Saint Joseph dans le Nouveau Testament

Saint Joseph dans le Nouveau Testament : songes, fuite en Égypte, Nazareth, auteurs et datation traditionnels, paternité davidique, mariage virginal, Pères, liturgie, objections et débat historico-critique.

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Saint Joseph est, dans le Nouveau Testament, l'époux de Marie et le père légal de Jésus : un descendant de David, artisan de Nazareth, qui reçoit en songe l'ordre de prendre Marie chez lui, qui donne à l'enfant le nom de Jésus, qui le sauve d'Hérode par la fuite en Égypte, qui le ramène à Nazareth, qui l'offre au Temple avec Marie, qui le cherche trois jours à Jérusalem, puis qui disparaît du récit avant la vie publique, sans qu'une seule de ses paroles soit rapportée. Aucun autre homme de l'Évangile ne tient un rôle pareil dans un silence pareil : une douzaine de passages directs, concentrés dans les récits d'enfance de Matthieu et de Luc, prolongés par deux mentions de Jean, et cernés par une absence éloquente partout ailleurs[1].

Son dossier scripturaire porte déjà, en germe, toute la doctrine de l'Église sur lui : l'ange l'appelle fils de David, titre d'où l'Église tirera la transmission des droits davidiques à Jésus par son père légal ; il est dit juste, d'où les Pères tireront le modèle des justes ; il prend Marie sans la connaître, d'où l'Église confessera avec Augustin le vrai mariage virginal ; il ne dit mot, d'où la tradition contemplera le silence et la vie intérieure ; il garde l'enfant et sa mère, d'où Pie IX tirera le patron de l'Église universelle[2].

L'article présente d'abord Joseph tel que l'Église reçoit l'Écriture : l'inventaire des passages, les auteurs sacrés et leur datation traditionnelle, les témoins anciens du texte, puis le parcours complet des scènes, des fiançailles aux quatre songes, de Bethléem à Nazareth, de l'atelier du charpentier à la mort silencieuse avant la vie publique, la théologie que le Nouveau Testament enseigne déjà, la réception chez les Pères, les papes et dans la liturgie, les objections courantes avec leurs réponses, et enfin le débat avec l'exégèse historico-critique moderne. Le dossier de Marie, l'autre versant des mêmes scènes, relève de l'article sur la Vierge Marie dans le Nouveau Testament ; les fêtes et le culte développé relèvent de saint Joseph au 19 mars.

Joseph dans le canon : l'inventaire des passages

Une douzaine de scènes, entre Matthieu, Luc et Jean

Joseph apparaît dans trois des sept ensembles du Nouveau Testament : l'évangile selon Matthieu, l'évangile selon Luc et l'évangile selon Jean. Marc, Paul, les Actes, les lettres catholiques et l'Apocalypse ne le nomment pas. Le tableau ci-dessous donne l'inventaire complet des passages directs, dans l'ordre du canon[3].

LivrePassageScène
MatthieuMt 1, 16-25Généalogie, Joseph le juste, premier songe, nom de Jésus
MatthieuMt 2, 13-15Deuxième songe, fuite en Égypte
MatthieuMt 2, 19-23Troisième et quatrième songes, retour, Nazareth
MatthieuMt 13, 55À Nazareth, « le fils du charpentier »
LucLc 1, 27Marie « fiancée à un homme nommé Joseph, de la maison de David »
LucLc 2, 4-7Montée à Bethléem, la Nativité
LucLc 2, 21-24Circoncision, Présentation, offrande des pauvres
LucLc 2, 33« Son père et sa mère » dans l'admiration
LucLc 2, 41-51Jésus perdu et retrouvé, « ton père et moi », vie soumise
LucLc 3, 23« Fils, croyait-on, de Joseph, fils d'Héli »
JeanJn 1, 45« Jésus, fils de Joseph, de Nazareth »
JeanJn 6, 42« Dont nous connaissons le père et la mère »

Deux traits sautent aux yeux avant toute lecture. D'abord, Joseph ne parle jamais : l'ange parle, Marie parle, les bergers parlent, Siméon parle, mais de Joseph le texte ne rapporte aucune parole, seulement des actes d'obéissance immédiate. Ensuite, Joseph disparaît : présent à chaque page de l'enfance, il est absent de Cana, absent du ministère, absent de la croix où Jésus confie sa mère au disciple bien-aimé, absent de la chambre haute. La tradition y lit sa mort entre la douzième année de Jésus et le début de la vie publique, assisté par Jésus et Marie, d'où son titre de patron de la bonne mort[4].

Deux récits d'enfance, le versant de Joseph et celui de Marie

Matthieu et Luc racontent la même enfance par deux portes différentes. Matthieu raconte du côté de Joseph : c'est lui qui doute, lui qui reçoit l'ange en songe, lui qui nomme l'enfant, lui qui fuit, lui qui revient. Les songes structurent tout le récit, comme ceux du patriarche Joseph, son homonyme fils de Jacob, et Matthieu cite à chaque étape l'oracle accompli, Isaïe, Osée, Jérémie[5]. Luc raconte du côté de Marie : l'Annonciation, la Visitation, le Magnificat, les bergers, Siméon, puis le Temple retrouvé, où Joseph apparaît comme le père qui monte, qui offre, qui cherche, qui s'étonne[6]. Les deux récits s'accordent sur l'essentiel, fiançailles avec Marie, maison de David, conception virginale, Bethléem puis Nazareth, sans se copier : Matthieu ignore la crèche et les bergers, Luc ignore les mages et l'Égypte, et les deux convergent exactement là où deux inventions indépendantes divergeraient.

Le silence du reste du Nouveau Testament, et ce qu'il signifie

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Marc ne nomme pas Joseph, mais il connaît « le charpentier, le fils de Marie » de Nazareth, avec ses frères Jacques, Joset, Jude et Simon[7]. Paul ne nomme pas Joseph, mais il atteste avant tout le monde la descendance davidique « selon la chair », qui passe juridiquement par le père légal[8]. Les Actes ne le nomment pas, et pour cause : leur récit commence à l'Ascension, longtemps après sa mort reçue. Loin d'être un vide suspect, ce silence dessine le portrait : un homme de la génération précédente, mort avant la prédication, dont le rôle s'achève quand l'enfant atteint l'âge d'homme, et que les textes du ministère ne rencontrent plus qu'à travers la formule des Nazaréens, « le fils de Joseph ».

Les auteurs et la datation reçus des récits de Joseph

Matthieu, l'apôtre, et le versant de Joseph

Le récit le plus josephin du Nouveau Testament est attribué par la tradition la plus ancienne à l'apôtre Matthieu, le publicain devenu disciple, écrivant d'abord pour les judéo-chrétiens. Dès la première moitié du IIe siècle, Papias d'Hiérapolis atteste que « Matthieu rédigea les paroles du Seigneur en dialecte hébreu »[9], témoignage conservé par Eusèbe de Césarée[10]. Clément d'Alexandrie confirme que les évangiles généalogiques, Matthieu et Luc, furent écrits les premiers[11]. Or Matthieu est précisément l'évangile des deux généalogies accomplies, celle de Jésus par Joseph en ouverture, et des songes à la manière des patriarches : un récit de fils de David pour des lecteurs qui savent ce que fils de David veut dire. L'Église reçoit donc les quatre songes comme le témoignage d'un apôtre, recueilli avant la ruine de Jérusalem, dans les années 40 à 60 selon la datation traditionnelle[12].

Luc, l'enquêteur, et le père qui monte au Temple

Luc nomme Joseph dès l'Annonciation, « fiancée à un homme nommé Joseph, de la maison de David », et ne le quitte plus jusqu'aux douze ans de Jésus[13]. La tradition unanime, d'Irénée de Lyon au canon de Muratori, voit en Luc le médecin d'Antioche, compagnon de Paul, qui écrit « après avoir tout recherché avec soin depuis les origines » auprès des témoins oculaires[14][15][16]. Or Paul connaît la maison de Jérusalem et Jacques « le frère du Seigneur »[17] : par Paul et les Églises de Judée, Luc a eu accès aux souvenirs de la parenté elle-même, y compris à ceux que Marie « retenait et méditait dans son cœur ». Les Actes s'achevant sur la captivité romaine de Paul, vers 62-63, sans mentionner sa mort ni la ruine de Jérusalem, l'Église date l'évangile de Luc des années 60 à 63[18].

« Puisque beaucoup ont entrepris de composer un récit des événements accomplis parmi nous, d'après ce que nous ont transmis ceux qui furent dès le début témoins oculaires et serviteurs de la Parole, j'ai décidé, moi aussi, après avoir tout recherché avec soin depuis les origines, de t'en écrire un récit ordonné, excellent Théophile. » — Saint Luc, Lc 1, 1-3[19]

Jean : deux mentions qui supposent tout le reste

Le quatrième évangile ne raconte pas l'enfance, mais il nomme Joseph deux fois, et ces deux mentions supposent connu tout le dossier. Philippe annonce à Nathanaël : « Celui dont Moïse a écrit dans la Loi, ainsi que les prophètes, nous l'avons trouvé : Jésus, fils de Joseph, de Nazareth »[20]. À Capharnaüm, la foule murmure : « N'est-ce pas Jésus, le fils de Joseph, dont nous connaissons le père et la mère ? »[21]. La tradition, portée par Irénée qui se réclame de Polycarpe, disciple de Jean lui-même, attribue cet évangile à l'apôtre Jean, fils de Zébédée, à Éphèse, à la fin du Ier siècle[22]. C'est à ce même Jean que Jésus confiera sa mère du haut de la croix : si Joseph vivait encore, la mère ne serait pas confiée au disciple. Les deux mentions de Jean encadrent ainsi, en creux, la mort de Joseph avant le ministère.

Le silence de Marc et de Paul, et ce qu'il signifie

Marc, l'interprète de Pierre à Rome, met par écrit la prédication de l'Apôtre, qui part du baptême de Jean et court vers la Passion : l'enfance n'y figure pas, mais la maison de Nazareth y figure, avec le charpentier et ses frères[23][24]. Paul, dans les lettres les plus anciennes du christianisme, années 48 à 58, atteste la descendance davidique « selon la chair », qui est juridiquement celle du père légal[25]. Ni l'un ni l'autre n'avaient à raconter les songes : leurs genres l'excluaient. Mais tous deux confirment, chacun à sa manière, les deux piliers du dossier de Joseph, le métier de Nazareth et la maison de David.

Les témoins anciens du texte de Joseph

TémoinDate reçueCe qu'il atteste
Papias d'HiérapolisPremière moitié du IIe siècleMatthieu en dialecte hébreu, Marc interprète de Pierre
Hégésippe, MémoiresVers 160-180Clopas, frère de Joseph, et sa descendance à Jérusalem
Saint Justin, ApologiesVers 155-160Les « mémoires des apôtres » lus chaque dimanche avec les prophètes
Canon de MuratoriVers 170-200, RomeLuc compagnon de Paul, Jean le quatrième évangile
Tatien, DiatessaronVers 170Harmonie des quatre évangiles, enfance et songes inclus
Saint Irénée, Contre les hérésiesVers 180Les quatre évangiles, ni plus ni moins, et leurs auteurs
Papyrus P52Vers 125Fragment de Jean circulant déjà en Égypte

Hégésippe mérite ici une mention spéciale : ce chroniqueur judéo-chrétien du IIe siècle, conservé par Eusèbe, précise que Clopas était le frère de Joseph, et que Siméon, fils de Clopas, devint le second évêque de Jérusalem après Jacques[26]. La parenté de Joseph est donc connue, nommée et suivie par l'Église de Jérusalem elle-même, dès le siècle des apôtres. Justin, vers 155, atteste la lecture dominicale des mémoires apostoliques[27] ; Tatien les fond en une trame vers 170[28] ; Irénée en fixe les quatre auteurs vers 180[29] ; et le papyrus P52 fait circuler Jean en Égypte vers 125[30].

Les quatre songes et l'obéissance du juste

« Joseph, fils de David » : le premier songe (Mt 1)

Marie est enceinte « avant qu'ils aient habité ensemble », et Joseph, « homme juste », décide de la renvoyer en secret pour ne pas la diffamer[31]. Le mot grec, dikaios, dit tout : observateur de la Loi, mais d'une justice déjà évangélique, qui refuse à la fois le soupçon public et le mensonge privé. Pendant qu'il médite ce dessein, l'ange du Seigneur lui apparaît en songe et l'appelle par le titre que personne d'autre ne reçoit dans tout le Nouveau Testament : « Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre chez toi Marie ton épouse, car ce qui a été engendré en elle vient de l'Esprit Saint »[32]. Fils de David : le titre messianique est posé sur le père légal avant de l'être sur l'enfant. L'enfant portera le nom de Jésus, car c'est lui qui sauvera son peuple de ses péchés, et Joseph, en le nommant, exercera le premier acte de la paternité légale, celui qui inscrit le fils dans la lignée[33]. « À son réveil, Joseph fit comme l'ange du Seigneur lui avait prescrit » : pas une parole, un acte[34].

On ne comprend le dilemme de Joseph qu'en sachant ce que valaient des fiançailles juives : l'érusin constituait déjà un vrai mariage, et l'épouse infidèle avant la cohabitation tombait sous la loi de l'adultère[35]. Joseph ne peut ni garder Marie sans mentir, ni la dénoncer sans la perdre : sa justice cherche la troisième voie, le renvoi secret, et c'est dans cette impasse d'homme juste que l'ange parle.

« Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre chez toi Marie ton épouse, car ce qui a été engendré en elle vient de l'Esprit Saint. Elle enfantera un fils, et tu lui donneras le nom de Jésus, car c'est lui qui sauvera son peuple de ses péchés. » — L'ange du Seigneur à Joseph, Mt 1, 20-21[36]

« Lève-toi » : la fuite en Égypte (Mt 2, 13-18)

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Les mages repartis, l'ange apparaît une seconde fois : « Lève-toi, prends l'enfant et sa mère, et fuis en Égypte »[37]. Joseph se lève de nuit, sans délai, sans bagage décrit, et l'enfant échappe au massacre ordonné par Hérode, qui fait tuer les enfants de Bethléem, petit village de quelques centaines d'âmes, où Matthieu entend Rachel pleurant ses fils[38]. L'Égypte n'est pas un hasard : c'est le pays du premier Joseph, vendu puis élevé, qui y nourrit sa famille au temps de la famine, et Matthieu y entend l'oracle, « d'Égypte j'ai appelé mon fils »[39]. Le second Joseph, comme le premier, descend en Égypte avec les siens et les y garde en vie. La tradition apocryphe de l'Histoire de Joseph le Charpentier brodera le séjour, mais le texte canonique n'en dit que l'essentiel : l'obéissance nocturne et la protection[40].

Le retour et Nazareth : troisième et quatrième songes (Mt 2, 19-23)

Hérode mort, survenue en 4 avant notre ère selon Flavius Josèphe, l'ange parle une troisième fois, toujours en songe, toujours en Égypte : « Lève-toi, prends l'enfant et sa mère, et reviens au pays d'Israël »[41][42]. Joseph revient, mais Archélaüs règne sur la Judée avec une cruauté déjà célèbre, et Joseph, « averti en songe », quatrième et dernière mention, se retire en Galilée et s'établit à Nazareth, accomplissant l'oracle qu'il sera appelé Nazaréen[43]. Quatre songes, quatre levers, quatre obéissances : le récit de Matthieu est bâti comme une litanie de l'écoute. Entre le premier songe et l'installation à Nazareth, Jésus est né entre 6 et 4 avant l'ère commune, le moine Denys le Petit s'étant trompé de quelques années dans son calcul du VIe siècle[44].

  1. Fiançailles
    Joseph, fils de David, fiancé à Marie

    Deux descendants de David, à Nazareth, village obscur de Galilée. Marie est enceinte avant la cohabitation, et Joseph, homme juste, médite de la renvoyer en secret.

  2. Premier songe
    Prends Marie chez toi

    L'ange ordonne en songe de prendre Marie et de nommer l'enfant Jésus. Joseph obéit au réveil et exerce la paternité légale qui inscrit Jésus dans la lignée davidique.

  3. Bethléem
    La Nativité dans la ville de David

    Montée pour le recensement, naissance du premier-né, bergers puis mages, Circoncision et Présentation au Temple avec l'offrande des pauvres.

  4. Égypte
    La fuite nocturne et le séjour

    Deuxième songe, départ de nuit, l'enfant arraché au massacre d'Hérode. Séjour en Égypte jusqu'à la mort du tyran, en 4 avant notre ère.

  5. Nazareth
    Le retour et la vie cachée

    Troisième et quatrième songes, établissement à Nazareth. Trente années de travail et de silence, jusqu'aux douze ans de Jésus au Temple, dernière scène où Joseph paraît.

Bethléem, le Temple et Nazareth : le père qui monte, offre et cherche

La montée à Bethléem, ville de David (Lc 2, 1-7)

Luc ancre la naissance dans l'histoire impériale : un édit d'Auguste, un recensement, Quirinius en Syrie, et la montée de Joseph et Marie « de Nazareth à Bethléem, parce qu'il était de la maison et de la lignée de David »[45]. C'est la davidité de Joseph qui conduit la famille : sans elle, pas de Bethléem, et sans Bethléem, pas d'accomplissement de l'oracle de Michée, « de toi sortira celui qui doit gouverner Israël »[46]. Le recensement de Quirinius pose une difficulté célèbre, puisque Josèphe place le gouvernement de Quirinius en 6 de notre ère, après la mort d'Hérode : les réponses convergent vers un premier enregistrement antérieur, une mission extraordinaire de Quirinius, ou le sens de prôtè comme recensement « avant celui de Quirinius », sans que le texte perde son ancrage impérial[47]. Marie « enveloppa son premier-né », le titre juridique du fils consacré selon l'Exode[48], et Joseph est là, présent et silencieux, à chaque ligne du récit que la Vierge Marie dans le Nouveau Testament raconte du côté de la Mère.

La Présentation : l'offrande des pauvres (Lc 2, 21-38)

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Huit jours après la naissance, Joseph fait circoncire l'enfant et lui donne le nom reçu en songe, Jésus, accomplissant à la lettre l'ordre de l'ange : le nom promis devient le nom porté[49]. Quarante jours après, selon la Loi, Marie et Joseph montent à Jérusalem pour présenter l'enfant et offrir le sacrifice des pauvres, deux tourterelles, au lieu de l'agneau[50]. Le détail compte : la famille qui descend de David offre en pauvres. Siméon prend l'enfant dans ses bras, chante le Maintenant, puis prophétise à Marie le glaive, tandis que Luc note que « son père et sa mère s'étonnaient de ce qui se disait de lui » : Joseph est nommé père, sans réserve, dans le texte même[51][52]. La prophétesse Anne survient à son tour : toute la scène du Temple a Joseph pour témoin muet.

« Ton père et moi » : Jésus retrouvé au Temple (Lc 2, 41-51)

Chaque année, la famille monte à Jérusalem pour la Pâque, et à douze ans, à la veille de la majorité religieuse, Jésus reste au Temple sans que ses parents le sachent[53]. Trois jours d'angoisse, puis la découverte : assis parmi les docteurs, les interrogeant et les étonnant. C'est Marie qui parle, mais elle parle pour deux : « Vois, ton père et moi, nous te cherchions, angoissés. »[54]. Jamais le Nouveau Testament ne donne à Joseph un titre plus haut : père, dans la bouche de Marie elle-même. La réponse de Jésus, « ne saviez-vous pas que je dois être chez mon Père ? », ne récuse pas cette paternité, elle la situe : Joseph est père en vérité, mais le Père est aux cieux[55]. Et Luc conclut : « Il redescendit avec eux à Nazareth, et il leur était soumis », à Marie et à Joseph, le Verbe obéissant au charpentier[56].

« Il redescendit avec eux à Nazareth, et il leur était soumis. Sa mère gardait fidèlement toutes ces choses en son cœur. » — Saint Luc, Lc 2, 51[57]

Le charpentier, la maison cachée et la mort silencieuse

Tekton : l'artisan de Nazareth

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À Nazareth, on connaît Jésus comme « le fils du charpentier », et Marc précise même « le charpentier » lui-même, le fils apprenant le métier du père[58][59]. Le mot grec, tektôn, désigne plus largement l'artisan qui travaille le bois, la pierre et la charpente des maisons : saint Justin, dès le milieu du IIe siècle, précise que Jésus fabriquait sous Joseph « des jougs et des charrues », les outils des paysans galiléens[60]. Trente ans de copeaux, de mesures et de clients : c'est dans cet atelier, et non dans une école de Jérusalem, que le Fils de Dieu apprend un métier d'homme, de la main de Joseph. Le Catéchisme y voit le sommet de la vie cachée, qui « permet à tout homme d'être uni à Jésus par les voies les plus ordinaires de la vie quotidienne »[61].

« N'est-ce pas le fils de Joseph ? » : le scandale de la familiarité

À Capharnaüm, après le discours du pain de vie, la foule murmure : « N'est-ce pas Jésus, le fils de Joseph, dont nous connaissons le père et la mère ? Comment dit-il maintenant : je suis descendu du ciel ? »[62]. L'objection se retourne en témoignage : les Galiléens connaissent la famille, le père, la mère, la maison, et personne ne conteste la paternité de Joseph. C'est le même scandale qu'à Nazareth, « d'où lui viennent cette sagesse et ces miracles ? », et la même réponse du Seigneur, « un prophète n'est méprisé que dans sa patrie »[63]. Joseph a si bien gardé l'enfant que les voisins ne voient en Jésus que le fils de l'artisan : l'incognito de Nazareth est l'œuvre de Joseph autant que de Dieu.

Absent de Cana, absent de la croix : la mort avant le ministère

Après les douze ans de Jésus, Joseph ne reparaît plus. À Cana, « la mère de Jésus était là », sans Joseph[64]. Pendant le ministère, « sa mère et ses frères » viennent le voir, sans Joseph[65]. Au pied de la croix, Jésus confie sa mère au disciple bien-aimé, ce qui serait impensable si son époux vivait encore[66]. Avant Pâques, Marie est en prière avec les apôtres, veuve auprès du disciple[67]. La tradition, unanime, place donc la mort de Joseph entre la douzième année de Jésus et le début de la vie publique, entouré de Jésus et de Marie : nul n'a jamais eu pareille assistance à l'heure de mourir, d'où son titre de patron de la bonne mort, invoqué pour obtenir une fin paisible[68]. L'Église ne définit pas la date, mais elle prie comme si c'était hier : les litanies chantent Joseph « consolation des malheureux, espérance des malades, patron des mourants »[69].

Ce que le Nouveau Testament enseigne déjà sur Joseph

Fils de David : la transmission des droits messianiques

Matthieu ouvre son évangile par « le livre de la genèse de Jésus Christ, fils de David, fils d'Abraham », puis déroule trois fois quatorze générations, d'Abraham à David, de David à l'exil, de l'exil au Christ, en passant par Jacob, qui « engendra Joseph, l'époux de Marie, de laquelle est né Jésus, que l'on appelle Christ »[70]. La rupture de la chaîne est voulue : partout ailleurs le verbe est engendra, ici il s'arrête à l'époux, et l'enfant vient de Marie. Pourtant c'est bien par Joseph que Jésus est fils de David : la filiation légale transmet les droits, et Joseph, en prenant Marie et en nommant l'enfant, inscrit Jésus dans la maison de David[71]. Luc confirme par l'autre bout : à la fin de sa généalogie remontante, « fils, croyait-on, de Joseph, fils d'Héli », jusqu'à Adam, jusqu'à Dieu[72]. Le Catéchisme résume : Jésus est « fils de David selon la chair », promis à Israël[73]. Et le titre posé sur Joseph par l'ange ne reste pas enfermé dans les récits d'enfance : il revient sur Jésus dans la bouche de la foule, chez l'aveugle de Jéricho, chez la Cananéenne, chez les deux aveugles de Galilée, jusque dans les cris des Rameaux[74]. Tout ce cortège de fils de David repose sur la paternité légale du charpentier de Nazareth.

Époux vrai dans un mariage virginal

Joseph « prit chez lui son épouse » et « ne la connut pas jusqu'à ce qu'elle eût enfanté un fils »[75]. Saint Augustin en tire la doctrine du mariage vrai sans union charnelle : tout le bien des noces s'y trouve accompli, l'enfant, la fidélité, le sacrement, car le consentement fait le mariage, non l'étreinte[76]. Saint Jérôme, contre Helvidius qui voulait donner à Marie d'autres enfants, défend la virginité perpétuelle et avec elle l'honneur de Joseph, dont la continence garde le mystère[77]. Saint Thomas achève : il convenait que la Mère de Dieu fût mariée, pour protéger l'enfant et sa mère, pour voiler le mystère aux démons, et pour donner au Christ, dans Joseph, un père qui le nourrisse, le protège et le présente au Temple[78]. Jean-Paul II nomme la chose d'un mot : Joseph est le père virginal de Jésus, époux véritable dans une union que l'Esprit seul a fécondée[79].

« Tout le bien des noces a été accompli dans ces parents du Christ : l'enfant, la fidélité, le sacrement. » — Saint Augustin, Du mariage et de la concupiscence, I, 11[80]

Le juste et le silencieux : l'obéissance sans une parole

Dikaios, juste, dès la première mention ; obéissant, à chaque songe, sans discuter, sans délai, de nuit ; silencieux, jusqu'au bout, sans une parole rapportée. Saint Jean Chrysostome admire cette foi qui ne demande aucun signe : Joseph croit l'incroyable, la conception virginale, sur la seule parole d'un songe, et « il fit comme l'ange lui avait prescrit », sans interroger ni le messager ni le mystère[81]. Jean-Paul II voit dans cette obéissance « l'expression de la primauté de la vie intérieure » : Joseph, homme du silence, accomplit dans l'ombre l'œuvre la plus décisive, garder le Rédempteur[82]. Le pape François, quatre siècles de dévotion plus tard, ne dit pas autre chose : Joseph aimait « avec un cœur de père », dans l'ombre, par le travail, par l'accueil, par le courage des fuites nocturnes[83].

« Avec un cœur de père : c'est ainsi que Joseph a aimé Jésus, qui est appelé dans les quatre Évangiles le fils de Joseph. » — Pape François, Patris corde, introduction[84]

Le second Joseph : la typologie du patriarche

Matthieu n'a pas choisi les songes et l'Égypte au hasard : Joseph, fils de Jacob selon la généalogie[85], rejou le Joseph, fils de Jacob de la Genèse, et le lecteur judéo-chrétien le reconnaît aussitôt. Le tableau des correspondances, relevé par les Pères, structure tout le récit.

Premier Joseph (Gn 37 à 50)Second Joseph (Mt 1 à 2)
Fils de Jacob, le préféré de son pèreFils de Jacob, l'époux choisi pour Marie
Des songes annoncent sa grandeurQuatre songes guident chacun de ses pas
Vendu puis élevé en ÉgypteFuyant puis revenant d'Égypte
Chaste devant la femme de PutipharChaste dans son mariage virginal
Nourricier de sa famille avec le bléNourricier du Pain vivant par son travail
« Faites tout ce qu'il vous dira » (Pharaon)« Faites tout ce qu'il vous dira » (Marie à Cana)
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La dernière ligne, que la Vierge Marie dans le Nouveau Testament relève à Cana, boucle le portrait : la parole de Pharaon sur le premier Joseph devient la parole de Marie sur le Fils du second. Le Nouveau Testament ne cite jamais la typologie expressément, mais Matthieu l'écrit en actes, et l'Église la chante : Joseph garde le blé nouveau comme l'ancien gardait les greniers[86].

La réception dans l'Église : Pères, papes et liturgie

Les Pères des premiers siècles

Joseph n'est pas une découverte tardive de la piété moderne : les plus anciens Pères le tiennent déjà de l'Écriture. Justin, vers 155, connaît l'atelier de Nazareth et les charrues du charpentier[87]. Irénée, vers 180, lit dans la conception virginale la preuve que le Christ n'est pas fils de Joseph selon la chair, mais bien son fils selon la Loi[88]. Origène, au IIIe siècle, défend l'honneur de Marie contre Celse et avec lui la justice de Joseph, qui refuse de la diffamer[89]. Hégésippe nomme sa parenté jusqu'à l'évêché de Jérusalem[90]. Au IVe siècle, les deux grandes lectures des « frères » se fixent : Jérôme y voit les cousins, enfants de Clopas frère de Joseph[91], Épiphane les fils d'un premier mariage, d'après le Protévangile de Jacques, texte apocryphe du milieu du IIe siècle que l'Église n'a jamais reçu au canon mais dont elle connaît l'existence[92]. Chrysostome prêche les songes à Antioche, Augustin le mariage virginal à Hippone, et la doctrine est fixée pour un millénaire[93][94].

« Voyez la foi et l'obéissance de cet homme juste : sans demander aucun signe, sans interroger l'avenir, il reçoit l'épouse et garde l'enfant, et il accomplit tout ce qui lui est prescrit. » — Saint Jean Chrysostome, Homélies sur Matthieu, IV[95]

Les papes et Docteurs : du gardien au patron

Le Moyen Âge fait de Joseph le modèle des contemplatifs, Bernard et les franciscains prêchent sa paternité, Thérèse d'Avila lui confie ses fondations et Gerson plaide sa cause au concile de Constance[96]. Mais c'est le XIXe siècle qui tranche : le 8 décembre 1870, Pie IX, par le décret Quemadmodum Deus, déclare saint Joseph patron de l'Église universelle, confiant à celui qui garda le Christ enfant la garde du corps mystique[97]. Léon XIII, par l'encyclique Quamquam pluries du 15 août 1889, ordonne de joindre son patronage à celui de Marie et consacre le mois d'octobre, avec le Rosaire, à demander son secours[98]. Saint Pie X approuve les litanies de saint Joseph en 1909[99]. Pie XII institue le 1er mai 1955 la fête de saint Joseph artisan, face au 1er mai des travailleurs[100]. Jean-Paul II couronne l'édifice le 15 août 1989 par l'exhortation Redemptoris Custos, le gardien du Rédempteur, « l'ombre du Père » sur la Sainte Famille[101]. Et François, pour les cent cinquante ans du patronage, offre l'année saint Joseph, du 8 décembre 2020 au 8 décembre 2021, avec la lettre Patris corde[102].

Joseph dans la liturgie : les grandes dates

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  1. 19 mars
    Solennité de saint Joseph, époux de Marie

    Fête médiévale des franciscains, inscrite au calendrier romain, étendue à toute l'Église au XVIIe siècle. L'Église y honore l'époux de la Mère de Dieu et le père légal du Sauveur, racontée dans l'article de saint Joseph au 19 mars.

  2. 1870
    Patron de l'Église universelle

    Pie IX, en pleine tempête du pouvoir temporel, confie l'Église à celui qui garda Jésus et Marie. Le patronage se célèbre et se renouvelle à chaque crise.

  3. 1889
    Léon XIII et le mois d'octobre

    L'encyclique Quamquam pluries joint le secours de Joseph à la prière du Rosaire : le gardien de la Sainte Famille devient le gardien des familles chrétiennes.

  4. 1er mai
    Saint Joseph artisan

    Pie XII donne aux travailleurs un patron qui travailla de ses mains trente ans à Nazareth. L'atelier du charpentier éclaire l'usine et le bureau.

  5. Mercredis et mois de mars
    La dévotion ordinaire

    Le mercredi, jour de la semaine dédié à Joseph, et le mois de mars, qui porte sa solennité, rythment la prière des fidèles, avec les litanies approuvées en 1909.

  6. 2020-2021
    L'année saint Joseph

    François proclame une année jubilaire pour les cent cinquante ans du patronage, avec la lettre Patris corde : Joseph aimé, tendre, obéissant, accueillant, courageux, travailleur, dans l'ombre.

Objections courantes et réponses

« Les deux généalogies se contredisent » ?

Infographie originale Ignispedia créée par IA

Matthieu fait descendre Jésus de David par Salomon, Luc par Nathan, et les deux listes divergent entre David et Joseph. L'objection est ancienne, et la réponse l'est aussi : dès le IIIe siècle, Jules l'Africain, dans sa Lettre à Aristide conservée par Eusèbe, explique par le lévirat que Jacob, père de Joseph selon Matthieu, et Héli, père de Joseph selon Luc, étaient demi-frères, nés de la même mère, Estha, de deux pères successifs ; Héli mourant sans enfant, Jacob lui suscita une postérité selon la loi du lévirat, et Joseph eut ainsi un père selon la nature, Jacob, et un père selon la loi, Héli[103]. Augustin reprend la solution dans son Sermon 51 sur les généalogies[104]. Une autre lecture, répandue, voit dans la liste de Luc la lignée de Marie elle-même, Héli étant son père, le beau-père de Joseph nommé selon l'usage qui rattache le gendre à la maison[105]. Les deux lectures sauvegardent l'essentiel : par Joseph, père légal, Jésus est juridiquement fils de David, et aucune des deux listes ne prétend à l'exhaustivité moderne, Matthieu le dit lui-même en structurant ses trois fois quatorze générations[106].

« Joseph était un vieillard veuf » ?

L'image du vieux Joseph aux cheveux blancs vient du Protévangile de Jacques, apocryphe du IIe siècle, qui en fait un veuf âgé, père d'enfants d'un premier mariage, choisi pour garder Marie[107]. L'Église n'a jamais reçu ce texte comme Écriture, et l'image qu'il impose contredit le récit canonique : un vieillard n'aurait ni monté à Bethléem pour le recensement, ni fui de nuit en Égypte avec l'enfant, ni travaillé trente ans à l'atelier, et Marie n'aurait pas été fiancée selon la coutume à un homme d'un autre âge[108]. La lecture reçue y voit donc un jeune artisan, dans la force de l'âge, capable des voyages, des fuites et du travail que le texte lui attribue. Le veuvage ancien reste une opinion libre, jamais définie, mais le texte canonique dessine un homme jeune, juste et fort.

« Il ne la connut pas jusqu'à » : donc après, si ?

C'est l'objection d'Helvidius, réfutée par Jérôme et reprise dans l'article sur la Vierge Marie dans le Nouveau Testament : le mot jusqu'à, en grec comme en hébreu, ne dit rien de l'après, exactement comme la fille de Saül « n'eut pas d'enfant jusqu'au jour de sa mort »[109]. Le texte ne connaît qu'un seul fils de Marie, Jésus est son « premier-né » au sens juridique du fils consacré, et du haut de la croix Jésus confie sa mère au disciple, ce qu'aucun fils cadet, et surtout aucun époux vivant, n'aurait permis[110]. Joseph, époux véritable, demeure le gardien virginal du mystère.

« Le recensement de Quirinius est une erreur historique » ?

Josèphe place le recensement de Quirinius en 6 de notre ère, dix ans après la mort d'Hérode, sous lequel Jésus est né : Luc se serait donc trompé d'une décennie[111]. Les réponses, sans trancher un point que l'Église n'a pas défini, tiennent en trois lignes convergentes : le grec prôtè peut se lire « avant celui de Quirinius », distinguant deux opérations ; plusieurs indices épigraphiques suggèrent une mission extraordinaire de Quirinius en Orient avant son gouvernement officiel ; et les recensements d'Auguste, attestés par l'inscription d'Ancyre pour tout l'Empire, rendaient l'enregistrement en Judée vraisemblable dès le règne d'Hérode[112]. L'ancrage impérial du récit, Auguste, la Syrie, la montée à Bethléem, reste historiquement consistant.

Le débat historico-critique et ses limites

Ce que propose une partie de l'exégèse contemporaine

Depuis le XIXe siècle, une partie de l'exégèse propose de dater les évangiles plus tard que la tradition : Marc vers 65-70, Matthieu et Luc vers 80-90 à partir de Marc et d'une source de paroles dite Q, jamais retrouvée, Jean vers 90-100 ou au-delà[113]. Dans ce cadre, les récits d'enfance seraient des compositions tardives : Joseph y serait une figure littéraire, modelée sur le patriarche homonyme, songes et Égypte compris, pour exprimer en récit la foi pascale des communautés, des théologoumènes vrais par leur sens, sans portée historique directe[114]. Les généalogies divergentes serviraient de confirmation : deux constructions théologiques incompatibles, donc deux inventions. Et le silence de Marc, de Paul et de Jean sur les songes prouverait que la première génération ignorait Joseph.

Les fragilités de la reconstruction

Cette reconstruction cumule les fragilités classiques de la science du passé. Le document Q n'a jamais été retrouvé : c'est une hypothèse pour expliquer des ressemblances, promue au rang de source perdue, puis utilisée comme preuve de la datation tardive, en cercle[115]. Le présupposé anti-miraculeux commande le résultat : quand tout songe vérifié et toute conception virginale sont classés d'office parmi les inventions communautaires, Joseph disparaît par méthode avant d'avoir été examiné[116]. La typologie n'exclut pas l'histoire : que Matthieu écrive Joseph en écho du patriarche prouve son art de narrateur, non sa fiction, exactement comme les ressemblances entre deux batailles ne prouvent pas que la seconde n'eut pas lieu[117]. L'argument du silence vaut peu : Marc et Paul écrivent des genres qui excluent l'enfance, et Jean nomme Joseph deux fois en supposant le dossier connu. Et la réponse aux généalogies précède la critique de dix-sept siècles : Jules l'Africain résolvait déjà au IIIe siècle, par le lévirat attesté dans la Loi, la difficulté qu'on présente comme une découverte moderne[118].

Pourquoi la lecture traditionnelle reste défendable

Contre les datations tardives, les faits matériels parlent tôt : le papyrus P52 fait circuler Jean en Égypte vers 125, Justin lit les mémoires apostoliques chaque dimanche vers 155, Tatien les fond en une trame vers 170, Irénée en fixe les quatre auteurs vers 180[119]. Contre l'idée d'une invention communautaire, la chaîne des témoins est courte : Irénée a connu Polycarpe qui avait connu Jean, et Hégésippe nomme la parenté même de Joseph jusqu'à l'évêché de Jérusalem[120]. Contre la dissolution du récit en théologie, Matthieu et Luc, indépendants sur l'enfance, s'accordent sur tout l'essentiel de Joseph, fiançailles, maison de David, conception virginale, Bethléem puis Nazareth, indice reconnu, jusque par l'exégète Raymond Brown, d'une tradition antérieure aux deux récits[121]. Et contre la séparation de l'histoire et de la foi, l'Église a tranché par magistère : les évangiles « transmettent fidèlement ce que Jésus a réellement fait et enseigné », déclare Vatican II[122], après que la Commission biblique pontificale eut fixé en 1964 les trois étapes honnêtes du travail, sans dissoudre la vie de Jésus dans la foi des communautés[123]. Le silence de Joseph n'est pas un vide : c'est sa manière d'être père.

Pour aller plus loin

Joseph se lit d'abord dans le Nouveau Testament lui-même : Mt 1 à 2, Lc 1 à 3, Jn 1 et 6, dans la TOB ou la Bible de Jérusalem, avant de prolonger par la Vierge Marie dans le Nouveau Testament, l'Annonciation du Seigneur, Marie Mère de Dieu, l'Immaculée Conception et son dogme de 1854, l'Assomption, saint Joseph au 19 mars et la Vierge Marie et saint Joseph dans la vie de prière. On consultera ensuite le Catéchisme, 437, 488 à 507 et 527 à 534, l'exhortation Redemptoris Custos de Jean-Paul II, la lettre Patris corde du pape François et l'encyclique Quamquam pluries de Léon XIII. Pour l'enracinement patristique : Justin contre Tryphon, Hégésippe chez Eusèbe, Jérôme contre Helvidius, Chrysostome sur Matthieu, Augustin sur le mariage et les généalogies.

Notes et références

  1. Inventaire des passages directs où Joseph apparaît ou est nommé comme père légal de Jésus : Mt 1, 16-25 ; 2, 13-23 ; 13, 55 ; Lc 1, 27 ; 2, 4-51 ; 3, 23 ; Jn 1, 45 ; 6, 42. Traduction liturgique de l'AELF.

    1 3
  2. Jean-Paul II, exhortation apostolique Redemptoris Custos, 15 août 1989 : Joseph « gardien du Rédempteur », appelé à garder Jésus et Marie comme l'Église à garder le dépôt de la foi.

    2 101
  3. Tradition unanime de la mort de Joseph avant le ministère, entouré de Jésus et de Marie : fondement du patronage de la bonne mort, chanté dans les litanies (« patron des mourants ») et illustré par des siècles d'art sacré.

    4 68
  4. Mt 1, 20 ; 2, 13 ; 2, 19 ; 2, 22 : les quatre songes, calqués sur les songes du patriarche Joseph (Gn 37 ; 40 ; 41), avec à chaque étape l'oracle accompli (Is 7, 14 ; Os 11, 1 ; Jr 31, 15).

    5
  5. Lc 1, 27 ; 2, 4-7.21-24.33.41-51 : Joseph fiancé, montant, offrant, cherchant, s'étonnant, puis soumis avec Marie à l'enfant retrouvé.

    6
  6. Mc 6, 2-3 : à Nazareth, « le charpentier, le fils de Marie », et les frères Jacques, Joset, Jude et Simon ; cf. Mt 13, 55-56, « le fils du charpentier ».

    7 59
  7. Rm 1, 3-4 : le Fils « issu de David selon la chair », dans une lettre datée des années 50, avant tout évangile écrit.

    8 25
  8. Papias d'Hiérapolis, Explications des paroles du Seigneur, cité par Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, III, 39 : Matthieu rédigea les logia en dialecte hébreu ; Marc, interprète de Pierre, écrivit avec exactitude ce qu'il retenait de sa prédication.

    9 23
  9. Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, III, 39 (Papias) et VI, 14 (Clément d'Alexandrie sur l'ordre des évangiles), rédigée vers 324.

    10
  10. Clément d'Alexandrie, Hypotyposes, cité par Eusèbe, Histoire ecclésiastique, VI, 14 : les évangiles contenant les généalogies (Matthieu, Luc) furent écrits les premiers.

    11
  11. Datation traditionnelle de Matthieu : le premier évangile, en hébreu puis en grec, destiné aux judéo-chrétiens, avant la ruine de Jérusalem (70), placé dans les années 40 à 60.

    12
  12. Lc 1, 27 : Marie « fiancée à un homme nommé Joseph (mnèsteumenèn andri hô onoma Iôsèph), de la maison de David ».

    13
  13. Lc 1, 1-4 : prologue de l'enquête ordonnée, dédiée à Théophile, à partir des témoins oculaires.

    14 19
  14. Saint Irénée de Lyon, Contre les hérésies, III, 1, 1, vers 180 : Matthieu publia son évangile parmi les Hébreux pendant que Pierre et Paul évangélisaient Rome ; après leur départ, Marc transmit la prédication de Pierre, Luc consigna celle de Paul, et Jean publia la sienne à Éphèse.

    15 22
  15. Canon de Muratori, Rome, vers 170-200 : Luc, compagnon de Paul sans avoir vu le Seigneur, troisième évangile ; Jean, quatrième, à la demande de ses condisciples.

    16
  16. Ga 1, 19 : « Jacques, le frère du Seigneur », colonne de l'Église de Jérusalem avec Pierre et Jean, cf. Ga 2, 9.

    17
  17. Datation traditionnelle de Luc et des Actes : Luc vers 60-63, les Actes vers 62-63, le récit s'achevant sur la captivité romaine de Paul sans mentionner sa mort (vers 67) ni la ruine de Jérusalem (70).

    18
  18. Jn 1, 45 : Philippe à Nathanaël, « celui dont Moïse a écrit dans la Loi, ainsi que les prophètes, nous l'avons trouvé : Jésus, fils de Joseph, de Nazareth ».

    20
  19. Jn 6, 42 : à Capharnaüm, « n'est-ce pas Jésus, le fils de Joseph, dont nous connaissons le père et la mère ? »

    21 62
  20. Datation traditionnelle de Marc : à Rome d'après la prédication de Pierre, dans les années 60, avant le martyre de Pierre sous Néron (64-67).

    24
  21. Hégésippe, Mémoires, cité par Eusèbe, Histoire ecclésiastique, III, 11 et IV, 22 : Clopas, frère de Joseph, et Siméon son fils, second évêque de Jérusalem.

    26 90 120
  22. Saint Justin, Première Apologie, 66-67, vers 155 : le dimanche, on lit « les mémoires composés par les apôtres, ou par ceux qui les ont suivis », avec les écrits des prophètes.

    27
  23. Tatien le Syrien, Diatessaron, vers 170 : harmonie des quatre évangiles en une trame continue, enfance de Jésus comprise.

    28
  24. Saint Irénée, Contre les hérésies, III, 11, 8 : il ne peut y avoir ni plus ni moins de quatre évangiles, comme les quatre zones du monde et les quatre faces des chérubins.

    29
  25. Papyrus P52 (Rylands Gr. P. 457), fragment de Jn 18 copié en Égypte et daté vers 125, plus ancien témoin matériel du Nouveau Testament.

    30 119
  26. Mt 1, 18-19 : Marie enceinte « avant qu'ils aient habité ensemble » ; Joseph, « homme juste » (dikaios), décide de la renvoyer en secret.

    31
  27. Mt 1, 20-21 : « Joseph, fils de David (Iôsèph huios Dauid), ne crains pas de prendre chez toi Marie ton épouse » ; le nom de Jésus, « car c'est lui qui sauvera son peuple de ses péchés ».

    32 36
  28. Is 7, 14, cité en Mt 1, 22-23 : « Voici que la vierge concevra », et l'Emmanuel, Dieu avec nous.

    33
  29. Mt 1, 24-25 : « À son réveil, Joseph fit comme l'ange du Seigneur lui avait prescrit : il prit chez lui son épouse, et il ne la connut pas jusqu'à ce qu'elle eût enfanté un fils, auquel il donna le nom de Jésus. »

    34
  30. Dt 22, 23-24 : la jeune fille fiancée infidèle est jugée comme adultère ; cf. Mishna, traité Ketubot, sur les fiançailles (érusin) comme premier degré du mariage, suivi environ un an plus tard de la prise chez l'époux (nissuin). Le renvoi dont parle Matthieu suppose l'acte écrit de répudiation (Dt 24, 1).

    35
  31. Mt 2, 13-14 : « Lève-toi, prends l'enfant et sa mère, et fuis en Égypte » ; Joseph « se leva et, de nuit, prit l'enfant et sa mère ».

    37
  32. Jr 31, 15 : « Rachel pleure ses fils », cité en Mt 2, 17-18 pour le massacre des Innocents ordonné par Hérode.

    38
  33. Os 11, 1 : « d'Égypte j'ai appelé mon fils », cité en Mt 2, 15 pour la fuite puis le retour.

    39
  34. Histoire de Joseph le Charpentier, apocryphe copte et arabe des IVe-Ve siècles : récit de la mort de Joseph à 111 ans, entouré de Jésus et de Marie ; jamais reçu au canon, mais témoin de la dévotion ancienne.

    40
  35. Flavius Josèphe, Antiquités judaïques, XVII : la mort d'Hérode le Grand peu avant une éclipse de lune, datée de 4 avant notre ère ; cf. Guerre des Juifs, I, pour Archélaüs, ethnarque de Judée de 4 avant notre ère à 6 de notre ère.

    41
  36. Mt 2, 19-21 : troisième songe, en Égypte après la mort d'Hérode, « lève-toi, prends l'enfant et sa mère, et reviens au pays d'Israël ».

    42
  37. Mt 2, 22-23 : « averti en songe », Joseph se retire en Galilée et s'établit à Nazareth, « afin que s'accomplisse l'oracle : il sera appelé Nazaréen ».

    43
  38. La naissance de Jésus est placée entre 6 et 4 avant l'ère commune, d'après la mort d'Hérode (4 avant notre ère) et le décalage du calcul de Denys le Petit au VIe siècle.

    44
  39. Lc 2, 4-5 : Joseph monte « en Judée, à Bethléem, la ville de David, parce qu'il était de la maison et de la lignée de David », avec Marie son épouse qui était enceinte.

    45
  40. Mi 5, 1 : « Et toi, Bethléem Éphrata, de toi sortira celui qui doit gouverner Israël », oracle cité par les scribes devant Hérode en Mt 2, 5-6.

    46
  41. Lc 2, 2 : « ce premier recensement eut lieu pendant que Quirinius était gouverneur de Syrie » ; Flavius Josèphe, Antiquités judaïques, XVIII, le place en 6 de notre ère. Réponses reçues : premier enregistrement antérieur, mission extraordinaire de Quirinius, ou lecture de prôtè comme « avant celui de Quirinius ».

    47 112
  42. Ex 13, 2 et Nb 3, 13 : le premier-né mâle consacré au Seigneur, titre juridique indépendant de toute fratrie.

    48
  43. Lc 2, 21 : la circoncision le huitième jour et le nom de Jésus, « comme l'ange l'avait appelé avant sa conception ».

    49
  44. Lc 2, 22-24 : la purification selon Lv 12, et l'offrande des pauvres, « une paire de tourterelles », d'après Lv 12, 8.

    50
  45. Lc 2, 28-35 : Siméon prend l'enfant, chante le Maintenant (« mes yeux ont vu ton salut, lumière pour éclairer les nations », d'après Is 42, 6 et 49, 6), puis annonce à Marie le signe de contradiction et le glaive (romphaia).

    51
  46. Lc 2, 33 : « son père et sa mère (ho patèr autou kai hè mètèr) s'étonnaient de ce qui se disait de lui » ; certains témoins anciens lisent « Joseph et sa mère ».

    52
  47. Lc 2, 41-42 : la montée annuelle à Jérusalem pour la Pâque, Jésus âgé de douze ans, à la veille de la majorité religieuse.

    53
  48. Lc 2, 48 : « Vois, ton père et moi (ho patèr sou kagô), nous te cherchions, angoissés. »

    54
  49. Lc 2, 49 : « Ne saviez-vous pas que je dois être chez mon Père (en tois tou Patros mou) ? »

    55
  50. Lc 2, 51 : Jésus redescend à Nazareth et « leur était soumis » (èn hypotassomenos autois), tandis que « sa mère gardait fidèlement (dietêrei) toutes ces choses en son cœur ».

    56 57
  51. Mt 13, 55 : à Nazareth, « n'est-ce pas le fils du charpentier (ho tou tektonos huios) ? » ; cf. Mt 13, 54, « d'où lui viennent cette sagesse et ces miracles ? »

    58
  52. Saint Justin, Dialogue avec Tryphon, 88, vers 155-160 : Jésus, fils du charpentier, fabriquait « des jougs et des charrues », enseignant par là les symboles de la justice et de la vie active.

    60 87
  53. Catéchisme de l'Église catholique, 531-533 : Jésus soumis à Marie et à Joseph à Nazareth, et la vie cachée qui « permet à tout homme d'être uni à Jésus par les voies les plus ordinaires de la vie quotidienne ».

    61
  54. Mt 13, 54-57 : le scandale de Nazareth, « un prophète n'est méprisé que dans sa patrie et dans sa maison ».

    63
  55. Jn 2, 1-4 : les noces de Cana, « la mère de Jésus était là », sans mention de Joseph, déjà sorti du récit.

    64
  56. Mc 3, 31-35 : la mère et les frères dehors, « voici ma mère et mes frères », sans mention de Joseph.

    65
  57. Jn 19, 26-27 : « Femme, voici ton fils... Voici ta mère. Et dès cette heure-là, le disciple la prit chez lui » (eis ta idia, dans ses biens propres).

    66
  58. Ac 1, 13-14 : les Onze, les femmes, Marie la mère de Jésus et ses frères, assidus à la prière dans la chambre haute.

    67
  59. Litanies de saint Joseph, approuvées par saint Pie X en 1909 : « consolation des malheureux, espérance des malades, patron des mourants, terreur des démons, protecteur de la sainte Église, priez pour nous ».

    69 99
  60. Mt 1, 1-17 : le livre de la genèse de Jésus Christ, fils de David, fils d'Abraham, en trois fois quatorze générations, jusqu'à « Jacob, qui engendra Joseph, l'époux de Marie, de laquelle est né Jésus, que l'on appelle Christ ».

    70 85
  61. La généalogie matthéenne nomme quatre femmes, Thamar, Rahab, Ruth et la femme d'Urie, avant Marie, cinquième : l'histoire du salut passe par des chemins irréguliers que la filiation légale de Joseph assume et rachète.

    71 106
  62. Lc 3, 23-38 : « Jésus avait environ trente ans ; il était, croyait-on, fils de Joseph, fils d'Héli », généalogie remontante jusqu'à Adam, jusqu'à Dieu.

    72
  63. Catéchisme de l'Église catholique, 437 : Jésus, « fils de David selon la chair », oint et attendu d'Israël, reconnu par les aveugles et la foule des Rameaux.

    73
  64. Mc 10, 47-48 (l'aveugle Bartimée à Jéricho) ; Mt 15, 22 (la Cananéenne) ; Mt 9, 27 (les deux aveugles) ; Mt 21, 9.15 (les Rameaux, « Hosanna au fils de David »).

    74
  65. Mt 1, 25 : « il ne la connut pas jusqu'à (heôs hou) ce qu'elle eût enfanté un fils » ; cf. 2 S 6, 23, Mikal « n'eut pas d'enfant jusqu'au jour de sa mort ».

    75 109
  66. Saint Augustin, Du mariage et de la concupiscence, I, 11 : « Tout le bien des noces (omne nuptiarum bonum) a été accompli dans ces parents du Christ : l'enfant, la fidélité, le sacrement. »

    76 80 94
  67. Saint Jérôme, Contre Helvidius, vers 383 : les « frères » sont des cousins, enfants de Marie de Clopas ; Jacques le frère du Seigneur est Jacques fils d'Alphée, Clopas hellénisé.

    77 91
  68. Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, III, q. 29, a. 1-2 : il convenait que Marie fût mariée à Joseph, vrai mariage sans union charnelle, pour protéger l'enfant et voiler le mystère.

    78
  69. Jean-Paul II, Redemptoris Custos, 7-8 : Joseph, « fils de David » appelé par l'ange, « père virginal » de Jésus, époux véritable dans un mariage que l'Esprit seul a fécondé.

    79
  70. Saint Jean Chrysostome, Homélies sur l'évangile de saint Matthieu, IV, sur Mt 1, 20-25 : la foi de Joseph, qui reçoit l'incroyable sur la seule parole d'un songe et accomplit tout sans interroger.

    81 93 95
  71. Jean-Paul II, Redemptoris Custos, 24-25 : l'obéissance de Joseph comme « expression de la primauté de la vie intérieure », l'homme du silence accomplissant dans l'ombre l'œuvre du salut.

    82
  72. Pape François, lettre apostolique Patris corde, 8 décembre 2020 : « Avec un cœur de père : c'est ainsi que Joseph a aimé Jésus » ; Joseph aimé, tendre, obéissant, accueillant, courageux, travailleur, dans l'ombre ; année saint Joseph 2020-2021 pour les 150 ans du patronage.

    83 84 102
  73. Typologie relevée par les Pères : les deux Joseph, fils de Jacob, les songes (Gn 37 ; Mt 1-2), l'Égypte nourricière (Gn 41-47 ; Mt 2), la chasteté (Gn 39 ; Mt 1), et la parole « faites tout ce qu'il vous dira » (Gn 41, 55 ; Jn 2, 5).

    86 117
  74. Saint Irénée, Contre les hérésies, III, 21-22 : la conception virginale prouve que le Christ n'est pas né de Joseph selon la chair, tout en étant inscrit dans sa maison selon la Loi.

    88
  75. Celse, Discours vrai, vers 178 : accusation d'adultère de Marie avec un soldat nommé Panthera ; Origène, Contre Celse, I, 28-32, vers 248, réfute point par point et défend la justice de Joseph.

    89
  76. Protévangile de Jacques, milieu du IIe siècle : récit apocryphe de l'enfance de Marie et du choix de Joseph, veuf âgé ; jamais reçu au canon, écarté par saint Jérôme, mais source des prénoms Joachim et Anne (26 juillet) et de la lecture d'Épiphane sur les « frères ».

    92 107
  77. Jean Gerson, chancelier de Paris, plaide au concile de Constance (1414-1418) pour la fête de saint Joseph et la doctrine de sa paternité virginale ; sainte Thérèse d'Avila lui confie ses fondations au XVIe siècle.

    96
  78. Pie IX, décret Quemadmodum Deus, 8 décembre 1870 : saint Joseph déclaré patron de l'Église universelle, lui qui garda le Christ enfant gardera le corps mystique.

    97
  79. Léon XIII, encyclique Quamquam pluries, 15 août 1889 : le patronage de Joseph joint à celui de Marie, et le mois d'octobre consacré au Rosaire avec son secours.

    98
  80. Pie XII, 1er mai 1955 : fête de saint Joseph artisan, donnant aux travailleurs le patron qui travailla trente ans de ses mains à Nazareth.

    100
  81. Jules l'Africain, Lettre à Aristide, début du IIIe siècle, conservée par Eusèbe, Histoire ecclésiastique, I, 7 : Jacob et Héli, demi-frères par leur mère Estha, et le lévirat (Dt 25, 5-6) expliquant les deux paternités de Joseph.

    103 118
  82. Saint Augustin, Sermon 51, sur les généalogies du Seigneur : la solution du lévirat et la double paternité, selon la nature et selon la loi.

    104
  83. Lecture répandue depuis l'Antiquité : la généalogie de Luc donnerait la lignée de Marie elle-même, Héli étant son père et le beau-père de Joseph, nommé selon l'usage qui rattache le gendre à la maison de son épouse.

    105
  84. Le récit canonique suppose un homme jeune : montée à Bethléem pour le recensement, fuite nocturne en Égypte, retour avec l'enfant, trente ans d'atelier. Le veuvage ancien reste une opinion libre, jamais définie par l'Église.

    108
  85. Catéchisme de l'Église catholique, 500-501 : l'Église « a toujours compris ces passages comme ne désignant pas d'autres enfants de la Vierge Marie », et « Jésus est le Fils unique de Marie ».

    110
  86. Flavius Josèphe, Antiquités judaïques, XVIII, 1-2 : le recensement de Quirinius, gouverneur de Syrie, en 6 de notre ère, dix ans après la mort d'Hérode le Grand.

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  87. Hypothèse des deux sources : Marc prioritaire (65-70), Matthieu et Luc (80-90) combinant Marc et une source de paroles Q, jamais retrouvée, Jean au tournant du IIe siècle.

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  88. Rudolf Bultmann et la démythologisation : les récits d'enfance lus comme expressions narratives de la foi pascale (théologoumènes), sans portée historique directe.

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  89. Morceaux découpés selon des critères stylistiques, datés selon une théorie de l'évolution religieuse, puis invoqués comme preuve de cette évolution : le raisonnement tourne en cercle.

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  90. Quand tout songe vérifié et toute conception virginale sont classés d'office parmi les inventions communautaires, la datation basse est présupposée par la méthode, non démontrée par les manuscrits.

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  91. Raymond E. Brown, The Birth of the Messiah, 1977 : Matthieu et Luc, indépendants sur l'enfance, s'accordent sur la conception virginale, indice d'une tradition antérieure aux deux récits.

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  92. Concile Vatican II, constitution dogmatique Dei Verbum, 19, 18 novembre 1965 : l'Église « affirme sans hésiter l'historicité » des quatre Évangiles, qui transmettent fidèlement ce que Jésus a réellement fait et enseigné.

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  93. Commission biblique pontificale, instruction Sancta Mater Ecclesia, 21 avril 1964 : les trois étapes, la vie de Jésus, la prédication orale des apôtres, la rédaction des évangélistes, sans dissoudre l'histoire dans la foi des communautés.

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