les chroniques impériales — d'où la règle de convergence suivie dans cet article.
18Le corps céleste passé à travers Marie « comme par un canal » : grief concordant de Pierre de Sicile et de Photius, relevé par N. Garsoïan (1967) et la Catholic Encyclopedia.
20Pierre de Sicile : réception des quatre Évangiles et des épîtres pauliniennes, rejet de l'Ancien Testament et des épîtres de Pierre ; les Actes sont contestés selon les témoignages — voir Catholic Encyclopedia, art. « Paulicians ».
21Distinction du Dieu créateur de ce monde et du Père céleste : dualisme mitigé prêté aux pauliciens par les polémistes ; voir N. Garsoïan (1967) sur son développement propre, sans importation manichéenne.
22Refus du titre de Mère de Dieu et de tout culte marial : Photius, Contre les manichéens ; Pierre de Sicile ; voir Catholic Encyclopedia.
23La croix tenue pour maudite comme instrument du supplice, refus des images, reliques et lieux saints : Pierre de Sicile ; convergence objective avec l'iconoclasme sans confusion des mouvements — voir P. Lemerle (1973).
24Ni sacerdoce, ni temples, ni baptême d'eau, ni eucharistie catholique : Pierre de Sicile ; Photius ; voir Catholic Encyclopedia, et la discussion critique de N. Garsoïan (1967).
25Les chefs dits didascales (didaskaloi), entourés de compagnons, sans ordination ni succession : Pierre de Sicile, liste des sept maîtres.
26Morale rigoriste prêtée aux pauliciens (jeûnes, continence, méfiance du mariage) : témoignages polémiques à recevoir avec prudence — voir N. Garsoïan (1967).
27Tableau établi d'après les griefs concordants de Pierre de Sicile (vers 870) et de Photius, relus par N. Garsoïan (1967) : acte d'accusation documenté, non profession de foi des accusés.
28N. Garsoïan (1967) : adoptionisme premier, dualisme développé par logique propre — notamment en radicalisant des prémisses iconoclastes — plutôt qu'importé.
29Sur les difficultés à classer le dualisme paulinicien (ni absolu ni mitigé classique), voir C. Dixon, The Paulicians : Heresy, Persecution and Warfare on the Byzantine Frontier, c. 750-880, et « Polemics and Persecution : East Romans and Paulicians (c. 780-880) », travaux récents dans la ligne de N. Garsoïan (1967).
30La liste des sept didascales et leurs noms d'emprunt pauliniens : Pierre de Sicile ; reprise critique par P. Lemerle (1973).
31Constantin de Mananalis, les Évangiles et Paul reçus d'un diacre, le nom de Silvanus, la fondation de Cibossa près de Colonie : Pierre de Sicile ; Catholic Encyclopedia ; Encyclopaedia Britannica, art. « Paulician ».
32Lapidation vers 681-684 sous Constantin IV : Pierre de Sicile ; les datations varient d'un à trois ans selon les manuscrits — voir P. Lemerle (1973).
33Syméon le bourreau converti, devenu Titus, brûlé vif sous Justinien II vers 690 : Pierre de Sicile ; Catholic Encyclopedia.
34Génésius-Timothée examiné à Constantinople sous Léon III (vers 722-726) puis relâché : Pierre de Sicile ; voir P. Lemerle (1973) sur la relative tolérance des premiers iconoclastes.
35Joseph-Épaphras, Zacharie, puis le schisme de Baanes le Sale vers 745 : Pierre de Sicile — récit hostile, reconstitution fragile — voir P. Lemerle (1973).
36Sergius-Tychique, trente-quatre ans de direction (vers 801-835), réorganisation et prédication tous azimuts, assassinat en 835 : Pierre de Sicile ; T. Wolińska, « Sergius, the Paulician Leader, in the Account by Peter of Sicily », Studia Ceranea, 9, 2019, p. 123-140.
37Persécutions de Constantin IV et de Justinien II, croissance malgré la répression : Pierre de Sicile ; Continuateur de Théophane ; Catholic Encyclopedia.
38Tolérance relative et utilisation militaire des pauliciens sous les empereurs iconoclastes : P. Lemerle (1973) ; Catholic Encyclopedia.
39Transfert de populations syriennes et arméniennes — dont des pauliciens — en Thrace sous Constantin V, au milieu du VIIIe siècle : Théophane le Confesseur, Chronographie.
40« Les premiers empereurs iconoclastes (Léon III et ses successeurs) les protégèrent ; Conybeare tient pratiquement ces empereurs pour pauliciens eux-mêmes » — Catholic Encyclopedia, art. « Paulicians » : formule excessive, convergence d'intérêts réelle.
41Persécution de la régence de Théodora (à partir de 843), supplices de masse, chiffre de cent mille victimes avancé par les chroniques et repris par l'Encyclopaedia Britannica, 11e éd., 1911, art. « Paulicians » : manifestement enflé, mais significatif de l'ampleur.
42Fuite des survivants vers l'émirat de Mélitène : Continuateur de Théophane ; Genesios ; voir P. Lemerle (1973).
43Karbeas, officier passé aux Arabes avec les siens vers 843 : Continuateur de Théophane ; voir P. Lemerle (1973).
44Tephrike (Divrigi), Amara, Argaoun : la marche paulinicienne alliée à l'émir Omar al-Aqta de Mélitène — Continuateur de Théophane ; notice « Paulician principality of Tephrike », synthèse des sources.
45Chrysocheir, successeur de Karbeas (863), raids jusqu'à Nicée, Nicomédie et Éphèse (867) : Continuateur de Théophane ; la tradition de la basilique Saint-Jean changée en écurie relève des chroniqueurs — voir P. Lemerle (1973).
46Bataille de Bathys Ryax, 872 — date établie par P. Lemerle (1973) contre la variante 878 de certains manuscrits ; voir aussi la notice « Battle of Bathys Ryax », Encyclopaedia du monde hellénique, Asie Mineure.
47Chrysocheir tué dans sa fuite près de Sébaste, au lieu dit la Colline de Constantin ; prise et démantèlement de Tephrike : Continuateur de Théophane ; notice de l'Encyclopédie du monde hellénique.
48Encyclopédie du monde hellénique, Asie Mineure (ehw.gr), notice « Bataille de Vathys Ryax » : récit de la bataille de 872 et de la mort de Chrysocheir.
49Déportation des pauliciens d'Orient autour de Philippopolis par Jean Ier Tzimiskès, en 970, avec liberté religieuse contre service militaire : Skylitzès ; Zonaras ; voir l'étude « Essence and Ways of Infiltration of the Paulician Heresy in the Medieval Bulgarian Lands » et « Continuity between Early Paulicianism and the Seventeenth-Century Bulgarian Paulicians », Studia Ceranea.
50Chiffre de deux cent mille transplantés avancé par Zonaras, repris par Gibbon puis par l'Encyclopaedia Britannica, 11e éd., 1911, art. « Bogomils » : à recevoir avec prudence, comme tous les effectifs des chroniques.
51Théophylacte, patriarche de Constantinople (933-956), lettre au tsar Pierre de Bulgarie (vers 950) contre l'hérésie nouvelle : présence paulinicienne en Bulgarie et glissement d'une partie vers le bogomilisme naissant.
52Anne Comnène, Alexiade, livre XIV : séjour d'Alexis Ier à Philippopolis, disputes quotidiennes avec les chefs pauliciens, conversions en masse, fondation d'Alexiopolis (Neokastra) pour les convertis.
53Procès et bûcher de Basile le bogomile à Constantinople (1118) : Anne Comnène, Alexiade, livre XV — voir l'article Bogomilisme.
54Anne Comnène, Alexiade, livre XIV, éd. B. Leib, Paris, Les Belles Lettres : les entretiens quotidiens d'Alexis avec les pauliciens de Philippopolis et la fondation de la ville des convertis.
55Nuances apportées à Runciman : B. Hamilton, Monastic Reform, Catharism and the Crusades ; M. Barber, The Cathars ; A. Brenon ; M. G. Pegg — naissance occidentale du catharisme : prédications locales, anticléricalisme, lectures évangéliques propres, sans filiation continue démontrable.
57Les pavlikeni catholiques de Bulgarie du Nord (régions de Nikopol et Plovdiv), évangélisés par les franciscains au XVIIe siècle et réunis à Rome, dont les ancêtres du Banat : voir « Continuity between Early Paulicianism and the Seventeenth-Century Bulgarian Paulicians », Studia Ceranea.
58Sur la « légende de Rome » et la continuité discutée entre pauliciens médiévaux et pavlikeni modernes, voir la même étude (Studia Ceranea) : mémoire revendiquée, filiation biologique indémontrée.
59Jn 1, 1 ; Ph 2, 6 ; Jn 20, 28 : le Verbe Dieu, de condition divine, confessé « Mon Seigneur et mon Dieu ».
60Catéchisme de l'Église catholique, 242-248 (la Trinité) et 464-469 (le Christ vrai Dieu et vrai homme) — texte intégral sur vatican.va.
61Saint Athanase, De l'Incarnation du Verbe, 54 : « Il s'est fait homme pour que nous devenions dieux » — seul Dieu sauve ; même argument repris dans les Discours contre les ariens (I-II).
62Catéchisme de l'Église catholique, 469 : Jésus « inséparablement vrai Dieu et vrai homme ».
63Catéchisme de l'Église catholique, 495 : Marie vraiment Mère de Dieu ; cf. Lc 1, 43.
64Ga 6, 14 : « Loin de moi la pensée de me glorifier, sinon dans la croix de notre Seigneur Jésus Christ. »
65Mt 28, 19 ; Catéchisme de l'Église catholique, 1213 : le baptême d'eau, porte des sacrements.
661 Co 11, 23-25 ; Catéchisme de l'Église catholique, 1324 : l'eucharistie « source et sommet de toute la vie chrétienne ».
67Mt 16, 18 ; 1 Tm 3 ; Catéchisme de l'Église catholique, 857-860 : l'Église apostolique, visible et hiérarchique.
68Mt 5, 17-18 ; Catéchisme de l'Église catholique, 121-123 : l'Ancien Testament, partie inspirée et irrévocable de l'Écriture.
69P. Lemerle (1973) : la répression sanglante comme fabrique de martyrs — leçon de méthode qui n'ôte rien au jugement doctrinal.
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