La Vierge Marie est, dans le Nouveau Testament, la Mère de Jésus : l'ange Gabriel la salue à Nazareth comme la pleine de grâce, elle conçoit du Saint-Esprit sans connaître d'homme, elle enfante à Bethléem, elle médite les événements dans son cœur, elle intercède à Cana, elle se tient au pied de la croix où Jésus la confie au disciple bien-aimé, elle prie avec les apôtres avant la Pentecôte, et l'Apocalypse la montre en Femme revêtue du soleil. Aucune autre femme de l'Écriture n'occupe autant de pages : une vingtaine de passages directs, répartis entre les quatre évangiles, les Actes, les lettres de Paul et l'Apocalypse, du premier chapitre de Matthieu au douzième chapitre de la Révélation[1].
Son dossier scripturaire porte déjà, en germe, tout le dogme marial : Élisabeth l'appelle la Mère de mon Seigneur, titre d'où l'Église tirera à Éphèse en 431 la Mère de Dieu ; elle se dit la servante qui croit, d'où les Pères tireront la nouvelle Ève ; l'ange la dit comblée de grâce, d'où l'Église lira sa sainteté immaculée ; elle demande comment enfanter sans connaître d'homme, d'où l'Église confessera sa virginité perpétuelle ; le ciel la montre couronnée, d'où l'Église contemplera son Assomption[2].
L'article présente d'abord Marie telle que l'Église reçoit l'Écriture : l'inventaire des passages, les auteurs sacrés et leur datation traditionnelle, les témoins anciens du texte, puis le parcours complet des scènes, de l'Annonciation à l'Apocalypse, la théologie que le Nouveau Testament enseigne déjà, la réception chez les Pères et dans la liturgie, les objections courantes avec leurs réponses, et enfin le débat avec l'exégèse historico-critique moderne. La vie de la Sainte Famille à Nazareth et le rôle de Joseph relèvent du dossier saint Joseph dans le Nouveau Testament ; les dogmes développés relèvent de l'Immaculée Conception, de l'Assomption et de Marie Mère de Dieu.
Marie dans le canon : l'inventaire des passages
Une vingtaine de scènes, du premier au dernier livre
Marie apparaît dans cinq des sept ensembles du Nouveau Testament : les trois évangiles synoptiques, le quatrième évangile, les Actes des Apôtres, les lettres pauliniennes et l'Apocalypse. Seules les lettres catholiques et l'épître aux Hébreux ne la nomment pas. Le tableau ci-dessous donne l'inventaire complet des passages directs, dans l'ordre du canon[3].
| Livre | Passage | Scène |
|---|---|---|
| Matthieu | Mt 1, 16-25 | Généalogie, songe de Joseph, conception virginale |
| Matthieu | Mt 2, 11-23 | Mages, fuite en Égypte, retour à Nazareth |
| Matthieu | Mt 12, 46-50 | Sa mère et ses frères dehors, la vraie parenté |
| Matthieu | Mt 13, 55-56 | « Sa mère ne s'appelle-t-elle pas Marie ? » |
| Marc | Mc 3, 31-35 | Mère et frères, qui fait la volonté de Dieu |
| Marc | Mc 6, 1-6 | À Nazareth, « le fils de Marie » |
| Luc | Lc 1, 26-56 | Annonciation, Visitation, Magnificat |
| Luc | Lc 2, 1-52 | Nativité, bergers, Présentation, Temple |
| Luc | Lc 8, 19-21 | Mère et frères, écouter la parole |
| Luc | Lc 11, 27-28 | « Heureuses les entrailles qui t'ont porté » |
| Jean | Jn 2, 1-11 | Cana, « Femme », le premier signe |
| Jean | Jn 19, 25-27 | Au pied de la croix, « voici ta mère » |
| Actes | Ac 1, 14 | En prière avec les apôtres avant la Pentecôte |
| Paul | Ga 4, 4 | « Né d'une femme », la mention la plus ancienne |
| Paul | Rm 1, 3 | « Issu de David selon la chair » |
| Apocalypse | Ap 12, 1-17 | La Femme revêtue du soleil |
Deux récits d'enfance, deux regards complémentaires
Matthieu et Luc sont les seuls à raconter l'enfance de Jésus, et ils ne racontent pas les mêmes épisodes : Matthieu suit Joseph, le juste à qui l'ange parle en songe, tandis que Luc suit Marie, visitée par Gabriel, accueillie par Élisabeth, agenouillée dans la mangeoire puis debout au Temple. Loin de se contredire, les deux récits s'emboîtent : la conception virginale, Bethléem, Nazareth et la descendance davidique sont affirmés des deux côtés, chacun avec ses témoins propres, les mages d'un côté, les bergers de l'autre[4].
Le silence de Marc et de Paul, et ce qu'il signifie
Marc ne raconte ni l'Annonciation ni la Nativité, et Paul ne cite qu'une fois la mère de Jésus. Ce silence a une explication de genre littéraire, pas une portée dogmatique : Marc commence sa prédication au baptême de Jean, exactement comme la prédication apostolique résumée dans les Actes part « à partir du baptême de Jean »[5], et Paul écrit des lettres de circonstance, pas des vies de Jésus, tout en livrant dans ses formules les plus anciennes la maternité et la descendance davidique[6]. Quand Marc doit nommer Jésus à Nazareth, il l'appelle « le fils de Marie », et quand Paul doit résumer l'Évangile, il écrit « né d'une femme ».
Les auteurs et la datation reçus des récits mariaux
Matthieu, l'apôtre publicain, témoin de l'enfance judéenne
La tradition la plus ancienne fait de l'évangile de l'enfance selon Matthieu l'œuvre de l'apôtre Matthieu, le publicain devenu disciple, rédigée d'abord pour les judéo-chrétiens. Dès la première moitié du IIe siècle, Papias d'Hiérapolis atteste que « Matthieu rédigea les paroles du Seigneur en dialecte hébreu »[7], témoignage conservé par Eusèbe de Césarée dans son Histoire ecclésiastique[8]. Clément d'Alexandrie confirme que les évangiles généalogiques, Matthieu et Luc, furent écrits les premiers[9]. L'Église reçoit donc ce récit comme celui d'un témoin : les songes de Joseph, la visite des mages, la fuite en Égypte et le retour à Nazareth sont racontés par un apôtre avant la ruine de Jérusalem, dans les années 40 à 60 selon la datation traditionnelle[10].
Luc, le compagnon de Paul, et son enquête ordonnée
Luc ouvre son évangile par une dédicace d'historien : il a « tout recherché avec soin depuis les origines » auprès de « ceux qui furent dès le début témoins oculaires » pour en écrire « un récit ordonné » à Théophile[11]. La tradition unanime, d'Irénée de Lyon au canon de Muratori, voit en lui le médecin d'Antioche, compagnon de Paul, qui consigne l'Évangile prêché par l'Apôtre[12][13]. Or Paul connaît Marie, la maison de Jérusalem et Jacques « le frère du Seigneur »[14] : Luc a eu accès, par Paul et par les Églises de Judée, aux témoins directs des événements de Nazareth et de Bethléem. Les Actes s'achevant sur la captivité romaine de Paul, vers 62-63, sans mentionner sa mort ni la ruine de Jérusalem, l'Église date l'évangile de Luc des années 60 à 63, et les Actes de 62-63[15].
« Puisque beaucoup ont entrepris de composer un récit des événements accomplis parmi nous, d'après ce que nous ont transmis ceux qui furent dès le début témoins oculaires et serviteurs de la Parole, j'ai décidé, moi aussi, après avoir tout recherché avec soin depuis les origines, de t'en écrire un récit ordonné, excellent Théophile. » — Saint Luc, Lc 1, 1-3[16]
Marc, l'interprète de Pierre : une discrétion éloquente
Marc ne développe aucun récit marial, et c'est la même tradition qui l'explique : Marc est l'interprète de Pierre à Rome, qui met par écrit la prédication de l'Apôtre après son départ, c'est-à-dire après son martyre sous Néron[17]. La prédication de Pierre, telle que les Actes la résument, part du baptême de Jean et court vers la Passion : l'enfance n'y figure pas, mais la Mère y figure deux fois, à Capharnaüm et à Nazareth, nommée avec ses fils dans l'incompréhension même de son village. L'Église date cet évangile des années 60, avant 67, du vivant de la mémoire romaine de Pierre[18].
Jean, le disciple bien-aimé : la Mère confiée
Le quatrième évangile ne raconte ni l'Annonciation ni la Nativité, mais il donne à Marie les deux scènes les plus théologiques du Nouveau Testament : Cana, où commence les signes, et la croix, où s'achève le don. La tradition, portée par Irénée qui se réclame de Polycarpe, disciple de Jean lui-même, attribue cet évangile à l'apôtre Jean, fils de Zébédée, à Éphèse, à la fin du Ier siècle[19]. C'est à ce même Jean que Jésus confie sa mère du haut de la croix, et c'est dans cette même ville d'Éphèse que la tradition place la demeure de Marie auprès de lui[20]. L'Église reçoit donc les paroles « Femme » et « voici ta mère » comme le témoignage de celui qui les entendit et qui recueillit la Mère « chez lui »[21].
Paul et les Actes : les mentions les plus anciennes
Avant même les évangiles écrits, Paul nomme déjà la mère de Jésus : « Dieu a envoyé son Fils, né d'une femme », écrit-il aux Galates, et aux Romains il précise « issu de David selon la chair »[22]. Ces lettres datent des années 48 à 58 : la maternité de Marie et la descendance davidique de Jésus sont donc attestées dans les textes chrétiens les plus anciens qui soient, une vingtaine d'années après la croix. Les Actes, du même Luc, montrent ensuite Marie en prière avec les apôtres, les femmes et les frères de Jésus dans l'attente de l'Esprit[23].
« Mais quand vint la plénitude des temps, Dieu a envoyé son Fils, né d'une femme, né sous la Loi, pour racheter ceux qui étaient sous la Loi, afin que nous recevions l'adoption filiale. » — Saint Paul, Ga 4, 4-5[24]
Les témoins anciens du texte marial
| Témoin | Date reçue | Ce qu'il atteste |
|---|---|---|
| Papias d'Hiérapolis | Première moitié du IIe siècle | Matthieu en dialecte hébreu, Marc interprète de Pierre |
| Saint Justin, Apologies | Vers 155-160 | Les « mémoires des apôtres » lus chaque dimanche avec les prophètes |
| Canon de Muratori | Vers 170-200, Rome | Luc compagnon de Paul, Jean le quatrième évangile |
| Tatien, Diatessaron | Vers 170 | Harmonie des quatre évangiles, récits mariaux inclus |
| Saint Irénée, Contre les hérésies | Vers 180 | Les quatre évangiles, ni plus ni moins, et leurs auteurs |
| Papyrus P52 | Vers 125 | Fragment de Jean circulant déjà en Égypte |
Dès le milieu du IIe siècle, Justin atteste que les communautés lisent chaque dimanche « les mémoires composés par les apôtres, ou par ceux qui les ont suivis », au même rang que les prophètes[25]. Vers 170, Tatien fond les quatre évangiles en une seule trame continue, preuve qu'ils circulent ensemble et complets, enfance de Jésus comprise[26]. Irénée, qui a connu Polycarpe, disciple de Jean, fixe la doctrine des quatre : ni plus, ni moins[27]. Et le papyrus P52, un fragment de l'évangile de Jean copié en Égypte vers 125, prouve matériellement la diffusion précoce du quatrième évangile, à quelques décennies de sa rédaction[28].
L'Annonciation et la Visitation (Lc 1)
« Je vous salue, pleine de grâce » (Lc 1, 26-38)
Au sixième mois de la grossesse d'Élisabeth, l'ange Gabriel, le même qui expliqua les visions à Daniel[29], est envoyé à Nazareth, un village de Galilée si obscur qu'on dira plus tard : de Nazareth, peut-il sortir quelque chose de bon[30]. Il entre chez une vierge fiancée à Joseph, de la maison de David, et la salue d'un titre inouï : réjouis-toi, comblée de grâce, le Seigneur est avec toi[31]. Le mot grec, kécharitôménè, est un participe parfait : une grâce reçue qui demeure, un état stable et non un instant. Et la formule « le Seigneur est avec toi » reprend la vocation de Gédéon, le vaillant guerrier visité avant le combat[32].
« Je vous salue, comblée de grâce, le Seigneur est avec vous. » — L'ange Gabriel à Marie, Lc 1, 28[33]
Marie se trouble, et l'ange annonce : elle concevra un fils nommé Jésus, Dieu sauve, qui sera grand, Fils du Très-Haut, à qui Dieu donnera le trône de David son père pour un règne sans fin[34]. Alors vient la question qui fonde la virginité perpétuelle : « Comment cela sera-t-il, puisque je ne connais pas d'homme ? » Le verbe est au présent : fiancée et promise au mariage, Marie parle d'un propos actuel, que saint Augustin lit comme un vœu de virginité déjà formé[35]. L'ange répond par l'ombre du Très-Haut, la même nuée qui couvrait la Tente de la rencontre[36], et par le précédent de Sara : « rien n'est impossible à Dieu », mot à mot la promesse faite à Sara pour Isaac[37]. Et Marie consent : « Je suis la servante du Seigneur, qu'il me soit fait selon ta parole »[38].
« Voici la servante du Seigneur ; qu'il me soit fait selon ta parole. » — La Vierge Marie, Lc 1, 38[39]
La Visitation et le Magnificat (Lc 1, 39-56)
Marie part « en hâte » vers la montagne de Judée, dans une ville que la tradition identifie à Aïn Karim, près de Jérusalem[40]. Dès qu'Élisabeth entend sa salutation, l'enfant tressaille en elle et elle s'écrie, inspirée : « Bénie es-tu entre les femmes, et béni le fruit de ton sein ! » La formule reprend les bénédictions de Jaël et de Judith, les deux libératrices d'Israël[41], et Élisabeth ajoute le premier titre marial de l'histoire : « la mère de mon Seigneur », où Seigneur traduit dans la Bible grecque le Nom même de Dieu[42]. Puis : « Heureuse celle qui a cru », béatitude de la foi qui précède toutes les béatitudes du Royaume[43].
Alors Marie chante le Magnificat, tissé du cantique d'Anne, la mère stérile de Samuel exaucée[44] : « Mon âme exalte le Seigneur... car le Puissant a fait pour moi de grandes choses », et déjà « toutes les générations me diront bienheureuse »[45]. Le cantique renverse l'ordre du monde, les puissants et les riches, et s'achève sur la fidélité à Abraham : l'enfant promis à Marie est l'accomplissement du serment fait à la descendance[46]. Marie demeure trois mois auprès d'Élisabeth, jusqu'à la naissance de Jean-Baptiste, servante avant d'être Mère du Serviteur.
« Mon âme exalte le Seigneur, et mon esprit tressaille de joie en Dieu mon Sauveur, parce qu'il a jeté les yeux sur l'abaissement de sa servante. Oui, désormais toutes les générations me diront bienheureuse, car le Puissant a fait pour moi de grandes choses. » — La Vierge Marie, Lc 1, 46-49[47]
De Bethléem à Nazareth : l'enfance chez Matthieu et Luc
Le songe de Joseph et le nom de Jésus (Mt 1)
Matthieu raconte l'autre versant : Joseph, « homme juste », découvre la grossesse de sa fiancée et décide de la renvoyer en secret pour ne pas la diffamer[48]. L'ange du Seigneur lui apparaît en songe : « Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre chez toi Marie ton épouse, car ce qui a été engendré en elle vient de l'Esprit Saint. » L'enfant portera le nom de Jésus, car c'est lui qui sauvera son peuple de ses péchés, accomplissant l'oracle d'Isaïe : « Voici que la vierge concevra et enfantera un fils, et on l'appellera Emmanuel »[49]. Joseph prend Marie chez lui, et « il ne la connut pas jusqu'à ce qu'elle eût enfanté un fils » : le mot jusqu'à, en grec comme en hébreu, ne dit rien de l'après, exactement comme la fille de Saül « n'eut pas d'enfant jusqu'au jour de sa mort »[50].
La Nativité, les bergers et les mages (Lc 2 ; Mt 2)
Luc ancre la naissance dans l'histoire impériale : un édit d'Auguste, un recensement, Quirinius en Syrie, et la montée de Joseph et Marie de Nazareth à Bethléem, la ville de David[51]. Le rattachement à Quirinius pose une question discutée : Flavius Josèphe date le recensement de Quirinius de l'an 6 après Jésus-Christ, après la déposition d'Archélaüs, donc après la mort d'Hérode[52]. Les lectures proposées vont d'une traduction de prôtè comme un premier recensement antérieur à celui de Quirinius, à une charge extraordinaire de Quirinius en Orient avant son gouvernement, attestée par le rôle militaire que lui donne Tacite[53]. Marie « enveloppa son premier-né et le coucha dans une mangeoire, car il n'y avait pas de place pour eux dans la pièce commune » : le mot katalyma désigne la pièce d'hôte d'une maison, non l'auberge de voyage du Bon Samaritain, et prôtotokos, premier-né, est le titre juridique du fils consacré à Dieu, qu'il ait ou non des cadets[54]. Les premiers avertis sont des bergers de nuit, classe méprisée et suspecte, à qui l'ange annonce « un Sauveur, qui est le Christ Seigneur », et l'armée du ciel chante la gloire et la paix[55]. « Marie retenait tous ces événements et les méditait dans son cœur »[56].
« Marie retenait tous ces événements et les méditait dans son cœur. » — Saint Luc, Lc 2, 19[57]
Matthieu complète par l'Orient : des mages suivent l'étoile, l'étoile de Balaam annoncée sur Jacob[58], jusqu'à la maison de Bethléem, où ils se prosternent et offrent l'or du roi, l'encens du Dieu, la myrrhe du mortel[59]. Avertis en songe, ils repartent par un autre chemin ; Joseph, averti en songe, fuit en Égypte avec l'enfant et sa mère, accomplissant « d'Égypte j'ai appelé mon fils »[60]. Hérode fait tuer les enfants de Bethléem, petit village de quelques centaines d'âmes, et Matthieu y entend Rachel pleurant ses fils[61]. À la mort d'Hérode, survenue en 4 avant notre ère selon Flavius Josèphe, la famille revient et s'établit à Nazareth : Jésus est donc né entre 6 et 4 avant l'ère commune, le moine Denys le Petit s'étant trompé de quelques années dans son calcul du VIe siècle[62].
La Présentation et le glaive de Siméon (Lc 2, 22-38)
Quarante jours après la naissance, selon la Loi, Marie et Joseph montent à Jérusalem pour présenter l'enfant et offrir le sacrifice des pauvres, deux tourterelles, au lieu de l'agneau[63]. Le vieillard Siméon prend l'enfant dans ses bras et chante le Maintenant : « mes yeux ont vu ton salut, lumière pour éclairer les nations », reprenant le Serviteur annoncé par Isaïe[64]. Puis, à Marie, la prophétie du glaive : « cet enfant est un signe de contradiction, et toi-même, une épée te transpercera l'âme »[65]. La prophétesse Anne, quatre-vingt-quatre ans, de la tribu d'Aser, survient à son tour et parle de l'enfant à tous ceux qui attendaient la délivrance de Jérusalem[66].
Jésus retrouvé au Temple (Lc 2, 41-51)
Chaque année, la famille monte à Jérusalem pour la Pâque, et à douze ans, à la veille de l'âge de la majorité religieuse, Jésus reste au Temple sans que ses parents le sachent[67]. Trois jours d'angoisse, puis la découverte : assis parmi les docteurs, les interrogeant et les étonnant. À la plainte de Marie, « ton père et moi te cherchions », la réponse tombe : « Ne saviez-vous pas que je dois être chez mon Père ? »[68]. Ils ne comprirent pas, note Luc avec une honnêteté qui garantit le récit : les témoins n'inventent pas ce qu'ils avouent ne pas comprendre. Jésus redescend à Nazareth, soumis à Marie et à Joseph, et « sa mère gardait fidèlement toutes ces choses en son cœur »[69].
La vie publique : Cana, Capharnaüm et le calvaire
Cana : « Femme, que me veux-tu ? » (Jn 2, 1-11)
« Le troisième jour », des noces ont lieu à Cana de Galilée, et la mère de Jésus est là, manifestement de la maison, puisqu'elle s'aperçoit la première que le vin manque[70]. Son intervention tient en une phrase : « Ils n'ont plus de vin. » Et Jésus répond par l'appellation solennelle : « Femme, que me veux-tu ? Mon heure n'est pas encore venue. » Le mot Femme, en grec gunai, n'a rien de sec : c'est le titre d'honneur que Jésus donnera aussi à la Samaritaine, à la femme adultère et à Marie de Magdala, et surtout le mot de la Genèse, « la femme » face au serpent[71]. Marie ne discute pas : « Faites tout ce qu'il vous dira », la même consigne que Pharaon donnait pour Joseph aux Égyptiens affamés[72]. Six jarres de pierre, deux à trois mesures chacune, soit plus de cinq cents litres, deviennent le bon vin servi le dernier, et Jean conclut : ce fut le premier des signes, et ses disciples crurent en lui[73].
« Sa mère dit aux servants : Faites tout ce qu'il vous dira. » — Saint Jean, Jn 2, 5[74]
La vraie parenté de Jésus (Mc 3 ; Mt 12 ; Lc 8 et 11)
Un jour que la foule se presse au point d'empêcher de manger, « sa mère et ses frères » arrivent et le font demander dehors[75]. Jésus répond en regardant ceux qui l'entourent : « Voici ma mère et mes frères. Celui qui fait la volonté de Dieu, celui-là est mon frère, ma sœur et ma mère. » Loin de renier Marie, il la place au premier rang de la parenté nouvelle, elle qui fit la volonté de Dieu avant tous. Luc rapporte la même scène et ajoute l'épisode de la femme qui crie dans la foule : « Heureuses les entrailles qui t'ont porté ! » Jésus répond : « Heureux plutôt ceux qui écoutent la parole de Dieu et la gardent », ce qui ne récuse pas sa mère mais la béatifie à un titre plus haut : Marie est heureuse d'abord parce qu'elle a cru, comme Élisabeth l'avait chanté[76]. Juste avant cette scène, Marc note que « les siens », l'entourage élargi, voulaient se saisir de Jésus, « car ils disaient : il a perdu le sens »[77]. Le récit distingue aussitôt Marie, nommée avec ceux qui viennent le voir, et la réponse de Jésus ne renie personne : elle ordonne les parentés, la chair après l'écoute, et Marie y passe première, elle qui écouta avant tous.
Les « frères de Jésus » : que dit vraiment le texte ?
À Nazareth, on nomme quatre « frères » : Jacques, Joset, Jude et Simon, plus des sœurs dont les noms ne sont pas donnés[78]. Trois lectures se sont affrontées dès l'Antiquité. Helvidius, vers 380, y vit des enfants de Marie nés après Jésus ; saint Jérôme lui répondit aussitôt, vers 383, par la solution des cousins : en hébreu comme en araméen, 'ah, frère, désigne tout parent proche, Abraham appelle Lot son frère, Laban appelle Jacob son frère[79], et Marie femme de Clopas, présente au calvaire et appelée « sœur » de la Vierge[80], est la mère du Jacques et du Joset nommés à Nazareth[81]. Épiphane de Salamine proposa une autre solution, les fils d'un premier mariage de Joseph, d'après le Protévangile de Jacques[82]. Hégésippe, chroniqueur du IIe siècle, précise que Clopas était le frère de Joseph, ce qui fait desdits « frères » les neveux de Joseph dans les deux hypothèses catholiques[83].
Le texte lui-même appuie la lecture traditionnelle : « premier-né » est un titre juridique, le fils consacré selon l'Exode qu'il ait ou non des cadets[84] ; « jusqu'à » ne dit rien de l'après, comme on l'a vu pour la fille de Saül ; Jude se dit « frère de Jacques » et non fils de Joseph[85] ; et Jacques « le frère du Seigneur », colonne de Jérusalem[86], est compté parmi les apôtres, ce que Jérôme explique en l'identifiant à Jacques fils d'Alphée, Clopas hellénisé[87]. Enfin, du haut de la croix, Jésus confie sa mère au disciple bien-aimé : impensable s'il lui restait des fils pour la recueillir[88]. L'Église « a toujours compris ces passages comme ne désignant pas d'autres enfants de la Vierge Marie »[89]. Jean précise qu'avant Pâques « ses frères eux-mêmes ne croyaient pas en lui »[90] : l'incrédulité de l'entourage large n'atteint pas Marie, que le même évangile montre debout au calvaire, et après la Résurrection « ses frères » prient avec elle et les apôtres dans la chambre haute[91].
Au pied de la croix : « Voici ta mère » (Jn 19, 25-27)
« Près de la croix de Jésus se tenaient sa mère, la sœur de sa mère, Marie femme de Clopas, et Marie de Magdala »[92]. Jésus voit sa mère et, près d'elle, le disciple qu'il aimait. Il dit à sa mère : « Femme, voici ton fils. » Puis au disciple : « Voici ta mère. » Et dès cette heure-là, le disciple la prit chez lui, littéralement « dans ses biens propres »[93]. Au moment où il donne sa vie, le Christ donne sa mère : Marie devient la Mère du disciple, et à travers lui de tous les disciples. C'est le second « Femme » de l'évangile, qui répond à celui de Cana et à celui de la Genèse : l'heure venue, la Femme reçoit sa descendance.
« Jésus voit sa mère et, près d'elle, le disciple qu'il aimait. Il dit à sa mère : Femme, voici ton fils. Puis il dit au disciple : Voici ta mère. Et dès cette heure-là, le disciple la prit chez lui. » — Saint Jean, Jn 19, 26-27[94]
Marie après Pâques : les Actes et l'Apocalypse
En prière avec les apôtres (Ac 1, 14)
Après l'Ascension, les apôtres regagnent la chambre haute. Luc nomme les Onze, puis ajoute : « Tous, d'un même cœur, étaient assidus à la prière, avec des femmes, avec Marie la mère de Jésus, et avec ses frères »[95]. C'est la dernière mention explicite de Marie dans l'ordre du récit évangélique : elle qui avait reçu l'Esprit à l'Annonciation attend avec l'Église l'Esprit de la Pentecôte, au milieu des cent vingt frères rassemblés[96]. Le Nouveau Testament s'ouvre sur une femme visitée par l'ange et se referme, dans l'histoire, sur une Mère en prière avec les siens.
« Tous, d'un même cœur, étaient assidus à la prière, avec des femmes, avec Marie la mère de Jésus, et avec ses frères. » — Saint Luc, Ac 1, 14[97]
La Femme de l'Apocalypse (Ap 12, 1-17)
« Un grand signe apparut dans le ciel : une Femme revêtue du soleil, la lune sous ses pieds, et sur sa tête une couronne de douze étoiles »[98]. Enceinte, elle crie dans les douleurs ; le Dragon rouge se poste pour dévorer l'enfant ; l'enfant, « celui qui doit gouverner toutes les nations », est enlevé vers Dieu, et la Femme fuit au désert. Les douze étoiles reprennent le songe de Joseph, le soleil, la lune et les étoiles prosternés[99] : la Femme est d'abord Israël, d'où naît le Messie, puis l'Église, qui enfante dans la persécution, et les Pères comme la liturgie y contemplent aussi Marie, la Mère du Messie enlevée vers Dieu, que la fête du 15 août chante chaque année[100]. Le chapitre s'achève sur « le reste de sa descendance, ceux qui gardent les commandements de Dieu » : les enfants de la Femme, c'est-à-dire les chrétiens[101]. Les « douleurs » du verset 2, opposées parfois à l'enfantement virginal, méconnaissent le genre : la Femme crie comme Sion en travail dans les prophètes, image du peuple enfantant le salut dans l'épreuve, et Isaïe chante déjà Sion qui enfante avant même de souffrir[102].
Ce que le Nouveau Testament enseigne déjà sur Marie
Mère du Seigneur et Mère de Dieu en germe
Élisabeth, « remplie de l'Esprit Saint », s'écrie : « Comment m'est-il donné que la mère de mon Seigneur vienne à moi ? »[103]. Or Seigneur, dans la Bible grecque qu'Élisabeth et Luc lisent, transcrit le Nom ineffable : appeler Marie mère du Kyrios, c'est déjà dire, en langue sémitique, ce qu'Éphèse proclamera en 431 avec le mot Theotokos. Paul dit de même que le Fils est « né d'une femme » et « issu de David selon la chair » : vrai homme par sa mère, vrai Dieu par son Père[104]. Le Catéchisme résume : appelée dans les Évangiles « la Mère de Jésus », Marie « est proclamée Mère de Dieu dès avant Éphèse, sous l'impulsion de l'Esprit »[105].
La nouvelle Ève : de la désobéissance à l'obéissance
Dès le IIe siècle, les Pères ont lu dans le Nouveau Testament le parallèle des deux vierges : Ève écouta le serpent et enfanta la mort ; Marie écouta Gabriel et enfanta la Vie. Justin l'écrit vers 155 : Ève, vierge et intacte, conçut la parole du serpent, tandis que Marie reçut la foi et la joie à l'annonce de l'ange[106]. Irénée en fait la doctrine du nœud dénoué : ce que la vierge Ève avait lié par l'incrédulité, la vierge Marie l'a délié par la foi[107]. Tertullien resserre la formule : Ève crut au serpent, Marie crut à Gabriel[108]. Et Irénée appelle Marie l'avocate d'Ève, celle qui plaide et répare[109]. Le « Femme » de Cana et du calvaire scelle la lecture : là où la première femme avait tendu la main vers le fruit, la Femme nouvelle tend les servants vers son Fils.
« Le nœud de la désobéissance d'Ève a été dénoué par l'obéissance de Marie. Car ce que la vierge Ève avait lié par son incrédulité, la vierge Marie l'a délié par sa foi. » — Saint Irénée de Lyon, Contre les hérésies, III, 22, 4[110]
« Pleine de grâce » : la sainteté de Marie en germe
Le salut de Gabriel n'est pas une politesse mais une révélation : kécharitôménè, comblée de grâce à demeure, avant même l'Annonciation[111]. L'Église y a lu le privilège qui deviendra le dogme de 1854 : préservée du péché originel « en prévision des mérites de Jésus-Christ », Marie est « rachetée de façon éminente »[112]. Le premier Évangile appuie la lecture : dès la Genèse, Dieu met l'inimitié, non la complicité, entre le serpent et la femme, entre sa descendance et la sienne[113]. Et saint Augustin, interrogé sur l'universalité du péché, excepte formellement Marie : à cause de l'honneur du Seigneur, il ne veut soulever à son sujet « absolument aucune question » quand il s'agit de péchés[114].
Vierge avant, pendant et après l'enfantement : les indices du texte
Le Nouveau Testament affirme expressément la conception virginale, par Matthieu comme par Luc, deux témoins indépendants[115]. Pour la virginité perpétuelle, le texte donne des indices convergents : la question de Marie au présent[116], le « jusqu'à » qui ne conclut rien[117], l'absence de tout autre fils au calvaire[118]. L'Église a confessé la virginité réelle et perpétuelle de Marie « même dans l'enfantement », au synode du Latran en 649 puis à Constantinople II en 553 qui la nomme toujours vierge[119]. Le Protévangile de Jacques, écrit apocryphe du milieu du IIe siècle, avait déjà popularisé l'idée en racontant l'enfance de Marie, fille de Joachim et d'Anne : l'Église n'a jamais reçu ce texte comme Écriture, saint Jérôme l'écarte expressément, mais elle en a gardé les deux prénoms dans sa liturgie, au 26 juillet[120].
Les quatre dogmes mariaux et leurs racines néotestamentaires
| Dogme (définition) | Racines dans le Nouveau Testament |
|---|---|
| Maternité divine (Éphèse, 431) | « La mère de mon Seigneur » (Lc 1, 43) ; « né d'une femme » (Ga 4, 4) |
| Virginité perpétuelle (Latran 649, Constantinople II 553) | « Je ne connais pas d'homme » (Lc 1, 34) ; conception virginale (Mt 1 ; Lc 1) |
| Immaculée Conception (1854) | « Comblée de grâce » (Lc 1, 28) ; inimitié de la femme (Gn 3, 15) |
| Assomption (1950) | « Femme revêtue du soleil » (Ap 12, 1) ; « toutes les générations me diront bienheureuse » (Lc 1, 48) |
La réception dans l'Église : Pères, Éphèse et liturgie
Les Pères des premiers siècles
Marie n'est pas une découverte tardive de la piété médiévale : les plus anciens Pères la tiennent déjà de l'Écriture. Ignace d'Antioche, conduit au martyre vers 107-110, écrit aux Éphésiens que la virginité de Marie, son enfantement et la mort du Seigneur sont « trois mystères éclatants » cachés au prince de ce monde et accomplis dans le silence de Dieu[121]. Justin, vers 155, oppose les deux vierges, Ève et Marie, désobéissance et foi[122]. Irénée, vers 180, déploie la doctrine du nœud dénoué et de l'avocate[123]. Et quand le philosophe païen Celse accuse Marie d'adultère avec un soldat, Origène lui répond point par point dès le IIIe siècle, preuve que l'Église défendait déjà l'honneur scripturaire de la Mère[124].
« La virginité de Marie fut cachée au prince de ce monde, ainsi que son enfantement, de même que la mort du Seigneur : trois mystères éclatants, accomplis dans le silence de Dieu. » — Saint Ignace d'Antioche, Lettre aux Éphésiens, 19, 1[125]
Éphèse (431) : Theotokos
Nestorius, patriarche de Constantinople, refuse d'appeler Marie Mère de Dieu et ne lui accorde que Mère du Christ, séparant en Jésus l'homme et le Verbe. Cyrille d'Alexandrie obtient la convocation du concile à Éphèse, la ville même où la tradition place la demeure de Marie auprès de Jean[126]. Le 22 juin 431, les Pères proclament Marie Theotokos, celle qui a enfanté Dieu, et déposent Nestorius : si le Fils de Marie n'est pas Dieu, l'homme n'est pas sauvé[127]. Chalcédoine reprendra le titre en 451, et Grégoire de Nazianze avait déjà lancé l'anathème à qui le refuserait[128]. Le 1er janvier, l'Église célèbre depuis 1969 la solennité de Marie Mère de Dieu, à l'octave de Noël[129].
Marie dans la liturgie : les grandes dates
- 431Éphèse : Mère de Dieu
- VIe siècleDormition et Assomption au 15 août
Jérusalem célèbre la Dormition de Marie ; Rome reçoit la fête au VIIe siècle. Le 15 août devient la grande fête mariale de l'été, lue avec Ap 12.
- 8 septembreNativité de Marie
Fête d'origine orientale célébrant la naissance de la fille de Joachim et d'Anne, neuf mois après la Conception du 8 décembre.
- 8 décembreImmaculée Conception
Fête anglaise dès le XIe siècle, étendue à toute l'Église par Clément XI en 1708, devenue le dogme de 1854.
- 25 marsAnnonciation du Seigneur
Neuf mois avant Noël, l'Église célèbre la conception virginale annoncée à Nazareth, fête racontée dans l'article de l'Annonciation.
- 31 maiVisitation
Marie portant le Christ à Élisabeth : la mission avant la parole, fêtée le 31 mai depuis la réforme de 1969.
- 15 septembreNotre-Dame des Douleurs
Le lendemain de la Croix glorieuse, l'Église honore la Mère au pied de la croix et le glaive de Siméon.
Le Magnificat, l'Angelus et le Rosaire aujourd'hui
Le Magnificat n'est pas seulement lu : il est chanté chaque soir à l'office des Vêpres, dans le monde entier, depuis les premiers siècles de la liturgie des Heures[130]. L'Angelus, né au Moyen Âge autour du XIIIe siècle, fait sonner trois fois par jour les paroles mêmes du Nouveau Testament, l'Ave de Gabriel et le Béni d'Élisabeth, avec le verset « Voici la servante du Seigneur »[131]. Le Rosaire, fixé par saint Pie V en 1569 et enrichi des mystères lumineux par Jean-Paul II en 2002, fait méditer en quinze puis vingt tableaux tout le dossier néotestamentaire de Marie, de l'Annonciation au couronnement, et la fête du 7 octobre rappelle la victoire de Lépante en 1571[132]. Le Catéchisme nomme ce culte hyperdulie, tout à fait spécial, essentiellement distinct de l'adoration due à Dieu seul[133]. Pour l'approfondir, voir Comment grandir dans le rosaire.
« La Sainte Mère Église a toujours et partout tenu pour fermement assuré que les quatre Évangiles, dont elle affirme sans hésiter l'historicité, transmettent fidèlement ce que Jésus, le Fils de Dieu, durant sa vie parmi les hommes, a réellement fait et enseigné pour leur salut éternel, jusqu'au jour où il fut enlevé au ciel. » — Concile Vatican II, Dei Verbum, 19[134]
Objections courantes et réponses
« Marie a eu d'autres enfants » ?
C'est l'objection d'Helvidius, réfutée une fois pour toutes par Jérôme : les « frères » sont les cousins, enfants de Marie de Clopas, ou selon Épiphane les fils d'un premier mariage de Joseph. Le texte ne connaît qu'un seul fils de Marie, Jésus est appelé son « premier-né » au sens juridique, le « jusqu'à » de Matthieu ne conclut rien, et Jésus confie sa mère au disciple, ce qu'aucun fils cadet n'aurait permis[135].
« Jésus rabroue sa mère » ?
Ni à Cana, ni à Capharnaüm, ni dans la foule, Jésus ne rabaisse Marie : il la situe à son rang véritable. « Femme » est le titre de la Genèse et de l'Apocalypse, pas une froideur. « Qui fait la volonté de Dieu » décrit Marie avant tout autre, et « heureux ceux qui écoutent » la béatifie pour sa foi, le titre qu'Élisabeth lui avait donné la première[136]. Jean-Paul II, dans Redemptoris Mater, montre en Marie le pèlerinage de la foi, de l'Annonciation au calvaire, sans rupture[137].
« Tous ont péché, donc Marie aussi » (Rm 3, 23) ?
Paul écrit que « tous ont péché et sont privés de la gloire de Dieu » pour établir le besoin universel du salut, non pour recenser chaque individu : pris à la lettre aveugle, le verset condamnerait aussi Jésus lui-même et les enfants avant l'âge de raison. L'Église confesse que Marie a été rachetée elle aussi, mais de façon éminente, par préservation et non par pardon, « en prévision des mérites de Jésus-Christ »[138]. Augustin tranche : hors la Vierge, dont l'honneur du Seigneur interdit même la question[139].
« La Femme de l'Apocalypse, c'est Israël, pas Marie » ?
Les deux lectures ne s'excluent pas, elles s'appellent : la Femme est Israël qui enfante le Messie, l'Église qui enfante dans la persécution, et Marie qui enfante le Messie en personne. C'est la méthode constante de l'Écriture, le sens littéral portant un sens plénier que la liturgie déploie : chaque 15 août, l'Église lit Ap 12 pour l'Assomption de Marie, et Pie XII a fondé le dogme de 1950 sur ces textes mêmes, la Femme couronnée, la pleine de grâce, la bienheureuse de toutes les générations[140].
Le débat historico-critique et ses limites
Ce que propose une partie de l'exégèse contemporaine
Depuis le XIXe siècle, une partie de l'exégèse propose de dater les évangiles plus tard que la tradition : Marc vers 65-70, Matthieu et Luc vers 80-90 à partir de Marc et d'une source de paroles dite Q, jamais retrouvée, Jean vers 90-100 ou au-delà[141]. Dans ce cadre, les récits d'enfance seraient des compositions tardives, bâties sur le modèle des naissances merveilleuses de l'Ancien Testament, pour exprimer en récit la foi pascale des communautés : des théologoumènes, vrais par leur sens, sans portée historique directe[142]. Le silence de Marc et de Paul sur l'Annonciation servirait de confirmation : ce que les premiers témoins ne disent pas, les communautés l'auraient inventé ensuite.
Les fragilités de la reconstruction
Cette reconstruction cumule les fragilités classiques de la science du passé. Le document Q n'a jamais été retrouvé : c'est une hypothèse pour expliquer des ressemblances, promue au rang de source perdue, puis utilisée comme preuve de la datation tardive, en cercle[143]. Le présupposé anti-miraculeux commande le résultat : quand toute prédiction précise est classée d'office parmi les retouches après coup, la datation basse est présupposée par la méthode, non démontrée par les manuscrits[144]. L'argument du silence vaut peu : Marc et Paul écrivent des genres qui excluent l'enfance, prédication à partir du baptême et lettres de circonstance, tout en attestant la mère et la descendance davidique. Et l'accord des indépendants vaut beaucoup : Matthieu et Luc, qui ne se copient pas sur l'enfance, s'accordent précisément sur la conception virginale, indice reconnu, jusque par l'exégète Raymond Brown, d'une tradition antérieure aux deux récits[145].
Pourquoi la lecture traditionnelle reste défendable
Contre les datations tardives, les faits matériels parlent tôt : le papyrus P52 fait circuler Jean en Égypte vers 125, Justin lit les mémoires apostoliques chaque dimanche vers 155, Tatien les fond en une trame vers 170, Irénée en fixe les quatre auteurs vers 180[146]. Contre l'idée d'une invention communautaire, la chaîne des témoins est courte : Irénée a connu Polycarpe qui avait connu Jean, à qui Jésus avait confié sa mère[147]. Et contre la séparation de l'histoire et de la foi, l'Église a tranché par magistère : les évangiles « transmettent fidèlement ce que Jésus a réellement fait et enseigné », déclare Vatican II[148], après que la Commission biblique pontificale eut fixé en 1964 les trois étapes honnêtes du travail, la vie de Jésus, la prédication des apôtres, la rédaction des évangélistes, sans dissoudre la première dans les deux autres[149]. L'œil de la foi peut alors, « en rapprochant les détails que les Évangiles donnent », contempler le mystère de Marie sans craindre l'histoire[150].
Pour aller plus loin
Marie se lit d'abord dans le Nouveau Testament lui-même : Lc 1 à 2, Mt 1 à 2, Jn 2 et 19, Ac 1, Ap 12, dans la TOB ou la Bible de Jérusalem, avant de prolonger par l'Annonciation du Seigneur, Marie Mère de Dieu, l'Immaculée Conception et son dogme de 1854, l'Assomption, le rosaire et la Vierge Marie et saint Joseph dans la vie de prière. On consultera ensuite le Catéchisme, 484 à 511 et 963 à 975, la constitution Lumen Gentium, chapitre VIII, et l'encyclique Redemptoris Mater de Jean-Paul II. Pour l'enracinement patristique : Ignace aux Éphésiens, Justin contre Tryphon, Irénée contre les hérésies, Jérôme contre Helvidius.
Notes et références
Inventaire des passages directs où Marie apparaît ou est nommée comme mère de Jésus : Mt 1, 16-25 ; 2, 11-23 ; 12, 46-50 ; 13, 55-56 ; Mc 3, 31-35 ; 6, 1-6 ; Lc 1, 26-56 ; 2, 1-52 ; 8, 19-21 ; 11, 27-28 ; Jn 2, 1-11 ; 19, 25-27 ; Ac 1, 14 ; Ga 4, 4 ; Rm 1, 3 ; Ap 12, 1-17. Traduction liturgique de l'AELF.
1 3Catéchisme de l'Église catholique, 495 : appelée dans les Évangiles « la Mère de Jésus » (Jn 2, 1 ; 19, 25), Marie « est proclamée Mère de Dieu dès avant le concile d'Éphèse, sous l'impulsion de l'Esprit ».
2 105Raymond E. Brown, The Birth of the Messiah, 1977 : Matthieu et Luc, indépendants sur l'enfance, s'accordent sur la conception virginale, indice d'une tradition antérieure aux deux récits.
4 115 145Ac 1, 21-22 : le remplaçant de Judas doit avoir suivi Jésus « à partir du baptême de Jean » ; cf. Ac 10, 36-37, la prédication de Pierre part du baptême.
5Ga 4, 4-5 : « Dieu a envoyé son Fils, né d'une femme » ; cf. Rm 1, 3 : « issu de David selon la chair ». Lettres datées des années 48 à 58.
6 22 24 104Papias d'Hiérapolis, Explications des paroles du Seigneur, cité par Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, III, 39 : Matthieu rédigea les logia en dialecte hébreu ; Marc, interprète de Pierre, écrivit avec exactitude ce qu'il retenait de sa prédication.
7 17Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, III, 39 (Papias) et VI, 14 (Clément d'Alexandrie sur l'ordre des évangiles), rédigée vers 324.
8Clément d'Alexandrie, Hypotyposes, cité par Eusèbe, Histoire ecclésiastique, VI, 14 : les évangiles contenant les généalogies (Matthieu, Luc) furent écrits les premiers.
9Datation traditionnelle de Matthieu : le premier évangile, en hébreu puis en grec, destiné aux judéo-chrétiens, avant la ruine de Jérusalem (70), placé dans les années 40 à 60.
10Lc 1, 1-4 : prologue de l'enquête ordonnée, dédiée à Théophile, à partir des témoins oculaires.
11 16Saint Irénée de Lyon, Contre les hérésies, III, 1, 1, vers 180 : Matthieu publia son évangile parmi les Hébreux pendant que Pierre et Paul évangélisaient Rome ; après leur départ, Marc transmit la prédication de Pierre, Luc consigna celle de Paul, et Jean publia la sienne à Éphèse.
12 19 147Canon de Muratori, Rome, vers 170-200 : Luc, compagnon de Paul sans avoir vu le Seigneur, troisième évangile ; Jean, quatrième, à la demande de ses condisciples.
13Ga 1, 19 : « Jacques, le frère du Seigneur », colonne de l'Église de Jérusalem avec Pierre et Jean, cf. Ga 2, 9.
14 86Datation traditionnelle de Luc et des Actes : Luc vers 60-63, les Actes vers 62-63, le récit s'achevant sur la captivité romaine de Paul sans mentionner sa mort (vers 67) ni la ruine de Jérusalem (70).
15Datation traditionnelle de Marc : à Rome d'après la prédication de Pierre, dans les années 60, avant le martyre de Pierre sous Néron (64-67).
18Tradition éphésienne : Marie demeura auprès de Jean à Éphèse ; maison dite de Meryem Ana identifiée en 1891 près d'Éphèse, visitée par Paul VI (1967), Jean-Paul II (1979) et Benoît XVI (2006) ; le concile de 431 s'y tint dans l'église dite de Marie.
20 126Jn 19, 26-27 : « Femme, voici ton fils... Voici ta mère. Et dès cette heure-là, le disciple la prit chez lui » (eis ta idia, dans ses biens propres).
21 88 93 94 118Ac 1, 13-14 : les Onze, les femmes, Marie la mère de Jésus et ses frères, assidus à la prière dans la chambre haute.
23 91 95 97Saint Justin, Première Apologie, 66-67, vers 155 : le dimanche, on lit « les mémoires composés par les apôtres, ou par ceux qui les ont suivis », avec les écrits des prophètes.
25Tatien le Syrien, Diatessaron, vers 170 : harmonie des quatre évangiles en une trame continue, enfance de Jésus comprise.
26Saint Irénée, Contre les hérésies, III, 11, 8 : il ne peut y avoir ni plus ni moins de quatre évangiles, comme les quatre zones du monde et les quatre faces des chérubins.
27Papyrus P52 (Rylands Gr. P. 457), fragment de Jn 18 copié en Égypte et daté vers 125, plus ancien témoin matériel du Nouveau Testament.
28 146Dn 8, 15-16 et 9, 21 : Gabriel explique les visions à Daniel ; Lc 1, 19.26 : le même Gabriel envoyé à Zacharie puis à Marie.
29Jn 1, 46 : « De Nazareth, peut-il sortir quelque chose de bon ? », dit Nathanaël à Philippe.
30Lc 1, 28 : Chaire, kécharitôménè, ho Kyrios meta sou. Traduction liturgique : « Je vous salue, comblée de grâce, le Seigneur est avec vous. »
31 33 111Jg 6, 12 : l'ange à Gédéon, « le Seigneur est avec toi, vaillant guerrier », même formule de vocation au combat.
32Lc 1, 31-33 : le nom de Jésus, Fils du Très-Haut, trône de David son père, règne sans fin, d'après la promesse de 2 S 7, 12-16.
34Saint Augustin, De la sainte virginité, 4 : Marie avait voué à Dieu sa virginité, d'où sa question à l'ange malgré ses fiançailles.
35Ex 40, 34-35 : la nuée couvre la Tente de la rencontre et la gloire du Seigneur la remplit ; cf. Lc 1, 35, « l'ombre du Très-Haut ».
36Gn 18, 14 : « Y a-t-il rien d'impossible à Dieu ? », promis à Sara pour Isaac ; cf. Lc 1, 37.
37Lc 1, 38 : « Je suis la servante du Seigneur (doulè Kyriou), qu'il me soit fait selon ta parole. »
38 39Aïn Karim, village de la montagne de Judée près de Jérusalem, identifié par la tradition à la ville d'Élisabeth ; église de la Visitation gardée par les franciscains.
40Jg 5, 24 : « Bénie entre les femmes soit Jaël » ; cf. Jdt 13, 18 pour Judith ; cf. Lc 1, 42 pour Marie, troisième du triptyque.
41Lc 1, 43 : « la mère de mon Seigneur » (hè mètèr tou Kyriou mou), où Kyrios transcrit le Nom divin dans la Septante.
42 103Lc 1, 45 : « Heureuse celle qui a cru », béatitude de la foi d'Élisabeth à Marie.
431 S 2, 1-10 : le cantique d'Anne, mère stérile de Samuel, matrice du Magnificat (l'humiliée exaltée, les puissants renversés, le roi oint).
44Lc 1, 46-55 : le Magnificat, « toutes les générations me diront bienheureuse » (v. 48), « il a renversé les puissants de leurs trônes » (v. 52), « il s'est souvenu de sa miséricorde envers Abraham » (v. 54-55).
45 47Lc 1, 54-55 : l'accomplissement du serment fait à Abraham et à sa descendance.
46Mt 1, 18-19 : Marie enceinte « avant qu'ils aient habité ensemble » ; Joseph, « homme juste », décide de la renvoyer en secret.
48Is 7, 14, cité en Mt 1, 22-23 : « Voici que la vierge concevra », et l'Emmanuel, Dieu avec nous.
49Mt 1, 25 : « il ne la connut pas jusqu'à (heôs hou) ce qu'elle eût enfanté un fils » ; cf. 2 S 6, 23, Mikal « n'eut pas d'enfant jusqu'au jour de sa mort ».
50 117Lc 2, 1-5 : l'édit d'Auguste, Quirinius en Syrie, la montée de Nazareth à Bethléem, ville de David.
51Lc 2, 2 : « ce premier recensement (hautè apographè prôtè) eut lieu pendant que Quirinius était gouverneur de Syrie » ; Flavius Josèphe, Antiquités judaïques, XVIII, 1, 1 : le recensement de Quirinius après la déposition d'Archélaüs, en l'an 6 ; Tacite, Annales, III, 48 : le rôle oriental antérieur de Quirinius.
52 53Lc 2, 6-7 : le premier-né (prôtotokos, titre juridique d'Ex 13, 2) couché dans la mangeoire, faute de place dans le katalyma, la pièce d'hôte, distincte de l'auberge (pandocheion) de Lc 10, 34.
54Lc 2, 8-14 : les bergers, l'ange, « un Sauveur, qui est le Christ Seigneur », et la multitude céleste, gloire et paix.
55Lc 2, 19 : « Marie retenait (synetêrei) tous ces événements et les méditait dans son cœur. »
56 57Nb 24, 17 : l'oracle de Balaam, « un astre se lève de Jacob », lu par la tradition dans l'étoile des mages.
58Mt 2, 9-11 : la maison de Bethléem, la prosternation, l'or, l'encens et la myrrhe.
59Os 11, 1 : « d'Égypte j'ai appelé mon fils », cité en Mt 2, 15 pour la fuite puis le retour.
60Jr 31, 15 : « Rachel pleure ses fils », cité en Mt 2, 17-18 pour le massacre des Innocents ordonné par Hérode.
61Flavius Josèphe, Antiquités judaïques, XVII : la mort d'Hérode le Grand peu avant une éclipse de lune, datée de 4 avant notre ère ; Denys le Petit, au VIe siècle, fixa l'ère commune avec quelques années de décalage.
62Lc 2, 22-24 : la purification selon Lv 12, et l'offrande des pauvres, « une paire de tourterelles », d'après Lv 12, 8.
63Is 42, 6 et 49, 6 : le Serviteur, « lumière des nations », repris dans le cantique de Siméon, Lc 2, 30-32.
64Lc 2, 34-35 : Siméon à Marie, « cet enfant est un signe de contradiction, et toi-même, une épée (romphaia) te transpercera l'âme ».
65Lc 2, 36-38 : Anne la prophétesse, fille de Phanuel, de la tribu d'Aser, quatre-vingt-quatre ans, au Temple nuit et jour.
66Lc 2, 41-42 : la montée annuelle à Jérusalem pour la Pâque, Jésus âgé de douze ans, à la veille de la majorité religieuse.
67Lc 2, 49 : « Ne saviez-vous pas que je dois être chez mon Père (en tois tou Patros mou) ? »
68Lc 2, 51 : Jésus soumis à Marie et à Joseph à Nazareth, et « sa mère gardait fidèlement (dietêrei) toutes ces choses en son cœur ».
69Jn 2, 1-4 : les noces de Cana « le troisième jour », la mère de Jésus présente, « ils n'ont plus de vin », « Femme (gunai), que me veux-tu ? »
70Gn 3, 15 : l'inimitié entre le serpent et la femme, entre sa descendance et la sienne, le Protévangile lu par toute la tradition mariale.
71 113Gn 41, 55 : Pharaon aux Égyptiens affamés, « faites tout ce qu'il (Joseph) vous dira » ; cf. Jn 2, 5.
72Jn 2, 11 : Cana, « le premier des signes », manifestant sa gloire, et ses disciples crurent en lui.
73Jn 2, 5-10 : « Faites tout ce qu'il vous dira », les six jarres de pierre, le bon vin servi le dernier, d'après le maître du repas (architriklinos).
74Mc 3, 31-35 : la mère et les frères dehors, « voici ma mère et mes frères », celui qui fait la volonté de Dieu.
75Lc 11, 27-28 : la femme qui bénit les entrailles et le sein, et la réponse, « heureux plutôt ceux qui écoutent la parole de Dieu et la gardent ».
76 136Mc 3, 20-21 : « les siens » (hoi par' autou, son entourage) voulaient se saisir de lui, « car ils disaient : il a perdu le sens » (exestè) ; cf. Mc 3, 31, où Marie est nommée avec ceux qui le font demander.
77Mc 6, 2-3 : à Nazareth, « le charpentier, le fils de Marie », et les frères Jacques, Joset, Jude et Simon ; cf. Mt 13, 55-56.
78Gn 13, 8 : Abraham à Lot, « nous sommes frères ('ahim) », alors que Lot est son neveu ; cf. Gn 29, 12-15 pour Jacob et Laban, même usage large.
79Jn 19, 25 : au calvaire, sa mère, la sœur de sa mère, Marie femme de Clopas, et Marie de Magdala.
80 92Mc 15, 40 : « Marie, mère de Jacques le Mineur et de Joset », au nombre des femmes regardant de loin, identifiée par Jérôme à Marie de Clopas.
81Épiphane de Salamine, Panarion, 78, IVe siècle : les « frères » seraient les fils de Joseph d'un premier mariage, d'après le Protévangile de Jacques.
82Hégésippe, Mémoires, cité par Eusèbe, Histoire ecclésiastique, III, 11 et IV, 22 : Clopas, frère de Joseph, et Siméon son fils, second évêque de Jérusalem.
83Ex 13, 2 et Nb 3, 13 : le premier-né mâle consacré au Seigneur, titre juridique indépendant de toute fratrie.
84Jude 1 : « Jude, serviteur de Jésus Christ et frère de Jacques », sans mention de Joseph.
85Saint Jérôme, Contre Helvidius, vers 383 : les « frères » sont des cousins, enfants de Marie de Clopas, « sœur » de la Vierge au sens large ; Jacques le frère du Seigneur est Jacques fils d'Alphée, Clopas hellénisé.
87Catéchisme de l'Église catholique, 500-501 : l'Église « a toujours compris ces passages comme ne désignant pas d'autres enfants de la Vierge Marie », et « Jésus est le Fils unique de Marie ».
89 135Jn 7, 3-5 : les frères pressent Jésus de monter à Jérusalem, « car ses frères eux-mêmes ne croyaient pas en lui ».
90Ac 1, 15 : Pierre se lève « au milieu des frères », environ cent vingt personnes rassemblées.
96Ap 12, 1-6 : la Femme revêtue du soleil, la lune sous ses pieds, la couronne de douze étoiles, l'enfant enlevé vers Dieu.
98Gn 37, 9-10 : le songe de Joseph, le soleil, la lune et onze étoiles prosternés ; cf. les douze étoiles d'Ap 12, 1 pour les douze tribus.
99Lecture d'Ap 12 à la messe du 15 août (Assomption) et fondement scripturaire du dogme de 1950 avec Lc 1 et Gn 3, 15, cf. Pie XII, Munificentissimus Deus.
100Ap 12, 17 : « le reste de sa descendance, ceux qui gardent les commandements de Dieu et possèdent le témoignage de Jésus ».
101Ap 12, 2 : « elle était enceinte, et elle criait, dans le travail et les douleurs de l'enfantement » ; cf. Is 66, 7-8, Sion qui enfante avant de souffrir, et Mi 4, 9-10, les douleurs de la fille de Sion.
102Saint Justin, Dialogue avec Tryphon, 100, vers 155-160 : Ève, vierge et intacte, conçut la parole du serpent et enfanta la désobéissance et la mort ; Marie reçut la foi et la joie à l'annonce de Gabriel.
106 122Saint Irénée, Contre les hérésies, III, 22, 4 : « le nœud de la désobéissance d'Ève a été dénoué par l'obéissance de Marie ; ce que la vierge Ève avait lié par son incrédulité, la vierge Marie l'a délié par sa foi ».
107 110 123Tertullien, De la chair du Christ, 17, vers 210 : Ève crut au serpent, Marie crut à Gabriel ; la faute entrée par une vierge fiancée est réparée par une vierge fiancée.
108Saint Irénée, Contre les hérésies, V, 19, 1 : Marie « avocate (advocata) d'Ève », la vierge obéissante réparant la vierge désobéissante.
109Catéchisme de l'Église catholique, 492 : Marie, « rachetée de façon éminente en prévision des mérites de son Fils », et 503 : la « pleine de grâce » de Lc 1, 28.
112 138Saint Augustin, De la nature et de la grâce, 36 : à propos du péché, « exceptée la sainte Vierge Marie, au sujet de laquelle, à cause de l'honneur du Seigneur, je ne veux soulever absolument aucune question ».
114 139Lc 1, 34 : « Comment cela sera-t-il, puisque je ne connais pas d'homme ? », verbe au présent.
116Synode du Latran, 649, canon 3 (Martin Ier) : Marie sainte, toujours vierge, avant, pendant et après l'enfantement ; Constantinople II (553) la nomme toujours vierge (aeiparthenos).
119Protévangile de Jacques, milieu du IIe siècle : récit apocryphe de l'enfance de Marie, fille de Joachim et d'Anne ; jamais reçu au canon, écarté par saint Jérôme, mais source des prénoms liturgiques (26 juillet).
120Saint Ignace d'Antioche, Lettre aux Éphésiens, 19, 1, vers 107-110, sur la route de son martyre à Rome : la virginité de Marie, son enfantement et la mort du Seigneur, trois mystères cachés au prince de ce monde.
121 125Celse, Discours vrai, vers 178, contre les chrétiens : accusation d'adultère de Marie avec un soldat nommé Panthera ; Origène, Contre Celse, I, 28-32, vers 248, réfute point par point.
124Concile d'Éphèse, 431 : Marie Theotokos, déposition de Nestorius ; session d'ouverture le 22 juin 431 sous Cyrille d'Alexandrie ; confirmé à Chalcédoine (451).
127Saint Grégoire de Nazianze, Lettre 101 à Clédonius : si quelqu'un ne confesse pas que Marie est Mère de Dieu (Theotokos), qu'il soit séparé de la divinité.
128Solennité de Sainte Marie, Mère de Dieu, le 1er janvier, à l'octave de Noël, instituée par la réforme liturgique de 1969 (auparavant fête de la Circoncision).
129Liturgie des Heures : le Magnificat (Lc 1, 46-55) est le cantique évangélique chanté chaque soir à l'office des Vêpres, comme le Benedictus chaque matin aux Laudes.
130L'Angelus : triple sonnerie quotidienne née au Moyen Âge (XIIIe siècle), reprenant l'Ave de Gabriel (Lc 1, 28), le Béni d'Élisabeth (Lc 1, 42) et le fiat (Lc 1, 38) ; recommandé par Paul VI, Marialis Cultus, 41.
131Saint Pie V, Consueverunt Romani, 1569 : forme du Rosaire, cent cinquante Ave en quinze mystères ; Jean-Paul II, Rosarium Virginis Mariae, 2002 : mystères lumineux ; fête du 7 octobre, souvenir de Lépante (1571).
132Catéchisme de l'Église catholique, 971 : le culte de Marie, d'hyperdulie, « tout à fait spécial », essentiellement distinct de l'adoration, exprimé dans les fêtes liturgiques et la prière mariale comme le Rosaire.
133Concile Vatican II, constitution dogmatique Dei Verbum, 19, 18 novembre 1965 : l'Église « affirme sans hésiter l'historicité » des quatre Évangiles, qui transmettent fidèlement ce que Jésus a réellement fait et enseigné.
134 148Jean-Paul II, encyclique Redemptoris Mater, 25 mars 1987 : Marie dans le pèlerinage de la foi, de l'Annonciation au calvaire ; Cana comme préparation de l'heure.
137Pie XII, constitution Munificentissimus Deus, 1er novembre 1950, 26-28 : le dogme de l'Assomption fondé sur la Femme d'Ap 12, la pleine de grâce, la bienheureuse de toutes les générations et l'arche de Ps 131, 8.
140Hypothèse des deux sources : Marc prioritaire (65-70), Matthieu et Luc (80-90) combinant Marc et une source de paroles Q, jamais retrouvée, Jean au tournant du IIe siècle.
141Rudolf Bultmann et la démythologisation : les récits d'enfance lus comme expressions narratives de la foi pascale (théologoumènes), sans portée historique directe.
142Morceaux découpés selon des critères stylistiques, datés selon une théorie de l'évolution religieuse, puis invoqués comme preuve de cette évolution : le raisonnement tourne en cercle.
143Quand toute prédiction précise est classée d'office parmi les retouches après coup, la datation basse est présupposée par la méthode, non démontrée par les manuscrits.
144Commission biblique pontificale, instruction Sancta Mater Ecclesia, 21 avril 1964 : les trois étapes, la vie de Jésus, la prédication orale des apôtres, la rédaction des évangélistes, sans dissoudre l'histoire dans la foi des communautés.
149Catéchisme de l'Église catholique, 502 : « L'œil de la foi peut découvrir, en rapprochant les détails que les Évangiles donnent », le mystère de Jésus Fils unique de Marie.
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