La vie cachée de Jésus

Trente ans à Nazareth entre l'enfance et le baptême : ce que les Évangiles disent de la jeunesse de Jésus, l'atelier du charpentier, la théologie de l'obéissance quotidienne, les témoins anciens des récits d'enfance et la réponse aux datations tardives.

Ignispedia

La vie cachée de Jésus désigne les quelque trente années que le Fils de Dieu passe à Nazareth, entre son enfance et son baptême dans le Jourdain : une vie quotidienne sans apparente grandeur, vie de travail manuel auprès de Joseph, vie religieuse juive fidèle à la Loi, vie de famille avec Marie. Le Catéchisme la résume d'une phrase : pendant la plus grande partie de sa vie, Jésus a partagé la condition de l'immense majorité des hommes[1].

De toute cette période, les Évangiles ne racontent qu'un seul épisode : Jésus retrouvé au Temple à l'âge de douze ans[2]. Tout le reste tient en deux versets de saint Luc : « il leur était soumis » et « il grandissait en sagesse, en taille et en grâce, devant Dieu et devant les hommes »[3][4]. Ce silence n'est pas un vide : l'Église y lit un mystère rédempteur, celui de l'obéissance quotidienne qui répare la désobéissance d'Adam[5].

Cet article présente d'abord les textes tels que l'Église les a reçus, puis les témoins anciens qui garantissent les récits d'enfance, puis la théologie de ces années silencieuses et leur place dans la liturgie. Les hypothèses de l'exégèse moderne sur la datation des Évangiles sont exposées en fin d'article, avec leurs limites.

Tout le dossier en une page : ce que les Évangiles disent des années cachées

Avant tout commentaire, voici l'intégralité du dossier : chaque passage qui parle de la jeunesse de Jésus, avec ce qu'il apprend. Le tableau montre à quel point la matière est à la fois brève et précise.

PassageCe qu'il raconteCe qu'il apprend sur la vie cachée
Mt 2, 13-15La fuite en ÉgypteL'enfance commence dans l'exil et la persécution[6]
Mt 2, 19-23Le retour d'Égypte et l'installation à NazarethLe choix de Nazareth accomplit les prophètes[7]
Lc 2, 39-40Le retour à Nazareth après la PrésentationL'enfant grandit, se fortifie, se remplit de sagesse[8]
Lc 2, 41-52Jésus retrouvé au Temple à douze ansLe seul récit des années cachées ; puis la soumission[9]
Mc 6, 1-4Jésus à la synagogue de Nazareth, devenu adulteSes compatriotes le connaissent comme « le charpentier »[10]
Mt 13, 55-56L'étonnement des Nazaréens« Le fils du charpentier », sa famille connue de tous[11]
Jn 1, 45-46Philippe conduit Nathanaël à Jésus« De Nazareth peut-il sortir quelque chose de bon ? »[12]
Lc 3, 23Le début de la vie publique« Jésus avait environ trente ans » ; « fils de Joseph » présumé[13]
Lc 4, 16Jésus revient à Nazareth« Où il avait été élevé » ; la synagogue « selon son habitude »[14]

Deux remarques s'imposent. D'abord, Matthieu et Luc se complètent sans se contredire : Luc résume le retour à Nazareth en un verset[15], Matthieu détaille l'étape d'Égypte et les raisons du choix de la Galilée[16]. Saint Augustin a consacré le livre II de son Accord des Évangélistes à montrer cette harmonie des récits d'enfance[17]. Ensuite, Marc et Jean, qui ne racontent pas l'enfance, la confirment : ils montrent un Jésus adulte enraciné à Nazareth, connu de ses voisins comme l'artisan du village[18]. Le silence de deux évangélistes sur les détails n'efface pas ce que les deux autres rapportent : il prouve seulement que leur propos était ailleurs, vers la vie publique.

Le retour d'Égypte et l'enracinement à Nazareth

La mort d'Hérode et le songe de Joseph

Après la mort d'Hérode le Grand, en 4 avant notre ère selon la chronologie reçue[19], l'ange du Seigneur apparaît une nouvelle fois en songe à Joseph, en Égypte : « Lève-toi ; prends l'enfant et sa mère, et pars pour le pays d'Israël, car ils sont morts, ceux qui en voulaient à la vie de l'enfant »[20]. Joseph obéit aussitôt, comme à chaque étape : il se lève, prend l'enfant et sa mère, et entre dans le pays d'Israël[21]. C'est le troisième songe obéi sans un mot, après celui du mariage avec Marie et celui de la fuite : les Évangiles ne rapportent aucune parole de Joseph, seulement ses actes. Jean-Paul II y voit la marque du juste : « il “fit” simplement “ce que l'Ange du Seigneur lui avait prescrit”. Et ce premier “il fit” devint le commencement du “chemin de Joseph” »[22].

La fuite en Égypte elle-même appartient au récit de la Nativité et de la persécution d'Hérode : elle est traitée dans la fuite en Égypte, et la naissance à Bethléem dans la Nativité de Jésus. Retenons ici l'essentiel : l'enfance de Jésus commence par l'exil, et le Catéchisme lit dans la montée d'Égypte un rappel de l'Exode, qui présente Jésus comme le libérateur définitif[23].

Pourquoi la Galilée et non la Judée

De retour au pays d'Israël, Joseph apprend qu'Archélaüs règne sur la Judée à la place de son père Hérode. Archélaüs, ethnarque de Judée, de Samarie et d'Idumée de 4 avant à 6 après notre ère, inspire la méfiance : averti en songe, Joseph se retire dans la région de Galilée et vient habiter dans une ville appelée Nazareth[24]. Le choix n'est donc ni un hasard ni une simple prudence humaine : c'est une obéissance qui passe par les circonstances, et l'évangéliste y lit aussitôt un accomplissement : « pour que soit accomplie la parole dite par les prophètes : Il sera appelé Nazaréen »[25].

« Il sera appelé Nazaréen »

Cette phrase pose une question célèbre : aucun verset précis de l'Ancien Testament ne dit cela mot pour mot. Matthieu parle des « prophètes » au pluriel, sans citer. La lecture traditionnelle, formulée notamment par saint Jérôme dans son Commentaire sur Matthieu, rapproche le nom du netser d'Isaïe, le « rejeton » qui sort de la souche de Jessé[26][27]. À ce sens messianique s'ajoute le sens historique : Nazareth était un village sans prestige, et « Nazaréen » sonnait comme un sobriquet méprisant. Quand Philippe annonce à Nathanaël qu'il a trouvé le Messie en « Jésus fils de Joseph, de Nazareth », la réponse fuse : « De Nazareth peut-il sortir quelque chose de bon ? »[28]. Le mépris des hommes devient le titre du Sauveur : celui qu'on désigne par son village obscur est reconnu, à la fin, jusque sur la croix, comme « Jésus le Nazaréen, le roi des Juifs ».

Luc résume, Matthieu détaille : pas de contradiction

Saint Luc écrit, après la Présentation au Temple : « Lorsqu'ils eurent achevé tout ce que prescrivait la loi du Seigneur, ils retournèrent en Galilée, dans leur ville de Nazareth »[29]. Saint Matthieu intercale entre la Présentation et ce retour l'épisode d'Égypte. Il n'y a là aucune contradiction : Luc résume le parcours, Matthieu raconte une étape. C'est exactement le procédé d'un témoin qui va à l'essentiel quand un autre s'attarde sur un épisode décisif. L'enfant, conclut Luc, « grandissait et se fortifiait, rempli de sagesse, et la grâce de Dieu était sur lui »[30]. Tout le programme des années cachées tient déjà dans ce verset : croissance humaine véritable, sagesse, grâce.

Nazareth, le village de l'enfance

Un bourg modeste de Galilée

Nazareth n'est citée nulle part dans l'Ancien Testament. Au temps de Jésus, c'est un village de quelques centaines d'habitants, accroché aux collines de Basse-Galilée, à l'écart des grandes routes. Les Galiléens eux-mêmes passaient pour des provinciaux aux yeux des Judéens, et les Judéens le leur rendaient bien : on objectera plus tard que nul prophète ne surgit de Galilée (cf. Jn 7, 52). Rien ne prédisposait ce lieu à devenir le nom propre du Sauveur dans l'histoire. C'est pourtant là que Jésus est « élevé »[31], là qu'on le connaît par son prénom, son métier et sa parenté[32], là qu'il revient prier à la synagogue « selon son habitude » une fois devenu adulte[33]. L'enracinement est total : trente ans de voisinage, de visages connus, de vie partagée.

La maison du premier siècle : ce que dit l'archéologie

Que sait-on de la Nazareth du temps de Jésus ? Longtemps, on n'en a su presque rien de matériel : le village antique dort sous la ville actuelle, et les fouilles y sont difficiles. Un dossier a renouvelé la question : sous le couvent des Sœurs de Nazareth, au centre de la ville, l'archéologue Ken Dark (université de Reading) a étudié pendant quatorze ans des vestiges mis au jour dès 1881 par les religieuses. Il y a reconnu une maison à cour du premier siècle, taillée en partie dans le roc et en partie construite, devenue ensuite lieu de sépulture puis site vénéré aux époques byzantine et croisée[34]. Dark avance l'hypothèse que cette demeure pourrait être la maison même où Jésus fut élevé : hypothèse sérieuse, non preuve. Elle dit au minimum une chose solide : la Nazareth du premier siècle était bien un village juif habité de maisons de pierre comme celle-là, et la piété chrétienne y a vénéré très tôt des lieux liés à l'enfance du Christ. L'archéologie ne « prouve » pas l'Évangile au sens d'une démonstration, mais elle en confirme le cadre de vie sans l'avoir jamais démenti.

La synagogue et le sabbat

Saint Luc note qu'à Nazareth, Jésus entre dans la synagogue « selon son habitude », le jour du sabbat, et s'y lève pour faire la lecture[35]. Ce détail éclaire toute la vie cachée : l'enfant puis le jeune homme ont fréquenté assidûment la synagogue du village, entendu la Loi et les Prophètes, appris à prier avec Israël. Le Catéchisme range cette fidélité parmi les traits de la période : « vie religieuse juive soumise à la Loi de Dieu »[36]. Jésus n'est pas un sage tombé du ciel à trente ans : il est le fruit d'une éducation juive ordinaire, reçue dans une famille qui monte en pèlerinage à Jérusalem chaque année pour la Pâque[37].

Sepphoris, l'hypothèse du chantier voisin

À quelques kilomètres au nord de Nazareth se trouvait Sepphoris, grande ville de Galilée alors en pleine reconstruction sous Hérode Antipas. Plusieurs archéologues ont avancé l'hypothèse que Joseph et Jésus, artisans du bâtiment, aient pu y trouver du travail sur les chantiers. Ce n'est qu'une hypothèse : aucun texte ne le dit, et la tradition iconographique montre plutôt l'atelier familial. On la mentionne pour l'honnêteté du dossier, au degré qui est le sien : une possibilité archéologique, pas un fait d'Évangile. Le fait d'Évangile, lui, est assuré : Jésus a travaillé de ses mains, et ses voisins le savaient.

Le seul récit : Jésus retrouvé au Temple à douze ans

De trente ans de silence, un seul épisode émerge, raconté par saint Luc : le pèlerinage de Pâque à Jérusalem quand Jésus a douze ans[38]. Le récit complet appartient à Jésus retrouvé au Temple : on n'en retient ici que ce qui éclaire la vie cachée.

Ce que l'épisode révèle

Resté à Jérusalem à l'insu de ses parents, retrouvé au bout de trois jours dans le Temple « assis au milieu des docteurs », les écoutant et les interrogeant, Jésus étonne par son intelligence et ses réponses[39]. À Marie qui lui dit sa souffrance, il répond : « Comment se fait-il que vous m'ayez cherché ? Ne saviez-vous pas qu'il me faut être chez mon Père ? »[40]. C'est la première parole de Jésus rapportée par les Évangiles, et elle dit tout : la conscience filiale, la mission reçue du Père, la distance déjà comprise entre sa parenté selon la chair et son origine divine. Marie et Joseph « ne comprirent pas ce qu'il leur disait »[41] : l'Évangile avoue sans détour l'obscurité, même pour eux. Mais Marie « gardait dans son cœur tous ces événements »[42] : c'est de cette mémoire gardée que vient, selon toute vraisemblance, la connaissance que l'Église a de ces récits d'enfance.

« Il leur était soumis »

Et puis, aussitôt après cette révélation éblouissante, le retour au silence : « Il descendit avec eux pour se rendre à Nazareth, et il leur était soumis »[43]. Celui qui vient de parler en Fils du Père céleste reprend sa place d'enfant obéissant sous l'autorité de Marie et de Joseph. Le Catéchisme voit dans cette soumission l'image temporelle de l'obéissance filiale au Père céleste, et l'anticipation de l'obéissance du Jeudi Saint[44]. Dix-huit années suivent, dont on ne sait rien d'autre, sinon qu'« il grandissait en sagesse, en taille et en grâce, devant Dieu et devant les hommes »[45].

L'atelier du charpentier

Le mot grec dit le métier : tekton

Deux versets, et tout est dit du métier de Jésus. Saint Marc, dans la synagogue de Nazareth : « N'est-il pas le charpentier, le fils de Marie ? »[46]. Saint Matthieu, pour la même scène : « N'est-il pas le fils du charpentier ? »[47]. L'un montre Jésus exerçant lui-même le métier, l'autre le rattache à Joseph : le fils a appris le travail du père. Le mot grec, tekton, désigne l'artisan qui travaille le bois et la pierre, charpente, meubles, outils[48]. Dans un village de pierre comme Nazareth, le tekton répare, construit, fabrique : c'est le métier des mains, sans prestige, indispensable.

Le témoignage de saint Justin

Vers le milieu du deuxième siècle, saint Justin, philosophe devenu chrétien et martyr, écrit à un interlocuteur juif, Tryphon. Au chapitre 88 de son Dialogue, il rapporte ce que les chrétiens savaient de la jeunesse de Jésus : on le tenait pour « le fils de Joseph le charpentier », on le disait charpentier lui-même, car « il avait coutume de travailler en charpentier parmi les hommes, fabriquant des charrues et des jougs »[49].

« On le tenait pour le fils de Joseph le charpentier ; et il passait pour charpentier, car, vivant parmi les hommes, il avait coutume de travailler en charpentier, fabriquant des charrues et des jougs. » (Saint Justin, Dialogue avec Tryphon, 88, traduction Ignispedia)[50]

Ce témoignage compte : Justin écrit vers 155-160, à Éphèse puis à Rome, et il se fait l'écho d'une mémoire encore proche. Les charrues et les jougs, outils du paysan galiléen, disent la clientèle de l'atelier : des pauvres, des voisins. Le Fils de Dieu a gagné son pain en fabriquant des instruments de travail pour des paysans.

Joseph éducateur : nourrir, vêtir, transmettre

La croissance de Jésus « en sagesse, en taille et en grâce » s'est accomplie, écrit Jean-Paul II, « dans le cadre de la sainte famille, sous les yeux de Joseph qui avait la haute tâche d'élever, c'est-à-dire de nourrir Jésus, de le vêtir et de lui apprendre la Loi et un métier, conformément aux devoirs qui reviennent au père »[51]. Trois devoirs, trois mots : nourrir, vêtir, transmettre. Le père juif transmet à son fils la Loi, la prière, le métier : Jésus a appris les Psaumes sur les genoux de Marie et le maniement des outils dans l'atelier de Joseph. « Ainsi voulait-il sanctifier les devoirs de la famille et du travail qu'il exécutait aux côtés de Joseph »[52].

Les « frères » de Jésus

Les voisins nomment aussi « ses frères : Jacques, Joseph, Simon et Jude », et « ses sœurs »[53]. L'Église a toujours compris ces passages comme ne désignant pas d'autres enfants de la Vierge Marie : Jacques et Joseph, « frères de Jésus », sont les fils d'une autre Marie, disciple du Christ, et il s'agit de proches parents selon une expression connue de l'Ancien Testament[54]. La virginité perpétuelle de Marie appartient à la foi reçue ; la parenté élargie appartient à la vie du village, où cousins et proches vivent et travaillent côte à côte.

La théologie de la vie cachée : pourquoi trente ans de silence

Le scandale fécond : trente ans pour trois ans

Le ministère public de Jésus dure environ trois ans. Sa vie cachée en dure dix fois plus. Ce rapport choque notre logique d'efficacité : Dieu aurait-il « perdu » trente ans ? La foi répond le contraire : rien n'est perdu de ce que Dieu assume. « Ce que le Seigneur avait dit et fait », tout est livré pour le salut, y compris les silences[55]. Le Catéchisme l'affirme sans détour : « Tout ce que Jésus a fait et enseigné [...] est à voir à la lumière des mystères de Noël et de Pâques », et les articles de la foi sur l'Incarnation et la Pâque « éclairent toute la vie terrestre du Christ »[56].

L'obéissance quotidienne qui répare

Le cœur théologique tient en un verset : « il leur était soumis »[57]. Le Catéchisme en déploie le sens :

« La soumission de Jésus à sa mère et à son père légal accomplit parfaitement le quatrième commandement. Elle est l'image temporelle de son obéissance filiale à son Père céleste. La soumission de tous les jours de Jésus à Joseph et à Marie annonçait et anticipait la soumission du Jeudi Saint : “Non pas ma volonté...” L'obéissance du Christ dans le quotidien de la vie cachée inaugurait déjà l'œuvre de rétablissement de ce que la désobéissance d'Adam avait détruit. » (Catéchisme de l'Église catholique, n. 532)[58]

Chaque acte d'obéissance de l'enfant, de l'adolescent, de l'homme jeune à Nazareth participe donc déjà de la Rédemption : là où Adam a désobéi, le nouvel Adam obéit, dans l'obscurité d'une maison de village. Saint Paul donne la clef : « par l'obéissance d'un seul, la multitude sera rendue juste » (Rm 5, 19)[59].

Chaque âge sanctifié

Vers 180, saint Irénée de Lyon, disciple de Polycarpe qui lui-même avait connu l'apôtre Jean, formule la doctrine de la récapitulation : le Christ refait en lui tous les âges de l'homme pour les sanctifier tous. Parlant du Seigneur qui a traversé chaque âge, il écrit qu'il est venu sauver par lui-même tous ceux qui par lui renaissent en Dieu, « petits enfants, enfants, jeunes gens, jeunes hommes et vieillards », se faisant enfant pour les enfants, jeune pour les jeunes, « sanctifiant chaque âge »[60].

« Il est venu sauver par lui-même tous les hommes : tous ceux, dis-je, qui par lui renaissent en Dieu, petits enfants, enfants, jeunes gens, jeunes hommes et vieillards. [...] sanctifiant chaque âge par la période correspondante qu'il a lui-même vécue. » (Saint Irénée, Contre les hérésies, II, 22, 4, traduction Ignispedia)[61]

La vie cachée n'est donc pas une parenthèse avant « les choses sérieuses » : elle est le temps où le Christ sanctifie l'enfance, l'adolescence et la jeunesse laborieuse, c'est-à-dire la condition du plus grand nombre.

L'école de Nazareth selon saint Paul VI

Le 5 janvier 1964, en pèlerinage en Terre sainte, le pape Paul VI se rend à Nazareth et y prononce un discours resté célèbre, que le Catéchisme cite intégralement au numéro 533. Nazareth y est appelée « l'école où l'on commence à comprendre la vie de Jésus : l'école de l'Évangile », avec trois leçons : le silence, la vie familiale, le travail[62].

« Nazareth est l'école où l'on commence à comprendre la vie de Jésus : l'école de l'Évangile. [...] Une leçon de silence d'abord. [...] Une leçon de vie familiale. [...] Une leçon de travail. Nazareth, ô maison du “Fils du Charpentier”, c'est ici que nous voudrions comprendre et célébrer la loi sévère et rédemptrice du labeur humain ; comme nous voudrions enfin saluer ici tous les travailleurs du monde entier et leur montrer leur grand modèle, leur frère divin. » (Saint Paul VI, discours à Nazareth, 5 janvier 1964, cité dans le Catéchisme, n. 533)[63]

Trois leçons pour trois tentations modernes : au bruit, le silence ; à l'individualisme, la famille ; au mépris du travail manuel, l'atelier. Le pape salue en Jésus « leur frère divin » : le travailleur de Nazareth reste le frère de tous ceux qui travaillent.

Le silence de Joseph, école de contemplation

Les Évangiles ne rapportent aucune parole de Joseph, seulement ce qu'il « fit ». Jean-Paul II voit dans ce silence autre chose qu'une absence : un climat de profonde contemplation, celui d'un homme « quotidiennement en contact avec le mystère caché depuis les siècles, qui établit sa demeure sous son toit »[64]. Thérèse d'Avila, la grande réformatrice du Carmel, se fit d'ailleurs la promotrice du culte de saint Joseph en Occident, précisément parce qu'elle avait reconnu en lui un maître de vie intérieure[65]. Le silence de la vie cachée a donc deux faces : celui de Jésus, qui rachète, et celui de Joseph, qui contemple.

Marie et Joseph pendant les années cachées

Marie gardait tout en son cœur

Deux fois, saint Luc note l'attitude de Marie devant les mystères de son Fils : après la visite des bergers, et après le recouvrement au Temple, « sa mère gardait dans son cœur tous ces événements »[66]. Le verbe grec, dieterei, dit une garde active : conserver, méditer, comparer. Marie est ainsi le premier témoin et la première mémoire de la vie cachée : sans sa garde fidèle, les récits d'enfance n'auraient pas traversé les décennies jusqu'aux évangélistes. Le Catéchisme le souligne à propos du Temple : Marie et Joseph « ne comprirent pas » la parole, « mais ils l'accueillirent dans la foi », et Marie garda tout « tout au long des années où Jésus restait enfoui dans le silence d'une vie ordinaire »[67]. Croire sans tout comprendre, garder sans tout expliquer : telle est la part de Marie pendant trente ans.

Joseph, père véritable

Quelle paternité Joseph a-t-il exercée ? Ni géniteur, ni figurant : Jean-Paul II parle d'une paternité qui « possède pleinement l'authenticité de la paternité humaine, du rôle du père dans la famille »[68]. C'est de son mariage avec Marie que viennent à Joseph « sa dignité unique et ses droits sur Jésus », et c'est en vertu de l'autorité légale qui lui revenait qu'il a fait « le don total de lui-même, de sa vie, de son travail » à la Sainte Famille[69]. Quand Marie dit au jeune Jésus retrouvé : « Ton père et moi, nous te cherchons », ce n'est pas une phrase de convenance, écrit le pape : elle « montre toute la réalité de l'Incarnation, qui appartient au mystère de la Famille de Nazareth »[70]. Saint Jean Chrysostome voyait déjà en Joseph le nouveau Joseph d'Égypte : comme le fils de Jacob avait gardé le blé de Pharaon, Joseph de Nazareth garde les trésors les plus précieux de Dieu, le Verbe incarné et sa Mère[71].

La mort de Joseph avant la vie publique

Les Évangiles ne racontent pas la mort de Joseph, mais tout indique qu'elle survient avant le ministère public : Joseph est présent au Temple quand Jésus a douze ans, puis disparaît du récit. À Cana, Marie est là sans lui ; au pied de la croix, Jésus confie sa Mère à Jean : « Voici ta mère »[72]. Si Joseph avait été vivant, cette consigne aurait été incompréhensible dans la loi juive, qui confiait la veuve à ses proches. La tradition en conclut sobrement que Joseph est mort à Nazareth entre les douze ans de Jésus et son baptême, assisté de Jésus et de Marie : c'est pourquoi la piété chrétienne l'invoque comme patron de la bonne mort. Rien de plus n'est affirmé : les récits qui détaillent ses derniers moments appartiennent aux apocryphes, pesés plus bas à leur juste degré.

Les faux évangiles de l'enfance : les apocryphes

Un foisonnement précoce

Le silence des Évangiles sur l'enfance a très tôt nourri la curiosité : dès le milieu du deuxième siècle, des récits imaginaires comblent le vide. Les principaux :

ÉcritÉpoqueContenuStatut
Protévangile de JacquesMilieu du IIᵉ siècleNaissance de Marie, son enfance au Temple, la NativitéNon reçu, mais ancien et influent[73]
Évangile du Pseudo-ThomasMilieu du IIᵉ siècleMiracles de l'enfant Jésus entre cinq et douze ansNon reçu : merveilles sans charité[74]
Évangile dit « arabe » de l'enfanceCompilation tardiveMiracles en Égypte et à NazarethNon reçu, tardif[75]
Histoire de Joseph le charpentierIVᵉ-Vᵉ siècleLes dernières années et la mort de JosephPieuse légende, non reçue[76]

Pourquoi l'Église ne les reçoit pas

L'Église a écarté ces textes du canon, et le Décret dit de Gélase, au sixième siècle, range expressément les « évangiles » d'enfance parmi les livres à ne pas recevoir[77]. Trois raisons, lisibles par tout lecteur. D'abord, l'origine : aucun n'est apostolique, tous sont tardifs et souvent pseudépigraphes, signés d'un grand nom pour se faire valoir. Ensuite, le ton : l'enfant du Pseudo-Thomas accomplit des prodiges capricieux, frappe ses camarades et les ressuscite au gré de son humeur ; on y cherche en vain la charité, l'obéissance et l'humilité du Jésus des Évangiles. Enfin, la réception : aucun Père, aucun concile, aucune liturgie ne les a jamais traités comme Écriture, alors que les quatre Évangiles sont cités comme autorité dès le deuxième siècle.

Ce qu'ils confirment malgré tout

Écartés comme Écriture, ces textes restent des témoins historiques involontaires. Ils prouvent que, dès le deuxième siècle, les chrétiens tenaient pour acquis le cadre que nos Évangiles posent : un Jésus élevé à Nazareth par Marie et Joseph, dans une famille d'artisans, avant un ministère public. Personne, pas même les fabulateurs, n'a imaginé une autre enfance : ni prince, ni lettré de Jérusalem, ni essénien du désert. La légende brode sur le canevas, elle ne le remplace pas. C'est aussi à ces textes, et non aux Évangiles, que remontent certains détails devenus populaires, comme les noms d'Anne et Joachim pour les parents de Marie, ou le bœuf et l'âne de la crèche : la piété peut les garder comme images, sans jamais les confondre avec la Parole reçue.

Les quatre récits : auteurs et datation selon la tradition

Pourquoi cette section

Un article rangé dans une famille biblique doit dire qui a écrit, quand, et d'où on le sait. La position traditionnelle vient d'abord, portée par ses témoins ; les hypothèses tardives sont examinées ensuite, en fin d'article.

Le témoignage de saint Irénée

Vers 180, Irénée, évêque de Lyon, formé par Polycarpe qui avait connu l'apôtre Jean, décrit ainsi l'origine des quatre Évangiles : Matthieu a publié le sien « chez les Hébreux dans leur propre langue, pendant que Pierre et Paul évangélisaient Rome et y fondaient l'Église » ; après leur départ, Marc, « disciple et interprète de Pierre », a mis par écrit la prédication de Pierre ; Luc, « compagnon de Paul », a consigné l'Évangile prêché par Paul ; enfin Jean, « le disciple du Seigneur, qui avait reposé sur sa poitrine », a publié son Évangile lors de son séjour à Éphèse[78].

« Matthieu a publié son Évangile chez les Hébreux dans leur propre langue, pendant que Pierre et Paul évangélisaient Rome et y fondaient l'Église. Après leur départ, Marc, le disciple et l'interprète de Pierre, nous a transmis par écrit ce que Pierre avait prêché. Luc, le compagnon de Paul, a consigné dans un livre l'Évangile prêché par celui-ci. Ensuite Jean, le disciple du Seigneur, qui avait reposé sur sa poitrine, a lui aussi publié un Évangile pendant son séjour à Éphèse, en Asie. » (Saint Irénée, Contre les hérésies, III, 1, 1, traduction Ignispedia)[79]

Ce texte est le plus ancien tableau d'ensemble : un homme relié aux apôtres par un seul intermédiaire nomme les quatre auteurs et leurs circonstances. Il ne raisonne pas, il transmet.

Papias et les anciens : le tableau des témoins

TémoinÉpoqueCe qu'il atteste
Papias d'HiérapolisPremier tiers du IIᵉ siècleMarc, interprète de Pierre, écrit exactement ce qu'il retient de la prédication, « sans erreur » ; Matthieu a rédigé les paroles du Seigneur en langue hébraïque[80][81]
Saint JustinMilieu du IIᵉ siècleLes « mémoires des apôtres » lus chaque dimanche avec les prophètes ; connaît l'atelier de Nazareth[82]
Saint IrénéeVers 180Les quatre auteurs et leurs circonstances[83]
Clément d'AlexandrieFin du IIᵉ siècleLes Évangiles « généalogiques » (Matthieu, Luc) écrits les premiers ; Marc écrit à Rome à la demande des auditeurs de Pierre[84]
Fragment de MuratoriFin du IIᵉ siècle, RomeListe romaine qui reçoit les quatre Évangiles, Luc comme troisième, Jean comme quatrième[85]
Conciles d'Hippone (393) et Carthage (397)Fin du IVᵉ siècleLe canon des Évangiles fixé pour l'Église latine[86]
Concile de Trente, session IV (1546)XVIᵉ siècleLes livres saints reçus « en entier avec toutes leurs parties »[87]

Luc l'enquêteur, garant des récits d'enfance

De tous les évangélistes, Luc est celui à qui les récits d'enfance doivent le plus : c'est lui qui rapporte l'Annonciation, la Visitation, la Nativité, la Présentation, le Temple à douze ans et les deux versets de la vie cachée. Son prologue annonce la méthode : s'informer exactement de tout depuis les origines, puis écrire un exposé suivi pour que le lecteur se rende bien compte de la solidité des enseignements reçus (cf. Lc 1, 3-4)[88]. Médecin cultivé, compagnon de Paul, Luc a enquêté auprès des témoins, et la première des témoins s'appelait Marie, qui « gardait tout en son cœur ». La datation traditionnelle place son Évangile au début des années soixante, avant la fin des Actes qui s'arrêtent à la captivité romaine de Paul sans mentionner sa mort[89]. Les évangiles synoptiques présentent ensemble Matthieu, Marc et Luc, leurs relations et leurs différences.

Datations traditionnelles

ÉvangileAuteur reçuLieu et milieuDatation traditionnelle
MatthieuL'apôtre, ancien publicainAntioche ou Palestine, milieu judéo-chrétienAnnées 50-60, avant la ruine de Jérusalem[90]
MarcJean Marc, interprète de PierreRome, d'après la prédication de PierreAnnées 60, avant le martyre de Pierre (vers 64-67)[91]
LucLe médecin, compagnon de PaulPour Théophile, après enquête auprès des témoinsDébut des années 60[92]
JeanL'apôtre, le disciple bien-aiméÉphèse, en AsieFin du premier siècle[93]

Ces datations placent les récits d'enfance à une ou deux générations des faits, quand vivaient encore des témoins et des contradicteurs : Marie elle-même, selon la chronologie reçue, a pu connaître les premières communautés. Un récit inventé de toutes pièces sur l'enfance, diffusé du vivant des Nazaréens qui avaient connu l'atelier, n'aurait pas survécu à ses premiers lecteurs.

L'Église célèbre la vie cachée

La Sainte Famille, modèle proposé à toutes les familles

Pendant des siècles, la Sainte Famille fut honorée sans fête propre universelle. C'est le pape Benoît XV qui, en 1921, l'étend à toute l'Église : par décret de la Congrégation des Rites du 26 octobre 1921, la fête de la Sainte Famille entre au calendrier général, fixée au dimanche dans l'octave de l'Épiphanie[94]. Depuis la réforme de 1969, elle se célèbre le dimanche dans l'octave de Noël : au cœur des fêtes de l'enfance, l'Église propose Jésus, Marie et Joseph comme modèle à toutes les familles[95]. Les lectures du jour sont celles de l'enfance : le recouvrement au Temple en année C fait entendre de nouveau la parole du Fils sur son Père, et la soumission qui suivit.

Saint Joseph artisan, le premier mai

« Une des expressions quotidiennes de cet amour dans la vie de la Famille de Nazareth est le travail », écrit Jean-Paul II[96]. L'Église a mis ce relief en lumière « entre autres par la mémoire liturgique de saint Joseph Artisan, fixée au premier mai »[97]. C'est Pie XII qui, le 1er mai 1955, institue cette fête face à la fête civile du travail : le charpentier de Nazareth devient le patron des travailleurs, et l'atelier silencieux le lieu où « Joseph rendit le travail humain proche du mystère de la Rédemption »[98]. Chaque premier mai, la liturgie fait donc mémoire de trente ans d'établi, de copeaux et de salaire : la vie cachée célébrée à l'autel.

Lorette et la Sainte Maison

La tradition rapporte que la maison de Nazareth, où l'ange salua Marie et où Jésus grandit, aurait été transportée à Lorette, en Italie, à la fin du treizième siècle, après la chute des États latins d'Orient. L'Église n'a jamais défini le mode de ce transfert, et l'historien reste libre d'y voir l'œuvre d'hommes (la famille Angeli, dont le nom nourrit le récit des anges) plutôt qu'un prodige. Mais elle honore le lieu sans relâche depuis le Moyen Âge : pèlerins, papes et saints s'y succèdent, et en 2019 le Saint-Siège a inscrit au calendrier romain général la mémoire de Notre-Dame de Lorette, le 10 décembre[99]. Degré d'autorité oblige : la maison vénérée à Lorette est un lieu de piété légitime et ancien, pas un dogme. Elle dit au moins la faim du peuple chrétien pour la vie cachée : voir les pierres entre lesquelles a grandi le Sauveur.

Le temps de Noël et les écrits privés

Chaque année, la liturgie fait repasser les fidèles par l'enfance : octave de Noël, Épiphanie, Baptême du Seigneur, Présentation le 2 février. Les récits de la vie cachée sont proclamés, chantés, crèchés : ils forment la mémoire sensible de l'Église. À côté de cette mémoire publique, des écrits privés ont longuement contemplé Nazareth, notamment les pages que Maria Valtorta consacre à l'enfance dans L'Évangile tel qu'il m'a été révélé[100]. Ces pages, qui relèvent de la révélation privée et se lisent avec le discernement requis, ne prouvent rien historiquement et n'ajoutent rien à la foi publique : elles témoignent seulement que la sobriété des Évangiles n'épuise pas la méditation des saints sur ces trente ans.

Ce que propose l'exégèse moderne, et ses limites

L'honnêteté commande d'exposer les hypothèses les plus répandues aujourd'hui dans l'exégèse universitaire sur les récits d'enfance et la datation des Évangiles, puis de dire pourquoi la position traditionnelle reste défendable. C'est l'ordre : la Tradition d'abord comme cadre, les hypothèses ensuite comme objet d'examen.

Les datations tardives les plus répandues

Une partie de l'exégèse contemporaine propose de dater Marc vers 70, Matthieu et Luc vers 80-90, et Jean vers 90-100. Dans ce schéma, les récits d'enfance de Matthieu et de Luc seraient des compositions tardives, écrites après la ruine de Jérusalem, mêlant midrash et théologie pascale projetée sur les origines. Certains y ajoutent que le silence de Marc et de Jean sur l'enfance prouverait que les premières générations chrétiennes ne savaient rien de Bethléem ni de Nazareth.

La théorie des deux sources et la source Q

Le même courant explique les ressemblances entre les trois premiers Évangiles par une dépendance littéraire : Marc aurait écrit le premier, Matthieu et Luc l'auraient recopié en y ajoutant une source commune de paroles, dite « Q » (de l'allemand Quelle, source), perdue sans laisser de manuscrit. Les récits d'enfance, propres à Matthieu et à Luc et divergents entre eux, seraient alors des pièces rapportées tardives, sans racine commune.

Quatre limites de méthode

Ces hypothèses, exposées loyalement, appellent quatre réponses.

Première limite : le présupposé anti-surnaturel. Une partie des redatations repose non sur une découverte, mais sur une prémisse philosophique : une prophétie précise étant jugée impossible, tout texte qui annonce doit être postérieur à l'événement. Ce n'est pas une conclusion de la recherche, c'en est le point de départ. Qu'on écarte le surnaturel par principe, et les datations hautes s'effondrent d'elles-mêmes ; qu'on l'admette comme possible, et elles redeviennent discutables.

Deuxième limite : les datations circulaires. On date souvent un texte par une théorie d'ensemble qu'on a construite en datant d'autres textes : Marc est tardif parce que Matthieu et Luc, qui l'utiliseraient, sont tardifs, eux-mêmes datés par leur dépendance supposée à Marc. La boucle se referme sans point d'appui extérieur, alors que les témoins extérieurs (Papias, Irénée, Clément, Muratori) disent unanimement l'ancienneté et l'origine apostolique.

Troisième limite : l'argument du silence. Que Marc et Jean ne racontent pas l'enfance ne prouve pas qu'ils l'ignoraient : Marc écrit la prédication de Pierre, centrée sur le ministère et la Passion, et Jean écrit en complément, en insistant sur la divinité du Verbe. Un silence orienté par le propos n'est pas une ignorance. Au reste, Marc et Jean confirment l'enracinement nazaréen de l'adulte[101][102], ce qui suppose l'enfance au lieu même que Matthieu et Luc décrivent.

Quatrième limite : la source Q n'a jamais existé comme manuscrit. Aucun fragment, aucune citation patristique, aucun catalogue ancien ne mentionne un recueil de paroles perdu que Matthieu et Luc auraient recopié : Q est une reconstruction moderne, utile comme hypothèse de travail, fragile comme preuve. Confondre possibilité littéraire et preuve historique, c'est donner à une construction de cabinet l'autorité d'un document.

Pourquoi la position traditionnelle reste défendable

Face à ces fragilités, la chaîne traditionnelle tient par sa continuité : Papias au premier tiers du deuxième siècle, Justin au milieu, Irénée vers 180, Clément à la fin du siècle, la liste romaine de Muratori, puis les conciles. Aucune voix ancienne, même hérétique, ne propose d'autres auteurs pour les Évangiles : les gnostiques eux-mêmes citent les quatre mêmes textes pour les détourner. La papyrologie confirme une diffusion très précoce : le fragment P52 de l'Évangile selon saint Jean, copié vers 125, suppose un original bien antérieur, et le P75 donne Luc et Jean vers 200[103]. Enfin, les récits d'enfance portent les marques de l'ancienneté : milieu juif palestinien précis, Loi observée dans le détail, ville obscure inventée par personne. Une fable tardive, composée loin de la Galilée après 70, aurait multiplié les merveilles à la manière des apocryphes ; Matthieu et Luc, eux, racontent une enfance sobre, enracinée, vérifiable par les vivants de leur temps.

Pour aller plus loin

  1. Vers 7-5 avant notre ère
    Naissance à Bethléem

    Jésus naît sous Hérode le Grand ; les mages, la fuite en Égypte toute proche.

  2. 4 avant notre ère
    Mort d'Hérode et retour

    Joseph ramène l'enfant et sa mère au pays d'Israël, puis se retire en Galilée.

  3. Enfance
    Nazareth, l'atelier, la synagogue

    L'enfant grandit, se fortifie, se remplit de sagesse ; la vie religieuse juive, le travail auprès de Joseph.

  4. Vers 6-8 de notre ère
    Le Temple à douze ans

    Le seul récit des années cachées : les docteurs écoutés et interrogés, la parole sur le Père.

  5. 12 à 30 ans environ
    Le grand silence

    Dix-huit années sans récit : « il leur était soumis », « il grandissait en sagesse, en taille et en grâce ».

  6. Vers 28-29 de notre ère
    Le baptême au Jourdain

    « Jésus avait environ trente ans » : la vie cachée s'achève, la vie publique commence.

Notes

Notes et références

  1. Catéchisme de l'Église catholique, n. 531 : « Pendant la plus grande partie de sa vie, Jésus a partagé la condition de l'immense majorité des hommes : une vie quotidienne sans apparente grandeur, vie de travail manuel, vie religieuse juive soumise à la Loi de Dieu (cf. Ga 4, 4), vie dans la communauté. De toute cette période il nous est révélé que Jésus était “soumis” à ses parents et qu'“il croissait en sagesse, en taille et en grâce devant Dieu et devant les hommes” (Lc 2, 51-52). » Texte français sur vatican.va.

    1 36
  2. Catéchisme de l'Église catholique, n. 534 : « Le recouvrement de Jésus au Temple (cf. Lc 2, 41-52) est le seul événement qui rompt le silence des Évangiles sur les années cachées de Jésus. » Le numéro cite Lc 2, 49 dans l'ancienne traduction (« je me dois aux affaires de mon Père ») ; le corps de l'article cite la traduction AELF courante (« il me faut être chez mon Père »).

    2 67
  3. Évangile selon saint Luc, 2, 51, traduction liturgique AELF (aelf.org) : « Il descendit avec eux pour se rendre à Nazareth, et il leur était soumis. Sa mère gardait dans son cœur tous ces événements. »

    3 42 43 57 66
  4. Évangile selon saint Luc, 2, 52, AELF : « Quant à Jésus, il grandissait en sagesse, en taille et en grâce, devant Dieu et devant les hommes. »

    4 45
  5. Catéchisme de l'Église catholique, n. 532, texte français sur vatican.va. La citation du Jeudi Saint (« Non pas ma volonté... », Lc 22, 42) et le renvoi à Rm 5, 19 figurent dans le numéro.

    5 44 58
  6. Évangile selon saint Matthieu, 2, 13-15, AELF (aelf.org). V. 15 : « D'Égypte, j'ai appelé mon fils » (cf. Os 11, 1).

    6
  7. Évangile selon saint Matthieu, 2, 19-23, AELF. V. 19 : « Après la mort d'Hérode, voici que l'ange du Seigneur apparaît en songe à Joseph en Égypte » ; v. 23 : « Il sera appelé Nazaréen. »

    7 16
  8. Évangile selon saint Luc, 2, 39, AELF : « Lorsqu'ils eurent achevé tout ce que prescrivait la loi du Seigneur, ils retournèrent en Galilée, dans leur ville de Nazareth. »

    8 15 29
  9. Évangile selon saint Luc, 2, 41-52, AELF : le récit du pèlerinage de Pâque à douze ans, relevé intégralement le 9 octobre 2026.

    9 38
  10. Évangile selon saint Marc, 6, 3, AELF : « N'est-il pas le charpentier, le fils de Marie, et le frère de Jacques, de José, de Jude et de Simon ? Ses sœurs ne sont-elles pas ici chez nous ? Et ils étaient profondément choqués à son sujet. »

    10 18 32 46 101
  11. Évangile selon saint Matthieu, 13, 55, AELF : « N'est-il pas le fils du charpentier ? Sa mère ne s'appelle-t-elle pas Marie, et ses frères : Jacques, Joseph, Simon et Jude ? »

    11 47 53
  12. Évangile selon saint Jean, 1, 45-46, AELF : « C'est Jésus fils de Joseph, de Nazareth. » / « De Nazareth peut-il sortir quelque chose de bon ? »

    12 28 102
  13. Évangile selon saint Luc, 3, 23, AELF : « Quand il commença, Jésus avait environ trente ans ; il était, à ce que l'on pensait, fils de Joseph, fils d'Éli [...] »

    13
  14. Évangile selon saint Luc, 4, 16, AELF : « Il vint à Nazareth, où il avait été élevé. Selon son habitude, il entra dans la synagogue le jour du sabbat, et il se leva pour faire la lecture. »

    14 31 33 35
  15. Saint Augustin, De l'accord des Évangélistes (De consensu evangelistarum, vers 400), livre II : harmonie des récits d'enfance de Matthieu et de Luc.

    17
  16. Mort d'Hérode le Grand en 4 av. J.-C. selon la chronologie reçue (éclipse de lune avant la Pâque rapportée par Flavius Josèphe, Antiquités judaïques, XVII) ; Archélaüs ethnarque de Judée, de Samarie et d'Idumée de 4 av. à 6 ap. J.-C.

    19
  17. Évangile selon saint Matthieu, 2, 19-20, AELF : « Lève-toi ; prends l'enfant et sa mère, et pars pour le pays d'Israël, car ils sont morts, ceux qui en voulaient à la vie de l'enfant. »

    20
  18. Évangile selon saint Matthieu, 2, 21, AELF : « Joseph se leva, prit l'enfant et sa mère, et il entra dans le pays d'Israël. »

    21
  19. Saint Jean-Paul II, exhortation apostolique Redemptoris Custos, 15 août 1989, n. 17, texte français sur vatican.va.

    22
  20. Catéchisme de l'Église catholique, n. 530 : « Sa montée d'Égypte (cf. Mt 2, 15) rappelle l'Exode (cf. Os 11, 1) et présente Jésus comme le libérateur définitif. »

    23
  21. Évangile selon saint Matthieu, 2, 22-23, AELF : « Averti en songe, il se retira dans la région de Galilée et vint habiter dans une ville appelée Nazareth, pour que soit accomplie la parole dite par les prophètes : Il sera appelé Nazaréen. »

    24
  22. Évangile selon saint Matthieu, 2, 23, AELF.

    25
  23. Saint Jérôme, Commentaire sur l'Évangile selon saint Matthieu, livre I, sur Mt 2, 23 : lecture du Nazaréen comme le netser, le rejeton messianique (Sources Chrétiennes 242). Interprétation traditionnelle reçue, présentée à ce degré.

    26
  24. Livre d'Isaïe, 11, 1 : « Un rameau sortira de la souche de Jessé, un rejeton jaillira de ses racines » (netser en hébreu).

    27
  25. Évangile selon saint Luc, 2, 40, AELF : « L'enfant, lui, grandissait et se fortifiait, rempli de sagesse, et la grâce de Dieu était sur lui. »

    30
  26. K. Dark, The Sisters of Nazareth Convent. A Roman-Period, Byzantine and Crusader Site in Central Nazareth, 2020 : maison à cour du premier siècle sous le couvent, hypothèse d'identification à la maison de l'enfance, présentée comme hypothèse par l'auteur lui-même.

    34
  27. Évangile selon saint Luc, 2, 41, AELF : « Chaque année, les parents de Jésus se rendaient à Jérusalem pour la fête de la Pâque. »

    37
  28. Évangile selon saint Luc, 2, 46-47, AELF : « C'est au bout de trois jours qu'ils le trouvèrent dans le Temple, assis au milieu des docteurs de la Loi : il les écoutait et leur posait des questions, et tous ceux qui l'entendaient s'extasiaient sur son intelligence et sur ses réponses. »

    39
  29. Évangile selon saint Luc, 2, 49, AELF : « Comment se fait-il que vous m'ayez cherché ? Ne saviez-vous pas qu'il me faut être chez mon Père ? »

    40
  30. Évangile selon saint Luc, 2, 50, AELF : « Mais ils ne comprirent pas ce qu'il leur disait. »

    41
  31. A. Bailly, Dictionnaire grec-français, Hachette, entrée tekton : artisan, ouvrier travaillant le bois (charpentier) et, par extension, artisan du bâtiment.

    48
  32. Saint Justin, Dialogue avec Tryphon, 88, éd. Ante-Nicene Fathers I (trad. Dods et Reith), texte anglais sur newadvent.org : « He was considered to be the son of Joseph the carpenter ; and He appeared without comeliness, as the Scriptures declared ; and He was deemed a carpenter (for He was in the habit of working as a carpenter when among men, making ploughs and yokes [...]) ». Justin écrit vers 155-160 ; il rapporte aussi que Jésus « attendit environ trente ans » avant la venue de Jean.

    49 50 82
  33. Saint Jean-Paul II, Redemptoris Custos, n. 16 : « La croissance de Jésus “en sagesse, en taille et en grâce” (Lc 2, 52) s'accomplit dans le cadre de la sainte famille, sous les yeux de Joseph qui avait la haute tâche d'élever, c'est-à-dire de nourrir Jésus, de le vêtir et de lui apprendre la Loi et un métier » ; « Ainsi voulait-il sanctifier les devoirs de la famille et du travail qu'il exécutait aux côtés de Joseph. »

    51 52
  34. Catéchisme de l'Église catholique, n. 500 : « L'Église a toujours compris ces passages comme ne désignant pas d'autres enfants de la Vierge Marie : en effet Jacques et Joseph, “frères de Jésus” (Mt 13, 55), sont les fils d'une Marie disciple du Christ (cf. Mt 27, 56) [...] Il s'agit de proches parents de Jésus, selon une expression connue de l'Ancien Testament (cf. Gn 13, 8 ; 14, 16 ; 29, 15 ; etc.). »

    54
  35. Vatican II, constitution Dei Verbum, 18 novembre 1965, n. 19 : « La sainte Mère Église a tenu et tient fermement et, avec la plus grande constance, que ces quatre Évangiles, dont elle affirme sans hésiter l'historicité, transmettent fidèlement ce que Jésus, le Fils de Dieu, durant sa vie parmi les hommes, a réellement fait et enseigné pour leur salut éternel » ; les auteurs sacrés ont composé « dans le but de nous faire éprouver la “vérité” des enseignements que nous avons reçus (cf. Lc 1, 2-4) ». Texte français sur vatican.va.

    55
  36. Catéchisme de l'Église catholique, n. 512 : « Tout ce que Jésus a fait et enseigné, depuis le commencement jusqu'au jour où [...] Il fut enlevé au ciel (Ac 1, 1-2) est à voir à la lumière des mystères de Noël et de Pâques. »

    56
  37. Lettre de saint Paul aux Romains, 5, 19, AELF : « De même que par la désobéissance d'un seul être humain la multitude a été rendue pécheresse, de même par l'obéissance d'un seul la multitude sera rendue juste. »

    59
  38. Saint Irénée, Contre les hérésies, II, 22, 4, éd. Ante-Nicene Fathers I, texte anglais sur newadvent.org : « sanctifying every age, by that period corresponding to it which belonged to Himself. For He came to save all through means of Himself, all, I say, who through Him are born again to God, infants, and children, and boys, and youths, and old men. »

    60 61
  39. Catéchisme de l'Église catholique, n. 533, citant saint Paul VI, discours à Nazareth, 5 janvier 1964 : « Nazareth est l'école où l'on commence à comprendre la vie de Jésus : l'école de l'Évangile [...] Une leçon de silence d'abord [...] Une leçon de vie familiale [...] Une leçon de travail [...] comme nous voudrions enfin saluer ici tous les travailleurs du monde entier et leur montrer leur grand modèle, leur frère divin. »

    62 63
  40. Saint Jean-Paul II, Redemptoris Custos, n. 25 : « Les Évangiles parlent exclusivement de ce que “fit” Joseph ; mais ils permettent de découvrir dans ses “actions”, enveloppées de silence, un climat de profonde contemplation. Joseph était quotidiennement en contact avec le mystère “caché depuis les siècles”, qui “établit sa demeure” sous son toit » ; sainte Thérèse de Jésus « se fit la promotrice du renouveau du culte rendu à saint Joseph dans la chrétienté occidentale ».

    64 65
  41. Saint Jean-Paul II, Redemptoris Custos, n. 21 : la paternité de Joseph « possède pleinement l'authenticité de la paternité humaine, du rôle du père dans la famille » ; « Ton père et moi, nous te cherchons » : « Ce n'est pas là une phrase de convenance : ce que dit la Mère de Jésus montre toute la réalité de l'Incarnation, qui appartient au mystère de la Famille de Nazareth. »

    68 70
  42. Saint Jean-Paul II, Redemptoris Custos, n. 8 : la paternité de Joseph « s'est exprimée concrètement dans le fait d'avoir fait de sa vie un service [...] d'avoir usé de l'autorité légale qui lui revenait sur la sainte Famille, pour lui faire le don total de lui-même, de sa vie, de son travail ».

    69
  43. Saint Jean Chrysostome, Homélie sur saint Matthieu, V, 3 (PG 57, 57-58), cité dans Redemptoris Custos, note 4 : Joseph d'Égypte, gardien des greniers de Pharaon, prototype de Joseph de Nazareth, gardien des trésors de Dieu.

    71
  44. Évangile selon saint Jean, 19, 26-27, AELF : « Jésus, voyant sa mère, et près d'elle le disciple qu'il aimait, dit à sa mère : “Femme, voici ton fils.” Puis il dit au disciple : “Voici ta mère.” »

    72
  45. Protévangile de Jacques, milieu du IIᵉ siècle : enfance de Marie, Nativité ; texte ancien et influent, jamais reçu comme Écriture.

    73
  46. Évangile de l'enfance du Pseudo-Thomas, milieu du IIᵉ siècle : prodiges de l'enfant Jésus entre cinq et douze ans ; ton étranger à la charité évangélique, jamais reçu.

    74
  47. Évangile dit « arabe » de l'enfance, compilation tardive (postérieure de plusieurs siècles) : miracles en Égypte et à Nazareth ; jamais reçu.

    75
  48. Histoire de Joseph le charpentier, IVᵉ-Vᵉ siècle : récit pieux de la mort de Joseph ; légende, jamais reçue comme Écriture.

    76
  49. Décret dit de Gélase (Decretum Gelasianum, VIᵉ siècle) : liste des livres à recevoir et à ne pas recevoir ; les « évangiles » d'enfance figurent parmi les livres apocryphes à écarter.

    77
  50. Saint Irénée, Contre les hérésies, III, 1, 1, éd. Ante-Nicene Fathers I, texte anglais sur newadvent.org : « Matthew also issued a written Gospel among the Hebrews in their own dialect, while Peter and Paul were preaching at Rome, and laying the foundations of the Church. After their departure, Mark, the disciple and interpreter of Peter, did also hand down to us in writing what had been preached by Peter. Luke also, the companion of Paul, recorded in a book the Gospel preached by him. Afterwards, John, the disciple of the Lord, who also had leaned upon His breast, did himself publish a Gospel during his residence at Ephesus in Asia. »

    78 79 83
  51. Papias d'Hiérapolis, cité par Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, III, 39, 15 : « Marc, devenu l'interprète de Pierre, écrivit exactement, mais non dans l'ordre, tout ce dont il se souvenait des paroles et des actes du Christ [...]. Il eut soin d'une chose : ne rien omettre de ce qu'il avait entendu, ne rien rapporter faussement. » Traduction Ignispedia sur le texte anglais NPNF (newadvent.org).

    80
  52. Papias, cité par Eusèbe, Histoire ecclésiastique, III, 39, 16 : « Matthieu rédigea les paroles du Seigneur en langue hébraïque, et chacun les interpréta comme il en était capable. » Traduction Ignispedia sur le texte anglais NPNF (newadvent.org).

    81
  53. Clément d'Alexandrie, Hypotyposes, cité par Eusèbe, Histoire ecclésiastique, VI, 14, 6 : « Les Évangiles contenant les généalogies furent écrits les premiers » ; Marc écrit à Rome, à la demande des auditeurs de Pierre. Traduction Ignispedia sur le texte anglais NPNF (newadvent.org).

    84
  54. Fragment de Muratori, fin du IIᵉ siècle (Rome) : plus ancienne liste latine des écrits du Nouveau Testament ; elle reçoit les quatre Évangiles (Luc nommé troisième, Jean quatrième).

    85
  55. Conciles d'Hippone (393) et de Carthage (397) : fixation du canon des Écritures pour l'Église latine, quatre Évangiles inclus.

    86
  56. Concile de Trente, session IV, 8 avril 1546 : les livres saints reçus en entier avec toutes leurs parties (DS 1501).

    87
  57. Évangile selon saint Luc, 1, 3-4 : prologue de l'enquête lucanienne (s'informer exactement depuis les origines, exposé suivi, solidité des enseignements).

    88
  58. Datation traditionnelle de Luc au début des années 60 : les Actes des Apôtres, second tome de la même œuvre, s'achèvent sur la captivité romaine de Paul sans mentionner son martyre (vers 64-67) ni la ruine de Jérusalem (70).

    89 92
  59. Datation traditionnelle de Matthieu aux années 50-60 : premier Évangile selon Irénée (III, 1, 1), rédigé avant la ruine de Jérusalem qu'il annonce comme future (cf. Mt 24).

    90
  60. Datation traditionnelle de Marc aux années 60, à Rome, d'après la prédication de Pierre, avant le martyre de Pierre et de Paul sous Néron (vers 64-67).

    91
  61. Datation traditionnelle de Jean à la fin du premier siècle, à Éphèse : témoignage d'Irénée, relayé par Eusèbe, sur le séjour du disciple bien-aimé en Asie jusqu'au temps de Trajan.

    93
  62. Sacrée Congrégation des Rites, décret du 26 octobre 1921, sous Benoît XV : la fête de la Sainte Famille est étendue à l'Église universelle, au dimanche dans l'octave de l'Épiphanie.

    94
  63. Depuis la réforme du calendrier romain (1969), la fête de la Sainte Famille se célèbre le dimanche dans l'octave de Noël.

    95
  64. Saint Jean-Paul II, Redemptoris Custos, n. 22 : « Une des expressions quotidiennes de cet amour dans la vie de la Famille de Nazareth est le travail » ; « Grâce à son atelier où il exerçait son métier en même temps que Jésus, Joseph rendit le travail humain proche du mystère de la Rédemption » ; la mémoire liturgique de saint Joseph Artisan est « fixée au premier mai » (instituée par Pie XII, allocution du 1er mai 1955, AAS 47 (1955), p. 406).

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  65. Congrégation pour le Culte divin et la Discipline des Sacrements, décret du 31 octobre 2019 (cardinal Sarah) : inscription au calendrier romain général de la mémoire de Notre-Dame de Lorette, le 10 décembre.

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  66. Maria Valtorta, L'Évangile tel qu'il m'a été révélé (Centro Editoriale Valtortiano) : longues pages sur l'enfance à Nazareth. Écrits privés, à lire avec le discernement requis pour toute révélation privée : ils n'appartiennent pas à la foi publique et ne prouvent rien historiquement.

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  67. P52 (papyrus Rylands, fragment de l'Évangile selon saint Jean, copié vers 125) et P75 (papyrus Bodmer, Luc et Jean, vers 200) : la diffusion manuscrite des Évangiles est attestée dès la première moitié du deuxième siècle.

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