Le baptême de Jésus

Au Jourdain, vers 28-29, Jésus se fait baptiser par Jean : le ciel s'ouvre, l'Esprit descend comme une colombe, le Père proclame son Fils bien-aimé. Les quatre récits, la chronologie, la théologie des Pères et la réponse aux objections historico-critiques.

Ignispedia

Après trente ans de silence à Nazareth, Jésus paraît au bord du Jourdain et demande à Jean de le baptiser. Le Baptiste résiste, puis cède. Au sortir de l'eau, le ciel s'ouvre, l'Esprit descend comme une colombe, et la voix du Père proclame Jésus son Fils bien-aimé[1]. Le Catéchisme voit dans cette scène le commencement de la vie publique de Jésus et sa manifestation comme Messie d'Israël et Fils de Dieu[2].

L'événement est raconté par trois récits directs (Matthieu, Marc, Luc) et confirmé par le témoignage du Baptiste dans le quatrième Évangile (Jean)[3]. Peu d'épisodes de la vie de Jésus, avant la Passion, reçoivent une attestation aussi large. C'est aussi l'un des faits les mieux établis de sa vie aux yeux des historiens, y compris critiques : un Messie sans péché qui se range parmi les pécheurs ne s'invente pas[4].

Cet article lit les quatre récits comme l'Église les reçoit : des témoignages enracinés dans l'histoire, portés par des auteurs connus, datés du premier siècle, puis médités par les Pères, chantés par la liturgie et scrutés par la recherche moderne, dont les hypothèses sont examinées en fin de parcours.

Le dossier en une page : les quatre récits du Jourdain

Avant d'entrer dans le détail, voici comment les quatre Évangiles se répartissent la matière. Trois racontent, un témoigne : Jean ne décrit pas le geste, il en donne le sens par la bouche du Baptiste lui-même.

ÉvangileForme du récitCe qu'il apporte en propre
Matthieu 3, 13-17Récit complet et dialoguéLe refus de Jean, la réponse de Jésus sur l'accomplissement de toute justice, la voix du Père à la troisième personne[5][6]
Marc 1, 9-11Récit bref et vifJésus venu de Nazareth, les cieux « déchirés », la voix adressée à Jésus lui-même : « Tu es mon Fils bien-aimé »[7][8]
Luc 3, 1-3 puis 21-22Récit daté et priantLe cadre chronologique le plus précis du Nouveau Testament, Jésus en prière au moment où le ciel s'ouvre, l'Esprit « sous une apparence corporelle »[9][10][11]
Jean 1, 29-34Témoignage, pas de récitLe Baptiste désigne « l'Agneau de Dieu », raconte la descente durable de l'Esprit et conclut : « c'est lui le Fils de Dieu »[12][13]

Ces quatre voix ne se contredisent pas, elles se complètent : Matthieu donne le dialogue, Marc le mouvement, Luc la date et la prière, Jean le sens. C'est le même événement vu de quatre angles, comme quatre témoins d'une même scène racontent chacun ce qui l'a frappé.

Le récit selon saint Matthieu : le dialogue du Jourdain

Matthieu donne le récit le plus développé, et le seul à rapporter l'échange entre Jésus et Jean. C'est son texte que la liturgie et la catéchèse citent le plus souvent.

« Alors paraît Jésus »

Après avoir présenté le Baptiste, sa prédication et son baptême de conversion, Matthieu fait entrer Jésus d'une phrase sobre : venu de Galilée jusqu'au Jourdain, auprès de Jean, pour être baptisé par lui[14]. Le Catéchisme reprend ce verset à la lettre : « Alors paraît Jésus », après avoir décrit la foule des pécheurs, publicains, soldats, pharisiens et prostituées qui venaient se faire baptiser[15]. Le Fils sans péché prend place dans la file des pénitents, sans explication préalable : le scandale est posé avant d'être résolu.

Le refus de Jean

Jean mesure le renversement et veut l'empêcher : « C'est moi qui ai besoin d'être baptisé par toi, et c'est toi qui viens à moi ! »[16]. La protestation du Baptiste prouve deux choses à la fois : que Jésus n'avait rien à se faire pardonner, et que Jean savait qui il avait devant lui. Saint Jean Chrysostome y voit une précaution de l'évangéliste : de peur qu'on imagine Jésus venant au Jourdain comme un pénitent ordinaire, Jean le proclame d'avance Agneau qui porte le péché du monde, puis refuse de le baptiser[17].

« Avec les serviteurs le Seigneur, avec les coupables le Juge, vient se faire baptiser. » (Saint Jean Chrysostome, Homélie 12 sur saint Matthieu, traduction Ignispedia)[18]

« Accomplir toute justice »

Jésus répond par une parole qui commande tout le mystère : « Laisse faire pour le moment, car il convient que nous accomplissions ainsi toute justice »[19]. Accomplir toute justice, c'est se soumettre entièrement à la volonté du Père, jusqu'à épouser la condition des pécheurs pour les en arracher. Le Catéchisme explicite : Jésus accepte par amour « le baptême de mort pour la rémission de nos péchés », à l'image du Serviteur qui se laisse compter parmi les pécheurs et de l'Agneau qui ôte le péché du monde[20]. Alors seulement, note Matthieu, Jean le laisse faire : l'obéissance du Précurseur répond à l'abaissement du Messie.

Le ciel ouvert, la colombe, la voix

Aussitôt baptisé, Jésus remonte de l'eau : les cieux s'ouvrent, il voit l'Esprit de Dieu descendre comme une colombe et venir sur lui[21]. Puis la voix du ciel proclame : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui je trouve ma joie »[22]. Trois réalités en une scène : le Fils qui sort de l'eau, l'Esprit qui descend, le Père qui parle. C'est la première manifestation plénière de la Trinité dans l'Évangile selon saint Matthieu, et le Catéchisme y voit l'Épiphanie de Jésus comme Messie et Fils de Dieu[23]. La parole du Père unit deux Écritures : le Psaume royal (« Tu es mon fils ») et le Serviteur d'Isaïe (« mon élu qui a toute ma faveur », sur qui repose l'Esprit)[24][25].

Marc, Luc et Jean : trois regards complémentaires

Marc : la sobriété du témoin de Pierre

Marc va à l'essentiel en trois versets : en ces jours-là, Jésus vint de Nazareth, ville de Galilée, et il fut baptisé par Jean dans le Jourdain[26]. En remontant de l'eau, il vit les cieux se déchirer et l'Esprit descendre sur lui comme une colombe[27]. Le verbe est fort : le ciel ne s'entrouvre pas, il se déchire, comme un voile qu'on arrache. Puis la voix s'adresse à Jésus lui-même, à la deuxième personne : « Tu es mon Fils bien-aimé ; en toi, je trouve ma joie »[28]. Selon la tradition, Marc écrit à Rome d'après la prédication de Pierre[29] : on entend ici le témoin oculaire qui raconte ce qu'il a vu, sans commentaire, avec la vivacité du souvenir.

Luc : l'enquêteur qui date et montre Jésus en prière

Luc est le seul à dater l'événement avec la précision d'un historien antique : l'an quinze du règne de l'empereur Tibère, Ponce Pilate étant gouverneur de la Judée, Hérode au pouvoir en Galilée, son frère Philippe en Iturée et Traconitide, Lysanias en Abilène, alors que Hanne et Caïphe sont grands prêtres[30][31]. Sept repères croisés, du palais impérial au sacerdoce de Jérusalem : Luc ancre le baptême dans l'histoire vérifiable, comme il l'avait fait pour la naissance[32].

Le même Luc note deux détails que les autres taisent. D'abord, Jésus est baptisé avec tout le peuple, sans privilège de rang : « Comme tout le peuple se faisait baptiser et qu'après avoir été baptisé lui aussi, Jésus priait, le ciel s'ouvrit »[33]. Ensuite, c'est pendant cette prière que tout arrive : l'Esprit Saint descend « sous une apparence corporelle, comme une colombe », et la voix dit : « Toi, tu es mon Fils bien-aimé ; en toi, je trouve ma joie »[34]. Luc, qui montrera Jésus en prière à chaque heure décisive de sa vie, fait du Jourdain la première de ces heures : le Fils prie, et le ciel répond.

Jean : le témoin qui désigne l'Agneau

Le quatrième Évangile ne raconte pas le geste, il en livre le sens par la bouche du seul témoin qualifié. La veille, voyant Jésus venir, Jean avait déclaré : « Voici l'Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde »[35]. Puis il rend ce témoignage : « J'ai vu l'Esprit descendre du ciel comme une colombe et il demeura sur lui »[36]. Celui qui l'avait envoyé baptiser dans l'eau le lui avait annoncé : celui sur qui il verrait l'Esprit descendre et demeurer, c'est lui qui baptise dans l'Esprit Saint[37]. D'où la conclusion, qui vaut profession de foi : « Moi, j'ai vu, et je rends témoignage : c'est lui le Fils de Dieu »[38]. Jean ne décrit pas l'immersion, il atteste ce qu'elle révèle : l'Agneau annoncé, l'Esprit qui demeure, le Fils reconnu.

Jean-Baptiste et son baptême : ce que Jésus vient accomplir

Pour comprendre le geste de Jésus, il faut comprendre le baptême de Jean. Sur le Précurseur lui-même, sa naissance, sa prédication et son martyre, voir Saint Jean-Baptiste : on ne retient ici que ce qui éclaire le Jourdain.

Un baptême de repentir pour la rémission des péchés

Jean parcourait la région du Jourdain « en proclamant un baptême de conversion pour le pardon des péchés » : on venait à lui, on confessait ses fautes, on descendait dans l'eau pour en sortir décidé à changer de vie[39][40]. Sa parole était rude, surtout pour les notables : voyant pharisiens et sadducéens se présenter, il les traite d'« engeance de vipères » et exige des fruits dignes de conversion[41]. Aux foules, il prêchait le partage, aux publicains la justice, aux soldats l'honnêteté : une morale concrète, à la portée de chacun[42].

« Il vient, celui qui est plus fort que moi »

Jean ne s'est jamais présenté comme le terme du chemin. À Matthieu, il annonce : « Moi, je vous baptise dans l'eau, en vue de la conversion. Mais celui qui vient derrière moi est plus fort que moi, et je ne suis pas digne de lui retirer ses sandales. Lui vous baptisera dans l'Esprit Saint et le feu »[43]. À Luc, la même annonce avec une image d'humilité : il n'est pas digne de dénouer la courroie des sandales du Venant[44]. Le baptême de Jean préparait, il ne donnait pas l'Esprit : il fallait que vienne celui qui baptise dans l'Esprit. C'est pourquoi le Christ se soumet au rite du Précurseur tout en le dépassant : il honore la préparation avant d'apporter l'accomplissement. Sur le sacrement qui en découle pour les chrétiens, voir Le baptême.

Quand et où : la chronologie et le lieu

L'an quinze de Tibère : une date fermement ancrée

Le prologue chronologique de Luc est le texte le plus précisément daté de tout le Nouveau Testament. Tibère, successeur d'Auguste, règne seul depuis 14 : selon le mode de calcul le plus couramment reçu, sa quinzième année correspond à l'année 28 ou 29 de notre ère[45][46]. Chaque repère confirme les autres : Ponce Pilate gouverne la Judée de 26 à 36, Hérode Antipas règne sur la Galilée, Philippe sur l'Iturée et la Traconitide, et le sacerdoce d'Anne et Caïphe couvre exactement ces années.

Repère donné par LucPersonnagePériode attestée
L'empereurTibère, successeur d'AugusteRègne seul à partir de 14[47]
Le gouverneurPonce Pilate en JudéePréfet de 26 à 36
Le tétrarqueHérode Antipas en GaliléeTétrarque de 4 avant à 39 après notre ère
Son frèrePhilippe en Iturée et TraconitideTétrarque jusqu'en 34
Le pontificatHanne et Caïphe à JérusalemSacerdoce couvrant les années 18 à 36 pour Caïphe

« Jésus avait environ trente ans »

Luc ajoute l'âge du baptisé : quand il commença, « Jésus avait environ trente ans »[48]. Trente ans, c'est l'âge de la maturité publique dans la Loi : les lévites entraient en service à trente ans, David devint roi à trente ans, Joseph gouverna l'Égypte à trente ans. Saint Thomas note la convenance de ce moment : le Christ paraît dans la force de l'âge, pendant que Jean baptise encore, comme le soleil qui se lève avant que l'étoile du matin ait disparu[49]. Saint Justin, dès le milieu du deuxième siècle, résume la même mémoire : Jésus attendit « trente ans, plus ou moins », jusqu'à ce que Jean paraisse devant lui comme le héraut de sa venue[50].

Béthanie au-delà du Jourdain

Jean situe la scène avec précision : « Cela s'est passé à Béthanie, de l'autre côté du Jourdain, à l'endroit où Jean baptisait »[51]. Cette Béthanie d'au-delà du Jourdain n'est pas le village de Marthe et Marie près de Jérusalem : c'est un gué du fleuve, sur la rive orientale, dans l'actuelle Jordanie. La tradition y reconnaît le site d'Al-Maghtas, « le lieu de l'immersion », vénéré depuis l'époque byzantine et inscrit en 2015 au patrimoine mondial de l'UNESCO comme lieu du baptême de Jésus[52]. Sur la rive occidentale, le site de Qasr el-Yahoud perpétue la même mémoire. Jean mentionne aussi Aïnone, près de Salim, « où l'eau était abondante », autre lieu de baptême du Précurseur[53]. Le Jourdain n'est pas un décor neutre : c'est le fleuve du passage, franchi par Josué pour entrer en Terre promise, remonté par Élie avant son enlèvement. En y descendant, Jésus traverse à son tour les eaux pour ouvrir un nouveau passage.

Pourquoi le Sans-péché se fait baptiser : la grande question et ses réponses

Toute la difficulté tient en une phrase : si le baptême de Jean est un baptême de repentir pour la rémission des péchés, que vient y faire celui qui est sans péché ? L'objection n'est pas moderne, elle est posée par Jean lui-même au bord de l'eau. Les Pères et les docteurs y ont répondu avec une constance remarquable, et saint Thomas a ordonné leurs réponses dans la question 39 de la troisième partie de sa Somme, qui examine le baptême du Christ en huit articles : sa convenance, le baptême de Jean, le moment, le lieu, le ciel ouvert, la colombe, la réalité de cette colombe et la voix du Père[^thomas-39}.

Sanctifier les eaux : la réponse de saint Ambroise

Saint Ambroise, commentant Luc, donne la raison la plus citée : « Notre Seigneur fut baptisé parce qu'il voulait non pas être purifié, mais purifier les eaux, afin que, purifiées par la chair du Christ qui n'a pas connu le péché, elles reçoivent la vertu du baptême » (traduction Ignispedia)[54]. Le Christ ne reçoit rien de l'eau, c'est l'eau qui reçoit tout de lui : en y descendant, il la charge d'avance de la grâce qui coulera dans tous les baptistères jusqu'à la fin du monde. Saint Grégoire de Nazianze dit de même : il vient sanctifier le Jourdain pour nous et inaugurer, par l'Esprit et l'eau, une création nouvelle[55].

« Il vient sanctifier le Jourdain pour nous et en vue de nous ; lui qui est esprit et chair vient inaugurer par l'Esprit et l'eau une création nouvelle. » (Saint Grégoire de Nazianze, Discours 39, traduction Ignispedia)[56]

Donner l'exemple : la réponse de saint Jean Chrysostome

Chrysostome ajoute la raison pastorale : le Christ, qui n'était pas pécheur, a pris une chair de péché en quelque sorte et s'est rangé parmi les pénitents « afin de léguer à ceux qui seraient baptisés ensuite des eaux sanctifiées », et pour que nul ne méprise le baptême de Jean ni celui de l'Église[57]. Le Maître entre le premier dans l'eau où il veut faire passer tous ses disciples : l'exemple précède le commandement. C'est le même abaissement qu'aux pieds des apôtres le soir de la Cène : le Seigneur se fait serviteur pour apprendre aux serviteurs à devenir fils.

Accomplir toute justice : la réponse de Jésus lui-même

La parole de Jésus à Jean reste la clef : accomplir toute justice, c'est accomplir toute la volonté du Père, sans en excepter l'humiliation. Le Catéchisme déplie cette justice en trois gestes : se laisser compter parmi les pécheurs comme le Serviteur d'Isaïe, paraître déjà comme l'Agneau qui ôte le péché du monde, anticiper déjà le baptême sanglant de la mort[58]. Le Jourdain contient la Croix en germe : celui qui descend dans l'eau avec les pécheurs descendra au tombeau avec les morts, pour en remonter avec les vivants.

RaisonDocteur qui la porteFormule
Purifier les eaux pour notre baptêmeSaint Ambroise, saint Grégoire de NazianzeLe Christ ne reçoit rien de l'eau, c'est l'eau qui reçoit tout de lui[59][60]
Donner l'exemple aux futurs baptisésSaint Jean ChrysostomeLe Maître entre le premier dans l'eau où passeront ses disciples[61]
Accomplir toute justiceJésus lui-même (Mt 3, 15)Se soumettre entièrement à la volonté du Père[62][63]
Inaugurer la mission du Serviteur souffrantLe CatéchismeSe laisser compter parmi les pécheurs, en Agneau déjà offert[64]
Manifester la TrinitéToute la TraditionLe Père parle, le Fils sort de l'eau, l'Esprit descend[65][66]

La théologie du Jourdain : ce que le ciel y révèle

La Trinité manifestée

Au Jourdain, les trois Personnes paraissent ensemble dans des rôles distincts : la voix du Père, le Fils qui sort de l'eau, l'Esprit qui descend. C'est pourquoi l'Orient chrétien appelle cette fête la Théophanie, la manifestation de Dieu : non pas une idée de Dieu, mais Dieu lui-même se montrant comme il est, un en trois Personnes[67]. L'événement fonde toute la théologie baptismale : chaque baptême chrétien refera entendre, sur chaque baptisé, la même parole d'adoption que le Père prononce sur Jésus[68].

L'onction de l'Esprit et le Fils bien-aimé

L'Esprit que Jésus possède en plénitude dès sa conception vient « reposer » sur lui au Jourdain, comme l'avait annoncé Isaïe sur le Serviteur[69]. Cette descente est une onction : Jésus est le Christ, l'Oint, consacré pour sa mission publique comme les rois et les prêtres l'étaient par l'huile. Et la voix du Père le nomme Fils bien-aimé, en qui il trouve sa joie[70] : parole d'adoption éternelle, adressée au Fils unique, qui deviendra au baptême de chaque chrétien parole d'adoption offerte. Le Catéchisme le dit sans détour : l'Esprit descendu sur le Christ est la source d'où il coulera sur toute l'humanité[71].

« L'Esprit qui planait sur les eaux de la première création descend alors sur le Christ, en prélude de la nouvelle création, et le Père manifeste Jésus comme son Fils bien-aimé. » (Catéchisme de l'Église catholique, § 1224)[72]

Des eaux sanctifiées pour notre baptême

À son baptême, « les cieux s'ouvrirent, que le péché d'Adam avait fermés ; et les eaux sont sanctifiées par la descente de Jésus et de l'Esprit, prélude de la création nouvelle »[73]. La formule est vertigineuse : le ciel fermé depuis la chute se rouvre au-dessus du Jourdain, et l'eau du fleuve devient la matrice du monde nouveau. Saint Grégoire de Nazianze en tire la leçon pour les catéchumènes : ensevelissons-nous avec le Christ par le baptême pour ressusciter avec lui, descendons avec lui pour être élevés avec lui[74]. Saint Hilaire ajoute : tout ce qui s'est passé dans le Christ annonce qu'après le bain d'eau, l'Esprit vole sur nous du haut du ciel et qu'adoptés par la voix du Père, nous devenons fils de Dieu[75].

L'Agneau qui anticipe la Croix

Le Jourdain regarde vers le Calvaire. Jésus lui-même appellera sa mort un baptême : il anticipe déjà, dans l'eau du fleuve, « le baptême de sa mort sanglante »[76]. Le Baptiste l'avait désigné comme l'Agneau qui enlève le péché du monde[77] : l'Agneau descend dans l'eau comme il montera sur la croix, en victime volontaire. C'est pourquoi le baptême chrétien n'est pas une simple purification : le chrétien y est « sacramentellement assimilé à Jésus qui anticipe en son baptême sa mort et sa résurrection », appelé à descendre dans l'eau avec lui pour remonter avec lui[78]. Sur le sacrement lui-même, voir Le baptême.

  1. Vers 28-29
    Le baptême au Jourdain

    Jésus, âgé d'environ trente ans, se fait baptiser par Jean. Le ciel s'ouvre, l'Esprit descend, le Père parle. La vie publique commence.

  2. Aussitôt après
    Les tentations au désert

    Poussé par l'Esprit, Jésus demeure quarante jours au désert et affronte le tentateur avant de prêcher le Royaume.

  3. Puis
    Les noces de Cana

    Le premier signe, où l'eau devient vin, répond à l'eau du Jourdain devenue matrice de la vie nouvelle.

  4. Trois ans
    Le ministère public

    Prédication, miracles, appel des disciples, montée vers Jérusalem : tout découle du Jourdain.

Les témoins anciens : qui a écrit, quand, et d'où on le sait

Un article rangé dans une famille biblique doit dire qui a écrit, quand, et d'où on le sait. La position traditionnelle vient d'abord, portée par ses témoins ; les hypothèses tardives sont examinées ensuite, en fin d'article.

Saint Justin : le feu du Jourdain

Vers 155, saint Justin, philosophe devenu chrétien, écrit à l'empereur et au juif Tryphon pour défendre la foi. Il connaît le baptême de Jésus et le raconte avec un détail que les Évangiles ne donnent pas : quand Jésus descendit dans l'eau, un feu s'alluma sur le Jourdain, puis l'Esprit descendit comme une colombe, « comme les apôtres de ce même Christ nous l'ont écrit »[79]. Que ce feu relève d'une tradition orale ou d'un texte aujourd'hui perdu, l'essentiel est ailleurs : dès le milieu du deuxième siècle, à une génération des apôtres, le baptême au Jourdain est un fait connu, raconté et défendu publiquement face aux païens comme aux juifs.

« Il attendit trente ans, plus ou moins, jusqu'à ce que Jean parût devant lui comme le héraut de sa venue, et le précédât sur le chemin du baptême. Et quand Jésus fut allé au Jourdain, où Jean baptisait, et qu'il fut descendu dans l'eau, un feu s'alluma sur le Jourdain ; et quand il remonta de l'eau, l'Esprit Saint descendit sur lui comme une colombe, comme les apôtres de ce même Christ nous l'ont écrit. » (Saint Justin, Dialogue avec Tryphon, 88, traduction Ignispedia)[80]

Le tableau des témoins

TémoinÉpoqueCe qu'il atteste
Papias d'HiérapolisPremier tiers du IIᵉ siècleMarc, interprète de Pierre, écrit exactement ce qu'il retient de la prédication ; Matthieu a rédigé les paroles du Seigneur en langue hébraïque[81]
Saint JustinMilieu du IIᵉ siècleLes « mémoires des apôtres » lus chaque dimanche ; le baptême au Jourdain avec le feu du fleuve[82]
Saint IrénéeVers 180Les quatre auteurs et leurs circonstances : Matthieu chez les Hébreux, Marc interprète de Pierre, Luc compagnon de Paul, Jean à Éphèse[83]
Clément d'AlexandrieFin du IIᵉ siècleLes Évangiles généalogiques écrits les premiers ; Marc écrit à Rome à la demande des auditeurs de Pierre[84]
Fragment de MuratoriFin du IIᵉ siècle, RomeListe romaine qui reçoit les quatre Évangiles, Luc comme troisième, Jean comme quatrième[85]
Saint ÉpiphaneIVᵉ siècleUn évangile en usage chez les Ébionites décrivait, au sortir de l'eau, une grande lumière enveloppant le lieu : même les marges hérétiques gardaient le souvenir d'un Jourdain surnaturel[86]
Conciles d'Hippone (393) et Carthage (397)Fin du IVᵉ siècleLe canon des Évangiles fixé pour l'Église latine[87]

Datations traditionnelles

ÉvangileAuteur reçuLieu et milieuDatation traditionnelle
MatthieuL'apôtre, ancien publicainPalestine ou Antioche, milieu judéo-chrétienAnnées 50-60, avant la ruine de Jérusalem[88]
MarcJean Marc, interprète de PierreRome, d'après la prédication de PierreAnnées 60, avant le martyre de Pierre[89]
LucLe médecin, compagnon de PaulPour Théophile, après enquête auprès des témoinsDébut des années 60[90]
JeanL'apôtre, le disciple bien-aiméÉphèse, en AsieFin du premier siècle[91]

Ces datations placent les récits du Jourdain à une ou deux générations des faits, quand vivaient encore des témoins et des contradicteurs. Un récit inventé sur un baptême public, diffusé du vivant des foules du Jourdain et des disciples du Baptiste, n'aurait pas survécu à ses premiers lecteurs. Sur les relations entre les trois premiers Évangiles, voir Les évangiles synoptiques.

L'Église célèbre le baptême : Théophanie, fête et Rosaire

L'Église n'a jamais traité le Jourdain comme un simple souvenir : elle le célèbre, elle s'y baigne par procuration, elle le prie. On ne donne ici que l'essentiel, le dossier liturgique complet relevant de Baptême du Seigneur.

En Orient, le 6 janvier, la Théophanie commémore ensemble la naissance, l'adoration des mages et le baptême : trois manifestations du même Dieu qui se montre. La grande bénédiction des eaux, célébrée ce jour-là, plonge la croix dans le fleuve, la mer ou le baptistère pour sanctifier toute eau, en mémoire du Jourdain sanctifié par le corps du Christ[92]. En Occident, l'Épiphanie a gardé les mages, et le baptême a reçu sa fête propre : le dimanche après le 6 janvier, qui clôt le temps de Noël et ouvre le temps ordinaire[93]. Voir Épiphanie pour la fête mère.

Le Rosaire, lui, fait du Jourdain le premier de ses mystères lumineux : Jean-Paul II invite à contempler le Christ qui, baptisé au Jourdain, est proclamé Fils bien-aimé pendant que l'Esprit se pose sur lui[94]. Chaque dizaine du premier mystère lumineux replace le priant au bord du fleuve, sous le ciel ouvert.

Un événement historique solidement établi

Le critère de l'embarras

Les historiens, même étrangers à la foi, disposent d'un instrument simple : une communauté n'invente pas ce qui la gêne. Or le baptême de Jésus par Jean gênait visiblement les premiers chrétiens : pourquoi le Maître se soumet-il au rite du Précurseur, pourquoi le supérieur reçoit-il de l'inférieur ? Matthieu garde la trace de la gêne dans le refus de Jean, et Jean évite le récit direct pour ne garder que le témoignage. L'historien John P. Meier fait de cet embarras l'un des indices les plus forts de l'historicité de l'événement : on n'invente pas une scène qu'il faut ensuite expliquer et défendre[95]. Le baptême compte ainsi parmi les faits les mieux établis de la vie de Jésus, au même titre que sa crucifixion sous Pilate.

L'attestation multiple et Flavius Josèphe

Le baptême est attesté par trois récits indépendants et par le témoignage johannique : quatre voix, quatre angles, un seul événement. À cette attestation interne s'ajoute un témoin extérieur : l'historien juif Flavius Josèphe, écrivant vers 93 pour les Romains, rapporte l'activité de Jean-Baptiste, son baptême, son influence sur les foules et son exécution sur l'ordre d'Hérode Antipas, qui le faisait garder à Machéronte[96]. Josèphe ne parle pas de Jésus dans ce passage, mais il confirme le cadre : un baptiste actif au Jourdain sous Antipas, assez puissant pour inquiéter le tétrarque. Le décor du récit évangélique est celui de l'histoire.

La cohérence du cadre chronologique

La date lucanienne (an quinze de Tibère, vers 28-29) tombe au milieu du gouvernement de Pilate (26 à 36) et du sacerdoce de Hanne et Caïphe : la fenêtre est étroite et cohérente. L'âge de trente ans s'accorde avec une naissance sous Hérode le Grand et avec les trente ans de silence que suppose la vie cachée. Le lieu, Béthanie au-delà du Jourdain, existe, se visite et se fouille. Chaque attache extérieure vérifiable tient : c'est la marque d'un récit enraciné, non d'une légende flottante. Sur l'enfance qui précède, voir La Nativité de Jésus, La fuite en Égypte, Jésus retrouvé au Temple et La vie cachée de Jésus.

Ce que propose l'exégèse moderne, et ses limites

L'honnêteté commande d'exposer les hypothèses les plus répandues aujourd'hui sur le baptême de Jésus et la datation des Évangiles, puis de dire pourquoi la position traditionnelle reste défendable. C'est l'ordre : la Tradition d'abord comme cadre, les hypothèses ensuite comme objet d'examen.

Les hypothèses courantes sur le Jourdain

Une partie de l'exégèse contemporaine propose de dater Marc vers 70, Matthieu et Luc vers 80-90, et Jean vers 90-100[97]. Dans ce schéma, le récit du baptême serait l'ouverture théologique composée par Marc pour son Évangile : la voix céleste et la colombe appartiendraient au langage des visions apocalyptiques, et la formule « Fils bien-aimé » trahirait une christologie primitive, dite adoptianiste, où Jésus deviendrait Fils de Dieu au Jourdain, avant que Matthieu, Luc et Jean ne fassent remonter sa filiation à la conception[98]. Le silence de Jean sur le geste lui-même est parfois invoqué comme le signe que les premières générations ne connaissaient qu'une désignation prophétique, sans immersion historique.

Quatre limites de méthode

Ces hypothèses, exposées loyalement, appellent quatre réponses.

Première limite : le présupposé anti-surnaturel. Si le ciel ne peut pas s'ouvrir ni l'Esprit descendre par principe, alors tout récit de théophanie est légendaire par principe, et la date qu'on lui assigne ne prouve rien sur les faits. Ce n'est pas une conclusion de la recherche, c'en est le point de départ. Qu'on admette le miracle comme possible, et les récits redeviennent des témoignages à peser au lieu des mythes à dater.

Deuxième limite : les datations circulaires. On date souvent Marc vers 70 parce qu'il faudrait du temps pour que la légende du Jourdain se forme, puis on prouve que le Jourdain est légendaire parce que Marc écrit vers 70, loin des faits. La boucle se referme sans point d'appui extérieur, alors que les témoins extérieurs (Papias, Justin, Irénée, Clément, Muratori) disent unanimement l'ancienneté et l'origine apostolique[99][100].

Troisième limite : l'argument du silence. Que Jean ne décrive pas l'immersion ne prouve pas qu'il l'ignore : tout son prologue affirme la chair du Verbe et son baptême dans l'Esprit, et le Baptiste y raconte la descente durable de la colombe[101][102]. Un silence orienté par le propos (témoigner du sens plutôt que filmer le geste) n'est pas une ignorance. Au reste, si les premières communautés avaient ignoré tout baptême historique, on comprendrait mal que trois Évangiles sur quatre le racontent en ouverture du ministère.

Quatrième limite : l'adoptianisme prêté au texte. La voix du Jourdain ne dit pas que Jésus devient Fils, elle révèle qu'il l'est : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé »[103]. Matthieu, qui rapporte cette voix, est le même qui a raconté la conception virginale deux chapitres plus tôt ; Luc, qui date le baptême, est le même qui a raconté l'Annonciation ; Jean, qui fait témoigner le Baptiste, est le même dont le prologue dit le Verbe Dieu dès le commencement. Aucun des quatre ne sépare la filiation éternelle de la manifestation du Jourdain : l'objection suppose ce qu'elle doit prouver, en lisant un verset contre l'Évangile qui le porte.

Pourquoi la position traditionnelle reste défendable

Face à ces fragilités, la chaîne traditionnelle tient par sa continuité : Papias au premier tiers du deuxième siècle, Justin au milieu, Irénée vers 180, Clément à la fin du siècle, la liste romaine de Muratori, puis les conciles[104][105][106][107][108]. Aucune voix ancienne, même hérétique, ne propose d'autres auteurs pour les Évangiles ni un autre commencement au ministère public : les Ébionites eux-mêmes gardaient le souvenir lumineux du Jourdain[109]. Et l'argument décisif reste l'embarras : une légende inventée par les disciples aurait fait descendre le ciel sur un Maître sans tache, jamais fait entrer le Maître dans la file des pénitents d'un autre baptiste[110]. Le catholique reste donc parfaitement libre de tenir la lecture traditionnelle, qui rend compte de tous les indices sans amputer les textes.

Pour aller plus loin

Notes

Notes et références

  1. Évangile selon saint Matthieu, 3, 17, AELF : « Et des cieux, une voix disait : Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui je trouve ma joie. »

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  2. Catéchisme de l'Église catholique, § 535 (vatican.va) : « Le commencement (cf. Lc 3, 23) de la vie publique de Jésus est son Baptême par Jean dans le Jourdain (cf. Ac 1, 22). » Suit le résumé de Mt 3, 13-17, conclu : « C'est la manifestation (Épiphanie) de Jésus comme Messie d'Israël et Fils de Dieu. »

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  3. Trois récits directs (Mt 3, 13-17 ; Mc 1, 9-11 ; Lc 3, 21-22) et le témoignage du Baptiste (Jn 1, 29-34) ; Luc ajoute le cadre chronologique (Lc 3, 1-2) et l'âge (Lc 3, 23).

    3
  4. John P. Meier, A Marginal Jew : Rethinking the Historical Jesus, vol. 2, Doubleday, New York, 1994 : le baptême de Jésus par Jean est l'un des faits les mieux établis de sa vie, en vertu du critère de l'embarras (une Église qui exalte son Maître n'invente pas sa soumission au rite d'un autre) et de l'attestation multiple.

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  5. Évangile selon saint Matthieu, 3, 13, traduction liturgique AELF (aelf.org) : « Alors paraît Jésus. Il était venu de Galilée jusqu'au Jourdain auprès de Jean, pour être baptisé par lui. »

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  6. Évangile selon saint Marc, 1, 9, AELF : « En ces jours-là, Jésus vint de Nazareth, ville de Galilée, et il fut baptisé par Jean dans le Jourdain. »

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  7. Évangile selon saint Marc, 1, 11, AELF : « Il y eut une voix venant des cieux : Tu es mon Fils bien-aimé ; en toi, je trouve ma joie. »

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  8. Évangile selon saint Luc, 3, 1, AELF : « L'an quinze du règne de l'empereur Tibère, Ponce Pilate étant gouverneur de la Judée, Hérode étant alors au pouvoir en Galilée, son frère Philippe dans le pays d'Iturée et de Traconitide, Lysanias en Abilène. »

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  9. Évangile selon saint Luc, 3, 21, AELF : « Comme tout le peuple se faisait baptiser et qu'après avoir été baptisé lui aussi, Jésus priait, le ciel s'ouvrit. »

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  10. Évangile selon saint Luc, 3, 22, AELF : « L'Esprit Saint, sous une apparence corporelle, comme une colombe, descendit sur Jésus, et il y eut une voix venant du ciel : Toi, tu es mon Fils bien-aimé ; en toi, je trouve ma joie. »

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  11. Évangile selon saint Jean, 1, 29, AELF : « Voici l'Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde. »

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  12. Évangile selon saint Jean, 1, 34, AELF : « Moi, j'ai vu, et je rends témoignage : c'est lui le Fils de Dieu. »

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  13. Évangile selon saint Matthieu, 3, 14, AELF : « Jean voulait l'en empêcher et disait : C'est moi qui ai besoin d'être baptisé par toi, et c'est toi qui viens à moi ! »

    16
  14. Saint Jean Chrysostome, Homélie 12 sur saint Matthieu, sur Mt 3, 13 (newadvent.org/fathers/200112.htm) : « With the servants the Lord, with the criminals the Judge, comes to be baptized. » La même homélie explique que Jean proclame d'avance le Christ Agneau qui porte le péché du monde, puis refuse de le baptiser, de peur qu'on le prenne pour un pénitent ordinaire.

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  15. Évangile selon saint Matthieu, 3, 15, AELF : « Laisse faire pour le moment, car il convient que nous accomplissions ainsi toute justice. Alors Jean le laisse faire. »

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  16. Catéchisme de l'Église catholique, § 536 (vatican.va) : « Le Baptême de Jésus, c'est, de sa part, l'acceptation et l'inauguration de sa mission de Serviteur souffrant. Il se laisse compter parmi les pécheurs (cf. Is 53, 12) ; il est déjà l'Agneau de Dieu qui ôte le péché du monde (Jn 1, 29) ; déjà, il anticipe le baptême de sa mort sanglante (cf. Mc 10, 38 ; Lc 12, 50). » Suit « accomplir toute justice » (Mt 3, 15), la complaisance du Père (Lc 3, 22 ; Is 42, 1), l'Esprit qui vient reposer (Jn 1, 32-33 ; Is 11, 2), les cieux ouverts et les eaux sanctifiées, « prélude de la création nouvelle ».

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  17. Évangile selon saint Matthieu, 3, 16, AELF : « Dès que Jésus fut baptisé, il remonta de l'eau, et voici que les cieux s'ouvrirent : il vit l'Esprit de Dieu descendre comme une colombe et venir sur lui. »

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  18. Psaume 2, 7 : intronisation du roi messianique comme fils de Dieu (« Tu es mon fils »), parole reprise par la voix du Jourdain avec le Serviteur d'Isaïe 42, 1.

    24
  19. Livre d'Isaïe, 42, 1, AELF : « Voici mon serviteur que je soutiens, mon élu qui a toute ma faveur. J'ai fait reposer sur lui mon esprit ; aux nations, il proclamera le droit. »

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  20. Évangile selon saint Marc, 1, 10, AELF : « Et aussitôt, en remontant de l'eau, il vit les cieux se déchirer et l'Esprit descendre sur lui comme une colombe. »

    27
  21. Saint Irénée, Contre les hérésies, III, 1, 1, éd. Ante-Nicene Fathers I, texte anglais sur newadvent.org : « Matthew also issued a written Gospel among the Hebrews in their own dialect, while Peter and Paul were preaching at Rome, and laying the foundations of the Church. After their departure, Mark, the disciple and interpreter of Peter, did also hand down to us in writing what had been preached by Peter. Luke also, the companion of Paul, recorded in a book the Gospel preached by him. Afterwards, John, the disciple of the Lord, who also had leaned upon His breast, did himself publish a Gospel during his residence at Ephesus in Asia. »

    29 83 100 106
  22. Évangile selon saint Luc, 3, 2, AELF : « les grands prêtres étant Hanne et Caïphe, la parole de Dieu fut adressée dans le désert à Jean, le fils de Zacharie. »

    31
  23. Évangile selon saint Luc, 1, 3-4, AELF : après avoir recueilli avec précision des informations concernant tout ce qui s'est passé depuis le début, Luc écrit à Théophile « un exposé suivi, afin que tu te rendes bien compte de la solidité des enseignements que tu as entendus ».

    32
  24. Évangile selon saint Jean, 1, 32, AELF : « J'ai vu l'Esprit descendre du ciel comme une colombe et il demeura sur lui. »

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  25. Évangile selon saint Jean, 1, 33, AELF : celui qui avait envoyé Jean baptiser dans l'eau lui avait dit : celui sur qui tu verras l'Esprit descendre et demeurer, c'est lui qui baptise dans l'Esprit Saint.

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  26. Évangile selon saint Luc, 3, 3, AELF : « Il parcourut toute la région du Jourdain, en proclamant un baptême de conversion pour le pardon des péchés. »

    39
  27. Évangile selon saint Marc, 1, 4, AELF : « Jean, celui qui baptisait, parut dans le désert. Il proclamait un baptême de conversion pour le pardon des péchés. »

    40
  28. Évangile selon saint Matthieu, 3, 7, AELF : « Voyant beaucoup de pharisiens et de sadducéens se présenter à son baptême, il leur dit : Engeance de vipères ! Qui vous a appris à fuir la colère qui vient ? »

    41
  29. Évangile selon saint Luc, 3, 10-14, AELF : aux foules, aux publicains et aux soldats qui l'interrogent, Jean prescrit le partage, la justice et l'honnêteté.

    42
  30. Évangile selon saint Matthieu, 3, 11, AELF : « Moi, je vous baptise dans l'eau, en vue de la conversion. Mais celui qui vient derrière moi est plus fort que moi, et je ne suis pas digne de lui retirer ses sandales. Lui vous baptisera dans l'Esprit Saint et le feu. »

    43
  31. Évangile selon saint Luc, 3, 16, AELF : « Moi, je vous baptise avec de l'eau ; mais il vient, celui qui est plus fort que moi. Je ne suis pas digne de dénouer la courroie de ses sandales. Lui vous baptisera dans l'Esprit Saint et le feu. »

    44
  32. Tibère succède à Auguste en 14 ; selon le calcul le plus couramment reçu (années de règne comptées depuis 14), sa quinzième année est l'année 28-29. Un calcul depuis son association au pouvoir (12) donnerait 26-27 : dans tous les cas, la fin des années 20, en plein gouvernement de Pilate (26-36).

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  33. Évangile selon saint Luc, 3, 23, AELF : « Quand il commença, Jésus avait environ trente ans ; il était, à ce que l'on pensait, fils de Joseph, fils d'Éli. »

    48
  34. Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, IIIa, q. 39, a. 3 : le Christ est baptisé à trente ans, dans la force de l'âge, pendant que Jean baptise encore, citant saint Jean Chrysostome : comme le soleil se lève avant que l'étoile du matin ait disparu, ainsi le Christ paraît pendant que Jean enseigne et baptise encore.

    49
  35. Saint Justin, Dialogue avec Tryphon, 88 (newadvent.org/fathers/01286.htm) : « He waited for thirty years, more or less, until John appeared before Him as the herald of His approach, and preceded Him in the way of baptism. And then, when Jesus had gone to the river Jordan, where John was baptizing, and when He had stepped into the water, a fire was kindled in the Jordan ; and when He came out of the water, the Holy Ghost lighted on Him like a dove, as the apostles of this very Christ of ours wrote. »

    50 79 80 82 105
  36. Évangile selon saint Jean, 1, 28, AELF : « Cela s'est passé à Béthanie, de l'autre côté du Jourdain, à l'endroit où Jean baptisait. »

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  37. Site d'Al-Maghtas, « Béthanie au-delà du Jourdain », rive orientale du fleuve (Jordanie) : lieu vénéré depuis l'époque byzantine, inscrit en 2015 au patrimoine mondial de l'UNESCO comme lieu du baptême de Jésus (UNESCO, liste du patrimoine mondial ; Catholic News Service, 15 juillet 2015).

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  38. Évangile selon saint Jean, 3, 23, AELF : « Jean, quant à lui, baptisait à Aïnone, près de Salim, où l'eau était abondante. On venait là pour se faire baptiser. »

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  39. Saint Ambroise, sur saint Luc 3, 21, cité par saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, IIIa, q. 39, a. 1 (newadvent.org) : « Our Lord was baptized because He wished, not to be cleansed, but to cleanse the waters, that, being purified by the flesh of Christ that knew no sin, they might have the virtue of baptism. »

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  40. Saint Grégoire de Nazianze, Discours 39, Sur les saintes Lumières (le baptême du Christ) : « John is baptizing when Jesus draws near. Perhaps He comes to sanctify His baptizer ; certainly He comes to bury sinful humanity in the waters. He comes to sanctify the Jordan for our sake and in readiness for us ; He who is spirit and flesh comes to begin a new creation through the Spirit and water. »

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  41. Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, IIIa, q. 39, a. 1 : le Christ, qui n'était pas pécheur, s'est rangé parmi les pénitents pour léguer aux futurs baptisés des eaux sanctifiées, citant saint Jean Chrysostome, Homélie 4 sur saint Matthieu (ancienne numérotation).

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  42. La Théophanie du 6 janvier, dans les Églises d'Orient, célèbre la manifestation de la Trinité au Jourdain avec la grande bénédiction des eaux ; voir le dossier complet dans Baptême du Seigneur.

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  43. Catéchisme de l'Église catholique, § 1224 : « L'Esprit qui planait sur les eaux de la première création descend alors sur le Christ, en prélude de la nouvelle création, et le Père manifeste Jésus comme son Fils bien-aimé. »

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  44. Catéchisme de l'Église catholique, § 537 (vatican.va) : le chrétien, « sacramentellement assimilé à Jésus qui anticipe en son baptême sa mort et sa résurrection », reprend la leçon de saint Grégoire de Nazianze, or. 40, 9 (« Ensevelissons-nous avec le Christ par le Baptême, pour ressusciter avec lui ; descendons avec lui, pour être élevés avec lui ; remontons avec lui, pour être glorifiés en lui ») et de saint Hilaire, In Matth. 2 (« Tout ce qui s'est passé dans le Christ nous fait connaître qu'après le bain d'eau, l'Esprit Saint vole sur nous du haut du ciel et qu'adoptés par la Voix du Père, nous devenons fils de Dieu »).

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  45. Papias d'Hiérapolis, cité par Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, III, 39, 15 : « Marc, devenu l'interprète de Pierre, écrivit exactement, mais non dans l'ordre, tout ce dont il se souvenait des paroles et des actes du Christ. » Le même Papias atteste que Matthieu a rédigé les paroles du Seigneur en langue hébraïque.

    81 99 104
  46. Clément d'Alexandrie, Hypotyposes, cité par Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, VI, 14 : les Évangiles généalogiques (Matthieu, Luc) ont été écrits les premiers ; Marc a écrit à Rome à la demande des auditeurs de Pierre.

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  47. Fragment de Muratori, fin du IIᵉ siècle (Rome) : plus ancienne liste latine des écrits du Nouveau Testament ; elle reçoit les quatre Évangiles (Luc nommé troisième, Jean quatrième).

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  48. Saint Épiphane de Salamine, Panarion, XXX, 13 : l'évangile en usage chez les Ébionites racontait qu'au baptême de Jésus une grande lumière enveloppa le lieu au sortir de l'eau.

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  49. Conciles d'Hippone (393) et de Carthage (397) : fixation du canon des Écritures pour l'Église latine, quatre Évangiles inclus ; confirmé par le concile de Trente, session IV (1546), qui reçoit les Livres saints « en entier avec toutes leurs parties ».

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  50. Datation traditionnelle : années 50-60, avant la ruine de Jérusalem (70) ; Matthieu écrit le premier, en milieu judéo-chrétien, d'après le témoignage d'Irénée (pendant que Pierre et Paul sont à Rome) et de Papias.

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  51. Datation traditionnelle : années 60, à Rome, d'après la prédication de Pierre, avant le martyre de Pierre (vers 64-67) ; témoignages de Papias, Irénée et Clément.

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  52. Datation traditionnelle : début des années 60 ; les Actes s'arrêtent à la captivité romaine de Paul sans mentionner sa mort (vers 64-67), ce qui place l'Évangile, qui les précède, au début de la décennie.

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  53. Datation traditionnelle : fin du premier siècle, à Éphèse ; Irénée, formé par Polycarpe qui avait connu Jean, atteste la publication éphésienne.

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  54. Fête du Baptême du Seigneur : le dimanche après le 6 janvier (le lundi quand l'Épiphanie est fêtée le 7-8 janvier), clôture du temps de Noël ; voir Baptême du Seigneur.

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  55. Saint Jean-Paul II, lettre apostolique Rosarium Virginis Mariae (16 octobre 2002), n. 21 : le Baptême au Jourdain est le premier des cinq mystères lumineux.

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  56. Flavius Josèphe, Antiquités juives, XVIII, 116-119 : Jean-Baptiste, son baptême, son influence sur les foules, son arrestation sur l'ordre d'Hérode Antipas et sa détention à Machéronte ; les sujets d'Antipas virent dans sa défaite face à Arétas un châtiment pour cette exécution.

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  57. Datations proposées par une partie de l'exégèse contemporaine : Marc vers 70, Matthieu et Luc vers 80-90, Jean vers 90-100 ; les récits d'enfance et du Jourdain y sont lus comme des compositions postérieures à la ruine de Jérusalem.

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  58. Objection dite adoptianiste : la voix du Jourdain (« Tu es mon Fils ») ferait de Jésus un homme adopté par Dieu à son baptême ; réfutée dès l'antiquité chrétienne par les récits de la conception virginale (Mt 1 ; Lc 1) et le prologue de Jean, qui affirment la filiation avant et indépendamment du Jourdain.

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